Au moment où Rossi rebroussa son chemin après avoir contourner les objections en faveur de la libération de Hotch, Morgan et Prentiss étaient encore avec leur chef, faisant de leur mieux pour l'aider.

S'ils étaient incapables de le rendre complètement confortable, ils pouvaient au moins le protéger de sujets anxiogènes. Et Derek était prêt à concéder qu'Emily était meilleure que lui dans la douce manipulation et il lui en était gré. En fait, il comptait la sortir pour l'inviter à prendre un verre et lui dire merci au nom de Hotch.

Ils parlaient des détails du crime de la nuit précédente sur un timbre de voix approuvé en milieu hospitalier, lorsque Rossi tapa sur la porte et entra sans attendre leur réponse. Il huma l'ambiance et l'a trouva très thérapeutique, sinon joyeuse. Il esquissa un sourire triomphant et agita les papiers qu'il avait obtenus des médecins réticents.

- Signe sur la ligne pointillée, mon ami, et nous pourrons te faire sortir d'ici dès que tu seras prêt.

- Je suis prêt maintenant, dit Hotch en prenant le stylo fourni par Rossi.

Il signa sans hésitation, même si ses doigts tremblaient encore. Dave récupéra les formulaires et se dirigea vers la porte.

- Je vais prendre soin de ces papiers et te ramener une chaise roulante.

Il vit la crainte passer sur le visage de Hotch.

- Désolé, Aaron. Il n'y a aucun moyen de contourner cette règle. Alors sois gentil, d'accord ?

Le chef de l'unité hocha la tête, quoique d'une manière réticente. Presque aussitôt, son expression trahit son inquiétude et il sembla se rapetisser sur lui-même.

- Hotch ? Qu'est-ce qui se passe ? demanda Prentiss en plissant le front.

Elle avait pensé que les choses se passeraient bien, mais quelque chose n'allait manifestement pas. Tandis que Prentiss fronçait les sourcils, Morgan adopta un sourire rassurant.

- Tout va bien. Je m'occupe de lui, dit-il en désignant la porte du menton. Vous pouvez sortir tous les deux. Je vais aider le patron à se préparer. Après ce qu'il a traversé, la moindre des choses qu'il a besoin est d'une audience pour vérifier s'il est nu sous sa jaquette.

- Oh !

Prentiss saisit les subtilités de ses propos et se leva.

- Rendez-vous sous peu, Hotch.

Emily et Rossi quittèrent la pièce. Morgan adopta une expression calme et tranquille envers son chef.

- D'accord, mec. Je vais t'aider à t'habiller.

Hotch avait fermé les yeux. Il tentait de trouver la force d'une source innée. Son premier instinct fut de refuser toute forme d'aide. Et démontrer qu'il pouvait se débrouiller tout seul.

- Ça va, Morgan. Je peux gérer la situation. Tu n'as pas besoin de rester. Continue la mission.

- Oui, bien sûr, dit Derek en reculant, les bras croisés. Fais ce que tu as à faire, boss. Je reste ici juste au cas où.

Hotch vit la lueur déterminée dans les prunelles de son coéquipier et jongla avec l'idée de lui ordonner de sortir. Il se promit de le faire tout juste après être sorti de son lit et de rester sur des pieds comme preuve d'autonomie. Repoussant les couvertures, il balança les jambes et se redressa… pour s'effondrer aussitôt. La seule chose qui évita à Hotch de s'étaler sur le sol dans une position ignominieuse, membres écartés et jaquette d'hôpital froissée, fut d'agripper la table de chevet à sa portée. Les bras robustes de Morgan étaient prêts à soutenir son chef pendant qu'il luttait pour conserver son équilibre.

La chambre tourbillonnait. La respiration de Hotch se bloqua dans sa gorge. C'était un rappel viscéral des sensations qu'il avait ressenties en luttant sous l'influence de la surdose de drogue injecté par Megan Kane. Un moment de terreur le déchira, accompagné du soupçon qu'elle avait peut-être fait en sorte que son équilibre et sa mobilité soient altérés en permanence.

L'étreinte de Morgan et ses paroles rassurantes le tirèrent hors du gouffre.

- Tout va bien, mec. C'est juste que tu as été alité un long moment. Ton premier lever est un peu ardu. Ralentis. Tu n'as rien à prouver. Spécialement envers moi. Alors ralentis.

Hotch ferma les yeux et tenta de contrôler sa respiration. Il avait quelque chose à prouver. A lui-même. Il avait honte de la panique ressentie à la vue du tube de rouge à lèvres. Oui, c'était une menace qui le raillait, et oui, la montée d'adrénaline avait beaucoup à voir avec les effets persistants de la surdose et l'amenait hors de sa stupeur. Mais ce type de réaction n'avait pas sa place dans le portrait qu'il se faisait de lui-même et qu'il présentait au monde. Il avait construit une image depuis son enfance de garder un strict contrôle. De réagir comme un lâche lorsqu'il était confronté au produit cosmétique d'une femme sapait toute son œuvre.

Hotch se considérait plutôt comme anormalement dépourvu d'émotion plutôt qu'un homme fragile.

S'il était blessé ou profondément effrayé, il ne pouvait s'empêcher d'être un humain. Autant qu'il se détestait pour ça, autant la compassion et l'empathie finiraient par l'emporter. Pourtant, Prentiss avait raison lorsqu'elle disait qu'il n'abandonnerait jamais. Il n'avait jamais cessé de conserver toute cette vulnérabilité derrière une façade dure et soigneusement entretenue. C'était simplement difficile de la garder stationnaire lorsqu'il n'était pas à son meilleur. Et c'est pour ça que je préfère faire ça tout seul. Ils en ont assez vu de moi.

Hotch entendait sa respiration laborieuse. Il pouvait cesser le tremblement, mais il était trop faible pour bannir totalement ses frissons. Il ne voulait pas admettre que les mains solides et rassurantes de Morgan étaient là pour le soutenir et non le contrôler. Tout simplement.

- Je vais bien…je vais bien…

- Je le sais, Hotch. Prends ton temps. Il n'y a pas de quoi se dépêcher.

Cela lui prit un bon moment, mais finalement, le chef de l'unité fut de nouveau en costume. Cela en disait beaucoup sur la capacité silencieuse de Morgan à comprendre, après avoir pris le temps de nouer la cravate de Hotch, puisque les mains de l'homme tremblaient trop pour le faire selon ses normes habituelles.

Enfin, il aida Hotch à enfiler son veston. Debout devant lui, Morgan le regarda de la tête aux pieds.

- Parfait. Et à présent, partons d'ici.

Cette fois, Hotch ne refusa pas l'appui du bras de son coéquipier.

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Megan bailla largement au point de faire craquer ses mâchoires.

Elle admettait sa défaite en lâchant un long soupir. Elle ne pouvait plus attendre davantage que les agents du FBI fasse leur apparition. Elle se dirigea vers sa voiture, démarra le moteur et se glissa dans la circulation.

Juste à temps pour voir l'équipe qui aidait Aaron à se glisser dans l'un de leurs VUS.

La montée d'adrénaline effaça tous les vestiges de fatigue. Toujours chaussée de ses lunettes Stetson, elle conduisait tout près du VUS, sans tenter d'éviter d'être repérée. Elle n'avait pas à s'en soucier. L'équipe était préoccupée à effectuer le court trajet pour conduire leur chef à leur hôtel.

La suspecte entra dans un stationnement et attendit.

Je vais rentrer chez-moi et dormir un peu une fois que je saurai où ils résident. Son sourire s'élargit. Et je sais comment faire pour savoir dans quelle chambre Aaron se trouve.

Tandis que le VUS circulait et s'arrêtait dans une file, l'esprit de Megan réfléchissait à vive allure.

Elle savait exactement ce qui se passerait ensuite. Et cela lui fit un petit pincement au cœur. Jouer avec Aaron était amusant, mais ce serait la dernière fois…