Environ une demie-heure avant le début du procès, Harry et Snape quittèrent le Chaudron Baveur pour se diriger vers le ministère. Ils arrivèrent à l'audience avec une dizaine de minutes d'avance, mais presque tout le monde semblait déjà présent.

La quasi-totalité des membres du Magenmagot se trouvaient déjà là, comme l'exige l'invocation d'une Loi de Merlin, et même les membres les moins réguliers s'étaient retrouvés contraints de siéger, comme une vieille femme à l'air revêche qui arborait le blason des Longdubat. Il croisa également le regard un peu perdu et inquiet du professeur McGonagall, qu'il salua d'un sourire et d'un signe de tête. Le brouhaha régnait dans la salle et il s'était aggravé à leur entrée. Nul doute que tout le monde se demandait pour quelle raison Harry Potter assignait un procès au leader de la Lumière, qui l'avait toujours élevé avec bonté…

-Je dois prendre ma place parmi eux, l'informa Snape.

Harry se retourna vers lui d'un air surpris.

-Vous monsieur ?

Snape hocha silencieusement la tête.

-Je suis en effet le dernier représentant de la famille Prince, par ma mère, répondit-il. L'audience va bientôt commencer. Je vous laisse à votre place d'accusateur. Bonne chance, bien que je redoute le dénouement de cette affaire…

Harry remercia Snape d'un signe de tête et le regarda s'asseoir entre McGonagall et un homme aux cheveux d'un blond presque blanc qui ne laissèrent à Harry aucun doute sur son lien de parenté avec son meilleur ami. L'homme, qui l'observait, le salua de loin. Harry hocha la tête en retour et constata avec amusement que Lucius Malefoy était encadré, un rang au dessus, par une version plus obèse et plus mature de Vincent à gauche, et de Grégory à droite ! Il retint un gloussement et alla prendre sa place en temps qu'accusateur, en attrapant discrètement du regard les armoiries des Nott, Parkinson, et une chevelure rousse qui devait, sans aucun doute, appartenir au Lord Arthur Weasley…

Harry tourna ensuite son regard vers le banc des accusés, où Dumbledore se trouvait, entravé par ce qui semblait être de lourdes chaînes. Il savait que les derniers jours n'avaient pas été faciles pour lui, car Poudlard lui avait refusé l'accès aux appartements directoriaux, ne lui laissant qu'une petite cellule froide et crasseuse, avec un lit de bois et de paille, sans rien d'autre qu'un petit robinet et un seau en fer blanc en guise de cabinet de toilette, avant goût de ce qui sera sans doute sa cellule de prisonnier…

Le regard de Dumbledore croisa le sien et lui lança un regard de défi, comme si il était persuadé de gagner ce procès. Que idiot ! Il n'avait de toute évidence toujours pas compris que si il était ici, cela signifiait que la Magie le considérait déjà comme coupable. Autrement, la procédure se serait retournée contre Harry, et un deuxième siège couvert de chaînes se trouverait aux côtés de celui du vieux directeur, car la Magie n'attends que le jugement par la Loi des Hommes. Si Dumbledore était innocent, le deuxième siège aurait été pour Harry une fois que le vieillard aurait été blanchit. Harry aurait donc du répondre de ses actes et de son accusation devant les hommes, puis devant la Magie, qui n'est guère clémente lorsqu'on la dérange pour rien. C'est ce qui faisait la rareté de l'invocation des Lois de Merlin : la punition qui attend celui qui les utilise à mauvais escient…

Cependant, aujourd'hui, Dumbledore semblait sur de son bon droit, et se permit même de lancer à celui qui devait être Weasley-père un regard confiant. L'homme lui répondit d'un sourire soulagé. Il n'inspira rien du tout à Harry, si ce n'est un léger mépris pour la confiance aveugle qu'il semblait vouer à Dumbledore. De toute évidence, il espérait son mentor innocent, sans avoir compris que la Magie l'avait déjà condamné. Encore un idiot que le vieux fou avait dupé…

Un bruit de marteau se fit entendre et Harry se retourna vers son origine. Une femme d'une quarantaine d'années à l'air strict et sévère venait d'apparaître à la place du juge. Harry fut satisfait. Le Monde Sorcier n'était pas encore pourri jusqu'à la moelle. Les Sorciers avaient bien choisi leur représentant principal…

-Silence ! Je suis Amélia Bones, et en tant que membre du Magenmagot et directrice du Département de la Justice Magique, je présiderai cette audience ! Il est minuit moins six minutes, et je demande le silence !

Le silence se fit dans la salle. Amélia Bones n'en pouvait déjà plus : le Monde Sorcier était en ébullition ! D'abord, Harry Potter, LE Harry Potter, le Survivant, le Sauveur-du-Monde-Sorcier, assignait un procès en invoquant les Lois de Merlin au grand Albus Dumbledore, son tuteur, Leader de la Lumière, Commandeur du Grand-Ordre de Merlin, Docteur ès Sorcellerie, Enchanteur en Chef, Manitou Suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers, et Président du Magenmagot, leur chef, donc ! Et voilà qu'en plus, maintenant, le coffre de Godric Gryffondor avait été ouvert… Merlin ! L'héritier d'un des Fondateurs était parmi eux et se baladait tranquillement dans le Monde Magique après avoir ouvert le coffre de son ancêtre, l'un des plus puissant sorcier de son temps et Fondateur de Poudlard… Tout allait bien ! Sauf que ces foutus Gobelins refusaient de livrer le nom de l'Héritier en question et que tout le Ministère était harcelé pour avoir des informations ! En temps que Directrice du Département de la Justice Magique, c'était à elle de gérer le procès Potter-Dumbledore, et en plus de ça, l'espèce de flan incapable et planqué qui leur servaient de Ministre avait décidé que c'était, en sa qualité de chef du département pré-cité, à elle de faire plier la Loi Gobeline… Ben voyons !

-Monsieur Potter, les animaux ne sont pas autorisés dans la salle… Commença-t-elle en avisant le petit chat sable sur l'épaule du jeune homme.

Il avait une étrange tache rouge sur le front…

-Ce chat est mon familier, répondit Harry. Je réponds de lui et de son comportement, précisa-t-il.

-Effectivement, le règlement autorise les familiers. Je vous crois arrivé récemment, votre baguette a-t-elle été contrôlée ? Demanda-t-elle en tendant la sienne à un huissier.

-Elle va l'être dès maintenant, renchérit le jeune homme, en tendant la sienne à un autre.

L'huissier vérifia sa baguette et la lui tendit.

-Comme vous le voyez, Madame la Présidente, je suis bien Harry Potter, reprit-il avec un sourire.

Décidément, il était très poli ce garçon. Beaucoup plus que ne le sont habituellement les enfants de onze ans. Il avait presque un langage trop châtié…

-Mais il y a des interférences précisa l'huissier.

Amélia fronça légèrement les sourcils.

-De quelle sorte ? Demanda-t-elle.

-C'est compliqué à expliquer. Je n'ai jamais vu ça, répondit l'huissier. C'est bien la baguette de Harry Potter et ce jeune homme est bien Harry Potter. Mais c'est comme si je percevais une… Non, deux autres signatures magiques que la sienne… Expliqua l'homme, confus.

-Étrange phénomène. Avez-vous une explication, Monsieur Potter ? Demanda-t-elle.

-J'en ai une. Mais à vrai dire, si ce qu'à dit Monsieur l'huissier pouvait vous satisfaire pour l'instant, vous allez probablement avoir la réponse à cette question au cours du procès…

Amélia lui lança un regard circonspect. Elle n'aimait pas être dans le flou dès le début. Mais l'huissier avait certifié qu'il s'agissait bien de Harry Potter et de sa baguette, et le sang qu'il avait appliqué sur le Parchemin de Révélation après avoir lui-même piqué le doigt de Potter avec une aiguille ne pouvait mentir…

-Fort bien, reprit-elle. Nous allons maintenant commencer le procès de Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore pour Crime contre la Magie, intenté par Harry James Potter, ici présent, par l'invocation de la Huitième Loi de Merlin. Avant toute chose, quelqu'un a-t-il des objections ?

-Oui, moi, grogna Harry.

Amélia se retourna vers lui, surprise.

-Quelque chose vous déplaît, monsieur Potter ?

-En effet, reprit Harry avec aplomb. Si je me souviens bien, l'invocation d'une Loi de Merlin oblige tous les membres du Magenmagot à être présents, tous, sans exception, mais aussi à être, tout comme vous et toutes les personnes en lien avec le procès, sous Serment de Vérité, afin que personne ne puisse mentir, et sous Serment Inviolable, afin que personne ne puisse révéler ce qu'il s'est dit lors de cette audience avant le jugement de la Wicca, n'est ce pas ? Les serments ont été vérifiés, je suppose…

Harry, en sa qualité d'accusateur, n'avait théoriquement pas besoin d'y être soumis, car on supposait que, étant également invocateur une Loi de Merlin, il ne pouvait mentir à la Magie. Cependant, il avait vu du coin de l'œil un mage s'occuper de Snape et des autres retardataires…

-En effet… Commença Amélia.

-Alors pourquoi y a-t-il autant de journalistes ? L'interrompit Harry en désignant la horde de paparazzis qui s'entassait dans l'entrée. Harry aperçut d'ailleurs une femme blonde, engoncée dans une robe verte et aux lunettes en écailles qui lui déplut particulièrement…

Amélia eût le bon goût de rougir.

-C'est à dire que l'invocation d'une Loi de Merlin est un événement extrêmement rare… Monsieur le Ministre a souhaité que…

-Monsieur le Ministre n'a rien à voir avec ce procès et n'a donc pas à mettre son nez dans les affaires du Département de la Justice Magique, cela ne fait pas partie de ses privilèges. Avec ou sans votre permission, Mrs Bones, ces journalistes, qui ne sont certainement pas sous serment de Vérité, ni de Silence, doivent quitter la salle…

Harry la vit qui hochait brièvement la tête et, devant les protestations qui commençaient à s'élever, notamment de la femme blonde, qui se montrait particulièrement bruyante, Harry fit un mouvement de la main qui les fit glisser sur le sol jusqu'à l'extérieur de la pièce, sous les murmures surpris des membres du Magenmagot.

Amélia dut faire appel à tout son self-contrôle pour ne pas laisser transparaître sa surprise. Depuis quand un gosse de onze ans fait-il de la Magie sans baguette à un tel niveau ? Du coin de l'œil, elle vit cependant le garçon froncer les sourcils…

-Sauf peut être…

Il fit un nouveau mouvement de main et, toujours en glissant, un homme blond se détacha de la foule pour re-rentrer dans la pièce. Minuit sonna. Les lourdes portes se refermèrent, et le troupeau de journalistes se retrouva coincé dehors. Le procès commençait !