Chapitre 36 – Disparition
La matinée et la rencontre avec le Fossoyeur m'avait épuisée. J'avais passé l'après-midi à travailler sur des ossements,tentant de faire abstraction de tout cela, mais sans aucun grand résultat, j'étais incapable de me concentrer. Il fallait que je discute avec Angela mais sur un autre point.
- Tu aurais quelques minutes à m'accorder ?
- Bien sûr Sweetie, entres.
Je m'installais sur son canapé.
- Alors qu'y a-t-il ?
- J'ai reçu une offre. Lançai-je de but en blanc
- Une offre ? de quoi ?
- L'université de Montréal cherche un responsable pour son département anthropologie.
- Tu ne vas pas faire ça ! Réagit-elle rapidement
Je soupirais.
- C'est une très bonne opportunité pour moi.
- Brenn, ne me dis pas que tu hésites à y aller. Tu es revenue ici, je pensais que c'est ce que tu voulais, et Tomy a ..
- Il a besoin de son père, je sais Ange.
Je fermais les yeux quelques instants. C'était cela qui m'avait poussé à prendre ma décision
- J'ai refusé le poste. J'aime ce que je fais ici, et Tomy a besoin de Booth.
- Et Booth de son fils.
- Je sais. Et je ne veux pas les priver, l'un ou l'autre de cela mais parfois je me dis que ce serait si simple de partir et de recommencer une nouvelle vie ailleurs, loin de toute cette peine.
- Et loin de l'amour. Tu as un fils, et un homme. Un homme qui t'aime, qui plus est ! Et tu as besoin de Booth
Je me levais rapidement
- Certainement pas. Pas après ce qu'il m'a fait. Il m'a fait mal Angela. Je me suis laissée aller à l'aimer et regardes… regardes ce que je récolte, que de la souffrance. Jamais je n'aurais dû l'écouter, jamais je n'aurai dû laisser mon cœur prendre le dessus sur ma raison.
- Ce que tu as récolté ? Tu as Tomy, Sweetie, et il est merveilleux
Je me rassis. Elle avait raison.
- Et je sais que tu souffres, et qu'il t'a fait du mal. Il s'en veut énormément, mais il t'aime, il t'a toujours aimé Brenn. Tu es la femme de sa vie, mais il a fait une erreur, qu'il regrette. Il n'a pas su te comprendre, mais il est prêt à tout pour toi, pour te prouver combien il t'aime. Et toi aussi tu l'aimes.
- Mais c'est trop dur, c'est au dessus de mes forces. J'ai envie de lui pardonner, mais je n'y arrive pas.
- Laisses le temps ma Chérie. Ca ira, avec le temps, tu y arriveras. Parfois il faut apprendre à être patient.
Je lui souris, elle avait raison, encore une fois. J'aimais Booth malgré tout, mais pour le moment je souffrais encore trop. Lorsque je le voyais, je revivais cette scène lors de nos retrouvailles, cette scène où il m'avait présenté Ashley, et à chaque fois mon cœur se brisait.
Discuter avec Angela m'avait fait du bien, il fallait que je le dise à quelqu'un et elle était ma meilleure amie, donc la plus à même de me connaitre et de comprendre.
- Docteur Bones, papa dit qu'il est l'heure de rentrer.
Je soupirais, j'avais pris mon véhicuel, pourquoi Booth voulait-il toujours s'occuper de moi ?
- Dis-lui que j'ai ma voiture, et que vous pouvez y aller. Je dois faire quelques courses, le réfrigérateur est vide.
- Mais tu viens après, hein ? Demanda-t-il d'une petite voix pleine d'espoir
- Bien sûr Parker.
- D'accord.
Il était sorti aussi vite qu'il était rentré, comme une navette …. Non ce n'était pas navette, mais fusée. … j'avais beau avoir lu des livres sur les expressions, je m'y perdais encore souvent.
Je posais mes gants et me dirigeais vers mon bureau, afin de prendre ma veste. Jetant un coup d'œil à l'heure, je pus m'apercevoir qu'il était déjà dix-huit heures quarante-cinq, le temps de passer faire quelques courses, je n'allais pas être chez moi avant trois quart d'heure. Je ne me souvenais plus quand Parker était venu me prévenir de leur départ, mais cela devait bien faire une heure. Parfois j'oubliais vraiment toute notion de temps. J'étais étonnée que Booth ne m'ait pas encore appelé, de toute manière je n'aurai pas décrochée. J'avais besoin d'être seule de façon à faire le point sur moi-même.
Entrée dans la superette, le vendeur me salua. Je me dirigeais vers les fruits et légumes pour prendre de quoi me faire une salade. Après quelques instants de réflexion, je me décidais à prendre de la viande pour Parker et Booth et enfin aller vers la caisse.
Il faisait déjà nuit, il faut dire que nous étions fin octobre. Le parking était désert et il faisait froid. Je resserrai mon trend autour de moi, tenant toujours les sachets dans une main.
Arrivée à la hauteur de ma voiture, je farfouillais dans mon sac à main pour en sortir les clés, et bien sûr, je les laissais tomber par terre; parfois je pouvais vraiment être tellement maladroite, surtout en ce qui concernait les choses de la vie courante, dans mon métier, j'étais des plus méticuleuses.
Je soupirais et me baissais pour les ramasser. Puis, un choc, violent, à l'arrière de mon crâne. Je tentais de me rattraper à ma voiture, lâchant tous les sacs, mais je n'y parvins pas. Tout tournait, devenait flou. Douleur. Angoisse. Question. Peur. Fossoyeur. Puis le noir complet.
Je ne sais pas combien de temps je fus inconsciente, mais lorsque je me réveillais, j'étais dans une pièce très sombre, j'avais froid et mal.
Mon crâne me lançait à répétition. Voulant porter mes doigts sur la blessure, je me rendis compte que mes mains étaient liées, mes pieds aussi d'ailleurs.
Il fallait que je récapitule.
Nous étions allés voir Taffet le matin même qui nous avait dit que ce n'était pas terminé. J'avais tout de suite pensé aux enfants. Au fait qu'elle puisse leur faire du mal par l'intermédiaire de Donovan O'Braian, mais au lieu de cela, c'est moi qui était emprisonnée dans cette pièce, ne sachant absolument pas ce qui allait se passer ni où exactement je pouvais bien être.
J'inspirais, je sentais la panique me gagner. Non pas celle de m'être fait kidnapper ou de risquer de mourir, mais celle de ne jamais revoir mon fils Tomy, ni Parker, ou mes amis, mon père, ma famille, ou Booth.
Une larme perla.
Booth, il allait me retrouver, il l'avait toujours fait. Malgré tout ce qui avait pu se passer, j'avais confiance en lui, en ses capacités d'agent du FBI. Il trouverait un moyen de me retrouver. Je le savais, il le fallait. Je ne pouvais laisser mon fils sans mère, il se serait senti abandonné, comme moi je l'avais été. Il était encore si petit, si fragile.
D'autres larmes perlèrent à leur tour.
- Alors Docteur Brennan, on a peur
Une porte venait de s'ouvrir, et je le reconnus tout de suite
- Donovan O'Braian
- C'est bien moi.
Il était assez grand, plutôt musclé, je n'arrivais pas à distinguer son visage vu qu'il avait la lumière dans le dos.
- Je suis heureux de vous rencontrer enfin. Taffet m'a beaucoup parlé de vous. Pour tout vous dire, au départ, je pensais m'occuper de votre fils.
- Tomy. Dis-je, dans un souffle, la voix étranglée par l'angoisse grandissante
- C'est cela. Vous savez, j'ai fait cela par ordre chronologique. Du plus âgé au plus jeune. Votre fils devait être sur ma liste mais vous l'aviez mis sous protection. Je dois dire que vous avez été assez maligne. L'agent Booth n'était pas au courant pour lui, mais vous êtes passée par votre père et le fils de votre partenaire.
Il fit quelques pas dans la pièce.
- D'ailleurs, j'avais aussi pensé m'en prendre à Parker, bien qu'il était plus âgé, mais lui aussi était sous bonne garde. Et puis Taffet m'a dit qu'il serait plus intéressant de m'en prendre directement à vous. Elle disait que cela serait bien plus « amusant » pour moi de jouer avec une femme plutôt qu'avec des enfants. Comment peut-elle seulement savoir ce que j'ai pu ressentir avec ces enfants.
Une vague de nausées me prit, j'eus du mal à la retenir.
- Mais ne vous inquiétez pas, je saurai très bien m'en sortir avec vous aussi. Cela sera juste différent. Vous savez, j'ai beaucoup de succès avec les femmes, et j'ai toujours su m'en occuper convenablement, mais il manquait quelque chose… je crois maintenant savoir ce que c'est… elles étaient trop consentantes, et je ne pouvais pas leur faire ce que je voulais vraiment. Je ne pouvais pas leur faire de mal, ce n'était pas très amusant. Enfin, avec vous je vais pouvoir remédier à cela.
