Jour 28 – Cadeau
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Le joli petit couple avait une belle vie. Une vie parfaite. Ils ne manquaient de rien ; possédaient un somptueux loft au cœur du quartier chic de Tokyo, voyageaient souvent et étaient entourés de leurs amis.
Ils avaient vraiment une vie parfaite. Vu de l'extérieur.
Seulement, Akashi voyait dans les grands yeux de son mari un manque ternir ses iris céruléens, si purs en temps normal. Il remarquait ses mimiques crispées quand le sujet était abordé par quelqu'un, il captait les non-dits qui empoisonnent l'esprit. Il connaissait les tourments qui habitaient son compagnon, celui de ne pas pouvoir avoir d'enfant. Surtout que Kuroko les adorait, ne cessant jamais de parler de son métier, des petits dont il avait la garde à la crèche. Dans ces moments là, son visage s'illuminait, ses yeux si impassibles brillaient d'un éclat particulier, celui de la joie. Il s'épanouissait vraiment à leurs côtés, ce que ne comprenait pas Akashi.
Au tout début de leur relation, il lui avait dit ne pas vouloir d'enfant, qu'il valait mieux se consacrer à leurs carrières et à leur couple. Ce à quoi Kuroko avait consenti, ne remettant que très rarement ce sujet délicat sur le tapis. Malheureusement au fil du temps, il en souffrait énormément. Même s'il ne disait rien, de peur de froisser son Empereur, la douleur persistait, insidieuse, effaçant peu à peu de sa candeur.
Kuroko risquait de devenir morose, et ça, Akashi ne le voulait pas pour tout l'or du monde. Surtout s'il s'obstinait à s'emmurer dans un silence pesant.
La veille de son propre anniversaire, Akashi avait prévenu son mari qu'il ne voulait rien. Pas de soirée, pas de cadeau, rien.
Le soir même, alors que Kuroko avait mijoté un repas digne de ce nom, le joueur professionnel de Shogi l'avait pris dans ses bras, prétextant qu'il devait lui parler. Il l'emmena au salon l'assoir sur leur canapé.
Akashi revint avec deux billets entre les mains qu'il déposa sur la table basse.
Kuroko les regarda suspicieux.
— Sei-kun, on avait dit que cette année nous ne partions pas en voyage. Je n'ai pas vraiment envie.
— Je sais, ne t'inquiète pas, ce n'est pas un voyage ordinaire que je te propose. Regarde par toi-même.
L'assistant maternel détailla ces billets sans trouver quoi que ce soit de particulier, sauf la destination qui était l'Inde, plus particulièrement New Dehli. Ses yeux reflétant de l'incompréhension se portèrent sur Akashi.
— Ca veut dire quoi, tu veux aller visiter les palais hindous ?
— Non pas du tout, rit le jeune homme aux yeux écarlates en s'asseyant à côté de lui. Réfléchis Tetsu, à ton avis, ça veut dire quoi ?
Kuroko commençait de s'énerver, ne voyant pas où son mari voulait en venir. Il lui avait pourtant spécifié qu'il n'avait pas la tête à voyager en ce moment. Tout ça le fatiguait.
— Je ne sais pas Sei-kun.
— C'est parce que tu ne fais pas d'effort… Bon, je vais te le dire. Nous partons le mois prochain pour visiter des orphelinats, l'Inde possède malheureusement le plus grand nombre d'enfants abandonnés.
Il y eut comme un court circuit entre les synapses de Kuroko. L'information resta bloquée quelque part dans son cerveau. Il se contentait d'ouvrir la bouche en grand et de le regarder l'œil vitreux, un peu comme une carpe Koï sortie hors de l'eau. Ce qui eut pour effet l'hilarité d'Akashi, enfin il rit de son tintement raffiné.
— Quoi !? Tu peux répéter ?
Akashi répondit en le prenant une nouvelle fois dans ses bras et en déposant un baiser dans ses cheveux.
— Nous allons adopter un enfant, enfin si tu en as toujours envie, je ne te force en rien.
— Sei-kun, ne te moque pas de moi.
— Mais jamais de la vie mon ange. Nous resterons le temps nécessaire pour faire les démarches et si ça ne fonctionne pas, nous y retournerons ou irons dans un autre pays, peu importe. Je veux juste te rendre heureux.
Kuroko ne sut pas quoi rétorquer. Les sanglots dans sa gorge barraient ses cordes vocales, tout comme les larmes qui ruisselaient aux coins de ses yeux.
Il n'y avait rien à ajouter à part que Seijuro lui offrait le plus beaux des cadeaux, de ceux inestimables qui n'ont pas de prix.
