Chapitre 28

PDV de Renesmée

Tout le monde en parlait. C'était à la télé et à la une des journaux. Les uns parlaient d'un phénomène extraterrestre, les autres d'une illusion d'optique ou d'un effet du soleil.

Moi, je savais qu'il n'en était rien. La personne qui s'était exposée au soleil du haut des remparts de Volterra était un vampire. Un vampire qui avait manifestement une dent contre les Volturi. Cela aurait dû me rassurer –les Volturi se désintéresseraient peut-être de moi durant quelque temps- mais il n'en fut rien.

D'abord, le secret des vampires était en danger. Le monde risquait de se retrouver en pleine guerre vampirique. J'avais vécu trois mois avec les Volturi et connaissait mieux que quiconque leur esprit vengeur.

Ensuite, j'avais minutieusement étudié les photos de l'illumination. J'avais détecté ce que l'œil humain ne pouvait voir : l'identité du mystérieux vampire. C'était une femme plus belle que la magnifique Heidi Volturi. Ses cheveux étaient blond dorés, c'est-à dire de la teinte exacte de ceux de Lily –étaient-elles apparentées ? Cette femelle vampire m'était terriblement familière. Ses yeux, de la couleur de l'or pur, me renseignaient sur ses origines : elle appartenait au clan Cullen. Mon ancien clan. Que venait –elle faire à Volterra, seulement quelques jours après mon départ ? Me cherchait-elle ? Cette hypothèse ne me réjouissait en rien. J'avais tout oublié des Cullen, et ils n'étaient pas venus me délivrer à Volterra j'avais dû me débrouiller seule. Certes, Gabriel avait clairement laissé entendre que ma place était auprès d'eux, mais je ne voulais pas de cette vie, si semblable à l'ancienne à un détail près : Jacob. Par conséquent, il n'était pas question que je retrouve les Cullen.

J'avais à présent deux ennemis à fuir au lieu d'un seul.

Tout simplement fabuleux.

Peu à peu, les médias se calmèrent, et lorsqu'on annonça la disparition d'un nouveau groupe de touristes aux alentours de Volterra, je me détendis un peu. Les Volturi se feraient plus discrets, mais ils resteraient dans leur tanière. Ouf.

Une semaine après mon arrivée ici, je semblais enceinte de sept mois. Malgré l'amour naissant –et déstabilisant- que je ressentais pour mon bébé, cela me rendit plus anxieuse qu'autre chose. Il me restait deux petits mois pour m'habituer à sa présence et pour préparer sa venue. Je n'avais même pas le temps de spéculer sur ce qu'il serait. Plus humain que moi, comme Lily ? Un bébé normal avec quelques capacités… paranormales ? Après tout, les loups-garous grandissaient comme des enfants humains, avant que l'adolescence ne provoque une transformation, pour peu qu'il y ait des vampires dans le secteur. Mais mon bébé serait un quart vampire la cohabitation des gènes de loup et de vampire ne risquerait-elle pas de réveiller plus tôt que prévu sa part lupine ?

Autant de questions sans réponses auxquelles je n'étais pas capable de répondre. Seul l'avenir me le dirait. Pour l'instant, je profitais du présent –façon de parler vu que je n'étais pas très douée pour profiter de la vie.

Deux autres jours passèrent. Plus tard, je devrais affirmer que je ne me souvenais pas de ce que j'avais fait durant ces deux jours. Sans doute m'étais-je occupée de Lily, sans doute avais-je visité Phoenix avec elle. Mais rien de tout cela n'avait d'importance, à côté de ce qui se produisit le matin du troisième jour. Ce dernier s'annonçait plutôt comme un jour habituel –morne et ennuyeux. Je m'étais levée tôt parce que le bébé m'empêchait de dormir j'avais préparé le petit-déjeuner en attendant que Lily se réveille. Mais, vers huit heures, on sonna à la porte. Je sursautai et me plaçai derrière celle-ci, humant prudemment l'odeur du visiteur –je devenais paranoïaque. Je ne sentis rien d'autre qu'une senteur chaude, boisée et rassurante qui me chavira le cœur. Alors, j'ouvris la porte en grand.

Un homme se tenait en face de moi.

Et cet homme, c'était Jacob.

Jacob. Jacob. Jacob.

Mon cœur scanda son prénom comme une litanie sans fin.

J'oubliai les détails matériels insignifiants tels que qui j'étais et où je me trouvais. Le monde autour de nous partit en fumée les sons extérieurs s'estompèrent vivement. Le lien qui me retenait à la réalité fut violemment tranché. Mon cerveau satura, et je n'eus pas l'esprit de me demander si je rêvais, si je délirais ou si j'étais morte.

Je m'en fichais éperdument.

Je dévisageai l'être aimé, me repaissant de ses traits qui m'avaient tant manqués. Mes yeux s'ancrèrent dans les siens, aussi noirs que la nuit, suivirent la courbe de son menton, de ses lèvres et de son nez, notèrent la pâleur de sa peau cuivrée et la longueur nouvelle de ses cheveux bruns.

Jacob –l'apparition, la chimère le fantôme- s'approcha lentement, l'air aussi halluciné que moi et je fis inconsciemment de même.

-Jacob ? chuchotai-je d'un ton incertain.

Je n'obtins pas de réponse –auditive du moins. En une fraction de seconde, je me retrouvais dans ses bras puissants, compressée contre son torse. Alors que je fuyais d'ordinaire tout contact physique comme la peste, je me sentis immédiatement entière et à ma place.

Je savourai la chaleur de sa peau et la proximité de nos corps. Mes mains, en contact avec sa peau, lui envoyaient sans que je les contrôle tous les sentiments que je ressentais, à défaut de la parole, en même temps qu'elles réceptionnaient ses propres pensées, qui hurlaient « Nessie, Nessie, Nessie ». Le surnom étrange ne semblait pas déplacé dans sa bouche.

Nous ne faisions plus qu'un notre communion était totale. Le trou que j'avais dans la poitrine se cicatrisa, ne laissant qu'une marque indolore au fond de moi-même. Ce fut l'un des moments les plus forts de mon existence, non pas parce que mon bonheur était absolu, mais parce que cet instant contrastait avec les trois mois d'horreur que nous avions vécus.

Soudain, je fus submergée par une certitude absolue. Qu'importe le lieu où nous étions, qu'importe ce qu'était devenu Jacob, mon âme-sœur existait. J'avais eu tort de croire le contraire. Peut-être était-il mort et moi avec lui, peut-être n'était-il qu'un fantôme, peut-être ne relevait-il que de mon imagination, mais il était réel.

« Tu es là. Tu es là. Tu es là. Merci mon dieu. » pensai-je tandis que des larmes de joies roulaient sur mes joues. J'étais si emplie de félicité que la tête me tournait et que j'avais l'impression que mon cœur allait imploser.

-Je t'aime, répondit la voix de celui que j'aimais le plus au monde. Je t'aime, je t'aime, je t'aime.

Mon corps tout entier vibra à l'entente de ces mots d'amour. Je plantai mes yeux dans les siens, qui reflétaient un feu d'artifice d'émotions. Il embrassa tendrement mes pommettes.

Les mots coulèrent de source.

-Moi aussi, je t'aime. Plus… que ma propre vie.

C'étaient des paroles que nous nous étions répétés mille fois. J'ignorais d'où elles provenaient, mais elles imageaient tout ce que je ressentais pour Jacob.

-Maintenant. Et à jamais, promit-il.

Je plaçai mes mains de part et d'autres de ses joues. Nos nez se touchaient et nos souffles se mêlaient. Je marquai une courte pause, puis l'embrassai avec une ardeur dévorante. Jake, répondant immédiatement à mon baiser, plaça ses mains sur mes hanches et me pressa contre lui. Nos lèvres avaient le goût de nos retrouvailles : tendres et passionnées. Le désir, l'amour et l'allégresse incendièrent mon cœur, et j'eus l'impression qu'il explosait telle une bombe, ravageant tout ce qui était mauvais en moi sur son passage. Lorsque nos lèvres se séparèrent, nos souffles étaient courts.

-Nous serons toujours ensemble à présent, affirmai-je, submergée par la véracité de mes paroles. Peut importe que nous soyons morts. Oh, pourquoi n'ai-je jamais pensé à me suicider ?

Jacob éclata de rire, comme si ma présence était un vin grisant. C'était le plus beau son au monde, et je l'appréciai à sa juste valeur.

-Nous sommes vivants tous les deux, Nessie. Je l'ai tellement répété à ta famille que tu ne me feras pas croire le contraire.

Je partis à mon tour d'un rire carillonnant, étonnée de constater à quel point je me sentais détendue. Depuis quand n'avais-je pas ri ?

-Dans ce cas, par quel miracle, nous trouvons-nous réunis ? J'ai vu ton cadavre, Jake, et …

Les mots restèrent bloqués dans ma gorge.

-Non, je ne suis pas mort. Je suis resté dans le coma pendant trois mois, mais c'est le sentiment que tu avais besoin de moi qui m'a rendu la vie. Et puis, je suis forcé de reconnaître que Carlisle m'a bien soigné.

Certes, il semblait mal en point. Mais qui diable était ce Carlisle ? Et pensait-il vraiment que j'allais avaler son histoire abracadabrante alors que je déprimais depuis des mois ?

Le sourire de Jacob se ternit quelque peu et ses yeux s'assombrirent. Il avait perçu mes pensées, de toute évidence.

-Tu… tu as vraiment cru que j'étais mort ? Je pensais que les Volturi t'avaient enlevée et que tu ignorais ce qu'il était advenu de moi, pas que tu me pleurais.

-Mais tu es mort ! protestai-je avec véhémence. J'ai entendu ton cœur s'arrêter de battre !

Jake prit ma main et la posa sur sa poitrine.

-Ecoute, nos cœurs battent à l'unisson.

A la différence près que le mien était deux fois plus rapides que le sien.

Je haussai un sourcil, refusant d'admettre l'évidence. Je préférais largement être morte, auprès de Jacob pour l'éternité, plutôt que de devoir affronter encore et encore les épreuves que la vie mettrait sur notre chemin.

Soudain, quelque chose me sauta aux yeux, et mon fabuleux rêve s'écroula comme un château de carte. Mon bébé. Mon enfant. Si j'étais morte, il l'était aussi et… non. Il devait vivre. Il devait vivre. Il devait vivre.

-Quel bébé ? demanda Jacob, interloqué.

Instinctivement, il baissa les yeux vers mon ventre j'imitai son geste. Immédiatement, j'éclatai en sanglots.

-Il est toujours là ! articulai-je, immensément soulagée.

Malgré le pull large et épais qui cachait mes formes, la proéminence de mon ventre était toujours présente, discrète mais visible. Mon bébé, mon petit Jacob, était vivant. Force me fut de constater que c'était le cas pour moi aussi, et pour Jacob également.

-Tu as raison… soufflai-je. Nous sommes en vie. Tous les trois.

Le visage de Jake était proprement ahuri. Ses yeux étaient écarquillés sous l'effet du choc. Il approcha prudemment sa main de mon ventre.

-Tu es… tu es…

Au moment où nos deux peaux entrèrent en contact, je ressentis un petit coup à l'intérieur de moi-même. Tant Jacob que moi sursautâmes.

-Il a bougé ! glapis-je d'une voix rendue suraiguë par l'excitation.

Jake retira vivement sa peau, comme s'il s'était brûlé. Il semblait totalement perdu, aussi me calmai-je peu à peu.

Soudain, Lily apparut dans l'encadrement de la porte, et l'air éberlué de Jake s'accentua. Je me baissai à la hauteur de la petite fille.

-Tout va bien, ma chérie. Je te présente Jacob. Jake, voici Lily.

Incapable de parler, il la gratifia d'un sourire rayonnant, qu'elle lui retourna aussitôt, sans la moindre hésitation. Je la pris dans mes bras. « Je vais tout t'expliquer » pensai-je à l'intention de Jacob. Il tressaillit en constatant que je pouvais communiquer avec lui sans contact physique. J'attrapai son bras par la main qui ne soutenait pas Lily et le tirai à l'intérieur.

-Entre.

Il obéit sans rien dire il semblait hors-service pour un bon bout de temps. Il ne dédia qu'un bref regard à l'intérieur de mon petit appartement.

Lily repartit jouer avec ses poupées cependant que Jacob et moi nous asseyions sur le canapé du salon. Il secoua la tête comme pour s'éclaircir les idées.

-Raconte-moi tout sans rien omettre, exigea-t-il.

J'accédai à sa requête et consacrai l'heure suivante à lui apprendre ce qu'avait été ma vie durant ces derniers mois. Il avait manqué beaucoup de choses et, comme il l'avait réclamé, je ne lui épargnais rien. Je lui expliquai comment et pourquoi l'un des soldats d'Aro, Gabriel, m'avait effacé la mémoire, ce qui m'avait fait oublier ma vie d'antan, excepté tout ce qui le concernait. Je lui contai le meurtre d'Elliot, le seul humain que j'ais jamais tué je lui contai mes séances d'entraînement et la découverte des extensions de mon don je lui contai mes faiblesses, mes nausées et mon changement de régime alimentaire. Jake m'écouta parler de Lily, l'étrange petite-fille aux capacités surnaturelles à laquelle je m'étais attachée. Je lui narrai mes rêves étranges et ma rencontre avec Aiyana, l'esprit qui m'avait aidé, en quelque sorte, à éclaircir la situation. Je lui racontai qu'Aro ne lisait que partiellement dans mes pensées, que j'avais peu à peu découvert qu'il était à l'origine de l'attaque durant notre lune de miel, et que je m'étais enfuie de Volterra, aidée par Gabriel. Je lui expliquai que je m'étais rendue à Phoenix à cause de l'ensoleillement, et que même avec l'éloignement le don de Gabriel était resté actif, de sorte que je ne me rappelai toujours pas des Cullen. Je lui récitai de mémoire la lettre de Gabriel, qui contenait des informations sur les parents de Lily et sur mon déni de grossesse. Je précisai bien que j'étais déjà enceinte avant mon enlèvement.

Je vidai mon sac, ce dont j'avais cruellement besoin jamais Jacob ne m'interrompit. Il se contenta de m'écouter parler attentivement et d'essuyer les larmes qui coulaient le long de mes joues. Quand j'eus fini de parler, un long silence s'ensuivit avant que Jacob ne réagisse.

-Je suis tellement désolé que tu ais souffert autant parce que tu pensais que j'étais mort. Tu m'as atrocement manqué, bien sûr, mais ce n'était rien comparé à la douleur que j'aurais ressentie si je n'étais pas persuadé que tu étais en vie.

Je me blottis contre son torse.

-On ne peut pas changer le passé, Jake. Nous vivrons tous deux avec nos blessures, désormais.

-Tu es tellement optimiste, alors que ce que tu as enduré était cent fois pire que ce que j'ai vécu ! répondit-il.

-Je ne suis pas blanche comme neige, répliquai-je. J'ai… j'ai tué un enfant, et c'est impardonnable. Je suis devenu quelqu'un de mauvais.

-Je ne te dirais pas que ça n'a aucune importance, parce que ce n'est pas vrai, dit Jacob en fronçant les sourcils, mais tout ce que tu pourras dire ou faire ne changera pas ce que je ressens pour toi. Tu te souviens ? Pour le meilleur et pour le pire.

-Dans notre cas, le pire a été au rendez-vous, ris-je à travers mes larmes.

-Mais le meilleur est de retour.

Jacob embrassa mes cheveux et je changeai délibérément le cours de la conversation, optant pour un sujet mois sensible.

-A toi de me raconter ce que tu as vécu quand je n'étais pas là.

-Ce n'est pas très intéressant, biaisa-t-il, je suis resté dans le coma près de trois mois.

-Mais moi, ça m'intéresse.

-D'accord, abdiqua-t-il. Après que Démétri m'ait mordu, Carlisle, ton grand-père paternel, m'a soigné. Comme je te l'ais dit, je suis resté dans le coma un peu moins de trois mois. Je crois que j'avais accepté la fatalité, en quelque sorte, et que je voulais vraiment mourir. Mais au moment où j'allais cesser de me battre, j'ai rêvé de toi. Tes prunelles étaient carmin et il était manifeste que tu n'allais pas bien, aussi mon subconscient s'est-il démené pour me sortir de ce coma. Quand je me suis réveillé, j'ai constaté que non seulement tu n'étais pas auprès de moi, mais également que les Cullen croyaient mordicus à ta mort et déprimaient seuls dans leur coin au lieu de te rechercher. (Une lueur farouche de révolte brillait dans ses prunelles noires). Alors, comme je n'arrivais pas à les convaincre du contraire, je leur ais dit que j'allais à Volterra pour te récupérer. Rosalie, Alice, Jasper et Emmett –ce sont tes oncles et tantes- ont décidé de jouer les héros et de m'accompagner pour me protéger. Arrivés à Volterra, Jane a lâché que tu t'étais enfuie avec une petite hybride un quart vampire. Alice –c'est un genre de voyante- a confirmé la véracité de l'information et nous avons retrouvé les noms de Vanessa et Liliane Black pour un vol pour Phoenix. Au passage, très astucieux de ta part d'avoir inscrit ton vrai nom sur plusieurs listes de passagers, ça nous a franchement retardé. Nous avons atterri à Phoenix et j'ai… hum… faussé compagnie aux Cullen parce que j'avais le sentiment que nous devions être seuls à seuls.

Jacob avait eu raison –j'aurais paniqué face à des quasi étrangers. Je serrai sa main, savourant la chaleur de sa peau, qui contrastait énormément avec la froideur des vampires.

« Merci d'avoir cru en moi et de ne pas avoir accepté la fatalité. Moi, je l'avais fait depuis longtemps. »

« Je t'aime, pensa-t-il. Qu'aurais-je pu faire d'autre ? »

Je lui souris, et son regard dévia vers Lily, qui avait abandonné ses poupées pour ses cubes en bois.

-Ainsi, elle serait un quart vampire, d'après les affirmations de Jane, songeai-je tout haut. L'enfant d'un demi-vampire et d'un humain, probablement.

-Comment as-tu dit que s'appelaient ses parents, déjà ? s'enquit Jacob. Ilwen et Jonathan Hale ? C'est marrant, Hale était le nom de famille de Blon… Rosalie lorsqu'elle était humaine. Peut-être le père de Lily est-il un de ses lointains descendants. Quant à Ilwen, c'est un prénom Mapuche. C'est en Amérique du Sud que sont apparus les premiers hybrides.

-Tu crois donc que c'est sa mère qui possédait des gènes de vampire ? Les hybrides sont donc bien plus fertiles que nous le pensions.

Inconsciemment, je posai ma main sur mon ventre et ramenai du même coup le sujet qui m'intéressais le plus sur le tapis. J'étais consciente que Jacob avait soigneusement évité d'aborder ma grossesse.

-J'ai toujours supposé que tu ne l'étais pas, fertile, répondit-il. Ou sinon, nous aurions… hum… pris des précautions.

Je tressaillis, ne pouvant pas m'empêcher de me sentir insultée.

-Je ne regrette rien, affirmai-je plus sèchement que je ne l'aurais voulu.

Jacob me considéra avec un tel ébahissement que je me sentis de nouveau offensée.

-Quoi !

-Tu n'as que sept ans et demi, Nessie, expliqua-t-il gentiment en me sondant du regard.

-Ah. Je vois, répondis-je lentement, sonnée.

Bien entendu, cela faisait partie des choses que j'avais vaguement oubliées. Je savais que j'étais jeune, mais pas à ce point-là.

-Mais ça ne change rien, complétai-je.

Les yeux brun foncé de Jake se teintèrent de nouveau de surprise et d'une admiration indéniable.

-Tu t'es faite enlevée par les Volturi, tu as fait un déni de grossesse, nous avons été séparés durant de nombreux mois, et tu… tu relativise la situation avec une telle aisance !

-J'ai eus du mal à m'y faire, précisai-je. Mais il n'est pas question de relativiser quoi que ce soit, car je ne classe pas ma grossesse dans les choses négatives de ma vie. Ce bébé sera ma rédemption et je l'aime déjà énormément. La seule chose susceptible de me refroidir est qu'il ne me reste que deux mois pour m'habituer à son arrivée.

Jacob fronça subitement les sourcils :

-Ote-moi d'un doute, là. Tu en parles comme si tu étais seule à attendre sa venue.

Je rougis, chose qui ne m'était pas arrivée depuis longtemps.

-Je ne te force à rien. Ca fait beaucoup de choses à avaler, et ce n'est pas comme si tu avais choisi d'avoir un enfant.

Jacob explosa de rire, et je fronçai le nez, vexée, tandis qu'il agitait sa main gauche.

-Si, si, ma chérie, nous nous sommes mariés et nous avons par conséquent tacitement accepté de fonder une famille.

Je croisais les bras en faisant mine de bouder, alors qu'intérieurement j'étais ravie.

-Mais tu avais l'air tellement perdu ! Je comprends que la venue d'un bébé en ces circonstances soit difficile à admettre.

-C'est difficile d'y croire, pas de l'admettre, rectifia Jake. J'ai vingt-quatre ans en âge réel, Renesmée, et j'adore les enfants. Avoir un bébé avec toi ne peut être qu'un évènement merveilleux. La seule chose que j'avais dû mal à concevoir était que toi, tu veuilles des enfants aussi tôt, alors je me suis interdit de ressentir de la joie tant que je ne connaîtrais pas ta position sur le sujet.

-Hé bien, tu la connais à présent.

-Et j'en suis très heureux, rayonna Jacob. Peu importe les circonstances, peu importe l'endroit, peu importe le moment, je t'aime et tu portes notre enfant c'est censé être une source de réjouissances et non de tristesse.

Je sentis les larmes me monter aux yeux.

-Merci, Jake. Je sais que tu seras un très bon père, et j'espère que... j'espère que … je serais une bonne mère également.

-Tu es déjà une bonne mère, mon cœur. Il n'y a qu'à voir comment tu te comportes avec Lily.

Jacob se pencha vers moi et m'embrassa avec tendresse. Il ferma brièvement les yeux.

-Tu m'as manqué comme pas permis, Nessie.

-Je t'aime, répliquai-je, emplie de certitude. Je vous aime tous les deux. Quoi qu'il arrive.

Jacob prit ma main dans la sienne.

-Au fait, j'ai une question. Où est ta bague de fiançailles? Demanda-t-il.

Je jurai intérieurement. Zut, il l'avait remarqué.

-Bien sûr que je l'ai remarqué, se récria-t-il.

-Gabriel m'a rendu mes bijoux, expliquai-je, mais je ne me suis pas sentie le droit de porter mon alliance alors que j'avais fait des choses aussi horribles que tuer un enfant. J'ai tenté de t'oublier, j'ai rejoins les Volturi… Je pensais que tu aurais honte de moi, alors je me contente de la garder dans ma poche depuis ce jour.

Jacob secoua la tête d'un air affligé.

-Nessie, jamais je n'aurais honte de toi.

-Je l'ai compris, maintenant que nous nous sommes retrouvés.

-Alors… tu veux bien me faire l'honneur de porter de nouveau cette bague ?

-Bien sûr, dis-je en ignorant l'ironie de sa voix.

Je fouillai dans la poche de mon jean et déposai mon alliance dans sa main tendue. Il la considéra quelques secondes en souriant, et la glissa à mon annuaire. Nous nous embrassâmes de nouveau, tout en restant chastes parce que Lily était dans la pièce.

« Je t'aime. » signifiai-je à Jacob une fois de plus.

« Je t'aime aussi. »

Je me rappelai mes premières pensées lorsque j'avais appris ma grossesse par le biais de la lettre de Gabriel.

Il n'y avait pas de bébé, pas plus qu'il n'y avait de Jacob.

Force m'était d'admettre que je m'étais trompée, une fois encore.

Jacob et le bébé étaient là.

Il avait juste fallu que j'ouvre les yeux pour les voir.

C'est hallucinant, mais j'ai remarqué que Nessie seule et Jacob seul= ennui mortel, alors que Jacob + Nessie = captivant

Je sais qu'on a un peu l'impression que Lily devient un personnage superflu en lisant ce chapitre, mais ce n'est pas l'impression que je veux donner, c'est juste qu'elle n'est pas vraiment destinée à Nessie et Jacob.

Qu'est-ce que vous pensez/préférez comme sexe et prénom pour le bébé ? (je précise qu'ils sont déjà choisis). Le prénom est celui d'une personne décédée, je sais que ça fait morbide mais c'est l'esprit de SM, puisque Nessie porte les prénoms de ses grands-parents.