Chapitre 31 : « Mise en sommeil ».

Naruto avait le cœur qui battait à mille à l'heure, il frissonnait, sans savoir si c'était le froid de l'automne ou l'excitation de sa démarche qui hérissaient les pores de sa peau. À la maison de production, ce matin, l'équipe avait annoncée qu'il ne parvenait pas à recruter un ingénieur du son. Malgré tout, les candidatures auraient dues se bousculer, mais avec les tourments internes de la direction de la production, personne n'avait envie de prendre le risque d'être un salarié de cette société, à la forte réputation artistique depuis la sortie de « Soul Artist » pourtant.

Dès l'instant où Tomas avait annoncé le désarroi du recrutement et donc la perte de temps pour enregistrer leur dernier morceau « Goodbye Honey », Naruto avait reçu comme un éclair dans l'estomac, telle la foudre s'écrasant sur le toit d'une église. C'était la réponse à ses prières du cœur, la solution pour sauver son meilleur ami de la nouvelle tourmente qu'il traversait.

Naruto avait pris son manteau, en suppliant Tomas d'attendre qu'il revienne, il avait un ingénieur du son à lui proposer : Sasuke. C'est vrai, il n'avait aucune expérience dans le domaine, il ne saurait probablement pas se servir d'une table de mixage dans les cinq secondes suivantes, mais c'était un excellent, un brillant musicien, ayant tout appris à Benoît, il avait l'oreille musicale, il possédait le rythme, la musique dans la peau et il donnerait le meilleur de lui-même pour apprendre.

Naruto frappa à la porte de chez Karin, impatient, insistant, mais personne ne vint lui ouvrir. Une lumière se faisait pourtant voir de la fenêtre de la kitchenette, il y avait donc bien quelqu'un dans le studio, et étant donné que Karin suivait ses cours d'infirmière, il ne pouvait s'agir que de Sasuke ?

- Sasuke, ouvre, c'est moi, Naruto !

La porte s'ouvrit enfin, mais la surprise de Naruto fut saisissante, c'est Hayley qui apparue, ayant ouvert avec une vivacité nerveuse et étant donné son faciès menaçant et sarcastique, il sentait comme l'explosion d'une bombe venir.

- Sasuke n'est pas là !

Hayley claqua la porte au nez de Naruto, qui fut d'une telle violence qu'elle frappa son nez et un cri de douleur se fit légèrement entendre. Naruto se connaissait têtu et borné, mais Hayley était une vraie tornade, et par ailleurs, que faisait-elle ici ?

Naruto allait vite le savoir, car Hayley rouvrit violemment la porte.

- Sasuke a pris les lieux chez « tes » amis Saï et Ino !

Hayley claqua à nouveau la porte à Naruto au nez, un peu confus, surpris et se demandant où était la pharmacie la plus proche pour soigner son nez sanglant, sentant déjà une bosse pousser.

Naruto secoua la tête, remettant ses idées en place, un peu secoué et perturbé par l'accueil qu'il venait de recevoir. Mais pas découragé pour autant, il partit immédiatement en direction de l'appartement de Saï, situé dans les beaux quartiers de Tokyo – fraîchement payé par un papa avocat de métier.

Naruto se demandait ce qui avait pu se passer entre Karin et Sasuke pour qu'il en vienne à partir vivre chez Saï. Il n'avait pas réalisé à quel point ça allait mal dans la vie de son meilleur ami, un peu aveuglé et occupé à profiter de son propre bonheur. Quel ami était-il ? Quelle image d'un frère de cœur donnait-il ? Il l'avait renvoyé de chez lui, négligeant, ne mesurant pas vraiment sa détresse, sa perdition, il se retrouvait à dormir sur le canapé d'un autre ami, sans travail, sans passion à assouvir, et plus de femme à aimer…

Naruto avait honte.

Il sonna chez Saï, et fut une fois de plus percutée par la personne qui vint ouvrir.

- Sakura ?

- Naruto ?

Naruto regarda sa meilleure amie de la tête au pied, elle était vêtue d'une petite nuisette à bretelle rose très séduisante. Pour l'instant, il ne préférait pas savoir ce qui se passait sous le toit de cet appartement, tout ce qu'il désirait, c'était garder son idée fixe dans la tête.

- Sasuke est là ? Demanda-t-il

- Oui, entre !

Naruto pénétra dans l'entrée, puis se dirigea immédiatement dans le salon, sentant l'odeur d'une cigarette en train d'être fumée. Sasuke était assis dans le canapé, en face d'Ino, Saï à ses côtés, prenant tranquillement un copieux petit-déjeuner.

- Salut Naruto ! Viens, joins-toi à nous ! Proposa Ino, tapotant une place vide à côté d'elle

Saï s'écarta un peu, Ino en fit de même pour que Naruto se retrouve en face de Sasuke. Sakura, elle, reprit sa place à côté de Sasuke. Le silence prit d'abord la parole, les regards des uns et des autres rebondissant sur les meubles du salon, jusqu'à ce que Naruto trouve le courage enfin d'annoncer la raison de sa venue :

- J'ai un job pour toi ! Annonça fièrement Naruto, s'avançant sur le bord du canapé

- Je n'en veux pas… ! Cracha Sasuke

- Écoute au moins ce que j'ai à te dire… !

Sasuke se leva, partant du salon jusqu'à la cuisine, il ne souhaitait pas s'emporter devant du public avec Naruto.

- Il cherche un ingénieur du son à la production ! Insista Naruto

- Et comme tu es généreux, tu as proposé ton meilleur ami infirme pour que la société entre dans les statistiques du nombre de salarié handicapé embauché !

Naruto était désappointé. Sasuke pensait-il vraiment qu'il pouvait éprouver de la pitié pour son meilleur ami ? Qu'il pouvait penser qu'il n'était plus qu'un handicapé, qu'un homme pour lequel il fallait tout réduire pour qu'il se sente grand devant son handicap. Sasuke se trompait et ne manqua pas de lui dire vraiment ce qu'il pensait, ressentait.

- C'est donc ça maintenant… Tu vas jouer les victimes… ? Ridiculisa Naruto

Naruto ne comprenait pas le comportement de Sasuke, lui qui avait toujours été un électron libre, assumant ses pensées, ses dires, prêt à tout pour réaliser ses rêves, voilà que devant la véritable adversité de la vie, il faiblissait.

- Tu ne sais pas ce que tu dis ?! Se sentit blessé Sasuke

Naruto savait parfaitement ce qu'il disait, Sasuke était un lâche, il abandonnait, car c'était plus simple de fermer les yeux et de se laisser entraîner par la déchéance, il n'y avait rien à faire excepté attendre qu'elle nous emporte vers le fond.

Naruto aimait bien trop Sasuke pour qu'il le laisse se détruire, se minimiser. Sasuke resterait pour toujours un excellent musicien, un fantastique professeur et sa passion, elle ne mourrait jamais. Il lui offrait une chance, une chance de vivre encore pour la musique, mais sous une autre forme, et ça ne suffisait pas ?

- C'est tellement facile pour toi ! Hein ? Naruto, l'éternel optimiste ! Répliqua Sasuke

- Et toi, tu crois qu'il va te mener où ton défaitisme ?

- Tu ne sais pas, tu ne comprends pas ce que je vis ?! S'emporta Sasuke

- Non, tu as raison, je ne sais pas ce que tu vis !

En revanche, Naruto savait que Sasuke se laissait entraîner sur une pente glissante, qu'il ne parviendrait pas à remonter s'il laissait sa fierté et son défaitisme prendre le dessus. Naruto n'avait peut-être pas connu un accident réduisant à vie sa chance de devenir musicien, mais il avait connu la solitude, l'abandon, et il avait dû se battre pour gagner sa place. Et voir Sasuke abandonner, tout détruire autour de lui le mettait en colère.

- Tu as raison, reste là, dans la cuisine, à te morfondre ! Le secoua Naruto

- …

- Tu as peur… Tu as peur de la personne que tu es Sasuke…

- …

- Tu ne t'assumes pas et c'est pour ça que tout est éphémère chez toi : tes goûts, tes intentions, tes relations… Et visiblement, ta passion aussi… !

Naruto pris congé sur ces derniers mots, laissant Sasuke avec ses propres pensées, espérant avoir un peu bousculé sa hargne et son courage dont il savait faire preuve.

. . . . . . . . . .

« Jack, rentre à la maison, viens travailler avec moi, tu gâches ton talent dans ce milieu endormi de la production musicale au Japon ».

Jack regardait le ciel devenir gris par la fenêtre de la salle des cafés en repensant au dernier message électronique de son père. Jack était le fils de Mark Romanek, célèbre et populaire réalisateur de clip musical aux États-Unis, il avait travaillé pour Lenny Kravitz, David Bowie, Madonna, rien que ça la liste n'en finissait pas ! Les plus grands le demandaient, respecté dans le milieu, un nom populaire hérité de son propre père, le grand-père de Jack.

Jack ne voulait pas être simplement le fils « de ». Il n'avait pas honte de sa famille, bien au contraire, il était fier d'être le fils d'un si grand réalisateur, mais s'il avait décidé de faire ses études au Japon, c'était pour éviter de copier le talent de son père. Et puis, son père travaillait pour les plus grands, les trop grands, les paillettes, le tape à l'œil, Jack avait un goût artistique plus pudique, plus sobre, moins artificielle.

Jack souffrait du manque de reconnaissance de son père, n'ayant jamais été félicité pour son succès de réalisateur pour les clips de « Soul Artist », Mark avait l'impression que son fils n'allait pas au bout de son talent, étouffé par la demande du public japonais. Et lorsqu'il avait appris que son fils allait sûrement être renvoyé de la production TOM, il n'avait pas manqué de critique sur la production et d'argument pour le convaincre de revenir en Amérique.

Jack s'y refusait, il voulait être lui-même, créer son propre art, sa propre vision d'une chanson, de l'histoire qu'elle conte, de l'expression du corps et des notes avec de l'image. Et puis, maintenant, il avait bon espoir, puisque Monsieur Rosenberg était revenu sur sa décision.

Jack tenait un chèque dans ses mains, un chèque contenant la somme que valaient ses parts d'actionnaire dans la société. Cet argent, il comptait bien le réinvestir dans la production, pour donner encore de plus belles images aux chansons de « Soul Artist ».

. . .

« Yann, laisse tomber ce milieu de corrompu et consacre toi à nous ».

Yann ondulait son corps sur un air de jazz qu'il adorait. Les mots de la capitaine de danse du groupe de danseuse qu'il entraînait bénévolement ne faisaient que tourner en boucle dans sa tête. Depuis trois ans, il était le professeur de danse d'un groupe de jeune femme vivant dans un foyer. La danse leur apprenait la tenue, le rythme, servait de défouloir ou thérapie pour certaine. Bien avant que Tomas l'appel, Yann consacrait tout son temps à ses femmes, et travaillait le matin comme livreur de journaux pour pouvoir au moins se loger et se nourrir.

Le passé d'artiste de Yann connaissait très bien ce milieu, et il devait s'avouer ne jamais avoir compris pourquoi il avait répondu présent lorsque Tomas l'avait appelé. Il pensait peut-être trouver un Tomas rêveur, complètement enfermé dans sa bulle, dans ses rêves, avec ses regrets et ses remords, mais avec « Soul Artist », il savait très bien ce qu'il faisait. Le défi l'avait alors tenté… Et puis, Hayley était vraiment une artiste aimante.

Yann s'arrêta à la dernière note de musique et vint se poser sur un siège et boire une gorgée d'eau. Sa vue se posa sur l'enveloppe comportant le chèque de Monsieur Rosenberg pour ses parts qu'il possédait dans l'entreprise. Une somme d'argent qu'il allait s'empresser de virer sur le compte de l'association avec laquelle il collaborait toujours, mais moins à cause de « Soul Artist ».

Aujourd'hui, impossible de choisir, il aimait trop travailler pour eux, pour ce groupe, et puis, maintenant que le miracle, que la bénédiction avait touché Göran, et qu'il travaillerait à nouveau pour « Soul Artist » même en simple salarié de la production, il devait s'avouer être plutôt heureux.

. . .

« Koko, il n'y a qu'en montrant tes belles jambes que tu réussiras dans la vie ».

La mère de Koko, grande styliste modèle pour de grandes maisons de couture de luxe à Londres, avait toujours sous-estimée sa fille. Pour réussir dans le milieu, il fallait être belle, désirable, mais aussi indépendante, et imposante. Une mère bien superficielle, qui n'avait jamais cru au talent de sa fille, ni même à ses espoirs de réussir dans le milieu de la mode, étant donné qu'adolescente, Koko était plutôt fétiche, un peu boulote, peu distinguée, et assez caractérielle.

Koko avait fui la Grande-Bretagne pour faire ses études au Japon. Le monde de la mode n'était ni pire ni meilleur qu'ailleurs, l'apparence est même très ancrée dans ce pays pourtant très conservateur, mais elle avait su y trouver sa place.

Lorsque Koko avait annoncé être styliste pour des artistes musicales dans la maison de production de son ami Tomas, sa mère avait simplement répondu dans un accent anglais bourgeois : « Il faut bien commencer par être quelque part ». « Quelque part » comme si l'aventure qu'elle comptait vivre ne comptait pas, comme s'il était honteux de travailler dans ce monde-là, et pas dans une prestigieuse maison de couture.

Après tout, qu'importe, Koko était une femme à présent, et elle avait bien compris que tant qu'elle ne ferait pas des robes pour Chanel ou Dior, elle n'aurait aucune valeur aux yeux de sa mère. Koko l'aimait malgré que sa mère ait bien plus de valeur vénale que lucrative. Koko était comblée aujourd'hui, et continuait à travailler avec Tomas, au sein de cette production, la rassurait, et ce chèque à la somme importante allait revenir à sa petite-sœur restée à Londres, désirant faire des études de chimie.

. . .

« Chéri, ce n'est qu'une crise familiale, tout ça s'arrangera, comme d'habitude, laisse le temps faire les choses ».

Les mots tendres et rassurants de l'épouse de Maurice s'étaient réalisés. Elle avait de tout temps, était positive, radieuse, lumineuse et encore une fois, elle avait eu raison. La crise familiale était loin d'être terminée, mais Maurice se réjouissait de la décision de Göran.

Maurice regardait la scène de répétition vide de « Soul Artist » et repensait à ce qui s'était déroulé ce matin en salle de réunion. Maurice avait été sidéré par la décision de Göran, et le courage de Mélanie de lui tenir tête. La chanson d'Hayley et la prestation générale du groupe l'avait fiévreusement impressionnée, mais sans les mots tristes et beaux d'Hayley, il n'aurait probablement pas basculé dans le raisonnable.

Les méandres du passé et les non-dits pèseraient encore sur la famille Rosenberg et Ourbanovski. « Quand même » se raisonna Maurice ! Aurait-il seulement imaginé un instant que Göran, malgré le fait qu'il ne souhaitait plus d'actionnaire, aurait embauché Tomas et ses amis dans la production. Et qu'il acceptait en plus qu'ils travaillent exclusivement pour « Soul Artist ». Incroyable.

Maurice avait le cœur qui battait à mille à l'heure dans cette salle de réunion, voir cette famille se déchirer, le divorce de Tomas et Mélanie avait été difficile, mais voilà qu'ils s'arrachaient maintenant la production. Mélanie avait par ailleurs été épatante ce matin, son père lui avait proposé le poste de Directrice-Adjointe. Elle avait cordialement refusée. Elle aimait son travail d'attachée-presse, gérer le marketing, l'image des groupes de la production, ce métier l'épanouissait, et elle s'y sentait très bien. Et par un courage second, elle avait proposé l'idée de donner le poste à Yuri, le père de Tomas.

« Il connaît le travail, en tant qu'ancien Directeur de la production, et surtout, il connaît le métier, le capital de cette société, confie-lui le poste, que tout se termine, enfin ». Mélanie avait été lumineuse, presque heureuse, ou sur la voie de la guérison sentimentale. Et son amitié naissante avec Hayley y était sûrement pour beaucoup. Et étant donné les belles paroles d'Hayley sur l'histoire d'amour et de Tomas, c'est qu'elle avait dû se confier à cœur ouvert, un sentiment bien rare chez Mélanie.

Maurice se munit de son large et légendaire sourire, le chemin serait encore parsemé d'embûche, mais ils étaient sur la bonne voie, il en était convaincu.

. . .

« Mon fils, je te confie le poste de président directeur général de la production TOM, tu prendras seul les décisions, ta jeunesse pourra la sauver ».

Tomas se souvenait mot pour mot de ses paroles de confiance qu'avait solennellement dicté son père il y a trois ans. À ce jour, il n'était plus que salarié, engagé comme manager pour « Soul Artist ». La production ne portait même plus le même nom, Göran avait changé TOM (Tomas Ourbanovski Music), pour MTH sans préciser le mot que signifiaient ses lettres.

Un chapitre, non, un livre venait de se fermer, et il était temps d'en ouvrir un autre. Tomas n'aurait jamais cru que l'année qui venait de s'écouler auprès de son groupe soit intense en changement, en prise de décision, en chambardement des consciences.

Tomas observait son reflet dans la vitre de la fenêtre et il ne savait même pas quel homme il était en train de regarder. Tomas ne se reconnaissait plus, son cœur était comme en « stand-by » et la chanson d'Hayley y était pour beaucoup. Car avant d'entendre cette magnifique chanson – la plus belle de tout son répertoire – il avait oublié à quel point il avait aimé Mélanie, et que c'était la seule femme de sa vie. Il avait enterré ce passé qui le faisait souffrir, parce qu'il ne reviendrait plus.

Tomas ne s'était jamais senti aussi perdu, et davantage maintenant que…

- Tu penses à quoi… ?

Tomas se retourna et fit face à Loan, sublime, belle et déjà en position de piquer, comme le serpent se lève de son charisme pour accrocher la proie. En évidence, c'était ce côté brûlant, dangereux, mystérieux, imprévisible qui l'avait séduit, complètement captivé, changé. Loan n'était cependant pas qu'une femme sensuelle, séductrice et complètement libre, elle savait aussi être à l'écoute, drôle, fantasque et apaisante.

- Tu as changé tu sais… Dit-elle, s'allumant une cigarette

- …

- Si j'étais revenue une année plus tôt, on aurait déjà fait l'amour dans les endroits impossibles et inimaginables !

Tomas s'approcha d'elle, seul le cœur ne saurait mentir et son cœur s'agita un peu. Et adroitement, de son regard provocateur et également ardent, il lui piqua la cigarette des lèvres pour la poser contre les siennes. Loan aurait préféré que ses lèvres pincent avec tendresse les siennes, plutôt que ce mégot, et c'était bien là que Loan voulait en venir. Dans le passé, il l'aurait embrassé avec fougue et intensité, et aujourd'hui, il n'était qu'incertitude et peur.

- Je ne suis pas certaine d'être amoureuse de ce Tomas là…

La conversation fut coupée court, Jill interrompit ce moment pour venir annoncer que Monsieur Rosenberg les attendait en salle de répétition.

Réuni en salle de répétition, Tomas aperçu ses musiciens tous placés devant leur instrument. Au vue de la moue de Naruto, et de l'absence de Sasuke, le guitariste n'avait pas réussi à convaincre son ami pour le poste.

Göran voulait sûrement annoncé la nouvelle, « bonne » nouvelle que l'équipe de production resterait telle quelle grâce à leur prestation. Tomas ne les avait même pas félicité, dit son avis sur leur interprétation qui était sublime, ils avaient tellement évolués depuis leur toute première scène, il était fier, très fier, ce sentiment était jouissif et effrayant aussi.

Göran commença son intervention et s'adressa surtout aux musiciens. L'enregistrement du morceau prendrait du retard, mais comme signalé dans leur nouveau contrat, il aurait une année pile pour faire leur second album, et non les huit mois qu'avaient imposés Tomas l'an dernier.

- Un contrat, comment ça, un contrat ? S'agaça Tomas, s'avançant vers Göran

Tomas était étonné de constater que Monsieur Rosenberg avait déjà établi des règles. Tôt ce matin, il avait reçu le groupe « Soul Artist » afin de leur donner des contrats dignes d'une maison de production.

- Je ne veux pas qu'ils vous appartiennent ! S'excède Tomas

- Ah vraiment ? Répondit-il d'un ton sec et sûr de lui

Göran avait fait rédiger un contrat d'une année, renouvelable ou non, en accord du parti de l'artiste, après chaque fin de tournée. Monsieur Rosenberg avait pris cette décision en rapport à la jeunesse de la moitié du groupe.

- Vous auriez dû m'en parler ! Insista Tomas

- Vous n'êtes plus PDG Tomas, vous êtes exclusivement manager, et moi, je suis le producteur et je doute qu'avec votre chèque contenant vos parts vendus, vous puissiez financer ce groupe indépendamment !

Tomas n'en revenait pas que son ex-beau-père puisse oser lui parler sur ce ton. Après tout le mal que Göran avait infligé à Mélanie et lui, il se présentait devant lui en patron ultime, en dirigeant exemplaire, une rage montait en lui.

- Tomas, c'est ok pour nous ! Intervint Shiro

- Monsieur Rosenberg s'est montré très juste envers nous… Précisa Benoît

Les garçons firent comprendre à Tomas que le contrat signé leur importait peu. Le plus important, était que Tomas reste leur manager, et qu'ils avaient tous ensembles, une totale liberté sur la création, et ils furent également honnête une année, c'était bien plus confortable pour créer, surtout pour Hayley et ses montagnes russes entre ses inspirations et ses pages blanches.

- D'ailleurs, où est-elle ? Quelqu'un la vue ce matin ? Questionna Maurice

- Non, je l'attendais pour son cours de cardio tout à l'heure, mais elle n'est pas venue ! Râla Yann, se tournant vers les garçons

- Nous l'avons vu à la réunion, mais c'est tout… Répondit Riichi

- J'ai donné un jour de congé à Mademoiselle Farber ! Annonça Göran

Tomas s'en serait assis s'il n'était pas retenu par la rage et la colère. Une totale liberté ? Il avait plutôt l'impression que Göran allait pas mal se mêler des affaires de son groupe. Et puis, en quel honneur « Farber » aurait droit à un jour de congé, alors qu'ils étaient déjà en retard sur l'enregistrement de la première chanson du second album.

Göran apporta rapidement la réponse à Tomas, car son air supérieur, égocentrique et autoritaire déplaisait à cet homme d'expérience. Ce matin, après une réunion de groupe, il s'était entretenu un à un avec les membres du groupe « Soul Artist », connaître son groupe vedette de la production était important pour lui, il avait été suffisamment surpris comme ça pour avoir de nouveaux cadeaux empoisonnés.

- J'ai posé une question à Mademoiselle Farber…

- …

- Et sa réponse m'a fait prendre conscience qu'elle devait se reposer… Je lui ai donc accordé une journée…

Göran pris congé après son intervention, il restait encore tellement de formalité à accomplir, à entreprendre dans cette société Titanesque – le naufrage devait être évité.

Les garçons furent surpris d'entendre les propos de Monsieur Rosenberg, car s'étant concerté sur les entretiens individuels, ils avaient tous eu le droit à la même question à la fin de l'entretien, et pour qu'Hayley est besoin de repos, c'est que la réponse à cette question devait être troublante, voir alarmante pour Göran.

- C'était quoi cette question ? Demanda Tomas, intrigué, comme tous dans la pièce

. . . . . . . . . .

Hayley attrapa une autre boule de chocolat croustillante dans le paquet rouge. Karin l'avait installé en plein milieu du lit. Karin, vêtit d'un pyjama, avait le dos contre sa tête de lit, les jambes étendus, et Hayley se trouvait dans la même position, mais en sens inverse. Elles se faisaient face, et partageaient leur déprime.

Hayley avait suivi le conseil de Göran et s'était octroyée une journée de repos. Elle en avait profité pour aller voir Karin, qu'elle n'avait pas vu depuis son retour de la tournée et sachant son état à cause de Sasuke, lui avait rendu visite.

À peine avait-elle était accueilli par Karin qu'elle avait fondu dans ses bras, triste, déversant des larmes de peine sur le cœur de son tee-shirt. Hayley l'avait serrée dans ses bras, caressant sa chevelure rousse, attendant que son corps se vide et se fatigue par les larmes. Après la peine, la fatigue, Karin s'était endormie, et une fois réveillée, elles avaient commencées à se dévoiler un peu, à se parler.

- Tu comptes pardonner encore à Sasuke… ?

- Non, je ne peux pas cette fois-ci… Sourit-elle, difficilement

Karin l'aimait. Ce n'était pas un jeu, ou un récit imaginaire, elle était amoureuse de lui depuis l'enfance. Lorsqu'il s'était intéressé à elle, c'était comme voir un rêve de la veille se réaliser, se concrétiser, mais avec les efforts et les peurs de la vie réelle. Quelle belle aventure pour autant, l'aimait été si bon, si chaud, si passionnant. Elle avait toujours été fascinée par sa personnalité, ils avaient après tout connu tous les deux la vie en orphelinat, en foyer d'accueil, pour être ensuite mis sur le chemin de la vie. L'amour qu'elle ressentait pour lui était bien vivant, et orphelin de doute…

Sasuke, lui, restait Sasuke. Éternellement perdu, confus, en perpétuelle recherche de sa place dans la société, dans la vie. Le petit garçon abandonné, pensant ne pouvoir compter que sur lui-même…

- Mais… On ne peut pas aimer éternellement dans le vide…

Karin avait vécu de beaux moments avec Sasuke, intenses, forts, affectueux, mais il ne servait à rien de donner de l'amour à un homme qui ne parvenait à trouver le bonheur, son bonheur en cet amour.

Hayley était touchée par les paroles de Karin, et elle comprenait très bien, très, très, bien ce sentiment, et une personne lui vint en tête à ce même ressenti. Karin devait être aussi malheureuse qu'elle. Et pourtant, elle trouvait une certaine noblesse, un courage à son amie de faire face à la réalité… Pire, de faire face à l'indifférence des sentiments de Sasuke.

- Ce n'est qu'un abruti ! Ne put s'empêcher de dire Hayley

Karin s'en amusa et ria discrètement.

- Hinata m'a dit que tu ne l'aimais pas beaucoup… Sourit-elle, amusée par sa grimace

- Effectivement ! Je ne l'aime pas, je ne me suis jamais entendu avec lui, c'est surtout l'ami de Naruto et Hinata ! Dit-elle, moqueuse

Les moues expressives et chinées d'Hayley firent rire Karin et ce rire dégagea son thorax de cette douleur qui ne la quittait plus depuis quelques jours. La présence d'Hayley lui faisait du bien.

- N'hésites pas, d'accord, si tu as besoin de quoi que ce soit… ! Insista Hayley

- Tu es gentille… Je vais me plonger dans mes études d'infirmière, ça va déjà pas mal m'occuper l'esprit…

Hayley vit soudainement les yeux de Karin légèrement pétiller. Elle se rappelait qu'Hinata lui avait conté l'histoire de Karin, qu'elle avait fait plein de petit boulot pour faire tranquillement ses études pour devenir infirmière. Plus Hayley la découvrait, plus Hayley l'admirait, et par ailleurs, maintenant que le sujet était lancé, elle demanda timidement :

- Karin, je peux te poser une question…

- Bien sûr…

- Tu… Tu as bossé dur pour te payer ses études ! C'est que le métier te tenait vraiment à cœur, pourquoi… ?

Karin fut bousculée par la question d'Hayley et en vérité, elle n'avait jamais révélé les motifs qui faisaient qu'elle aurait tout donné, tout sacrifié pour faire ses études et devenir infirmière. Les raisons étaient intimes et révélées du passé de Karin. Douloureuses elles étaient, mais avec Hayley, il fut plutôt simple de se confier, de se révéler.

- Madame Yoko No…

Madame Yoko No était l'infirmière qui avait veillée sur sa mère pendant sa longue maladie qui avait fini par l'emporter. Le père de Karin était parti à sa naissance, et sa mère s'était remariée avec un homme strict, autoritaire et qui n'aimait pas beaucoup Karin. Mais Madame Yoko No, elle, était si gentille, si douce… Sa mère avait une maladie incurable, la forçant à rester au lit sans cesse. Cette infirmière avait été si patiente, si intègre, elle s'occupait de Karin et de sa mère comme une mère elle-même.

Karin avait développé une sorte d'admiration pour cette femme qui s'était si bien occupée de sa mère jusqu'à son départ vers le ciel. « Quand elle serait grande », elle serait comme Madame Yoko No, une infirmière présente, courageuse et douce.

Hayley prit Karin dans ses bras, craquant en racontant ce souvenir douloureux. L'histoire de Karin était bouleversante, et elle comprenait mieux sa personnalité. Une mère partie après une longue et douloureuse maladie, un beau-père qui la rejette, refusant de l'élever, Madame Yoko No, trop âgé pour l'adoptée, elle avait été forcée d'être placée en orphelinat et t'attendre l'âge adulte pour comprendre les impacts de cette enfance brisée d'illusion du bonheur.

Hayley en voulait davantage à Sasuke, il ne connaissait vraiment pas Karin, ne s'était jamais intéressée vraiment à elle, car si c'était le cas, il se serait rendu compte que son amie était la femme faite pour lui, pour le combler, pour le comprendre, pour l'aimer.

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Hinata sonna à la porte de l'appartement, frottant ses mains gelées par le froid, elle regrettait de ne pas avoir pris de gants. Sakura ouvrit, une robe d'été sur les épaules alors qu'Hinata donnerait n'importe quoi pour posséder une bouillotte sous sa veste pas de doute, Sasuke était bien là.

- Hinata ! Quelle surprise…

- Je peux entrer ?

Sakura l'aurait bien laissé dehors pour être honnête. Déjà rancunière que Naruto l'ai quitté pour elle, son amitié sans faille avec Sasuke la rendait encore plus jalouse, méfiante, et distante. Malgré tout, elle n'était pas chez elle ici, et Sakura la laissa entrer, les dents serrés, avec un sourire très forcé.

Hinata salua Saï et Ino et partit directement rejoindre Sasuke sur le balcon, en train de fumer une cigarette. Sasuke ria de manière moqueuse, Naruto envoyait sa petite-amie pour régler ses comptes, et c'était lui le lâche ?

- Naruto ne sait pas que je suis là… !

- Oh, tu as des secrets pour lui maintenant ?!

Hinata n'apprécia pas du tout cette réflexion. Naruto était malheureux de leur dispute de ce matin et il culpabilisait. Il venait dans l'attention de lui annoncer une bonne nouvelle, de tout faire pour être engagé par la production, et au lieu de ça, Sasuke l'avait envoyé balader, n'acceptant pas son aide, prenant ça pour de la pitié alors que c'était une geste d'amitié.

- Je n'en veux pas, de ces gestes d'amitié !

- Sasuke, pourquoi tu réagis comme ça ? S'agaça Hinata

Sasuke regarda Hinata, amusé. Elle ne se mettait que rarement en colère et à la vue de son regard rempli de déception, il fut un peu chamboulé. Sasuke était énervé, énervé contre le monde entier ! Égoïstement, il pensait être le seul à vivre ce genre d'épreuve dans la vie. D'abord la perte de ses parents, de son grand-frère, aucun membre de la famille Uchiha près à l'adopter, le prendre en charge. Et puis, Tomas, qui avait décidé de ne pas le prendre dans son groupe d'artiste. Naruto, son meilleur ami, l'ami sur lequel il pensait pouvoir compter le trahissant en acceptant la place. Enfin, l'accident, perdre un bras pour le condamner à ne plus jamais jouer de guitare, son seul repère, son seul refuge, anéanti.

- Je n'ai plus rien Hinata, il ne me reste rien…

Hinata était bien évidemment bouleversée par la détresse et le malheur que pouvait ressentir Sasuke. Seulement, elle ne pouvait pas le laisse sombrer dans ses idées noires, le laisser se convaincre qu'il n'y avait plus d'espoir. Sasuke se montrait tellement égoïste. Il oubliait toutes les personnes autour de lui, vouées à l'aider dans sa tourmente. Après son accident, tous étaient derrière lui, à le consoler, à gérer sa déprime, ils étaient venus un à un à l'Hôpital, pour lui rendre visite, prendre de ses nouvelles, le rassurer.

- Et Karin, Sasuke… C'est elle qui t'a sorti la tête de l'eau…

Hinata trouvait injuste la résignation de Sasuke, car tout ce qu'avaient fait les personnes qui l'aimait finissait en échec. Les amis sont là pour vous épauler, vous aider, être patient, mais Sasuke se résignait, et ce n'était pas acceptable pour elle, pour Naruto, ou même pour leurs autres amis.

- Tu devrais surtout te rendre compte que dès que tu touches le bonheur Sasuke, tu t'arranges pour le fuir, pour le détruire, parce que Naruto a raison tu es lâche !

Hinata tremblait de tous ses membres en avouant son ressenti à Sasuke, mais elle pensait nécessaire d'être directe, sincère avec cet ami qu'elle affectionnait tant. Hinata parti sur ses dernières paroles, espérant que Sasuke y pense toute la soirée, toute la nuit, et tous les jours suivants jusqu'à ce qu'il réalise que le seul responsable de sa chute c'est lui-même.

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Keiji et Shiro marchaient en direction de l'immeuble où ils habitaient. Avant de rentrer, Shiro avait tenu à ce qu'ils fassent quelques courses dans une supérette discrète, afin qu'il prépare un bon dîner après cette journée de travail tendue et électrique. Keiji ne disait rien et il avait profité du kiosque à journaux pour prendre des brochures avec des annonces d'appartements à acheter.

Keiji n'en démordait pas, même après les avertissements de Shiro sur l'impact qu'aurait ce déménagement sur Mya, son bien-aimé ne cessait de répéter qu'il voulait partir d'ici, que c'était ça, le meilleur pour sa petite-sœur et qu'il ne changerait pas d'avis. Shiro ne comprenait pas cette décision, Keiji fuyait le problème et ce comportement ne lui ressemblait pas. Il comprenait bien sûr ses motivations, son bien-aimé avait eu une enfance si horrible et une longue parti de son adolescence dans le malheur, la peur, le vice.

Un mal de ventre prenait Shiro à chaque fois qu'il pensait à ce qu'avait vécu Keiji, à la souffrance, à l'envie de s'enfuir, à la crainte que sa petite-sœur ne sombre dans le pire… Et pourtant, à chaque fois qu'il croissait le regard de la mère de Keiji, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver de l'empathie.

- Eh, tu m'écoutes ?!

Keiji sorti Shiro de ses pensées. En regardant son petit-ami, Shiro éprouva de la peine, une immense peine, celle de ne pas avoir été plus courageux, plus fort pour le sortir plus tôt de cet enfer. Bérénice, la mère de Keiji, n'était qu'une victime de plus pour lui, mais pour son petit-ami, sa mère était autant responsable de ce malheur. Ce n'était pas un modèle de bonne conduite, c'était vrai, elle n'avait pas protégée ses enfants de la tyrannie de leur père.

Shiro pensait pourtant que réunir cette famille, c'était ce qu'il y avait de mieux pour oublier le mal, et essentiellement pour Mya.

- Keiji… Tu sais…

- Tu veux bien arrêter de broyer du noir tout seul dans ta tête !

Shiro fut surpris, Keiji montrait rarement – jamais – ses sentiments et il venait clairement de manière ferme et maladroite, de témoigner son inquiétude pour lui. Keiji fit une grimace très tirée, comme s'il venait de lire dans les pensées de Shiro, et qu'il découvrait ce que pense réellement de lui son petit-ami. Keiji n'était jamais imperméable aux sentiments de son bien-aimé, mais il ne savait guère les démontrer comme lui, si sincère et passionné qu'il serait capable de hurler au monde entier, d'écrire sur tous les murs combien il l'aimait.

- Keiji, je…

- Dépêche-toi un peu au lieu de ralentir le mouvement avec tes pensées idiotes ! J'ai envie qu'on rentre…

Shiro resta devant le vide glacial que venait de laisser Keiji en avançant le pas de façon rapide, presque en train de courir pour que la rougeur de ses joues se dissipe avec l'allure entraînée de ses pas.

- « Qu'on rentre »…

Ces trois mots restèrent dans la tête de Shiro Keiji voulait rentrer avec lui. Ça paraissait bête de se réjouir de cette phrase plutôt banale et logique étant donné qu'ils vivaient ensembles, mais Keiji se dévoilait si peu, et lui tellement trop, qu'il était agréable et heureux d'entendre de la part de son bien-aimé qu'il aimait la vie avec lui…

Enfin de retour chez eux, la nouvelle nounou salua poliment les deux garçons, embrassa Mya et prit congé. La petite fille embrassa son oncle Shiro, mais se trouva encore distante avec Keiji, son grand-frère, à l'apparence constamment fâchée contre elle.

Le dîner fut silencieux, malgré la bonne recette familiale de Shiro. Il ne pouvait pas laisser ce silence dominer, il devait faire un geste, un mot, une parole, même une attitude qui ennuierait Keiji, tant que cela redonnerait le sourire à Mya et rapprocherait ce frère et cette sœur pourtant si aimant.

Shiro se leva attraper des piques à brochette dans la cuisine, et revint à table. Avec des bouts de viande et des légumes, il créa de ses doigts un bonhomme bien sympathique qu'il fit marcher sur la table, transformant ce bœuf et ses carottes en clown ambulant.

Shiro inventa le clown de la bonne santé, et demanda à Mya de manger tous ses légumes pour devenir une jeune fille en bonne santé et la petite fille ria aux pitreries de son oncle de cœur, plein d'imagination. Shiro vint ensuite chahuter les nerfs susceptibles de son petit-ami en lui conseillant de manger de la soupe de légume s'il voulait grandir un jour. La tête pincée de Keiji fit rire à nouveau Mya, elle riait d'ailleurs souvent des taquineries de Shiro à son grand-frère.

Le rire de Mya décoinça Keiji, son cœur chavirant à l'entente de ce son qu'il ne se lasserait jamais d'écouter, de savourer. Les élans créatifs et stupides de Shiro réussi à amener un peu plus de sérénité dans ce foyer déchiré par le passé et effrayé par le présent.

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À la gauche du canapé-lit, Riichi, la cigarette fumante coincée entre les lèvres, en train de gratter sur la guitare de son petit-ami. À la droite du canapé-lit, Benoît, un livre dans les mains, ruminant dans sa tête que le son de l'instrument allait réveiller son frère. Le pianiste s'en moquerait bien, Nathan été revenu à l'appartement, complètement ivre, et c'était renversé le corps rempli d'alcool dans le lit du couple. Impossible de le réveiller, de le bouger, tellement de liquide et de substance narcotique l'empêcher de bouger.

Riichi s'était scandalisé, mais que faire devant une épave, devant un homme qui tient à peine debout et dont la seule envie est de dormir. Riichi commençait à se lasser du comportement immature du frère de Benoît. Honteux d'avoir perdu ses salaires aux jeux, sans emploi, des amis absents lorsqu'ils s' agissaient de venir en aide, le couple était obligé de subir les « conneries » de Nathan.

Riichi fit basculer son regard vers Benoît, son petit-ami avait l'air désemparé. Nathan avait demandé à son petit-frère de ne rien dire à leur parent, qu'il allait faire des efforts et qu'une fois la situation arrangée, il partirait. Riichi ne supportait pas le comportement profiteur de Nathan, il abusait de la gentillesse de Benoît, de sa naïveté de petit-frère attentif à son grand-frère pour soutirer de l'argent et continuer en plus à être insultant et désagréable avec lui.

Riichi se demandait bien encore comment il tenait face à ça, depuis longtemps, il aurait attrapé Nathan par le col du tee-shirt, et l'aurait balancé dans un coin d'ordure, là où était sa place. Riichi le savait bien, c'était en affrontant la vie les yeux dans les yeux qu'on s'en sortait, mais cette larve de Nathan n'était encore qu'un puérile enfant et complètement irresponsable.

Riichi se radoucit, un instant, car il savait très bien pourquoi il n'allait pas aussi loin, parce qu'il ne voulait pas être plus fâché avec Benoît qu'il l'était déjà. En plus de ça, Riichi faisait corps avec des sentiments jamais encore ressenti. Benoît était juste à ses côtés, il suffisait de plonger légèrement sur le côté pour le prendre dans ses bras et pourtant son bien-aimé lui manquait. Il paraissait loin, dépourvu de solution à apporter à son frère et le fait que Riichi ne comprenne pas pourquoi il l'aidait le rendait encore plus malheureux…

Riichi expira son mécontentement, l'ambiance de ce soir et même depuis quelques soirs l'ennuyait et il s'avouait être en manque de l'appétit charnel qu'offrait Benoît depuis leur toute première fois… Riichi posa sa guitare sur le sol et s'approcha de son petit-ami. Le bras droit du pianiste se posa sur le cousin, comme entourant les épaules de Benoît et laissa sa main gauche libre pour terminer sa cigarette.

- Tu lis quoi ? Questionna Riichi

- « Confession d'un masque » d'Yukio Mishima !

- Ça te plaît ?

- Je suis à la moitié et ce livre me bouleverse…

Riichi devait avouer qu'il était content que son petit-ami trouve du plaisir à lire, mais ça n'avait jamais été son passe-temps favori. Riichi s'était cultivé, éduqué essentiellement avec tous les vices de la vie, à commencer par la nicotine.

- Tu as déjà fumé ? Demanda Riichi, soudainement

- Quoi ? Non !

- Tu veux essayer ?

Riichi tendit sa cigarette à Benoît, fumante et brûlante. Le guitariste fit la grimace, il ne savait pas comment on tirait une latte de cigarette et en plus ce genre d'habitude néfaste ne l'avait jamais attirée. Mais Riichi fit échapper un rire un peu moqueur, un peu provocateur, comme s'il ne le pensait pas capable d'au moins essayer. Benoît se jeta à l'eau, après tout, une fois, ça n'allait pas le condamner et l'air sûr de lui de Riichi l'agaçait profondément.

Benoît pinça le filtre sur le bord de ses lèvres et inhala la fumée. Riichi grimaça, son bien-aimé avait aspiré trop de fumée et il se mit à tousser violemment et son visage tourna au vert. Riichi explosa de rire, mais vint au secours de Benoît en frottant son dos et en lui conseillant de vite recracher la fumée et d'essayer de respirer calmement.

- Horrible, c'était horrible et dégoûtant ! Toussa Benoît

- Tu as été trop gourmand ! Ricana Riichi

- Comment tu fais ? C'est une sensation si désagréable ! Bouda le guitariste

- Il y a des sensations bien plus agréable, je suis d'accord…

Riichi mêla la confession au geste et mordit le cou de Benoît. Le voir enlacer la cigarette dans ses doigts et y poser ses lèvres l'avait curieusement excité. La débauche de son petit-ami d'ordinaire si pudique et sage le rendait complètement fou. Riichi écrasa sa cigarette dans le cendrier posé sur la table-basse et repartit à la conquête de la chaire de son petit-ami. Il s'allongea à califourchon et de ses dents, il aspira, mordilla, lécha, pinça le cou de Benoît. Les tatouages, les piercings, lui apprendre à fumer, dépraver Benoît amusé Riichi, mais en vérité, ce qu'il aimait après le vice, c'était la tendresse, la gentillesse, la passion, la douceur de Benoît qui ne changeait pas, et restait toujours le même : rougissant de honte sous ses caresses et fermant les yeux devant ses intentions érotiques.

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Hayley sorti de la salle de bain, prête à se mettre au lit avec Karin – elle avait décidé d'y passer la nuit. Hayley secouait ses cheveux avec une serviette lorsqu'elle remarqua que son amie s'agitait dans le salon. Pénétrant dans la pièce, elle vit son amie en train de préparer un sac d'affaire, d'affaire d'homme ?

- Karin, qu'est-ce que tu fais…

- Tu voudras bien donner les affaires de Sasuke à Naruto…

Hayley ouvrit grand les yeux et son cœur se serra – Karin rompait définitivement avec Sasuke, ou c'est Sasuke qui avait amené la séparation sans retour avec Karin. Hayley s'en désespéra car elle savait son amie folle amoureuse de Sasuke et avec une force méconnue, elle faisait de ses mains, la preuve d'une relation terminée.

Partant au lit, éteignant la lumière, le silence se fit pour que Morphée vienne les chercher pour un sommeil un peu réconfortant. Hayley sentait Karin se tourner et se retourner dans le lit, retenant par des hoquets de tristesse, son envie de pleurer.

Hayley se tourna pour lui faire face et attraper ses mains qu'elle serra dans les siennes. Ce geste amical fit sourire Karin, et Hayley eut l'impression de retrouver ses nuits de confessions, de solidarité qu'elle partageait avec Hinata il n'y a pas si longtemps…

- Tu devrais peut-être attendre avant de rendre ses affaires à Sasuke… Apaisa Hayley

- Non… Je connais Sasuke, il a besoin d'être seul…

Sasuke l'était depuis l'enfance, seul et solitaire. Il ne puisait des forces que de par ses erreurs et ses expériences. Sasuke croquait la vie en réalité, il avait envie de tout voir, de tout tester, mais après son accident, c'était comme s'il avait reçu un message divin de la vie, celui de ne pas abuser de sa chance, et de revenir à sa place. Sasuke aimait le goût de la liberté, ne rien devoir à quiconque. Être dans une relation amoureuse, se consacrer à l'amour, aux sentiments, il devait se sentir prisonnier, prisonnier de son cœur, et maintenant de son corps.

- Parfois… Il faut laisser les gens que l'on aime partir…

- …

- Je veux le bonheur de Sasuke… S'il ne le trouve pas près de moi…

Karin mordit sa lèvre inférieure avec ses dents pour retenir ses larmes, mais elle ne put les contenir davantage, elles avaient l'affreuse envie de tomber depuis plusieurs minutes déjà. Hayley la prit immédiatement dans ses bras, accueillant encore de l'eau salée contre son cœur, quel courage, quel courage d'affronter cette rupture comme une adulte, avec du sens, de la logique et le sacrifice de souhaiter le bonheur de Sasuke avant tout.

Hayley serra davantage Karin contre elle, aujourd'hui, elle avait appris de ce bout de femme du même âge, au passé déchirant, elle combattait avec bravoure les étapes cruelles de la vie. Karin affrontait le monde des adultes avec dignité et malgré les apparences, c'était une femme pleine de vie elle aussi, généreuse, à l'écoute et passionnée.

Hayley, quant à elle, était encore plus perdue que ce matin au réveil devant ses interrogations…