Je poste ce chapitre un peu en avance car je n'aurais pas le temps de poster pendant les fêtes. J'ai passé la fanfiction au rated M, les explications seront données en fin de chapitre ;) En espérant que ce chapitre vous plaise, vous souhaite un joyeux Noël ! :) Bonne lecture !


36

Alors c'est ça l'amour ?


NOVEMBRE 1968


Marlène souffle ses neuf bougies avec un sourire immensément fier. Luwin se charge des photos, tandis que ma grand-mère l'embrasse sur les deux joues et que Lucy va lui chercher ses cadeaux. Un coup d'œil à l'horloge me fait savoir que Seb aurait dû rentrer depuis deux heures maintenant. Toute la famille de Seb est là pour fêter l'anniversaire de Marlène qui ouvre en ce moment même ses cadeaux s'écriant à chaque fois qu'elle a retiré l'emballage.

« Un balai ! S'écrie-t-elle.

_Taille enfant. » Précise Patrick l'un des frères de Seb.

Comme à chacun de ses cadeaux, Marlène se retourne vers moi pour me le montrer tout sourire. Je réponds par un même sourire enthousiaste en m'exclamant « Ah ! » à chaque fois. Marlène a reçu une ribambelle de cadeaux et son anniversaire nous donne un peu de baume au cœur. Lucy sourit faiblement mais elle sourit, à présent sûre que Sonny a été assassiné par les mangemorts. Son corps n'a toujours pas été retrouvé pourtant, les Aurors restent indécis sur sa disparition. Moi, je sais pourquoi. Son grand-père était un moldu, voilà pourquoi.

Lorèna Bonham, ma belle-mère, se comporte tout comme ma grand-mère. Toutes les deux couvrent Marlène de baisers ne cessant de dire combien elle me ressemble. Mes neveux Joseph et Alfred s'amusent à chatouiller Mathilde qui rit à grands éclats. Leurs parents quant à eux applaudissent à chaque nouveau cadeau pour Marlène. Et Enora, la dernière fille de Christian et Dora, observe avec de grands yeux tous les cadeaux de sa cousine. Elles ont toutes les deux le même âge et s'entendent à merveille, ce qui fait un peu de compagnie à Marlène qui tourne souvent en rond à la maison.

« Je suis allée rendre visite aux Black cette semaine, annonce ma grand-mère comme s'il s'agissait d'un grand évènement. Leurs filles sont toutes plus belles les unes que les autres ! »

Je ne fais qu'écouter la conversation n'ayant aucune envie de participer à ce sujet. Luwin arrive pour me resservir des légumes mais je refuse d'un geste. Ses oreilles s'affaissent sur sa tête et ses yeux me fixent avec inquiétude.

« Ça va, je n'ai pas faim. » Je lui dis.

Il se contente de hocher la tête puis de faire le tour de la table pour resservir les assiettes vides. Un cri dans le salon me fait brusquement lever la tête mais ce n'est que Marlène qui poursuit sa sœur pour un jeu quelconque. Aller, calme-toi.

« Leur aînée va passer ses Aspics cette année, continue ma grand-mère. Et leur deuxième fille passe ses Buses. Quant à la dernière, elle vient tout juste d'entrer en troisième année à Poudlard mais elle aussi radieuse que sa mère ! Ça faisait d'ailleurs un bout de temps que je n'avais pas vu Druella. »

Elle m'adresse un regard appuyé qui signifie qu'elle n'est pas contente de la tournure des évènements. Je n'ai toujours pas parlé à Druella depuis plusieurs années. Je la salue quand je la croise bien sûr mais nous ne nous disons rien de plus. Lucy s'est rangée de mon côté depuis la disparition de Sonny. En d'autre terme, nous avons coupé les ponts avec Cygnus et Druella.

« Druella m'a d'ailleurs dit que son aînée devrait se marier après ses examens avec le fils Lestrange.

_Lequel ? Demande Dora, ma belle-sœur.

_L'aîné aussi, Rodolphus. J'espère que nous serons invités. »

Nouveau coup d'œil dans ma direction. Non, elle n'a toujours pas digéré le fait que je n'ai pas invité ni les Black, ni les Lestrange à mon mariage. C'est ridicule, n'est-ce pas ? Cette histoire date de plus de quinze ans, au moins !

« Apparemment ils ont plus de mal avec leur deuxième fille, Andromeda, et… »

Nouveau coup d'œil à l'horloge. Seb aurait dû être rentré depuis deux heures et trente minutes. Que fait-il ? Il m'a prévenu hier soir en partant qu'il risquait de ne pas revenir avant le lendemain soir. Il m'a promis qu'il serait là pour l'anniversaire de Marlène, mais apparemment non.

On serre donc le gâteau qui se révèle être très léger contrairement à son apparence. Luwin sait parfaitement faire les gâteaux d'anniversaire : léger et frais comme on les aime. Je discute un peu avec Dora et Isabelle, mes belles-sœurs, de leurs fils qui sont déjà bien grands. Joseph est déjà un adulte, quant à Alfred il passe ses Aspics cette année à Poudlard.

Marlène voudrait essayer son nouveau balai mais je le lui confisque avant qu'elle ne casse quelque chose dans la maison et le confie à Luwin qui part le ranger. Marlène décide alors de se rabattre sur le gâteau demandant une deuxième part que je lui sers. Mathilde a profité du dessert pour chanter la nouvelle comptine qu'elle a appris cette semaine pour l'anniversaire de sa sœur.

Je commence à applaudir quand elle a terminé lorsque soudain la porte d'entrée s'ouvre dans un fracas laissant entrer Seb avec une troupe d'Aurors dont l'un qui a l'air blessé. A la vue du sang, je me hâte d'ordonner à ma grand-mère d'emmener mes filles à l'étage. Je vois le visage de Mathilde se décomposer alors que plus personne n'accorde d'importance à la comptine qu'elle vient de nous chanter.

Ni une ni deux, tout le monde s'active pour préparer un espace afin de soigner l'Auror que traîne Seb sur son dos. Lucy s'occupe de débarrasser la table en un éclair avec sa baguette. Luwin accourt avec des potions de guérison. Je pousse dans un coin tous les cadeaux de façon à ce que nous ne soyons pas gênés.

On allonge le blessé sur la table pour laisser Patrick et Christian, les frères de Seb, faire leur travail de médicommage. Je les observe transformer ma salle de réception en salle d'opération pour Auror en détresse.

Seb est dans le hall pour retirer sa cape ou ce qui reste de sa cape. Je ne mets pas longtemps à le prends dans mes bras soulagée de le savoir avec moi. Il a juste une petite blessure au niveau de l'arcade et semble exténué. Je me sens tellement soulagée… ! Je ne peux tout de même pas m'empêcher de lui poser toutes les questions qui me viennent en tête :

« Que s'est-il passé ?

_Une embuscade ! Hurle l'Auror en train de se faire opérer dans l'autre pièce. Putains de fumier de mangemorts ! Par ma baguette, je jure que je les enverrai tous à Azkaban !

_On te croit Alastor ! » Répond Seb en levant les yeux au ciel.

A ma grande surprise, aucuns cris ne surgissent du salon tandis que Patrick et Christian opèrent à vif l'Auror. Je me retourne vers Seb qui me tient toujours dans ses bras en quête de plus d'informations.

« On les tenait, commence-t-il en donnant un coup de pied dans la porte du placard. Et ils nous ont tendu une embuscade… ils nous ont menés exactement là où ils souhaitaient ! Ils étaient beaucoup plus nombreux qu'on ne le pensait… ! Maintenant je sais que notre résistance est naine comparée à l'armée qu'il a dressé. J'ai décidé qu'on battait en retraite, nous allions à la mort sinon. Mais nous avons l'essentiel : nous savons maintenant qu'ils sont encore plus nombreux que ce qu'on pensait. Nous avons tous survécu même si Alastor a perdu son œil dans la bataille, explique-t-il en désignant l'Auror sur la table de ma salle à manger.

_Et j'ai failli perdre mon bras en plus de ça ! » Rugit-il.

Je ne fais attention à ce dernier. Il a l'air grossier et peu agréable mais si Seb a jugé qu'il était digne de confiance pour faire partie des Aurors alors j'accepte. Il fait son travail et je fais le miens.

« L'endroit le plus sûr c'était ici, et je savais que Patrick et Christian seraient là pour s'occuper d'Alastor. » Termine-t-il.

Je le serre dans mes bras encore une fois prenant pleinement conscience qu'il est là. Oui, il m'est revenu en vie une nouvelle fois. Je ne sais pas si j'ai raison de croire que quelqu'un nous protège là-haut mais je ne peux m'empêcher d'y penser. En même temps que Seb m'embrasse sur le front, je l'embrasse sur la poitrine et le serre très fort dans mes bras. C'est bon, il est là. Seb est revenu. Mais combien de temps cela dura-t-il ?

« Nous avons vus des géants, m'annonce-t-il comme si c'était une bonne nouvelle. Eh ! Ne me serre pas si fort, je vais étouffer. Tu es plus dangereuse qu'un mangemort, toi ! Ricane-t-il.

_Tu ne devrais pas rire comme ça, ce n'est pas amusant comme blague. »

Il prend mes mains dans les siennes en les embrassant chacune avant de m'embrasser puis me murmure :

« Je sais, désolé. Je t'aime tellement. »

Il me serre à son tour dans ses bras. Je respire son odeur et savoure le contact de sa peau contre la mienne. Combien de temps avant que je ne puisse plus le sentir contre moi ? Il frémit quand je le serre trop fort. Ok, je vais me retenir ! Je n'ai pas envie d'être responsable de la mort de mon mari.

Je reste toute la nuit veillant sur Alastor qui ne cesse de répéter qu'il se sent en pleine forme. Je note pendant ma garde qu'il a déjà perdu la moitié d'une jambe. Le bandage que Patrick et Christian lui ont fait couvre l'œil qu'il a perdu. Je n'ose imaginer à quoi ressemble un homme qui a perdu un œil… Brr ! J'en ai des frissons.

« Ça vous fait frémir, hein ? Ricane-t-il alors que je le croyais enfin endormi. Eh ouais, les mangemorts sont sans pitié ! Mais moi aussi je suis comme ça. Il n'y en a pas un qui ne réussisse à échapper à ma baguette. »

Je ne réponds pas et me contente de lui apporter un verre d'eau. Je ne suis pas d'humeur à parler. L'anniversaire de ma fille a été gâché, la majorité des invités sont partis terrorisés, et je me retrouve avec un Auror sans œil et sans jambe… Comment ma journée aurait-elle pu être pire ?

« Vous n'avez pas quelque chose de plus fort ? Me demande-t-il d'un ton agressif mais j'ai fini par comprendre que ce n'était que son ton habituel.

_Les beaux-frères de mon mari ont dit qu'il fallait vous déshydrater avec de l'eau et rien d'autre.

_Au diable ce qu'ils disent !

_Ils sont médicommages, je le coupe sèchement.

_Et alors ?

_Vous êtes médicommage peut-être ?

_Vous avez un sacré culot de m'adresser la parole sur ce ton ! Voilà pour qui je défends notre monde… Si je n'avais pas d'autres convictions, j'aurais abandonné mon travail ! Vous savez ce qui se passe quand on poursuit un mage noir ? Quand on se retrouve tout seul perdu au milieu de nulle part ? Quand la menace de perdre la vie est tout proche ? Vous savez ce que c'est ? Et bien sachez que dans ses moments-là, quand on se retrouve avec une jambe en moins par exemple, ou une épaule désarticulée, et bien on se démerde ! Parce qu'il n'y a aucun médicommage qui ne nous viendra en aide sur le terrain.

_Vous n'êtes pas sur le terrain à ce que je sache.

_Roh vous alors ! Donnez-moi un verre d'alcool, c'est tout ce que je demande.

_Je regrette, je ne fais qu'exécuter les ordres. »

Il maugrée quelque chose que je n'entends pas. Heureusement, Lucy arrive dans la salle de réception – devenue salle de repos pour Auror – afin de prendre la relève tandis que l'Auror jure qu'il n'a pas besoin d'être surveillé. Avant de monter me coucher, je pose une main réconfortante sur l'épaule de Lucy. Elle m'adresse un faible sourire signalant qu'elle va bien. Je voudrais la faire rire de nouveau et l'entendre encore se moquer de tout plus facilement que personne d'autre. Mais depuis la disparition de Sonny, elle n'est plus la même. Elle est… éteinte, c'est le mot.

Je monte jusqu'à ma chambre en me demandant dans quel état je serai si je perdais Seb. Celui-ci dort profondément quand j'entre. Je m'approche à petites pas et dégage le visage de mon petit Auror pour le voir dans la lueur de la lampe de chevet. Il a l'air paisible, loin de tous soucis. Il l'a bien mérité. Emportée par la douceur de ses traits ainsi endormi, je dépose un baiser sur sa tempe. Il se met soudainement à bouger et ouvre de petits yeux qui m'observent un instant avant de me lancer un sourire.

« Je ne voulais pas te réveiller, je m'excuse en allant me changer pour me coucher près de lui.

_Je ne voulais pas m'endormir, marmonne-t-il.

_Tu as eu une longue journée, tu sais. Tu as le droit de dormir pour te reposer.

_J'aurais préféré rester avec toi, fêter l'anniversaire de Marly, entendre la chanson de Mathilde. Elle m'avait demandé de rentrer pour sa chanson… »

Il se redresse pour s'asseoir sur le lit. Je m'apprête à le rejoindre quand je remarque son corps violacé, et les ecchymoses le long de son flan droit. Je m'arrête aussitôt fixant ses blessures comme si elles étaient là pour me témoigner de sa mortalité. Seb suit mon regard avant de m'observer coupable.

« Je suis tombé en volant, un mangemort qui… il portait un masque, enfin ils portent tous des masques ! Impossible de les reconnaître…

_Tu vas finir par y rester.

_Mais non ! Je ne te laisserai pas tomber, je te le promets ! S'écrie-t-il en m'embrassant les mains.

_Les mangemorts ne savent pas ce que tu me promets en ce moment…

_Oui… et bien tu seras contente d'apprendre que Alastor m'a sauvé la vie. Oui, j'étais par terre et…

_Chut ! Je ne veux pas savoir. C'est ton travail et… »

Il m'emprisonne le visage dans ses mains pour me le redresser afin qu'il puisse voir mon regard terrifié.

« Ce n'est pas qu'un travail, me dit-il gravement. Tu sais, j'ai été étonné de l'endroit où ils se trouvaient tous… ce n'était pas si loin de chez nous… A quelques heures à vol de balai.

_Tu espères me réconforter en me disant ça ?

_Non, je veux que tu comprennes qu'il n'y a pas que mon travail et d'un autre côté nous. Les temps que nous vivons ne le permettent pas. Je suis Auror à pleins temps, je peux à tout moment partir et… et ne jamais revenir.

_Ne dis pas ça ! Je ne veux même pas l'imaginer !

_Oui mais si ça arrivait… il faut que tu en sois consciente. Je suis le chef des Aurors, je traque les mages noirs même dans mes rêves. Cette guerre m'obsède, Kim ! Je ne peux pas penser à autre chose, et je ne cesse de chercher comment protéger les victimes… en vain.

_Tu sais ce qui m'obsède moi ? C'est justement que tu ne reviennes pas. Je ne veux pas perdre l'un d'entre vous. Je ne pourrais pas le supporter, Seb. Je ne pourrais pas me remettre d'une autre perte. D'abord ma mère et Carter, et puis Didi qui n'a même pas eu droit à des funérailles… puis Sonny qui disparaît… Lucy qui n'est plus là pour me soutenir, c'est à moi d'être là pour elle et je me sens… complètement désemparée, je ne sais pas si j'arriverai à la soutenir tout en éduquant nos filles et en pensant à notre avenir. Il n'y a pas si longtemps cet Auror, Benjy Fenwick retrouvé découpé en petits morceaux par les mangemorts… Et tous ces moldus, tous ces elfes de maison, tous ces gobelins… ! »

Je cache mon visage dans mes mains pour reprendre mes esprits. C'est si dur de vivre avec l'idée que nous pouvons mourir ou perdre quelqu'un d'autre à tout moment. A chaque fois que je regarde les journaux c'est pour découvrir un nouvel assassinat. Et certains prétendent encore que nous ne sommes pas entrés dans la véritable guerre. Alors qu'est-ce que c'est la véritable guerre ? Si c'est pire que ce que nous vivons, je ne préfère pas vivre du tout.

Seb me reprend les mains et me couvre de ses bras. Je me blottis contre lui et colle ma tête contre sa poitrine tandis que sa main fait des va-et-vient dans mes cheveux. Il m'embrasse sur la joue puis sur le front pour tenter de m'apaiser. Et puis…

« Tu vois que tu devrais manger plus.

_C'est tout ce que tu as trouvé à me dire ?

_Patrick m'a dit que tu n'avais pas beaucoup mangé durant le dîner… et Isabelle pense que tu es sous pression, voire… que tu ne vas pas bien…

_Je suis bien avec toi, je lui dis en l'embrassant.

_Oui, mais j'ai la sensation que tu ne crois plus en rien. Je t'emmènerai à la place moldue que je t'avais montré… tu te souviens ? Dès que j'aurais le temps, je t'emmènerai à nouveau là-bas pour te montrer que c'est possible. D'accord ?

_D'accord, je réponds en souriant. Tu le crois vraiment ? Je veux dire, tu crois qu'on a nos chances de vaincre ?

_Oui, j'y crois. Ils sont peut-être plus nombreux, mais nous recrutons nous aussi et nous avons Albus Dumbledore avec nous ! Le plus grand sorcier du monde ! Le seul qui réussisse à effrayer Tu-Sais-Qui, c'est un atout considérable.

_Il n'a rien découvert et ne nous écrit plus depuis la dernière fois où il m'a dit qu'il était à la recherche d'un professeur de Divination. »

Seb explose de rire et me mord le bout du nez. Je proteste en tentant de le repousser mais il est bien plus fort que moi. A côté de lui, je fais pâle figure avec mes petits bras maigrichons, mon corps pas plus épais désormais qu'un fil de fer. Je reconnais que ce n'est pas beau, je n'aime pas mon corps. Beaucoup trop maigre, on aperçoit l'os de mes pommettes et mes poignets semblent pouvoir se casser comme une allumette.

« Je suis sûr que c'était une proposition, continue de rire Seb. Il te voulait tout simplement à ses côtés pour assurer les cours de Divination.

_Je n'ai pas continué la Divination après ma cinquième année, je rétorque. Je détestais ça et j'étais vraiment nulle !

_Dommage, peut-être que tu aurais pu nous lire l'avenir dans une boule de cristal, ricane Seb. Ca m'aurait été utile ! »

Je commence à le suivre dans son rire quand je me rends compte qu'il n'a pas tord. Ce serait très utile un professeur de Divination… on dit que certains sorciers parviennent à prédire l'avenir grâce à des prophéties. Alors… est-ce que j'ai raison de croire que… ? Mais oui ! Dumbledore recherche quelqu'un capable de faire une prophétie sur notre époque. Il ne cherche pas simplement un professeur pour Poudlard, il veut savoir ce que nous réserve l'avenir. Si… Voldemort tombera un jour.

« Mon chéri, tu es un géni ! »

Et je l'embrasse fougueusement. Il ne comprend pas bien pourquoi je réagis de cette façon mais il ne refuse pas mes avances.

« Mon petit Auror, vous avez droit à une récompense pour tous vos loyaux services.

_Ouh… je me demande bien ce que ça peut être… ! » Plaisante-t-il en m'attirant d'un seul coup contre lui.


La semaine suivante, mon travail au Ministère reprend. Tandis que je me prépare pour la reprise au bureau, je dicte à ma grand-mère tout ce qu'il faut savoir sur Marlène et Mathilde. Elle est trop heureuse de pouvoir passer une journée avec elles plutôt que seule chez elle, et cela permet à Luwin de pouvoir se concentrer sur la maison. Tout le monde y gagne ! Je travaille, Seb chasse les mangemorts, ma grand-mère s'occupe de mes filles, et Luwin de la maison.

« Tu ne dois en aucun cas les laisser seules derrière la barrière magique, compris ? Je lui dis tout en rassemblant mes affaires.

_Oui, oui ! J'ai assez d'expérience tu sais pour savoir comment éduquer des filles. Je me suis occupée de toi et de ta mère alors je pense que tu peux me faire confiance.

_Fais juste attention qu'elles ne tentent rien pour sortir, d'accord ? Elles sont rusées, tu sais ! Elles sont encore jeunes et elles n'ont pas conscience de ce qui se passe autour. Si Henriette se pointe au pont, elles risquent de se sauver. Tu ne dois pas les lâcher du regard ! Je ne veux pas qu'elles sortent.

_Pourquoi les enfermer ? Toi-même tu ne supportais pas de rester à l'intérieur, tu courais toujours rejoindre l'un de tes amis.

_Oui mais il n'y avait de mage noir qui risquait de m'assassiner. Donc je compte sur toi pour les surveiller. »

Elle m'embrasse tout en m'assurant que tout se passera bien. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai un doute. J'espère que je pourrais convaincre mon nouveau patron de me laisser sortir plus tôt. Là encore, j'ai un doute.

Le Ministère a renforcé ses dispositifs de sécurité depuis la dernière fois que je suis venue. On me demande une pièce d'identité ainsi que ma carte d'employée au Ministère. Visiblement, la confiance est limitée ces temps-ci. Autour de moi, les sorciers marchent pour une nouvelle journée de travail. Je note que tout le monde se jauge comme pour essayer de lire dans nos pensées. Les gens ont tellement peu confiance qu'ils en oublient les règles de politesse. On n'ose plus accorder sa confiance aux autres sans être absolument certain.

Je monte dans l'ascenseur, prête à reprendre du service et présenter à mon nouveau patron le travail que j'ai effectué cette dernière semaine. J'arrive à mon étage, et marche pour rejoindre mon service. En passant, la porte du bureau des Aurors est ouverte et j'aperçois le directeur du département de la Justice Magique, Bartemius Croupton, assis face à mon mari. Ils ont l'air d'avoir un sujet de conversation sérieux.

Je continue mon chemin pour arriver enfin…

« Kim ! Se met à hurler Martha en se levant surexcitée. Regarde ! Regarde ! »

Elle me met sous les yeux une énorme bague que j'aurais de toute façon remarquée même si elle ne me l'avait pas montré. Le diamant est énorme ! Qui a bien pu vouloir épouser une fille comme Martha ?

« Je suis fiancée ! S'écrie-t-elle si fort que tous nos collègues se retournent sur nous.

_Ah ! Et qui est l'heureux élu ? »

Ou le malheureux…

« Le nouveau collègue ultra sexy du service de détournement de l'artisanat moldu ! M'annonce-t-elle tout sourire. Un ami proche de notre patron apparemment… qui a d'ailleurs demandé à te voir dès que possible. »

Elle me désigne la porte de notre supérieur qui comporte un nouvel écriteau au nom de « Rosier ». Mr. Rosier… Je ne sais pas si j'ai vraiment envie de me retrouver face à lui mais il va bien falloir que je me fasse violence. J'avais entendu dire qu'il cherchait un poste avec moins de responsabilités puisqu'il était directeur d'un département au Ministère avant cela.

Je me dirige jusqu'au bureau et frappe à la porte. Ignatus Prewett, notre ancien patron avait été nommé pendant quelques années directeur du département de la Justice Magique avant qu'il ne soit vite remplacé par Bartemius Croupton Sr. Désormais, il dirige un autre service de ce département.

La porte s'ouvre sur Mr. Rosier. Je sens ma gorge se nouer. Le père de Druella… celui que j'ai si souvent considéré comme mon propre père. Celui que je n'ai pas invité à mon mariage… Ça promet… Il arbore un sourire mauvais quand il m'aperçoit et m'invite ensuite à entrer.

Ce qu'il faut, Kim, c'est rester agréable ! Tu as eu plusieurs années de congé maternité, et le droit de travailler à la maison alors il faut te montrer reconnaissante. Sur ce, je lui adresse mon sourire le plus cruche possible. Peut-être que ça marchera… J'aimerais bien qu'il me montre qu'il n'a pas changé, qu'il est toujours l'homme qui m'a appris à me tenir sur un balai, l'homme qui nous a soutenu ma mère et moi après la mort de mon père… J'aimerais vraiment retrouver l'homme que j'ai connu.

Nous commençons par parler de mes nombreuses années d'absence. Il me donne tout de suite la couleur : j'ai intérêt à montrer que je mérite cette place si je ne veux pas sauter, il ne compte me faire aucune faveur même si je suis la fille Van Hallerberry. Beaucoup de jeunes aimeraient avoir mon poste et il serait content de le confier à quelqu'un de motiver. D'accord, je vais me bouger le derrière.

Avec un nouveau sourire de cruche, je lui assure que je ne le décevrai pas. Il n'a pas l'air de me croire et continue de me regarder comme si je n'étais pas plus importante qu'une fourmi. Cette situation ne me plaît pas ! Je suis la petite-fille d'un ancien directeur de Poudlard, je suis la fille d'un célèbre Potionniste, je suis également la belle-fille d'un ancien directeur du département de la Justice Magique, et je suis la femme du chef des Aurors. Excusez-moi ! Mais il est vrai que Mr. Rosier n'a aucune raison d'être impressionné. Lui, il a dirigé le département des accidents et catastrophes magiques, et il fait partie de l'une des plus grandes et nobles familles de Sang Pur.

Tout de même, j'aimerais qu'il pose à nouveau sur moi un regard attentionné et bienveillant comme il en avait l'habitude. Au lieu de cela, j'ai le droit à un regard dur et froid. Ma grand-mère avait peut-être raison… je les ai sans doute offensé en refusant de les inviter à mon mariage.

J'aimerais lui dire ce que je pense et déballer enfin mon sac mais je sens que ce n'est ni le lieu, ni le moment. Je me contente alors d'essayer d'avoir l'air d'une femme mûre et sérieuse, prête à se mouiller pour son travail.

« Euh… je vous ai… je vous ai apporté mon travail de la semaine pour… »

Il me l'arrache presque des mains et pendant un bref instant je crois avoir mal vu ce que j'ai entraperçu sur son avant-bras mais… oui, maintenant au regard qu'il me lance je sais que j'ai bel et bien vu la trace d'un tatouage sur son avant-bras. Sur le même avant-bras que Jayce, la même couleur… Un instant très bref, mais je n'oublierai jamais le jour où j'ai découvert ce que portait Jayce sur son avant-bras et… Mr. Rosier porte la même. Il me fixe. Il a le regard de quelqu'un qui se demande : est-ce qu'elle m'a démasqué ? Je me contente d'arborer un sourire de cruche pour faire diversion.

J'en suis sûre désormais. Un tatouage noir représentant une tête de mort, il n'y en a pas deux comme celui-ci. Je ne l'ai qu'aperçu alors que les manches de sa chemise se sont relevées tandis qu'il m'arrachait mon travail des mains. Et ce regard… le regard de celui qui est en train de se poser mille et une questions. C'est le regard de quelqu'un de coupable, le regard de quelqu'un qui sonde l'autre. Mr. Rosier est en train de me sonder pour savoir si j'ai deviné ce qu'il est.

Je continue sur la voie du sourire cruche. Ca vaut mieux je crois. On ne sait jamais de quoi sont capables ces personnes là. D'autant plus qu'il n'y a personne dans ce bureau à part lui et moi.

Tandis qu'il jette un coup d'œil à mon travail de la semaine, je sens les battements de mon cœur s'accélérer. Il est l'un d'entre eux. Il fait partie des personnes qui sont à l'origine de tout ce massacre. Ne pense pas à ce qu'il aurait pu faire ! Et s'il était à l'origine de l'enlèvement de Sonny ? Et s'il avait tué ma mère ? Mr. Rosier ? Non, je suis tellement… je crois que je ne suis jamais descendue aussi bas… Je viens de dégringoler de plusieurs étages. Je n'arrive pas à croire que cet homme… cet homme que j'ai considéré comme mon père pendant toutes ces années… et bien cet homme est des leurs !

Je détourne le regard faisant semblant de contempler les tableaux aux murs. Il n'y a que des portraits de lui avec sa famille dont Druella et ses filles. Mr. Rosier feuillette toujours mon travail me surveillant étroitement du regard. Je n'ose pas le regarder dans les yeux et tente par tous les moyens d'avoir l'air détendu.

Quand je serai sortie de son bureau… je ferai quoi ? Il faut que je continue à agir normalement mais je dois aller voir Seb pour le prévenir que mon nouveau patron est l'un d'entre eux. Je ne cacherai pas tous les mangemorts, pas après ce qu'ils font. Je veux en protéger certains mais… Je sens la menace planer sur moi avec la présence de Mr. Rosier. Mon instinct se réveille et me hurle de partir en courant. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que Mr. Rosier serait capable de me faire du mal… alors que je n'ai pas cette sensation ni avec Druella, ni avec Cygnus, ni même avec Jayce.

Mr. Rosier referme d'un coup sec mon dossier et le pose sur son bureau en se frottant le menton d'un air pensif. Soudain, son regard se pose sur moi avec une dureté surprenante. Il faut simplement avoir l'air détendu ! Kim, sourit !

Il se redresse sur son siège sans me quitter du regard. Il semble hésiter, se poser des questions auxquelles il n'arrive pas à répondre. Je me tortille sur mon siège et me racle la gorge.

« Ça vous a plu ? » Je demande enfin en désignant mon dossier.

Il ne jette même pas un coup d'œil dessus et continue de me scruter d'une manière qui m'intimide. Je devrais peut-être trouver une raison pour sortir de ce bureau, maintenant ! Du bout des doigts, je touche ma baguette sous ma cape. Elle est là, prête à sortir si jamais quelque chose se passe.

Le temps s'écoule tandis qu'il continue de me scruter, se frottant toujours le menton d'un air pensif. Ma main a pratiquement empoigné ma baguette désormais.

« Tu sais Kim, pour moi tu étais l'exemple parfait de la fille que j'aurais voulu avoir. Même si nous n'avons malheureusement pas gardé le contact ces dernières années… j'ai souvent entendu parler de toi ! M'annonce-t-il alors. La presse a longtemps eu les yeux tournés vers toi. Ce n'est pas étonnant, tu as toujours su… attirer l'attention. C'était d'ailleurs un de leur moyen pour détourner les esprits de tous les lecteurs sur ce qui se passait. C'était très bien joué de leur part. »

Je ne comprends pas bien de quoi il parle mais ma main reste toujours sur ma baguette. Je me tiens prête à me lever s'il le faut.

« Oui, la pauvre jeune fille qui a perdu sa mère et son beau-père alors qu'ils luttaient pour la liberté, c'était tragique. Et puis, le mariage avec Mr. Bonham, chef des Aurors, ça leur a redonné du baume au cœur.

_Mon mariage a été très peu médiatisé comme je le voulais, je le coupe plus sèchement que je ne l'aurais voulu. Je ne suis pas ici pour parler de ce que la presse raconte sur moi, mon travail vous a-t-il plu ?

_Il faudra mieux faire si vous voulez conserver votre place ! Vous devrez me prouver que vous voulez vraiment cette place et je n'accepterai plus que vous restiez chez vous, cachée derrière votre barrière. »

Il m'adresse son sourire mauvais qu'il réserve pour les personnes qu'ils méprisent. Pourquoi Mr. Rosier ne me parle plus comme lorsque j'étais petite ? Pourquoi ne veut-il plus continuer à jouer le rôle du père remplaçant ?

Mon souffle s'est soudainement arrêté. Comment sait-il pour la barrière ? Mon regard se reporte sur son avant-bras. Il relève lentement sa manche pour découvrir la Marque des Ténèbres. Mon cœur rate un battement.

« Tu ne m'auras pas avec des petits sourires niais, je sais très bien que tu es tout sauf niaise, m'assure-t-il.

_Comment savez-vous pour la barrière ? »

Il se met à ricaner comme si c'était évident.

« Il a simplement fallu suivre tous ces idiots d'Aurors ! Nous pensions qu'ils se rendaient dans un lieu secret, une sorte de… QG, tu comprends ? Evidemment, nous nous doutions que cet endroit serait protégé par des sortilèges mais lorsque par miracle nous avons découvert une petite fille… ta fille je crois ? Eh bien, le moins que l'on puisse dire c'est que nous nous attendions à tout sauf à ça ! Nous pensions voir sortir une armée d'Aurors, la grande résistance au complet ! Et nous avons vu une petite fille ! »

Il éclate de rire comme si c'était hilarant. Dans ma tête, mille questions se posent. Il a vu l'une de mes filles. Sûrement Mathilde qui ne m'écoute jamais. Comment se fait-il que… ? Ils devaient surveiller la maison. Ce qui signifie… Mes yeux se relèvent sur lui quand je comprends ce que tout cela veut dire. Non, pas ça. Merlin, ça ne se peut…

« Et si ! M'assure-t-il avec un sourire faussement navré. Ton mari et toi vous étiez tellement sûrs de vous, tellement sûrs d'être protégés… Vous n'avez que trop défier le Seigneur des Ténèbres. Vous ne vous êtes même pas doutés que nous pouvions vous surveiller ?

_Si… Je marmonne même si je n'ai jamais pensé à vérifier aux alentours de la maison. Non… s'il vous plaît…

_Je vois que tu commences à comprendre ! S'exclame-t-il avec un sourire hilare. Ton mari est pratiquement toujours occupé à nous chasser, beaucoup trop occupé avec son travail, trop occupé à protéger les autres qu'il a oublié de vous protéger vous ! Quant à toi, je savais que tu devais revenir au Ministère, alors nous avons décidé d'attendre et… »

Je me lève d'un bond et l'immobilise d'un sortilège. Je me précipite ensuite vers la sortie du bureau et jette un regard à la ronde. Personne ? Non. Je me rue vers la sortie du service le cœur battant. Non, je n'ose même pas y penser. Ma grand-mère est là-bas… Elle saura. Elle saura quoi faire pour… Non, non !

« Kim ! M'appelle Martha. Où vas-tu ? J'ai plein de travail pour toi, tu sais depuis le jour où tu es partie en congé maternité c'était… »

Je passe en trombe devant elle et quitte le service. Je jette un coup d'œil derrière moi pour me rendre compte que je suis suivie. J'accélère l'allure. Les deux hommes aussi. Je regarde encore une fois pour déterminer à quelle distance ils sont. Puis je me retourne pour de bon et réussis à en stupéfixier un. Le deuxième sort sa baguette. Je pare son sortilège et commence à courir.

Je me retourne pour lui lancer un sortilège qui ne l'atteint pas. Je coure alors jusqu'au service des Aurors pour découvrir qu'il est fermé à clef. Je frappe comme une dingue à la porte et puis me baisse pour éviter un autre sort.

A l'aide d'un sortilège de lévitation, je fais partir en une tempête sur mon adversaire le chariot de nettoyage posé à quelques mètres. Je m'arrange pour lui renverser dessus les produits nettoyants. Ça pique les yeux, pas vrai ? Et prends-toi la serpillère dans les… bref, je frappe encore une fois au bureau des Aurors et on m'ouvre enfin.

« Vous faites quoi bordel ? Rugit Alastor qui a apparemment trouvé un moyen pour remplacer son œil manquant par un œil magique. Baissez-vous ! »

J'obéis et évite de peu le sortilège lancé par mon adversaire. Alastor m'agrippe par le bras pour me tirer à l'intérieur et claque la porte qu'il scelle d'un sortilège.

« Par là ! » M'invite-t-il toujours en me tirant par le bras.

Nous courons entre les bureaux dont les occupants sont tous absents. Je cherche Seb du regard mais lui aussi manque à l'appel.

« Où sont les autres ?

_Où sont les autres ? Répète-t-il en ricanant. Vous croyez vraiment qu'on passe notre temps à gratouiller quelques papiers, le cul bien posé sur nos chaises ?

_Et ça vous arrive d'être amical de temps en temps ? »

Il grogne avant de me lâcher enfin le bras pour faire sauter un meuble sans même se soucier de la valeur qu'il pouvait avoir. Le meuble réduit en poussière laisse découvrir un passage. Alastor m'agrippe de nouveau le bras pour me faire entrer à l'intérieur. Il me pousse pour que je coure.

« Qu'est-ce que c'est ici ? Je demande en me retournant pour vérifier que personne ne nous suit.

_Une sortie prévue pour les cas comme celui-ci. Qui était le type qui vous poursuivait ?

_Aucune idée, il était au service de Mr. Rosier qui est un mangemort !

_Sans blague !

_Et vous ne l'arrêtez pas ?

_On n'a pas de preuves !

_Mr. Croupton a dit que…

_Mr Croupton est un crétin ! Rugit-il. Un crétin qui ne va pas tarder à se faire remplacer... Orion Black a les yeux rivés sur le poste ! Que croyez-vous donc ? Jamais votre mari n'a voulu qu'on arrête des gens sans preuves pour les envoyer pourrir à Azkaban ! Aucun sortilèges impardonnables, même si parfois… ça nous serait bien utile ! »

Il me pousse encore en avant éclairant le passage de sa baguette quand nous arrivons à l'Atrium du Ministère. Aussitôt, un groupe de sorciers se précipitent pour nous attraper. Je pars au galop, Alastor me suivant comme il peut avec sa jambe de bois. Je me retourne pour l'aider à nous défendre.

« Non ! Allez-vous-en ! » Me hurle-t-il comme si j'étais la dernière des imbéciles sur terre.

Je continue néanmoins à lancer des sortilèges pour nous défendre et c'est à mon tour de le tirer par le bras pour recommencer à courir. Nous percutons un vendeur de journaux sur notre chemin. Je me relève immédiatement avec Alastor qui continue de jeter des sorts.

« Prenez un conduit de cheminette et rentrez chez vous ! » Me hurle-t-il de nouveau.

Je décide de n'en faire qu'à ma tête. Seb m'a dit que c'était l'un de ses meilleurs Aurors alors je ne l'abandonnerai pas. J'envois une flammèche pour les effrayer un instant avant de faire voler tous les journaux vers les hommes qui nous poursuivent. Je bouscule ensuite plusieurs personnes et attrape Alastor par le bras pour l'inciter à courir. Il enflamme les journaux qui volent jusqu'à nos assaillants avant de partir avec moi.

Nous courons encore et encore en nous rapprochant de plus en plus des conduits. Je les vois ! Je vois mes filles ! Je serai bientôt là ! Soudain je tombe à terre touchée à la jambe. Je grimace de douleur et serre ma baguette tellement fort que je finis par me briser les ongles. Alastor me relève aussitôt et m'entraîne vers les conduits de cheminette sans même se soucier de ma jambe qui continue de me lanciner. Je n'ose même pas regarder pour ne pas paniquer.

Enfin j'arrive près du conduit et je plonge dedans songeant très fort à ma maison. Je ne sais pas ce qu'il est advenu d'Alastor mais lorsque j'atterris en catastrophe dans mon salon, il est la dernière personne à laquelle je pense.

Je me relève aussitôt en clopinant. Ma grand-mère qui est assise dans le rocking-chair m'observe par-dessus son journal. Elle a l'air de se demander si elle ne rêve pas.

« Tu n'es pas au travail ? Je croyais que…

_Où sont mes filles ? » Je demande paniquée alors que je ne vois que Luwin qui astique l'argenterie.

Tout à l'air en ordre dans la maison mais je ne les vois pas. Où peuvent-elles bien être ? Je sens la colère montée en moi. Mais elle n'est pas aussi forte que la peur. Je suis complètement paniquée de ne pas les voir.

« Calme-toi enfin….

_Où sont-elles ? Je rugis en quittant le salon et cherchant dans toutes les pièces.

_Doucement, tu n'as pas l'air bien… Elles ont dit qu'elles allaient faire de la luge avec… »

Je ne prends même pas la peine de me retourner pour lui hurler qu'elle a fait exactement le contraire de ce que je lui avais demandé. Il n'y aucune colline pour faire de la luge dans mon jardin. Enfin si… elle est juste derrière la barrière.

Je commence à courir mais ma jambe ne me laisse pas continuer. Je m'effondre au sol. Cependant, je me relève aussitôt. Je ne serai pas tranquille tant que je ne les aurai pas vus. Je continue alors à avancer le plus rapidement possible. En sortant dans le froid de novembre, je n'entends plus rien de ce que ma grand-mère dit. Le vent hurle à mes oreilles et la tempête de neige me masque la vue.

Je m'aventure quand même dehors et tente de courir sur un pied et demi pour aller là où je sais que je les retrouverai. Je continue d'avancer. Le vent hurle toujours et c'est comme s'il plantait des poignards dans ma blessure. Mes mains se frigorifient à chacun de mes pas. Je faiblis peu à peu tant la tempête est forte. Je ne vois rien, la neige m'aveugle. Les flocons flottent dans tous les sens et s'écrasent sur mon visage.

Je pensais les retrouver prêt de la colline derrière la maison, au-delà de la barrière… En arrivant près du pont je discerne une silhouette. C'est une petite fille. Faite que ce soit ma fille ! Merlin, je vous en prie ! Je me traîne jusqu'au pont serrant les dents contre ma blessure et la douleur qui soulève mon cœur.

Au fur et à mesure que j'avance, je sens une drôle d'odeur. Une odeur de puanteur extrême qui me pique les yeux encore plus que le vent. Je cligne des yeux forcée par les flocons qui m'empêchent de voir. J'avance jusqu'à toucher la main de la petite fille. J'ouvre tant bien que mal les yeux. Il n'y a pas qu'une petite fille, il y en a deux.

« Je vous ai retrouvé ! » Je m'exclame trop heureuse en m'approchant encore pour voir leur visage.

L'odeur me submerge soudainement et me remonte au cœur. Un spasme de douleur me lancine la poitrine tandis que je contemple les cadavres des deux petites plantées sur des piquets. La première est Mathilde et la seconde c'est Henriette.

Je m'écrase par terre en vomissant à leurs pieds tant l'odeur et la vue me retournent l'estomac. Je n'arrive même pas pleurer ou alors je n'arrive pas à réaliser. Mathilde se tient devant moi, embrochée sur un pique comme à l'époque médiéval où l'on embrochait les sorcières. On dirait une poupée tant son visage est froid. Ses yeux sont encore ouverts. Ses mains sont gelées par la tempête.

Non, Mathilde… je t'en pris dis-moi que tu m'entends ou que tu me vois ! Dis-moi que j'ai encore le temps d'arriver et de te retrouver en vie ! J'ai si froid soudainement. Je commence à me rendre compte que mon corps est frigorifié, mes mains arrivent à peine à bouger.

Mon visage contemple Mathilde et puis Henriette. Elle non plus ne le méritait pas. Qu'est-ce qu'elles avaient à voir dans cette histoire ? Elles voulaient juste jouer… Elles voulaient jouer ! Pourquoi tuer des fillettes qui voulaient jouer !? Dites-moi ! Quel bien cela peut-il procurer à quelqu'un ?

J'ai mal, terriblement mal. Je ne sais pas si c'est le froid ou les deux cadavres qui me pétrifient sur place mais je ne peux plus bouger. Si seulement j'étais restée… si seulement je ne les avais jamais laissé sortir… Si seulement j'avais été là ! Qu'est-ce que j'ai fait d'elles ? Je les ai abandonnées.

Ils ont pris ma fille. Ma petite fille. Mes mains se crispent dans la neige faisant craqueler ma peau. Alors c'est ça la vie ? Oui bravo ! Bravo à tous ceux qui ont fait le monde ! Ne me dites pas qu'il y a un dieu quelque part qui veille sur nous, que personne ne vienne me réconforter en me promettant que ça ira avec le temps ! Non, ça n'ira pas ! Si c'est ça la vie… ! J'ai tellement mal que je me demande si l'enfer dont on nous parle ce n'est là où nous nous trouvons… Et s'il n'existait que le diable ? En tout cas si quelqu'un tire les ficelles de notre destin, il doit bien s'amuser là-haut !

On nous parle d'amour, on nous dit que le monde n'est pas forcément rempli de gens mauvais mais qu'il existe des personnes avec de bonne intention et que vivre c'est le meilleur cadeau de la nature… On nous parle d'amour ! C'est vraiment ça l'amour que se donnent les humains sur terre ? Qu'est-ce qu'il reste aujourd'hui de cet amour dont on nous parlait tant ? Qu'est-ce qu'on en a fait ?

Je ramasse une pierre qui se trouve au bord du pont et je la lance le plus loin possible en hurlant. Je me mets à hurler de rage en frappant le sol du pied avant de m'écrouler. Et merde ! Encore cette foutue blessure ! On se jette des sorts dessus, on s'entretue, et on ose encore dire à nos enfants qu'il y a de l'amour sur terre ? Bien sûr ! Comment pouvons-nous lire à nos enfants des contes avec l'amour qui triomphe à la fin ?

Je ramasse une nouvelle pierre et la lance par-dessus le pont. J'entends le « plouf » qu'elle produit lorsqu'elle touche l'eau. Je me laisse ensuite tomber dans la neige et me couche sur le dos.

Le pire dans l'histoire c'est que je n'arrive même pas à pleurer. Je reste allongée dans la neige sans même pouvoir extérioriser ma douleur. Elle est vicieuse cette douleur là ! Elle commence par m'empêcher de réfléchir, puis mon cœur rate un battement, et enfin je la sens se répandre dans mon corps. Elle me torture comme si c'était tout ce que je méritais. Je ferme les yeux en souhaitant me réveiller de ce cauchemar.

Mais lorsque je rouvre les yeux, ce n'est que pour une seule pensée : où est Marlène ? Et alors j'explose. Je me recroqueville dans la neige en pleurant et hurlant. Je n'ai même pas envie de la chercher. Que lui ont-ils fait à elle ? Ils l'ont noyé ? Ils l'ont brûlé ? Ou alors ils l'ont enlevé comme Sonny et je n'aurais même pas le droit de savoir ce qui lui est arrivé ?

« Maman ? »

Oh va-t-en ! Je me couvre les oreilles de mes mains pour ne plus l'entendre m'appeler. C'est la voix de Marlène, je la reconnais. Je l'entends qui m'appelle. Elle m'appelle à venir la chercher mais je ne veux pas ! Je ne veux pas savoir ce qu'ils lui ont fait !

« Maman ! »

Et soudain on me secoue violemment et d'un coup je suis sur pied. Alastor se tient devant moi. Il n'a plus l'air aussi désagréable, il me regarde comme si je lui faisais pitié. Il commence à ouvrir la bouche mais je n'entends pas ce qu'il me dit. Mon regard suit le sien qui se pose sur Marlène debout face à moi, le visage rouge, les yeux encore noyés par les larmes.

Je cligne une fois des yeux. Marlène est là. Je cligne une nouvelle fois des yeux. Marlène est toujours là. Je ferme les yeux en tentant de retrouver mes esprits. C'est une farce, c'est ça ? L'un de ces mangemorts veut me faire encore souffrir ? Quand je rouvre les yeux Marlène est toujours devant moi. Elle me prend la main en la presse dans la sienne.

« Maman, je t'en prie dis quelque chose ! »

Je l'entends renifler alors que son corps est secoué par un sanglot. Dire quelque chose ? Marlène est donc toujours là ? Je reporte mon regard vers Alastor qui a l'air de ne pas comprendre comme moi comment elle a pu s'en sortir alors que Mathilde et Henriette…

« Elle était prêt de la colline derrière, apparemment elle attendait les… les deux petites. » Marmonne-t-il sans oser jeter un regard aux deux cadavres derrière.

Ma main part aussitôt et sans même réfléchir elle vient s'arrêter sur la joue de Marlène qui tombe à terre sous la force de la gifle. Je voudrais encore la gifler mais Alastor se jette sur moi pour me retenir. Je me débats comme je peux mais il est bien plus fort que moi. Je ne suis rien de plus qu'une allumette qu'il pourrait briser d'un coup de main.

« Je t'avais dit de ne pas sortir ! Je hurle alors contre elle. Je t'avais dit que Mathilde ne devait pas sortir !

_On… on ne voulait pas sortir… c'est vrai… Mathilde est sortie, elle… j'ai… elle voulait… Henriette attendait sur le pont… la tempête s'est levée et… on… on s'est perdue… on ne voyait plus rien et… et… »

Je me débats tellement dans les bras d'Alastor que je finis par réussir à me hisser par-dessus son épaule. Il me bloque et me laisse ainsi comme un sac à patate sur son épaule. Je martèle son dos de coups en hurlant. Il devrait me lâcher ! Il ne sait pas ce que ça fait ! Il ne sait pas ! Non, personne ne peut savoir ! Personne jusqu'au jour où l'on perd son enfant…

Je hurle toujours en me tortillant pour me libérer de son emprise. Je me retrouve d'un coup au sol, plaquée sous sa jambe et cette fois je ne peux plus bouger. Son œil magique se retourne pour voir Marlène qui tremble dans son coin tandis que son autre œil me regarde sévèrement.

« Vous perdez la tête Mrs. Bonham, me crache-t-il avec mépris. Vous êtes une femme qui sombrez chaque jour dans la folie parce que vous ne supportez pas les horreurs que vous voyez. Je sais que les gens comme vous naissent avec une cuillère en argent dans la bouche. Vous n'avez jamais connu la frustration, ni le chagrin, ni rien d'autre que le bonheur jusqu'à ce que cette guerre commence. Vous n'êtes encore qu'une enfant capricieuse qui est incapable de reprendre ses esprits même lorsqu'elle se trouve devant sa propre fille ! Votre fille, oui ! Elle est là, en vie ! Je l'ai ramené pour votre foutu cul de merde ! Elle était sortie avec sa sœur pour la protéger et vous ne faites que lui rejeter la faute dessus ! A votre avis comment pourra-t-elle continuer à vivre si elle croit être responsable de la mort de sa sœur ? Vous êtes une femme horriblement cruelle avec tout ce qui ne vous plaît pas. Vous venez de me confirmer ce que je pensais de vous : vous êtes une mère indigne incapable de savoir comment élever ses enfants.

_Je vous interdis de dire ça vous ne me connaissez pas !

_Vous avez laissé vos filles de six et neuf ans dehors sans aucune protection ! Vous avez cru pouvoir les protéger par une barrière ? Vous les avez plutôt enfermées dans une prison ! Il est tout à fait normal qu'elles aient envie de connaître le monde extérieur. Elles sont jeunes et ne comprennent pas ce qui se passe ici. Elles ne peuvent pas comprendre ! Vous avez cru pouvoir leur parler comme à des adultes ? Elles ne sont pas comme vous, elles n'ont pas vécu les mêmes choses que vous. Vous les avez même empêchées de vivre en les enfermant derrière cette barrière ! Peut-être que vous pouviez vous y accommoder mais elles non. Vous savez à quoi ressemble le monde extérieur, vous avez eu la chance de connaître ce monde sans la guerre, vous l'avez vu de vos propres yeux. Mais elles ? Qu'ont-elles vu mis à part votre jardin ? Je crois vous connaître mieux que vous-même, Mrs. Bonham. Vous devenez folle après ce que vous avez vu, voilà tout !

_Retirez vos paroles tout de suite !

_Ou sinon quoi ?

_Mon mari est votre patron et…

_Ah ! Ricane-t-il. C'est bien ce que je disais : vous êtes une femme horriblement cruelle avec tout ce qui ne vous plaît pas. Je suis chasseur de mages noirs mais je vous assure que si j'apprends que vous vous êtes encore une fois mal comportée avec cette petite, je me chargerai personnellement de m'assurer que vous ne pourrez plus jamais l'approcher.

_Ce n'est pas à vous d'en décider ! Je proteste en essayant de repousser sa jambe qui me bloque au sol.

_Ah oui ? Méfiez-vous Mrs. Bonham, je trouve ça plutôt étrange moi que Jayce Avery soit parti durant la même période que Cygnus Black et quand on regarde attentivement les dates… Leurs « voyages d'affaire » correspondent étrangement au moment où Lord Voldemort a commencé à se faire un nom. Étrange, non ? Je trouve aussi étrange que votre amie Lucy décide de rompre tout lien d'amitié avec Druella Black quand son mari Sonny Gamp a disparu. Exactement comme vous à la mort de votre mère… Si j'en crois les faits, vous les protéger. Vous êtes des leurs.

_Je ne suis pas des leurs ! Ils ont tué ma mère, mon beau-père, et mon elfe de maison ! Maintenant je me retrouve devant le cadavre de ma fille, ouvrez les yeux bordel !

_J'ouvre petit à petit les yeux, croyez-moi. »

Il me relève d'un seul coup avec un regard méprisant que je lui rends volontiers. Je commence à m'approcher de Marlène pour l'aider à se relever mais Alastor me coupe le passage et s'en charge à ma place.

Je jette un coup d'œil vers les cadavres des deux fillettes dont ma petite Mathilde. Elle était gentille, elle n'aurait pas fait de mal à une mouche. Pourquoi elle ? Ils auraient pu choisir n'importe qui mais ils ont choisi ma fille de six ans…

« Rentrons mettre la petite au chaud, on les détachera plus tard.

_Non, je veux le faire maintenant.

_Personne ne risque de les voir, le village moldu a été détruit. Il n'y a plus personne aux alentours.

_Vous pouvez penser ce que vous voulez de moi, je ne laisserai pas ma fille dans cet état. Ramenez Marly à la maison, offrez-lui un chocolat chaud, et attendez-moi. Je m'occupe de ma fille et… et d'Henriette.

_Dites pas n'importe quoi, vous êtes blessée et la tempête…

_Vous savez ce que c'est de perdre une fille ? Je me retourne furieuse. Vous savez ce qu'on ressent ? Non ? Alors cessez de me prendre de haut et d'essayer de m'apprendre ce que je ne sais pas. Je ne suis pas Auror et je n'ai pas eu la vie dure comme vous, certes. Mais je ne laisserai pas ma fille, le sang de mon sang, pourrir sur un pique ! Ramenez Marly sinon elle mourra de froid. »

Marlène n'ose même pas me regarder. Je me sens coupable de ce que je lui ai fait. Ce n'est pas de sa faute, Alastor a raison sur ce point j'ai mal agi. Elle n'est pas responsable de ce désastre. Non, les vrais coupables sont les mangemorts et ce Lord Voldemort. Je ne veux plus connaître cette douleur, je ne les laisserai plus s'approcher de ma famille. C'est hors de question. Je suis remplie d'une rage. La rage de vaincre.


Bon je reconnais que ce chapitre n'est pas très approprié pour la période des fêtes de fin d'année néanmoins j'aimerais vraiment avoir vos impressions sur ce chapitre qui signe un nouveau tournant pour Kim. L'histoire va devenir encore plus sombre pour les quelques chapitres qui restent. De plus, avec la mort plutôt violente des deux petites filles Mathilde et Henriette, j'ai décidé de passer cette fanfiction au rated M.

En espérant que ce chapitre vous aura plu, à bientôt et passer de joyeuses fêtes ! :)