Playlist
J'ai enfin pu croiser mon ami le distingo
Il revenait de loin au volant de sa grosse moto
Dans une version vibrante et pleine d'émotion
Ma religieuse amante est en génuflexions

Comme au Dauphin autoritaire
J'ai dû serrer des milliers de mains
J'ai du mérite à être populaire
Faire bonne figure par tous les moyens

Général Alcazar, Rolling Cailloux, Les singulières
(Si vous ne découvrez pas le Général avec tout ça, ça ne sera pas de ma faute !)

XXXVI. Cyrus De l'art du persiflage et des ressorts de l'inquiétude

Lundi, je me lève en me disant qu'il faudra que je trouve un prétexte pour appeler les parents et savoir ce qu'a donné la discussion avec Harry.
«L'important est que la conversation ait eu lieu, non ? », bâille Ginny, qui ne se lève plus avant moi mais partage quand même mon petit déjeuner. « En plus, c'est lui qui a appelé !»
« Ne me dis pas que tu n'es pas curieuse ! », je la titille.
« Je me demande si j'ai besoin ! Tu l'es pour deux ! », elle estime avec une perfidie toute féminine, non ?

Elle peut persifler, moi, je veux savoir. Sauf que j'ai cours à l'Université toute la matinée. Pour en rajouter une couche, Maninder m'apprend, à midi, que Girasis – oui, Nikomaka Girasis, la directrice du Département d'Arithmancie dont ma formation dépend, vous suivez, bravo – m'impose d'avoir réussi tous les examens théoriques prévus pendant les six mois à venir pour autoriser mon départ au Brésil !
« Ça en fait trois – Pharmacopée magique traditionnelle comparée ; Symbolique, potions et plantes et Astronomie végétale », il précise, « Les professeurs vont organiser des épreuves anticipées. »
« Trop d'honneur », je balbutie, pas très loin de la colère en fait : comme si je ne pouvais pas revenir passer les épreuves quand elles auraient lieu, par exemple ; comme si j'avais que ça à faire, en plus ! Je sais que Nikomaka Girasis, qui siège au Conseil de Poudlard, n'est pas l'amie politique de Papa ! Il me semblait même savoir qu'ils en étaient venus à une sorte de paix armée depuis quatre ans. On deviendrait paranoïaque à moins.
«Tu ne seras pas tout seul – d'autres ont des projets de stage ou des examens à rattraper», explique Maninder avec un léger sourire qui me fait me demander s'il n'est pas un légilimens total. « On m'a dit que ton cousin Drago devrait par exemple repasser l'épreuve de Symbolique... »

Je me demande vaguement si c'est censé me consoler alors qu'il semble comprendre que, moi, je n'aurais pas l'option de les repasser à une prochaine session, mais j'arrive vite à la conclusion que je n'ai pas le temps de m'apitoyer sur mon sort. Autant dire que je passe l'après-midi à la bibliothèque et que je rentre tard à l'appart' avec un sac plein de livres aussi énormes que rébarbatifs. Comme Gin est de sortie avec Luna, je n'ai même pas d'excuses pour ne pas me plonger dedans. Malgré cet investissement, j'arrive vite à la confirmation que la Symbolique en accéléré, ça va être coton. Pas que ça soit inintéressant, il y a beaucoup d'éléments qui font même écho à mes recherches sur les chamans brésiliens. Sauf qu'il ne s'agit pas de trouver des exemples mais de construire des systèmes universels explicatifs. Ça serait plus un truc pour Harry, je décide en allant me coucher.

Le mardi est aussi studieux, sauf que j'ai mes propres enseignements à assurer à la Fondation l'après-midi et que je dois acheter un ingrédient sur le chemin de Traverse avant. Je vais entrer dans l'herboristerie quand mon miroir vibre. Espérant contre toute raison que ça soit Harry, je m'empresse de le sortir de ma poche. Vous me croirez si vous voulez : c'est la jolie Brunissande.
« Cyrus ? Je ne te dérange pas ? »
« Pas vraiment, mais je me demande juste si, par mesure de sécurité, je ne devrais pas te demander de chanter une chanson », je plaisante.
Elle ne me connaît pas tant que ça, bien sûr, et elle écarquille les yeux.
«Je rigole », je m'empresse de lui indiquer mais elle semble douter encore quand elle fait :
« Oh. Ok, si tu veux, je chante une chanson... la même ? »
« Bah une autre fois, je n'ai pas trop de temps-là, tout va bien ? »
« Justement je t'appelle pour te dire que ça a fonctionné magnifiquement ! », elle se réjouit visiblement.
« Vraiment ? »
« Oui, j'ai montré le contre-poison à Lorendan hier – il a quand même pris la précaution de le faire tester par un médicomage... mais bref, voilà, l'héritier s'est soumis à l'épreuve et il a récupéré son coffre et semble en pleine santé ! »
« J'espère pour lui que ça en valait le coup », je commente.
«Oh oui !», elle affirme en me montrant un collier de perles à son cou : « Il m'a même offert ça pour me remercier ! Ce sont des perles ramassées par des sirènes de Singapour ! Elles changent de couleur si les gens me mentent ! »
« T'as vérifié ? », je souris.
« Tu veux me mentir ? »

C'est mon tour d'être piégé et je ris avec facilité.
« J'ai rêvé de toi toute la nuit », je propose et, en effet, les perles prennent une triste couleur verdâtre. « Qu'est-ce qu'on ferait pas pour la science », je commente rapidement avant qu'un quiproquo s'installe. « Si ma copine m'avait entendu, elle m'aurait crevé les yeux ! »
« T'inquiète », elle sourit. « J'ai bien senti que ni toi ni ton cousin n'étaient célibataires ou en chasse ».
« Intuition féminine ou artefact ? », je questionne ouvertement badin.
« Expérience », elle soupire comiquement et, cette fois, on se marre tous les deux.
« Je suis bien content que l'antidote fonctionne », je lui assure, en devant me pousser parce qu'un client de l'herboristerie sort avec un cageot de racines dans les bras et ne voit pas trop bien où il va.
« Moi aussi ! J'ai dit à Lorendan que je l'avais préparée avec Harry et toi... - il ne faudrait pas qu'il croie qu'on serait capables de faire ça tous seuls ! », elle ajoute. « Il a dit que c'était bien de travailler en réseau, de se faire des relations avec les experts de demain, blah, blah, blah ! »
« Merci », je réponds, parce que tout ce qui m'intéresse dans tout ça, c'est Harry.
« De rien, tu m'as réellement sorti une épine du pied, tu sais ! »
« C'est Harry qui a eu l'idée », je lui rappelle.

« Vous êtes très proches tous les deux ? », elle s'intéresse.
« Assez », je réponds en me disant que j'aurais été plus affirmatif il y avait moins d'un mois.
« C'est chouette », elle commente. « Je n'ai pas de frère ou de sœur. J'ai ma cousine, Aliénor, bien sûr, mais je crois que c'est différent... En tout cas, il ne m'avait pas menti sur le fait que tu avais de la ressource ! »
« Un investissement entre « experts de demain » », je badine. « Mais n'oublie pas que... »
« Non, je n'oublie pas Harry ou ses statuettes », elle me promet avec une ardeur presque suspecte. « J'ai même trouvé un accès à un fonds privé qui doit contenir des choses sur les Wuelfern... J'imagine qu'il fait des recherches de son côté mais comme souvent les solutions tiennent à des détails... »
« Ton travail passe d'abord », je l'interromps, gêné maintenant qu'elle s'estime débitrice de moi ou de mon frère – surtout quand on réfléchit à ce que mon-dit grand frère doit être en train de faire : une enquête sur les Wuelfern ? J'en rirais.
« Eh bien, maintenant que j'ai vendu à Lorendan que Harry m'a aidé pour l'antidote, le suivi des statuettes est un peu devenu mon travail en l'absence de ton frère », elle m'indique, l'air un peu surprise que je n'assume pas finalement un résultat dont je suis responsable.
Je ne trouve pas réellement de commentaires drôles ou pertinents à cette annonce et je me retrouve à opiner benoîtement de la tête.
« Bon, eh bien, à une autre fois », elle finit par glisser.
« J'espère, oui », j'affirme juste avant qu'elle mette fin à la communication.

Encore vibrant des émotions conflictuelles qui m'assaillent, je vais finalement entrer dans l'herboristerie - sans oser regarder ma montre et vérifier à quel point je suis en retard - quand la porte s'ouvre sur Severus.
« Monsieur Lupin », il commente avant moi. A sa voix, je pourrais venir de renverser le chaudron de ma voisine sauf qu'il sourit.
« Ah Severus ! », je me désole. « J'aimerais tant avoir le temps de t'inviter à prendre un verre ou un café, ou un sandwich ! Mais je suis plus qu'en retard ! »
« En retard pour aller à l'herboristerie ? »
« Non, mais j'ai l'atelier de potions avec les mômes à la Fondation dans une demi-heure, il me manque des ingrédients et j'ai pas mangé ! »
« Il fallait t'y prendre plus tôt », il juge – même le mariage ne le changera pas, j'imagine.
« Je me paie trois examens anticipés pour pouvoir partir au Brésil », je me justifie.
« Une nouvelle coalition mondiale chercherait donc à te faire travailler », il persifle en souriant.
« C'est pas totalement une découverte ! », je proteste.

On ne va pas me jeter éternellement au visage les rares fois où je n'ai peut-être pas autant révisé que j'aurais dû à Poudlard, si ? Et puis si quelqu'un en doute, ça fait un bail que ce ne sont plus les souvenirs de Sirius qui me sauvent des mauvaises notes, hein ! Je bous intérieurement tout en évitant d'agresser Severus avec ça.

« Tu as besoin de quoi ? », il change de conversation.
« De racines de marguerites pour les mômes... »
« Potion de ratatinage ? »
« On ne peut rien te cacher ! », j'admets avec un sourire.

Il sort alors un sachet du sac qu'il portait caché dans les plis de sa robe.
« Un don pour la Fondation contre un verre avec toi », il propose.
« Je n'ai pas beaucoup de temps ! », je commence par m'excuser.
« J'avais compris », il résume en me poussant vers le pub au coin de la rue.

On est vite servis – je prends un sandwich avec ma bièreaubeurre. J'ai le temps de mordre dedans quand Severus annonce :
« Dans un mois au plus, je vais être père, Cyrus. »
Je manque de m'étouffer avec mon sandwich que je repose dans son assiette pour plus de sécurité.
« Je sais », je finis par répondre – totalement au hasard.
Severus a un infime sourire, tourne son verre entre ses mains, geste totalement incroyable d'hésitation, et reprend :
« J'aimerais que tu en sois le parrain, Cyrus... »
« Moi ? »
« Oui, toi, Cyrus Mélanio Lupin », il confirme avec une tranquillité de ton totalement copiée sur Papa – il devrait lui payer des droits d'utilisation.
« Est-ce bien raisonnable ? », je tente.
« Susan et moi y avons longuement réfléchi. Nous sommes des gens âgés pour des sorciers qui vont avoir leur premier enfant. Nous pensons qu'il lui faudra quelqu'un de plus jeune à qui il pourra parler quand nos réactions seront trop décalées... et peut-être aussi quelqu'un qui soit capable de comprendre nos réactions – même pour s'en moquer ou les critiquer... Tu es qualifié de plusieurs façons... »
«Je ne sais pas si tu as croisé Iris, récemment, mais si vous cherchez quelqu'un ayant prouvé qu'il pouvait avoir une influence raisonnable sur quelqu'un, Harry paraît mieux défendu par Kane...», je remarque.
«Je crois que les tempéraments d'Iris et Kane sont pour beaucoup dans leurs différences », il objecte. « Et puis, je crois qu'il s'agira peut-être de me raisonner, moi, plutôt que cet enfant... Je ne dis pas que Harry n'en aurait pas les moyens, mais il me semble que ça ne te fera pas peur... »
« Te raisonner ? », je relève, sidéré.
«Peut-être », il souligne. Je suis pris d'un fou-rire nerveux qu'il interprète avec justesse et dignité en le gratifiant d'un très sobre : «Merci, Cyrus. »

oo

Avec tout ça, j'ai plutôt oublié Harry et la famille quand je rentre à l'appart' – moins tard que la veille, mais avec autant de boulot devant moi. Les jumeaux me tombent dessus pour me rappeler la réalité : j'ai une famille presque nombreuse.
« Qu'est-ce que vous fichez là ? », je souffle quand j'arrive à me redresser sous leurs assauts conjugués.
« Mae fait repeindre l'appartement », explique Iris.
« Par un peintre mol... faut-pas-dire-le-mot », chuchote Kane, très excité par le concept, je le vois bien.

« Monsieur Smith a fait le devis... On fera ça quand vous serez au Brésil ; on ne va pas vous imposer les odeurs et le bazar », ajoute Mae qui raccompagne ledit Monsieur Smith qui me salue avec un peu de curiosité. « Un de nos deux fils aînés », elle indique en me désignant.
« La chambre que vous ne voulez pas repeindre », il commente en me faisant un signe de tête.
« Eh bien, c'est sa chambre », explique Mae en me regardant d'un air interrogatif.

Je me dis en vrac que c'est aussi celle de Harry même si je l'occupe carrément plus que lui depuis trois ans ; que ni moi ni lui n'allons réellement vivre là dans les mois qui viennent, que je suis sur le départ. Un flash, juste après, m'apprend qu'à mon retour, je voudrais peut-être avoir mon propre appartement avec Ginny... sûrement même.
« Si vous y êtes, vous feriez mieux de repeindre tout », je lâche donc, le cœur battant de mes toutes nouvelles découvertes.
Il me semble être totalement transparent pour Mae et même pour le fameux monsieur Smith qui en tire une conclusion pratique :
« Je vais vous faire deux devis, avec et sans », il propose.
« Bonne idée », commente Mae en le raccompagnant à la porte.

« Cyrus, on va au parc ! », exige immédiatement Iris en se tournant vers moi les yeux gris suppliants.
« Mae, t'avais promis », rajoute Kane - sans doute pour ne pas mettre tous les oeufs dans le même nid de dragonne.
« J'avais promis de vous emmener au parc – Cyrus a sans doute autre chose à faire », corrige Mae, revenue de la porte.
« Mais c'est plus drôle avec lui ! », insiste Iris – décidément peu diplomate en ce moment.
« Je peux venir », j'indique avant que Mae n'ait eu le temps de décider du degré de sa riposte.
« Ne te sens pas obligé », elle indique inutilement – en ce moment, je me sens obligé de tout, je crois.
« Je suis content de passer du temps avec eux, avec vous... mais je n'ai pas plus d'une heure – j'ai des examens à préparer », j'explique, sidéré d'en être capable.
« Vous retenez bien ce qu'il vient de dire », souligne Mae en se tournant vers les jumeaux. «Quand il dit : "stop, je rentre", je ne veux entendre personne râler. »

Comme les mômes sont trop contents pour se projeter à dans une heure et la fin du jeu, ils promettent facilement avoir compris. On va tous au parc, explorer les fameux nouveaux jeux installés récemment. Je grimpe avec eux tout en haut de la pyramide, et Mae prend des photos. Dans le bateau de pirates, avec cachette et faux canon, on tombe sur les enfants Thomson, leurs habituels copains moldus londoniens. Au bout de cinq minutes, je me rends compte que leur histoire de pirates et de sirènes n'a plus besoin de moi.

« Ils ont retrouvé les Thomson », j'explique en allant m'asseoir auprès de Mae qui lit un journal moldu pour bonne mesure.
« Tu veux aller travailler ? », elle s'inquiète.
« Si tu permets, je passe cinq minutes avec toi avant », je contre.
« Je suis flattée », elle sourit facilement.
« J'investis pour mon anniversaire », je blague.
« Tu risques fort de nous voir débarquer tous les quatre dans la forêt amazonienne », elle annonce.
« Ça serait une bonne nouvelle », je lui assure.
« Et de vraies vacances », elle commente, avec un soupir réprimé.
« C'est ça aussi de t'être entichée d'un gars qui avait déjà adopté deux affreux jojo avant de te rencontrer ! »
« J'étais jeune, naïve et innocente et je ne mesurais pas que, même majeurs, faudrait que je m'occupe de vous ! », elle réplique avec une expression de souffrance ouvertement exagérée. Je dois rougir parce qu'elle se marre : « Tu ne l'aurais pas un peu cherché ? »
« Tant que vous venez pour mon anniversaire », je décide de clore l'affaire. Puis je prends une inspiration pour demander : « Des nouvelles d'Harry ? »
« Il a appelé Remus dimanche », elle répond. Après un infime silence, elle ajoute : « Enfin, Harry et Ada l'ont appelé... ensemble »
« Ensemble ? », je m'étonne : est-ce que j'appellerais avec Ginny dans une situation équivalente? Ça dépasse mon imagination.
« Ensemble », elle confirme.
« On va les marier juste après Drago », j'estime un peu nerveusement.

Ce n'est pas une très bonne réponse au regard de Mae.
« On pensait te marier en premier », elle répond sur un ton badin qui sonne un peu faux.
« Arf, Molly t'a invitée à prendre le thé ! », je fais mine de m'alarmer et, cette fois, elle rigole pour de bon. « Bon, et ils lui ont dit quoi ? », je finis par oser demander.
« Qu'ils seraient prudents », soupire Mae l'air peu convaincue.
« Ça l'a rassuré, Papa ? », je veux savoir.

Elle semble bien peser sa réponse.
« Je crois... Il a été content que Harry veuille lui parler... et touché que Ada aborde si directement la question de la sécurité d'Harry et de Lo Paradiso avec lui... »
« T'as pas l'air de sauter de joie », je ne peux m'empêcher de lui faire remarquer.

Elle a un petit rire de confirmation. Un peu triste lui aussi.
« Je l'ai à peine croisée cette fille, Cyrus », elle finit par dire. « Sa lycanthropie ne m'a pas sauté aux yeux toute seule... et Remus ne m'en a pas parlé plus qu'à toi, je tiens à te le dire, pas avant qu'elle soit à Poudlard avec nous – genre," tu as bien sûr remarqué"... », elle m'apprend, se moquant d'elle-même avec facilité. « Je n'avais pas réellement remarqué, mais j'aurais aussi été incapable de dire la couleur de ses yeux à ce stade... Comment dire, c'est malheureux, mais elle n'est pas arrivée dans notre famille au moment où nous étions les plus disponibles... »
« C'est le moins qu'on puisse dire », je la rassure.
« Alors peut-être je projette notre inquiétude diffuse sur Harry parce qu'il est loin, mais j'avoue que je ne l'ai jamais vu aussi amoureux... Il avait le béguin de Myrna, on l'a tous vu, mais il restait notre Harry que nous connaissions... Il a été sérieusement amoureux d'Aurore ; mais en même temps, elle n'était pas tout son monde ; il gardait ses rêves, ses envies... Là, ça va vite, ça semble ardent, fusionnel... Ça me fait un peu peur... » Devant la question portée par mes yeux, elle développe : « J'ai peur qu'il se réveille un matin et se rende compte qu'il a abandonné toute sa vie pour cette fille...et sa lycanthropie n'est qu'un infime élément de l'équation... »

Je pense à ce que j'ai tiré de Brunissande et de Bill et je ne peux qu'opiner – c'est un peu mon sentiment.
« Ce n'est bien sûr pas à nous de juger », elle rajoute un peu maladroitement.
« Personne ne juge qui que ce soit », je lui réponds. « Juste on s'inquiète : comme tu l'as dit, il n'agit pas comme le Harry qu'on connaît depuis qu'il est avec cette fille ; qu'elle soit garou ou harpie ou juste jolie n'explique pas trop ce qui se passe... »
« Non », elle soupire.
« Mais Papa va dire que ça ne nous regarde pas », j'ose la relancer.

Elle prend le temps de vérifier où sont les jumeaux avant de me répondre. Je note au passage que la nouvelle baby-sitter des Thomson a l'air très jolie, elle aussi, ils doivent avoir un filon.
« Remus ne se sent pas autorisé à juger des relations sentimentales de ses enfants – j'imagine que tu le sais plus ou moins. Et Ada... il a envie de faire confiance à Ada – et rien ne dit qu'il ait tort, bien sûr... »
« Mais nous, c'est à Harry qu'on ne fait pas totalement confiance », je remarque.
« Je me sens moins seule en t'entendant, Cyrus », elle confirme.

ooo

Quand Gin rentre, je suis aux tréfonds de la Symbolique des potions – Harry ne pouvant être joint, sans surprise.
« Désolée, j'arrive tard, mais je crois qu'ils ont trouvé ce coup-ci ! », elle annonce en se laissant tomber à côté de moi.
« Quoi donc ? », je demande sans doute l'air hagard.

Il faut dire que je viens de me taper dix pages sur la symbolique liée aux états de potions - le liquide soigne mieux parce qu'il parle aux éléments féminins de la magie, par exemple ; alors que les états gazeux sont plus indiqués pour amener, des idées et les solides seraient porteurs d'engagement et de durabilité temporelle... Comment voulez-vous que je retienne tout ça sans exemple ?

« Un chouette appartement pour Ron et Hermione », elle explique, amusée par ma réaction.
« Où ça ? », j'arrive à questionner.
« Pas très loin d'ici, en fait... Je suis passée devant en allant courir : un ancien atelier d'ébénisterie fermé depuis vingt ans... On se demandait comment les promoteurs moldus étaient passés si longtemps à côté avec Hermione quand on a trouvé quelques très vieux sortilèges de protection - des sorciers ont dû vivre ou travailler là... On a retrouvé la propriétaire, une vieille dame qui avait presque oublié l'existence de cet atelier qui était à son frère... Bref, c'est plutôt grand, on pourra y faire plusieurs appartements... C'est une vraie opportunité, y'a une cour commune, ça ferait une petite communauté tranquille... »
« On ? », je relève.

« Eh bien, je me suis dit qu'on pouvait acheter l'autre partie, toi et moi... C'est un bon investissement de toute façon, on trouvera facilement à le louer si on veut... »
« On est partis dans un mois », je lui rappelle.
« Ça suffit pour signer l'acte de vente », elle me signale, très patiemment – autant dire qu'elle y a réfléchi. « Tu n'as besoin de t'occuper de rien, en fait, à part sortir la moitié de la somme... »
« Et toi, tu as de quoi payer la moitié et aider Ron et Hermione ? », je questionne prudemment – on n'a quasiment jamais parlé d'argent Gin et moi. Mais il reste de nos années à Poudlard, l'idée sans doute fausse que je suis le sale gosse au coffre plein sans l'avoir trop mérité, et pas elle.
« Je ne suis pas seule à aider Ron et Hermione : les jumeaux, Bill, Percy, les parents d'Hermione... ça finit par faire une petite banque ! Mais ne t'inquiète pas, oui, je peux », elle indique.
« Alors, je fais un virement vers ton coffre, et tu t'occupes de tout ? », je résume.
« Faudra que tu viennes signer aussi, mais oui, en gros c'est ça, tu peux te replonger dans ton énorme bouquin », elle se moque. « Un nouvel article ? »
« Trois exams à passer avant de partir », je soupire.
« T'as dîné ? », elle enquête. Je secoue la tête. « Moi non plus, je prépare un truc ».

Un quart d'heure plus tard, on mange des pâtes par dessus les livres de Symbolique refermés. Je lui raconte ma discussion avec Nymphadora :
« Et tu l'as rappelé ton frère ? »
« J'ai essayé mais a priori Lo Paradiso est une zone protégée magiquement de bien des choses, notamment des communications par miroir », j'explique. « Son absence de réponse serait plutôt une confirmation de leur localisation. »

Elle pèse tout cela en reprenant des pâtes avant de proposer :
« Je me disais – on se disait avec Hermione que, plus que la disparition subite d'Harry amoureux, après tout c'est presque le plus naturel, ce qui est étonnant, c'est la disparition subite de Tiziano du paysage... Depuis qu'ils sont étudiants briseurs de sorts, ils sont inséparables et là, pfuit, pas une seule nouvelle ? Est-ce qu'ils se sont disputés ? Est-ce que ça a un lien avec Ada ? »
« Dans tous les cas, il devrait l'avoir vue plus que nous », je réfléchis à haute voix.
« Moi, à ta place, je l'appellerais », concours Gin.

Je pose ma fourchette et je sors mon miroir. Tizzi répond immédiatement
« Il est arrivé quelque chose à Harry ? » est sa réponse.
« Pas que je sache », je murmure intimidé par sa réaction.
« Merlin, tu m'as fait peur, Cyrus ! », il soupire.
« Désolé, je pensais que tu avais peut-être plus de nouvelles que moi », je me risque.
« Ton frère ne m'adore pas en ce moment », il indique avec une vraie tristesse dans la voix. Gin grimace et, moi, je ne sais que dire. Il reprend tout seul : « Cyrus, dis-moi ce que tu sais d'Ada, et je verrais si je peux te raconter... »
«Tu as peur que les Lupin n'aient pas remarqué que la demaoiselle a un petit problème mensuel de fourrure ?», je le rassure. « Tu sais à qui tu parles ? »
«Harry ne l'a pas vu – moi non plus d'ailleurs », il me rappelle. « Sauf qu'elle avait disparu avec la pleine lune, que ça m'a inquiété ; j'ai appelé Harry et il est arrivé en urgence... On est allés chez elle ensemble et... »
« Vous avez compris », je résume en me disant que Papa avait voulu qu'Harry le découvre à son rythme et que je ne savais pas si ça avait été une bonne idée dans les faits. Tiziano se contente d'acquiescer et je reprends : « Et il t'en veut de savoir ? »
« Un truc comme ça », il confirme.

On reste silencieux chacun de notre côté du miroir avant qu'il ne glisse :
« Ils sont à Lo Paradiso ? »
« Pour autant qu'on sache. »
« Tu attends quoi de moi, Cyrus ? »
« Je m'inquiète pas mal pour lui », j'avoue. « J'ai l'impression qu'il a perdu toute prudence dans cette affaire, tout recul, qu'il fonce droit devant lui... Et ce n'est pas trop son habitude...Mais je ne suis pas tellement mieux reçu que toi quand j'essaie d'en parler... »
« Tu crois qu'il risque quelque chose là-bas ? », il s'inquiète.
« Pas réellement, pas physiquement », je me raisonne à haute voix.
« Ça nous fait bizarre, hein, que Harry, toujours à s'occuper de nous, se mette à s'occuper d'une fille et nous oublie ? », il plaisante, mais c'est tellement proche du problème que j'en ai un frisson.
« Mais nous on peut s'occuper de lui », je contre.
« Même s'il ne le souhaite pas », il concourt.
« Surtout s'il ne le souhaite pas ! », je renchéris.
« Tu veux venir à Venise quand il rentre ? », il propose. « Moi, je n'ose pas espérer qu'il ait plus envie de me parler mais, toi, il n'osera pas te foutre à la porte de chez lui ! »
« On ne sait pas trop quand il revient », je regrette en me disant qu'il faudrait rajouter des jours dans ce mois pour que j'y résiste.
« Ça peut se savoir », il insinue. « S'il repasse par Florence ou par tout autre communauté magique, je peux le savoir... »
« Il va t'en vouloir », je le préviens loyalement. Le Harry auquel on a affaire ces temps-ci est du genre à prendre mal qu'on le surveille.
« Au moins, je le mériterais », argumente son ami avec philosophie.

ooooo

Quelques personnages non canon

Paul et Diana Thomson sont les voisins et compagnons de jeux moldus des jumeaux Lupin. Ils ont eu une très jolie baby-sitter qui s'appelait Aurore qu'on a pas mal vue dans Un supplément d'âme... D'après Cyrus, sa remplaçante n'est pas mal non plus !

Nikomaka Girasis est une sorcière britannique d'origine grecque. Elle dirige le Département d'arithmancie de l'Université de Londres et siège Conseil d'administration de Poudlard. On apprend dans Un supplément d'âme qu'elle trouve Remus Lupin trop peu porté sur l'enseignement de la théorie. Parmi les pythagoriens tenus pour les développeur de la numérologie, existe un Nicomaque de Girase... J'ai anglicisé et féminisé à la serpe, et voilà...

Merci pour vos messages, la vie est pas super simple en ce moment et je poste avant de répondre à vos reviews... Ne vous vexez pas, hein !