A/N : Et hop, un chapitre de plus. Il a mis plus de temps à venir que prévu car j'ai pris le temps de réécrire les premiers chapitres avant de poster celui-ci. Au final, j'ai repris toute la fic depuis le début et j'ai modifié pas mal de scènes. Ça ne change pas à grand chose à l'intrigue en soi donc je vous rassure, vous n'avez pas besoin de tout relire depuis le début. Mais ça faisait un moment que je voulais changer le début, alors même si je ne suis pas satisfaite à 100% du résultat, c'est une bonne chose de faite.
Merci à celles qui ont commenté le chapitre précédent et qui continuent à me suivre malgré mes délais quelque peu bancals... Merci aux anonymes, Bula et Lola (rar : Très contente d'avoir réussi à te faire rire, c'est vraiment le but de cette fic, de ne pas trop se prendre au sérieux...! En tout cas si tu relis encore depuis le début, cette fois y aura des changements haha. J'espère que tu vas aimer la suite !).
Pour ce qui est du chapitre, il était vraiment sympa à écrire, j'espère qu'il sera sympa à lire aussi. Bien évidemment, vous reconnaîtrez Louise Attaque pour le titre.
Chapitre 29 : Ton invitation
OoOoOoOoO
J'ai accepté par erreur ton invitation
J'ai dû m'gourer dans l'heure
J'ai dû m'planter dans la saison
Tu sais j'ai pas confiance
J'ai pas confiance en moi
Tu sais j'ai pas d'espérance
Et j'merde tout ça, tout ça
OoOoOoOoO
Pourquoi mais pourquoi ai-je accepté son invitation à cette fichue soirée ?
Je vous jure, des fois, j'aimerais être un elfe de maison juste pour pouvoir me taper la tête avec une casserole.
Bon techniquement, je n'ai pas besoin d'être un elfe de maison pour me taper la tête avec une casserole, mais c'est vachement plus simple quand on est naturellement masochiste comme les elfes.
Quoique, étant donné les choix de vie que j'ai fait ces derniers mois, je me demande bien qui entre moi et un elfe de maison est le plus masochiste de nous deux.
- Salut !
- Salut Lucy.
Je relève la tête de mon parchemin pour voir Lily Evans et Remus Lupin avancer vers moi avec des mines joviales.
- Salut, je réponds avec originalité.
Je leur ai donné rendez-vous avec Liliane ce soir pour travailler sur notre projet de Runes. Après toutes ces péripéties, on a plutôt vite avancé, mais on a encore pas mal de retard à rattraper.
- Pourquoi est-ce que tu n'as pas voulu qu'on se retrouve à la bibliothèque ? demande Evans en jetant un oeil à la vieille salle de classe dans laquelle nous nous trouvons.
Parce que malgré l'intervention du professeur Flitwick, Mme Pince refuse désormais que je vienne travailler à la bibliothèque si je ne m'installe pas sur le bureau juste en face du sien. Franchement, ça revient au même que de m'en interdire complètement l'accès, je suis incapable de me concentrer avec ses yeux de chouette qui me surveillent en permanence.
- Je me suis dit qu'on serait plus tranquille ici pour discuter et pour tester les incantations, dis-je.
Heureusement, Evans semble accepter cette explication et pousse une table face à la mienne pour que l'on puisse s'asseoir face à face. A côté de moi, Lupin sort déjà ses affaires.
- Shepperd t'a bien dit qu'elle viendrait ? demande-t-il avec une pointe d'inquiétude.
- Oui oui, elle devrait pas tarder normalement, dis-je.
Elle s'est un peu calmée depuis le début du projet, même si elle se prend toujours le chou avec Evans pour des choses de la plus haute importance, telle que la longueur de la marge à laisser sur la droite du parchemin ou le fait d'écrire nos prénoms avant nos noms.
Lupin hoche la tête, satisfait, et un silence inconfortable s'installe.
En face de moi, Evans n'arrête pas de gigoter sur sa chaise d'un air excité. Je ne sais pas qu'est-ce qui peut bien l'exciter dans les runes, mais ça me stresse, elle n'arrête pas de me jeter des regards comme si elle brûlait de me dire quelque chose.
Discrètement, j'essaie de vérifier que je n'ai pas un bout de salade coincé entre les dents.
C'est vachement dur à s'en rendre compte juste avec la langue, dis donc. En plus, ça doit me faire une tête de veau qui rumine.
- Qu'est-ce qu'il y a ? finis-je par demander.
C'est comme si Evans n'attendait que ça pour parler.
- Sirius nous a dit que tu venais à la soirée de samedi, lâche-t-elle à brûle-pourpoint. C'est vrai, tu viens ?
- Lily ! s'exclame Remus en lui faisant les gros yeux.
- Quoi ? fait-elle défensivement. C'est juste pour vérifier que Patmol ne raconte pas n'importe quoi.
Génial, Potter-la-commère a dû envoyer sa copine comme intermédiaire pour s'assurer que je venais bien à sa stupide soirée. C'est fou à quel point ces deux-là sont faits l'un pour l'autre.
- Alors ? insiste Evans.
Alors c'est clairement pas tes affaires.
- J'ai dit que je venais oui, mais je ne sais pas si...
- Ah, je le savais ! s'exclame Evans sans écouter la suite. James va être vert !
Elle sautille sur sa chaise, ravie. Super, apparemment, ils ont même parié sur ma venue ou non à cette soirée. C'est quoi leur problème aux Gryffondors avec les paris, à la fin ?
- Tu sais, t'es pas obligée de venir si tu n'en as pas envie, dit Lupin doucement.
Tiens, un Gryffondor observateur qui a perçu mon enthousiasme débordant pour cette soirée. Ça se fait rare de nos jours.
Je me mords la lèvre, hésitante.
- Disons que... ça ne m'enchante pas plus que ça, avoué-je.
Je prends mon air de pauvre Serdaigle malheureuse.
Peut-être que si je réussis à mettre Lupin de mon côté, il se sentira assez désolé pour moi pour essayer de faire culpabiliser Sirius jusqu'à ce qu'il accepte que je ne vienne pas à la soirée... Bon, d'accord ça fait beaucoup de suppositions, mais ça vaut le coup d'essayer non ?
- Oh mais non, tu vas voir ça va être sympa ! s'exclame Evans avec entrain. Il y aura plein de monde, personne ne remarquera que tu es à Serdaigle.
Elle croit vraiment que l'argument "il y aura plein de monde" va me donner envie de venir ?
- Je ne sais pas... C'est surtout que je connaîtrai personne...
- Tu nous connaîtras, nous ! argue Evans. Promis, on te laissera pas t'ennuyer.
Super, j'ai réussi à rendre la perspective de cette soirée encore pire qu'elle ne l'était initialement.
Heureusement, l'arrivée de Liliane met fin à cette conversation catastrophique. C'est bien la première fois que je suis aussi heureuse de la voir, tiens.
- Désolée, dit Liliane en s'installant à côté d'Evans, j'ai été retardée par... Peeves.
Elle hésite sur ce dernier mot, comme si elle avait voulu dire autre chose mais avait changé d'avis au dernier moment. Mais je suis apparemment la seule à l'avoir remarqué, Evans ne pense qu'à sa fichue soirée et le sens de l'observation de Lupin semble avoir été de courte durée car il ne perd pas de temps pour commencer les festivités et lancer le sujet sur notre projet.
Etonnamment, cette séance de travail est plutôt efficace. Quand arrive l'heure du dîner, on a avancé plus que ce à quoi je m'attendais et on a même réussi à se répartir les tâches sans que Evans et Liliane n'en viennent aux baguettes.
- Bien, sourit Lupin en refermant son livre. On se dit rendez-vous même heure la semaine prochaine pour mettre tout ça en commun ?
- C'est bon pour moi, dit Evans.
- Pour moi aussi, dis-je.
Tout le monde tourne la tête vers Liliane qui se contente d'un bref hochement de tête.
- OK, parfait alors, conclut Lupin, presque surpris que ce soit aussi simple.
Faut dire que Liliane a été inhabituellement peu belliqueuse aujourd'hui. Elle semblait presque ailleurs. C'est fou comme on avance plus vite quand elle ne ramène pas sa fraise toutes les cinq secondes.
On se dirige tous ensemble vers la Grande Salle, Evans et Lupin discutant entre eux pendant que Liliane et moi marchons silencieusement à côté. Au moment de se séparer pour aller à nos tables respectives, Evans me lance un enthousiaste "A samedi soir, Lucy !" tandis que Lupin m'adresse un petit sourire désolé. Bon apparemment ma tête de pauvre Serdaigle malheureuse n'aura pas suffi pour me mettre Lupin dans la poche...
La mort dans l'âme, je me dirige vers une place libre à côté d'un groupe de troisième année. Liliane paraît hésiter un instant.
Heu, elle ne songe quand même pas à s'asseoir avec moi j'espère ? Parce que j'ai beau ne plus avoir d'ami, je ne suis pas désespérée à ce point-là.
Ouf, elle va s'asseoir avec Aphroda, Madeleine et les autres.
Deux secondes plus tard, une assiette se pose bruyamment à côté de la mienne, faisant valser une partie de la soupe au potiron qui se trouvait à l'intérieur.
- Devine quelle note j'ai eu en Potions aujourd'hui ? s'exclame un Barry surexcité.
Heu, au hasard... T ?
- Combien ? je demande en me servant de la soupe.
- Un Acceptable ! s'exclame Barry comme si on venait de lui décerner un Ordre de Merlin.
Youhou.
- Super, Barry, dis-je en essayant d'avoir l'air enthousiaste.
- En fait, on faisait une potion pour soigner des pustules... à moins que ce ne soit des verrues... je sais plus, mais je me suis trompé à un moment, j'ai mis de la bave de Veaudelune au lieu de la sève de pin, mais le professeur Slughorn a dit que c'était une initiative très inspirée parce que ça limitait les effets secondaires de tadicarquie... tachytardie... enfin bref, pour me féliciter il m'a mis A ! raconte Barry à toute vitesse.
Comme quoi, Slughorn ne fait pas toujours du favoritisme. A moins que Barry ne soit dans ses favoris, mais quelque chose me dit que ce n'est pas le cas.
Barry passe le reste du repas à me raconter sa potion en détails et je l'écoute d'une oreille distraite. Du coin de l'oeil, j'observe Emeric qui discute avec les autres Serdaigles. Il rigole à quelque chose que vient de dire Aphroda et je me renfrogne. C'est drôle comme il lui aura fallu peu de temps pour oublier qu'il "ne pourrait pas rester ami avec la copine d'un futur Mangemort"...
A la fin du dîner, je retourne avec Barry à la salle commune. Alors qu'on monte les escaliers en marbre, j'entends les éclats de rire d'un groupe bien connu juste derrière nous. Nous apercevant, Sirius se détache de ses amis et nous rejoint en montant les marches quatre à quatre, tandis que je fais comme si je ne l'avais pas entendu.
Ben quoi, on ne change pas une stratégie qui gagne.
- Salut toi, lance-t-il en attrapant ma main par derrière.
D'un geste nonchalant, il me retourne et je fais mine d'être surprise de le voir. Heureusement, je n'ai pas besoin de maintenir mon jeu exceptionnel d'actrice bien longtemps car il m'embrasse presque aussitôt. C'est presque devenu un geste habituel entre nous maintenant, mais je me sens quand même rougir, comme à chaque fois. Ce mec arrêtera-t-il un jour de me faire de l'effet ?
- Salut Barry, fait Sirius en avisant le première année qui le toise d'un air circonspect.
C'est curieux, quand j'y pense, Barry ne m'a encore jamais parlé de Sirius alors que d'habitude, il ne perd pas une occasion de dire tout ce qui lui passe par la tête sur tout et n'importe quoi. J'ai l'impression qu'il attend de voir si Sirius est assez bien pour moi ou pas, avant de lui accorder sa sympathie. Pas sûr qu'il la lui accordera un jour étant donné que Sirius va très bientôt me briser le coeur... mais ça me touche quand même de la part de Barry.
- J'ai quelque chose pour toi au fait, dit Sirius.
Ouh là, qu'est-ce qu'il veut m'offrir encore ? Je me méfie de ses cadeaux maintenant.
- Où est-ce que j'ai bien pu le mettre... se demande-t-il en fouillant dans les poches de sa robe. Ah, la voilà !
A mon étonnement, ce n'est pas à moi qu'il tend son cadeau, mais à Barry. Celui-ci le regarde avec incompréhension. Puis, ses yeux s'écarquillent comiquement.
- C'est... c'est... bafouille-t-il comme s'il n'arrivait pas à y croire.
- Une feuille du Saule Cogneur, confirme Sirius avec un petit sourire.
Barry attrape la feuille avec précaution et l'examine comme s'il s'agissait de la pierre philosophale.
- Ouah, mais comment t'as fait ? s'extasie-t-il.
- Ça, c'est mon petit secret, sourit Sirius fier de lui.
Barry le regarde avec une admiration nouvelle.
- Je peux la garder ? demande-t-il intimidé.
- C'est le but, rigole Sirius.
- Génial ! Merci ! Je te ferai une prédiction pour te remercier !
- J'y compte bien.
- Je vais vite la ranger avec les autres ! A plus Lucy !
Et il s'élance dans les escaliers en courant.
Et ben, si j'avais su que Sirius saurait éloigner Barry aussi efficacement, je le lui aurais présenté plus tôt.
- J'avais oublié que Remus passait sous le Saule Cogneur pour aller à la cabane hurlante, j'aurais pu lui demander pour la feuille, dis-je en me tournant vers Sirius.
- Ça lui aurait évité quelques bleus, oui...
- Bah, il faut bien que jeunesse se forme, dis-je en haussant les épaules.
- Tout à fait, mamie Lulu.
C'est moi ou il se moque de mes expressions là ?
- Bon, tu viens toujours à la soirée samedi hein ? demande-t-il avec le même enthousiasme que Evans tout à l'heure.
Si j'ai pas trouvé de moyen de me suicider d'ici là, je suppose que oui...
- Heu...
- Ça commence direct après le match donc il n'y a pas d'heure fixe, reprend Sirius. Mais tu peux venir quand tu veux dès que le match est fini ou après le dîner.
Hmm, jamais, ça me paraît être un bon moment non ?
- D'accord.
- Super, le mot de passe pour entrer ce sera "Victoire". Plus que deux jours ! se réjouit Sirius.
Ouais, youpi.
Il m'embrasse rapidement pour me dire au revoir, mais même ça ne suffit pas à atténuer mon envie de me rouler en boule en pleurant sur l'injustice de la vie. Je le regarde s'éloigner vers sa salle commune avec le goût de ses lèvres sur les miennes.
J'ai beau chercher, je ne vois pas comment je vais pouvoir me passer de lui. C'est tout simplement inenvisageable.
Je n'ai pas le choix, il faut absolument que je trouve un moyen de ne pas aller à cette soirée samedi.
Sinon, je ferais tout aussi bien de suivre les prédictions de Barry et de partir élever des hippogriffes dans la Forêt Interdite pour trouver un autre sens à ma vie.
OoOoOoOoO
Croyez-y ou non, le samedi soir venu, j'ai un plan.
Et pour une fois, je ne suis pas peu fière d'affirmer que c'est un plan absolument brillant.
Reprenons les faits. D'un côté, il est hors de question que j'aille à cette soirée pour me faire briser le coeur. De l'autre, je me suis déjà engagée auprès de Sirius et si je ne viens pas, il pourrait se douter qu'en réalité, je n'ai pas la moindre envie qu'il gagne son pari. Il faut donc qu'un élément extérieur, indépendant de ma volonté, m'empêche de me rendre à la soirée.
J'ai songé à plusieurs possibilités : une chute malheureuse dans les escaliers, une rencontre inopportune avec des Serpentards et même une maladie soudaine et inexpliquée de ma chouette Ginette... Mais comme vous pouvez l'imaginer, aucune de ces options ne m'emballait réellement. Jusqu'à ce que je trouve la solution parfaite.
Et cette solution, c'est Argus Rusard.
Je vous explique. Imaginez que je mets du temps à me préparer pour la soirée, et donc, que je sorte après le couvre-feu... Oh non, pas de chance, je tombe sur Rusard dans les couloirs. Comme c'est un méchant concierge, il me met une retenue et me ramène à mon dortoir par les oreilles. Hélas, impossible de venir à la soirée après ça...
Certes, j'y gagne très certainement une retenue mais c'est un faible prix à payer pour ce que c'est.
En plus, la chance semble être de mon côté jusqu'à présent. Il est déjà 19 heures et le match Gryffondor-Serdaigle n'est toujours pas fini, ce qui veut dire que la soirée commencera aux alentours du couvre-feu.
Mon plan parfait se déroule pour l'instant à la perfection. La seule difficulté sera de réussir à tomber sur Rusard dans les couloirs... mais peut-être que je pourrai inciter Peeves à me dénoncer, il ne se fera pas prier.
Avachie sur un fauteuil de la salle commune désertée, je pousse un soupir d'aise, me sentant incroyablement plus sereine depuis que j'ai mon plan en tête. Depuis que j'ai réussi à écarter le moment fatidique.
Soudain, j'entends de grandes exclamations de joie depuis la fenêtre ouverte sur le parc. Puis des gens se mettent à chanter en choeur "Gryffondor gagne encore, Gryffondor gagne encore !".
Tiens donc, quelle surprise, on a encore perdu.
Les gens ne vont pas tarder à sortir du stade pour aller dîner, je ferais mieux d'y aller, au cas où Sirius me cherche, je pourrai lui re-confirmer mon intention tout à fait honnête de le rejoindre à sa soirée.
Ça me donne envie d'éclater de rire comme les méchants dans les dessins animés.
Quand j'arrive dans la Grande Salle, elle commence déjà à se remplir d'étudiants. Les Serdaigles, peinturlurés de bleu et bronze, affichent des airs lugubres. J'imagine qu'on a dû se prendre une bonne déculottée. Tant mieux, si ça pouvait aider à dégonfler un peu l'ego de Richard Clarke, ce match aura servi à quelque chose. Les Serpentards ont l'air plutôt grognon aussi, comme à chaque fois que Gryffondor gagne un match. Les Poufsouffles, eux, sont aussi bruyants que d'habitude et commentent joyeusement le match entre eux. Quant aux Gryffondors, la plupart d'entre eux ne sont pas encore arrivés, je les entends encore beugler comme des Trolls en chaleur dans le parc.
Je m'assieds à la table de Serdaigle à côté d'un gamin qui console un autre gamin.
L'avantage, c'est que tout le monde semble avoir perdu son appétit. Du coup, je peux reprendre des frites deux fois alors que d'habitude, les gosses se jettent dessus comme la dragoncelle sur le bas-clergé du XVIIIe siècle.
Alors que je m'empiffre avec insouciance, je vois passer dans le Hall d'entrée un véritable cortège de Gryffondors chantant à tue-tête leur hymne maintenant bien connu.
"Allez, allez,
Allez les Gryffondors
Tous avec vous les rouges et ors
D'un seul élan et comme un seul corps
C'est Gryffondor qui gagne encore !"
J'aperçois cet abruti de Potter hurler les paroles à pleins poumons, porté en héros par la foule, un drapeau rouge et or enroulé autour de son cou comme une cape de super-héros.
Certains Gryffondors s'échappent pour aller dîner, mais le gros du cortège prend la direction de la tour Gryffondor sans passer par la Grande Salle. Nul doute qu'ils doivent avoir prévu de quoi manger en haut.
Par contre, je pense pas qu'ils avaient prévu de devoir porter toute l'équipe jusqu'en haut de la tour Gryffondor, ça va leur faire les cuisses.
Moi, je remonte tranquillement à ma salle commune après le dîner et m'installe sur un fauteuil avec un livre de Sortilèges. Du coin de l'oeil, je vois remonter un à un les différents joueurs de l'équipe avec une tête à faire pâlir d'envie un vampire maniaco-dépressif. Vient le tour de Richard Clarke et Jonas Smith, leurs balais à la main, qui ont l'air de se prendre le chou pour quelque chose (si c'est au sujet de leur nullité respective, ils sont pas prêts de finir...). Derrière eux, Emeric traîne la patte, écoutant d'une oreille distraite leur dispute sans y prendre part pour autant.
J'ai un soudain pincement au coeur en repensant aux fois où Emeric se plaignait des discussions stériles de ses deux amis sur le Quidditch. Il disait qu'il avait beau adorer ce sport, parfois il appréciait de pouvoir parler d'autre chose. Il finissait toujours par venir manger avec moi ces fois-là.
Cette fois, Emeric laisse ses amis monter sans lui au dortoir mais au lieu de venir s'asseoir avec moi, il fait comme si je n'étais pas là et s'installe à l'autre bout de la salle commune.
J'hésite un instant puis je me lève, mon livre à la main. Si je veux parler à Emeric, m'excuser, essayer de rattraper les choses, c'est maintenant ou jamais.
Le coeur battant d'appréhension, je viens me poster directement devant lui.
- Je peux te parler un instant ?
Emeric remonte lentement la tête vers moi, un air ennuyé sur le visage.
- On s'est déjà tout dit je crois, répond-il en haussant les épaules.
- Non, écoute... dis-je en cherchant mes mots. Je regrette vraiment ce qu'il s'est passé. J'aurais dû faire les choses différemment, mais je ne savais pas comment gérer la situation.
- Tu aurais pu me dire que tu sortais déjà avec un autre mec pour commencer, ça m'aurait évité de perdre trois mois à galérer, lâche Emeric avec amertume.
Ouch. Perdre trois mois... ?
- J'aurais dû te le dire oui, je suis vraiment désolée pour ça, dis-je en prenant sur moi. Mais... maintenant qu'on a mis les choses à plat, je me disais que... que c'était bête de s'ignorer comme ça.
Je vois Emeric hausser un sourcil sceptique et je reprends en bafouillant à moitié.
- Je veux dire que... Enfin, je comprends que tu m'en veuilles et qu'on ne se parle plus autant qu'avant, mais de là à ne plus se parler du tout... Je veux dire, on pourrait au moins se dire bonjour quand on se croise, non ?
- Excuse-moi, mais je n'ai pas très envie de dire bonjour à quelqu'un qui a joué avec moi pendant des mois, lâche Emeric d'une voix grinçante.
- Joué avec toi ? fais-je déconcertée.
- Oui j'ai très bien compris que tu voulais juste garder une roue de secours au cas où Black ne voudrait plus de toi.
Hein ? Mais c'est quoi son délire ?
- Je n'ai jamais... qu'est-ce que... Attends, c'est Aphroda qui t'a raconté ça ?
Je devine que j'ai touché juste en voyant ses oreilles se colorer.
- Elle m'a ouvert les yeux sur certaines choses oui, admet-il. Mais je n'ai pas eu besoin d'elle pour comprendre que tu t'étais servie de moi.
- Mais comment tu peux la croire... jamais je... c'est n'importe quoi, enfin ! je m'exclame, ne trouvant pas les mots tellement je suis scandalisée.
- Ah oui ? fait Emeric d'une voix acerbe. Alors explique-moi pourquoi ça t'embête autant qu'on ne se parle plus ? Tu sens que Black commence déjà à se lasser de toi et tu cherches un plan B pour te consoler ? Remarque ça m'étonne pas, les mecs comme lui se lassent vite...
Il lâche un ricanement grinçant. Ça ne ressemble tellement pas au Emeric que je connais. Me serais-je trompée sur toute la ligne à propos de lui ?
- Ça n'a rien à voir ! je m'écrie. Si ça m'embête c'est seulement parce que je voudrais qu'on redevienne amis ! Et Sirius, c'est... ça ne te regarde pas !
- J'ai déjà des amis, merci, réplique Emeric froidement. Et t'as raison, Sirius ne me regarde absolument pas alors je ne vois pas pourquoi on est en train d'en discuter. T'as pas une soirée où t'es attendue ? Ou alors ton mec ne t'a même pas invitée ?
A court de mots, je fixe Emeric abasourdie.
Il a déjà des amis ? Très bien. Dans ce cas, moi non plus je n'ai pas besoin de lui.
- T'as raison, j'y vais, j'ai pas envie d'en entendre plus, dis-je énervée.
- C'est ça, grince Emeric. On se revoit dans dix minutes.
J'aurais aimé trouver une punch line bien piquante à lui envoyer en réponse, mais je suis tellement énervée que rien ne me vient. Relevant la tête, je marche d'un pas ferme jusqu'à la porte de la salle commune, que je prends bien soin de claquer aussi fort que possible derrière moi.
- Qui d'amour se prend, de rage se quitte, commente aimablement le heurtoir en forme d'aigle.
- Oh, ferme-la, dis-je en descendant quatre à quatre les escaliers.
Je me dirige tout droit vers la salle commune de Gryffondor tout en bouillonnant intérieurement. Aux oubliettes mon plan brillant, il est hors de question que Emeric me voie rentrer à la salle commune et qu'il pense que Sirius ne m'a pas invitée. Il est hors de question que je le laisse penser qu'il a raison ou que je me suis dégonflée.
Quelle idiote d'avoir cru que je pouvais sauver notre amitié... De toute évidence, il n'y a jamais eu aucune amitié à sauver de son côté. Tout ce qu'il veut, c'est me faire du mal parce que je l'ai blessé dans sa petite fierté.
Et le pire, c'est que je suis persuadée qu'il se fait encourager dans cette voie par Aphroda et les autres Serdaigles, mais qu'il est trop borné pour s'en rendre compte.
Ah il est vexé que je lui ai préféré Sirius ? Et bien il n'avait qu'à être clair, lui aussi ! Et ne pas me faire croire qu'on était amis alors que ses intentions n'ont jamais été amicales ! Alors que dès le moment où il comprend qu'il n'aura pas ce qu'il veut de moi, il me tourne complètement le dos et me balance des vacheries à la pelle !
Mais je m'en fous d'Emeric. Je vais aller à cette stupide soirée, m'amuser et lui montrer que je n'ai absolument pas besoin de lui comme ami.
Et il faut croire que l'esprit de Gryffondor est avec moi, car j'arrive sans le moindre problème devant l'entrée de la salle commune rouge et or. Quelque part, je crois que j'espérais quand même croiser Rusard... Mais c'est trop tard pour reculer maintenant, il en va de ma fierté.
Et si je reste toute seule, je sens que je vais avoir envie de balancer des sortilèges d'explosion partout autour de moi.
- Victoire, dis-je d'un ton sec à la femme énorme du tableau qui en garde l'entrée.
Visiblement très éméchée, celle-ci me regarde avec son verre de vin à la main, plisse les yeux comme si elle essayait de me reconnaître puis semble hausser les épaules et finit par m'ouvrir l'entrée.
Je n'ai pas le temps de déplorer le manque de sécurité de la salle commune de Gryffondor qu'un brouhaha monstrueux m'assaille les oreilles.
Merlin, ça y est. Je suis dans l'antre des lions. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est plutôt animé.
Bon, OK, c'est le bordel total.
Honnêtement, j'ai jamais vu autant de bordel depuis la fois où le professeur Brûlopot avait lâché sans faire exprès un Occamy dans la Grande Salle et que les trois quarts des élèves s'étaient retrouvés écrabouillés sous son poids.
Là c'est un tout autre type d'ambiance. Il y a des bannières de Quidditch partout, le feu dans la cheminée a été remplacé par des pétards du Dr Flibuste qui envoient des étincelles de toutes les couleurs dans tous les sens, les murs sont recouverts de dessins de lions qui chantent en boucle les hymnes de Quidditch de Gryffondor et des confettis rouge et or tombent du plafond à intervalles réguliers, provoquant à chaque fois les acclamations réjouies des gens.
Et parlons-en des gens... Toute la population Gryffondorienne semble s'être rassemblée au centre de la pièce pour reprendre des chants de victoire toutes les cinq minutes, tout en lançant à qui mieux-mieux des bruits de trompette avec leurs baguettes (mais qui a eu la mauvaise idée de leur apprendre ce sort ?). Quasiment tous ont une bièraubeurre à la main (heureusement, la présence des plus jeunes semble les avoir dissuadés de proposer des boissons plus fortes, c'est déjà ça) et ils n'arrêtent pas de porter des toasts pour des choses aussi stupides que "le record du plus grand nombre d'arrêts par la tête dans l'histoire du Quidditch de Poudlard". Il y a même un des joueurs (l'attrapeur je crois) qui est toujours perché sur son balai et qui s'amuse à voler au-dessus des gens qui l'acclament, en faisant des pirouettes insensées.
McGonagall ferait une syncope en voyant ça, j'espère pour eux qu'ils ont trouvé un moyen de la tenir à l'écart...
- Hey, t'es venue ! s'exclame une voix réjouie à ma droite.
Je me tourne et m'aperçois avec surprise que cette voix appartient à la starlette de la soirée, James Potter Le Magnifique. Il était pas censé avoir parié avec Evans que je ne viendrais pas ? Il a l'air plutôt agréablement surpris.
J'imagine que l'écharpe rouge et or qu'il porte autour de la tête comme une coiffe indienne et les étoiles qui brillent dans ses yeux doivent y être pour quelque chose. Une fête en son honneur et celle de son équipe, ça doit être proche de sa vision du paradis.
- Ouais.
- Ouh là, t'as le même air que Lily quand elle s'apprête à m'engueuler pour un truc, remarque Potter.
- C'est rien, je suis juste un peu énervée à cause... d'un truc, dis-je sèchement.
Ça m'énerve encore plus quand on me fait remarquer que je suis énervée.
- Quel truc ? Ça n'a rien à voir avec des Serpentards j'espère ? s'inquiète Potter.
On retrouve bien là la vision manichéenne des Gryffondors, j'adore.
- Nan, rien à voir.
- Bon, pas question de faire cette tête-là chez nous en tout cas. Bois ça, ça va te détendre !
Il me tend une flasque en métal qui ressemble à celle que mon grand-père Roberto garde toujours sur lui, remplie de grappa.
Celle de Potter dégage une odeur qui donne bien plus envie que la vieille grappa de mon grand-père. J'en prends une gorgée généreuse. Potter a raison, j'ai bien besoin d'un remontant ou je ne vais pas tenir longtemps parmi tous ces Gryffondors déchaînés.
Hum, mais c'est que c'est bon son truc. C'est doux, sucré et fortement aromatisé à la fois, mais je ne saurais pas dire à quoi.
Pour vérifier, j'en prends une deuxième gorgée.
- Hé, doucement...! commence Potter mais il est interrompu par l'attrapeur de son équipe, toujours perché sur son balai, qui en passant au-dessus de lui, lui arrache son écharpe de la tête.
L'attrapeur s'envole avec en rigolant sous les vivats des Gryffondors tandis que Potter lâche une exclamation outrée. Sans hésiter, il se met à lui courir après en vociférant pour récupérer son bien.
C'est bizarre, mais alors que je reprends une gorgée tout en le regardant sauter ridiculement en l'air pour atteindre son coéquipier, je ne peux pas m'empêcher de rigoler à mon tour.
En fait, il me vient même l'envie espiègle de m'éclipser dans la foule en embarquant sa flasque avec moi. Faut dire que c'est vachement bon son truc. Et en plus, c'est tout jaune. J'aime bien le jaune, c'est la couleur du soleil, des pissenlits et des frites.
Et du pipi aussi, mais le pipi j'aime pas.
Alors que je me faufile sans but parmi les Gryffondors, je me sens de plus en plus légère, comme envahie par un bonheur soudain. Mes soucis semblent s'envoler comme les confettis qui tournoient dans la pièce : Emeric, Sirius, Aphroda, Rosier, la guerre et mon bouton sur les fesses, c'est comme si j'oubliais tout. Ou plutôt, comme si je n'en avais plus rien à faire.
Sans m'en rendre compte, je me mets à sautiller sur place tout en chantonnant à mi-voix avec les Gryffondors leur nouvelle ritournelle :
"Les Serpentards, c'est un peu comme des épinards
Ils sentent pas très bon et ils sont tous verts !"
Je reconnais une fille de Gryffondor de mon année à qui je n'ai jamais parlé et je lui adresse un grand sourire. Elle se retourne comme pour vérifier que je ne m'adresse pas à quelqu'un d'autre mais le temps qu'elle réalise que c'était bien à elle, je suis déjà repartie en portant la flasque à mes lèvres pour la quatrième fois.
C'est trop cool la salle commune de Gryffondor il y a plein de fauteuils qui ont l'air super moelleux ! Ce serait bien si je pouvais en amener un dans mon QG sous la tour d'Astronomie, tiens. Et si je les essayais tous pour savoir lequel est le plus moelleux ?
Ni une ni deux, je me jette sur le premier canapé venu, bousculant au passage un couple qui était en train de se bécoter sur le-dit canapé.
- Hey ! me fait la fille d'un air de reproche en décollant sa bouche de son mec boutonneux.
- Ouuups, désolée, je glousse.
Je me mets à sautiller joyeusement sur le canapé, m'amusant à rebondir sur mes fesses. Le couple me regarde comme si j'étais une licorne à trois pattes.
Tiens, ça me fait penser à une chanson.
- Il était une petite licorne, il était une petite licorne, de toutes, toutes, toutes les couleurs, de toutes, toutes, toutes les couleurs, la la la la ! Licorne arc-en-ciel de mon coeur, tu es la plus jolie des licornes... Licorne arc-en-ciel de mon coeur...
Hé, c'est quoi la fin déjà ?
Je reprends une gorgée de la flasque de Potter et décide de changer de canapé. Ils sont pas très drôles les gens sur celui-ci et ils veulent pas chanter avec moi.
- Complètement cinglée, les entends-je marmonner tandis que je m'éloigne en chantonnant.
Il était une petite licorne... il était une petite licorne...
Je tombe soudain sur Peter Pettigrow qui est en train de discuter avec une fille.
- Coucou Pettigrow ! dis-je toute contente de trouver quelqu'un que je connais.
- Heu salut, fait-il, l'air étonné que je lui adresse la parole.
C'est marrant ça, pourquoi tout le monde semble aussi surpris que je leur parle ? C'est pas ce qu'on est censé faire à une soirée ?
Le regard de Pettigrow tombe sur la flasque que je tiens toujours à la main.
- Heu, c'est pas à James, ça ? demande-t-il suspicieusement.
- Non c'est à moi ! dis-je espièglement.
Au secours, il va me la voler !
Avant que Pettigrow ne puisse faire quoi que ce soit, je m'enfuis loin de lui en riant.
- Hey Picotti, attends...!
Mais je n'ai pas envie de l'écouter. Je viens de voir qu'il y avait des trucs à manger sur une table un peu plus loin et je m'y précipite en criant de joie.
Génial, il y a des fizwizbiz ! Et des dragées surprises ! Et même des chips de feu !
C'est des chips à la citrouille mais dans le paquet, il y en a quelques unes qui sont à la Pimentine sans qu'on ne puisse les distinguer. J'en prends une poignée généreuse en me disant que ça pourrait être drôle de voir de la fumée sortir de mes oreilles mais à ma grande déception, elles sont toutes à la citrouille.
Alors que je m'apprête à retenter le coup, je me fais bousculer par derrière.
- Oups, pardon... Lucy ! s'exclame le nouvel arrivant en me reconnaissant.
Hé mais c'est mon Sirius ! Trop bien !
J'avais failli ne pas le reconnaître vu qu'il a la moitié des cheveux teintés en rouge et l'autre en doré et qu'il y a écrit GRYFFONDOR en lettres clignotantes sur son front. Mais il est toujours aussi beau, cela va sans dire !
Je lui saute au cou en m'écriant :
- Sirius !
C'est son prénom, c'est pour ça.
Il vacille en arrière, surpris par mon geste. Il n'a pas l'air tout à fait sobre faut dire, il a une bouteille à la main qui ne ressemble pas à de la bièraubeurre.
- Hey, fait-il en posant une main dans mon dos pour se stabiliser.
- Je suis contente de te voir, dis-je tout sourire.
- Moi aussi, dit-il d'un air surpris. J'étais pas sûr que tu allais venir pour être honnête...
D'un geste vif, je lui tords le nez en rigolant, le coupant dans sa phrase.
Sirius me regarde avec des yeux ronds.
- Heu... Lucy, ça va ? demande-t-il en posant ses mains sur mes épaules comme pour m'apaiser.
Je glousse en faisant plein de "oui" de la tête.
- Tu... tu as bu quelque chose ? demande-t-il.
- Oui tu veux goûter ? dis-je en lui tendant ma flasque. C'est super bon et ça a la couleur des frites !
Sirius prend la flasque en fronçant les sourcils et y trempe les lèvres.
- Hé mais... Ce serait pas James qui te l'aurait donnée par hasard ? demande-t-il avec un sourire de compréhension.
- Si, mais maintenant je l'ai volée alors c'est à moi ! dis-je en la récupérant des mains de Sirius.
Mais pourquoi tout le monde veut me reprendre ma boisson ?
- C'est à moi, c'est à moi, c'est à moi, c'est à moi, moi, moi ! je chantonne en faisant des tours sur moi-même.
Sirius rit aux éclats, de son rire semblable à un aboiement.
- D'accord d'accord, mais vas-y mollo quand même, je ne sais pas ce qu'il a mis là-dedans, me prévient-il.
On s'en fiche du moment que c'est bon !
Sirius n'a pas le temps de se pencher sur la question car quelques Gryffondors dans la salle se mettent soudain à crier :
- Capitaine, un discours ! Capitaine, un discours !
Tous les Gryffondors reprennent aussitôt le mantra en choeur. Génial, j'avais justement envie de crier ! Je me joins à eux avec enthousiasme, tout comme Sirius qui se met à brandir sa bouteille en l'air en hurlant.
Au centre de la pièce, Potter grimpe sur une table avec difficulté et lève une main, faisant taire les acclamations. Il a déjà les yeux un peu vitreux et quelque chose me dit qu'il n'a pas bu que de la bièraubeurre lui non plus. Qui sait combien de flasques mystérieuses il a sur lui ? Je pourrais peut-être lui en voler d'autres, hi hi hi.
- Mes chers camarades ! commence Potter après s'être lancé un Sonorus. Je suis heureux d'être ici ce soir pour vous annoncer que la valeureuse Maison de Gryffondor remporte aujourd'hui sa sixième coupe de Quidditch consécutive avec un score battant tous les records des années précédentes !
Tout le monde se met à faire des bruits de trompette avec leurs baguettes tout en criant de joie et je crie avec les autres. Je ne sais pas pourquoi la victoire de Gryffondor me rend aussi extatique mais j'ai envie de sauter partout.
- Cette prouesse, que dis-je, cette consécration, nous la devons bien sûr à notre vaillante équipe qui s'est entraînée sans relâche toute l'année et ce, malgré les tentatives désespérées de ces vils Serpentards de nous subtiliser le terrain chaque jeudi soir !
Tout le monde se met à crier "bouuuuh", moi comprise. J'adore huer des vils Serpentards !
- Mais nous avons tenu bon et nous les avons écrasés comme il se doit, dans les airs comme sur terre ! s'exclame Potter en levant le poing au ciel sous nos acclamations. Et ce soir, nous avons prouvé à nouveau notre talent contre Serdaigle en les renvoyant dans leur nid de pigeons sur un score qui restera dans les annales et que par respect, je n'énoncerai pas ce soir.
Rires moqueurs de la salle.
- Ouais ! je crie.
Je sais, je suis à Serdaigle, mais j'avais envie de crier quelque chose.
- Mais cette victoire exceptionnelle, nous la devons surtout à vous, mes camarades Gryffondors ! reprend Potter complètement transporté. Vous qui nous avez soutenus aveuglément, vous qui avez répondu présent à tous nos matchs, qui nous avez acclamés et poussés toujours plus loin sur nos balais ! Sans vous, cette victoire n'aurait plus aucune valeur.
Il fait une pause dramatique et je retiens un gloussement devant sa grandiloquence.
- Même si je pars à la fin de l'année, je ne suis pas inquiet. Non seulement parce que je laisse l'équipe entre de très bonnes mains, mais surtout parce que je suis convaincu que tant que Gryffondor restera uni, Gryffondor restera fort. Et Gryffondor, mes amis... Gryffondor gagnera encore.
Une véritable ovation salue la fin de son discours, avant que tous ne reprennent en choeur leur hymne. Youpi, on chante encore !
A la fin du chant, Sirius tourne la tête vers moi avec un grand sourire.
- Dis donc, je ne pensais pas que tu t'intégrerais aussi vite chez les Gryffondors, remarque-t-il. Tu connais déjà notre chant par coeur.
- Oui je l'adore ! je m'exclame. Cette soirée est géniale !
Sirius lâche un de ses rires-aboiements.
- Tu devrais être d'aussi bonne humeur plus souvent, ça m'aurait simplifié pas mal de choses.
- Mais je suis toujours de bonne humeur !
Sirius, qui était en train de boire une gorgée de sa bouteille, s'étouffe à moitié.
- Quoi ? C'est vrai ! je proteste. J'accepte toujours de faire tout ce que tu me demandes.
- Tu rigoles j'espère ? Je dois toujours te supplier pendant des heures avant que tu n'acceptes !
Je fais mine de réfléchir puis un sourire espiègle se dessine sur mes lèvres.
- Hmmm oui, mais ça c'est parce que j'aime bien que tu me supplies.
Sirius prend un air exagérément choqué et je me marre avant de m'éclipser à nouveau parmi les gens avec ma flasque à la main. Qui, d'ailleurs, se vide à vue d'oeil.
Tiens, j'ai une super idée de jeu !
Je me faufile derrière les gens et au moment où ils s'y attendent le moins, hop je bondis et je leur tords le nez. Après je m'enfuis avant qu'ils n'aient le temps de m'attraper et je cherche une autre victime. C'est super drôle, je devrais faire ça plus souvent. Il y a un grand costaud de sixième année à qui j'ai fait tellement peur qu'il a renversé sa bièraubeurre avec un hurlement aigu pas du tout Gryffondorien.
Au secours, il me court après maintenant ! Hiiiiii !
Je me mets à courir partout dans la salle pour lui échapper, poursuivie par le grand costaud qui a l'air déterminé à se venger.
Viiiiite, il faut que je me cache ! Là, derrière cette statue de lion !
Hop, je saute à l'abri derrière la statue. Regardant discrètement entre ses pattes, j'aperçois le grand costaud qui me cherche du regard. Hi hi hi, il n'a pas vu ma super cachette. Je pouffe de rire contre ma main.
C'est alors que je remarque du mouvement dans l'ombre à ma droite.
Crotte, encore un couple qui se bécote. Ma parole, ils sont tous en chaleur les Gryffondors en ce moment. C'est pas un lion qu'ils devraient avoir comme emblème mais un lapin.
- Lucy ? fait la fille assise à califourchon sur le garçon.
Oh tiens c'est Lily Evans, je ne l'avais pas reconnue avec son visage recouvert de traits rouge et or. Avec ses cheveux roux et ses yeux verts, ça lui fait un peu une tête d'arc-en-ciel.
Du coup, le truc informe sous elle ça doit être Potter. Il a retrouvé son écharpe, tiens, mais maintenant il la porte sur son torse nu comme une écharpe de maire. Pour une raison mystérieuse, ça a dû exciter Evans parce qu'ils avaient l'air d'être engagés dans des activités pas très catholiques quand je suis arrivée.
- Chhhhhuut, dis-je en faisant de grands gestes avec la main. Il faut pas qu'il me voie.
Toujours à califourchon sur son mec, Evans suit avec curiosité la direction de mon regard entre les pattes du lion.
- Tu parles de Graham ? Pourquoi il te cherche ? demande-t-elle avec surprise.
Parce qu'il pèse pas trois grammes hi hi hi.
Je rigole toute seule à ma blague et Evans me regarde d'un air interrogatif.
- Hé Picotti, fait une voix baveuse sous Evans. C'est toi qu'as ma flasque ?
- Oui, tu la veux ?
- Oh ouais !
Potter se redresse difficilement, l'air soulagé de retrouver sa flasque perdue. Je la lui tends en me retenant de rire. Potter la prend, fronce les sourcils, la renverse. Les deux dernières gouttes tombent sur le sol.
- Elle est vide... remarque Potter tout déçu.
J'éclate de rire. Et oui, je l'ai finie ha ha ha !
C'est fou comme je fais des blagues drôles ce soir.
- Y avait quoi dedans ? demande Evans d'un air suspicieux.
- Heu... fait Potter avec l'air de celui qui sait qu'il va bientôt se faire engueuler. Y avait du jus de fruits de la passion, un peu de citron, et...
- Et ? fait Evans, les mains sur les hanches.
- Et un tout petit peu d'Elixir d'Euphorie, mais vraiment vraiment pas beaucoup, avoue Potter penaud.
Comme pour prouver ses dires, je lâche un petit rot qui sort de ma bouche sous la forme d'un arc-en-ciel.
- Oooooh, fais-je admirative.
- Tu veux dire que Lucy a bu toute une bouteille remplie d'Elixir d'Euphorie ? s'exclame Evans en me regardant d'un air inquiet.
- Elle en a peut-être donné à d'autres personnes...
- Non, j'ai tout bu toute seule ! dis-je toute fière.
Potter me jette un regard l'air de dire "Mais pourquoi tu le dis ?" et Evans le fusille du regard. En réalité, j'ai juste très envie de le voir se faire engueuler par Evans, ça va être rigolo.
Mais soudain, j'entends de la musique s'élever dans la salle et des gens se mettre à crier de joie. Apparemment quelqu'un a trouvé une radio et l'a enchantée pour que la musique puisse être diffusée dans toute la pièce.
- Et maintenant, en exclusivité sur la RITM, place au dernier tube des Tomatoes and Basilisk ! annonce le speaker à la radio.
Un rythme rapide de batterie s'élève dans la pièce et je me lève aussitôt, comme mue sur des ressorts. Je crois que Evans me dit quelque chose mais je ne l'entends même pas et me précipite au milieu des gens qui se mettent à danser. Moi j'ai envie de sauter partout, je me sens particulièrement... euphorique. Je me joins aux gens qui chantent autour de moi.
Comme je ne connais absolument pas la chanson, j'invente les trois quarts des paroles mais je ne peux pas m'empêcher de chanter à tue-tête.
"You don't have to say Lumos to turn me on
You don't need an Accio to make me come…
To youuuu !"
Je ne sais pas combien de temps ça dure, ni combien de chansons suivent, mais quand le speaker annonce une "petite pause de publicité", je suis lessivée. Je m'effondre dans un fauteuil en soufflant bruyamment.
Deux minutes plus tard, Sirius s'affale à côté de moi en soufflant tout aussi bruyamment.
- Pfiou, fait-il épuisé. J'ai l'impression de ne pas t'avoir vue de la soirée et pourtant, tu n'es toujours pas partie.
Il a les joues un peu rouges et ses cheveux teints en rouge et or sont tout échevelés. Normal, il a dansé en portant sur son dos l'un des batteurs de l'équipe pendant toute une chanson. Même si le batteur n'est qu'en deuxième année, il est fort mon Sirius hein ?
- Non j'ai pas envie de partir ! Mais maintenant j'ai soif ! Qu'est-ce que tu bois ? je demande en avisant avec curiosité la bouteille que Sirius porte à sa bouche.
- Du whisky pur-feu, dit Sirius après avoir avalé une gorgée. Mais c'est ma réserve personnelle, pas touche. Surtout qu'apparemment, tu voles les boissons des autres...
Je glousse en repensant à la tête de Potter quand je lui ai rendu sa flasque vide.
- Promis, je volerai pas la tienne, dis-je en prenant un air d'ange.
- Mouais je te fais pas confiance, dit Sirius en reprenant une gorgée.
- Oh regarde ! McGonagall ! dis-je d'un air horrifié en montrant la porte du doigt.
- Quoi ? Où ça ? fait Sirius paniqué en se retournant vivement.
Je profite de son inattention pour lui choper sa bouteille. Malheureusement, Sirius a de meilleurs réflexes que ce à quoi je m'attendais et il referme instinctivement sa main autour de sa bouteille, la levant hors de ma portée.
- Espèce de Serpentard ! s'exclame-t-il choqué.
Pouffant de rire, je me jette sur lui pour essayer d'attraper la bouteille, mais il se défend avec fougue et on se met à se battre comme des niffleurs devant un gallion d'or. C'est-à-dire de façon assez ridicule étant donné son état d'ébriété quelque peu avancé et mon état d'euphorie qui me fait pousser des petits cris aigus au moindre toucher. Au final, il réussit à me bloquer sous lui.
- Ah ah ! fait-il triomphalement. C'est qui le plus fort ?
Il brandit sa bouteille en signe de victoire et en boit une gorgée pour me narguer.
Je me redresse pour l'embrasser droit sur la bouche.
Sous le coup de la surprise, Sirius relâche sa prise sur moi et j'en profite pour me dégager souplement, attrapant sa bouteille au passage. Je m'enfuis en courant, morte de rire. Je réussis à boire une gorgée pendant qu'il me poursuit en vociférant et le liquide me brûle littéralement la gorge.
Ah oui, ça explique pourquoi ça s'appelle du whisky pur-feu.
Par contre, ça n'explique pas pourquoi tout devient soudain très flou dans ma tête.
Hmm, il me semble avoir lu quelque part qu'il ne fallait jamais mélanger une potion à de l'alcool, je crois que ça décuple les effets… C'est pour ça que toutes les couleurs dansent autour de moi ?
Je n'ai pas le temps de me pencher sur la question car Sirius parvient rapidement à me rattraper et à récupérer sa bouteille. On s'embrasse longtemps dans un coin et j'ai l'impression que mon corps tout entier s'enflamme, mais pour une toute autre raison que le whisky pur-feu.
Ça a pu durer une heure comme ça a pu durer cinq minutes, je suis incapable de le dire. Tout est tellement si flou, tout d'un coup.
Tout ce que je sais, c'est que Sirius finit par me lâcher en voyant Potter ramener une grosse bouteille remplie d'un liquide transparent de son dortoir.
- C'est de la tequila crac-boum ! s'écrie Sirius avec excitation.
Youpi !
C'est quoi ?
C'est alors que je remarque que la salle s'est largement vidée et que le son de la musique a été baissé. Quelqu'un a dû envoyer les élèves les plus jeunes se coucher car il ne reste que les plus âgés, assis par petits groupes un peu partout dans la salle. Certains acclament Potter en le voyant arriver avec sa bouteille et le rejoignent au coin du feu.
- Viens, on y va ! lance Sirius en me tirant par la main.
- J'irai partout où tu iras, mon amour !
Oups, j'ai dit ça à voix haute ?
Je fais un grand sourire à Sirius qui pouffe de rire. Ouf, il a dû croire que c'était ironique.
Je le suis joyeusement et on s'installe à côté de la cheminée en rond avec les autres. Je reconnais le grand costaud qui me poursuivait tout à l'heure et lui fais un coucou de la main. Il y a aussi Pettigrow, Evans, Lupin (qui semble bien plus frais que les autres), quelques joueurs de l'équipe et autres Gryffondors divers et variés.
Potter baragouine des trucs mais je ne l'écoute qu'à moitié. C'est que je suis assise contre les jambes de Sirius et c'est très distrayant. Et les couleurs sont si vives et mouvantes autour de moi, j'ai l'impression d'être à l'intérieur d'un arc-en-ciel.
Je crois qu'il y a une histoire de bouteille qui explose si on ne la boit pas assez vite, et une histoire de défis…
Ah oui, tiens, ils se lancent des défis entre eux. C'est bien des Gryffondors, ça... Une fille vient de tendre son soutien-gorge à Lupin, il est presque aussi rouge que le-dit soutien-gorge.
Hey mais pourquoi tout le monde boit ?
Oh, je crois que tout le monde doit boire dès que quelqu'un réussit son défi. Ça explique pourquoi on me tend des verres, ce sont des Gryffondors donc ils relèvent tout le temps leurs défis, même les plus débiles.
Tout devient de plus en plus fou dans ma tête, comme si je n'avais pas vraiment conscience de ce que je fais.
Quelque part dans un coin lointain de ma tête, je sais que ce n'est pas naturel, que ce n'est pas vraiment moi, mais je ne me suis jamais sentie aussi légère et insouciante. Je ne me pose plus de questions. Et c'est étrangement reposant.
Le dernier souvenir conscient que je garde, c'est Sirius qui me souffle dans mon oreille :
- Merci d'être venue.
Après ça, je me laisse emporter par l'euphorie de la soirée.
A/N de fin : Toute mon admiration à celles qui reconnaîtraient les airs des chants qu'il y a dans ce chapitre !
Pour info ou rappel, la potion d'euphorie a comme effets secondaires de donner une forte envie de chanter et de tordre le nez d'autrui, ce qui explique le comportement quelque peu particulier de Lucy dans ce chapitre...
Nous espérons que vous avez passé un agréable moment sur nos lignes. A très bientôt pour la suite !
