Coucou c'est encore moi !

Voilà, cette fois il s'agit vraiment d'un chapitre inédit, c'est promis.

J'espère que vous aimerez, et rappelez-vous que si vous me tuée, vous n'aurez jamais la fin de cette fic !

Bonne lecture, et comme toujours, j'attends vos commentaires avec impatience...

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Chapitre 34 :

POV de Rick :

« Accélère Espo ! » grondai-je en me penchant en avant, comme pour mieux percevoir le souffle haletant de Kate.

Mais le problème, c'était que je n'entendais que le grondement de mon sang dans mes oreilles, comme si la peur panique que j'éprouvais occultait tout le reste, m'empêchant de savoir si Kate allait bien, me punissant de mon attitude envers elle. Dès que la première détonation avait explosée dans l'habitacle, j'avais réalisé un fait que j'avais occulté jusque-là. Alexis n'était pas la seule que je risquais de perdre, car malgré ce que j'avais tendance à penser, Kate n'était pas une héroïne des temps modernes, et elle n'avait pas de super pouvoir. Et lorsqu'on lui tirait dessus, elle saignait comme le commun des mortels. Le souvenir cuisant que je gardais de sa dernière blessure ne me le rappelait que trop bien. Et parce que j'avais été injuste avec elle, elle allait se mettre en danger volontairement, se montrant peut-être un peu moins prudente qu'elle ne l'était habituellement, et ce dans le seul but de me ramener ma fille saine et sauve.

« Beckett, vous me recevez ? » s'exclama Ryan en attrapant la radio, les doigts crispés autour.

Seul le grésillement de la fréquence nous répondit, et nous échangeâmes tous trois un regard chargé d'inquiétude dans le rétroviseur central. Sans que j'aie besoin de dire quoi que ce soit, Espo appuya sur l'accélérateur, faisant bondir la voiture, et il fila dans les rues. Nous n'étions plus qu'à deux blocs de chez Kate, et pourtant, j'avais la désagréable impression que nous avions encore toute la ville à traverser avant de la rejoindre. Chacun de mes muscles étaient tendus à bloc, et j'avais l'impression qu'en cet instant, j'étais aussi dur au touché que mon copain Superman. Impuissant, je tendis l'oreille, espérant entendre enfin la voix de Kate, ou bien celle d'Alexis, mais seul le silence répondit à mes angoisses.

« Beckett, nous serons là dans moins de cinq minutes, quelle est la situation ? » retenta Ryan, de plus en plus tendu à mesure que le silence de Kate se prolongeait.

« Bon sang, pourquoi ne répond-elle pas ? » grognai-je, frustré d'être ici au lieu d'être à ses côtés, à ma place.

Comme si elle avait entendu ma question, un grésillement se fit entendre, puis la voix haletante, et légèrement étouffée de Kate se fit entendre.

« Le suspect s'enfuit à bord d'une voiture de patrouille, je le prend en chasse ! » s'exclama-t-elle, et nous entendîmes le claquement de plusieurs portières.

Soudain, le moteur d'une voiture rugit, et je reconnu sans mal la voiture de Kate. De peur de la distraire, je me retins de lui demander des nouvelles d'Alexis, même si j'en mourrais d'envie. Ryan me lança un regard apaisant, et je compris qu'il allait se charger d'aller aux nouvelles pour moi.

« Reçu Beckett, donnez-nous votre itinéraire pour que nous vous rejoignons » lança-t-il alors qu'Espo déboulait dans la rue de Kate.

Il hésita à s'arrêter en apercevant son collègue à terre, mais poursuivit sa course en voyant les secours surgir derrière nous. Reprenant de la vitesse, il se lança sur les traces de Kate et de notre suspect.

« Que s'est-il passé Beckett ? » demanda le latino en s'emparant de la radio.

« La femme inconnue ainsi qu'Alexis sont avec moi. Celle-ci affirme être la mère d'Eva, ou plutôt Beckie, et face à la réaction de cette dernière, j'aurais tendance à la croire » commença-t-elle à expliquer avant que je ne l'interrompe.

« Oh mon Dieu ! Alexis va bien ? » m'inquiétai-je, incapable de me contenir.

« Oui papa, ne t'inquiète pas ! » me parvint la voix de ma fille.

J'y perçu encore une trace de la peur qu'elle avait ressentie, mais déjà elle se remettait, se sachant en sécurité auprès de Kate.

« Dieu merci… Merci Kate, merci d'avoir sauvé mon bébé… » soufflai-je, la voix étranglée par l'émotion.

« De rien Castle, je n'ai fait que mon devoir » répliqua froidement Kate, et je compris qu'il ne me serait pas aisé de me faire pardonner mes paroles malheureuses.

« Et Ev… Beckie ? » s'enquit Ryan en grimaçant au ton polaire de la jeune femme.

« Elle s'est évanouie en apercevant sa mère, obligeant Père à relâcher Alexis qui en a profité pour se réfugier derrière une voiture. Père a emmené Beckie avec lui » répondit sombrement Beckett.

Le crissement de pneus sur l'asphalte nous apprit qu'elle venait de prendre un virage serré, ce qu'elle nous confirma en nous indiquant dans quelle rue elle venait de tourner.

« En passant par-là, on devrait les rattraper plus rapidement ! » indiqua Ryan en désignant une rue latérale sur notre gauche.

Espo hocha la tête et braqua, nous faisant prendre le tournant à une telle vitesse que je glissai de quelques centimètres sur la banquette arrière, ayant détachée ma ceinture au moment où j'avais entendu la voix de Kate dans la radio. Mais je n'y prêtai pas garde et restai concentré sur la conversation. Même si j'étais rassuré sur le sort de ma fille, il n'en restait pas moins que tout danger n'était pas écarté, pas alors que Kate était lancée à la poursuite de ce détraqué de Père.

« Beckett, où êtes-vous ? » demanda Esposito en débouchant dans la dernière rue que Kate nous avait indiquée.

« Il a fait demi-tour et retourne vers le centre-ville » nous apprit-elle d'une voix assourdie, et je sus qu'elle devait serrer les dents à la fois de concentration et d'agacement.

« Il cherche à vous semer » en déduisit Ryan en pointant du doigt une autre allée si étroite que j'eus peur que la voiture ne passe pas.

« Je sais, mais je ne le lâcherai pas. Prévenez les renforts il faut qu'on le coince avant qu'il n'arrive en centre ville et ne sème la panique parmi les conducteurs. Pas question que nous ayons un carambolage à expliquer à Gates » leur intima-t-elle en faisant crisser ses pneus.

« Vous n'avez pas peur qu'il panique et ne fonce dans le tas ? » s'enquit Espo en fronçant les sourcils.

« Demandez aux renforts de bloquer les rues latérales, obligez-le à se diriger vers la zone portuaire » répliqua Beckett.

« Bonne idée ! » approuvai-je en hochant la tête d'approbation.

« Et oui, il m'arrive de penser de temps en temps ! » rétorqua-t-elle acidement avant de couper la communication.

« Vieux, je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais tu ferais bien de te faire pardonner et vite, parce que je n'ai aucune envie d'avoir à faire à Kick Ass Killeuse Beckett dans les jours à venir » m'avertit Ryan en se tortillant à cette seule pensée.

Prudemment, je gardai le silence, préférant ne rien leur divulguer, sachant qu'ils seraient capables de me faire la peau pour avoir osé me comporter ainsi avec celles qu'ils considéraient comme leur petite sœur, surtout Espo. J'avais déjà pu constater à quel point il pouvait se montrer protecteur envers Kate dans le passé, et je ne voulais pour rien au monde subir ses remontrances. Je savais que j'avais probablement réduit à néant toutes mes chances avec Kate, mais je ne battrais pas en retraite sans me battre.

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POV de Kate :

Je sentis le regard intrigué d'Alexis sur moi, mais feignant de me concentrer sur la route afin de ne pas perdre la voiture de Père des yeux, je l'ignorai. Ce n'était ni le lieu ni le moment pour répondre à ses questions, mais je savais que mes échanges tendus avec son père avait titillé sa curiosité, et que tôt ou tard, elle passerait à l'attaque.

« Kate ? » m'appela l'adolescente d'une voix incertaine, comme si elle craignait ma réaction.

« Pas maintenant Alexis, je ne veux pas le perdre de vue, pas alors que Beckie est avec lui » la stoppai-je en lui jetant un bref regard dans le rétroviseur.

« Alors il s'agit bien de ma fille n'est-ce pas ? Je n'ai pas rêvé, c'est bien elle » s'exclama madame Kates en se penchant légèrement en avant, accrochant mon regard dans le rétroviseur.

« Je le pense madame. Certains de ses souvenirs tendent dans ce sens. Elle m'a parlé d'un dénommé Elie, ainsi que d'une Lily. Et elle a également prononcé son prénom à plusieurs reprises, même si elle n'en a pas réellement eu conscience » lui expliquai-je avant de m'enquérir, intriguée « comment avez-vous su où la trouver ? »

« Grâce à l'avis de recherche que vous avez envoyé. Après l'enlèvement de Beckie, ma famille et moi avons créé la fondation Rebecca Swan qui a pour vocation de venir en aide aux familles dont un membre a été enlevé. Je travaille donc en étroite collaboration avec la police, et quand j'ai vu le visage de mon bébé, j'ai été incapable de ne pas venir m'assurer par moi-même que c'était bien elle… » me révéla cette femme, le regard embué de larmes.

« J'ai entendu parler de votre fondation, vous avez aidé un grand nombre de familles, et je pense qu'il est temps que ce soit votre famille qui soit de nouveau réunie » murmurai-je en hésitant à lui révéler ce que Beckie avait vécue.

« Elle ne m'a pas reconnue… Que lui est-il arrivé ? » voulut-elle savoir en pinçant ses lèvres, se préparant à entendre le pire.

« Je vous expliquerai tout, mais pour le moment, le plus urgent est de les rattraper et de récupérer Beckie avant qu'il ne la fasse de nouveau disparaître de la surface de la Terre » biaisai-je en sachant que l'idée de perdre sa fille alors qu'elle l'avait enfin retrouvée mettrait provisoirement fin à sa curiosité.

« Je n'ai prévenu personne que je venais ici, je ne voulais pas que ma famille soit une fois de plus déçue si jamais… » murmura faiblement la mère de Beckie, sa voix s'éteignant avant qu'elle ne finisse sa phrase.

« Je vous promets que cette fois vous rentrerez chez vous avec votre fille… » déclarai-je fermement, bien décidée à sauver Beckie des griffes de ce monstre.

« Kate… » souffla Alexis, me couvant du même regard inquiet que celui qu'avait Castle lorsqu'il me sentait en danger.

« Tout ira bien Alexis, et tu seras très bientôt auprès de ton père » lui souris-je, tout en fuyant son regard, l'empêchant ainsi de lire en moi comme son père arrivait toujours à le faire.

« Ce n'est pas ce qui m'inquiète pour le moment… » protesta-t-elle en fronçant les sourcils, son inquiétude s'accroissant.

« Beckett, les patrouilles sont en place, toutes les rues sont bouclées, nous arriverons face à vous pour coincer ce salop » entendis-je Espo m'annoncer, m'évitant ainsi de m'étendre sur la question.

« Rodger. Père a pris la direction du port. Je vais tenter de lui couper la route en prenant un raccourci… » déclarai-je en fonçant à travers une petite rue latérale.

Rapidement, je me passai mentalement les différentes options qui s'offraient à moi. Avec deux civiles à mon bord, je ne pouvais pas agir sans tenir compte des conséquences. La meilleure option était de les faire descendre de la voiture en indiquant aux Gars où les récupérer. Je perdrais quelques précieuses secondes, mais une fois seule, je pourrais agir plus librement. Alors que nous déboulions de la ruelle, je cherchai des yeux un endroit où je pourrai déposer mes passagères sans pour autant les mettre en danger le temps que les Gars viennent les récupérer.

« Kate ! là ! » s'exclama soudainement Alexis en se penchant en avant, pointant du doigt un point sur la gauche.

Freinant violemment, je tournai la tête dans la direction indiquée, et constatai que la voiture que Père avait volée était stationnée derrière un bâtiment abandonné.

« Les Gars, Père s'est planqué derrière l'ancienne boîte de nuit. Je vais me garer dans la rue adjacente et y faire un saut à pieds… » lançai-je dans la radio, coupant avant d'entendre les protestations de mes collègues.

« Kate tu ne devrais pas y aller seule, c'est sûrement un piège… » protesta Alexis en agrippant mon bras avec force, refusant de me laisser sortir.

« Alexis, je dois aller m'assurer que Beckie va bien, et si possible la tirer de là » déclarai-je posément avant d'ajouter en entourant les mains glacées de l'adolescente des miennes « Je ne prendrais pas de risques inutiles, mais je ne peux pas la laisser là-bas »

« Je sais, mais tu devrais attendre que papa et les Gars soient là… » souffla-t-elle en se mordillant nerveusement la lèvre.

« Ils me rejoindront lorsqu'ils arriveront, mais je ne peux pas courir le risque que Père en profite pour se volatiliser en emportant Beckie avec lui. Il n'a pas choisi cet endroit pour se garer au hasard, et il est peut-être en train de s'enfuir pendant que je t'explique la situation » lançai-je fermement.

Avec douceur, je détachai ses doigts de mon bras, puis vérifiant qu'il n'y avait aucun danger alentour, j'ouvrais ma portière et sortais de la voiture.

« Dès que je suis partie, verrouillées les portières, et cachez-vous. En cas d'ennuis, utilisez la radio pour prévenir les Gars, mais ils devraient être là très vite » déclarai-je, mon regard passant d'Alexis à cette femme que je connaissais à peine.

Hésitante, je me demandai si je faisais bien de laisser Alexis seule avec cette quasi-étrangère. Mon instinct me soufflait qu'elle était bien ce qu'elle prétendait être, mais en ce moment, celui-ci avait tendance à me faire défaut. Il suffisait de voir le fiasco de mon début de relation avec Castle. Il m'avait bien remis à ma place, me faisant comprendre que je n'avais pas à espérer plus qu'une liaison éphémère. Il m'aimait, mais pas assez pour me faire confiance au sujet de sa fille. Et je savais que c'était ce qui avait mené à l'échec de son mariage d'avec Gina. Alors comment espérer que nous passerions l'obstacle s'il ne nous en laissait pas l'occasion ? Mais je ne devais pas penser à cela, pas maintenant.

« Allez-y, nous nous débrouillerons » me rassura-t-elle, comme si elle avait suivi le cours de mes pensées.

D'un hochement de tête, je me redressai sur un dernier sourire à Alexis, refermai silencieusement ma portière, puis m'élançai vers la voiture de patrouille volée, une main posée sur mon arme de service dont j'avais défait l'attache pour le cas où je devrais dégainer rapidement. Courant aussi vite que possible en veillant à ne pas me faire repérer, j'arrivai très vite derrière la voiture. M'accroupissant, je repris mon souffle, tendant l'oreille pour tenter de repérer une quelconque présence à l'intérieur du véhicule, puis, toujours accroupie, je contournai la voiture pour atteindre le côté passager. Me redressant légèrement, je jetai un œil à l'intérieur, et constatai qu'en dehors de Beckie, celle-ci était déserte. Dans un froncement de sourcils, je sondai les environs du regard, tentant de savoir où était parti Père, puis décidai de m'en préoccuper plus tard. Pour le moment, je devais sortir Beckie et la ramener à ma voiture. Je verrai ensuite pour le reste.

Veillant à faire le moins de bruit possible, j'ouvris le véhicule, et avec douceur, tirai Beckie vers moi, priant pour ne pas la réveiller. Alexis m'avait expliqué que de voir Père l'avait fait rechuter, même si elle avait donné des signes de rébellion, elle s'était plutôt montrée docile et obéissante, et je ne voulais pas qu'elle se mette à hurler en m'apercevant, avertissant ainsi Père de ma présence. Dès que Beckie fut presque sortie de la voiture, je me relevai et la pris dans mes bras, chancelant légèrement sous son poids, maudissant mon partenaire de ne pas être là pour la porter à ma place. Serrant les dents, et sans refermer la portière, je rebroussai chemin, et aussi vite que je le pus, retournai à ma voiture. En me voyant approcher, mon précieux chargement dans les bras, Madame Kates se précipita dehors, suivie de près par Alexis, et vint m'aider à installer Beckie à l'arrière de la voiture.

« Mon Dieu, mon bébé.. » souffla-t-elle alors que des larmes silencieuses coulaient sur ses joues pendant qu'elle caressait tendrement le visage de sa fille.

« Et Père ? » me demanda Alexis, partagée entre soulagement et angoisse persistante.

« Il n'était pas dans la voiture, ce qui me conforte dans l'idée qu'il connaît les lieux. » soupirai-je avant d'ajouter « Je dois y retourner et tenter de lui mettre la main dessus »

« Non Kate, attends les renforts cette fois. Père est très dangereux, si tu avais vu la façon dont il s'est battu contre Anne, tu te montrerais plus prudente » protesta Alexis en me barrant la route.

« Alexis, si jamais il s'échappe, il reviendra pour récupérer Beckie, et toi aussi par la même occasion, et il n'est pas question que je le laisse s'approcher à nouveau de toi. J'ai commis cette erreur une fois, je ne la ferai pas une seconde fois » répliquai-je en me rappelant des reproches justifiés de Castle.

« Ce qu'il s'est passé n'est pas ta faute Kate. Même Anne s'est laissée berner par cet homme » s'exclama fougueusement l'adolescente en fronçant les sourcils alors qu'un éclair de compréhension passait dans son regard.

« Peu importe, mais je dois le localiser. Je serai prudente et je ne l'approcherai pas, mais je dois savoir exactement où il est et ce qu'il fait » déclarai-je calmement « Dès que les Gars sont là, dis-leur de me contacter par radio pour que je leur indique ma position, et appelle une ambulance pour Beckie » ajoutai-je en la contournant.

« D'accord, mais s'il te plaît Kate, soit prudente » me supplia-t-elle en pressant ses mains contre sa poitrine.

« Je le serais Alexis » la rassurai-je avant de retraverser la rue et de m'engouffrer dans les locaux délabrés de cette ancienne boîte de nuit.

Prudemment, je sortis mon arme de mon étui et la braquai devant moi, balayant la place du canon afin de ne pas être prise au dépourvu si jamais Père surgissait devant moi. Je ne savais pas à quoi il ressemblait autrement que par la photo qui se trouvait dans son dossier, mais cet homme était trop intelligent pour avoir conservé le même visage. Mais s'il pouvait modifier les traits de son visage, il ne pouvait changer son regard. Il pouvait en travestir la couleur, mais pas la lueur froide et cruelle qui y brillait. Et c'était cela qui le trahirait, parce que dès que je croiserais ce regard, je saurais qui il était. Il avait déjà pris tant de vie, brisées tant d'existences, qu'il était plus que temps que quelqu'un le stoppe. Et je pensais, sans excès de confiance en moi, que je pourrais bien être cette personne. Déterminée à rendre justice, je continuai mon avancée, guettant le moindre signe de vie. Mais seul le silence un peu lourd et angoissant des bâtisses abandonnées faisait loi en ces lieux.

Du temps où cette boîte était encore en activité, j'y étais venue quelques fois avec des amies, sachant que je ne risquais pas d'y croiser quelqu'un que je connaissais. J'avais eu une période assez sauvage, et je ne voulais pas que cette facette de ma vie interfère avec le reste. Mais très vite, je m'étais lassée de ces sorties, et avais repris mon existence tranquille, me consacrant pleinement à mon travail en dehors de quelques aventures qui, pour la plupart, ne valaient même pas la peine d'être mentionnées. Seule l'arrivée de Castle était parvenue à rompre cette monotonie, à me tirer de ma léthargie, et à présent, je risquais fort de devoir à nouveau m'habituer à cette terne existence, et je n'étais pas sûre de le supporter. M'en voulait-il réellement, ou bien avait-il parlé sous le coup conjugué de la peur et de l'impuissance ? J'aurais dû l'attendre pour me rendre chez moi, mais j'avais voulu le protéger.

Seulement, lui avait pris mon acte pour une trahison, et me l'avait parfaitement fait comprendre. Je savais pourtant à quel point sa fille était précieuse à ses yeux. Un soupir m'échappa, et je me tendis alors qu'il se répercutait lugubrement sur les murs tagués de la pièce, me rappelant à l'ordre. Ce n'était décidément pas le moment d'entreprendre une telle introspection. J'aurais tout le temps de me lamenter sur mon sort lorsque cette histoire serait terminée. Alors que je m'enfonçai au cœur du bâtiment insalubre, les ténèbres se faisaient plus persistantes, et je sortis ma lampe torche afin de voir où je mettais les pieds.

« Allez montres-toi qu'on en finisse… » marmonnai-je entre mes dents serrées, fouillant les ombres mouvantes qui dansaient autour de moi.

Se pouvait-il que Père ne soit pas dans le bâtiment ? Mais dans ce cas où était-il ? Et s'il m'avait vu emporter Beckie, et qu'il s'était caché jusqu'à ce que je reparte pour mieux les récupérer ? Mon cœur bondit dans ma poitrine à cette idée, et je jurai entre mes dents avant de faire brusquement volteface. Dans le mouvement de rotation rapide que je fis, je perçus un éclat à la lisière de ma vision périphérique, et tous les sens en alerte, j'éclairai l'endroit du faisceau de ma lampe, et écarquillai les yeux en réalisant ce dont il s'agissait. Ce type était vraiment fêlé. Me fiant à mes souvenirs de ces lieux plutôt qu'à mes yeux, je me mis à courir aussi vite que possible, évitant de justesse les différents débris qui jonchaient le sol et qui représentaient autant de pièges mortels. Haletante, le cœur vrombissant furieusement dans ma poitrine, j'avais l'impression d'avoir parcouru des kilomètres lorsqu'enfin j'aperçus la lueur diffuse des rayons du soleil qui perçait tant bien que mal à travers la pénombre environnante.

Accélérant dans un dernier effort, je sortis de la bâtisse au moment précis où une violente déflagration se fit entendre dans mon dos, et je fus projetée en avant par le souffle de l'explosion. Secouée, je me redressai lentement, m'appuyant contre la voiture qui avait amortie mon atterrissage, et gémis en sentant une douleur sourde battre sous mon crâne. Portant la main à ma tempe, je sentis le sang s'écouler d'une blessure, et grimaçai en me redressant. Papillonnant des yeux, je tentai d'apercevoir quelque chose à travers l'épaisse fumée, mais c'était peine perdue. Me mettant à tousser, je tirai sur la manche de ma veste pour protéger ma bouche, et m'arcboutant, j'avançai vers l'arrière de la voiture, la main frôlant la carlingue pour me guider, lorsque je butai contre quelque chose. Surprise, je me baissai, et tâtonnai, me figeant en reconnaissant un corps humain.

« Madame ? Vous m'entendez ? » m'enquis-je en cherchant son pouls sans le trouver.

Au loin, les hurlements désespérés d'Alexis se mêlèrent aux sirènes, et je sus que les renforts étaient enfin là. Consciente de ne rien pouvoir faire de plus pour cette pauvre femme qui avait eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, je l'enjambai et repris mon avancée afin de sortit de cet enfer et de rejoindre Castle. Je savais que le fait de le voir me remettrait les idées en place, et que cela signifierait que j'étais en vie et en sécurité. Mais alors que j'atteignais le coffre, et que ma vision s'éclairait, me permettant d'apercevoir ma voiture et mon amour, une seconde explosion retentit, et je me sentis sombrer dans les ténèbres dans un cri étranglé, faisant écho à celui, plus lointain de Castle...