Amis du soir, bonsoir !

Encore un nouveau chapitre pour cette traduction, dont il ne reste plus que trois chapitres, dont l'épilogue. L'aventure touche donc à sa fin…

Peu de reviews dernièrement, mais j'ai pu constater que la fic était tout de même lu par quelques personnes donc…ça fait toujours plaisir ! :) (même si quelques petits commentaires seraient quelquefois le bienvenus !)

Je précise qu'à la fin du chapitre, les phrases en italique sont en réalité en allemand.

Bonne lecture !

CHAPITRE 34

POV Adelina

Je tournai en rond dans ma chambre, jetant de fréquents regards à Nixon. Au cours de la dernière heure et demie, il avait tenté de me convaincre d'aller voir Dick. Pour l'entendre s'excuser du mal qu'il m'avait fait. Mais j'en étais incapable.

« Tu n'auras pas gain de cause, Nix. Je ne peux pas simplement lui pardonner et agir comme si de rien n'était. Il m'a menti. »

Je me tordis les mains, me demandant ce qu'il allait répondre à cela. Ses yeux noirs étincelaient et ses lèvres s'étirèrent en un sourire méchant.

« Adie, tu as pardonné à Ron pour bien pire que ça. Ca fait déjà une semaine. Et tu n'as pas eu à faire face aux conséquences de ce que tu lui as fait. », dit-il d'une voix calme.

Mais sous la surface, sa colère couvait, brûlante. Attendant le moment opportun pour se déchaîner.

« Nix, c'est mon problème. Je suis habituée à ça avec Ron, mais pas avec Dick. », soupirai-je.

En un instant, je revis chaque minute de chaque jour du dernier mois. Et je sus que mes arguments seraient vite balayés. Dick me manquait, et ce n'était qu'une question de temps avant que je n'aie à nouveau besoin de lui. Mais que lui dirais-je ?

Je sais que nous nous sommes embrassés, Dick, mais ça ne voulait rien dire. Je suis amoureuse de Ron. Rien ne peut changer ça.

Non, je ne pouvais pas lui faire endurer cela. Pas après tout ce que nous avions vécu ensemble. Pas après l'avoir embrassé ainsi. En ressentant cette passion brûlante pour lui. J'étais si confuse. J'aurais voulu que les choses reviennent simplement à la normale. Sans être ainsi déchirée entre deux hommes extraordinaires. Je ne voulais plus être malheureuse. Je savais, cependant, que tout celà était impossible. D'autant plus à présent, alors que mon esprit était empli de tout ce que je savais.

« Eh bien, tu ne peux pas les éviter tout les deux pour toujours, Adie. Tu dois faire un choix. », affirma Nix en se levant.

Il traversa la pièce que j'arpentais rapidement, l'agitation de mon esprit m'empêchant de me poser quelque part. Il posa ses deux mains sur mes bras, et m'attira à lui, ses lèvres se posant sur mon front moite. Il y planta un léger baiser avant de s'éloigner.

« Nous bougeons dans deux heures, Adie. », me dit tranquillement Nix avant de refermer la porte derrière lui.

Je poussai un profond soupir. Je savais que je devais prendre une décision. Et il était évident que je devais choisir, mais je savais que mon choix ne se ferait pas en fonction de qui était le meilleur pour moi. Il était question de celui sans qui je ne pouvais vivre, et le choix était donc déjà fait.

Une heure et demi plus tard, je zigzagai entre les camions, mon sac à la main. Du coin de l'œil, je vis quelqu'un s'approcher. Je reconnus immédiatement les larges épaules et la façon dont ses yeux noirs cherchaient mon regard. Mon cœur tambourina dans ma poitrine, et j'inspirai profondément pour que mes mains arrêtent de trembler lorsque mon sac passa dans les siennes. Je me tournai vers lui, happée par la douceur de ses yeux. Je ne pus réprimer le sourire qui me vint aux lèvres.

« Merci. », murmurai-je timidement, incapable de soutenir son regard plus longtemps.

Il se pencha vers moi, son corps frôlant le mien comme il balançait mon sac dans un des camions. Je regardai les visages des hommes alentours avant d'observer Ron à nouveau. Tout ce que j'aurais voulu lui dire s'effaça de mon esprit lorsque sa main rencontra ma joue. Nous restâmes ainsi, nos corps se touchant à peine, pour ce qui sembla être une éternité. Je voulais dire quelque chose. N'importe quoi pourvu que ça diminue la flamme dangereuse qui se propageait lentement dans mes veines, mais ma bouche refusa de fonctionner. J'aurais voulu l'attirer à moi et lui dire que je lui pardonnais, une nouvelle fois. Mais quelque chose me retint. Peut-être le baiser passionné que j'avais échangé avec Dick. Peut-être les mots de Nixon résonnant encore à mes oreilles. Tu as un choix à faire. Ou peut-être était-ce le regard de Ron qui m'empêcha de faire ce que je voulais. Il était empreint de tristesse, sans regrets. Il donnait l'impression de brûler vif dans son enfer personnel. Je réalisai alors qu'il pensait m'avoir perdu à jamais.

« Ron. », dis-je enfin, trouvant le courage.

Devant son visage désespéré, je ne pouvais garder le silence. Ca aurait été irréparable et j'étais déterminée à voir au moins l'un d'entre nous s'en sortir. Ses yeux se fermèrent lorsque son nom franchit mes lèvres.

« Adie, je… »

Sa voix se brisa tandis qu'il faisait un pas loin de moi. Ca m'aurait blessé si je n'avais pas croisé son regard. Il était évident qu'il mobilisait toutes ses forces pour rester loin de moi. Son expression se durcit dans la détermination et je sus que pour l'instant, il se tiendrait éloigné. Je ne m'attendais pas à ce que sa main glisse dans sa veste pour en retirer une petite liasse de papiers. Seul l'un d'entre eux était dans une enveloppe. L'écriture ronde était difficile à lire et je dus m'empêcher d'approcher.

« Je voulais te donner ça. Celle du haut est de William Guarnere. Le reste est…eh bien, je suis sûr que tu le découvriras bien assez vite. », dit-il en me tendant les lettres.

Mon cœur tressauta lorsque ses doigts effleurèrent les miens.

« Merci, Ron. », fis-je, regardant partout sauf vers lui.

Si je l'avais regardé, ma résolution aurait volé en éclats. Si je l'avais regardé, j'aurais bondi dans ses bras et ne l'aurais jamais laissé partir. Il acquiesça, déchiré entre le fait de devoir partir, et le désir de rester près de moi. Avant que l'un de nous ne fasse un mouvement, j'entendis une voix familière empreinte de colère.

« Elle a pris mon chien ! »

La voix de Nixon parvint jusqu'à moi, portée par le vent. Je jetai un coup d'œil à Ron, et lui adressai un petit sourire.

« Désolée. J'aurais aimé rester. », murmurai-je, comblant l'espace entre nous pour lui serrer la main.

Je n'attendis pas sa réaction. Me faufilant aussi rapidement que possible entre les gars, je me dirigeai vers l'endroit où je pensais trouver Nixon. Je savais avant même de le voir que Dick s'y trouverait également. Là où était Nixon, Dick n'était jamais loin. Ainsi, quand je le vis debout près de la jeep, Nixon face à lui, je pensais ne pas être surprise. Mais je le fus. Mon cœur eut un soubresaut douloureux, me serrant la gorge. Les yeux de Nix passèrent rapidement de lui à moi, brillants. Dick, surpris par le calme soudain de son ami, se retourna pour voir ce qui avait détourné son attention. Nos regards se rencontrèrent et je sentis le monde rétrécir autour de moi. Je compris alors combien j'avais été stupide de l'éviter. Le regard qu'il me lança conforta mon choix.

"Adie ?"

Sa voix me tira doucement de mes pensées. Hésitante, encore incertaine de ce que j'allais lui dire, je fis un pas en avant et lui pris la main.

« Dick… », commençai-je, mais il leva la main pour m'empêcher de parler.

Je me mordis les lèvres, le laissant commencer. Il effleura ma joue avant de caresser le dos de ma main.

« Je veux juste que tu saches à quel point je suis désolé. Je n'ai jamais voulu te blesser. Mais je…je comprends à présent que t'éloigner de lui était pire que tout. Tu dois pouvoir prendre tes propres décisions lorsqu'il s'agit de lui. », déclara-t-il, d'une voix calme et basse, afin que je sois la seule à l'entendre.

Je pressai ma main libre contre ma poitrine, y sentant les lettres enfouies dans ma veste. Les mots ne parvenaient pas à sortir. Dick me serra contre lui.

« Merci, Dick. Tu ne sais pas ce que ça signifie pour moi. », soufflai-je en m'accrochant désespéremment à lui.

Il pressa doucement ses lèvres contre mes cheveux. Je sentis son sourire et même le rire qui naquit tout à coup dans sa poitrine.

Je compris qu'il aurait voulu dire plus, mais qu'il ne trouvait pas les mots pour exprimer ses pensées. Je m'écartai légèrement afin de le regarder dans les yeux.

« Est-ce que ça veut dire que je peux revenir dans la Easy ? », demandai-je en plaisantant.

Il leva les yeux au ciel.

« Tais-toi et monte dans la jeep, Adie »

Je ris et me hissai sur la pointe des pieds pour l'embrasser sur la joue.

« Merci, Dick. Vraiment. », dis-je, m'assurant qu'il voit à quel point j'étais réellement reconnaissante.

Il acquiesça et se hissa sur le siège passager comme nous nous apprêtions à partir. Je tournai la tête pour apercevoir le petit sourire de Nixon. J'agitai un doigt dans sa direction.

« Pas un mot, Lewis, ou je vais devoir demander des explications sur ce que tu criais juste avant que j'arrive. », menaçai-je.

Son visage s'assombrit, et il imita Dick, préférant m'ignorer plutôt que de me répondre. Je ris à nouveau, me sentant plus légère et libre que je ne l'avais été depuis des mois. Peut-être que les choses pourraient enfin se remettre dans l'ordre ? Si seulement j'avais su ce qui nous attendait…

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Landsberg, Allemagne

Les camions ralentirent avant de s'arrêter, le bruit des moteurs soudain remplacé par les voix des hommes s'élevant de toutes parts. Je bondis hors de la jeep et regardaient Dick et Nix peu à peu entourés par tous les officiers du Deuxième Bataillon. Dick ordonna à Ron d'envoyer un groupe de gars de la Easy explorer les environs. Désirant m'occuper, je me dirigeai vers ce dernier dès que les officiers se dispersèrent. Il me vit et ses lèvres s'étirèrent en ce sourire que j'aimais tant.

« J'imagine que tu veux te porter volontaire ? », dit-il, avisant mes yeux brillants et mes joues rosies.

« Tu me connais trop bien…Bien sûr que je me porte volontaire. C'est bien mieux que d'aider Eugene à monter un poste de secours que nous plierons de toute façon d'ici trois jours. »

Ron eut un petit rire qui me réchauffa toute entière. Sans que je puisse me retenir, ma main alla saisir la sienne, s'y entremêlant. Il se tendit un instant, avant de se détendre.

« Bien, pas besoin d'avoir recours à la torture ! », lança-t-il, le sarcasme teintant sa voix.

Il me fit un petit sourire, avant de crier, couvrant les conversations autour de nous : « Easy Compagnie ! ». En quelques minutes, les visages familiers de mes compagnons d'armes s'amassèrent autour de nous. Quelques-uns de ceux qui m'avaient taquiné à propos de Ron remarquèrent nos mains enlacées et sourirent. Mais ils ne firent pas de commentaires et je leur en fus reconnaissante.

« Le Major Winters veut que nous explorions le périmètre. Le premier et le deuxième peloton iront dans les bois. Les gars du troisième les contourneront. Adie ira avec le premier. Et soyez prudents, pas de blessés. »

Je vis quelques regards s'élargir sous le sens caché de ses mots.

S'il arrive quoi que ce soit à Adie, je fais tuer chacun d'entre vous.

La vision qu'ils devaient avoir eu de lui lorsque j'avais failli me faire tuer me traversa l'esprit. Je secouai la tête pour en chasser ces images indésirables. Soudain, je sentis l'air froid picoter ma peau à l'endroit où les doigts de Ron s'étaient trouvés. Mes yeux s'ouvrient et je laissai échappai un gémissement. La crainte qu'il me quitte à présent était irrationnelle et j'étais incapable de l'expliquer. Je le regardai et il essaya de dissimuler le fait qu'il m'ait entendu en se retournant pour regarder les hommes encore autour de nous.

« Très bien, bonne chance, les gars. Bouclez ça en une heure et vous aurez la nuit de libre. »

Nous hochâmes tous la tête et, incertaine de la manière de dire au revoir, je me détournai de Ron et suivis les autres. A peine eus-je fais deux pas que ses doigts se refermèrent sur mon poignet. Je me crispai, ressentant un plaisir coupable qu'il ne m'ait pas laissé partir sans rien faire. Il me regarda, ses yeux assombris d'un sentiment sur lequel je ne pus mettre de nom.

« Fais attention, Adie, s'il te plait. Je ne le supporterais pas si tu étais blessée à nouveau. »

Sa voix ronronna de séduction à mon oreille. Le frémissement d'extase qui me parcourut fit entrouvrir mes lèvres. La plainte douce qui s'éleva dans l'air augmenta son emprise sur moi. Dans un grognement, il embrassa ma joue avant de me relâcher. Je souris, malicieuse.

« Tu sais, nous pourrions aussi aller jusqu'à ta chambre et tu pourrais faire de moi tout ce que tu voudrais. », fis-je, m'assurant qu'il soit le seul à m'entendre.

Il me surprit en m'adressant un clin d'oeil avant de pousser vers le soldat qui attendait, regardant partout sauf vers nous. Mon cœur se gonfla de bonheur. Je ne pouvais pas croire qu'à peine quelques heures auparavant, j'avais croulé sous le désespoir. Mais je ne m'en plaignais pas. C'est tout ce que j'avais voulu. Un bref répit dans la grisaille de mon monde. J'envoyai une prière silencieuse de remerciements à tous les dieux en mesure de m'entendre. Lorsque je prêtai à nouveau attention aux hommes autour de moi, je vis qu'ils me regardaient, amusés. Tous sauf O'Keefe qui parraissait légèrement nerveux, et apeuré par tout. J'haussai un sourcil à leur intention et me faufilai au milieu du groupe, près de Perconte.

« Je sais que vous mourrez tous d'envie de lâcher vos commentaires. Mais passez à autre chose. », lançai-je, souriant malgré mon agacement. Luz fut le premier à rire.

« Par l'enfer, qu'est-ce que c'était que ça, Adie ? Speirs te déshabillait du regard ! », fit-il en agitant ses sourcils vers moi. Je levai les yeux au ciel, le rouge me montant aux joues.

« Bien sûr que non, George ! »

« Bien sûr que si, mon cœur. », lança Alley par-dessus son épaule.

Je résistai à l'envie de taper du pied dans la frustration. Je savais que cela ne les ferait que me taquiner encore plus.

« Très bien, même si c'était le cas, je suis sûre que vous ne voulez rien en savoir ! », affirmai-je. Ils eurent tous des moues de dégout.

« Adie ! », gémirent Perconte et Luz en même temps. Je ricanai en enfouissant mes mains dans mes poches.

« Ainsi va le monde, les gars. Ne vous moquez pas de quelqu'un qui vous connaît trop bien. », déclarai-je, la jubilation faisant trembler ma voix.

« Le seul but de te taquiner est de te faire rougir et de te voir complètement paumée. Pas pour que tu nous renvoies toutes nos moqueries en pleine face, Adie. Sinon, où est l'amusement ? »

« Je m'amuses. », rétorquai-je vivement. Mais mon sourire quitta aussitôt mon visage lorsque je vis un mouvement à travers les arbres. « Est-ce que vous voyez ce que je vois ? »

Je les vis acquiescer en silence. Alley mit un doigt sur ses lèvres, et prit la tête de notre groupe vers l'orée de la forêt. Perconte et Luz, au milieu du groupe me placèrent entre eux. Je me laissai faire sans broncher, mes doigts se resserrant douloureusement sur mon sac.

Ce fut l'odeur qui nous frappa en premier. L'odeur de la souffrance et de la mort. Pire que tout ce que nous aurions pu imaginer. L'odeur de chair brûlée se mêlait à celle des cadavres en décomposition et des excréments humains. Je gardai les yeux fermés, mon cœur martelant ma poitrine.

Les arbres s'éclaircissaient et nos yeux s'habituèrent à la lumière du soleil brillant à travers les nuages, je sentis un frisson me parcourir. Et tout à coup, la nausée m'envahit. Devant nous, une clotûre de fil de fer s'érigeait, enfermant des squelettes paraissant vivre, respirer, parler. Ils se tenaient à quelque distance de la clotûre les séparant de nous. Leurs chemises étaient ouvertes, exposant leurs côtes saillantes et leurs poitrines sales. Je fis un pas en avant, portée par la nécessité de venir en aide à ces gens. Mais une main se referma sur la mienne.

« Non, Adelina. Je sais que c'est dur, mais j'ai besoin que tu retournes au QG. Dis à Winters, Speirs, ou n'importe qui que nous avons trouvé quelque chose. »

J'hochai la tête et il me relâcha. Je croisai les regards des prisonniers et je sentis mon cœur se serrer douloureusement. La plupart d'entre eux avaient le regard vide. Comme s'ils avaient déjà renoncé à cette vie. Mais quelques-uns semblaient conscients de notre présence. Leurs mains osseuses bougeaient, nous faisant signe faiblement. Je fermai les yeux un instant, tentant de faire disparaître les images qui se gravaient dans mon esprit. En vain. Je savais que je ne parviendrais jamais à oublier ça, aussi longtemps que je vivrais.

« Vas-y, Adie ! », me crièrent Luz et Bull.

Je sursautai et partis. Mes jambes bougèrent sous moi, me dépaçant plus rapidement que jamais. Plus vite, encore plus vite. Pourtant, je savais que je n'irais jamais assez vite. Ces personnes souffraient et je n'allais pas assez vite. Mon pouls pulsait dans ma tête, mes jambes, ma gorge. J'inhalai de longues goulées d'air. Et finalement, j'aperçus des hommes. Je reconnus Popeye et je saisis sa main. Mes yeux étaient hagards et mes jambes tremblaient si fort que je crus défaillir.

« Où est Winters ? », lui demandai-je, ma voix hachée tragissant mon manque d'air. Popeye haussa les épaules avant de me regarder.

« Qu'est-ce qui se passe, Adie ? », interrogea-t-il, mais je ne répondis pas. Je courus jusqu'à Babe, lui posant la même question.

« Speirs est dans ces bâtiments là-bas… », me dit-il en pointant du doigt le bout de la route.

C'était trop loin. J'hésitai entre courir là-bas ou tenter de trouver Dick, qui devait certainement être plus proche. Je me décidai en un instant et repartis. Mes poumons étaient sur le point d'exploser lorsque je pénétrais dans le bâtiment où j'espérais trouver Ron.

« Ron ? », appelai-je, ouvrant la bouche en tentant de reprendre ma respiration. Quand sa tête surgit au bout du couloir, je soupirai de soulagement. Je me précipitai vers lui et lui pris la main.

« Ron, on a trouvé quelque chose, je… »

Voyant ma panique, il saisit mon visage entre ses mains et me força à le regarder.

« Adie, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-il arrivé ? »

Je sentis les larmes me monter aux yeux et rouler sur mes joues. Je secouai la tête, les mots me manquant. Ron hocha imperceptiblement la tête, et me prit la main. Sans hésiter une seconde de plus, il me souleva dans ses bras et courut jusqu'à la porte. J'enroulai mes bras autour de son cou, m'aggrippant désespéremment à lui. Je savais qui avait fait ça à tous ces pauvres gens. Les hommes auprès de qui j'étais restée chaque minute de chaque jour pendant près de deux ans. J'avais connu la même peine que ces gens, et partagé une infime parcelle de leur souffrance. Et comme pour accentuer les ressemblances, c'était la même compagnie qui venait les secourir. Je m'accrochai à cette pensée. A cet espoir qu'il n'était peut-être pas trop tard pour les sauver.

Lorsque j'entendis la voix de Ron, douce et apaisante à mon oreille, je réalisai que les sanglots secouaient mon corps. Je frissonnai, souhaitant que le moment à venir n'arrive jamais. Mais je pouvais le sentir, à la limite de mon subconscient, attendant le moment propice pour frapper. Les secrets que j'avais depuis longtemps enfouis dans mon âme aspiraient désormais à être dévoilés. Mais je savais que je devrais attendre. Il fallait que je sois seule pour que ces souvenirs soient libérés.

« Dick, c'est Adie. Ca ne va pas. »

L'horreur dans la voix de Ron claqua dans l'air. J'inspirai profondément dans le but de me calmer et de pouvoir me concentrer sur la situation. Il fallait apporter à ces gens de la nourriture et de l'eau le plus vite possible.

« Ca va. J'ai juste…Nous devons retourner là-bas. », dis-je en essuyant frénétiquement mes larmes.

Dick et Ron échangèrent un regard, mais choisirent de ne rien dire.

« Très bien. Nous attendrons que tout le monde revienne et puis nous irons là-bas. », déclara Dick, les yeux brillants avec force.

Ron insista pour que je reste près de lui le temps que le reste de la Easy revienne. Je m'aggripai à sa main, mes doigts entrelacés aux siens.

Finalement, il nous fallu une heure pour être prêts à partir. Je m'assis dans la jeep de tête avec Lipton, Dick et Ron, indiquant à Dick la direction à prendre, les camions nous suivant de près. Lorsque nous arrivâmes, je pus sentir la tension flottant dans l'air. Presque palpable. Je sautai hors de la jeep, prête à agir. A faire n'importe quoi pour aider ces personnnes. Jusqu'à ce que je réalise qu'il n'y avait que des hommes le long de la clôture. Mes yeux cherchèrent frénétiquement, mais je ne vis aucune femme parmi eux. Intriguée, je me tournai vers Dick, qui m'avait rejoint. Son visage était crispé de dégoût et de tristesse pour ces gens.

« Ouvrez. », ordonna-t-il à Alley et Luz, qui obéirent immédiatement et coupèrent les chaînes, dévérouillant les portes de cet enfer terrestre.

Je sentis une présence près de moi et vit dans les yeux de Ron quelque chose qui me fit l'aimer encore plus. Je pus y voir ce qu'il m'avait jusque là réservé. Je pus y voir l'horreur et le chagrin. Et même face à toute cette souffrance, je réussis à sourire légèrement lorsque mes doigts se refermèrent sur les siens. Je l'entraînai avec moi, mes jambes avançant vers toutes ces personnes ayant besoin de notre aide. Comme nous nous avancions, je vis Nix et Dick, le visage assombri de colère tandis que nous voyions des hommes sortir d'autres abris dans le lointain. Je ravalai difficilement mes larmes. Chacun d'entre nous était marqué par ce spectacle. Mais plus que ça, je savais que ces hommes, s'ils survivaient, ne pourraient pas rapporter la réalité des horreurs qu'ils avaient enduré ici.

Un homme se tenait debout devant la foule. Il nous regardait attentivement, se tâtant à nous approcher. Décidant de mettre fin à son combat intérieur, je lâchai la main de Ron et m'avançait vers lui.

« Nous sommes là pour vous aider. », dis-je en allemand, lui prenant le bras avec soin pour le conduire jusqu'à Dick, Nix et Ron.

Ils me regardaient tous avec une sorte d'admiration sur le visage. Lorsque nous fumes tous réunis, je me tournai à nouveau vers lui.

« Est-ce que vous parlez anglais ? »

Il secoua rapidement la tête. Ses yeux me regardaient avec émerveillement. Je me souvins qu'il n'avait probablement pas vu de femme depuis longtemps. Je fermai les yeux, intériorisant mes émotions pour me concentrer sur ma tâche.

« Où sont les gardes ? »

Il fronça les sourcils sous l'effort de la réflexion. Enfin, il répondit :

« Ils sont partis ce matin. Ils…Ils ont brûlé certains abris là-bas. Et ceux qui ont tenté de les arrêter ont été abattus. »

Je déglutis, souhaitant de tout mon cœur ne pas me trouver ici en cet instant. Souhaitant que tout ça ne soit jamais arrivé. Mais je ne pouvais pas changer le passé. Je ne pouvais qu'améliorer un peu l'avenir de ces gens.

« Il dit que les gardes sont partis ce matin et qu'ils ont brûlé une partie des abris par là. »

« Mon Dieu ! », balbutia Nixon.

« Il a aussi dit que certains prisonniers ont voulu les arrêter mais qu'ils ont été tués. Ils en ont tués le plus possible avant de partir vers le sud. », dis-je avant de me mordre les lèvres et d'enfouir mes mains dans mes poches, afin de dissimuler leur tremblement. Nixon fut le premier à attirer mon attention. Son visage était crispé sous l'inquiétude et la colère retenue.

« Dick, peut-être devrions-nous trouver quelqu'un d'autre pour ça. Elle ne devrait pas assister à tout ça. », dit-il.

Je secouai la tête, et saisis la main de Dick comme il se tournait vers Lipton.

« Je peux le faire. », assurai-je d'un ton déterminé.

Je pouvais le faire. Je devais le faire. Je devais trouver le courage d'être là pour les autres.

« S'ils sont partis vers le sud, c'est que quelqu'un les a prévenu que nous arrivions. », dis-je, mes yeux s'élargissant devant cette évidence. Comment pouvait-on être au courant de tout ça sans rien aire pour l'arrêter ? Comment avait-on pu fermer les yeux sur ce que les Nazis faisaient à ces gens en apparence innocents ?

« Pouvez-vous me dire qu'est-ce que c'est que ce camp ? Pourquoi êtes-vous ici ? »

L'homme se gratta la tête, le visage crispé devant la question. Je lui serrai le bras, rassurante. Je sentis qu'instinctivement, il voulut s'éloigner, mais il se retint. Il me regarda dans les yeux. Il dut y déceler quelque chose car un léger sourire naquit sur ces lèvres. Il se racla la gorge, regardant les autres qui nous fixaient, avant que son regard ne revienne à moi.

« C'est un camp de travail pour les indésirables de la société allemande. »

« Il dit que c'est un camp de travail et qu'ils sont ici parce qu'ils sont indésirables. »

Dick déplaça son poids d'un pied sur l'autre, son front crispé d'angoisse, les sourcils froncés.

« Indésirables ? », répéta-t-il, visiblement déconcerté. « Comme des criminels ? »

« Je ne pense pas, Dick. », murmurai-je doucement, le regardant un instant.

Reportant mon attention à l'homme : « Indésirables comme des criminels? »

Son regard s'assombrit. Il secoua farouchement la tête.

« Pas des criminels. Des médecins, des avocats, des bouchers, des boulangers. Nous sommes tous des gens normaux. », affirma-t-il.

Je traduis ces mots pour les autres. Quand j'eus terminé, il ajouta autre chose. Autre chose qui changerait nos vies à jamais.

« Nous ne sommes pas ici à cause de ce que nous avons fait, mais à cause de ce que nous sommes. Hitler et son Allemagne nous ont enfermé ici parce que nous sommes juifs. Polonais. Et tziganes. Nous faisons honte à leur aristocratie, alors ils nous ont enfermés dans ce camp. Pour nous exterminer. »

Le souffle coupé, je portai ma main à ma bouche. J'aggripai son bras plus fermement, ne sachant que dire ou comment réagir.

« Mon Dieu… », soufflai-je, l'air semblant avoir tout à coup déserté mes poumons. « Ils sont juifs, polonais, ou tziganes. Hitler les a mis là pour qu'ils travaillent jusqu'à leur mort. C'est une extermination des indésirables de la société allemande. »

Je sentis la tension dans l'air, émanant des quatre hommes autour de moi. Quant à moi, je ne ressentais lus rien hormis une crainte glacée sur tout mon corps. Avant que la pleine mesure de la situation n'atteigne mon esprit, il saisit ma main.

« Mademoiselle, le camp des femmes est quelque part à proximité. Je crois avoir entendu un des gardes dire qu'il se trouvait à la gare suivante. »

Mon sang se mit à bouillir et je me demandais combien de temps il nous faudrait pour parvenir là-bas.

« Vous êtes sûr ? »

« Oui, je n'ai jamais été aussi sûr de quelque chose de toute ma vie, mademoiselle. »

« Merci beaucoup pour votre aide. Vous ne savez pas ce que cela signifie pour vous tous. »

Mais il était déjà parti, ses yeux prenant le même aspect vitreux que beaucoup d'autres. Je frémis, essayant de garder un semblant de bon sens.

« Qu'a-t-il dit, Adie ? », me demanda doucement Ron, sa voix m'aparrsaissant lointaine. Je me tournai lentement vers lui. Mes lèvres se tordirent en une grimace.

« Il a dit que le camp des femmes est à la gare suivante. », lui répondis-je, ma voix à peine plus haute qu'un murmure.

Je frissonnai à l'idée de ce qu'elles avaient du endurer. Des femmes seules, de l'alcool, des soldats…Ca n'avait jamais été un bon mélange. En plus de mourir de faim, d'être sales, beaucoup d'hommes avaient dû abuser d'elles. A cette pensée, je regardai Dick, redressant les épaules, et la détermination envahissant mon regard. J'avais un but à présent. Apporter de l'aide à ces femmes le plus vite possible.

« Dick, je dois y aller. Peux-tu envoyer un peloton avec moi ? », demandai-je, priant pour qu'il accepte.

Dick me regarda, ses yeux me sondant. Ce qu'il vit amena un sourire sur son visage sombre et il acquiesça.

« Tu peux prendre le second peloton. Et je peux vous donner un camion et une jeep. Dès que vous aurez trouvé, revenez. Nous avons besoin de nourriture et d'eau pour ces gens le plus vite possible. »

J'hochai la tête, me hissant sur la tête des pieds pour l'étreindre rapidement.

« Merci beaucoup, Dick. »