Chapitre36- A long, long, time ago

Seul. Il était seul au Manoir. Et il avait carte blanche pour fouiner comme bon lui semblait… Un petit sourire sournois gagna le visage d'Harry et l'instant d'après, un chat noir se glissait sans bruit dans les escaliers du laboratoire.

Pas de pièce secrète, pas d'endroit interdit. Il avait bien insisté, Severus ne pourrait rien lui reprocher ! Au pire, il jouerait la carte de la naïveté, prétendant qu'il avait voulu visiter comme le professeur le lui avait suggéré. Et si la porte était fermée, eh bien… Il n'aurait qu'à l'ouvrir, pas vrai ? Et pourquoi pas, si Snape n'avait rien à cacher !

Éperonné par la curiosité, le chat grimpa les escaliers sans un bruit. Il devenait vraiment bon à ça, songea-t-il ; pattes de velours et coussinets amortissant, bonds souples, avoir le corps d'un félin avait vraiment des avantages !

L'escalier était imposant, et le couloir devant lequel il se retrouva en arrivant à l'étage ne l'était pas moins. Tout ici sentait le neuf, l'inutilisé. Pour la centième fois peut-être, la question revint tourner dans son esprit : quelles avaient été les ambitions de Snape en achetant ce manoir ? Tout était si démesuré et si désert ! Devant lui, de nombreuses portes se présentaient, fermées pour la plupart.

Si ses calculs étaient bons, la chambre verte devrait se trouver à sa gauche… La première porte, à sa surprise, était ouverte, et il n'eut pas besoin de se transformer pour y pénétrer.

Les volets de la pièce étaient ouverts, laissant filtrer la lumière entre les lourds rideaux verts. Un plancher de bois sombre, des murs couverts de tentures, la pièce avait un étrange petit air de gaieté. Une gaieté un peu forcée, peut-être… Au milieu de la pièce trônait un large billard sur lequel Shadow sauta lestement.

La salle de jeu ! C'était donc cela ! Près de la fenêtre se trouvait l'échiquier dont Severus avait parlé, les pions disposés sur les cases comme s'ils attendaient des joueurs… Sans doute attendaient-ils depuis bien longtemps. Il y avait aussi un jeu de fléchettes, et des boîtes en bois à l'aspect précieux rangées soigneusement sur les étagères, comme neuves, aux côtés de divers objets qu'il ne reconnut pas.

Rien de très excitant, mais le billard était sûrement amusant ! Il faudrait qu'il demande à Severus de lui apprendre, il aurait de meilleures chances de gagner à ce jeu qu'aux échecs, s'ils en venaient là.

Et, oui, Harry aurait bien aimé qu'ils en viennent là… Les entraînements, les préparations de potions, tout cela était bien beau mais il aurait aimé partager autre chose avec le professeur. Juste comme ça, pour passer du temps. Ensemble.

Mais avant cela, il y aurait la Discussion… Shadow se secoua. Oui, la Discussion, et avant tout, l'exploration ! Il en avait suffisamment vu de cette pièce, il était temps de passer à la suivante.

Reprenant à contrecœur forme humaine, Harry ouvrit la première porte sur sa droite. Un petit salon, constata-t-il, avec une bibliothèque et des fauteuils qui paraissaient confortables… Il était plus petit que l'impressionnant salon du rez-de-chaussée et il fit une note mentale pour y revenir plus tard. L'endroit paraissait agréable et accueillant.

La seconde porte sur la gauche s'ouvrit sur ce qui semblait être un petit débarras et Harry poursuivit, soudain légèrement nerveux. Si ses calculs étaient bons… La poignée suivante plia sous sa main, mais la porte refusa de s'ouvrir. Le garçon sentit son cœur battre plus fort. Il y était !

Il chercha sa baguette dans ses robes et la pointa sur la serrure, murmura dans un souffle :

« Alohomora ! »

Il y eut un petit clic. Ce ne pouvait tout de même pas être si facile ? Hésitant, il poussa la porte, qui s'ouvrit sans plus de protestations. Prenant une grande inspiration, Harry fit un pas, et cligna des yeux.

La pièce était plongée dans la pénombre, et il se dirigea aussitôt vers les rideaux qu'il ouvrit d'un grand geste. Il se retourna pour observer la lumière à présent inondée de lumière et resta un instant sans voix.

La chambre verte… Tout ici était radicalement différent du reste du manoir. Les meubles qui remplissaient la pièce étaient de toute évidence anciens, tout au moins assez pour avoir servi pendant de nombreuses années. Quelqu'un avait vécu ici… et il eut aussi la confirmation de ses soupçons : ce quelqu'un était une quelqu'une, c'était bien une femme qui avait occupé cette chambre. Restait à savoir qui…

Lentement, il se dirigea vers le lit. Vert, comme la moquette et les rideaux aux fenêtres. Il toucha du bout des doigts le patchwork usé qui recouvrait les couvertures. C'était si… personnel, si différent de l'anonymat glacé qui semblait dominer le manoir. Et le lit n'était même pas de très bonne qualité. Simplement… Confortable et familier.

Fasciné, il poursuivit sa visite. La coiffeuse, celle qu'il avait vue derrière les vitres ! C'était un beau meuble, cette fois, dépareillé avec le reste de la pièce, mais à l'aspect tout aussi harmonieux. Une brosse traînait encore sur la table, ainsi qu'un ruban pour cheveux, vert une fois de plus. Quelques objets éparpillés… Il semblait que l'occupante de la pièce n'était sortie qu'un instant, qu'elle allait revenir à tout moment chercher sa brosse, douce, souriante… Du moins, c'était ainsi qu'Harry se l'imaginait.

Et pourquoi pas ? Il y avait même un livre sur la table de chevet. Harry s'approcha pour en lire le titre : 'Amours magiques.' Il sourit. Romantique, alors… Avait-elle été amoureuse de Snape ? Certainement. Sinon, qu'aurait-elle fait ici ?

Comme un automate, il se dirigea vers l'armoire et ouvrit grand les portes. Ce fut le parfum qui l'assaillit ; un parfum léger, quelque chose qui rappelait la campagne, les fleurs… L'odeur était ténue, mais si douce qu'il eut envie de plonger son visage dans les robes qui pendaient là. Sans qu'il sache pourquoi, il sentit son cœur se serrer et une vague de tristesse l'envahir. Que faisait-il là, dans la penderie d'une femme sans doute morte ? Le parfum avait une odeur de passé envolé qui lui donnait envie de pleurer… et les robes, simples et colorées, semblaient parler d'un bonheur perdu mais jamais oublié.

Les yeux soudain embués, il fit un pas en arrière et referma l'armoire. Merlin, il devenait fou… Il n'aurait jamais dû entrer ici. Cette chambre si simple avait un parfum si triste, si triste…

Il aurait dû partir immédiatement, mais il en était incapable. Au lieu de cela, il passa en revue les livres de la petite bibliothèque, effleurant la tranche de l'index. Shakespeare. Milton. Des romans d'amour, aussi, et des traités de magie. De potions, même. Il sentit les coins de ses lèvres se relever malgré lui ; ainsi Severus avait trouvé une femme qui aimait les potions autant que lui ? Et là, sur une étagère, est-ce que ce n'était pas… Il s'approcha. Oui, c'était bien cela, la petite bergère de porcelaine qu'il avait vue dans les souvenirs de Snape, le seul objet qu'il ait emporté en quittant sa maison.

Merlin, c'était si infiniment triste ! Et ces tableaux sur les murs, des couleurs pastelles, des paysages ; Monet reconnut-il … et des dessins crayonnés, des photos de gens qu'il ne connaissait pas mais qui avaient cet air familier que tout avait dans la pièce.

Et un vieux tourne-disques, une pile de vinyles posés à côté de lui sur la table. Une fois de plus, il ne put résister et en inspecta les pochettes d'une main tremblante. Genesis. Led Zeppelin. Neil Young. Supertramp.

Supertramp. Lui aussi aimait bien Supertramp. Le poids sur sa poitrine doubla soudain de volume et les disques lui échappèrent, allant s'éparpiller sur le bureau. D'accord, il devait se reprendre, c'était totalement stupide, cette femme écoutait les mêmes chanteurs que lui, et alors ? Cet endroit était émouvant, mais ce n'était qu'une question d'atmosphère. Il s'était posé tellement de questions sur cet endroit que tout lui apparaissait de manière exagérée. La femme qui avait habité cette pièce n'était sans doute même pas morte, c'était peut-être simplement la petite amie de Snape qui n'était pas venu lui rendre visite depuis qu'un certain Harry Potter occupait son emploi du temps.

Dans tous les cas, il n'aurait jamais dû entrer ici et encore moins fouiller, c'était impoli et malsain. Ses mains rassemblèrent nerveusement les disques pour les remettre à leur place avant de quitter la pièce une bonne fois pour toute, et ses doigts frôlèrent quelque chose de rugueux sur le bois du bureau. Non, pas exactement rugueux, rectifia-t-il, creux, en réalité.

Il se pencha légèrement pour observer le bureau de plus près et ne pût s'empêcher de sourire. Quelle que soit l'occupante de la pièce, elle était très jeune… et très amoureuse. Dans le bois du bureau, une main malhabile mais déterminée avait gravé un cœur, entourant les initiales chéries. Deux paires d'initiales, en fait. L'une n'était pas dure à deviner : S.S pour Severus Snape, mais l'autre ?

Et soudain, la réalisation le frappa avec le force d'un éclair. Le souffle coupé, il se laissa tomber sur la chaise, incapable de détacher son regard de l'inscription sur le bureau.

L.E.

C'était si évident, si évident depuis le départ, comment avait-il pu passer à côté ?

Lily Evans. Cette chambre était celle de sa mère. Avait été…

Merlin, c'était impossible, totalement impossible, Severus lui avait dit… chancelant sur ses jambes, il s'approcha à nouveau de la coiffeuse et saisit une brosse, remarquant ce qu'il avait omis de voir la première fois : les cheveux roux entremêlés aux poils de la brosse.

Les rubans verts, comme le lit, la couleur des yeux de Lily…

Ses disques. Ses livres. Ses vêtements. Son parfum. Avant qu'il ait pu réaliser ce qu'il faisait, il avait à nouveau ouvert les portes de l'armoire et enfoui son visage dans la robe la plus proche, respirant à plein poumons le parfum oublié depuis longtemps. En quelques secondes, il se mit à suffoquer, incapable de savoir s'il cherchait à retenir ses larmes ou s'il s'étranglait déjà avec.

Ce fut un craquement du plancher derrière lui qui l'interrompit, et il fut sur ses pieds en un instant, promenant un regard désespéré à travers là pièce.

« Maman ? »

Mais seul le silence lui répondit, lui faisant l'effet d'une douche froide. Il se sentit soudain plus ridicule que jamais, là, seul, au milieu d'une pièce vide et étrangement hantée. Mais pas par un spectre, non, par des souvenirs et une nostalgie insupportable… Snape venait-il ici, se plongeait-il lui aussi dans le parfum enivrant des écharpes de Lily, parcourait-il ses livres, écoutait-il ses disques ? L'appelait-il, lui aussi ?

Incapable de rester là un instant de plus, Harry s'enfuit, refermant doucement la porte derrière lui. Il avait à peine fait un pas dans le couloir qu'il fut pris d'une violente envie de la rouvrir, de rentrer dans la chambre à nouveau, de s'allonger sur ce lit, de tenter de retrouver… Quoi ? ou plutôt, qui ? Il s'éloigna, refusant de regarder en arrière. Lily était morte, morte depuis quinze ans et rien ne la ramènerait, ni cet endroit, ni Severus.

Snape… Une bouffée de rage le prit alors qu'il descendait les escaliers. Pourquoi lui avait-il caché cela ? De quel droit gardait-il cela pour lui seul ? Tout cela appartenait à sa mère, lui revenait de droit ! Croyait-il être quitte en lui donnant la boîte en bois ?

Eh bien il s'était trompé, trompé lourdement !

Oh, ils allaient parler, oui, il pouvait en être sûr,

D'un pas lourd, il se dirigea vers sa chambre et se laissa tomber sur le lit, hésitant entre la colère et l'émotion. Quand Lily avait-elle habité ici ? Et pourquoi ? Pour quelle raison Snape lui avait-il menti à ce sujet ? Le cœur gros, il saisit la petite boîte en bois qui trônait sur sa table de chevet, à côté de la photo que lui avait offert McGonagall.

Cette vue suffit à faire retomber sa colère. Il devrait faire plus confiance à Severus… Il avait sûrement ses raisons. Sans doute pensait-il lui en parler quand le moment serait opportun… Mais lui parler de quoi ?

Il grogna. Il voulait parler à Snape maintenant. Pourquoi fallait-il qu'il soit allé voir Albus si tôt ? Il devait retenir, maintenant, maintenant, maintenant !

Le son d'une porte refermée brutalement le fit sursauter. Était-ce possible ? Des pas résonnèrent dans l'escalier et Harry se redressa, le cœur battant, la baguette à la main. Ce ne pouvait être que lui, bien sûr, alors pourquoi se sentait-il soudain aussi nerveux ? Comme si de l'électricité le parcourait… Des coups sourds furent frapper à la porte et Harry tenta de se détendre.

« Entrez ? »

La porte s'ouvrit lentement et Severus apparut.

« Tout va bien, Harry ? »

Il ne s'était pas attendu à la question et resta un instant la bouche ouverte, incapable de formuler une réponse. Ce fût visiblement suffisant pour Snape qui s'avança et prit place sur le fauteuil du bureau.

Il semblait étrangement tendu lui-même, remarqua Harry. Quoiqu'il se soit passé dans le bureau de Dumbledore, cela n'avait pas dû plaire au professeur. Ou bien était-ce lui ? Severus était-il au courant de ce qu'il avait fait ?

« Harry, respire, » fit doucement Snape.

Ce ne fut qu'en prenant une grande inspiration qu'Harry réalisa qu'il l'avait retenu depuis que le professeur était entré dans la pièce. Merlin, mais qu'est-ce qui lui arrivait ? C'était Severus, juste Severus… Il vit le sorcier ouvrir la bouche pour lui parler, et avant qu'il ait pu réfléchir, il avait pris les devants.

« Alors, vous vous êtes réconcilié avec Dumbledore ? »

C'était la question la plus stupide qu'il ait jamais posée, mais elle eut au moins le mérite de couper la parole à Snape qui fronça les sourcils.

« Je suppose que l'on peut dire ça, oui, » répondit-il.

« Il ne voulait vraiment pas vous faire de mal, vous savez. Mais il est toujours tellement persuadé de tout savoir, et il veut tellement tout diriger, je crois qu'il ne réalise pas qu'il dépasse les bornes des fois. Et il est tellement vieux… »

Harry s'interrompit, conscient d'être en train de babiller. Devant lui, Severus lui jetait un regard à la fois soucieux et amusé.

« Tout va bien, Harry. Nous rentrerons à Poudlard dès demain, ou ce soir-même si tu le souhaites. Albus et moi nous sommes expliqués, même si je suis loin d'être ravi de sa petite intervention. »

« C'est… une bonne chose, » fit Harry, désarçonné. Alors, c'était tout ? « Vous n'êtes pas plus fâché que ça ? Je veux dire… Vous étiez plutôt furieux, hier soir. »

Son regard vint s'échouer sur ses mains, croisées sur ses genoux, incapable de soutenir plus longtemps le regard perçant du professeur.

Du coin de l'œil, il vit Snape ajuster sa position sur le fauteuil, comme s'il se préparait à une longue discussion.

« Il y a beaucoup de choses que j'ai dites hier soir et qui auraient clairement bénéficié d'un peu de recul de ma part… Mais certaines n'en restent pas moins vraies. »

Le garçon se raidit à ces mots. Peut-être Severus allait-il le jeter dehors, finalement ?

« Tu es un jeune sorcier promis à un avenir exceptionnel, Harry, » reprit-il. « Et il ne s'agit pas seulement de ton avenir… Ce que tu as accompli jusqu'à présent suffit largement à te distinguer des jeunes gens de ton age. À présent, tu es également l'un des sorciers possédant le plus de pouvoir dans ce pays, peut-être même, qui sait, le premier d'entre eux. Mais malgré tout cela, et malgré toute ta bonne volonté et ta bravoure… »

Un picotement dans la nuque d'Harry le poussa à relever les yeux. Quoique Severus ait à lui dire, il lui devait de le regarder en face. Visiblement satisfait, le professeur continua.

« Malgré tout ce que les gens attendent de toi et la prophétie qui pèse sur tes épaules, tu n'en restes pas moins un garçon de seize ans, inexpérimenté, impulsif, qui ne maîtrise pas encore ses pouvoirs. Tu ne peux pas, et j'insiste sur ce point, tu ne peux pas te jeter dans chaque situation dangereuse pour sauver le monde. Ce n'est tout simplement pas réaliste. Il n'y a rien d'étonnant au fait que j'ai longtemps pensé que tu avais un problème d'ego… Je te connais assez à présent pour savoir que ce n'est pas le cas, mais cette tendance à négliger ta propre sécurité doit s'arrêter maintenant. »

« Je… j'avais bien compris hier, professeur, » fit Harry. « Ça semblait juste être la bonne chose à faire, cette fois. Je ne voulais pas qu'il vous arrive quelque chose. »

« Et je ne veux pas non plus qu'il t'arrive quoique ce soit, en particulier par ma faute ! Je suis l'adulte ici, Harry, peux-tu comprendre cela ? » Demanda Snape avec tout le calme possible.

« Je comprends, vraiment, » répondit le garçon, la gorge serrée. « C'est juste que… Je l'aurai sûrement déjà fait avant cet été, bien sûr, mais maintenant… Je ne veux pas que vous disparaissiez, c'est idiot, je sais, mais j'ai besoin de ça, besoin de vous… Si vous croyez que vous pouvez me pardonner pour… vous savez. »

« Stupide enfant, » fit doucement Severus. « Je n'ai pas la moindre intention de 'disparaître', comme tu le dis… Quant à te pardonner, en dehors de cette fâcheuse tendance à mettre ta vie et ma raison en danger, je crains de ne pas saisir. »

« Vous savez, ce que vous avez dit hier, » insista Harry, mal à l'aise. « Le fait que… que j'ai vu, enfin, vos souvenirs. »

Le visage de Snape se figea tandis qu'il tentait de prendre une posture décontractée.

« Ce n'était guère fameux, n'est-ce pas ? » Murmura-t-il. « Je sais que cette fois tu n'as pas cherché à être indiscret, Harry. Pour tout dire, je suis plutôt surpris qu'avec le recul, tu ne sois pas le premier à m'adresser des reproches. »

Confus, Harry le dévisagea un instant. L'expression de Severus ne laissait rien transparaître, mais le garçon se doutait que le moment était critique.

« Des reproches ? Je ne vois pas pourquoi. »

« Pour avoir suivi Voldemort, pour commencer. Pour avoir pris la Marque. Et tout ce qui s'ensuit… »

Harry haussa les épaules.

« Je le savais déjà. Vous avez changé, vous n'êtes plus de son côté. Je suis juste… désolé pour vous, » conclut-il.

Un silence pesant s'installa entre eux, figeant le temps. Si longtemps, en fait, qu'Harry commença à se demander si Snape n'avait pas été stupéfixé… Il s'agita inconfortablement sur son lit, et le geste sembla faire réagir le professeur qui passa une main sur son visage, fermant brièvement ses yeux noirs.

« Je suppose que la pitié n'est pas le premier sentiment que l'on souhaite inspirer à ses enfants, » fit-il d'une voix sourde.

Harry le fixa du regard, les yeux écarquillés. Il venait bien de dire… ? Mais… Non, il ne devait pas penser cela, pas du tout, c'était terriblement faux !

« Non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, » fit-il précipitamment. « Je vous respecte, vraiment, vous êtes un type… Je veux dire, un professeur formidable et je, hum… »

Oh, Merlin, ça ne commençait pas très bien. Les joues rouges, il s'interrompit sous le regard sardonique de Snape, un sourcil levé.

« Un professeur formidable ? Je n'espérais pas tant d'hypocrisie de votre part, M. Potter. »

Harry se sentit rougir plus violemment encore.

« D'accord, comme professeur, vous êtes nul. » Admit-il sans oser le regarder. « Mais pour le reste… Je ne plaisante pas, je vous respecte vraiment. Et pas juste cela, c'est… je voulais vous en parler mais… Pendant que vous dormiez, il s'est passé quelque chose. Ou plutôt, j'ai appris quelque chose. »

Grognant, il se prit la tête entre les mains. Par où commencer ? Il voulait parler de Rémus, mais il ne voulait pas que Severus le rejette maintenant, et il voulait parler de la chambre verte et de Lily, il devait savoir, mais il ne voulait pas que Snape pense qu'il doutait de lui ou… La pression d'une main sur son épaule lui fit lever les yeux. Devant lui, Severus lui tendait un flacon de potion, son regard apaisant.

« Bois. »

Ce qu'il fit sans protester.

« Une potion calmante, » précisa Snape, « as-tu besoin d'autre chose, pendant que nous y sommes ? Tu as bien déjeuné ? »

Le garçon hocha la tête.

« Je n'ai besoin de rien. C'est juste que… il s'est passé plein de choses en votre absence. »

« C'est ce que je constate, » répliqua amèrement Severus. « Je t'écoute. »

Mais les mots, étrangement, ne voulaient pas sortir.

« Vous êtes au courant, pour Rémus ? »

Snape fronça les sourcils.

« Plus précisément ? »

Harry se mordit les lèvres.

« Il a un fils, » fit-il.

Cette fois, le professeur laissa échapper un long soupir.

« Harry, puis-je savoir comment tu as appris cela ? » Demanda-t-il.

« Oh, j'ai espionné, » répondit négligemment le garçon.

Snape resta un instant silencieux.

« Évidemment. Encore une leçon qu'il te reste à apprendre, n'est-ce pas ? »

« C'est à dire, » fit Harry, gêné, « c'est tellement facile quand on est un chat… »

Severus secoua la tête, comme pour balayer l'idée.

« Peu importe. Et pour te répondre, oui, je suis au courant. »

Harry sentit son cœur se mettre à battre la chamade. Snape était au courant. Il savait que Rémus était son père, et malgré tout il ne l'avait pas repoussé… Devait-il être soulagé ou inquiet ?

« Et… ça vous est égal ? » Demanda-t-il.

« Je ne dirais pas cela, non » répondit le professeur. « Cela va très certainement compliquer les choses. Pour Rémus et pour toi en particulier, je présume. »

« C'est certain, » murmura Harry. « Mais ça ne change rien à… au reste. Je veux dire, je n'ai pas changé d'avis. Même si Rémus est… enfin, techniquement… »

Techniquement, il a couché avec ma mère, songea Harry, avant de réaliser. Oh Merlin. Il a couché avec ma mère. Il leva les yeux vers Snape, sous le choc.

« Vous devez vraiment le détester, » fit-il dans un souffle.

Le professeur fit une grimace.

« Détester est un mot un peu fort. Et en réalité, la réciproque serait plus juste… Il se trouve que j'ai joué un certain rôle dans sa paternité. Un rôle plutôt malheureux, pour tout dire. »

Avant qu'Harry n'ait pu les retenir, les mots avaient franchi sa bouche.

« La chambre verte… »

Il observa Snape avec appréhension, mais celui ci se contenta de froncer les sourcils.

« Pardon ? »

À regret, Harry répéta.

« La chambre verte. Il y a un rapport, n'est-ce pas ? » Ça n'avait pas de sens, et pourtant… Ça devait en avoir, tenta de se persuader Harry. Il fallait que toutes les pièces s'emboîtent, d'une façon ou d'une autre.

« Je crains de ne pas saisir, » fit Severus. « De quelle chambre es tu en train de parler ? »

Le garçon hésita un instant. À quel jeu Snape jouait-il ?

« Je parle de la chambre du haut, la chambre avec les rideaux et le lit vert, et le reste. Vous savez bien… »

Mais le professeur continuait de le fixer d'un air perplexe.

« Je n'ai pas le souvenir qu'une des chambres soit meublée en vert, mais quand bien même, quel serait le rapport ? »

« Vous savez bien de quoi je veux parler, » s'énerva Harry que la tension rendait nerveux. « La vieille chambre. Celle de ma mère. »

Cette fois, Snape sembla littéralement estomaqué.

« De quoi… » le regard soudain dans le vague, il se leva. « Montre-moi, » fit-il d'un ton sec.

Sans demander son reste, Harry se leva et sortit de sa chambre, Severus sur les talons. Qu'est-ce que tout cela voulait dire ? Pourquoi faisait-il sembler d'ignorer de quoi il parlait ? Il secoua la tête. Ils étaient arrivés devant la porte, et Snape avait toujours ce regard vide d'expression.

« Je sais que je n'aurai pas dû entrer, » tenta de s'excuser Harry, « mais vous m'aviez dit que je pouvais aller où je voulais… »

Sans un mot, Severus poussa la porte et entra. Il s'immobilisa au milieu de la pièce et Harry le suivit, à contrecœur. Que se passait-il ? Snape était en train d'observer la pièce avec le même air de surprise que lui-même avait probablement eu en entrant. Mais non, en réalité Severus avait l'air positivement choqué. Il s'approcha de la coiffeuse, tendant une main puis la retirant avant d'avoir pu la toucher. Incapable de résister, Harry posa sa question :

« C'est bien la chambre de ma mère, n'est-ce pas ? »

Il la regretta toutefois quand Snape se tourna vers lui, l'air halluciné.

« C'est impossible, » fit-il d'une voix étranglée, « je n'aurai pas… »

Puis, d'un mouvement raide, il se tourna vers la bibliothèque, fébrile. Il la fouilla rapidement du regard avant de saisir une rangée de livres et de les jeter par terre, visiblement oublieux de la présence d'Harry derrière lui. Un instant plus tard, il poussa un petit grognement et extirpa un objet ovale du fond de la bibliothèque.

Une pensine, constata Harry, de plus en plus intrigué. Sans faire attention à lui, Severus pointa sa baguette vers la coupelle et guida les longs filaments argentés vers sa tempe.

L'instant d'après, il s'assit lourdement sur le lit, comme si ses jambes refusaient de le porter plus longtemps. Un mélange de fatigue et de résignation s'imprima sur ses traits tandis qu'il balayait à nouveau la pièce du regard, sans surprise cette fois.

« Professeur ? » Demanda Harry, hésitant.

Snape sembla se rappeler seulement alors de sa présence et lui fit signe de le rejoindre sur le lit, tapotant la couverture. Le garçon s'assit à ses côtés, incapable de décider s'il devait être inquiet ou soulagé.

Le silence avait vraiment une autre dimension dans cette pièce, songea-t-il. Quelque chose d'à la fois paisible et oppressant. Il ignorait combien de minutes avaient passées quand Severus pris enfin la parole.

« Tu avais raison, Harry, cette chambre était celle de ta mère, » fit-il d'une voix dégagée. « Tout ce que tu vois ici lui as appartenu. »

« Je ne comprends pas, » fit doucement le jeune homme, « vous m'aviez dit qu'elle n'était jamais venue ici ? »

« Je ne me souviens pas d'avoir dit une telle chose, mais c'est exact, Lily n'a jamais mis les pieds au manoir. Pas une seule fois. »

« Mais alors comment… »

« Ce sont ses meubles, Harry, » interrompit Snape. « Seulement ses meubles. Ceux qu'elle avait chez ses parents, quand elle habitait encore chez eux. »

« Mais que font-ils ici ? » Insista le garçon.

Severus mit à instant à répondre, comme s'il se remémorait ces souvenirs.

« Elle m'a demandé de les garder pour elle. C'était après la mort de ses parents… Petunia s'apprêtait à se marier et elle avait besoin d'argent, elle a donc souhaité vendre la maison. Lily a accepté à contrecœur… Elle n'avait nulle part où laisser ses affaires et elle m'a demandé de les garder pour elle, sachant que je ne comptais pas vendre la maison de mes parents dans l'immédiat. Nous étions très proches à l'époque… Mais plus pour longtemps. Quoiqu'il en soit, elle n'a jamais voulu les reprendre. Ou plus exactement, nous n'en avons plus jamais reparlé. »

« Pourtant… » Harry désigna la pièce de la main, « tout paraît si… réel. Vivant. On dirait vraiment qu'elle a vécu ici. »

À ses côtés, Snape grogna doucement.

« Je suppose que j'ai été… légèrement trop enthousiaste en amenant ces meubles ici. Je voulais qu'elle retrouve ce qu'elle avait quitté si jamais elle décidait de… mais c'était stupide, bien sûr. »

De venir vivre au manoir. C'était ce qu'avait voulu dire Severus, Harry en était certain. Il avait espéré, mais elle n'était jamais revenue. Au lieu de cela, elle avait épousé James et, de toute évidence, couché avec Rémus. Et la chambre était restée au Manoir Snape, inchangée.

Il avait eu raison quand il avait visité cette chambre plus tôt, il y avait ici quelque chose de terriblement doux et nostalgique qui donnait envie pleurer. Il ne le fit pas, bien sûr, mais au lieu de cela se pencha pour s'allonger, sa tête reposant sur les genoux de Severus.

Il comprenait, et il savait que Snape le comprenait. Et il avait eu raison sur ce point également ; il avait besoin de lui. Une main vint se poser sur son crâne, caressant légèrement les cheveux.

« Tout ce qui est ici est à toi, Harry. Tu peux en faire ce que tu souhaites. Je te l'aurais montré plus tôt si je m'en étais souvenu, » fit Severus doucement.

« Comment avez vous pu oublier cela ? » Murmura Harry. Mais bien sûr, il connaissait déjà la réponse.

« Parce que j'ai souhaité l'oublier, » répondit Snape. « En mettant ce souvenir dans une pensine, le souvenir entier et pas uniquement son côté affectif. Après la mort de Lily… j'ai passé beaucoup de temps dans cette pièce. »

Harry pouvait l'imaginer. Son regard se posa sur le vieux tourne disque.

« Vous aimiez bien ces chanteurs ? »

« J'aimais bien les écouter avec elle, » répondit Snape. Il sourit à ce souvenir. Lily dansant le rock… Oh, ils avaient dansé, et combien d'après-midi et de nuits ? « Mais après un moment, » continua-t-il, « cette pièce était devenu comme un poison. J'ai préféré oublier jusqu'à son existence. »

S'il avait dû écouter une millième fois Stairway to Heaven, il serait devenu fou, il en était sûr. Le disque était rayé d'avoir tant joué après la mort de Lily, et lui-même se sentait aussi éreinté et abîme que le disque noir en entendant ces notes.

« Je comprends, » murmura Harry. « Elle me manque aussi, même si je ne l'ai pas connue. Je me souvenais de son odeur, vous savez ? Quand j'ai ouvert le placard, ses robes. »

Oh, oui, il savait. Le parfum de Lily était ce qui l'avait le plus hanté dans cet endroit. C'était si difficile d'imaginer qu'elle était partie quand son odeur imprégnait encore l'atmosphère…

« Je ne pensais pas avoir de souvenirs d'elle, » continua Harry. « À part, vous savez, quand je l'entends crier. »

La main de Severus se crispa sur la nuque du garçon.

« Quand tu l'entends crier ? » Répéta-t-il.

« Oui, quand les Détraqueurs approchent… Je l'entends, le soir où elle a été tuée. C'est plutôt ironique que les Détraqueurs aient réussi à faire remonter le seul souvenir que j'aie de ma mère, vous ne trouvez pas ? Enfin, à part cette odeur, maintenant… »

« Harry, je suis désolé, » murmura Snape.

« Moi aussi, » offrit le garçon. « je ne voulais pas voir vos souvenirs, vous savez, mais je suis content que ça soit arrivé. Parce que, » et il se redressa pour le regarder dans les yeux, « c'est beaucoup plus facile de comprendre comme ça. Et j'ai besoin de comprendre. »

Severus hocha la tête, à la fois réticent et compréhensif. Posant les mains sur les épaules du jeune homme, il entreprit de se relever.

« Je crois qu'un bon verre de firewhiskey ne me ferait pas de mal. Peut-être même deux. Que dirais-tu d'une bièraubeurre ? »

Harry se redressa, un large sourire aux lèvres.

« Deux aussi, si ça ne vous ennuie pas. »

Et un bras passé sur les épaules du garçon, dans un geste qui devenait curieusement familier, Snape sortit de la chambre et referma la porte derrière lui.

Repose en paix, Lily, fit-il dans une prière muette. Et si possible pas dans cette chambre. Ce manoir n'a pas besoin de plus de fantômes…

Quitter l'étage et laisser la chambre verte derrière eux fut un vrai soulagement. Les fauteuils du salon n'avaient jamais été aussi confortables et accueillants, et Harry s'y laissa tomber avec reconnaissance.

Merlin, il se sentait littéralement vidé ! Et ce feu de cheminée était parfait malgré la saison, juste ce qu'il fallait pour ronronner tranquillement et… Oh, ce n'était sans doute pas le bon moment pour se transformer en chat. Mais après tout…

D'un bond, il sauta sur les genoux de Snape et se laissa mollement glisser contre les robes du sorcier. Voilà, c'était parfait, juste comme avant quand il n'était que Shadow et qu'il n'avait pas un souci au monde…

« Sale bête, » murmura Severus ; mais son ton démentait ses paroles et ses doigts vinrent caresser le poil noir.

Oui, tout semblait toujours plus facile sous cette forme, songea Shadow.

« Tu dois cesser de t'inquiéter tout le temps, Shadow Snape. Le monde ne va pas s'effondrer si tu te reposes un instant. Apprends à faire confiance aux adultes. »

Fermant les yeux, le chat étira une patte. À cet instant, il aurait été si facile d'être d'accord…

« Albus a raison sur un point, » continua Snape, « tu ne peux pas te permettre de rester trop longtemps hors de Poudlard en ce moment, pas avec ce qu'il se passe au Ministère. Ce serait trop risqué. Nous rentrerons ce soir. »

Ces paroles réveillèrent tout à fait Shadow qui regagna son fauteuil pour reprendre forme humaine.

« Professeur, ce n'est pas nécessaire, j'ai dit à Dumbledore que je lui donnerai ma réponse demain soir. »

« Il serait imprudent d'attendre. Si un Auror vient vérifier que tu te trouves bien à Poudlard et ne t'y trouve pas, ta garde temporaire pourrait revenir au Ministère. Par ailleurs… j'avoue que la perspective de rester au Manoir ce soir ne m'enchante guère. »

Sur ce point, Harry était d'accord. La découverte de la chambre l'avait suffisamment secoué, changer de décors lui convenait parfaitement.

« Ça ne vous ennuiera pas si j'y retourne… plus tard ? Dans la chambre, je veux dire, » demanda-t-il.

« Non. Bien sûr que non. Je serais mal placé pour te le reprocher… À ce sujet, n'avions-nous pas parlé de firewhiskey et de bièraubeurre ? » Demanda Severus en se levant pour chercher les bouteilles. Et vraiment, décida Harry, la biéraubeurre était la solution parfaite à une journée mouvementée.

« Merci, professeur, » fit-il en reposant la canette. « Vous n'aviez pas parlé de deux bièraubeurres ? »

Snape rit doucement en lui tendant une deuxième bouteille.

« 'Professeur' ? Nous en sommes revenus là ? »

« Non ! » s'écria Harry, surpris. « Je n'avais pas fait attention. Par contre… » Il s'interrompit, hésitant à poursuivre.

« Dis ce que tu as à dire, » grogna Severus

« Eh bien, vous avez recommencé à l'appeler le Seigneur des Ténèbres. Vous disiez plutôt Voldemort, ces temps-ci. »

Snape tapota son verre du bout des doigts, songeur.

« C'est probable, en effet. J'y ferai attention à l'avenir. »

« Cela ne vous dérange pas de dire son nom ? Vous détestiez cela, avant… » Fit Harry.

« Prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres… de Voldemort quand on est sous sa coupe est une très mauvaise idée. Un manque de respect flagrant et rapidement sanctionné. »

« Il a… il a des moyens de savoir ce genre de choses ? »

« Certainement, » fit amèrement Severus.

« Mais ça ne vous a pas posé problème depuis que vous avez cessé d'espionner, alors pourquoi maintenant ? »

« La force de l'habitude, je suppose. Cet homme n'est certainement pas mon seigneur, ténèbres ou pas. Ce détestable surnom est aussi usurpé que pathétique. Mais ce petit séjour en enfer a remis certaines choses en perspective, bien évidemment. »

« Il est toujours votre maître malgré tout, n'est-ce pas ? À cause de la Marque ? » Demanda Harry. Il vit Snape se raidir sensiblement.

« Ce n'est pas une chose dont tu dois te préoccuper. Ces regrettables erreurs de langage de ma part n'ont plus lieu d'être. J'espère juste que tu pourras également reconsidérer la question de mon prénom. »

« Désolé, Severus, » fit Harry avec un sourire. « Je suppose que c'est aussi la force de l'habitude. » Il finit sa deuxième bouteille d'une traite. « Et peut-être aussi un peu la peur que vous me mettiez dehors, » avoua-t-il rapidement.

« Harry ! » s'écria Snape, soudain inquiet. « Il n'en est pas question ! Je sais que les derniers jours n'ont pas été faciles, mais je peux t'assurer que… » que je n'ai à aucun moment eu l'intention de te mettre à la porte ? Inexact. Mais Harry n'avait pas besoin de savoir cela. « que je n'ai aucune intention de revenir sur ma parole. Tant que tu le souhaiteras, tu seras chez toi ici. »

« Même si mon père… » Le garçon ne put retenir une grimace. Parler de Rémus n'allait pas être si évident. Merlin, tout cela sonnait tellement faux…

« La question n'est ni ton père, ni ta mère, ni ce que pourront penser les gens de notre arrangement, » fit sèchement Severus. « Tu es mon chat, un point c'est tout. Est-ce clair dans votre tête, jeune homme ? »

« Je suppose, oui, » répondit Harry avec un large sourire. « Et vous êtes mon Homme en Noir. »

« Oh, vraiment ? » fit Snape en levant un sourcil. Le garçon rit, un peu jaune.

« C'est comme ça que je vous appelais quand, enfin, quand j'étais juste un chat. Ça semblait plutôt approprié. »

« Assez approprié, en effet, » murmura Severus.

« Et vous savez, le vert vous allait plutôt bien. Dans vos souvenirs, je veux dire. Enfin c'est dommage que… que… » Le regard du professeur s'était assombri et Harry sentit qu'il venait de s'engager sur un terrain glissant.

« Un deuxième verre de whisky pur feu sera peut-être utile, après tout, » fit-il d'une voix sourde.

« Je, hum, je peux en avoir aussi ? »

« À ton âge ? » demanda Severus, suspicieux.

« J'en ai déjà goûté, vous savez. Et je crois que c'est juste ce qu'il me faut, là, maintenant. »

« Ce qu'il te faut pour rouler par terre ? Va pour cette fois, » fit-il en lui tendant un verre, « mais que ça ne devienne pas une habitude. »

« Non, il y a peu de chances, » marmonna Harry. « J'ai toujours détesté les gens saouls. »

« Mauvais souvenirs ? » demanda Snape.

« Plutôt, oui, » fit-il, réticent.

« Ton oncle, je présume ? »

« Hum-hum, » répondit vaguement le jeune homme. Les Dursleys n'avaient jamais été son sujet de conversation favori et Vernon était décidément en queue de liste ; juste après les articles de la Gazette des Sorciers et les dernières conquêtes amoureuses de Draco Malfoy. Mais il capta le regard de Severus posé sur lui, sombre et songeur, et sut aussitôt à quoi il pensait. Il frémit en repensant à ce qu'il avait vu de l'enfance du Maître des Potions… et après cela, il n'était vraiment ni juste ni utile de se taire. Avalant une gorgée de bieraubeurre, il se lança.

« Ce n'était pas tellement qu'il était violent, » expliqua-t-il, « Enfin, si, bien sûr, mais pas comme… hum. De toute façon il n'arrivait jamais à m'attraper quand il avait bu. Mais il avait cette façon de cogner dans les murs et de crier après tout le monde... en disant des choses assez, enfin… assez horribles. Vous savez, à propos de mes parents, du fait que je ne valais rien, ce genre de choses, » conclut-il. « C'était surtout sa voix, et il me paraissait tellement énorme, à l'époque… non, en réalité il était vraiment énorme, mais dans ces moments là j'avais l'impression qu'il était un de ces monstres qui sont sensés vivre dans les placards et dévorer les enfants. Sauf que c'était moi qui vivait dans le placard et que c'était moi le monstre, pour eux, » dit-il avec un petit rire forcé.

Snape secoua la tête.

« Et un placard ne devait certainement pas représenter un grand refuge face à ce type d'ogre. »

« Pas vraiment, non », murmura Harry. « Mais la plupart du temps il m'oubliait quand il ne me voyait pas. C'est juste que Dudley… quand il avait peur, il lui rappelait d'aller s'occuper de moi. »

« Vernon s'en prenait aussi à son fils ? » demanda Snape, surpris.

« Non, bien sûr que non. Mais il cassait tout ce qui lui tombait sous la main en beuglant. Il a cassé la télévision de Dudley, une fois ; un drame terrible… » il grimaça. « Quand j'étais petit, ça me terrorisait. C'était idiot, parce que c'était quand il était à jeun qu'il était le plus dangereux. » Il haussa les épaules. « Je suppose que ça n'a plus d'importance à présent. Il est mort, inutile de dire du mal de lui… »

« La mort n'absout pas tout, » répliqua Severus, « Ce n'est pas parce qu'il a disparu que ces épisodes de ta vie en ont fait de même. Tes souvenirs seront juste moins douloureux avec le temps… mais tes raisons pour te méfier de l'alcool n'en sont pas moins justifiées. »

Harry médita un instant la question.

« Vous savez, c'est plutôt bizarre de penser que c'est à vous que je fais confiance, alors que c'est vous qui m'avez le plus crié dessus depuis que je suis à Poudlard. Vous croyez que j'essaie de reproduire la même chose ? »

Il vit le professeur tressaillir.

« J'espère bien que non, » fit-il d'une voix sourde. « Harry, j'espère que tu as bien conscience que je n'ai aucune intention de te faire du mal, que ce soit en acte ou en paroles. Il est hors de question que je lève la main sur toi ! Quant à crier… ce n'est pas une chose que je peux promettre, connaissant mon tempérament et le tien, mais je souhaite bien limiter cela aussi au strict nécessaire. Ma vision de l'éducation d'un enfant n'a rien en commun avec celle de ton oncle et de ta tante, ou de mes propres parents, si c'est cela qui t'inquiète. »

« Je ne suis pas inquiet, » protesta Harry. « Je sais tout cela. Si vous avez réussi à ne pas me disséquer ou m'écarteler contre un mur à l'époque ou vous me détestiez, je sais que vous n'allez pas le faire maintenant. Et vous m'avez protégé… »

« J'ai essayé, tout au moins. Cela ne m'empêchera pas de te donner des corvées supplémentaires ou de te sermonner à ma façon si cela s'avère nécessaire. C'est une part du travail de parent, et j'entends la remplir également. C'est bien clair entre nous ? »

« Tant que vous n'argumentez pas à coup de ceinture, tout me va, » murmura le garçon.

À ces mots, Severus se leva et s'avança vers lui.

« Viens ici, » fit-il d'une voix douce.

Sans réfléchir, Harry vint se blottir contre lui, le visage enfoui dans le drap noir. Ah, c'était bon, oui… encore mieux que d'être Shadow. Et comment cela pouvait-il sembler si naturel alors que vraiment… Il ne pouvait pas se rappeler avoir été réconforté de cette façon étant enfant.

« je suis content qu'il l'ait fait, vous savez, » fit-il contre l'épaule du professeur. « Sinon, je ne serais jamais venu ici. Et vous n'auriez pas… changé d'avis. »

« Stupide enfant, » murmura le professeur. « Je suis également heureux de l'issue de cette tragique histoire, mais quant à ce que ce moldu t'a fait subir… Je ne regretterais jamais assez de ne pas m'être occupé de son cas quand j'en avais encore l'occasion. »

« Pas moi, » répondit Harry. « Je préfère que vous n'ayez rien à voir avec ça. Le ministère n'aurait peut-être pas accepté que je reste avec vous, sinon. Et puis, je n'ai pas envie d'être responsable d'encore plus de morts. C'est à cause de ça qu'il ne voulait plus que je reste, vous savez. À cause de Marge. »

À ces mots, Snape saisit l'adolescent par les épaules et le repoussa doucement pour le regarder dans les yeux.

« Tu réalises que tu n'y es pour rien, n'est-ce pas ? »

« Je… je suppose. »

« Harry. »

« Je ne sais pas, c'est possible vous savez, je la détestais. Et il se passe toujours des choses que je, que je ne contrôle pas, comme Shadow… »

« C'est absurde, » fit doucement Severus. « Cette femme a eu un accident de voiture. Ton oncle avait juste besoin d'un exutoire pour sa colère, aussi improbable soit-il. »

« Il n'avait pas bu, ce soir là, » pointa Harry. « D'habitude, il ne dit ce genre de choses que quand il est saoul. »

« Était-il ivre quand il t'a fait croire que tes parents étaient décédés dans un accident de voiture, que tu étais anormal, et toutes ces stupidités qu'il t'a mises dans la tête ? »

« Non, mais c'était logique, vous savez… de leur point de vue. C'est juste que quand il buvait, eh bien, il disait beaucoup plus de choses blessantes, mais quand il se mettait en colère sans avoir bu… C'était pire, et s'il me corrigeait c'était pour des choses qui étaient réellement arrivées. Enfin, la plupart du temps. Je sais que c'était injuste ; je n'y pouvais rien, mais pour lui c'était logique. Alors Marge… »

« La mort de Marge est due à un banal accident de la route, Harry. » fit Snape. « Dumbledore s'en est assuré. Ce n'était ni l'œuvre de voldemort, ni la tienne. Juste un accident. »

« C'est… vraiment ? »

Le soulagement était visible dans les yeux du garçon et Severus se maudit de ne pas avoir pensé à lui dire plus tôt.

« Vraiment, » fit Snape en hochant la tête. « Et si cela peut te rassurer, je bois extrêmement rarement. Et comme la plupart des Maîtres des Potions, je suis immunisé contre les effets de l'alcool à haute dose. »

« Eh bien pas moi, et c'est tant mieux pour ce soir, » grommela Harry. « J'ai l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur… ou une horde d'hippogriffes, si vous préférez. »

« Je sais ce qu'est un rouleau compresseur, » précisa Snape. « As-tu pensé à faire tes bagages pour Poudlard pendant que tu étais ici ? Nous rentrerons pour dîner, si cela te convient. Je ne me sens pas d'humeur à cuisiner et je présume qu'il en est de même pour toi. »

« J'aime bien cuisiner ici, » fit le garçon « mais un dîner préparé par les elfes m'ira très bien pour ce soir. J'aurai juste quelques affaires à prendre, je ferais aussi bien de le faire maintenant. »

« Fais cela, » acquiesça Severus, « et nous rentrerons directement à Poudlard. Je pense que tes amis seront rassurés de te savoir revenu. Il semblerait qu'ils ne soient pas ravis d'avoir à nouveau perdu leur capitaine de Quidditch… et Albus a également parlé d'un accident en cours de potions ? »

Oh, Merlin.

« C'est… je… en fait, ce n'est pas tout à fait cela, il se trouve simplement… »

« Oui ? » fit Severus, une once d'amusement dans la voix.

« Eh bien, visiblement, le poil de chat ne rentre pas dans la composition de toutes les potions. En tout cas, pas dans celle que Ron était en train de préparer. »

« Je vois, » soupira le professeur. « Et les conséquences de cette petite manipulation ? »

« Rien de grave, en fait, » s'empressa de répondre Harry, « et rien de permanent. Vraiment, ce n'était pas si dramatique. »

« Rien qui ne t'aurait valu une retenue si j'avais été là ? » Demanda sournoisement Snape.

« Ça ne compte pas, vous me donnez toujours des retenues… »

« Une autre chose qu'il va falloir changer, je suppose, » fit le professeur. « Mais inutile d'espérer un traitement de faveur en classe, monsieur Potter. J'attends de vous une véritable assiduité en cours et je ne pardonnerai pas plus les erreurs que je ne l'ai fait jusqu'ici. »

« Oh, je n'en attendais pas tant, » grimaça Harry en vidant d'une traite son verre de whiskey pur feu. Merlin, mais c'était vraiment fort… « tant que vous me traitez comme n'importe quel serpentard. »

Il crut entendre Severus rire doucement alors qu'il se mettait à tousser, incapable de résister à la sensation de brûlure dans sa gorge.

« Va préparer tes bagages, Salazar, et rejoins-moi dans le laboratoire. Je vais prévenir Albus de notre arrivée. »

Avant qu'Harry ait eu le temps de trouver une réplique indignée, le professeur avait quitté la pièce, le laissant seul et suffoquant au milieu du salon. Merlin, c'était humiliant, il avait pourtant déjà bu du whisky pur feu avant ça… Il jeta un regard noir à la bouteille. C'était juste une question d'habitude, après tout. D'un geste leste, il se resservit un verre et le but lentement.

Voilà, c'était juste un coup à prendre, siroter doucement son whisky… Et maintenant, il se sentait tout à fait d'attaque pour rentrer à Poudlard. Avec son Homme en noir. Et que personne ne s'avise de dire quoique ce soit, parce que Snape était vraiment quelqu'un de bien, et le seul à pouvoir lui donner cette impression d'être à la fois vulnérable et en sécurité.

Tiens… était-ce une idée, ou est-ce qu'il était en train de ronronner sous sa forme humaine ?

Quelques minutes plus tard, il rejoignait les donjons avec les quelques objets qu'il avait omis d'emporter la fois précédente. Quelques affaires de toilette, un livre, et… la photo prise par McGonagall, soigneusement rangée dans la poche de ses robes. Il était prêt, tout à fait prêt.

Severus l'attendait devant la cheminée, les flammes vertes attendant leur départ.

« Ça ira ? » Demanda-t-il en voyant le garçon s'avancer.

« La poudre de cheminette ne m'aime pas trop, mais je devrais y arriver, » répondit Harry.

Snape l'observa d'un air suspicieux et ouvrit la bouche avant de se raviser. Une main sur l'épaule du jeune homme, il s'avança à ses côtés dans la cheminée.

La voie de cheminette semblait décidément bien plus coopérative en présence d'un Maître des Potions, et Harry pénétra dans le bureau du directeur sur ses deux pieds, trébuchant à peine.

Hum, la tête lui tournait malgré tout, cette fichue cheminette avait vraiment une dent contre lui… et Merlin, qu'il faisait chaud dans le bureau. Mais c'était bon de revenir ici aux côtés de Severus, si peu de temps après leur sortie dramatique. Comme il s'y était attendu, Dumbledore était là pour les accueillir, son éternel petit sourire irritant aux lèvres. Mais il n'était pas seul, constata-t-il… McGonagall était là elle aussi, et Harry fut pris d'une brusque bouffée d'affection pour la sorcière qui lui avait offert sa photo. Il faudrait vraiment qu'il raconte à Severus ce qu'elle lui avait dit, cela lui ferait sûrement plaisir… Il lui offrit un large sourire tandis que Snape reculait légèrement, époussetant ses robes.

« Bienvenue à la maison, mes enfants, » fit le directeur d'une voix enthousiaste.

« La maison, c'est le Manoir, » répliqua Harry de son ton le plus sérieux ; mais sa voix sonna d'une façon bien moins digne qu'il ne l'avait souhaité. Quelqu'un toussa dans un coin de la pièce et il plissa les yeux pour tenter de le distinguer. Sa vue semblait étrangement floue ce soir ; il leva une main pour vérifier que ses lunettes étaient bien en place, mais c'était un détail qu'il pouvait difficilement oublier. La silhouette qui avait toussé s'avança de quelque pas et Harry reconnut Rémus, un léger sourire aux lèvres.

« Ah, vous êtes là, » grommela-t-il.

« J'espère que je ne te dérange pas ? Je souhaitais parler au professeur Snape, » fit Lupin d'une voix douce.

« Ah non, vous n'allez pas recommencer avec ça ! » s'écria Harry. Derrière lui, il sentit Snape se rapprocher d'un pas et en fut secrètement rassuré. Severus n'allait pas le laisser tomber maintenant.

« Excuse-moi, Harry, je crains de ne pas comprendre ? » Fit le loup-garou.

« Vous allez encore discuter de moi dans mon dos, et je ne suis pas d'accord. De toute façon, tout est réglé. J'ai parlé avec Severus, et il est de mon côté, alors ce n'est pas la peine ! » fit le garçon d'un air déterminé. Devant lui, les visages semblaient de plus en plus confus, à commencer par celui de son père…

« J'ignore de quoi tu parles, Harry, mais je comptais simplement discuter avec le professeur Snape de la nouvelle formule de potion Tue-Loup… »

« Elle a bon dos, la potion ! » S'exclama le garçon, plus fort qu'il ne l'avait souhaité. « Vous me prenez pour un imbécile ? »

« M. Potter, » fit une voix froide derrière lui, « je me dois une fois de plus de vous rappeler que le monde ne tourne pas autour de votre petite personne. »

« Vous, vous êtes de mon côté, vous vous rappelez ? » cingla Harry sans se retourner. Il avait l'intuition très nette qu'un demi-tour sur les talons à cet instant précis serait une très mauvaise idée pour son équilibre. « Et de toute façon, Rémus ne s'occupe jamais de moi ! »

Le ton boudeur arracha un sourire à la directrice des Gryffondors, mais n'en fit pas moins pâlir le nouveau professeur.

« Harry, je regrette vraiment si tu penses que je t'ai délaissé ces derniers temps, comme je te l'ai dit brièvement, je n'ai pas vraiment eu le choix ; mais à présent que je suis revenu… »

« C'est trop tard maintenant. C'est quand j'étais petit qu'il fallait être là. Vous êtes vraiment minable, » éructa-t-il, avant de se reprendre. C'était vraiment lui qui venait de dire ça ? Mais après tout, c'était bien mérité ! « Vous aviez quoi, comme raison, pour m'abandonner quand j'étais enfant ? Une potion, encore ? »

À y bien réfléchir, sa phrase n'avait peut-être pas beaucoup de sens… Mais il n'avait vraiment pas envie de réfléchir. Toute la colère et toute la frustration accumulées contre Rémus voulaient sortir maintenant, et il n'avait aucune envie de la retenir.

« Bon sang, Harry, je n'ai jamais eu la moindre occasion d'obtenir ta garde, je pensais que tu le savais… Les loup-garous n'ont aucun statut légal, et pense au danger que j'aurai représenté pour toi… » Tenta de se défendre le professeur, visiblement dépassé par la situation.

« Mais je m'en fiche ! » brailla Harry, « vous n'aviez pas à me laisser chez des gens horribles ! Vous auriez dû vérifier ! Vous auriez dû trouver un moyen ! Severus aurait trouvé, lui ! »

Était-ce son imagination ou Snape venait-il de ricaner ?

« Harry, je crois qu'il vaudrait mieux que nous en discutions à tête reposée, mais sois bien sûr que je suis désolé, plus que tu ne peux l'imaginer, pour tout ce qui est arrivé. Si tu voulais bien me laisser une seconde chance de… »

« Non, » fit le garçon d'une voix sourde, « c'est trop tard, vous n'êtes plus mon père. »

Le silence qui s'abattit dans la pièce lui parut aussi épais et glacial qu'un brouillard givrant.

« Je… non, en effet, » fit finalement Rémus. « Je crains même de ne l'avoir jamais été. »

« Exactement, » renchérit Harry, « et Severus a été là pour moi, et il m'a protégé, et il me chante des berceuses, et il est venu me chercher, et c'est lui que je choisis. »

Il y eut un son étranglé derrière lui, quelque chose comme un gloussement horrifié qui serait resté coincé dans la gorge.

« Le whisky pur feu n'était peut-être pas une si bonne idée, tout bien pesé, » murmura Snape qui semblait hésiter entre le rire et l'horreur.

« Vous l'avez fait boire ? » S'indigna McGonagall

« Un moment d'égarement après une longue journée, mais je soupçonne que notre cher Gryffondor se soit resservi une rasade pour le courage après mon départ, » répondit dignement Severus.

« Harry, » interrompit Rémus, « est-ce que tu te sens bien ? »

« On ne peut mieux, » fit le garçon, « je suis désolé si je te fais de la peine, mais il fallait bien qu'on parle. Pas vrai ? »

« Très vrai, très vrai, mais je ne suis pas sûr de tout saisir… » Continua le professeur.

« Mais moi, je saisis bien tout, et ce n'est pas grâce à vous ! Il a fallu que j'espionne ! Mais en fait, je n'ai pas vraiment fait exprès, » fit-il avec un regard d'excuse en direction de Snape. « Je me promenais dans les couloirs, sous ma forme de chat, et il y avait quelque chose qui me poursuivait… et je suis rentrée dans le bureau du… eh bien ce bureau, justement. Là. Et je me suis caché et je vous ai écouté parler. Et c'est là que vous avez parlé de moi, comme d'habitude, et de la façon dont vous alliez m'expliquer que j'étais votre fils. Et ça, c'était franchement nul, » fit-il avec un regard lourd de reproche pour Rémus.

Il y eu un petit cri du côté de l'endroit où se trouvait McGonagall, un grognement dans son dos et le directeur fit aussitôt apparaître des chaises justement disposées derrière Harry et Lupin qui le fixait, les yeux écarquillés et la bouche bée.

Une seconde plus tard, le professeur s'asseyait lourdement tandis qu'Harry, que son équilibre trahissait de plus en plus, profitait lui aussi des nouvelles commodités. Il sentit plus qu'il n'entendit Severus venir se placer à ses côtés, légèrement en retrait. Il ne pouvait pas le voir, et pourtant, il aurait juré qu'il pouvait sentir les émotions du professeur… Un mélange d'amusement, de colère, mais pas dirigée contre lui… Le tout baignant dans un vague malaise qui intrigua Harry. Il n'avait pas de raison de s'inquiéter, bon sang…

« Severus est d'accord pour que je reste avec lui, » annonça-t-il, « et je ne veux pas aller autre part. Je sais que je suis un peu vieux pour vouloir des parents, mais Snape est vraiment bon à ça… C'est bizarre, hein ? Je n'aurai pas cru, moi non plus. Mais il ne me déteste plus, du moins la plupart du temps, et je suis son chat et c'est mon Homme en noir, alors c'est plus simple. C'est mon père et je l'aime vraiment. »

Une fois de plus, il sentit sans la voir la vague d'émotions balayer le Maître des Potions. Une main vint brièvement serrer son épaule et il sourit. Pourquoi avait-il pensé que ce simple mot était si difficile à dire ? Il suffisait juste de penser très fort à ce qu'on ressentait, et c'était simple comme bonjour !

« Harry, je crains qu'il n'y ait un malentendu, » fit faiblement Rémus, interrompant ses pensées.

« Pas moi, » répondit le garçon, peu décidé à se laisser interrompre. « D'ailleurs, il a un certificat de, hum, je ne sais plus, mais pour Shadow. Et j'ai même la médaille pour aller avec, regardez ! » fit-il en exhibant fièrement le bracelet, avec un large sourire pour Dumbledore. Le directeur lui répondit d'un hochement de tête, son air profondément amusé contrastant avec le visage consterné de McGonagall à ses côtés.

« Harry, » interrompit à nouveau Rémus, d'une voix plus forte cette fois, « je ne suis pas ton père, par tous les caleçons de Merlin ! »

« Vous… quoi ? » répondit le garçon. Lupin était vraiment trop compliqué, il n'arrivait pas à le suivre.

« Je ne suis pas ton père, Harry. Enfin, qu'est-ce qui a pu te donner une idée pareille ? Tu es le portrait craché de James ! » S'écria le professeur.

« Mais c'est faux, je ressemble aussi à ma mère, et elle a très bien pu, je ne sais pas, jeter un sort… et c'est très mal d'avoir couché avec elle, Rémus ! Franchement, à quoi est-ce que tu pensais ? »

« Merlin, mais vas-tu m'écouter ? » Glapit le loup-garou, qui semblait avoir de plus en plus de mal à garder son calme. « Je-ne-suis-pas-ton-père, je ne l'ai jamais été, ton père biologique est James Potter, sans aucun doute possible, et quoique je pense de Severus en tant que père adoptif, je suis bien conscient de n'avoir moi-même jamais représenté une figure paternelle crédible ! »

Trop de mots. Beaucoup trop de mots. Mais tout de même…

« Est-ce qu'il vient de dire que… ? » Bredouilla-t-il en direction de Severus qui s'avança pour s'accroupir à ses côtés, un sourire fatigué aux lèvres.

« Non, Harry, tu n'es pas le fils de Rémus Lupin, » confirma-t-il d'une voix douce. « Stupide enfant, où as tu été chercher une idée pareille ? »

« Mais… mais… vous même vous m'avez dit, tout à l'heure… » Sa tête semblait tout à coup penser une tonne et il la laissa retomber entre ses mains, faisant glisser ses lunettes au passage. Severus les ôta délicatement et les rangea dans une poche. « Je ne comprends plus rien, » avoua-t-il finalement.

« Voilà ce qui arrive aux chats trop curieux, » répondit Snape de sa même voix basse, « et aux jeunes hommes égocentriques. Je crois qu'il est temps de rentrer dans nos quartiers et de manger un bon repas. Nous discuterons de cela plus tard. »

« Rémus n'est pas mon père, mais vous si ? » Fit pitoyablement Harry.

« Tu as saisi l'idée générale, » acquiesça Severus avec un demi-sourire.

« Merlin, mais que lui avez vous fait boire ? » S'exclama McGonagall à l'autre bout de la pièce.

« Deux biéraubeurres et un demi-verre de whisky pur feu, qui n'ont sûrement pas fait bon ménage avec la potion calmante. En particulier s'il s'est resservi avant de venir ici, » répondit le Maître des Potions

« Juste un verre pour vérifier, » bredouilla Harry. Au loin, il entendit le rire familier du directeur.

« Peut-être qu'un potion de sobriété serait de mise, Severus, » suggéra-t-il.

« Je ne pense pas, non, » répliqua le professeur avec une pointe d'ironie. « Quelqu'un ici a une leçon à apprendre au sujet de l'alcool. »

« Je soupçonne que notre jeune ami appréciera celle-ci à sa juste valeur quand il aura retrouvé ses esprits, » gloussa Dumbledore.

« Oh, je pense qu'elle sera mémorable, » murmura Snape en se redressant. « Lupin, une dernière parole pour la postérité ? »

« Je… » prenant une grande inspiration, il se leva à son tour et fit quelques pas en direction du garçon toujours affalé. « Harry, quoique tu penses de moi, sache que j'ai vraiment fait de mon mieux et que je continuerais de le faire. Nous en reparlerons quand tu te sentiras mieux… et je tiens à ce que nous en parlions, n'oublie pas cela, tu ne dois pas hésiter à venir me voir. C'est entendu ? »

Renonçant à mettre en place toutes les pièces du puzzle, Harry hocha la tête avec un sourire réconfortant.

« D'accord, Rémus. Ce n'est pas grave de toute façon. J'ai Severus. »

« J'avais cru comprendre, oui, » gronda le loup-garou. Mais cette fois-ci il ne sentit pas d'hostilité dans sa voix.

« Très bien, jeune homme, » fit Snape en posant une main sur son épaule. « En route pour les donjons. »

« Je… je ne suis pas tout à fait sûr que ce soit un bonne idée. On ne pourrait pas plutôt retourner au Manoir ? » Articula péniblement Harry.

« Ah, les donjons, terre lointaine et hostile… » Musarda Snape. « Change-toi, lion de gouttière, je n'ai pas l'intention de t'exhiber dans cet état dans tout le château. Merlin, quelle splendide entrée en matière… »

Reconnaissant, l'adolescent reprit aussitôt se forme féline et laissa son maître le soulever, avant de se blottir confortablement dans ses robes. Décidément, Snape était le moyen de transport le plus agréable qu'il ait jamais connu ! Il se laissa aller au bercement qui accompagnait la démarche souple du professeur, enfonçant voluptueusement ses griffes dans le tissu noir.

Alors qu'il succombait au brouillard cotonneux qui menaçait de l'envahir depuis déjà plusieurs minutes, il lui sembla entendre une voix féminine au loin :

« Severus, pincez-moi… Je rêve, où il est en train de téter votre robe ? »

« Je serais personnellement plus curieux de savoir ce qui est arrivé à sa queue… Albus, une idée sur la question ? »

Oh, Merlin. Encore des ennuis.


Et voilà, c'est officiel, Shadow fête aujourd'hui ses 1 an ! Pfiou, ça fait bizarre, hein… je n'aurai quand pensé quand j'ai commencé à cette date l'an dernier que le chat irait si loin, en temps et en volume ( non, Shadow, je n'insinue pas que tu es gros, je parle de la quantité de pages ! )

Je sais que nous avons perdu pas mal de monde en route : déçus de l'absence de slash, histoire qui se fait trop longue, longueurs, changement d'orientation peut-être… mais il reste les fidèles de la première heure, parmi lesquels je remercie très vivement Kokoryume, Mounette, Grispoil, Dalou qui corrige Shadow depuis, pfiou, oui, tout ça ! Et je peux vous dire qu'elle en a mis du rouge sur ma copie ;-)

Un gros merci à tous ceux qui ont suivi et soutenu Shadow ; comme je l'écrivais récemment sur un forum, cette histoire n'existe que parce que des gens la lisent et le font savoir, et ce sont vos remarques, questions, espoirs, qui ont orienté l'histoire dans tel ou tel sens à certains moments. Rémus, par exemple, était sensé mourir… finalement, il a survécu et aura un gros rôle dans la partie qui est commencée.

J'ai toujours la grosse angoisse que Shadow cesse vraiment de plaire et se perde dans des scenarios stupides et inutiles… sachez quand même que pas mal de choses sont prévus, ce n'est pas QUE de l'improvisation brillante, et que quoiqu'il en soit j'ai l'intention de mener l'histoire à son terme. Je pense que le plus raisonnable serait de conclure décemment le 'Tome 1' pour en faire une histoire complète qui ne serait pas de la taille d'un dictionnaire et continuer sur un deuxième morceau si les idées sont là ( elles sont là, reste à savoir si elles sont pertinentes ! )

Et puis un énorme merci à ma wonderful beta Pacha, qui a totalement saisi l'esprit de Shadow et qui remet tout en ordre pour que ce soit agréable à lire ! Sans elle, soyons honnête, Shadow aurait connu un sort tragique et pathétique par désespoir de son auteur. Bref, soyez rassurés, si je meurs demain écrasée par un hippogriffe schizophrène, il vous restera un auteur bis !

Un gros gros merci à vous tous pour votre fidélité et vos commentaires qui me rendent toujours délirante de joie ( crise d'hystérie en vue ), en espérant que l'histoire continue longtemps de vous plaire !

Pour plus de renseignements/commentaires sur Shadow, n'hésitez pas à jeter un œil sur mon Livejournal !

Concernant ce chapitre… j'espère qu'il vous aura plu et qu'il est à la hauteur de l'événement ! J'avoue que je me suis régalée à écrire la scène de la confrontation ; je n'ose même pas imaginer la scène du réveil… et vous ? ;-)

Un grand merci à tous, et à bientôt !

Keina