Merci à Devil Horse pour ta review !


Titre: Bullets and Blood's Family

Chapitre 11: The Revelator (part 3) Sincères Secrets

Auteur: Edeinn

Rating: T (Attention aux plus jeunes : Langage vulgaire/Mots de sexe …)

Spoilers: Saison1 pour le moment/ Épisode 13 The Revelator ( Le Vent de la Colère en français)

Résumé général: Sept ans qu'elle avait fait le chemin inverse pour fuir à l'Est. Fuir toute cette merde, toute cette haine et cette douleur qui l'avaient bouffée, presque détruite. Jamais Charlie n'aurait pensé revenir. Et pourtant, elle revenait.

Disclaimer:Les éléments scénaristiques de la série, les personnages, et certains dialogues sont la propriété du génial Kurt Sutter. Je ne perçois pour cette fiction aucune contrepartie financière.

Bonne Lecture…


01 novembre 2008

Sincères Secrets

― « Je ne suis pas d'accord avec ça, sweet heart. »

La voix autoritaire aux accents paternalistes, qui résonna durement dans la pièce, fit pousser un long soupir agacé à Baxie. Chibs venait de débarquer dans la cuisine, chassant Kozic sans ménagement. Quel que fut ce qui venait de se passer de l'autre côté de la porte, cela n'avait visiblement pas mis l'Ecossais de bonne humeur. Charlie s'essuya les mains puis, inspirant un grand coup, elle se retourna, adossée contre l'évier. Faisant face à Chibs, elle jeta le torchon et braqua son regard le plus blasé sur le biker. S'il y avait bien une chose qui l'insupportait chez Chibs, c'était quand il prenait cet air pédant de père moralisateur en colère. Depuis le temps, il aurait dû savoir que c'était une mauvaise tactique, et qu'immanquablement, Baxie répondait à cette attitude par sa meilleure imitation du cliché de l'adolescente en pleine rébellion.

― « Avec quoi, Chibs ? grinça-t-elle acerbe. Avec le fait que je me sois prétendument envoyée en l'air avec Hap ? Ou simplement avec le fait que j'aie osé grandir, sans te demander la permission ?

― Ce n'est absolument pas…

― Bien sûr que si, Chibs, le coupa-t-elle sèchement. C'est là tout le problème : tu perçois Happy comme un danger pour moi, parce que tu me vois toujours comme une gamine vulnérable, lui reprocha la brunette. Mais ce n'est plus le cas, daddy. J'ai grandi. Je suis forte, maintenant. Mon cœur a déjà bien assez souffert et j'ai traversé suffisamment de merdes jusqu'ici, pour être capable de me protéger toute seule, affirma-t-elle avec force de conviction. Et d'un sens, c'est exactement ce qui me pousse vers Happy. Parce qu'avec lui, je suis sûr de mon coup : je ne tomberais pas amoureuse, lui non plus, s'expliqua-t-elle. Crois moi, je gère parfaitement ce qu'il se passe avec Mister Killer. Bien plus que… »

Charlie s'interrompit brutalement. Elle avait failli formuler tout haut sa dernière pensée. Or, ce n'était ni le lieu, ni le moment de penser à Juice, ni d'essayer de comprendre comment ils avaient pu en arriver là. Les choses étaient pourtant si simples. Toute sa vie était rangée dans des petites boîtes étiquetées, où chaque élément avait sa dénomination et son intérêt propre.

Tout comme la boîte Jax, était marquée frère, avec un grand F comme fantastique, ou fêlé selon les cas ; sur celle d'Opie était inscrit : « meilleur ami bougon. Moitié frangin, moitié ours. À utiliser en cas d'urgence, dans les cas où la tête se désolidarise des épaules, ou en cas de désir urgent et chronique de fuite. » Aussi celle d'Happy était étiquetée : « interdit aux moins de 18 ans. Contenu hautement inflammable. » Et la boîte de Juice signalait : « Ami de type iroquois. Frangin de substitution et homme de confiance à toute épreuve. »

Franchement, c'était simple, se lamenta Charlie en silence : alors pourquoi donc ce petit con d'Iroquois était-il sorti de la boîte ? La blague était aussi mauvaise que ridicule : comme celle du diable à ressorts qui saute de sa boîte piégée. Charlie avait toujours eu ces jouets en horreur. Et ce n'était pas près de s'arranger.

― « Que quoi, bébé ? insista doucement Chibs en voyant les lèvres de sa gamine se pincer de contrariété.

― Rien. Laisse tomber, ce n'est pas important, éluda-t-elle en attrapant le torchon, pour essuyer machinalement une assiette qui séchait sur la paillasse.

― Si, ça l'est, je vois bien que quelque chose ne tourne pas rond, protesta l'Ecossais en lui enlevant des mains le torchon et l'assiette. Est-ce que ça a quelque chose à voir avec Juice ? Il s'est passé quelque chose ce matin, n'est-ce pas ? ajouta-t-il perspicace, devant l'air surpris de la jeune femme. Tu sais que tu peux tout me dire, sweet heart. Et si ce petit merdeux s'est mal comporté, je te jure que…

― Non Chibs, l'arrêta Bax en souriant. Il n'a pas… C'est juste… bafouilla-t-elle, sans trop savoir quoi dire ou quoi penser de tout cela. Je ne sais pas.

― Est-ce que ça pourrait avoir un rapport avec la discussion qu'on a eu, lui et moi, hier ? proposa Chibs.

― Quelle discussion ?

― Après qu'il soit sorti du bureau de Gemma, le gosse a commencé à me poser des questions sur Fio et moi, expliqua le biker. Il voulait savoir comment j'ai su que c'était la bonne. J'ai pensé qu'il avait craqué sur une fille, mais je ne m'imaginais pas que…

― Oh, putain de merde ! Gemma… grommela Baxie, furieuse d'avoir maintenant l'assurance que l'Old Lady était bien à l'origine de cet odieux gâchis.

― Qu'est-ce qu'il s'est passé ce matin, avec Juice ? s'obstina-t-il.

― Il a… Je pense qu'il s'est imaginé que… bredouilla-t-elle, mal à l'aise. Mais ça ne peut pas être le cas : on est amis. On est presque frère et sœur, tu vois, scanda-t-elle, presque pour elle-même, plus que pour répondre à la question de Chibs. Un peu comme Opie et moi. Il ne peut pas avoir ce genre de…

― Sentiments ? termina l'homme, là où sa gamine s'était arrêtée, à court de mots. C'est de ça qu'il s'agit, n'est-ce pas ?

― C'est la mort de Donna, ça nous a tous foutu un coup, alors j'imagine que dans ces conditions, c'est facile de… se méprendre, affirma Baxie, cherchant à trouver une justification à tout cela.

― Bax ? s'acharna Chibs, alors que la jeune femme persistait dans ses explications énigmatiques.

― Il a… on a franchi la limite, grimaça-t-elle. Tu sais… Cette limite, répéta-t-elle en insistant sur le dernier mot, certaine que Chibs comprendrait.

― Ouais, je vois. Et ?

― Et rien ! s'écria la brunette avec une ferveur trop empressée pour être vraie. Je veux dire, il s'est gouré, d'accord. Un instant de faiblesse, et c'est tout, éluda-t-elle, repoussant loin d'elle tout autre explication qui ne rentrait pas dans ses précieuses petites boîtes. Il faut juste que ça passe et …

― Arrête ça, tu veux. Si tu croyais vraiment à ce que tu dis, ça ne te mettrait pas dans un tel état, rétorqua Chibs. Est-ce que tu ressens quelque chose de plus que…

― Non ! se défendit-elle avec véhémence. De toute façon, je n'ai vraiment pas envie de me poser la question. Juice, c'est Juice, point à la ligne !

― Super argument ! railla le biker. Tu veux convaincre qui avec ça ? Alors, tout ce cirque avec Happy aujourd'hui, c'est à cause de ça ? supposa-t-il, écœuré. Pour ne pas te poser de questions à propos de Juice. Pour faire comme si ça ne te touchait pas.

― Je ne me suis pas envoyée en l'air avec Hap, nia-t-elle.

― Je veux bien te croire, lui accorda Chibs. Mais ce n'était pas si différent au fond, non ? T'enfermer avec lui, histoire de te prouver que tu pouvais lui mettre la tête à l'envers ; que tu tenais encore les rênes, énonça-t-il, contrarié. Putain, Baxie ! Je viens de lui passer un savon, juste parce que je ne supporte pas l'idée qu'il puisse se servir de toi, mais en fait, c'est toi qui l'utilise ! s'insurgea-t-il, tombant de haut face à la trivialité de cette constatation : où était donc passée sa petite fille ? Est-ce que tu réalises à quel point c'est malsain ? Ce n'est juste qu'une autre manière de fuir tes problèmes, comme toujours. Et je ne suis pas d'accord avec ça. Bloody hell, c'est mal ! Tu pourrais le faire souffrir avec tes conneries, lui reprocha-t-il, amer.

― Je t'en prie, Chibs, on parle d'Happy, là, soupira Charlie en levant les yeux au plafond.

― Non, mais tu t'entends ? Tu vas arrêter deux minutes de te la jouer gamine égoïste et pourrie gâtée, et tu vas m'écouter ! tonna l'Ecossais furieux, faisant sursauter Baxie qui ne s'attendait pas à une telle réaction. Happy est un homme, qui ressent des choses, comme n'importe lequel d'entre nous. Et un frère de surcroît. Tu n'as pas le droit de jouer avec lui comme tu le fais, tempêta-t-il.

― Hé, il est d'accord, ok ! Je ne lui ai pas mis le couteau sur la gorge, protesta-t-elle.

― Ça m'est égal ! gronda-t-il. Tu vas arrêter ça tout de suite. Tu vas foutre la paix à Hap, et ce n'est pas négociable. Plus de petit jeu pervers. Plus de partie de jambes en l'air. Nada, ordonna-t-il d'un ton sans concession qui fit frémir la jeune femme. Ça va s'arrêter maintenant. »

Charlie resta silencieuse un moment, sonnée par la colère soudaine de son père de cœur. Rares avaient été les fois où il s'était ainsi emporté contre elle, et toujours elles avaient été justifiées. Chaque fois qu'elle avait franchi la limite, Chibs s'était dressé devant elle avec un sermon digne des plus grands prédicateurs, et qui calmait la brunette, pendant un bon moment. Une fois n'était pas coutume, la réprimande qu'elle venait de prendre l'avait nettement refroidie.

― « Ok, c'est bon, j'ai pigé, finit-elle par soupirer, la tête basse.

― Je n'ai pas fini, continua le biker, toujours aussi catégorique. Tu vas me régler cette merde avec Juice, et aujourd'hui même.

― J'ai autre chose à faire, et… refusa faiblement Baxie.

― Ce n'était pas une suggestion, la coupa Chibs, péremptoire. Juice est un mec bien. Peu importe ce qu'il ressent pour toi, et inversement, je ne le regarderai pas souffrir parce que tu n'es pas foutue d'affronter les choses en face, lança-t-il, acide. C'est ton ami ? Tu tiens à lui ? Bien. Alors tu lui dois au moins ça : l'écouter et t'expliquer, lui rappela-t-il. Ne joue pas avec lui, Baxie. Ne sois pas cette espèce de garce que tu essaies de devenir aux yeux de tout le monde, intima-t-il fermement. Tu as assez souffert, et je l'entends. Tu as perdu ton mec, et ça doit te faire un mal de chien, juste là, continua-t-il, en plaçant une main sur le cœur de Charlie, tandis que celle-ci gardait la tête basse, tentant de contenir la grimace de douleur qui lui venait, comme chaque fois qu'elle était amenée à repenser à Chris. Et c'est normal, c'est le risque d'aimer. Et tu ne veux pas en parler ? C'est ton problème. Mais ni Happy, ni Juice ne doivent le payer, affirma-t-il avec conviction. Tu veux me prouver que tu es une adulte ? Alors comporte toi comme telle, et assume.

― Évidemment, tu sais tout mieux que tout le monde, hein ? marmonna-t-elle, déstabilisée. Tu crois que tu peux me donner des leçons et …

― Je le peux ! tempêta le biker écossais. Parce que je te connais ; je sais comment tu réagis. Et peu importe que sept ans aient passés, et que tu aies traversé l'enfer, et que tu aies changé : tu es toujours la même au fond, je le sais, scanda-t-il, sûr de lui comme jamais. Celle qui pensait aux autres avant de penser à elle seule. Celle qui aurait tout donné pour protéger les siens. Celle que j'ai vu aujourd'hui, dans la chambre, dans ce bar, et qui prenait soin de nous. Cette fille là, elle ne se servirait pas de mes frères comme de jouets, allégua-t-il, convaincu. Peu importe de quelle manière, Juice t'aime : tu dois être là pour lui. Et tu ne pourras pas l'être si tu ne règles pas ce merdier avec lui.

― C'est bon, t'as fini ? grogna Baxie, piteuse.

― Non. Une dernière chose, bébé : ne pars pas, l'implora-t-il en l'attirant près de lui, appuyant sa supplique d'un regard intense. J'ai besoin que Juice soit à tes côtés. Et ce, même si tu décides d'aller plus loin avec lui : je crois que j'arriverai à le supporter en train de te peloter… dit-il avec une grimace dégoûtée. Enfin, pas trop quand même, parce que…

― Tu te fais du mal pour rien : ça n'arrivera pas, Chibs, réfuta immédiatement la brunette.

― Si tu le dis, éluda Chibs, pourtant bien moins convaincu que l'intéressée à ce sujet. Dieu seul sait ce que l'avenir nous réserve !

― Dieu. Et moi, corrigea Bax. Je ne sais peut-être pas ce que je veux, mais en revanche, je sais ce que je ne veux pas.

― D'accord, je n'insiste pas, abdiqua l'Ecossais. Je sais qu'avec Opie et Jax, c'est la merde en ce moment, je vois bien qu'ils te manquent, ces cons, continua-t-il, reprenant le fil de son idée. Mais jusque-là, tu avais Juice pour compenser cette perte. Si tu le perds lui aussi… Je ne veux pas que tu repartes, bébé, avoua-t-il, comme une faiblesse. Et toute cette merde avec Donna, tu ne pourras pas la surmonter seule.

― C'est bien pour ça que je t'ai toi, non ?

― Ce n'est pas la même chose, tu le sais bien, réfuta le biker en caressant doucement le visage de la jeune femme. Je serai toujours là pour toi, sweet heart. Comme tu as toujours été là pour moi. Mais toi et moi, on sait que ça ne suffit pas. Tu as toujours eu besoin de Jax et d'Opie. Et de Juice, maintenant. Et moi, j'ai besoin de Juicy-boy : c'est en quelque sorte mon assurance pour pas que tu t'en ailles à nouveau.

― Je n'avais pas l'intention de partir, daddy, lui promit Baxie.

― Pas aujourd'hui, non. Parce que tu as l'esprit occupé ; parce que tu prends soin de nous tous. Mais quand tout ça va retomber… argumenta-t-il sans achever sa phrase. Tu es forte, chérie, je le sais, mais ne crois pas que tu peux faire face toute seule. Personne ne le peut. Quand on est seul, on est mort, acheva-t-il.

― Je ne suis pas seule, daddy, lui assura-t-elle en l'embrassant sur la joue. Allez, j'ai eu ma dose de sentimentalisme pour aujourd'hui, j'ai encore des trucs à faire, et…

― Où est-ce que tu crois aller comme ça ? demanda Chibs avec autorité, en interceptant la jeune femme par le bras, alors qu'elle tentait une fuite. Ne crois pas que j'ai oublié : tu dois parler à Juicy-boy, et tu dois le faire aujourd'hui.

― Daddy, ça peut attendre, que tout ça soit terminé, non ? supplia-t-elle, la bouche en cœur.

― On m'a appelé ? demanda Juice en passant la tête dans l'entrebâillement de la porte. Oh, Chibs, Clay te cherche. Pour régler les détails avec Tig et Happy, pour.. enfin tu sais : le truc, bafouilla-t-il en entrant dans la cuisine, s'asseyant négligemment sur la table.

― Ouais, j'arrive. Sweet heart, promets le moi, reprit-il à l'attention de la jeune femme, qui n'arrivait pas à décider si cette interruption était ou non une bonne chose.

― Tig t'attends, lui dit-elle en entendant le Sergent d'Arme beugler après Chibs, à travers le clubhouse.

― Bax ! insista-t-il, l'air sévère.

― Allez, ils s'impatientent ! persista-t-elle en le poussant jusqu'à la porte. »

Sur un dernier regard entendu, Chibs quitta la cuisine, et Charlie laissa échapper un soupir de soulagement, qui se transforma en un gemissement gêné quand elle se retourna, pour se retrouver nez à nez avec Juice.

― « Oh, je vous ai interrompus ? réalisa le portoricain. Je ne voulais pas… Eh, Bax, qu'est-ce qu'il y'a ? s'inquiéta-t-il en s'apercevant que son amie évitait son regard, l'air pincé. »

Soucieux, Juice voulut saisir la jeune femme par la main, pour la forcer à lui faire face ; pour qu'il comprenne ; qu'il puisse se rassurer. Mais à peine l'avait-il effleurée, que la brunette eut un mouvement de recul, comme si elle avait reçu une décharge. Ce comportement peina vraiment le biker à crête. Il savait bien qu'il avait mal agi le matin même, mais jamais il ne se serait attendu à une attitude aussi radicale ; à une telle répulsion à son égard. Il ne voulait pas la perdre…

― « Baxie, par rapport à ce matin… murmura-t-il, les yeux pleins d'excuses.

― Non, l'arrêta Baxie, toujours sans le regarder, alors qu'elle se débarrassait de son torchon. Il faut que j'y aille, il manque deux lits. Je vais aller faire les chambres dans la maison de ma mère, dit-elle précipitamment avant d'attraper son sac pour sortir.

― Attends, je t'accompagne. Je vais te filer un coup de main, décréta Juice en lui emboîtant la pas.

― Non ! s'écria-t-elle avec tant de force que Juice eu l'impression de prendre une gifle. Non, ce n'est pas nécessaire. Heu… Kozic s'est déjà proposé, mentit-elle en bafouillant alors que son regard se posait sur le biker peroxydé de Tacoma. Et il doit me raconter tous les ragots de Tacoma, se justifia-t-elle encore, tant bien que mal, avant de rejoindre Kozic d'un pas pressé. Koz, ne pose pas de question et suis moi, s'il te plait, le supplia Charlie en l'entraînant par le bras. »

Elle quitta le clubhouse en compagnie du biker, sous le regard d'un autre biker, dont le minois orné d'une crête, se transforma en un masque de déception. De toute évidence, Juice était allé trop loin ce matin pour que la jeune femme lui pardonne, et il ne voyait plus comment il pourrait s'amender. Abattu, il se dirigea vers son antre, espérant que quelques heures à s'abrutir de recherches et de mises à jour sur l'ordinateur, l'aideraient à se changer les idées. Une paire d'yeux écossais suivirent le jeune homme jusqu'à ce qu'il s'installe à son poste informatique. Chibs songea alors qu'il allait devoir lui-même régler le problème, s'il ne voulait pas que la situation s'aggrave.

― « Ah les enfants ! soupira-t-il pour lui-même. Grandir n'est jamais facile. »

OoOoOoOoO

― « Tu sais Bax, les travaux domestiques, ça ne me dérange pas, mais je ne suis pas sûr d'être très doué pour ça. Pourquoi est-ce que tu tenais tant à ce que je vienne avec toi ? demanda enfin Kozic quand il descendit de sa moto, une fois arrivés devant l'ancienne maison de Ryanne. »

Kozic s'était laissé entraîner par la jeune femme sans protester. La seule explication qu'elle avait daigné lui fournir – avant de le traîner chez Clay pour prendre une paire de draps, puis lui ordonner de la suivre jusque chez elle – avait été qu'elle avait besoin d'aide pour mettre les couchages en place, pour le soir même. Kozic n'avait pas fait remarquer à la brunette que sa justification était tout à fait fantasque : il aurait fallu être aveugle pour ne pas s'apercevoir que Baxie avait littéralement pris ses jambes à son cou devant Juice. Mais, peu en importait la raison, elle avait fait appel à lui, alors il était là.

Il avait toujours une tendre affection pour la jeune femme, malgré des années sans nouvelles. Charlie avait toujours été sympa avec lui, toute petite, quand il faisait encore partie du Chapitre de Charming, et plus âgée, quand il était simplement de passage. Il se souvenait d'elle comme d'une jeune fille pleine de vie et d'humour, et avait toujours apprécié que, malgré son affection pour le biker aux yeux d'azur, elle n'ait jamais pris partie pour Tig dans leur querelle vieille comme le monde.

Aussi, il n'avait pas posé de questions. Kozic était conscient que c'était ce que ses frères appréciaient le plus chez lui : il n'était pas curieux. Il n'attendait pas des gens qu'ils lui dévoilent leurs moindres secrets, juste qu'ils soient honnêtes et sincères. Et contrairement à ce que pensait l'opinion publique, la sincérité et les secrets préservés n'étaient pas deux concepts incompatibles.

― « Parce que tu m'as manqué. Et que j'ai envie de savoir ce que tu deviens, Koz, lui répondit Baxie avec une candeur désarmante qui fit sourire Kozic.

― Oh cool, répliqua-t-il avant de reprendre, un sourire au coin des lèvres. Si ça n'a rien à voir avec le petit portoricain, alors…

― Kozic… soupira Baxie.

― Eh, tu sais quoi : je m'en carre ! lui assura-t-il. Je disais ça comme une ouverture. Juste au cas où tu voudrais en parler, tu vois. À quelqu'un d'extérieur. Mais ne t'inquiète, je ne dirais rien, ce n'est pas mes oignons, affirma-t-il. »

Kozic était sincère : il souhaitait juste montrer à la jeune femme qu'il avait compris que quelque chose n'allait pas, et que si elle ressentait le besoin de se livrer, il était là. Mais d'un côté, ça l'arrangeait que Baxie ne veuille rien lui dire : moins il en savait, mieux il se portait.

― « Merci, Hermann, chantonna Charlie, tout sourire.

― Je hais quand tu m'appelles Hermann ! grogna le biker qui n'appréciait pas du tout son prénom, ce que la petite fille à l'époque avait bien compris, et avait utilisé pour le faire enrager. Alors comme ça, tu vas emménager dans la maison de ta mère ? demanda-t-il en contemplant la vieille maison de Ryanne Baxter-Morrow avec nostalgie. C'est vrai que c'est une chouette baraque. On est venu quelques fois ici, pour des repas, lui rappela-t-il. Mais tu ne dois pas t'en souvenir, t'étais encore minuscule. Une terreur à couette, haute comme trois pommes, qui courrait partout, rigola-t-il moqueur.

― Je ne portais pas de couette et j'avais huit ans, rectifia Baxie. Bobby et toi avez fini à poil dans l'étang, juste derrière, en prétendant être des sirènes, se souvint-elle très clairement.

― Holy shit, tu te souviens de ça !

― L'un de mes plus beaux souvenirs dans cette maison. Qu'est-ce que vous aviez fumé, ce jour là ?

― Ce n'est pas tant ce qu'on avait fumé. Tig avait dégoté des champis, je ne sais où ! s'écria Kozic avec nostalgie. Mais Bobby et moi n'étions pas les pires. Celui qui était carrément allumé, c'était...

― Tig ! s'exclama Baxie. J'entends encore ma mère le supplier de descendre du toit de l'ancienne écurie. Elle avait peur qu'il tombe et qu'il s'empale sur la vieille herse, raconta-t-elle en riant de son cœur.

― C'était la belle époque, soupira Kozic, mélancolique. Eh, c'est plutôt en bon état : je croyais que personne ne l'avait occupé depuis que ta mère et toi étiez parties en Irlande, constata-t-il en entrant dans la maison à la suite de la brunette.

― C'est le cas, confirma-t-elle. Mais Piney et Clay ont veillé sur Nead na Crow. Et dire qu'il aura fallu que ma mère meure pour que mon père s'y intéresse, se désola-t-elle. Il a toujours détesté cette maison.

― À tort, si tu veux mon avis. Et je suppose qu'il n'y a pas l'électricité, maugréa-t-il, en actionnant un interrupteur, sans le moindre effet.

― Il y'a un générateur de secours à l'arrière : on avait régulièrement des coupures de courant. Il paraît qu'il est en état, mais je suis parfaitement incapable de le faire fonctionner, l'informa-t-elle.

― Je vais aller regarder ça, annonça-t-il. Tu as une lampe torche ?

― Regarde dans la boîte à gants. Je monte faire les lits. »

Pendant que Kozic s'occupait du générateur, Charlie grimpa à l'étage, la même émotion l'envahissant toujours dès qu'elle approchait de ces pièces si familières. Elle commença par la chambre de Ryanne. Le plus dur à affronter, en premier, songea-t-elle.

La chambre de sa mère était intacte, fidèle à sa mémoire. Au fur et à mesure qu'elle ôtait les draps qui protégeaient le mobilier, l'odeur de la poussière et de l'humidité était remplacée par celle des souvenirs. Ryanne avait gardé de son ascendance irlandaise, un goût prononcé pour les meubles d'époque. Sur une vieille commode du XIXe, trônaient encore des cadres dépareillés. Des photographies d'elles deux. Un unique cliché – que la défunte avait trop chérit au goût de Baxie – avait le droit à la place d'honneur, au centre : son père et sa mère, couvant un poupon joufflu et rose. Charlie peinait tant à imaginer que ce regard fier et tendre, posé sur le bébé qu'elle était, était celui de Clay. Était-il vraiment possible, qu'un jour, Clay ait éprouvé pour elles deux, suffisamment d'amour et de tendresse pour que cette photo soit réelle ? La jeune femme en doutait quand elle savait le mal qu'il leur avait fait à toutes les deux, et le désintérêt qui avait suivi.

Sur la coiffeuse XVIIIe à la peinture écaillée – la fierté de Ryanne – étaient encore posé des brosses, des pinceaux, des pots, des palettes de fards et un flacon de parfum. Le parfum de sa mère. Baxie résista à l'envie d'ouvrir la bouteille, et de respirer à nouveau cette odeur d'enfance. Étant donné l'ambiance morbide du moment, mieux valait éviter toute action qui amplifierait cette sensation de chagrin qu'elle tâchait d'étouffer depuis le matin.

Inspirant un bon coup, elle se mit en frais de faire lit. Elle se congratula en silence d'avoir pensé à vérifier l'état de la literie de la maison, lors de sa seconde visite. Les matelas étaient en bon état, et pas une tache d'humidité n'apparaissait. Sans quoi, il lui aurait fallu trouver une autre solution pour loger le flot de bikers qui se déplaçaient pour l'enterrement de Donna.

Ils étaient venus de partout, répondant en masse à l'appel de soutien du Président du Redwood Original. De l'État de Washington, à l'Arizona, en passant par les Nomads et les exilés de l'Est du pays, tous avaient répondu présent. Certains étaient arrivés dans la journée et continueraient d'affluer jusqu'au soir, tandis que d'autres ne seraient sur place que le lendemain, requérant un lieu pour prendre du repos la nuit prochaine. Ces deux jours promettaient d'être chargés.

Kozic avait fait le fier devant Charlie en affirmant s'occuper de l'allumage du générateur, mais il avait mis plus d'un quart d'heure avant de trouver le système de mise en route, et avait dû le relancer cinq fois avant qu'il tourne en continu. Après s'être attardé un peu dans le jardin, s'aventurant jusqu'aux rives de l'étang, en bordure de la propriété, il rejoignit Baxie alors qu'elle préparait le lit de sa chambre d'enfant.

― « Hé, je veux cette chambre ! Cette frise avec les poneys, elle est canon ! s'exclama-t-il en admirant les murs, autrefois d'un rose pastel, aux couleurs maintenant passées.

― Ce ne sont pas des poneys, ce sont des licornes, espèce d'ignare ! le corrigea Baxie en levant les yeux au ciel, pointant du doigt ladite bande de papier, sur laquelle gambadaient des licornes de toutes les teintes grossièrement dessinées.

― Au temps pour moi. Désolé les licornes, je ne voulais pas vous offenser., s'excusa platement Kozic en s'inclinant devant les équidés mythiques sur le mur, déclenchant le rire sonore de sa compagne.

― Tu ne t'es pas arrangé avec les années, toi ! rigola-t-elle. Et tu es sûr que tu veux dormir dans cette maison ?

― Tu ne veux pas de moi ici ? s'inquiéta le biker peroxydé.

― Oh, je dis ça pour toi : je ne peux pas te promettre que tu ne seras pas dérangé par les fantômes.

― T'inquiète, si j'ai peur, je demanderais à Happy de me protéger, répliqua-t-il en haussant un sourcil de manière suggestive.

― Oh mon Dieu ! Je t'en supplie, Koz, si tu le fais, appelle moi : je veux absolument voir ça avant de mourir ! le supplia-t-elle, hilare. Toi tout tremblant, blotti dans les bras d'Happy qui te caresse les cheveux en te chuchotant des mots de réconfort… décrivit-elle avec exagération en se berçant elle-même dans ses bras, parodiant une étreinte amoureuse et ridicule.

― Avoue que ça te fait fantasmer.

― Je veux, oui ! s'écria Bax, amusée. La fin d'un mythe sur les virils bikers hétéros, et l'ère nouvelle des Sons gays !

― Ne répète surtout pas ça à Hap' : je suis trop jeune pour mourir, l'implora Kozic, pas sûr que son frère de Tacoma ait le même sens de l'humour. Et, je ne t'ai même pas demandé, mais, ça ne te dérange pas qu'Hap et moi…

― Pitié, ne termine pas cette phrase : j'ai tout un tas d'images qui me viennent en tête, toutes plus délirantes les unes que les autres, s'égaya la jeune femme. Et ça, c'est fun.

― Alors soit ! Je ne briserai pas tes doux rêves, petite fille, promit-t-il solennellement en faisant une courbette pitoyable. Mais, sinon, c'est ok ?

― Toi et Happy, ou deux autres, c'est du pareil au même , lui assura la brunette. Cette maison a toujours eu vocation à accueillir des Sons : je me dois de faire honneur à son ancienne propriétaire.

― Et à son sens de l'hospitalité légendaire ! ajouta le biker en se remémorant les bons moments qu'il avait passé dans cette maison, du temps où Ryanne en était encore l'hôtesse et lui, membre de SAMCRO. Ta mère était une femme adorable, et une cuisinière hors pair !

― Malheureusement, c'est un talent dont je n'ai pas hérité, grimaça-t-elle.

― Bon à savoir.

― Je ne suis pas une mauvaise cuisinière se défendit-elle en faisant la moue. C'est juste que contrairement à l'inénarrable Ryanne Baxter, je ne déclenche pas d'orgasme gustatif avec une tarte aux pommes.

― Oh Seigneur ! La tarte aux pommes de Ryanne, c'était encore meilleur que le minou, s'extasia Kozic avant de se reprendre, s'excusant de sa vulgarité. Désolé…

― Pas de souci, rigola Charlie. Je me suis remise en mode Tig depuis que je suis revenue : je peux tout entendre !

― Tu sais, ta mère était vraiment géniale avec nous : on pouvait arriver à n'importe quelle heure, il y avait toujours un gâteau, une tarte ou des biscuits pour nous, sur le passe-plat, se rappela le blond. Du café toujours chaud et …

― Des bières toujours fraîches, termina Charlie avec un large sourire. »

Kozic se souvenait de cette époque comme de l'âge d'or de ses années avec les Sons. Quand il était encore avec SAMCRO. Avant que cette sordide histoire avec Tig ne rende la situation tellement insupportable qu'il avait préféré s'en aller. Quand il n'était encore qu'un jeune homme un peu fou et irresponsable. Quand la belle Ryanne Baxter était encore en vie.

Souvent, il repensait à cette époque : à ses frères de Charming, au prestige d'être un Redwood Original, à Ryanne… Quinze ans plutôt, il s'était imaginé une vie faite de « si ». Si Ryanne n'était pas mariée à Clay. Si Clay divorçait. Si Clay le permettait. S'il était plus vieux. S'il était plus courageux. S'il était moins con… Ce n'était que des rêves et des chimères, mais elles lui avaient mis du baume au cœur, parfois.

― « Ah ça, ta mère, elle savait prendre soin de ses hommes. Et… Désolé, je suis peut-être indélicat, s'excusa-t-il en songeant que s'étaler ainsi sur sa mère morte, pouvait peut-être chagriner Baxie, surtout en de pareilles circonstances.

― Non ! Continue Koz, le rassura Bax. Tu sais, c'est assez rare que quelqu'un me parle de ma mère, autrement que pour… hésita-t-elle. Enfin, tu sais : Gemma et Clay, et leur éternelle vendetta contre les fantômes de leurs ex, soupira-t-elle.

― Ouais. Clay a vraiment été trop con sur ce coup, Bax. Je sais que c'est ton père et mon Près, et je ne devrais peut-être pas en parler comme ça, mais en tant que mari, il n'a vraiment pas assuré, condamna le biker de Tacoma. Ta mère méritait mieux. Et je ne veux pas manquer de respect à Clay, hein…

― C'est bon, Kozic, le rassura immédiatement la brunette. Clay et moi, c'est toujours le même combat, alors je suis sans doute celle qui peut le mieux entendre les critiques contre lui. Mais ne me laisse pas en formuler : j'ai toujours du mal à m'arrêter, plaisanta-t-elle.

― Pour ça, tu ressembles d'avantage à Clay, constata le blond. Ta mère était plus effacée, mais toujours présente. Elle était douce, gentille et toujours à l'écoute. Et puis, c'était vraiment une très belle femme, ta mère, se souvint-il avec nostalgie.

― Eh ben, t'es amoureux, mec ! se moqua allègrement Charlie. »

Et puis, elle posa les yeux sur le visage triste de Kozic et réalisa qu'elle aurait – une fois encore – mieux fait de se taire. Tous ces éloges, ces compliments, cette manière tendre de se remémorer les moments passés ici, et de chérir ces souvenirs… Quelle gourde ! s'insulta mentalement Baxie.

― « Holy shit… Tu en pinçais pour ma mère ? demanda-t-elle d'une voix blanche, ahurie.

― Non. Enfin pas vraiment… bafouilla Kozic, alors que son visage prenait une teinte brique. Peut-être un peu, oui, avoua-t-il dans un murmure gêné, en laissant son regard errer par la fenêtre, préférant éviter celui de Bax. On savait tous ce qu'il se passait entre Clay et ta mère. Et ça me faisait vraiment de la peine de la voir aussi triste. Je l'aimais bien. Mais c'était la régulière de Clay, alors je ne me suis jamais posé plus de questions. Je ne me serais jamais permis de tenter quoi que ce soit.

― Eh ben merde alors, si je m'attendais à ça ! souffla la jeune femme, complètement abasourdie. Ma mère avait un soupirant. Ah ces Irlandaises, elles vous retournent le cerveau ! Demande un peu à Chibs ! tenta-t-elle de plaisanter en voyant la mine défaite de l'homme. Bon, ça c'est fait, marmonna-t-elle en grimaçant. Maintenant, je suppose que c'est à moi de trouver un truc stupide à dire, histoire détendre l'ambiance gênée, que moi et ma légendaire maladresse avons gentiment plombé…

― C'est bon, Bax. Tout va bien, lui assura le biker. C'est simplement que ça fait longtemps que je n'avais pas pensé à ta mère. Mais quand je te vois… Tu lui ressembles à tel point que c'en est troublant, souffla-t-il en détaillant Charlie.

― Heu, Kozic…

― Ce n'est pas parce que je n'ai pas pu avoir la mère, que je vais mettre le grappin sur son clone de fille ! Ne t'inquiète pas, rigola-t-il devant le trouble de sa compagne. Vous n'êtes pas semblables question caractère. Et puis, tu es trop jeune, trop sexy et trop Morrow, plaisanta-t-il, au grand soulagement de la jeune femme, qui comprit que ce pesant moment de nostalgie était terminé.

― Une banalité, un compliment et une insulte dans la même phrase : tu fais fort, mon petit Hermann !

― Et j'ai oublié : trop chiante, trop peste, trop arrogante, trop… énuméra-t-il l'air pensif, en comptant sur ses doigts.

― Ouais, c'est bon j'ai compris ! l'interrompit Baxie, en lui adressant une grimace dédaigneuse. Je suis trop imparfaite pour le grand Kozic, railla-t-elle. Alors toi et moi ce n'est pas possible ? Quelle déception, Koz… se lamenta-t-elle, ironiquement.

― Eh bien, ça me brise le cœur de te briser le cœur, ma belle, mais oui : ça ne va pas être possible, regretta à son tour l'homme.

― Quelle poisse, alors ! Quel nom vais-je bien pouvoir entourer d'un cœur dans mon journal intime maintenant, hein ? demanda-t-elle de sa voix la plus mièvre, les lèvres tremblotantes. Et puis sur les vitres embuées. Et graver nos deux noms enlacés sur l'écorce d'un arbre… s'enflamma-t-elle en joignant ridiculement ses mains contre son cœur.

― Bordel, tu n'as vraiment pas été finie, Baxie ! s'esclaffa Kozic.

― Ma mère – qu'elle repose en paix – serait sans doute ravie de l'apprendre, renchérit-elle.

― Alors ça, c'était petit et mesquin, lui reprocha-t-il toujours amusé.

― Encore des défauts qui nous séparent ! s'écria Charlie, mimant une crise de larmes. Quel malheur : tu étais pourtant mon idéal. L'homme de ma vie. Mon prince charmant. Mon étoile qui scintille dans le ciel, scanda-t-elle avec ferveur, tandis que Kozic riait de bon cœur. Mon…

― Je vais peut-être repasser plus tard. »

Charlie se figea de surprise, avant de se tourner vers la porte pour apercevoir Kip, partagé entre la stupeur et l'hilarité. D'un geste elle lui fit signe de débarrasser le plancher en lui tirant la langue, mais Kozic vint attraper le rouquin par les épaules.

― « Reste Prospect ! s'exclama le blond. Tu ne veux pas entendre la fin de la plus belle déclaration d'amour qu'on m'ait jamais faite ?

― Parce que tu en reçois beaucoup des déclarations enflammées ? demanda Charlie, l'air féroce, les points sur les hanches. Va peut-être falloir que je me méfie de mes rivales alors. Mais j'en suis sûre, bientôt tu me tomberas dans les bras, Kozic, assura-t-elle, provocante, alors que Kip l'observait en se demandant si elle était sérieuse ou non.

― Je vais y aller, annonça le Prospect en amorçant un repli prudent. Ça devient méga flippant.

― Comment ça flippant, Kip ? Tu n'y connais rien ! s'insurgea Baxie.

― Ton étoile qui scintille dans le ciel ? répéta le rouquin, en grimaçant, l'air dégoûté. Pas besoin de s'y connaître pour savoir que c'est digne d'une gamine de huit ans. Tu en as vingt-quatre, Bax. Alors oui, c'est flippant.

― Là-dessus, on est d'accord, confirma gravement Kozic.

― Pff, vous n'êtes que des brutes insensibles ! leur reprocha-t-elle avec une moue contrariée. Vous ne connaissez rien à la poésie de l'amour !

― Et maintenant c'est sûr : je ne veux rien en connaître ! s'exclama Mi-Couille.

― Flippant, répéta Kozic.

― Pff, vous vous liguez tous contre moi ! se lamenta Charlie en quittant la pièce d'un pas rageur. Vous êtes méchants, leur cria-t-elle depuis les escaliers.

― Nan, tu vas bouder ? T'es pas sérieuse ? demanda Kozic, ahuri. Baxie, reviens ! Elle boude vraiment ? fit-il au Prospect.

― Ouais. Elle boude, confirma Kip, hilare. Tu viens, j'ai amené des bières, dit-il en entraînant le biker de Tacoma à sa suite.

― Toi, Mi-Couilles, tu sais comment me parler d'amour ! s'enthousiasma le blond en gratifiant le jeune homme d'une tape dans le dos, tandis qu'ils descendaient les escaliers.

― Espèces d'australopithèques ! hurla Bax depuis le perron.

― Y'a de la Guinness, aussi, cria le rouquin en retour, alors qu'ils la rejoignaient. Boudeuse !

― Des fois je t'aime bien, Prospect, mais des fois, je te déteste de tout mon petit cœur, lui lança Baxie, avant de lui tirer la langue.

― Pauvre petite chérie, se désola faussement Kozic en passant un bras sur l'épaule de la brunette.

― Alors comme ça, tu m'aimes bien ? susurra le Prospect en imitant son aîné, de l'autre côté de la jeune femme.

― Dans tes rêves, mono-couille ! rétorqua-t-elle en se défaisant de l'emprise du rouquin. Bon, elle vient cette bière ? »


A suivre, Chapitre 11: The Revelator (part4) Contre-volonté.


Horoscope : Aujourd'hui vous allez laisser un commentaire sur une fanfiction et cela vous portera chance. (copyright Alixe)


Note-sans-intérêt-avec-lesquelles-j-aime-tant-vous-gonfler-n°22666:

Bon, histoire de ne pas changer une bonne vieille routine, devinez qui a encore perdu sa copine Modération? ... bon, ben... Encore une fois, je me suis ratée: je vous avais prévu quatre parties pour ce chapitre... Eh bien vous aurez effectivement quatre parties... et un épilogue. (Mais non ce n'est pas de la triche, c'est de la ruse. Et puis ils sont si petits...) J'essaierais d'être plus rigoureuse avec la saison 2.