Une musique me tire de mon sommeil, je râle en constatant que ce n'est rien d'autre que mon réveil. La journée commençait à peine que je la redoutais déjà, je ne suis plus seule dans l'histoire maintenant, j'ai deux personnes à protéger de notre système. J'ai prévu de mettre mon alarme plus tôt pour avoir le temps de m'habiller, me maquiller et réveiller Edward à son tour pour qu'il m'accompagne en cours histoire que notre couverture reste intacte.
Devant le miroir de la salle de bain, je constate que mes cernes se sont diminuées, il semblerait je commence enfin à dormir et à reprendre des forces – bien que mon regard se porte systématiquement sur cette couleur dégueulasse dans mes cheveux. Soupirant une nouvelle fois, je sors de la salle de bain pour monter au deuxième étage, où se trouvent les deux chambres de mes frères. Celle de Sébastien est à gauche et celle où Edward dort est à droite. Les marches sont glissantes, je m'accroche à la rambarde pour ne pas tomber et m'engouffre au plus vite dans la chambre d'hôte. La pièce est plongée dans l'obscurité, j'arrive cependant à discerner les objets grâces au peu de rayon de soleil traversant la vieille tenture.
Je m'approche lentement du lit, la chambre est bercée par la respiration lente du jeune homme encore endormi. Je ne peux m'empêcher de contempler son visage totalement détendu. Qui pourrait croire que derrière cette bouille angélique se cache un puissant alchimiste aux membres perdus. J'hésite un moment à le réveiller mais au vu de l'heure qui avance, je n'ai d'autre choix que de prendre les choses en main. Pour une fois, je ne décide pas de le réveiller par la manière forte à coup de soleil ou d'alarme en plein dans les oreilles. A la place, de la paume de ma main droite, je caresse doucement sa joue, effleurant de temps en temps ses lèvres, lui provoquant de petits frissons à peine perceptibles.
- Mhhhhh, gémit-il calmement.
J'arrête au moment où je sens qu'il est sur le point d'ouvrir les paupières. Quelques jours auparavant, j'étais déjà passée pour une voyeuse lorsqu'il sortait de sa douche, je n'avais pas envie qu'il croit en un quelconque attouchement sur sa personne. Je me lève et tire les rideaux au fond de la pièce, une petite voix s'éleva dans mon dos.
- Qu'est-ce qui se passe ? Bailla-t-il en ajustant une bride de son débardeur noir.
- Il faut que tu m'accompagnes en cours, je t'ai levé un peu plus tôt pour que tu puisses déjeuner avant de partir.
Je lui fais un bref signe de la main avant de sortir, en espérant qu'il ne prenne pas trop de temps. Je descends les deux étages qui me séparent du rez-de-chaussée, ainsi que celui-ci pour rejoindre la cave. Amusée de constater que ma chienne a passé la nuit juste à côté d'Alphonse, je m'en approche à petits pas pour ne pas le surprendre.
- Je t'ai entendu, dit-il en relevant son casque. Je ne dors pas, si tu as oublié.
- Non, je n'ai pas oublié. Soupirai-je en m'asseyant sur le sol crasseux en face de lui, je vais aller à l'école avec ton frère, je ne peux pas t'emmener, j'imagine que tu comprends pourquoi.
Il opine du chef, l'air déçu. Ca me serre le cœur de devoir le laisser ici, non loin des boites de conserve d'ailleurs mais ma mère trouverait ça bizarre que je prenne tout le temps une armure de deux mètres avec moi et si y a un contrôleur dans le bus, je n'ai aucune idée de comment justifier l'absence de son corps.
- Je peux te demander quelque chose ? Dit-il.
- Bien sûr.
- Ne la joue pas double jeu avec Edward et moi, s'il te plait. On a bien compris dans notre monde que tu agis pour toi seule mais ne le refais pas, s'il te plait.
- Je t'en donne ma parole, soufflai-je en déposant ma main sur la sienne.
Le bruit du grincement des marches m'indiquent qu'Edward a fini de s'apprêter, je me mets debout et me dirige vers la cuisine, accompagnée de ma chienne, excitée à autant d'activité dans la maison à une telle heure.
- Je peux savoir ce que je vais devoir faire dans cette école ? Me demanda le blond à peine remontée de la cave.
- Tu vas te faire passer pour mon correspondant étranger que j'héberge pendant un petit moment. Répondis-je du tac au tac sans vraiment réfléchir.
- Mais les gens me connaissent déjà là-bas.
- Pas vraiment…ça peut paraître bizarre mais depuis qu'on a retraversé la porte, c'est comme si les gens d'ici ne t'avaient pas connu. Ton nom n'évoque pas grand-chose auprès des gens que j'ai interrogés. D'où le fait que je pensais que vous étiez peut-être morts tous les deux.
- Ca t'aurait arrangé.
- Loin de là, grognai-je forcée de l'avouer.
Je laisse Edward manger ce qu'il veut dans le frigo tandis que je saute cette étape pour un dernier raccord maquillage, coiffure et parfum.
- A quoi servent ces couches que tu te mets sur la gueule ?
…mais…mais occupe toi de tes affaires d'abord, à Shamballa, je n'avais pas ma trousse à maquillage alors laisse moi profiter que je l'aie maintenant !
- A masquer les imperfections d'une personne et accentuer ses qualités.
- Ah bon, t'en as…
- Qu'est-ce t'as dit, morveux ? Râlai-je en lui lançant un regard noir.
- T'insinue quoi là avec « morveux » ? Dit-il sur le même ton.
- C'est vrai qu'aujourd'hui, j'ai l'occasion de porter des talons pour te dépasser.
- N'essaie même pas de les enfiler !
Je lui tirai la langue avant de m'asperger une dernière fois de parfum. Je range mes affaires ainsi que celles d'Edward, constatant qu'étrangement il ne boit pas de lait le matin. Pourtant c'est ma boisson préférée, je savais qu'on ne pouvait pas s'entendre, maintenant, je sais pourquoi.
- Le bus va bientôt passer, on devrait aller à l'arrêt.
- Tu parles de cet engin avec des roues qui bouge tout le temps ?
- Un bus, oui.
Son visage devient livide à l'énonciation de ce mot, j'en rigole, me remémorant le pathétique sens de l'équilibre dont il avait fait preuve la veille. Je vérifie bien que j'ai mon portefeuille pour lui payer le trajet, j'espère jusque arriver à les renvoyer chez eux le plus vite possible avant d'être sur la paille. On dit de prendre les transports en commun pour réduire la pollution mais on en oublie vite que tout à un cout. Nous sortons de la maison, chaudement habillés, en direction de l'arrêt de bus. Comme d'habitude, il n'y a personne à part nous et il semblerait que le véhicule soit en retard, pour changer.
- Est-ce que Laetitia est toujours dans cette école ?
- Où veux-tu qu'elle soit ?
- Tu lui as reparlé depuis ?
La question à laquelle je ne souhaitais pas répondre. Franchement, oui, j'ai eu une discussion avec elle, c'est notamment grâce à elle que j'ai pu retrouver les frères Elric mais tout à un prix. Je ne suis pas censée leur révéler les closes de ce contrat mais si je dis à Edward que je lui ai parlé, il va vouloir savoir de quoi nous avons parlé et là, je ne saurai pas inventer une nouvelle histoire.
- Non, mentis-je en regardant du côté opposé.
- Je vois…
Eh bah bravo Lorène, à peine tu fais une promesse à Alphonse que tu ne la tiens pas vingt minutes après, ça doit probablement être mon record.
- C'est quand même sympa de la part de tes parents d'héberger un inconnu comme ça. Ajouta-t-il un peu embêté, ça arrive souvent ?,
Je suis passablement étonnée de sa remarque, il devrait être content de trouver l'hospitalité. Dans notre monde, contrairement à chez eux, rares sont les gens qui vous ouvrent la porte sans vous connaître d'Eve ou d'Adam, ou du moins, dans notre partie du globe.
- Bien sûr que non. C'est juste qu'ils me font confiance dans un sens, je ne ramènerai pas n'importe qui à la maison et mes parents sont adorables, les chiens ne font pas des chats.
- Permets-moi d'en douter.
Cette pique me va droit au cœur, merci beaucoup. Je n'ai pas le temps de m'y attarder davantage que le bus arrive, sous le ciel blanc, aussi blanc que le visage d'Edward à ce moment. Je le pousse d'un coup de pied à l'intérieur du transport tandis que je pars payer sa place. Chance pour lui, il y a une banquette de libre au fond du bus.
- Ah au fait, repris-je en m'installant à côté de lui, si Michèle et June te posent d'étranges questions, c'est normal.
- …Qu'est-ce t'as encore foutu ?
- Bah disons que je suis quand même partie à votre recherche, du coup, elles sont toutes les deux au courant de Shamballa et tout ça. June l'a bien pris, elle voulait m'aider mais Michèle est une scientifique donc ces histoires, ça ne l'intéressait pas.
Il m'écoute attentivement avant de reporter son attention sur le paysage, dis que je t'emmerde aussi, ça ira plus vite. Ca va être galère aujourd'hui, je ne sais même pas si je vais pouvoir le faire entrer illégalement à l'intérieur. M'enfin, je dois bien avouer que je n'ai plus ce mauvais pressentiment, cette sensation désagréable qui me prenait les entrailles. Le reste du trajet se déroule dans le calme, animé par les bruits de déchargement de bus. Au bout d'un quart d'heure, j'indique à Edward que nous sommes arrivés. La cloche ne va pas tarder à sonner et j'ai la chance qu'aucun surveillant n'ait pris la peine de prendre son poste devant la barrière. Je le tire littéralement jusque dans la cour, ignorant ses plaintes sur le fait que je risquais de dévoiler son bras de métal à tous les élèves que nous croisions. Au pire, je m'y suis habituée depuis le temps alors pourquoi pas eux ?
- Lorène, par ici ! M'interpela la voix de June assise sur notre banc habituel.
Je m'empresse de la rejoindre, toujours accompagné de ma marionnette articulée.
- Tu peux me lâcher maintenant ?! Clama-t-il en récupérant une totale emprise sur son bras.
- Qui c'est ? Me demanda Michèle en le regardant circonspecte.
- Je vous présente Edward Elric ! Répondis-je avec un sourire victorieux.
Leurs réactions ne se font pas attendre, la plus jeune écarquille les yeux en nous fixant l'un après l'autre. June, elle, moins surprise, préfère observer mon petit effet sur son amie.
- Cela ne veut rien dire à propos de ce que tu nous as dit sur l'alchimie, protesta-t-elle vexée.
Je soupire bruyamment devant tant de mauvaise foi, j'aurai espéré qu'elle m'accorde au moins ce point-là. Armée de mon sac de cours, j'en sors vite fait mon horaire avant que la sonnerie n'annonce le début de la journée. Je constate que nous reprenons par le cours de morale, cela faisait très longtemps…
- On voit quoi en morale en ce moment ?
- Le professeur a décidé de nous laisser la surprise à chaque nouvelle cession maintenant. La dernière fois c'était la notion d'intimité dans la famille, donc on peut s'attendre à n'importe quoi…
Cela risque d'être un tantinet plus amusant que les débats sur la liberté. C'est bien la première fois que j'ai hâte de commencer les cours. Ces derniers jours, j'avais plutôt envie de les brosser mais il semblerait que cette phase soit révolue.
- Mais Lorène…m'appela June d'un ton plus bas, comment tu vas t'y prendre pour justifier Edward ici, surtout si Laetitia se rapplique…
- Ne t'en fais pas pour ça, je gère la situation, que veux –tu qu'il arrive ?
Je vois à son regard, ainsi qu'à celui d'Edward écoutant notre conversation, qu'aucun d'eux ne soit décidé à me croire sur ce coup. Je vais devoir leur montrer que je suis beaucoup plus maligne que ce qu'on dit des blondes…enfin, rousse. La cloche retentit, il est temps pour nous de prendre place dans les rangs. Je me faufile à l'avance, abandonnant l'alchimiste aux mains de mes deux amies pour intercepter le professeur en dehors de la foule afin de lui expliquer la situation. Du moins, la fausse situation : Edward est un étudiant étranger d'origine de l'est qui est chez nous pour quelques temps, sa mère était d'origine de notre pays et c'est pourquoi il parle notre langue. Je précise également qu'il habite chez son père depuis la mort de sa mère afin de brouiller les pistes. A peine j'entame les détails de sa pauvre vie que le professeur en a assez entendu et me confie « l'entière responsabilité de l'apprentissage de cet étudiant et qu'il est fier de la tolérance qu'il a réussi à m'inculquer au cours de ce premier mois ». Je reviens victorieuse auprès du petit groupe de trois avant de me faire attraper par un autre ami.
- Dis donc, j'ai l'impression que tu me snobes ces temps-ci ! S'exclama mon ami de longue date Logan.
- Mais non ! Je ne ferai jamais ça, on est pote pas vrai ? Je dois juste m'occuper de ce petit étranger là-bas.
Son visage change directement et il arbore une expression blasée.
- C'est dommage, je comptais t'inviter avec d'autres en ville pour voir ce nouveau magasin de manga qui a ouvert il y a trois jours.
Je réprime la vive envie qui me prend de lui supplier de me le demander encore et encore. Ma première pensée part encore et encore vers les frères Elric, je dois absolument tenir cet engagement de les renvoyer chez eux et ce, même si je dois faire quelques sacrifices et puis je ne peux pas laisser Edward dans les transports alors que je vais m'amuser en ville avec des copains.
- Désolée, je ne peux vraiment pas, ma mère ne me pardonnerait pas de lui laisser ce mec dans ses pattes…
Je tente vainement de cacher ma déception et repars en direction de mes amies pour rejoindre la classe de morale. Déception qui n'échappe pas du tout à Edward, riant doucement de mon malheur.
- C'est pas drôle, si tu savais les sacrifices que j'ai dû faire pour toi…
- Fais pas comme si je n'en avais pas fait pour toi non plus. Rétorqua-t-il à juste terme.
Nous rentrons tour à tour en classe. Comme un accord, Edward et moi nous installons l'un à côté de l'autre, juste derrière Michèle et June. Le professeur lance un œil intrigué à mon voisin puis hausse des épaules avant de s'adresser à toute la classe.
- Aujourd'hui, je vous ai préparé un thème qui nous concerne tous, annonça-t-il face à nous, au centre de l'estrade. Mais tout d'abord, avant de faire les présences, je vais vous écrire un mot au tableau et vous allez venir tour à tour m'inscrire un mot ou un groupe de mot qui pour vous s'y rapporte le mieux. Je veux que tout le monde ait écrit quelque chose.
Sur ce, il se saisit de sa craie et inscrit le mot « bonheur » au tableau. Tiens, une leçon de plus sur ce sujet, j'ai l'impression de le revoir chaque année. Les premiers élèves se lèvent pour se rendre sur l'estrade. Certains nous font rire en notant pour un le nom de sa copine et pour un autre le nom d'une professeur aux formes imposantes.
Alors vient mon tour de me lever et d'inscrire le premier mot qui me vient à l'esprit. A vrai dire, rien de concret ne m'apparaît comme évident. Je tente de me poser la question "qu'est-ce qui me rend heureuse ?" Mais le mot "famille est déjà écrit. Je me retrouve comme une andouille devant le tableau tandis qu'Edward s'approche à son tour et se saisit d'une craie comme si la réponse était évidente. Dans un bruit, je suis du coin de l'œil ses mouvements de craie sur la surface noire du tableau, dessinant - très mal - les lettres du mot "sacrifices" avant de la déposer sur le support en bois.
"Tu n'imagines pas les sacrifices que j'ai fait pour toi."
Les sacrifices font partis intégrante du bonheur, il a raison. Sa solution débloque la situation, j'écris à mon tour, juste à côté de son mot les inscriptions "échanges" avant de retourner à mon tour sur ma chaise.
- Si c'était pour écrire un si petit mot, ça valait la peine de t'accaparer le tableau. Se moqua-t-il en désignant nos mots du doigt.
- Un petit mot qui a plus de sens que tout ce que tu ne pourras jamais écrire. D'ailleurs si le professeur a le courage de lire tes espèces de pattes de rat...
Le professeur termine ses présences sous le brouhaha des dernières boutades d'élèves. Au final, le mot je ressemble plus à grand chose à côté des autres. L'homme nous intime de nous calmer avant de reprendre sa place au centre de l'estrade.
- Bien, j'espère que tout le monde est passé. Alors, qu'est-ce que je vois...désolé pour celui ou celle qui flashe sur la prof de science car elle est en couple depuis 3 ans. Sinon, la personne qui a écrit le mot « amour » peut-elle m'expliquer en détail ce qu'elle voulait dire ?
Une fille au fond de la classe lève la main, passablement gênée de devoir répondre en public.
- Eh bien, mon copain est le seul capable de me donner le bonheur dont j'ai besoin.
J'ai envie de vomir sous ses paroles niaises, quand tu te fais secouer aussi ça te fait cet effet ? Deviendrai-je vulgaire avec le temps ?
Le professeur passe en revue le reste des propositions, nous faisons la sourde oreille lorsqu'il demande qui a écrit les mots « échanges » et « sacrifices », ils demeureront notre petit secret. Autant le début du cours m'a légèrement plu, autant la suite était dénudé de tout sens, il nous distribue des feuilles contenant des questions à se poser à soi-même sur le véritable bonheur. Si c'était pour en savoir plus sur moi-même, je serai bien restée couchée dans mon lit ce matin…
- « Imagine-toi seul sur une île déserte, peut-être pour le restant de ta vie. Que prendrais-tu avec toi pour suffire à ton bonheur ? ».
- Sûrement Alphonse, répondit Edward en même temps que moi.
Nous nous dévisageons un court instant, le fait que nous ayons la même réponse a de quoi nous laisser perplexe. Je m'empresse de me justifier.
- Il a tellement de choses à raconter que je ne m'ennuierai jamais avec lui.
- Oui, c'est pour ça que tu lui as mis à l'envers la dernière fois.
- T'as pas bientôt fini avec ça ? Si j'ai pris le risque de vous héberger, c'est certainement pas pour changer de direction quand le vent sera favorable.
- Ca j'attends de voir. Conclut-il avant d'inscrire sa réponse sur sa feuille.
Ces paroles me vexent au plus haut point. Certes, je ne m'attendais pas à ce qu'il me fasse à nouveau confiance avec un claquement de doigt mais au moins qu'il remarque les efforts que je tiens à son égard. Je soupire à nouveau, tentant vainement de l'ignorer mais mes yeux sont comme aimanté sur ses prunelles captivantes.
Après les cours, je salue une dernière fois Logan avant qu'il ne s'en aille accompagné de son groupe, me laissant – malheureusement pour moi – avec ce nain de jardin à la veste rouge. Nous attendons patiemment l'arrivée du bus, entourés d'autres étudiants prenant les mêmes correspondances que moi.
- Alors comme ça, la salle d'étude est inaccessible ?
J'hoche la tête par pure politesse, depuis le matin, son attitude n'a réussi qu'à me mettre sur les nerfs. J'ai donc décidé de ne pas plus lui porter attention, juste le minimum pour justifier sa présence avec moi.
- Mais le cercle dedans est peut-être toujours intact, tentons demain de nous introduire à l'intérieur, histoire d'en avoir le cœur net. Hey, tu m'écoutes ?
- Ouais, ouais…
Sa main se dépose sans douceur sur mon épaule, me la saisissant dans un même mouvement. Je réprime un grognement de douleur en constatant qu'il s'agit de sa main droite.
- T'as bientôt fini ? Je te rappelle que tu m'as promis hier de tout faire pour nous ramener alors si tu pouvais y mettre un peu d'entrain.
- Si tu t'y mettais toi aussi ? Tu ne l'as peut-être pas remarqué mes tes paroles sont parfois – pour ne pas dire tout le temps – vexantes ou blessantes. Je fais de mon mieux en ce moment alors je sais pas moi, arrête de m'emmerder.
Je croyais qu'en lui disant le fond de ma pensée, il allait me laisser un peu tranquille mais je perçois à son visage fermé qu'il est loin d'avoir les mêmes ambitions que moi.
- De ce que je me souvienne, poursuit-il en rentrant dans le bus à peine à l'arrêt. Il y a quelques jours, tu t'es mise à sortir avec le lieutenant Havoc – je passe sur le fait que vous étiez sur le point de vous galocher devant ma porte – et quand je t'ai demandé à toi et à Alphonse la raison de tes soudains agissements, vous m'avez envoyé promener tous les deux. Ensuite, il y a eu ce qu'il s'est passé avant qu'on revienne ici alors compte pas sur moi pour te donner un coup de main plus que nécessaire. Ce n'est pas comme si on était ami ou quelque chose dans le genre.
Malgré le fait que j'avais déjà deviné le fond de sa pensée, ses mots me font mal. Cela ne m'encourage pas loin de là mais je n'ai pas d'autre choix que de continuer à tenir mes engagements. Je décide intérieurement qu'une fois prête à activer le cercle de transmutation, si je n'ai pas d'autre alternative, je couperai les ponts avec les frères Elric. Ils m'épuisent, je n'ai rien contre Alphonse mais Edward pèse beaucoup trop dans la balance. Quant à la vérité sur ma relation avec Jean Havoc, je suis rassurée que même après tout ce temps, Alphonse ait gardé le secret pour lui.
Je ne pipe mot pendant le reste du trajet, je ferai évidemment semblant de bien m'entendre avec lui une fois que nous serons de retour à la maison mais le cœur n'y sera certainement pas.
- Je suis rentrée ! Clamai-je d'une fausse joie en me déchaussant près de l'entrée.
Aucune réponse, il semblerait que mes parents et mon frère soient déjà partis pour l'entrainement de judo de celui-ci. C'est l'occasion de sortir un peu Alphonse de ma cave et de le faire prendre l'air. Suivie du blond, je descends direction de la buanderie où ma chienne est toujours en train de monter la garde.
- Alors, ça s'est bien passé là-bas ? Nous demanda gentiment l'armure.
- On va dire que oui, répondit Edward en croisant les bras. Demain on va infiltrer la salle d'étude pour voir si le cercle s'y trouve toujours.
- C'est génial ça ! Au fait Lorène, j'ai entendu ta mère dire que tu avais reçu des lettres de l'école pour justifier tes absences…
- Ah bon…soufflai-je sans conviction aucune. Je vais régler ça comme je peux, merci Al.
Sur ce, n'ayant pas plus envie de m'attarder près d'eux, je remonte les escaliers, accompagnée cette fois-ci de ma chienne me réclamant sa récompense. Je crois entendre Alphonse me demander ce qui ne va pas mais je fais la sourde oreille, Edward peut bien lui dire à ma place. Toute ma bonne humeur semble s'être faite aspirée dans une spirale de malheur appelé Edward Elric. Je nourris ma chienne avant de prendre le chemin de ma chambre, fermant la porte pour que personne ne vienne m'embêter. Je m'allonge sur mon lit et fixe mon plafond avec attention. J'ai la tête qui tourne horriblement, je ne sais pas si ça provient de ma déception ou bien d'un nouveau message provenant de la vérité. Peu enclin à appeler de l'aide, je ferme les yeux, en quête de réponse.
