Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort
Rating: M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Note : Allez, je poste parce que je pense que je ne serai jamais contente ! Y a des chapitres comme ça, on les modifie à chaque fois qu'on les relit !
Bonne lecture !
Chapitre 27 : Bulle
Ils firent l'amour deux fois.
La première surprit Iruka par sa rudesse. Kakashi ne se comporta pas comme le tendre pédagogue qu'il avait été par le passé mais comme un homme avide et pressé. Le plaisir n'en fut que plus fort.
Iruka devina que l'ardeur de Kakashi était empreinte de colère. Il avait beaucoup supporté, maintenant il lâchait prise. Il se vengeait sûrement pour l'autre homme entraperçu dans son appartement et pour tous ces rejets auxquels il avait dû faire face. Il se vengeait en leur faisant du bien à tous les deux.
Iruka se laissa rudoyer avec félicité, ne cherchant à contrôler ni son corps, ni ses réactions. Il se foutait de tout, ne se préoccupait que de sa propre jouissance encouragée par les gémissements rauques que Kakashi poussait à son oreille.
Ils s'étaient écroulés tous les deux, chacun de leur côté du lit et Iruka, encore plaisamment endolori, allongé sur le flanc, s'était bercé de leurs respirations mêlées. L'atmosphère moite retombait sur sa peau nue et il devina que la pièce devait sentir le sexe. Il imagina une odeur chaude et âcre et regretta de ne pas pouvoir la sentir.
Le temps semblait perdre tout son sens dans cette chambre et il ne sut combien de minutes ils restèrent allongés là, sans se parler.
Enfin, il sentit le corps à ses côtés se rapprocher et d'un geste brusque, il fut basculé sur le dos. Le magnifique visage de Kakashi apparut au-dessus de lui et Iruka le contempla, heureux qu'il soit tel qu'il s'en rappelait. Kakashi laissa ses deux yeux descendre sur son corps et Iruka n'en ressentit aucune gêne. Il avait même envie que Kakashi fasse plus que de le regarder, il voulait être touché encore et se tendit dans ce sens. Bientôt, le corps tout entier de Kakashi fondit sur lui.
Ils étaient fatigués. L'étreinte se fit plus lente et les caresses plus douces mais Kakashi, alors qu'il le pénétrait, ne cessa pas une seconde de le regarder. Iruka finit par comprendre que le jounin cherchait certainement à mémoriser la scène pour pouvoir s'en souvenir plus tard. Parce qu'il pensait que c'était sûrement la dernière fois qu'ils s'aimaient ainsi.
Iruka s'en sentit triste pour lui et il s'empara du visage du jounin entre ses bras, le serra contre lui, comme pour le consoler et peut-être, aussi, s'excuser.
Kakashi, épuisé, se laissa finalement retomber sur le corps d'Iruka. Ce dernier le réajusta sur son torse et caressa ses cheveux gris qui chatouillaient sa gorge.
Il ne fallut pas longtemps pour que Kakashi s'éloigne de lui, comme s'il craignait de trop s'habituer à cette tendresse. Iruka bascula sur le côté pour pouvoir l'admirer alors que Kakashi reposait sa tête sur son oreiller. Ils s'observèrent en silence, face-à-face, et Iruka, content, ne pouvait s'empêcher de sourire.
« Alors ? l'interrogea Kakashi au bout d'un moment. C'était meilleur qu'avec ton juge ? »
Le ton était dur, sec, désagréable. Otoko, bien sûr. Sa présence dans son salon avait raffermi la colère de Kakashi. C'était pourtant loin d'être l'erreur dont Iruka se sentait le plus coupable.
« On ne fait pas ça tous les deux, répondit-il d'une voix calme. On ne le fera sûrement jamais : je crois qu'on a rompu après ton départ. »
« Je vois, renifla dédaigneusement Kakashi, tu avais besoin d'être consolé. »
« Je voulais te voir, surtout. Tout à l'heure, on n'a pas pu se parler. »
Et il avait envie de lui, aussi. Il fallait être honnête. Iruka l'avait compris dès que Kakashi l'avait embrassé à son arrivée dans la chambre. Il était venu pour ça. Il n'avait jamais véritablement eu envie d'Otoko, il n'avait été qu'un faire-valoir. Et quand ce dernier avait posé ses lèvres sur les siennes dans son appartement, Iruka n'avait pas pu faire autrement que de constater son absence d'excitation. Cela faisait des mois qu'il avait envie de faire l'amour mais cette envie n'existait réellement qu'avec Kakashi. Jamais il ne pourrait renouer, après cette nuit, avec Otoko.
« On s'est disputé, avec Otoko. Il a dit du mal des ninjas, je ne l'ai pas supporté. »
Il ne comprenait toujours pas vraiment pourquoi mais il se sentait dans son bon droit, il ne remettait pas son comportement en question, ne le regrettait pas non plus. Otoko semblait déjà être un souvenir lointain dans son esprit alors même qu'ils s'étaient embrassés quelques heures auparavant. C'était étrange.
« Tu as repris l'entraînement depuis longtemps ? »
La voix de Kakashi se voulait distante mais Iruka devina que c'était feint. Il lui lança un regard interrogatif.
« Comment… »
« Je connais ton corps par cœur, le devança le jounin. J'ai tout de suite vu la différence. »
« Ce n'est pas vraiment un entraînement, minimisa Iruka, juste quelques exercices, le matin, avant d'aller travailler… »
« Tu fais ça pour rentrer ? »
Voilà, la question de son retour était posée. Malgré sa colère, Kakashi n'avait pas hésité longtemps. Iruka secoua négativement la tête, réellement désolé.
« Non, Kakashi, je ne veux pas rentrer. »
Le jounin ne parut pas vraiment surpris.
« Alors, ce qu'il vient de se passer, c'était juste pour le sexe ? »
« Je n'en sais rien, soupira Iruka. J'ai juste ressenti l'envie de te voir. Je n'avais pas forcément d'idée derrière la tête. C'est toi qui m'as embrassé, je te rappelle ! »
« Mais tu t'es laissé faire ! Tu ne t'étais jamais montré aussi volontaire jusqu'à maintenant ! C'est parce que ton juge n'a pas ce qu'il faut ? »
Iruka haussa les épaules. Il ne savait pas. Le désir s'expliquait-il ? Il avait ressenti de la répulsion pour Kakashi pendant des mois, c'était vrai. Mais n'était-ce pas de la peur, plutôt ? Une crainte au fond de lui qu'un sentiment renaisse, un sentiment qui ne lui aurait pas totalement appartenu. Un sentiment qu'il avait cru étouffer en quittant Konoha mais que la distance n'avait fait qu'entretenir.
Quand ce sentiment s'était-il réellement ancré en lui ? Et pourquoi ?
« C'est peut-être parce que tu es beau. »
C'était une explication. Iruka devait être comme tous ces types, obnubilés par le physique. Le désir avait dû naître avec la découverte du visage de Kakashi. Il se rendait bien compte que, depuis, il comparait tous les autres hommes qu'il rencontrait à l'échelle de la beauté du jounin.
Il était donc ainsi ? Un minable. Kakashi avait tellement plus à offrir que son visage. Le simple fait qu'il le cache faisait déjà de lui un être supérieur.
« C'est pas pour ça. » lui répondit tranquillement le jounin.
« Tu voudrais que ce ne soit pas pour ça, nuance. »
« Ce n'est pas pour ça, répéta Kakashi plus fermement, et même si ça l'était, on a qu'à dire que je m'en fous. Comme ça, tu peux rentrer. »
« Tu veux vraiment que je rentre ? »
« Elle est sérieuse, ta question ? »
« Arrête, s'emporta Iruka, j'ai été odieux avec toi ! On le sait tous les deux ! »
« Tu avais des circonstances atténuantes. »
« Elles n'excusent pas tout… »
« Peut-être, admit Kakashi, mais quelle importance ? J'ai envie que tu rentres, qu'on soit de nouveau tous les deux. Je n'ai pas toujours été exemplaire non plus. On pourrait juste recommencer, réapprendre à se connaître. C'est tout ce que je veux. »
Kakashi tendit la main vers lui, remit une de ses mèches de cheveux derrière son oreille. Iruka n'était pas sûr de l'avoir déjà trouvé plus sublime qu'à cet instant, le corps détendu et le cœur ouvert. Il aurait tellement voulu répondre à son envie, ne pas le décevoir une fois encore.
« Je ne peux pas rentrer, murmura-t-il. Je ne peux pas. Ma vie est ici, maintenant. »
Il ne pourrait jamais retourner à Konoha. Affronter tous ces gens qui voyaient l'autre en lui, jouer son rôle… Vivre avec l'idée que ce n'était pas vraiment lui que Kakashi désirait. Qui aurait-pu le supporter ?
« Qu'est-ce qu'elle a de si extraordinaire, cette ville, pour que tu t'obstines à y rester ? »
« Ce n'est pas la ville, Kakashi, tu le sais très bien. C'est moi. J'ai choisi d'être ici, de vivre cette vie. C'est ma vie, tu comprends ? »
« Une vie sans moi. » crut bon de rappeler le jounin.
« Parce que ce n'est pas vraiment avec moi que tu as envie d'être. »
C'était dur à dire qu'à entendre et, d'ailleurs, Kakashi secoua la tête, mais Iruka savait qu'il avait raison.
« D'accord, concéda Kakashi, alors raconte-moi. Que je comprenne. Parle-moi de cette vie qui est à toi et dans laquelle je n'ai pas ma place. »
En vérité, Kakashi y avait sa place. Il était là tout le temps.
Toutes ces fois où il avait coupé des champignons en se demandant si Kakashi ne les aurait pas trouvés trop gros, toutes ces journées où il avait évité de regarder sa photo dans son cahier, tous ces moments où il avait eu envie de parler de lui à ses collègues.
S'empêcher de penser à quelqu'un, n'était-ce pas la preuve la plus flagrante de votre intérêt pour lui ?
« Ce ne serait pas très intéressant de te raconter, tenta de se dérober Iruka. Tu serais déçu. Elle est plate, ma vie, ici. Même nulle, sûrement, pour des tas de gens. Mais c'est la mienne. »
« Tu veux bien me laisser juger. »
Kakashi avait faiblement souri pour l'encourager. Alors, Iruka chercha comment s'y prendre, se demanda par quoi commencer. Trouvant soudain une idée, il se leva sous le regard étonné de Kakashi et alla s'emparer de son sac qu'il avait laissé au pied du lit.
« Ton cartable, reconnut Kakashi quand il revint avec, celui que je t'ai envoyé. Tu l'utilises alors ? »
« Tout le temps. »
Ils s'étaient regardés puis Iruka avait sorti deux cahiers de la poche principale et avait ouvert l'un d'entre eux.
« C'est mon carnet de bord de Sugusoba. » expliqua-t-il.
Kakashi s'allongea sur le ventre, s'appuya sur son coude pour prendre sa tête dans une de ses mains et se mit à feuilleter le cahier comme un livre d'images. Après un moment, il s'arrêta devant une photo.
« Je la connais, elle. » fit-il en pointant le cliché du doigt.
« Oui, c'est Yasui. Elle m'a dit que tu étais passé à l'école. »
« Elle avait promis de ne rien te dire. »
« Elle ment souvent. »
« Elle m'a dragué, aussi. »
« Oui, elle drague tout le monde. »
Kakashi, immobile, la tête toujours retenue par une de ses mains, leva ses yeux vers Iruka.
« Comment ça, tout le monde ? »
Iruka rit de sa jalousie qui lui paraissait de plus en plus irrationnelle.
« Elle n'a pas eu beaucoup de succès avec moi. Ça l'a un peu rassurée quand je lui ai avoué que j'étais gay. »
« Tu as l'air de bien l'aimer, cette fille. Parle-moi d'elle. »
Et Iruka raconta. Il fit d'abord le portrait de Yasui, évoquant sa force de caractère et sa volonté d'être remarquée, il résuma certaines de ses frasques et sa manière de s'habiller. Tout cela parut amuser Kakashi qui écoutait attentivement. Puis, Iruka passa à Meijin et Shibu, montra leurs photos, croqua en un trait ou deux leur personnalité, commença à s'enflammer.
Ils tournèrent d'autres pages, tombèrent sur la photo de classe des élèves d'Iruka où ils posaient avec l'enseignante qu'il remplaçait. Le jeune homme les nomma tour à tour, eut une anecdote sur chacun. Kakashi joua à trouver lesquels étaient les mignons et lesquels étaient les affreux. Iruka ne cacha rien des premières semaines, horribles, où il avait voulu abandonner et à chaque fois qu'il résumait un des mauvais tours qu'on lui avait joués, Kakashi fronçait un peu plus les sourcils, furieux qu'on ait pu s'en prendre à un professeur aussi gentil que lui. Iruka termina par parler du soutien qu'il animait depuis quelques semaines, de son bonheur de pouvoir aider des enfants dans le besoin qui lui demandaient son aide et étaient reconnaissants de la recevoir. Et alors, il se souvint de la petite Imeniko à qui il avait réussi à faire apprendre ses tables de multiplication il avoua un peu bêtement qu'elle était probablement son plus beau souvenir de professeur, qu'avoir vu cette enfant heureuse d'apprendre l'avait définitivement réconcilié avec son métier.
C'est à ce moment-là qu'Iruka remarqua que Kakashi ne souriait plus à son récit mais l'observait intensément et quand il cessa de parler, la fierté dans la voix, de la petite Imeniko, ce fut parce que le jounin l'embrassait avec violence tout en le serrant trop fort contre lui.
« Tu es là ! haletait-il contre sa bouche. Enfin, tu es là ! »
Iruka le repoussa, mal à l'aise et vexé.
« Arrête ! ordonna-t-il. Je sais très bien ce que tu fais : ne lui parle pas à travers moi ! »
« C'est à toi que je parle, idiot ! » s'exclama Kakashi que la froideur d'Iruka ne semblait nullement décourager et il tenta une nouvelle fois de caresser son visage, de le serrer contre lui. Iruka se dégagea brutalement.
« C'est à mon corps plus musclé que tu parles ! Et à ma nouvelle coupe de cheveux ! Tu parles à cette enveloppe qui lui ressemble encore plus qu'avant. »
Kakashi se recula légèrement.
« Me dire ça, c'est aussi absurde que de croire que tu n'es attiré par moi que parce que tu as vu mon visage. »
« C'est pourtant le cas. »
Kakashi eut un rire franc.
« Pas du tout ! »
Et il semblait parfaitement sûr de son fait et comme Iruka ne paraissait pas comprendre et prenait une mine pincée, il ajouta :
« Tu croyais que j'étais laid ! »
« Mais tu ne l'es pas. », rappela Iruka.
« Ça n'a aucune importance que je le sois ou pas. Aucune ! L'important c'est : pourquoi as-tu voulu coucher avec moi alors que tu croyais que j'étais laid ? »
« Tu as dit que je voulais me faire de l'expérience… »
« Mais ce n'était pas juste pour ça, si ? »
Iruka baissa la tête, cherchant à bien formaliser sa pensée.
« Je crois que je voulais réparer un peu du mal qu'avait causé mon amnésie. »
« Et ? insista Kakashi. Pourquoi croyais-tu forcément que j'étais laid ?
« Eh bien, tu portais un masque. C'était logique de le penser. »
Mais une autre raison avait surgi en Iruka, une raison qu'il ne se sentait pas de donner.
Au fur et à mesure des mois écoulés ensemble, son regard sur Kakashi avait changé. Il avait fini par réaliser avec quel être exceptionnel il vivait. Kakashi ne pouvait pas, en plus, être beau. La laideur de Kakashi était la seule explication qu'Iruka avait trouvée à leur couple mal assorti.
En réalité, le physique de Kakashi n'avait jamais eu d'importance et, même, sa beauté avait constitué une gêne. Kakashi, avec un tel visage, pouvait prétendre à n'importe qui. Pour que leur histoire soit possible, il aurait fallu qu'il soit laid.
« Et c'était la seule explication au fait que tu m'aies choisi, osa continuer Iruka. Mais j'ai compris maintenant : l'autre était mieux. Il devait être merveilleux. Je ne dois pas lui arriver à la cheville. Et tu voudrais que je revienne en sachant ça ? »
Kakashi n'avait pas répondu tout de suite. C'était la première fois qu'Iruka se montrait si sincère, qu'il se livrait sur ce qu'il ressentait. Peut-être même que c'était la première fois qu'il ressentait pour de vrai. Il était à vif.
« Quand on vivait encore ensemble, murmura le jounin, tu me reprochais souvent de te mentir. Tu te rappelles ? »
Iruka, perturbé, n'eut que la force d'acquiescer.
« C'était vrai que je te mentais mais parfois j'y étais obligé parce que je ne te sentais pas prêt à connaître la vérité, un peu comme la première fois où tu m'as demandé comment ma mère était morte. Je ne pouvais pas t'en parler sans parler de mon masque et de tout le reste. Du coup, j'ai menti. »
Iruka opina encore. Il ne comptait plus le nombre de choses qu'il avait réellement comprises depuis son arrivée à Sugusoba et qui avaient auparavant glissé sur lui. Il comprenait que Kakashi n'ait pas eu envie de confier certains de ses secrets à l'être indifférent qu'il était devenu.
« J'ai menti aussi quand tu m'as demandé ce qui avait fait qu'on s'était mis ensemble, pourquoi je t'avais choisi, toi, et pas un autre. »
« Tu as dit que c'était arrivé comme ça… »
« J'ai dit ça, oui. »
« Mais tu mentais, comprit Iruka. Il s'est passé quelque chose qui a fait que tu es tombé amoureux de moi ? »
Kakashi secoua affirmativement la tête tout en observant Iruka réfléchir à tout vitesse. Il lui adressa un petit sourire amusé.
« C'est parce que je croyais que tu étais laid ? »
Kakashi s'était rapproché à quelques centimètres de son visage.
« A ce moment précis, oui. Les deux fois. »
« Les deux fois ? »
Kakashi opina et poursuivit ses explications d'un ton solennel.
« Iruka, je me fous de ta nouvelle coupe de cheveux. Ça m'a troublé, c'est vrai, mais ce n'est pas ce qui m'attire chez toi… »
« Quoi, alors ? »
Iruka ne voyait pas ce qu'il pouvait posséder qui retenait un être aussi magnifique auprès de lui.
« Ta manière d'être, répondit simplement Kakashi. Ta tolérance, ton don de soi, la façon dont tu parles de tes amies, de tes élèves… C'est ça que j'aime en toi. Et quand je t'ai vu, si vaillant, t'offrir à moi alors que tu me pensais défiguré juste pour me consoler ! Le refaire sans savoir que tu l'avais déjà fait ! J'ai su que je t'aimais ou, plutôt, que je n'avais jamais cessé de t'aimer parce que tu étais toujours là. »
Kakashi s'emportait mais d'un coup son visage se rembrunit.
« Ensuite, tu es parti et j'ai cru que je m'étais trompé et que tu étais un vrai connard. »
Déjà, Iruka s'apprêtait à s'excuser. Il se méprisait pour son comportement. Il s'était montré si longtemps détestable.
« Mais, reprit Kakashi, en fait, tu as bien fait de partir. Je sens bien que tu t'es trouvé ici, sans l'aide de personne. Et, à Konoha, tu nous aurais toujours suspecté de t'avoir influencé. J'aime cette façon que tu as de parler de tes amies et de tes élèves. Cette gosse aux tables de multiplication, tu en parles comme tu parlais avant de Naruto. »
Le nom fit ressurgir une crainte enfouie et, soudainement, Iruka demanda :
« Et comment va-t-il, Naruto ? »
« Combien de fois va-t-il falloir que je te dise qu'il va bien ? »
« Je ne sais pas. C'est-à-dire… J'ai trouvé ça étrange que tu viennes me voir au travail. Je me suis demandé s'il ne lui était pas arrivé quelque chose. »
« Tu ne t'es pas dit que j'avais simplement envie de te voir ? »
« Si, j'y ai pensé. Mais je suppose que tu as souvent eu envie de me voir, au moins au début. Alors, pourquoi céder à cette envie après des mois ? »
Kakashi resta silencieux et Iruka, après s'être gratté la cicatrice, continua sur sa lancée, énonçant à voix haute ce qu'il n'avait jamais osé s'avouer.
« En fait, quand je me suis installé à Sugusoba, j'ai eu du mal à m'habituer à la solitude. Quand je rentrais du travail, qu'il s'était passé quelque chose d'important, j'avais envie de le raconter à quelqu'un mais je n'avais plus personne. Et je me disais que si tu avais été là, tu m'aurais écouté et soutenu dans les moments difficiles et conseillé quand j'avais un problème. Tu es tellement intelligent, tu aurais su m'aider… Ça me manquait de ne plus vivre avec quelqu'un. Et, enfin, je me disais que peut-être, toi aussi, à Konoha, ça te manquait et que tu étais venu ce jour-là à l'école parce qu'il s'était passé quelque chose d'important au village et que l'envie de m'en parler avait été trop forte… »
Il se tut, baissant les yeux.
« C'est incroyablement égocentrique comme idée. » se critiqua-t-il.
Il sentit une main sur sa joue qui le caressait doucement et levant la tête, il croisa le regard tendre de Kakashi.
« Pas du tout tu as tellement raison. »
« Alors c'est ça ? interrogea Iruka avec énergie. Il s'était passé quelque chose ? »
« Rien de grave, minimisa Kakashi, mais avant, tu aurais trouvé important qu'on t'en parle… C'est pour ça que je me suis retrouvé comme un idiot devant ton école. »
« Et que tu es venu m'apporter mon colis toi-même ? »
Kakashi opina : l'esprit d'Iruka s'était indéniablement affuté ces derniers mois.
« S'il te plaît, dis-moi ce qui est arrivé. »
Si ça pouvait intéresser son ancien lui-même, il devait pouvoir se sentir concerné également, non ? Du moins, il le voulait.
« C'est Sasuke, révéla finalement Kakashi, il est revenu. »
« Sasuke ? Le déserteur ? »
« Lui-même. »
Iruka garda le silence un moment, le temps de se remémorer toutes les informations accumulées dans son cahier sur ce Sasuke.
« C'est vous qui l'avez attrapé ou bien… »
« Oh non, le coupa Kakashi, un matin, comme ça, il était là. Du Sasuke tout craché ! »
« Et c'est bien ? Qu'il soit revenu ? »
« Ça dépend pour qui. Pour Konoha, c'est embarrassant. Dans d'autres villages, on l'aurait exécuté direct alors que nous, évidemment, on s'est montré clément… Mais bon, il se tape toutes les missions pourries, ce qui me fait des vacances, et ils lui ont imposé un sceau qui lui colle des nausées épouvantables dès qu'il s'éloigne du périmètre voulu… »
Plissant son œil, il continua :
« Il se pourrait que Naruto l'ait appelé à la rescousse dans des endroits paumés deux-trois fois, juste pour le plaisir du spectacle… Il est con, aussi, celui-ci… »
Avalant sa salive, Iruka osa demander :
« Et eux deux, est-ce qu'ils… »
Il espérait que sa question soit compréhensible sans qu'il ait besoin de la formuler mais le regard goguenard que Kakashi lui lança montrait qu'il ne comptait pas l'aider sur ce coup.
« Est-ce qu'ils… quoi ? » l'enfonça-t-il.
« Est-ce qu'ils sont ensemble ? » termina Iruka.
Il n'avait pas eu une bonne réaction quand Sakura avait évoqué l'affection que Naruto éprouvait pour ce Sasuke. Il se sentait minable en y repensant.
« Je dirais qu'ils sont en phase d'approche. »
Iruka opina, un petit sourire aux lèvres. Il demanda :
« Et tu ne les poursuis pas partout avec un appareil-photo comme Naruto l'avait fait pour nous à nos débuts ? »
« Non, répondit Kakashi plus sérieusement. C'est une bonne idée mais, ces derniers temps, je n'avais pas trop le cœur à faire des blagues… »
Luttant contre son sentiment de culpabilité, Iruka lui saisit une main :
« Et si tu me disais comment c'est, à Konoha, depuis mon départ ? »
Et Kakashi raconta à son tour : les courses en sac avec Gai, les déjeuners offerts par ses anciens élèves, Naruto qui passait incognito à Sugusoba pour avoir de ses nouvelles, la petite de Kurenai qui était entrée en maternelle, les heures perdues dans la contemplation de ses affaires à choisir celles qu'il allait lui envoyer et celles qu'il allait garder parce que ça lui faisait trop de mal de s'en séparer.
Et Iruka se sentait ému de se savoir aimé ainsi, à distance, et d'apprendre comment ceux de Konoha tentaient de veiller sur Kakashi.
Son départ avait causé tellement de malheur mais, malgré sa peine, Kakashi avait eu le cran de l'accepter et même, de le juger salutaire.
« J'ai fait la connaissance de ton libraire, aussi. »
« Aryuu ? »
« C'est un gentil petit, beau à s'en crever les yeux et complètement hétéro. »
« Ah ! Tu vois ! » le nargua Iruka, content.
« Non, non, j'admets, j'ai déconné ! Mais j'ai compris ce qui te poussait à aller si souvent lui parler… »
Et ils se lancèrent dans une discussion littéraire. Kakashi fit le récit de sa quête, de tous ces livres qu'il avait retrouvés et lus. Ils échangèrent leurs opinions, se disputèrent au sujet d'un personnage ou d'une intrigue et Iruka essayait de ne pas penser à tout ce que Kakashi était prêt à faire pour se rapprocher de lui et le connaître mieux.
« Tu n'as même pas vu que le personnage principal était un homo refoulé ? » le taquina Kakashi tandis qu'ils débattaient d'un des premiers livres achetés par Iruka.
« Ce n'est pas parce qu'il sacrifie sa vie pour sauver celle de son meilleur ami qu'il est forcément amoureux de lui… »
« Maaah, tu l'as lu trop tôt à mon avis. Aujourd'hui, tu comprendrais mieux certaines allusions… »
Et Kakashi, joignant le geste à la parole, avait laissé ses mains arpenter le corps d'Iruka.
« Tu me chatouilles ! » avait protesté ce dernier et il avait tenté de bloquer les approches baladeuses du jounin. Ils s'étaient faussement bagarrés et avaient finalement terminé tous les deux sur le dos, la tête d'Iruka sur le ventre de Kakashi à se caresser la peau l'un l'autre tout en admirant le plafond.
La chambre qu'ils occupaient était miteuse. La papier peint se décollait des murs à cause de l'humidité, les coins étaient sombres de saleté, les draps du lit avaient perdu leur blancheur depuis longtemps mais Iruka s'en moquait. Il avait le sentiment d'être dans une bulle, en dehors du monde, loin des problèmes de la vie et d'un avenir incertain. Il profitait de la chaleur du corps sur lequel reposait sa tête, de l'agréable rythme de la respiration de l'autre et il essayait de ne pas regarder trop souvent le réveil sur la table de chevet dont le tic-tac rappelait que cette nuit merveilleuse aurait une fin.
« Ça te dirait de prendre un bain ? »
Les doigts de Kakashi s'étaient engouffrés dans ses cheveux et lui massaient doucement le crâne. Iruka soupira d'aise.
« Oui mais pas tout de suite. Restons encore un peu comme ça. »
Même s'ils ne se l'étaient pas dit, ils avaient tous deux renoncé au sommeil. La peur, sans doute, de se réveiller au petit matin quand il faudrait trouver des réponses à des questions insolubles.
Kakashi se redressa au moment même où Iruka commençait à s'endormir. Le jounin disparut dans la salle de bain et à la seconde où il se retrouva seul, Iruka se leva aussi et le rejoignit.
L'eau coulait du robinet mais la baignoire était aussi sale que tout le reste et Kakashi venait de s'accroupir pour nettoyer l'émail à l'éponge. Iruka le regarda faire, sentant son excitation renaître à la vue du corps nu qui se courbait à la tâche. Kakashi, parfaitement conscient de l'indécence de sa posture, lui lançait parfois des œillades suggestives.
Alors, Iruka osa poser une question qui l'avait souvent travaillé durant ses nuits solitaires à Sugusoba.
« Est-ce qu'il nous arrive… d'échanger ? »
Kakashi s'était assis sur le rebord de la baignoire qui se remplissait petit à petit. Il laissa sa main juger de la température et estimant l'eau assez chaude, il s'en aspergea la nuque.
« Quand tu voudras… » murmura-t-il.
Cette simple réponse échauffa les sens d'Iruka. Il s'avança.
Les premiers mois après son réveil, sa sexualité avait été comme endormie. Il ne ressentait pas vraiment de désir et ne s'en portait pas plus mal. Même quand il admirait Kurenai ou Shizune, son attirance pour elles ne s'était pas traduite par de l'excitation.
Aryuu avait changé la donne, il devait bien l'admettre. C'est après avoir fait sa connaissance, qu'il avait commencé à observer son corps de plus près dans la glace et à se caresser. Enfin, la nuit avec Kakashi avait achevé de lui rendre sa libido.
Et tous ces mois, il y avait repensé et s'était touché en y repensant. Il avait espéré qu'Otoko lui procure ce qu'il cherchait tout en devinant que Kakashi serait irremplaçable.
Il sentait qu'en matière de sexualité, son corps réagissait comme pour l'art ninja. Il ne lui faudrait pas longtemps pour récupérer les réflexes perdus. Et alors, peut-être, oserait-il faire l'amour à Kakashi.
En attendant, il avait besoin de se sentir plus sûr de lui, de ne pas rester le partenaire passif qu'il avait été jusqu'ici.
Kakashi l'accueillit dans ses bras, l'embrassa et Iruka tenta de répondre, de sa langue, en remontant le long du cou du jounin jusqu'à son oreille. Il savait qu'il n'avait pas besoin de faire grand-chose pour exciter Kakashi. L'abstinence avait ses bons côtés.
« Je vais ajouter de l'eau froide. » avait murmuré le jounin et ça l'avait fait sourire.
Ils se baignèrent et Kakashi passa le savon sur le corps d'Iruka entre ses bras. Il caressa, tâta, agrippa la peau bronzée, apprenant muettement à son partenaire à mieux connaitre son propre corps et quand Iruka en avait le courage, il reproduisait un peu maladroitement les gestes sur la peau pâle qui l'enserrait et il se sentait fier au moindre soupir poussé par l'autre. Il manqua de jouir plusieurs fois alors même que Kakashi évitait de toucher son sexe.
Ils sortirent de l'eau bien après que celle-ci soit devenue froide et alors que la pulpe de leurs doigts était toute fripée. Ils ne trouvèrent qu'une seule serviette, minuscule, que Kakashi utilisa pour les sécher tous les deux, faisant comme toujours passer Iruka avant lui-même. Il termina par lui fouetter les fesses et Iruka, offusqué, tenta de récupérer la serviette dans une bataille qui se clôtura par des rires et des baisers.
Ils regagnèrent la chambre et tandis qu'Iruka se recouchait avec allégresse, Kakashi alla jusqu'à l'unique chaise de la pièce sur le dossier de laquelle était suspendu une partie de son attirail ninja.
« Qu'est-ce que tu cherches ? »
« Mes rations de survie. C'est tout ce que j'ai à te proposer à manger. »
Ils n'avaient pas dîné, trop occupés à faire l'amour à l'heure où les honnêtes gens passaient à table.
Certainement que Kakashi était conditionné pour tenir des jours sans se nourrir mais ce n'était pas le cas d'Iruka dont le ventre avait gargouillé quand ils étaient encore dans la baignoire. Kakashi, en amant parfait, cherchait à régler ce problème.
« J'ai mieux ! » s'était cependant écrié Iruka et il avait sorti de son cartable divers emballages qui avaient atterri sur le lit.
Ils s'étaient goinfrés des barres de céréales qui servaient à Iruka quand il n'avait pas le temps de déjeuner et de bonbons confisqués à certains de ses élèves gloutons. Kakashi ne se souvenait même pas la dernière fois qu'il avait mangé ce genre de friandises. Ils mirent des miettes plein le drap et en rirent tant cela s'accordait avec la propreté douteuse du reste de la pièce. Iruka, en professeur civique, se leva tout de même pour jeter les emballages vides à la poubelle et quand il se redressa, son cœur se serra et sa bonne humeur s'évapora.
Dans le miroir, il avait vu le reflet de Kakashi sur le lit et ce dernier venait, lui-aussi, de jeter un coup d'œil inquiet sur le réveil de la table de chevet.
Le petit matin était proche et le moment de parler sérieusement également.
