Hey~

nikkouyoku : Et oui ça s'arrange pas avec le temps... Ben un peu comme pour Under the iron j'ai pas de fin prédéfinie dans ma tête XD (attention ça veut pas dire que je vais tuer tout le monde !) Bref pour répondre à ta question y a autant de chance que ça se termine bien que mal.

Flo : Moui les objets reviennent à l'assaut ! (en fait plus Moineau est confuse et en situation de détresse et plus sa folie persiste) Lui causer des problèmes je pense que c'est déjà fait XD Oui Sacha Barnet a acquis quelques capacités et par rapport à la nuit Rouge elle n'en connaissait pas les détails. Pour plus d'infos sur ce qui est arrivé à Sacha je te conseille de faire un tour sur la fic de Nocturnis-Lepus. Merci beaucoup ! Tu sais j'ai pas décrit en détails le peu de temps qu'ils ont passé ensemble (je regrette d'ailleurs, j'adorais Mir é-è) donc à un moment ou un autre ils ont dû faire passer le temps comme ça.

anna : Ha ha non je tiens mes promesses t'en fais pas x)

Présence de Sacha Barnet OC made in Nocturnis-Lepus !

Sur ce, bonne lecture :)


Bloody Mary


Son coeur battait à cent à l'heure au milieu des sentiers barbouillés de feuilles mortes. La crosse de l'arme s'enfonçait dans ses côtes à chaque foulée. Sa course dans les bois avec le chirurgien lui rappelait un souvenir lointain où elle se sentait flotter sur l'herbe comme un oiseau se laisserait aller au gré des courants. Là, ses muscles étaient lourds et sa prothèse qui d'ordinaire ne la gênait pas lui semblait être un plomb dans la jambe. Elle trouvait la détermination d'avancer dans le coucher de soleil à l'horizon. Une attaque allait avoir lieu le lendemain : elle devait rentrer avant que ses hommes ne commencent à paniquer comme des bêtes qu'on aurait envoyées à l'abattoir sinon c'était la défaite assurée, avec ou sans les mercenaires de leur côté.

Moineau imita geste pour geste le chirurgien et s'allongea sur le ventre derrière un large buisson. La forêt où ils se trouvaient bordait chaque ville de l'île de Haldir, notamment cet entrepôt abandonné en périphérie. Ce bâtiment devait avoir abrité du charbon ou autres combustibles si elle en jugeait à la grande cheminée qui dépassait du toit troué. Alors qu'elle s'apprêtait à se relever Law tendit la jambe et lui plaqua de nouveau le ventre au sol.

-Où tu crois aller ?

-On n'a pas le temps d'élaborer un plan !

-Mets-toi bien en tête qu'on ne pourra pas ressortir si c'est un non.

-Ce sera un oui, trancha-t-elle.

Ce sera un oui… Du moins elle l'espérait.

Il dégagea sa jambe et elle put se relever du buisson. Un grand homme à la musculature imposante patrouillait de long en large devant l'entrée. C'est sans hésitation qu'elle quitta sa cachette les mains en l'air sous le regard médusé de son coéquipier et s'avança vers l'étranger. Ce dernier brandit vers elle un pistolet et un sourire à faire froid dans le dos.

-On ne bouge plus mam'zelle !

La jeune fille se crispa tout en conservant un air innocent et confus.

-Je… J'aurais besoin de voir votre chef. S'il vous plaît.

-Ah oui ? Et ton copain là-bas il en dit quoi ?

-Ce n'est que mon garde. Je peux lui demander de rester à l'extérieur si cela vous convient.

-Quel genre de gamine a un garde du corps ? railla-t-il. Allez, qu'il vienne ton chien de garde.

Elle vit celui-ci cracher un juron avant de s'avancer jusqu'à être à deux pas d'elle. Il eut un regard dédaigneux vers le criminel qui le lui rendit bien, avec en supplément une grimace dégoûtée.

-Des mouettes putain… siffla-t-il en détaillant son uniforme, répugné. Dégagez tous les deux ! On veut rien avoir à faire avec les p'tits justiciers !

-Vous m'avez posé une question, le coupa Moineau en levant fièrement le menton. Je vais vous répondre. Le genre de gamine qui marche avec un garde ça s'appelle une commandante. Et elle n'a pas très envie d'attendre sur le palier.

Il arqua un sourcil moqueur.

-Ça y est ? Fini ton numéro ? Maintenant tire-toi. Je sais pas qui t'es et j'en ai rien à foutre.

-Vous allez m'ouvrir cette porte.

-Tu vois pas que tu m'emmerdes ?

Ses gros doigts semblèrent se rapprocher de la détente. Intérieurement la cyborg courait dans tous les sens complètement paniquée, extérieurement, elle faisait un grand sourire à son compagnon. Ce sourire se ternit lentement pour ne devenir qu'une moue méchante à l'intention du mercenaire.

-Est-ce que par hasard on vous aurait déjà payé ? Vous savez, il y a cette fille qui s'en prend aux pirates… Ça ne m'étonnerait pas qu'on vous ait demandé de l'assassiner. Alors retournez voir votre boss, dites-lui que cette fille se trouvait sous vos yeux et que vous l'avez laissée partir sans même gaspiller une balle. Il pourrait être très déçu. (Elle croisa les bras sous sa poitrine en prenant un air confiant.) Sachant maintenant que je suis la commandante M-21, vous avez deux choix. Premièrement, me tirer dessus, puis vous faire tirer dessus par mon garde. Deuxièmement, me ramener à votre boss pour qu'on discute affaire. Dépêchez on n'a pas tout notre temps et lui, dit-elle en pointant Law du doigt, il est vraiment pas patient. D'après la logique de l'instinct de survie votre choix est fait. Donc… ouvrez cette porte ?

-Les armes au sol, cracha-t-il.

-Naturellement !

Moineau déposa son pistolet et sa dague sur le bitume et les fit glisser vers l'homme d'un coup de pied. Le chirurgien l'imita à contrecœur. Comme convenu il tapa du poing sur la porte en taule, qui s'ouvrit sur un couloir sombre et deux hommes eux aussi armés. Ils eurent une amorce de sourire en voyant la cyborg et se ravisèrent aussitôt devant l'uniforme du soldat qui la suivait de près.

-Dégagez les chiens du Gouvernement ! Pourquoi tu les as laissés passer ?

-Elle vaut plus vivante nan ?

-Et c'est qui au juste ?

-La commandante M-21. Celle du journal.

-Oh…

L'un des deux eut un ricanement sournois et l'invita à passer d'un élégant geste du bras. Krys répondit aux trois par un sourire gêné et passa tête baissée à l'intérieur du couloir. Quant à Law, il se fit barrer la route par ce même homme qui souriait à Moineau.

-Hep ! Uniquement pour la demoiselle. Toi même mort tu vaudrais pas grand-chose !

La lèvre du pirate se tordit de colère. Elle attrapa son bras et le tira vers elle avant qu'il ne s'amuse à répondre aux provoques de ces tueurs.

-S'il vous plaît, supplia-t-elle d'une voix ridiculement douce. J'ai besoin de lui pour… me sentir en sécurité.

-Tss tss… Adorable !

Le couloir étant assez exigu le mercenaire n'eut qu'à courber un peu le dos pour enfouir son nez dans le cou de la jeune fille et la renifler comme un délicieux gigot. Elle sursauta. Law la tira en arrière.

-On s'occupera très bien de toi mon chaton ! ricana-t-il. Suivez-moi tous les deux. Il est temps pour vous de rencontrer le boss !

-Les mercenaires ne travaillent pas habituellement en solitaire ?

-Ça dépend petite ! Ici il y a une hiérarchie à respecter. Première chose à savoir : les mouettes sont en bas de notre échelle. Alors ne vous étonnez pas si vous faites office de joujou ! Nyaa… ce qu'on va s'amuser ce soir !

La démarche nonchalante de leur guide la fit sourire. Il semblait se plaire ici et s'ennuyer à la fois, au milieu de ce labyrinthe délabré qu'il semblait connaître par coeur. Aujourd'hui il voyait arriver à leurs portes une coquette somme et une source d'amusement. Elle ne pouvait lui reprocher son excitation malsaine. Elle aussi brûlait d'envie de déchirer les codes de la bonne conduite. La peur lui retournait l'estomac. Le mercenaire fredonnait un air inconnu mais particulièrement joyeux comparé à la porte rouge à la peinture écaillée, devant laquelle il s'arrêta.

-Bienvenue au dîner du boss commandante M-21 ! Je vous laisse là j'ai encore du bazar à nettoyer !

Son rire de fouine grésilla dans ses oreilles. Elle le regarda partir le front plissé de curiosité.

-Ils n'ont pas l'air si mauvais…

-Ce n'est que l'apparence qu'ils se donnent. Des hommes charmeurs. Mais tu peux me croire ils ne te feront aucuns cadeaux.

-Je me sens proche d'eux, avoua-t-elle en caressant le bois abîmé de la porte.

-Mais tu n'es pas comme eux Moineau.

Son regard se fit plus triste.

-Je l'aurais été…

S'il n'y avait pas eu Joker, termina-t-elle dans un silence comblé par les crissements métalliques et les rires d'hommes en provenance des autres couloirs. La jeune fille se tapota les hanches à la recherche d'un quelconque réconfort à son sentiment de vulnérabilité mais elle ne trouva que du vide à sa ceinture. Elle souffla bruyamment. Désarmée elle ne valait pas grand-chose au combat. Surtout pas contre le colosse qui les attendait derrière la porte.

Un homme au moins aussi grand que le flamant, et musclé comme un bœuf les observait depuis son large siège d'un œil captivé. Son biceps devient bien faire trois fois la taille de celui du chirurgien. Moineau pâlit jusqu'à devenir blême lorsqu'il s'adressa à elle. Sa voix aurait pu faire trembler des murs, pourtant son ton était presque enjôleur.

-M-21 ? Quel plaisir de te rencontrer ! Tu es… plus petite que je l'imaginais. Mais ça ne fait rien ! Ha ha ha ha ! Je les aime bien petites, jeunes, et mignonnes comme tu es. C'est ton jour de chance.

Elle fit les yeux ronds. Elle avait du mal à distinguer la plaisanterie de la perversion dans ses propos. Trafalgar, lui, semblait avoir bien fait la différence. Il s'interposa entre elle et le géant qui la dévorait du regard.

-Elle vient vous parler de leader à leader, veuillez lui témoigner plus de respect, persifla-t-il sous son masque.

-Et toi, t'es un leader ? Non ? Alors tu la boucles. Les chiens de garde sont les plus répugnants pas vrai ? Assieds-toi M-21. Il paraît que t'es venue discuter. Discutons.

La jeune fille se tortilla un peu les doigts.

-J-Je vais rester debout !

Elle découvrit dans sa voix une nuance plus menaçante.

-Tu vas t'asseoir. Maintenant.

Malgré toute la peur qui lui vrillait les entrailles Krys resta droite comme un piquet le poing fièrement posé sur les hanches. D'autres hommes du repaire firent leur apparition – dont le surexcité – et agrippèrent leurs bras pour les forcer à prendre place à la grande table. Law se retrouva assis à bonne distance de la commandante, et entouré de mercenaires. Il grommela. Elle ravala sa salive. Le regard du colosse semblait se resserrer autour d'elle comme un étau de fer qui lui coupait la respiration.

-Je… J'étais venue…

-Demander de l'aide. Ouais. C'est pas dur à deviner.

-Je vous paierais suffisamment.

-Tu crois que l'argent fait tout ?

-Il peut au moins acheter de bons services…

Ses lèvres s'incurvèrent comme s'il s'apprêtait à lui sourire, mais loin de là.

-Mes hommes ne travailleront jamais pour une mouette.

-S'il vous plaît. C'est dans notre intérêt à tous d'éliminer les pirates de Haldir !

-Si je voulais m'en débarrasser tu te doutes bien que ce serait déjà fait gamine. T'as un train de retard.

Le regard de la cyborg jusqu'alors suppliant se fit meurtrier. Elle plaqua les deux mains sur la table.

-Pour qui vous vous prenez ?! Jamais vous ne serez mieux payé de toute votre vie ! Vous finirez votre vie riche plutôt que dans ce taudis !

-L'honneur, tu connais ?

-Quoi ?

-Attends… (Il esquissa un large sourire.) Tu t'imaginais vraiment en entrant ici que t'aurais une chance ? Ma parole les mouettes sont de vrais cons ! J'accepterais jamais l'argent d'une petite garce de pacifiste.

-Vous savez pas ce que vous ratez.

On déposa devant chacun d'eux une assiette de nourriture. La cuisine avait déjà plus fière allure que leur abri de fortune. Elle cessa de le fusiller du regard et remplit sa coupe de vin avant de lui tendre la bouteille.

-Tant pis pour cette affaire. J'aime tourner la page.

-Et moi qui pensais que t'allais péter un câble… C'est assez décevant.

Il finit son verre d'une traite. Ses hommes se servirent après lui et Moineau les observa festoyer d'un œil noir. Quant à Law il semblait partager ses pensées. Déception et colère. La nourriture était soudain fade en bouche. Elle se leva. Le grincement de sa chaise attira toute l'attention.

-N'y a-t-il vraiment pas moyen de négocier ? tenta-t-elle comme si le désespoir l'accablait. Sans vous… nous risquons la défaite.

-Une seconde avant que tu te mettes à parler tu me plaisais encore. Dégage gamine. Ton titre ou ton argent n'achète rien chez les gens libres.

Ses doigts blanchirent sur sa ceinture vide. Elle fit mine de rouler des épaules, calmer sa frustration, et leur signaler d'un sourire poli qu'elle s'en allait. Mais elle resta bien en place.

-Je vois… Je m'y attendais. C'est ma faute, je me suis mal exprimée. Je vais répéter plus simplement : vous m'êtes précieux. Très précieux. Vous êtes l'aube de ma victoire. Et si je ne peux vous avoir à mes côtés, pourquoi devrais-je laisser quelqu'un d'autre vous corrompre ?

Sa douce voix semblait glisser contre les murs et s'y infiltrer comme l'ombre de la mort planant au-dessus de cet entrepôt. Moineau fronça les sourcils face à leurs moqueries. Elle se tourna vers le chirurgien.

-J'avais l'air de plaisanter ?

-Non.

-Oh… Tous à genoux ! Cette comédie m'épuise.

Le silence se fit dans la pièce l'espace d'une seconde avant qu'ils ne reprennent leur brouhaha. Elle se pinça la lèvre d'un air contrarié. En arriver à de telles extrémités n'était pas son but premier mais au vu des circonstances il le fallait bien.

Une bonne cause ne nécessite pas de crimes ferraille. Alors en partant du principe que ce que tu fais est juste – donc pas un crime – c'est pour la bonne cause.

Le colosse se détacha sans prévenir du groupe bruyant. Il la saisit par les épaules et la jeta à terre. Aux pieds de ses hommes.

-Tu ne nous es plus d'aucune utilité, autant servir de jouet ! Amusez-vous les gars.

Moineau fit les yeux ronds. Qu'est-ce que ça voulait dire que ces sourires malsains ? Elle ramena lentement ses genoux contre sa poitrine tandis que le cercle d'hommes se refermait tout autour d'elle. Elle n'opposa aucune résistance à la première main qui vint caresser sa nuque.

Réagis Krys. Réveille-toi !

Hormis sa propre folie elle entendait sans mal le chirurgien créer des "room" et n'apercevait que des bribes de son combat entre les genoux qui lui bouchaient la vue. Cette main étrangère et calleuse qui lui râpait la peau du cou attrapa sauvagement son cuir chevelu et la souleva comme un trophée au regard de tous. Elle pendait mollement au bout de son bras.

C'est trop facile de t'endormir ! Tu comptes les laisser te violer ?

-Non…

Mais alors tu fous quoi au juste ?

-Je me prépare mentalement à être un monstre.

On la laissa s'écraser comme un débris.

-Elle est complètement tarée ! ricana un mercenaire. Elle parle toute seule !

Krys peigna ses cheveux au doigt en tâchant de se rendre plus présentable comme s'il ne s'était rien passé de scandaleux. Le combat à quelques mètres arrivait bientôt à son apogée. Elle les bouscula de force malgré leurs mains affreuses, souillées d'années de labeur et de crimes et qui la repoussaient en arrière, pour voir le soldat plaquer son pied contre la gorge de ce titan pour l'étouffer. Elle jeta un regard stupéfait aux mercenaires. Ils restaient comme elle spectateurs de la scène et pas un ne semblait prêt à lever le petit doigt. En quelques minutes à peine le colosse gisait asphyxié sous la botte du capitaine. D'une élégante et fière démarche elle vint le rejoindre au-dessus du cadavre encore chaud, pas le moins du monde écœurée. Law avait les yeux absents en contemplant son œuvre. Elle le ramena à ses côtés d'une petite pression au creux de la paume. Ils tournèrent ensemble un regard noir à la dizaine d'hommes qui avaient menacé de la violer. Un dôme bleuté les recouvrait déjà avant même qu'ils ne se préparent à combattre. Moineau s'interposa contre toute attente entre lui et ses rats de laboratoire pris au piège.

-Je suis prête mentalement. Je peux le faire à nouveau.

-Sors. J'en ai pour une seconde.

-Je veux le faire.

-T'es assez perturbée comme ça ! Va m'attendre dehors !

Je n'aime pas cette façon qu'il a de te parler. Montre-lui qui est aux commandes.

Elle pencha légèrement la tête de côté. Il suffit à la jeune fille, si frêle comparée à lui, d'une brève pensée un peu autoritaire pour faire circuler sa volonté ardente dans tous ses membres paralysés. Les effets de son fruit s'annulèrent et il se tint plus droit, presque au grade-à-vous. La seule et unique chose qu'elle ne pouvait manipuler était ce sentiment de colère qui brûlait dans ses yeux.

-Je ne suis pas perturbée. Je crois même n'avoir jamais été aussi lucide de toute ma vie. Maintenant tout le monde à genoux.

Les mercenaires ne crièrent pas à la bonne blague cette fois. Ils se jetaient des regards confus, certains paniqués par la situation qui leur échappait. Au premier qui s'écroula sous le poids du contrôle mental un autre suivit. Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle obtienne une rangée d'hommes à ses pieds et ceux de son amant, horrifié.

-Tu ne peux pas… Ils sont plus forts que toi Moineau, tu ne peux pas les contrôler !

-Je me suis entaillé le doigt avant de leur livrer mes armes, expliqua-t-elle avec un sourire en coin. Il suffisait de prendre la bouteille de vin et rouvrir ma blessure. Par chance ils avaient soif.

Les hommes agenouillés avaient soudain perdu toute combativité. Contrairement à Law elle contrôlait aussi leur expression faciale, ce pourquoi ils paraissaient livides comme une simple bande d'automates à son service. Ses esclaves. Le chirurgien poussa un cri silencieux de protestation lorsqu'il se rendit compte du pourquoi de la rangée. Elle menait un peloton d'exécution.

Moineau parut vouloir s'excuser même si ses paroles n'avaient rien qui mérite le pardon.

-Je n'y suis pour rien. Ils ont dit non.

-Ça peut finir autrement, laisse-moi juste…

-Non. Tu es contre ma Paix, Law, alors je ne vois pas pourquoi tu y participerais. Reste où tu es. Je ne fais que nous garantir la vie sauve.

Elle ramassa un pistolet sous la table qui avait dû échapper au propriétaire dans l'agitation. Son pouce appuya sur le cran de sûreté jusqu'à le désactiver.

-J'ai dit que je ne tuerais pas… Mais je ne considère pas ça comme tuer ! Après un meurtre il n'y a rien de bon. Là je sauve mes ambitions, et je sauve des gens innocents. Une poignée de vie n'est rien comparée à mon rêve. (Elle eut un rictus sadique.) C'est comme ça que j'ai choisi d'interpréter la Justice. Akainu disait que "absolue" était la meilleure façon de régner. Je ne crois pas. Il faut avoir de la compassion. Je leur ai fait la plus belle offre Law… tu n'es pas d'accord ?

-Je… Je ne sais pas…

-Si. J'ai été aussi juste que possible. Mais ils ont dit non. Ce n'est pas ma faute ! Ne me regarde pas comme si j'avais voulu de ça !

-Tu t'étais préparée à les infecter Krys, alors si, tu l'as voulu.

-Je n'avais pas l'intention de leur faire boire mon sang. Du moins pas au début ! Ils m'y ont contrainte.

Elle se mit à marcher de long en large d'une élégante allure. Le voile qui couvrait la moitié de son bassin planait gracieusement à chaque fois qu'elle atteignait un mur et devait se retourner pour continuer de cogiter en silence. Le chirurgien brisa sa réflexion.

-Depuis quand tu crois à cette connerie ? C'était déjà comme ça quand je suis arrivé ?

-Tu n'y comprends rien. Une bonne cause n'a pas besoin de meurtres, mais de sacrifices. La nuance Law. Je ne les assassine pas je leur donne miséricorde et leur épargne cette Justice stupide. La mienne est compatissante.

-Moineau je crois que tu ne saisis pas la portée de tes actes ! Tu es sur le point d'exécuter des hommes sous prétexte qu'ils te sont inutiles ! C'est pas toi ça…

-Je t'avais bien dit que tu n'avais pas tout vu de moi. Maintenant sois satisfait.

Ses lèvres s'incurvèrent. Elle sourit malgré la moiteur de ses mains sur la crosse. La commandante compta soigneusement les balles dans le chargeur avant de le remettre en place brutalement. La gâchette serait la dernière étape à franchir.

Elle tituba derrière le dos des mercenaires agenouillés – son crâne commençait à lui rappeler par une violente migraine qu'elle n'avait jamais contrôlé autant de gens à la fois et sur une période aussi longue. Elle déglutit une fois le bras tendu au-dessus du premier homme dans sa rangée mortuaire. Son index pressait déjà la détente lorsque le chirurgien profita de son mal de tête pour libérer sa mâchoire et lui crier de s'arrêter. La détonation le fit tressaillir. Il fixa la cyborg, bouche bée, s'attendant à voir une once de regret ou même de dégoût. Oui. Rien ne lui ferait plus plaisir que de la voir prête à vomir pour ce qu'elle venait de faire. Le sang qui avait giclé du crâne littéralement explosé à l'arrière lui maculait le visage et la poitrine. Sans aucune interruption elle fit un pas sur la gauche, leva le canon sur le prochain et tira.

À mesure que le sol tremblait des coups de feu le regard du chirurgien se vidait. Il avait à peine le temps d'espérer que ses espoirs se tuaient dans une détonation ardente et une giclée brûlante. Law finit par s'avouer vaincu. Il baissa la tête pour fuir ce carnage sans fin, mais même lorsque les murs avaient fini d'absorber l'écho des tirs il l'entendait encore lui cracher à la figure des idéaux de plus en plus corrompus.

Tuer ces hommes il l'aurait fait c'est certain. Mais pas ainsi. Il la croyait dégoûtée du contrôle mental sur les infectés pourtant sous son masque de deuil elle semblait retenir mille sourires.

Il ne restait plus qu'un homme dressé de toute sa funeste rangée. Les autres avaient un creux dans la tête et se tenaient recroquevillés, avachis sur eux-mêmes, se vidant de leur sang sur le sol poussiéreux. Le mercenaire à l'image des cadavres de ses compagnons était silencieux – en réalité elle lui manipulait la mâchoire pour ne pas avoir à l'entendre crier. Toutefois des larmes qui ne trahissaient rien de son malheur coulaient le long de ses joues sales. C'était bien l'unique chose qu'elle ne pouvait retirer à un humain : l'émotion. La commandante vacilla tandis que le chirurgien se résignait enfin à l'approcher de son plein gré. Elle grogna en pensant qu'il s'interposait entre elle et sa victime puis se rendit compte qu'au contraire il se penchait vers elle. Moineau caressa ses joues à la recherche d'un signe de vie.

-Fais confiance à tes yeux Law. Ne te persuade pas du contraire. (Elle dégagea les mèches trempées de sueur qui lui barraient le front.) Je t'aime.

-Moi aussi…

Elle continuait de lui caresser inlassablement le visage malgré son air pétrifié. Il était réellement comme un pantin qui tenait à peine sur ses jambes et qu'elle cherchait à recueillir au creux de ses bras. Krys serra plus fort le pistolet tout en le regardant droit dans les yeux, une main sur ses pommettes.

-Je ne tue pas, je pardonne.

-Tu es folle.

-Et toi tu ne l'es pas ? Tu me regardes faire sans broncher. Qui est le pire ?

-Ne retourne pas ça contre moi ! De toute façon je les aurais tués aussi !

-Mais pas comme je l'ai fait. Tu veux le dernier ?

-Non… Terminons ensemble.

Il prit une grande inspiration et cala avec elle son index sur la gâchette. Elle pouvait presque entendre des battements de coeur dans l'air. La forme de ses lèvres s'imprima sur la gorge blanche de son amante et lorsque le moment fut venu d'abattre le pinceau rouge sur le tableau sa bouche ne fit qu'une avec la sienne. Sous le choc de la détonation ils sursautèrent et se mordirent mutuellement. Le sang de leur victime ainsi que le leur se répandit entre leur étreinte malade d'amour. La cyborg se laissa fondre contre son uniforme baigné de rouge. Il la soutint malgré sa propre faiblesse dans les jambes. Son dégoût atteignait des sommets et il ne savait pas contre qui le diriger. Krys ou lui-même ? Le choix était difficile tandis qu'ils s'embrassaient tout proches des corps encore chauds pour la plupart. Il se sentait un peu comme les victimes du caprice sordide de la commandante. Un peu détruit à l'intérieur. Un instant il avait voulu se servir de son fruit pour échanger sa place avec elle et être le coupable, comme il l'avait toujours été, dans le but de sauver une dernière fois son innocence avant qu'elle ne lui reproche d'avoir bafoué sa Paix. Mais quelle Paix ridicule ! Il n'avait jamais été question de sauver des innocents ni même d'aider la Marine. Moineau est égoïste. Ses paroles chargées de bonté ne sont que le maquillage de son emprise sur les hommes, qu'elle hait de tout son coeur.

Law n'en croyait pas ses yeux. Comme si exécuter sans remords les mercenaires n'était pas assez pour le répugner il se retrouvait allongé dans une flaque de sang poisseux. Il pouvait le sentir s'infiltrer dans ses cheveux. Il avait envie de vomir. Quant à la jeune fille elle se tenait assise sur son bas-ventre et le fixait avec désir. Ses yeux s'écarquillèrent. Non elle n'était pas assise sur lui – elle était empalée sur son membre et remuait lentement les hanches. Trop lentement. Le chirurgien plaqua une main contre sa bouche. Son dégoût était définitivement dirigé envers lui-même. Elle éveillait en lui des besoins charnels et son sourire séduisant laissait croire qu'elle le voulait aussi. Il ferma les paupières sur son visage d'ange à moitié dégoulinant de sang. Il ne savait plus que penser si ce n'est qu'ils étaient en train de faire l'amour à côté d'une dizaine de cadavres aux yeux vitreux.

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Frustration. Agacement. Telles étaient les émotions du loup après avoir retourné de fond en comble la chambre de la commandante et le dortoir du faux soldat à la recherche du moindre signe concernant leur destination. Il avait sévèrement réprimandé les marines qui étaient de garde sur le pont au moment où ils étaient partis. Ce n'était pas de leur faute il le savait bien, mais ça ne devait plus jamais se reproduire. Depuis qu'il avait appris la fuite de sa stupide protégée et de son amant – d'autant plus stupide – il ne tenait plus en place. Sylver faisait les cent pas sur le pont. Et encore, il devait bien avoir dépassé la centaine. Sa blouse flottante de docteur le suivait élégamment dans ses pas et lui donnait l'allure d'un homme plongé dans de profondes pensée au sujet de science. Même s'il n'avait que ses deux fauteurs de troubles dans la tête. Le mink se mordillait les griffes à imaginer tout ce que Trafalgar Law serait capable d'infliger à une innocente fille si fragile psychologiquement. Quant à Moineau, quelle mensonge ne goberait-elle pas de son pirate adoré ?

Il patienta, tourna en rond, but quelques verres. Jusqu'à entendre les soldats s'exclamer près de la rambarde. L'excitation le priva de tous ses sens : il courut aveuglément à la rencontre de ce qui pouvait bien agiter leur patrouille. Il poussa un glapissement de bonheur en croisant les magnifiques yeux bleus de sa poupée.

Sa joie se trouva être éphémère et vaine lorsqu'il distingua le reste de son visage, barbouillé de sang, tout comme sa poitrine et les vêtements du capitaine à ses côtés. Ce dernier paraissait presque honteux de se trouver là. Il baissait la tête et osait à peine regarder le loup dans les yeux. Sylver se paralysa tandis que la brise marine faisait venir à lui toutes ces effluves répugnantes. Ils montèrent à bord. Chaque pas majestueux qu'accomplissait la commandante subjuguait le regard de ses soldats, et meurtrissait un peu plus celui de ses infectés. Le loup ne parvenait toujours pas à croire ce qu'il voyait et ne savait pas qui accuser pour cette horreur. Il jeta un regard noir au chirurgien qui continuait de se voiler la face sous sa casquette.

-Que s'est-il passé ? Où étiez-vous ?!

Law fit la sourde oreille. Moineau de même.

-Nous attaquons demain et vous croyez que vous pouvez vous permettre de partir quand ça vous chante ? rugit-il. Lex si c'est encore une de vos idées dites-le ! D'où vient ce sang ?

-…

-Répondez !

Le silence presque obsédant du pirate le fit grogner. Son museau se fronça et Krys reconnut en lui la colère d'un prédateur. Elle se plaça devant le noiraud comme une barrière protectrice.

-Il est innocent.

-Alors dis-moi ce qui se passe ! Pourquoi je te retrouve couverte de sang ? (Il agrippa désespérément ses épaules.) Qu'est-ce qu'il t'a fait ?

-C'est moi, uniquement moi. Je me suis occupée des mercenaires. Ils ne nuiront à personne demain, assura-t-elle d'une voix pire que sereine.

-Quoi ? T-Tu les as tous tués ?!

-Pardonnés. Pour le tort qu'ils m'ont fait. J'ai tenté de négocier avec eux mais ils n'ont rien voulu entendre. Pardon de t'avoir inquiété Sylver. C'est fini maintenant.

Elle posa une main délicate sur sa douce truffe. Le loup avait les pupilles brillantes d'inquiétude. Il ne se laissa même pas le temps d'être choqué par le crime qu'elle dissimulait sous une forme de "miséricorde" et l'écarta de son chemin. Cette fois-ci le chirurgien ne pouvait plus esquiver et Moineau eut beau agripper sa blouse ça ne l'empêcha pas de le cogner si fort qu'il s'écrasa contre la rambarde. Law essuya d'un geste las le sang qui maculait sa lèvre abîmée. Tous les regards étaient braqués sur eux mais personne n'oserait les séparer avant que la commandante n'en donne l'ordre, et celle-ci était trop surprise pour faire autre chose que dissuader le loup de s'en prendre à Trafalgar, qui avait bien raison : il était sans cesse coupable de quelque chose. Il se releva en poussant un soupir, retomba aussitôt sous le poing de la bête. Ses oreilles bourdonnaient face contre terre. Son visage était toujours si inexpressif peu importe le nombre de coups qu'il encaissait.

-Sylver laisse-le ! hurla la jeune fille, désespérée. Il n'a rien fait !

-Justement ! Il n'a rien fait, cracha-t-il en lâchant le corps platonique du soldat. Rien pour t'en empêcher !

-M'empêcher de quoi ? Nous défendons une cause noble. Je les ai excusés malgré leur insolence. Tu ne trouveras pas plus juste que moi dans cette Marine corrompue.

-Est-ce que tu… tu te rends compte de ce que tu dis ? Tu as tué des hommes Moineau ! Et tu vantes ton grade pour ça !

-Je ne considérais pas ça comme un meurtre. Maintenant vas-t'en Sylver, je crois que tu l'as assez amoché comme ça…

Son air hautain le fit grimacer. Sur le moment il ne voyait qu'une gamine capricieuse à qui il avait toujours tout donné se permettre de lui tenir tête en prônant des idéaux confus. Corrompus. Il lui asséna une gifle magistrale.

Le claquement abattit un silence assourdissant sur tout le pont. Law fut même trop choqué pour cracher le sang qu'il avait dans la gorge. Et Moineau… elle paraissait horrifiée par cette douleur à la joue. Elle avait beau se palper le visage rien ne savait laver l'affront qu'on venait de lui faire. Ses paupières se plissèrent. Elle retourna à son conseiller un regard méprisant.

-Pour qui tu te prends ? Tu n'as aucun droit de lever la main sur moi !

-Oh que si, Krys. (Il prit un air condescendant qui l'énerva d'autant plus.) Excuse-moi d'avoir raté ton éducation.

-Qu… Tu n'es rien d'autre que mon conseiller !

-Au fond de toi tu dois déjà le savoir. Tu sais bien qui je suis, tu ne peux juste pas te rappeler. Mais ça n'enlève en aucun cas mes droits sur toi petite. A partir de maintenant je ne veux plus te voir adresser la parole à ce pirate ! déclara-t-il d'une voix froide et autoritaire.

Elle fronça les sourcils, confuse, avant de se reprendre subitement et esquisser un sourire amer.

-T'es pas mon père Sylver. T'es qu'une espèce de loup je-sais-tout mais tu ne me connais pas ! Ce que j'ai fait aujourd'hui était un acte de grâce et je ne te laisserais pas m'accuser de meurtre !

Il l'aurait bien frappée une deuxième fois si ça pouvait lui faire comprendre son erreur. Au lieu de ça il la jeta maladroitement sur son épaule sous le regard toujours si vide du capitaine pirate. Son hochement de tête absent approuvait même son comportement, ce courage qu'il n'avait pas eu pour lui dire à quel point son jugement était erroné.

Moineau se débattait sauvagement pliée en deux sur l'épaule du docteur. Elle griffait en vain sa blouse et lui crachait tout un tas de menaces à la figure. Mais le loup ne lui jeta même pas un regard comme s'il se fichait bien de sa colère à son égard, ce qui bien évidemment lui fendait le coeur. Il la renversa sur le lit et plaqua sa main au-dessus de sa tête avant qu'elle ne cherche à s'enfuir. Ses oreilles se dressèrent sur sa tête.

-Tu fais la différence entre tuer et pardonner ? Pardonner c'est quand un mal a été commis. On cherche à ne plus se sentir coupable. Tuer, c'est commettre ce mal.

-Va faire la leçon à quelqu'un d'autre !

-Tu as tué.

-Et alors ?! Qu'est-ce que t'en as à foutre ? Ils me voulaient du mal ! Je devais les laisser faire, c'est ça ?

-Tu vois Krys, tu ne comprends pas ! Je ne dis pas que tu aurais dû les laisser en vie, je te demande d'admettre que ça n'avait rien de miséricordieux ! Tu as ôté la vie à des hommes, tu ne leur as rien pardonné. Ce que tu as fait c'est ce qu'on appelle punir.

-…

Elle se fit tout à coup silencieuse, comme si elle réfléchissait ou se repassait toute la scène mentalement. Le loup trouvait que c'était un bon signe jusqu'à ce qu'elle lui lance un regard loin d'être convaincu.

-Qu'est-ce que ça change ? Punis ou pardonnés, ils ne sont plus mon problème. Punir. Pardonner. Tuer. Les trois se ressemblent de toute façon. J'ai pas tué, j'ai pardonné le fait qu'ils soient inutiles à ma cause par la mort.

-Non Moineau, reprit-il lentement. À partir du moment où tu prends la vie, c'est tuer.

-Mais je…

-Chuut. Personne ne va te blâmer. Tu t'es défendue. Mais tu dois assumer tes actes. Tu n'as pas le droit de te voiler la face avec ce genre de mensonges !

Les oreilles du loup se plaquèrent contre son crâne. Il frotta les joues de sa commandante avec son museau malgré son regard encore un peu rancunier pour la gifle.

-C'est ma faute ma chérie, murmura-t-il d'une voix si tendre qu'elle eut du mal à reconnaître celle de son conseiller stoïque. Je ne te l'ai jamais enseigné. Ce n'est pas grave si tu es perdue, si tu crois que ce que tu fais est bien… mais dis-le moi franchement. Car aujourd'hui, c'était mal. Très, très mal. Tu as toi-même détruit les fondations de tes idéaux. Pas en tuant Krys, ça c'était de la survie. Tu as fait passer un meurtre pour un acte de grâce. Si tu fais ça, en quoi es-tu différente des autres marines ? Dis-le moi.

-Je… J'ai… T-T'ais-toi ! s'écria-t-elle soudain en le repoussant. Tu dis n'importe quoi !

-Je dis la vérité ! Aujourd'hui tu n'as pas été différente d'hommes comme Akainu, mais ça peut s'arranger mon p'tit moineau. J'ai toujours réparé tes bêtises.

Intérieurement le loup s'infligeait des tortures. Qu'est-ce qui lui prenait d'évoquer le passé ? Depuis le début il se débattait intérieurement contre son amour pour la jeune fille. Il s'en voulait de craquer maintenant…. Mais c'était la première fois depuis des mois qu'il avait l'occasion de lui parler non pas comme un conseiller ou un docteur, mais un ami ! Un ami qui aurait donné toute sa chair pour remplacer sa main et son pied coupés.

Moineau sembla se détendre. Il ignorait si elle avait compris quelle faute elle avait commise dans son raisonnement sur la paix, mais elle était déjà plus calme et l'écoutait d'une oreille attentive définir des mots tels que "pacifique" et "pardon". Au bout d'un moment il se rendit compte qu'elle était distraite. Ce n'était pas que son discours l'ennuyait, c'était le sang sur sa peau. Il avait séché et la grattait.

Sylver passa un bras protecteur autour de ses hanches et l'emmena dans la salle de bain. Après l'avoir bien sermonnée son regard était aussi mort que celui du chirurgien. Peu importe ce qu'ils avaient fait là-bas aucun des deux n'y avait trouvé satisfaction, et il ne saurait dire lequel était le plus dégoûté, maintenant qu'elle savait quelles conneries elle avait dites. La cyborg s'adossa à un meuble pour déboutonner son pantalon. Il se crispa un peu et baissa le museau.

-J-Je dois me tourner ?

-Pourquoi ? Tu me connais, j'en suis sûre maintenant… À quel point on était proches ?

-Hum, au point où ça ne me dérange pas de te voir nue… Enfin, euh, ton corps a changé… Tu es une femme.

-Je croyais l'être, grimaça-t-elle. Mais j'ai encore des raisonnements enfantins… Du moment que j'ai raison, n'importe quoi me va.

-Moi je le vois : tu as mûri. Et puis même les adultes font des erreurs de jugement.

-Et Law ? Puisque tu sais qu'il n'y est pour rien, pourquoi nous séparer ?

Le loup renifla d'un air gêné tandis qu'elle se débarrassait de son épaulière.

-J'ai eu pitié de lui pour la première fois Moineau.

-Quoi ?

-Je vous sépare pour qu'il s'en remette seul. Crois-moi ça ira mieux entre vous lorsqu'il y aura réfléchi.

Elle hocha vivement la tête. Elle l'avait littéralement détruit lui aussi avec sa folie omniprésente. Le capitaine n'avait plus dit un mot après leur départ de l'entrepôt ni ne l'avait regardée dans les yeux. Elle craignait qu'il soit dégoûté d'elle et de ce qu'ils avaient fait. Peut-être ne voudrait-il même plus jamais l'approcher. Moineau enfonça sa tête sous l'eau, noyant ses pensée dans les bulles de savon. Law était sa principale source d'énergie. Elle avait toujours puisé en lui son courage. S'il n'avait pas été là lors de ses phases délirantes elle ne s'en serait probablement jamais sortie. La cyborg remarquait seulement maintenant que le mink était aussi sa force. Elle émergea du fond de la baignoire, un rideau trempé sur toute la tête. Une patte douce et velue ramena ses cheveux en arrière.

-Ça va mieux ?

Elle baissa les yeux. Le sang dont elle était bariolée se lavait lentement en se propageant dans l'eau comme des filets de peinture. Une part d'elle était heureuse d'être enfin débarrassée de toute cette saleté et l'autre pleurait des torrents de larmes sur le sang de ses ennemis dans lequel elle se baignait.

-Oui, je me sens mieux.

La griffe sous son menton la força à relever la tête.

-Si ce n'était pas toi, Trafalgar s'en serait occupé.

-Je sais. Je pensais juste que tuer pour une cause pacifique n'était pas vraiment tuer. Je me disais… que c'était une bonne action. Que j'avais sauvé des gens.

-Tu l'as fait Krys. C'étaient des criminels évidemment qu'ils n'allaient pas cesser leurs actions juste parce que tu le leur demandais, mais ça reste un meurtre malgré tout et je ne peux pas te laisser croire que ça n'en était pas un. Tu comprends ?

-Ouais… en quelque sorte. (Elle se pinça les lèvres.) C'est ce que Law voulait me dire, je pense. Il a essayé tu sais ! Il voulait m'arrêter parce qu'il savait que je ne voyais pas la chose comme tout le monde ! Mais je l'ai manipulé. Tu crois qu'il m'en veut ?

-Non ! Non, bien sûr que non p'tit moineau.

-Laisse-moi le voir s'il te plaît. J'ai peur qu'il se renferme.

Elle posa une main trempée sur la fourrure du loup, qui déclina de la tête.

-J'insiste il faut que tu lui laisses du temps.

-Mais…

-Chuut ! coupa-t-il en posant sa griffe noire contre ses petites lèvres. Ton pirate ne va pas s'envoler ! Je garde un œil sur lui au cas où il dérape et je compte sur toi pour réfléchir à la manière dont tu vas gérer ta cause. On est d'accords Moineau ?

-Moui…

La jeune fille se tortillait les mains sous l'eau. Dans sa tenue d'Ève cachée par la mousse elle osait à peine le regarder dans les yeux. Sûrement avait-il connu son corps d'enfant, mais celui-ci était bien différent. Elle se disait pour ne pas rougir que de toute façon un loup ne pouvait pas éprouver d'attirance pour un humain. Mais ça elle n'en savait strictement rien. Elle laissa tomber sa tête sur le rebord.

-Qui tu étais pour moi ?

Sa question soudaine resta suspendue dans l'air le temps qu'il reprenne ses esprits et conscience de ce qu'elle lui demandait.

-Je ne te le dirais pas, répondit-il aussi froidement que possible pour cacher sa confusion.

Son refus la mit un peu colère. Un pli se creusa entre ses sourcils.

-Tu comptes jouer la comédie combien de temps ? Moi et Law on sait déjà que tu es infecté ! Tu ne peux plus te cacher Sylver !

-Hmpf… (Il esquissa un faible sourire nostalgique en repensant à l'époque où elle menait des enquêtes imaginaires dans le manoir. Elle n'avait rien perdu de sa curiosité.) Oui, je suis peut-être infecté, admit-il. Mais tu ne sais rien d'autre et toi et moi sommes les seuls à détenir la réponse.

-Alors dis-moi !

-Pourquoi je le ferais ? Rien ne sera plus comme avant.

Il grimaça en prononçant cette phrase. Il ne le pensait pas vraiment. Son oisillon avait un don pour réparer le coeur des gens partis trop loin. Elle réparait le sien chaque fois qu'il rentrait au manoir. Évidemment que les choses reviendraient à la normale entre eux. Il avait juste peur que ce ne soit pas le bon moment, et vivait dans la peur qu'elle se souvienne de lui un beau jour et de toute l'affection qu'ils avaient l'un pour l'autre. Aussi étrange que cela puisse paraître il avait peur de retrouver son bonheur. Car qui sait, peut-être que ça ne fera pas celui de Moineau.

Cette dernière grattait rageusement les dernières croûtes de sang séché sur sa peau.

-J'espère pour toi que t'étais gentil… grommela-t-elle avant d'enfoncer la tête sous l'eau et faire des bulles à la surface.

Il pouffa de rire et embrassa du museau son pansement mouillé sur le front – il avait oublié de le lui retirer. Il n'avait jamais été très autoritaire avec elle, Howard et son père l'étaient déjà de trop. Son sourire s'agrandit à repenser à leurs rares moments de colère. Il en fallait beaucoup à sa poupée pour qu'il montre les crocs. En fait, il n'avait jamais été violent avec elle jusqu'à présent. Cette gifle lui restait encore sur le coeur même si elle ne l'avait pas volée.

Il la pencha en avant et lui frotta le dos et les bras avec un bloc de savon avant de la rincer. Au bout de quelques minutes la savoir nue sous cette masse de bulles blanches ne lui mettait plus le cerveau en ébullition. C'était presque s'il retrouvait le corps plat de son oisillon lorsqu'il était d'assez bonne humeur pour céder à ses caprices et prendre un bain avec elle. Même s'il eut un petit malaise au moment de se retourner pour qu'elle sorte de la baignoire et prenne une serviette, il était satisfait d'avoir pu être proche d'elle. Ce n'était pas grand-chose, et Trafalgar en faisait bien plus, mais pour le moment ça suffisait à son bonheur. Il couvrit ses frêles épaules d'une de ses chemises. Le vêtement trop grand lui tombait jusque sous les cuisses, c'était mignon à voir. Dès qu'il eut fini de faire ses boutons elle enroula ses bras tout autour de son torse et colla sa joue contre.

-Pardon de t'avoir mal parlé.

-Pardon de t'avoir giflée. Enfin, tu l'as quand même méritée.

-Hé ! Je te rappelle que tu m'as traitée comme une enfant devant mes soldats ! De quoi j'ai l'air maintenant ?

Il fit passer une mèche rebelle derrière son oreille.

-D'une splendide commandante.

-D'une fillette en armure !

-Parce que je t'ai corrigée ? Krys, pour moi tu auras toujours l'âge des punitions. Il faut bien que quelqu'un t'éduque j'ai envie de dire…

-J'ai été éduquée !

-Vraiment ? Est-ce que tu te rappelles t'être déjà tenue près de Sirius avec un livre ? T'a-t-il enseigné les chiffres et les lettres ?

-Euh… sûrement…

-Je l'ai fait Krys. Mais pas suffisamment. Alors crois-moi quand je te dis que je suis le mieux placé pour te faire la leçon.

Il se racla la gorge pour changer de cette ambiance nostalgique qui le brisait en deux.

-Allez, file ! Au lit !

-Quoi ? s'étrangla Moineau.

-Ne t'imagine pas que je vais te laisser traîner dehors à cette heure ! Demain tu as une grande opération à mener, rappela-t-il en la poussant à l'intérieur de la chambre.

Elle poussa un grognement mécontent mais ne se dégagea pas de la prise du loup, qui l'allongea délicatement sur son lit comme un bébé dans son berceau et la borda. Elle se mordit la lèvre inférieure : elle n'avait jamais ressenti ce genre d'affection… Son corps tout entier se réchauffait sous les griffes de Sylver. Au fond d'elle, elle l'avait toujours su qu'elle était éprise de lui d'une manière différente. C'est bien plus proche de ce qu'elle ressentait pour Mir que de son amour pour le chirurgien.

La jeune fille enfouit son nez dans un coussin pendant que le grand loup gris se déshabillait. Lorsqu'il s'allongea à ses côtés outre le grincement du lit elle l'entendit marmonner quelque chose. Ses bras poilus l'enveloppèrent comme une couverture. Elle sourit. Sa fourrure était si douce qu'elle pouvait imaginer à côté d'elle une grosse peluche aux yeux bleus. Elle mit fin à cette étreinte à contrecœur.

-J'ai faim, dit la cyborg en s'asseyant au bord du matelas.

Il parut vaguement déçu.

-Ok… Va te prendre quelque chose en cuisine. (Ses oreilles se dressèrent.) Et n'en profite pas pour chercher Trafalgar.

-C'est promis.

Elle serra contre elle ses bras flottants dans la chemise trop large, ouvrit la porte et trottina pieds nus dans le couloir. Elle esquiva agilement les hommes de garde – leur parler après tout ce raffut sur le pont serait un peu gênant, et qui sait le nombre de rumeurs qui couraient déjà sur leur relation à tous les trois. Elle plaignait Law qui devait en ce moment-même être assailli de question à cause d'elle. Pour une fois que ce n'était pas de sa faute…

Moineau s'engouffra sur la pointe des pieds à l'intérieur des cuisines. Elle s'empara de paquets de gâteaux secs. Sa main vola au-dessus des plaquettes de chocolat bien emballées. Elle arqua un sourcil : Sacha adorait le chocolat aux noisettes. Penser à la rousse lui fit un peu mal au coeur, et après cette terrible journée il ne lui manquerait plus qu'un dernier regret pour déprimer. Elle rehaussa le coin des lèvres, bourra les poches de sa chemise d'autant de tablettes de chocolat que possible et s'enfuit avant de se faire remarquer par la ronde régulière. La cyborg pria silencieusement pour que Sylver n'ait placé aucun garde près des cellules.

En arrivant devant l'escalier elle souffla, soulagée. L'entrée était libre. Elle dévala littéralement les marches à toute vitesse et dans un boucan dont elle n'avait même pas conscience ! Lorsque sa prothèse nue frappa la dernière marche elle se figea instantanément et progressa beaucoup plus lentement. La pénombre qui régnait derrière ces barreaux de granit marin rendait la température d'autant plus froide. Elle avança timidement, de cellule en cellule jusqu'à trouver une longue tignasse rousse éparpillée sur le lit basique des prisonniers. Moineau n'osa plus parler, se demandant si elle avait troublé son sommeil où si la jeune femme préférait juste l'ignorer. Elle comprendrait. Aujourd'hui mieux que jamais elle comprendrait qu'on ne veuille pas lui adresser la parole.

Son coeur rata un battement lorsque la longue silhouette couchée sur le lit s'exprima d'une voix désintéressée.

-Qu'est-ce que tu fais là ? Trafalgar t'a bien convaincue que j'étais dangereuse nan ? Remonte Moineau, demain est un grand jour pour toi.

-Onee-san… je venais prendre de tes nouvelles.

Ses intestins se nouèrent d'angoisse. Elle se sentit ridicule de demander. Dès qu'elle s'était approchée de la cellule Krys avait bien vu comme son corps changeait. Ses racines rousses pâlissaient, et qui sait combien de temps il lui restait avant de ressembler à ce clown de Jango. Sacha se mourait dans sa prison. Et il n'y avait rien qu'elle puisse faire pour atténuer sa douleur ni l'aider à supporter d'être différente. D'entendre ce que personne n'entend. De représenter un danger pour ses proches.

La rousse se montra contre tout attente assez bavarde. Elle ne semblait pas du tout lui en vouloir d'avoir prise cette décision. Sa colère était comme une évidence dirigée envers le diablotin et le capitaine, dont elle avait pu lire une partie des souvenirs de la nuit Rouge. Moineau se força à sourire.

-Je comprends que ce soit horrible à savoir pour toi, en plus Penguin est directement impliqué… Ce qui s'est produit au manoir est impardonnable. Personne ne l'excusera à Law et il le sait. Il vit avec. (La jeune fille serra plus fort les barreaux entre ses doigts.) Hum, avec l'offensive de demain, je… j'ignore en fait comment ça se terminera. J'ai pas envie de me dire que j'aurais été folle jusqu'au bout avec Law. Je veux t'avouer quelque chose Sacha, quelque chose que j'ai fait aujourd'hui. C'est encore frais dans ma tête.

Elle s'humecta les lèvres. Elle ne s'était jamais vue confesser sa véritable nature à quelqu'un d'autre hormis le chirurgien. La peur rendait sa gorge aussi sèche qu'un désert. Elle serra les poings, affronta droit dans les yeux son immonde folie.

Tais-toi.

-Sylver m'avait parlé d'un groupe de mercenaires. Il suffisait que quelqu'un les paye et nos espoirs de vaincre les pirates étaient anéantis…

La ferme !

-Non toi la ferme… grommela Moineau dans le col de sa chemise. (Elle se racla la gorge.) Sylver m'a dit de ne pas m'en faire. J'ai insisté auprès de Law et il a finalement accepté de m'accompagner. On les a rencontrés. Évidemment ils n'ont rien voulu entendre, dit-elle avec une pointe d'humour. Puis ça a dégénéré. Law a tué leur dirigeant, j'ai mis les autres à terre. Comment ?

Sa voix s'éleva un peu plus en réponse à l'écho des murs.

-Je croyais venir en paix Sacha ! Mais dès le début j'étais leur ennemie sans m'en rendre compte. J'avais versé mon sang dans une bouteille. Ils ont tous été infectés, et j'en ai profité pour les abattre sagement.

Un pli soucieux se forma entre ses sourcils.

-Le dernier on s'en est occupés à deux. Même avec Joker je crois n'avoir jamais ressenti ça ! Appuyer sur la détente et sentir dans tout ton corps que ta vie est partie avec celle d'un autre… il n'y a rien de pire. À ce moment-là je n'avais que mes putains d'ambitions en tête ! Alors j'ai prétendu les avoir pardonnés pour leur "inutilité" à ma cause. Law n'a même pas levé le petit doigt. (Elle soupira comme si ces quelques phrases lui avaient demandé un effort colossal.) Mais tout va bien. Sylver m'explique. Je comprends maintenant ce que c'est de se battre pour une cause pacifique. Enfin, j'ai encore pas mal de choses à apprendre avant d'être la parfaite commandante…

Ses doigts d'acier se mirent à étrangler sans aucun répit leurs frères de chair. Elle fit mine de toussoter. Ça n'était pas son dernière aveu.

-On ne s'est pas arrêtés là ! s'écria-t-elle soudainement comme un détail qui aurait pu faire pencher la balance. Après les avoir tués on… Je saurais pas dire ce qui m'a pris ! On-On a fait l'amour, là, au milieu de ces cadavres !

Moineau cacha subitement son visage derrière ses mains.

-Pardon de te dire ça… Je t'aime onee-san ! Ne me déteste pas s'il te plaît ! A-Adieu !

-Krys !

La rousse passa ses bras entre les barreaux et rattrapa sa chemise. Elle la serra contre elle comme elle le put malgré les kilos de granit qui les séparaient. Moineau s'efforçait de retenir ses sanglots un peu plus longtemps. Elle renifla et colla sa joue aux barreaux pour embrasser celle de Sacha. Dix ans auraient pu s'écouler sans qu'elle ne les voit passer dans cette étreinte désespérée. Un simple câlin des deux côtés d'une prison avait suffi à laver sa honte.

Elle vida ses poches pleines de chocolat au pied de la cellule et s'enfuit à toutes jambes.