Mortelles Désillusions

Chapitre XXIX

'Surement mais lentement'

Helloooooo mes petits chats,

Trop de temps a passé depuis la dernière fois - je l'avoue j'ai eu un peu de mal à tenir le rythme de publi... Mais me revoilà avec un nouveau méga chapitre, tout plein de trucs géniaux - enfin j'espère. Sinon, merci merci encore pour toutes vos supers reviews qui m'encouragent beaucoup - je compte sur vous pour me donner vos avis, continuer à m'encourager et à m'inspirer - on ne va pas se mentir, c'est aussi pour vous que j'écris ;)

La fin est proche, plus qu'une dizaine de chapitres - ou quoi que, il y aura peut être quelques bonus ;)

Bonne lecture et à la semaine prochaine normalement, maintenant que ces maudits examens sont finis, je vais pouvoir me consacrer enfin à cette petite histoire !

XXX


Chapitre XXIX

Surement mais lentement

"It's been a long day without you my friend

And I'll tell you all about it when I see you again

We've come a long way from where we began

Oh I'll tell you all about it when I see you again

When I see you again"

See you Again, Wiz Khalifa

"Les hommes réunissent toutes les erreurs de leur vie et créent un monstre qu'ils appellent le destin."

John H.


Poudlard

Ils s'avançaient, beaux et solennels, sous un soleil pâle qui semblait illuminer le monde, au moins pour une journée. Théodore sourit tendrement à Pansy.

-Prête ?

La belle jeune femme haussa lentement ses épaules dénudées.

-Toujours prête pour une nouvelle bataille, Monsieur Nott.

Il lui prit doucement la main et rit.

-Plus de bataille, au moins aujourd'hui. Je ne voudrais pas tâcher ta superbe robe.

Pansy soupira en levant les yeux au ciel. Elle n'aimait pas montrer ses émotions. Et pourtant, elle avait l'impression de s'envoler à chaque pas. Son cœur battait à tout rompre, ses mains tremblaient légèrement, sa poitrine se soulevait à un rythme irrégulier. Elle avait rêvé de ce jour. Oh oui, elle l'avait tant imaginé, vécu encore et encore dans son esprit. Mais alors que ce rêve de petite fille se réalisait, elle s'apercevait que tout était mieux. Plus beau, plus vif, plus heureux. Malgré la guerre, les morts, le sang. Sa mère avait voulu pour elle un mariage magnifique et froid, qui n'aurait été qu'une démonstration de richesse et de pouvoir. Elle lui avait même choisi un mari, à une lointaine époque. Elle aurait porté une robe bouffante bleue, héritée de sa grande tante, que toutes les Parkinson devaient porter le jour de leur noces. Une infâme traine de la même teinte, soutenue par un diadème outrageusement vulgaire, serait venu compléter cette tenue. Ses demoiselles d'honneur auraient été des cousines inconnues, parce qu'elle n'aurait eu, aux yeux de sa génitrice, aucune amie digne de cette tâche. Elle aurait épousé un homme riche, jeune, stupide, imbu de lui même, ou un vieillard adepte du Lord Noir, violent, qui ne l'aurait jamais considérée autrement que comme un objet. Oh, comme elle était heureuse de s'être enfuie ! Elle avait parfois regretté cette décision, quand elle se comportait encore comme la petite princesse qu'elle avait un temps été, quand elle voyait trop de sang, trop de morts. Mais elle se souvenait alors de ce qui l'attendait chez les Serpentards, de ce qu'on lui faisait subir. Mieux valait vivre dans la misère, libre, qu'être traitée comme une putain au rabais dans le plus grand luxe.

Elle passa une main légère sur sa robe blanche, simple, qui mettait ses courbes en valeur sans trop les dévoiler, qui la rendait rayonnante. Les manches de dentelle fine laissaient ses épaules nues, sans traine, diadème, ou tout autre artifice. Ses cheveux blonds retenus en un chignon lâche sur sa nuque n'avaient pour apparat qu'une simple rose rouge. Elle croisa le regard de Théodore et rougit. Il l'observait avec une telle... intensité, qu'elle en était toute retournée. Jamais elle n'aurait cru qu'un regard si bienveillant, amoureux, chaleureux, viendrait se poser sur elle. Et pourtant... Théodore était là, et ils ne seraient plus jamais séparés.

Blaise, Adrian et Harry, habillés de costumes noirs moldus comme l'avait exigé Daphnée, étaient eux aussi élégants et terriblement beaux. Ils attiraient d'ailleurs les regards de la gente féminine. Car tout l'Ordre s'était réuni pour l'union de deux de ses membres les plus courageux. Un mariage, en des temps si sombres, était toujours un événement particulier. Ils auraient pu attendre. Mais Théodore avait déclaré qu'il avait déjà vécu sans Pansy trop longtemps, et que s'ils devaient mourir, alors ils mourraient unis. Personne n'y avait rien trouvé à redire. Après tout, leurs regards trahissaient un amour si profond qu'il aurait été presque criminel de le nier.

Blaise ricana et donna un léger coup de coude à Théo en voyant Kingsley, mage désigné de la cérémonie, s'approcher.

-C'est le moment Théo, tire toi tant que tu le peux encore.

Théodore ne lui accorda pas un regard : il pouvait sentir sans même le voir l'immense sourire de Blaise, qui n'avait pas été aussi heureux depuis des années. Il voyait ses meilleurs amis se marier, heureux, alors même qu'il avait retrouvé Daphnée, celle qu'il n'avait jamais cessé d'aimer, et qui lui lançait d'ailleurs un regard sévère depuis l'autre côté des fiancés. Hermione et Daphnée étaient les seules demoiselles d'honneur que Pansy avait voulues. Même si elle avait toujours eu du mal à supporter Daphnée et sa beauté hautaine, elles se ressemblaient trop pour être ennemies. Quant à Hermione... Elle était sa sœur de cœur. Elle l'avait détestée pendant de nombreuses années, sans doute jalouse de sa liberté, de ses saines amitiés, mais elle s'était rendue compte que ce qui les séparait n'était en définitive que du vent. Elles se battaient pour les mêmes causes. Et s'occuper de la fine brune pendant ses mois de convalescence lui avait donné l'impression d'éduquer une enfant. Et comment ne pas aimer une enfant, douce, timide et si brisée ? Elle avait développé un sentiment de protection fort à l'égard d'Hermione. Elles étaient liées. Elle ferma les yeux et se rappela de ce jour si particulier...

Hermione peinait à garder ses yeux ouverts. La lumière, encore une semaine après son retour, lui brûlait les yeux. Le verdict d'Adrian était sans appel : elle avait passé bien trop de temps dans le noir. Pansy l'observait. Son visage décharné, sa peau balafrée, pâle. Elle était si maigre... Ses cheveux avaient été coupés courts, et soulignaient la minceur de ses traits. Elle fermait les yeux, et Pansy ne savait pas vraiment si elle était éveillée. Sa souffrance et sa peur étaient telles qu'il valait peut être mieux qu'elle dorme, mais Pansy s'inquiétait. Elle s'inquiétait d'ailleurs rarement pour autre qu'elle même et ses quelques plus proches amis, mais Hermione Granger la fascinait. Elle qui était si forte autrefois... Une de ces femmes toujours sures d'elles, décidées, prêtes à lutter contre le monde entier, pour des choses aussi futiles que les droits des Elfes – ou ceux des femmes – vaste combat dans la société sorcière. Une de ces femmes qui rendaient les autres honteuses de leur inaction. Et pire encore, Hermione était de celle qui ne jugeaient pas, ne critiquaient jamais, ne se permettaient jamais le moindre commentaire négatif : elle agissait, les autres non, c'était un fait. Elle n'en tirait aucune gloire : c'était dans sa nature. Mais si les moldus avaient appris à leurs femmes à être plus que des potiches bonnes à marier, les sorcières aux sang pur n'avaient pas les mêmes droits, pas les mêmes rêves. Elles étaient si différentes... Et pourtant, Pansy se retrouvait en elle, en la voyant allongée, détruite. Elle se revoyait, le visage défiguré par la peur et les larmes, roulée en boule, avant que Théo ne vienne la chercher. Pourquoi Drago n'était-il donc pas venu ? Vaste question. Pansy ne lui faisait aucun reproche. Il avait tout essayé. Mais le résultat était le même : Hermione gisait sur son lit de douleur. La sorcière autrefois si fière ne se souvenait plus de ce qu'elle avait été, de sa force, de son courage.

Pansy sursauta en voyant Hermione remuer. Cette dernière ouvrit lentement les paupières et la fixa quelques instants, effrayée. Pansy ne se sentait pas mieux : elle ne savait pas quoi faire, quoi dire pour ne pas l'effrayer plus. Elles s'observèrent quelques instants dans la pénombre et Hermione leva lentement une main décharnée vers elle. Elle ne pouvait plus parler, mais elle semblait désigner ses cheveux. Pansy s'approcha, la laissa les toucher en tremblant. Puis sa main retomba et Hermione lui offrit ce qui lui sembla être un sourire en remuant doucement les lèvres. Pansy n'en fut jamais sure, mais il lui sembla avoir lu un « merci » sur ces lèvres pâles. Hermione se rendormit et Pansy l'observa, en pensant qu'elle ne s'était jamais sentie aussi utile.

La caresse de Théodore sur sa main la tira de ces lointaines pensées. Kingsley était face à eux, sous la grande arche de roses dressée au beau milieu du parc du château. Il regarda l'assemblée quelques instants.

-Nous sommes réunis en ce jour pour célébrer l'union de Pansy Parkinson et de Théodore Nott. Nombre d'entre nous leur ont déconseillé de s'unir en ces temps de troubles. Je dois bien avouer que j'éprouvais des réserves. Mais peut être devons-nous prendre exemple sur eux. Cette guerre durera longtemps, nous prendra beaucoup des nôtres, alors que nous avons déjà tant perdu. Mais en continuant à vivre, à aimer...

Il s'arrêta un instant pour contempler les mains entrelacées de Théodore et Pansy avec un léger sourire.

-En continuant à aimer, nous leur montrons qu'ils ne peuvent nous prendre le plus important : l'espoir. Nous continuons de lutter, mais aussi à vivre. Nous imaginons un futur sans violence, sans guerre, et c'est le plus important. Vous, jeune génération, donnez vos vies pour cette lutte. Mais n'oubliez pas de vivre. Vivez, vivez, et tâchez de trouver du bonheur en ce monde. Car si vous ne connaissez pas le bonheur, alors vous n'aurez plus de raisons de lutter.

Tous prirent un instant pour apprécier le discours de Kingsley, et de nombreux regards significatifs s'échangèrent. Puis le stratège de l'Ordre tendit à chacun des époux un petit poignard d'argent, et tint une coupe d'argile, visiblement très ancienne, entre eux.

-Prononcez vos veux.

Pansy s'entailla la main et laissa son sang couler dans la coupe, les yeux plantés dans ceux de Théo.

-Théodore Nott, je jure de te suivre, de t'aimer, de me battre pour toi, jusqu'à ma mort. Les moldus disent qu'ils s'aiment « pour le meilleur et pour le pire »... Je pense que nous avons éprouvé notre lot de malheur. Et je suis sure que maintenant, tout ne pourra être que meilleur. Après tout, j'ai toute notre vie pour te rendre tout ce que tu m'as offert.

Kingsley se tourna vers Théodore qui s'entailla à son tour le poignet. Au moment où son sang rencontra celui de Pansy, un rayon doré les entoura.

-Je t'aime.

Il n'ajouta rien de plus.

Ils joignirent leurs mains alors que Kingsley levait sa baguette au dessus de la coupe.

-Par les pouvoirs qui me sont conférés, je lie ces sorciers par le sang, dans une union désormais immortelle. Nulle magie ne peut défaire ce que le sang a fait, et que soit maudit celui qui s'opposera à leur amour.

La coupe brilla à son tour, et aveugla l'assemblée un court instant.

Puis tout revint à la normale, et ils découvrirent Théodore et Pansy, qui s'embrassaient à en perdre haleine. Blaise lâcha un commentaire grivois, sans pour autant parvenir à dissimuler son émotion. Harry fut le premier à féliciter le couple, et bientôt tous vinrent les entourer. C'était un beau jour pour se marier.

Quelques heures plus tard, la fête battait son plein, et Hermione fut invitée à danser par Harry, dans la Grande Salle transformée pour l'occasion, décorée d'une profusion de roses et de fleurs grimpantes le long d'imposantes colonnes, entre les tables richement garnies et la piste de danse où régnait une atmosphère bon enfant.

Harry fit lentement valser Hermione, plantant ses yeux verts dans ceux, bruns, de sa cavalière. Celle ci rit lentement.

-Tu vas croire que je suis folle, mais j'ai l'impression d'avoir déjà vécu cette scène...

Harry rit à son tour.

-Et bien c'est fort possible, ça n'est pas la première fois que j'ai le plaisir de t'inviter à danser !

Ils se turent un moment, profitant simplement de la présence de l'autre.

-Je suis désolée pour Ginny, Harry...

Le brun hocha lentement la tête.

-Elle me manque.

Hermione ne répondit pas.

-Elle nous manque à tous, je pense. Elle était bien trop jeune pour mourir. Mais nous le sommes tous...

La brune hocha la tête.

-Adrian m'a dit qu'un Horcruxe était dans le château, l'avez-vous trouvé ?

Harry soupira.

-Même en un jour si heureux, la réalité nous poursuit... Blaise l'a cherché, nous avons une piste, mais rien de certain pour l'instant. Je te tiendrai au courant, quoi qu'il en soi.

-Merci.

Elle hésita, cherchant ses mots. Elle n'avait osé en parler à personne mais elle avait l'impression qu'Harry ne la jugerait pas.

-Harry...

-Oui ?

-As-tu des nouvelles... des nouvelles de Drago ?

Le brun soupira à nouveau en riant légèrement.

-Je savais que tu finirais par me le demander. Vous n'arrivez pas à rester loin l'un de l'autre, n'est-ce pas...

Hermione préféra ne rien répondre. Elle se sentait bien aux côtés d'Adrian, elle l'aimait. Mais Drago ne sortait jamais de son esprit. Elle aurait préféré qu'il en soit autrement mais il était un mystère, et il l'obsédait.

-Il est à Paris. Je n'ai pas d'autre nouvelle.

Hermione sentit qu'il lui dissimulait quelque chose, mais elle n'insista pas.

-Quand reviendra t-il ?

Elle sentit Harry se crisper.

-Je ne sais pas, Hermione.

Puis, devant son air déconfit, il lui lança un petit sourire malin.

-Mais si il y a une chose dont je suis sure, c'est qu'il reviendra pour toi, un jour ou l'autre. Je préfèrerai qu'il reste loin, mais il n'est rien sans toi. Il ne peut pas vivre sans toi. La question est plutôt... Que feras-tu, quand il reviendra ?

Elle allait lui répondra quand ils furent interrompus par Adrian, qui invita Hermione à son tour. Elle se réfugia aussitôt contre son large torse, essayant de dissimuler la rougeur de ses joues. Elle n'aimait pas lui cacher des choses, mais ses sentiments étaient bien trop diffus. Elle secoua la tête. Non, non, Adrian était là, c'était le plus important.

De l'autre côté de la piste, Ronald Weasley fixait les danseurs, le regard vide. Il se sentait vide. Il était vide. Le monde évoluait, les gens avançaient et lui restait, comme tiré dans l'ombre par les morts et la douleur. Il avait vécu pour venger Hermione, son frère, ses amis tombés, et il avait maintenant perdu sa sœur. Sa petite, flamboyante, sœur. Elle lui manquait. Elle l'avait toujours soutenu, compris. Par Merlin, qu'elle lui manquait. Tout le monde s'était affairé autour du Survivant, le soutenant, le plaignant. Mais c'était sa sœur qui était morte. Ginny, à laquelle il avait apprit à marcher, à nager, à lancer des Gnomes hors du jardin, à tourmenter Percy et à espionner les jumeaux. Et encore une fois, il n'y en avait que pour le Survivant.

Ron secoua la tête. Il ne voulait pas penser comme cela. Mais toute la rancoeur accumulée débordait parfois. Tant de noirceur... Il avait l'impression d'être un amas de colère et de haine, prêt à exploser à tout instant. Il détestait cette impression. Mais il se sentait si seule... Hermione était partie depuis longtemps, et même son retour n'avait pu reformer le Trio d'Or. Le temps de leurs aventures et de leurs jeux lui paraissait si lointain. Le bonheur lui paraissait lointain. Il n'arrivait pas à se réjouir de ce mariage, ni de rien d'ailleurs. Tout lui paraissait vide de sens. Comment se réjouir alors que tant perdaient la vie ? Il n'en avait aucune idée, et il n'arrivait même plus à faire semblant.

Soudain, un corps se posa lourdement sur la chaise attenante.

-Tu n'as pas l'air très heureux.

Ron tourna la tête et lança un regard sombre à l'intruse.

-Qu'est ce que tu veux ?!

L'inconnue contempla un instant ses ongles parfaitement manucurés avant d'hausser les épaules.

-Je déteste les mariages. Tout ce bonheur me rebute.

Elle lança un regard assassin à Hermione et Adrian, enlacés sur la piste.

-Ne regarde pas Hermione comme ça.

La jeune femme brune haussa un sourcil.

-Je n'ai rien contre ton amie. Disons simplement que voir des couples me met toujours mal à l'aise.

Ronald soupira.

-Je m'en moque. Je ne suis pas psychomage.

La brune éclata de rire.

-Tu ne me demandes pas pourquoi je suis si triste et si désespérée ?

Ron lui lança un regard vide.

-Tu n'es certainement pas la seule à souffrir. La souffrance est notre lot quotidien... et t'entendre t'apitoyer sur toi-même ne m'intéresse pas.

La jeune femme lui sourit, en le regardant d'un nouvel œil.

-Finalement, tu es plus intéressant que ce que je pensais.

Elle lui tendit la main.

-Je suis Isabelle.

Ron la serra avec circonspection.

-Ronald Weasley.

-Ah, un Weasley. Vous êtes partout dans ce château ! Désolée pour ta sœur, d'ailleurs. Elle avait de jolis cheveux.

Ron la regarda, abasourdi, puis se ressaisit.

-Présente plutôt tes condoléances à Harry. C'était sa petite amie.

Isabelle lui tapota l'épaule.

-Ne sois pas si mesquin. C'était ta sœur. Le sang avant tout. Et puis je te trouve plus intéressant que le Survivant.

Ronald ne put s'empêcher de se sentir flatté. Mais sa carapace reprit vite le dessus.

-N'as-tu personne d'autre à aller déranger ?

-Et bien... non. Donc je vais rester là. Tu ne comptes pas m'inviter à danser ?

-Non.

-Tant mieux, je déteste danser.

Ils observèrent la piste en silence, puis Isabelle claqua des doigts, et un minuscule elfe apparut devant elle.

-Maitresse a demandé Quimby ?

Ladite maîtresse leva les yeux au ciel.

-Oui. Mon ami Ronald et moi souhaitons boire. Mais pas ces boissons affreuses que l'on trouve ici. Apporte moi le Scotch de 1837 que nous avons prit en partant.

L'Elfe ouvrit de grands yeux effarés.

-Mais... Maîtresse... Le Scotch de Monsieur...

-Va, Quimby.

L'elfe disparut et Ron ricana.

-Je ne suis pas ton ami.

Isabelle haussa les épaules.

-J'ai plus besoin d'un compagnon de beuverie que d'un ami, tu peux accepter ça ?

-Je ne sais pas si j'ai très envie de boire avec une fragile petite Sang Pure arrogante.

Isabelle sourit doucement.

-Sang Pure, oui, arrogante aussi. Mais fragile... bois avec moi, nous verrons lequel des Traitres à son sang est le plus fragile.

Elle attrapa la bouteille que l'Elfe lui apportait et en remplit de grands verres, avant d'en offrir un à l'imposant jeune homme.

-À ceux qui se complaisent dans le malheur – la vie serait trop heureuse sans eux.

Et ils burent. Et pour la première fois depuis longtemps, Ronald Weasley avait un petit sourire aux lèvres.

Hermione rejoignit sa chambre au milieu de la nuit, épuisée. Sa jambe l'élançait, et les potions anti-douleurs étaient peu efficaces. Son ventre la brûlait toujours, et un mal de crâne terrible lui vrillait les tempes. Adrian s'était soulé avec Blaise et les deux venaient de débuter une partie de poker sorcier – autant dire qu'ils n'étaient pas couchés. Daphnée avait aidé à Hermione à monter avant de rentrer à son tour. Elles s'entendaient de mieux en mieux : intelligentes, vives, peu bavardes, elles n'avaient pas besoin de beaucoup de mots pour se comprendre. Cela leur venait naturellement. Après tout, elles avaient beaucoup en commun. Elles avaient été émues devant les vœux de Pansy et Théodore, mais si Daphnée n'avait fixé que Blaise, Hermione n'avait pas pu empêcher son cœur de vagabonder. Loin. Auprès d'un blond aux yeux gris. Hautain, aristocratique, perdu.

La brune se laissa tomber sur son lit, épuisée, et s'endormit aussitôt. Un bruit la réveilla néanmoins peu après. L'esprit embrumé, elle regarda autour d'elle quelques instants. Adrian n'était toujours pas rentré. Et un hibou patientait derrière la fenêtre, qu'elle s'empressa d'ouvrir, frissonnant légèrement au contact de l'air de la nuit.

-Et bien mon beau... Qu'as-tu pour moi ?

Elle lui offrit quelques pincées de Miamhibou et un peu d'eau, et le laissa mordiller son doigt quelques instants, avant de s'intéresser à la lettre. La fine écriture, noble et décidée, fit battre son cœur un peu plus fort. Pourrait-ce être...

Elle déchira la lourde enveloppe et dévora les premières lignes en se laissant retomber sur le lit.

Hermione,

Tu n'as pas répondu à mes dernières lettres et tu as bien raison. Je suis heureux que tu vives ta vie. Mais il me faut t'écrire encore une fois. Le Seigneur des Ténèbres compte attaquer Poudlard très bientôt. La barrière de Dumbledore ne protège pas le château de ceux qui y étaient encore élèves il y a quelques années. Je ne devrais pas vous prévenir, je suppose que l'on t'a dit que je ne fais plus partie de l'Ordre. Mais peu importe. Mets toi à l'abri, laisse les autres défendre les portes.

Porte toi bien,

D.

Hermione sursauta, des larmes coulant sur ses joues sans qu'elle puisse les retenir. Drago ne faisait plus partie de l'Ordre. Elle n'y avait jamais cru. Il lui avait envoyé d'autres lettres. Elle ne les avait jamais reçues. Mais où pouvaient-elles bien être ?!

Un cruel et insidieux soupçon monta en elle, et la fit se lever brusquement. Non, il n'aurait pas fait ça... Elle saisit sa baguette dans le tiroir de la table de chevet et se dirigea vers le secrétaire d'Adrian.

-Alohomora.

Elle ouvrit : vide. Elle retourna toute la chambre, en vain. Elle commençait à être rassurée, à rire de ses propres pensées, quand elle se souvint de cette malle réduite qu'il emmenait partout avec lui. Elle devait être dans l'un de ses manteaux. Un peu honteuse, elle fouilla plusieurs capes jusqu'à trouver la malle. Elle eut un peu de mal à lui redonner sa taille d'origine, mais elle y parvint, et l'ouvrit. Elle farfouilla à l'intérieur, extirpant un bracelet qu'elle avait offert à Adrian alors qu'elle était encore en convalescence, des titres de propriété, les clefs de la moto, un tas appréciable de Galions... Sa main agrippa soudain une liasse de feuille, qu'elle sortit et parcourut avidement. Son cœur se serra jusqu'à lui faire mal. Elle avait cru qu'il l'avait oubliée. Elle s'assit à même le sol et lu la première lettre.

Hermione,

Je ne sais pas par où commencer. Je regrette, je regrette tellement. J'aurais du t'écrire il y a des mois de cela. Je ne savais pas quoi te dire, et je ne sais toujours pas. J'espère que tu vas mieux, et que tu es avec les membres de l'Ordre. Ici, ma mission s'éternise, je ne sais pas quand je pourrai rentrer. Et justement, je ne te demande pas de m'attendre. J'ose croire que je ne suis pas assez égoïste pour ça. Vis ta vie, revis, comme si je n'avais pas été là pour te retenir dans un passé qui n'est même plus le tien. Si tu savais comme je regrette. Je reviendrai, c'est une certitude, mais je ne sais pas quand, et en attendant il est mieux pour nous deux que tu ailles de l'avant. Je te l'ai déjà dit, je ne suis pas doué pour les sentiments... Ne te blâme pas, je porte la faute de cet échec. J'espère néanmoins que tu ne m'oublieras pas tout à fait, et que tu me donneras une chance de m'expliquer quand je rentrerai. Quoiqu'il en soit, je suis désolé, d'avoir encore tout gâché, de t'avoir encore faite souffrir. Tu me manques. Tu me manques beaucoup.

Sois heureuse,

Drago.

Hermione passa à la seconde lettre, dans un état second. Il voulait la quitter. Mais elle ne l'avait jamais su. Elle n'avait jamais pu avoir la conclusion de leur histoire, le comprendre... Et pourtant même cette lettre n'aidait pas à le comprendre. La missive suivante était plus bâclée, l'écriture négligée : le blond n'avait visiblement pas été dans son état normal.

Hermione,

Si tu savais à quel point je regrette. Je ne peux pas rentrer. Je suis un idiot. Je sais que tu as changé. En vérité, je m'en moquais. Je crois que j'avais juste peur d'être heureux. Tu es la seule personne qui me rend heureux, Hermione. Je vais finir ma mission et rentrer.

D.

Hermione,

Attaque de Loups Garous au Nord jeudi prochain. Préviens Potter.

Je pense quitter l'Ordre, trop dangereux. Ne m'oublie pas.

D.

Hermione,

Si tu savais comme je m'ennuie. Je ne suis plus sensé t'écrire, puisque tout nous sépare maintenant, même nos camps. Je ne peux pas m'en empêcher. Je suppose que mes lettres ne te parviennent pas, et c'est tant mieux. Pucey, si tu lis ce courrier, je te trouverai et je te tuerai. Mais en supposant que c'est toi qui me lis, Hermione... Je suis passé te voir, l'autre jour. À Londres, dans ce minuscule appartement moldu. Petit et ridicule. Mais tu avais l'air heureuse, et je ne veux rien d'autre pour toi. Je dois travailler avec une idiote qui m'agace. Je crois que nos parents pensent à nous marier. J'aurais tellement aimer t'épouser, toi. Je sais que j'écris alors que je suis ivre – un peu seulement – car le lâche que je suis n'aurais jamais pu te le dire en face, mais c'est avec toi que j'imaginais mon futur. Je suppose que l'emploi du passé est plus adapté à notre propre conte de Roméo et Juliette, tes moldus préférés – Oui, je m'en souviens. « Il aimait la mort, elle aimait la vie, il vivait pour elle, elle est morte pour lui », est-ce cela ? J'ai toujours eu du mal avec ce mélodramatisme.

D.

Hermione lâcha les lettres, le regard dans le vague. Adrian l'avait trahie. Drago ne l'avait pas oubliée. Mais il n'avait jamais pensé revenir pour elle pour autant. Adrian avait voulu la protéger. Elle l'aimait pour cela. Mais Drago lui avait tellement manqué, elle s'était sentie tellement abandonnée... Elle ne savait plus quoi faire. Alors elle laissa les lettres au sol et quitta la chambre, tout simplement. Ses pas la menèrent vers la tour des Gryffondors, et la grosse Dame la laissa entrer dès qu'elle la vit. Elle monta les marches, s'engouffra dans le dortoir des garçons, s'arrêta devant une porte qu'elle connaissait bien. Elle hésita avant de frapper, mais, comme si ils l'avaient attendue, la porte s'ouvrit sur Harry et Ron, assis sur leurs anciens lits.

-Bonsoir...

Ils ne lui posèrent pas de questions. Ils posèrent leurs matelas au sol et s'allongèrent, les uns contre les autres. Hermione respira enfin, oublia ses jambes, ses douleurs, Adrian, Drago, Drago, Drago.

-Merci...

Harry embrassa son front et Ron, déjà à moitié endormi, attrapa sa main. Hermione ferma les yeux, se laissa envahir par le calme, par l'odeur rassurante de ses meilleurs amis, par la douceur des oreillers, la chaleur de la couette, la fermeté rassurante de la main de Ron, le souffle régulier d'Harry... Elle s'endormit. Et rêva. Elle était au milieu de la Grande Salle, habillée d'une longue robe blanche. Ses cheveux étaient longs, la cicatrice sur son visage avait disparu. Elle se trouva belle. Harry la menait vers une estrade sur laquelle se trouvait Dumbledore et un homme, de dos. Des pétales tombaient du ciel en un tourbillon de couleurs et de bonheur, Pansy souriait, le ventre arrondi, Blaise faisait voler un petit garçon à la peau mate, et Daphnée les contemplait avec amour. Ron avait retrouvé son sourire et riait avec les filles des jumeaux. Tout était parfait. Et pourtant, la Terre se mit à tourner. L'homme sur l'estrade s'écroula, Dumbledore disparut, et ils furent en plein combat. Le petit garçon à la peau mate la regardait, du sang s'écoulant de sa gorge alors qu'il mourrait lentement. Daphnée, Pansy, étaient enlevées. Le monde s'écroulait. Elle tomba à genoux. Un ricanement lui fit lever la tête. Voldemort avançait, donnant le bras à deux blonds qu'elle ne connaissait que trop bien.

-Pauvre petite, tu as cru qu'ils pouvaient t'aimer... Pathétique créature...

Un éclair vert jaillit de sa baguette et Hermione se réveilla en sursaut.

À travers la fenêtre, elle vit le jour se lever sur les montagnes. Elle attendit que son cœur cesse de battre la chamade, passa une main sur son ventre douloureux et se rallongea entre ses deux amis, les paupières tombantes. Déjà, le rêve disparaissait de sa mémoire. Elle avait parfois l'impression que sa vie n'était qu'une suite de désillusions. Alors qu'elle croyait atteindre le bonheur, il s'écroulait. De cruelles désillusions.

Paris

Rosalie s'extirpa du vaste lit, attrapa sa baguette et se lança un sortilège, avant de se rhabiller promptement. Si Drago la trouvait là à son réveil, il serait de méchante humeur. Il avait en plus été convoqué par le Lord Noir à l'aube, pour discuter de l'attaque à mener contre Poudlard. Enfin, il n'y avait plus grand chose à en dire : l'attaque aurait bien lieu, et ce dès le jour même. Mais le Seigneur voulait tout de même parler à l'héritier Malefoy. Ce qui le mettait dans une rage noire. Un fidèle du Lord aurait trouvé cette haine suspecte, mais Rosalie ne servait que ses propres intérêts et si elle vénérait Lord Voldemort, ses propres projets avaient à ses yeux bien plus d'importance. Elle transplana.

Le léger bruit tira Drago du sommeil. Il s'étira et observa les draps froissés d'un air hagard. Bon sang, la harpie avait encore réussi à finir dans son lit. Elle ne renonçait donc jamais... Il haussa les épaules, et scruta le ciel, comme chaque matin. Oh, il se moquait bien du temps. Mais peut-être son hibou lui apporterait-il une lettre... Ou peut-être pas. Au bout de quelques minutes, il se leva en soupirant. Non, elle ne répondrait pas. Pas encore. Mais aujourd'hui... Il la verrait surement. Et pour cette simple raison, il acceptait de ramper aux pieds de Lord Voldemort, de supporter Rosalie, d'obéir à ses parents. Il se doucha rapidement, et transplana à son tour, non sans avoir demandé à son nouvel elfe de lui apporter une part de tarte à la mélasse. Il n'avait jamais été un grand adepte de cette pâtisserie, mais Hermione l'adorait, et il avait donc apprit à l'aimer à son tour. Après tout, si Hermione aimait quelque chose, cela ne pouvait être mauvais – Enfin, sauf Weasley.

Il arriva aux portes du nouveau repaire du Lord, sans doute extorqué à un pauvre seigneur français maintenant considéré comme un serviteur dans son propre domaine. La salle de réunion était boisée, décorée de trophées de chasse, dans un style tout à fait français – et moldu. Mais si le châtelain avait le sang impur, il n'en était pas moins formidablement riche – ce qui compensait aisément son manque de goût – sauf pour les Malefoy, évidemment.

Drago s'inclina rapidement devant Lord Voldemort, qui pianotait des doigts sur la longue table en acajou.

-Drago, mon cher... Je t'attendais. Soyez prêts à partir dès ce soir. Au crépuscule, vous attaquez.

Drago s'inclina.

-Oui, maître.

Il ne l'avait pas fait venir pour cela, il le savait. Il connaissait déjà tous les détails de l'opération. Heureusement, Rosalie ne serait pas de la partie. Elle aurait été incontrôlable.

-Je m'inquiète pour toi, Drago...

Le blond ricana intérieurement. Comme si cette pâle imitation d'homme pouvait s'inquiéter pour autre chose que lui même.

-Vois-tu... Je doute de ta loyauté, mon cher. Et je n'aime pas avoir de doutes. Ta maitrise de l'Occlumencie fait que je ne peux lire en toi. Mais... je perçois la trahison... Je sais que tu as aidé l'Ordre pendant un temps. J'ai pardonné, car j'avais besoin qu'on me croit affaibli. J'ai pardonné car j'ai encore besoin de tes parents, et de toi. Mais j'ai compris aussi que menacer ta famille ou ta propre vie ne te ferait pas plier.

Drago fronça les sourcils.

-Alors... Je vais t'accorder une faveur. Cette Sang de Bourbe que tu aimes tant... Si tu réussis ta mission, tu pourras la garder.

Les pensées de Drago se bousculaient dans son esprit. Comment savait-il qu'Hermione était vivante ?! Songeait-il vraiment à la laisser vivre ? Son cœur fit une embardée. Peut-être pouvait-il y avoir une autre fin à leur histoire...

Drago hocha lentement la tête. Il ne confirmait rien. Il tenait cette méthode de son père : la fuite, un grand classique des Malefoy.

-Allons, Drago. Rends moi Poudlard, et garde la fille. J'ai besoin de ce château et …

Ses yeux s'entr'ouvrirent et un sifflement terrible s'échappa de ses lèvres décharnées. Il se leva rapidement, et sembla réprimer un cri de rage.

-Potter... Potter a trouvé mon Horcruxe. Va, Drago, maintenant... TUE LES TOUS !

Drago le laissa à sa fureur. Il avait une mission à mener à bien. Pour Hermione.

Ecosse, lieu incartable

L'ancien maître des potions s'assit en face de son compère de toujours, l'air las. L'homme qui lui faisait face sourit lentement.

-Se pourrait-il que nous soyons sur le point de réussir ?

Rogue dodelina de la tête.

-Je n'en suis pas sur. Mais les signes s'accumulent. La chute est proche.

Son vieil ami se leva et joua avec sa baguette en se dirigeant vers la fenêtre.

-Alors nous allons reformer le Bataillon.

Rogue acquiesça lentement.

-Une dernière danse.

-Nous aurons bien mérité notre retraite...

Rogue ricana.

-Oh je t'en prie, tu as passé les dernières années caché dans ce Manoir pathétique.

L'autre se contenta d'hausser les épaules en souriant. Ses grands yeux noirs pétillaient.

-Je me réservais pour le plus grand combat de ce siècle, mon cher Severus. Je voulais être la petite surprise, la poire sur le gâteau comme le disent si bien les moldus.

-La cerise.

-Pardon ?

-La cerise, pas la poire.

L'homme aux yeux foncés et au sourire charmant passa une main dans ses cheveux noirs savamment décoiffés et lui lança un regard moqueur.

-Je sais me battre comme eux, ne me demande pas en plus d'adopter leurs petites manies.

Rogue leva les yeux au ciel.

-Assez plaisanté. Préviens les autres.

Le grand brun haussa un sourcil.

-Tous les autres ?

-Tous.

Une lueur de triomphe vint éclairer ses yeux.

-Il est donc temps pour nous de rentrer dans la partie...

-Nous n'avons que trop attendu. Ne laissons plus des gamins se battre pour nous et tenter de rattraper nos erreurs.

-Tu crois qu'ils viendront ?

-Oui.

-Comment peux-tu en être aussi sur ?

-Ils l'ont juré. C'est maintenant que dois s'accomplir notre serment. Enfin...

Le brun rit doucement et compléta sa phrase.

-Oui. Enfin, nous allons nous libérer. La vérité va éclater.


Un mariage trop chou, Ron trop chou, un Trio trop chou... J'ai adoré ce chapitre et j'espère qu'il vous a plu aussi - donc maintenant REVIEW REVIEW REVIEW, ça prend que quelques minutes et ça me fait toujours sourire !

Donnez moi vos idées, vos impressions, vos lettres d'amour... Et à très bientôt pour la suite - et presque fin !

Plein d'amour,

XXX