C'est avec pas mal d'émotions que publie ce dernier chapitre. J'ai longuement hésité sur la trame, à savoir ce que j'allais mettre dedans, et ce que j'ai finalement choisit me semble la meilleure option. Si on m'avait dit au départ que je renoncerais à la death-fic! Enfin, je vais éviter de vous spoiler davantage et vous laisser lire. Bonne lecture!


Chapitre 34

Malgré cette évidente preuve d'émotion, elle souriait légèrement. Mon père prit une de ses mains dans les siennes, et Myungsoo et moi sourîmes de concert. Je ne les avais jamais connus démonstratifs, mais aujourd'hui n'était pas comme tous les jours.

« _Continue, demanda-t-elle, essuyant ses yeux avec la manche de son pull. »

Première fois que j'entendais sa voix depuis plus de deux ans.

« _Euh… »

J'avais perdu le fil.

« _A cette période, Sungyeol s'est enfermé chez lui. J'étais comme lui, alors je compris rapidement pourquoi. Mais j'avais envie de dépasser ma peur, je n'avais pas envie de lui ruiner ce qu'il avait eu tant de mal à construire. Alors j'ai cherché à l'aider contre sa volonté. »

Ce fut à mon tour d'avoir une espèce de rire.

« _Il a employé les grands moyens et s'est installé chez moi pour m'empêcher de faire n'importe quoi, avec mon corps comme avec mon âme.

_Et y'avait du boulot.

_Sungyeol a toujours été têtu, remarqua mon père avec un sourire de connivence pour Myungsoo.

_Y'a eu… plusieurs accidents de parcours.

_Disons que tu n'étais pas un patient facile. »

Ma mère tiqua à l'avant dernier mot.

« _Patient ? Sungyeol , tu t'es blessé ?

_Une chute dans les escaliers, et la grippe après. »

J'omis volontairement la tentative de suicide, ils n'avaient pas besoin de le savoir maintenant. Comme un fait exprès, je sentis inconsciemment mes cicatrices picoter.

« _Ca a pris du temps, plus il essayait de m'aider et plus je m'enfonçais.

_Jusqu'au jour où je t'ai provoqué pour te faire réagir. Et à partir de là, les choses ont commencé à s'améliorer, raconta-t-il en me regardant.

_Alors tu te bats avec toi-même depuis que tu es parti… Constata ma mère.

_Depuis sept ans, rajoutai-je en tournant la tête vers elle. »

Je vis son air douloureux et malgré la culpabilité pensai que j'avais bien fait de dire la vérité. Le mensonge finit par ronger celui qui le profère.

« _Maintenant, on peut dire que ça va. On est stables, tous les deux. »

Myungsoo me jeta un regard amoureux.

« _Et… qu'est-ce qui t'a donné envie de revenir ? »

La question fatidique.

« _Ça fait des années que je ressasse cette histoire dans ma tête. Sans Myungsoo je deviendrais fou. Et… honnêtement, on m'aurait posé la question il y a quelques mois, j'étais encore trop mal pour m'imaginer venir vous voir. Déjà là, j'ai parlé plus depuis qu'on est arrivés qu'en plusieurs semaines habituellement. »

Je serrai la main de Myungsoo.

« _Je n'ai jamais voulu vous blesser, j'attendais d'aller mieux pour revenir. Et l'occasion s'est présentée, on a eu des congés, et on vient d'emménager ensemble. »

Ma mère eut un sourire attendri.

« _Tu sais Sungyeol, à l'époque, on se faisait énormément de souci pour toi. Mais on n'aurait jamais pu deviner que ça te rongeait à ce point-là. »

Mon père hocha la tête pour confirmer.

« _Mais maintenant on comprend pourquoi tu ne nous parlais pas.

_Je suis désolé de vous avoir causé autant de souci.

_C'est à nous de nous excuser Sungyeol.

_Uh ?

_On n'a pas su voir à quel point tu allais mal, prenant ton repli pour une simple lubie d'adolescent. On aurait dû t'aider. Tu as trop souffert à cause de notre négligence.

_Quoique vous ayez fait, je ne me serais pas laissé faire. Myungsoo a eu besoin d'un mois à temps complet pour que je commence à lui accorder ma confiance, et aussi parce que je n'avais pas vraiment le choix. »

Je laissai les mots planer un instant avant de reprendre.

« _Il fallait une personne spéciale, sur qui j'étais certain de pouvoir compter n'importe quand.

_Quelqu'un capable de l'aimer, simplement. »

Dans un autre contexte, la phrase de Myungsoo aurait pu sembler déplacée, d'autant plus qu'il adressait à moi comme à ceux qui m'avaient mis au monde, mais dans cette situation le mot amour n'incluait pas le sens familial.

Le plus difficile était passé. J'avais retrouvé mes parents, et sans qu'ils n'aient discuté à ce propos, je sentais qu'ils acceptaient Myungsoo. Après tout, c'était lui qui leur avait en quelque sorte rendu leur fils. Ça n'avait pas été mentionné mais ils étaient intelligents et avaient sûrement deviné que j'avais de la chance d'être encore vivant.

Deux heures s'écoulèrent dans un souffle, entre silences reposants et discussions. On ne peut rattraper le temps perdu, mais rien ne coûte d'essayer. Ils me parlèrent beaucoup de mon frère et de ma sœur. Sungjoo était parti en internat depuis le début de l'année scolaire, il travaillait de temps à autre, quand ça lui chantait. Apparemment, c'était quelqu'un d'assez nonchalant qui me prenait comme excuse pour ne rien faire. Il avait cru que partir règlerait les choses. Tiens, j'en connaissais un autre. Je ne m'étais jamais bien entendu avec lui, mais mon comportement ne l'avait pas non plus permis. Je pense qu'il m'en voulait d'accaparer involontairement toute l'attention de nos parents sur moi.

Sunghee quant à elle avait eu une longue période de mutisme dans les semaines qui avaient suivi mon départ. Mes parents ne s'étaient d'abord pas trop inquiétés, parce que sans parler de handicap mental, elle avait quand même du retard sur les autres enfants, elle était un peu trop dans son monde quoi. Lunatique, s'il fallait absolument placer un adjectif dessus. Pour l'instant, elle dormait. Mon frère avait seize ans, ma sœur en avait dix. Malgré notre relativement importante différence d'âge, c'était sûrement avec elle que je m'étais le mieux entendu dans les derniers mois qui avaient précédés ma fuite. Vous me direz, elle n'avait que huit ans. Certes, c'était une gamine, mais elle avait toujours le mot pour me faire sourire, quand bien même je refusais de m'attacher à elle.

« _Vous comptez repartir quand ? Demanda soudain ma mère, me sortant de ma transe. »

Déboussolé, je laissai à Myungsoo le soin de répondre à ma place.

« _Nous voulions reprendre un train ce soir.

_Oh, vous devez rentrer si rapidement que ça ?

_Eh bien…

_Vous n'allez pas repartir aussi vite, restez donc dormir ce soir et vous pourrez repartir plus tranquillement demain dans la journée.

_C'est très gentil à vous. Sungyeol ?

_Hm ?

_Ça te va ? Me demanda-t-il.

_Oh, oui, très bien.

_On fait comme ça alors, lança ma mère, visiblement ravie. »

Elle s'envola alors vers la cuisine, tandis qu'un sourire fleurissait sur les lèvres de mon père. Le reste de la journée se passa dans la continuité paisible de la fin de matinée. La cuisine de ma mère était aussi bonne que celle de Myungsoo – c'était dingue de voir à quel point il me servait de repère dans la vie – et il la complimenta. Je vis bien qu'ils étaient sous son charme et j'en fus intérieurement heureux. Myungsoo était le gendre parfait, même si notre relation n'aurait pas été acceptée partout. Je pense que le fait d'avoir disparu pendant deux ans devait jouer.

Je passai deux heures à jouer avec Sunghee qui essaya de rattraper pendant ce temps tout ce qu'elle n'avait pu me dire avant. C'était assez spectaculaire pourtant de voir qu'elle n'avait aucun mal à me réintégrer dans les mêmes jeux et les mêmes histoires qu'avant. Comme si le temps ne s'était pas écoulé, comme si nous étions toujours le frère et la sœur de huit et vingt ans.

Myungsoo discuta pendant ce temps-là avec mon père, je ne perçus pas bien leur conversation mais ça avait l'air d'être sérieux, probablement un sujet d'actualité car la télévision était allumée sans le son. Nous n'avions toujours pas cet engin à la maison, mais mon amant s'achetait le journal de temps à autre, histoire que l'on soit au courant – tout de même ! – de l'évolution des principaux conflits dans le monde et de la situation globale de notre pays.

Mon amant m'avoua le soir, dans l'intimité de ma chambre d'adolescent, qu'il se sentait soulagé que ça se soit bien passé, et qu'il pensait que ce serait moins éprouvant avec ses parents. Et qu'il m'avait trouvé adorable à jouer avec ma petite sœur. J'avais senti un léger rire dans sa voix et je l'avais chatouillé jusqu'à ce qu'il demande grâce.

La présence de mes parents dans la pièce d'à côté nous avait empêché de faire du bruit et nous nous étions endormis légèrement… frustrés. Je m'éveillai bien avant lui, et j'eus le temps de réfléchir au chemin qu'avait pris notre guérison ces dernières vingt-quatre heures. Un tournant énorme, pour sûr. Je suppose que c'était une des dernières étapes « actives », maintenant il ne nous resterait qu'à voir ses parents et laisser faire le temps. Probablement.

Je trouvais ça étrange d'être allongé dans ce lit qui avait accueilli tant de crises, tant de larmes et tant de cris. Dans cette chambre qui avait été le théâtre de mon repli intérieur, et de la résistance de mon corps à la volonté de ma raison. J'avais passé presque deux ans enfermé dans cette pièce, n'en sortant qu'occasionnellement. Et désormais, avec le recul, malgré la violence des méthodes utilisées, j'étais certain d'avoir fait le bon choix. La décision prise au lycée ne me semblait pas absurde, après tout je ne l'avais pas prise à la légère. Mais j'avais simplement été trop implacable. Pas assez mesuré.

Myungsoo dormait comme un bienheureux à mes côtés, désirable jusque dans son sommeil. Je le regardai dormir pendant un moment, résistant à l'envie de l'embrasser car ça l'aurait sûrement réveillé. Quand le jour commença à percer derrière les rideaux, je songeai à l'éveiller. Notre train était en fin de matinée, mais ma mère ne nous laisserait pas partir sans avoir mangé et je voulais leur dire au revoir correctement, cette fois.

Mon amant s'éveilla en douceur, sous mes caresses. C'était décidément trop tentant pour que je me retienne encore. J'effleurai ses lèvres des miennes, puis son cou, le haut de son torse, la peau tendre de ses bras et je lui soufflai quelques mots au creux de l'oreille. Avant que j'eus le temps de me relever, il m'entoura de ses bras et me serra avec force contre lui en croassant un « bonjour ma princesse ». Lui aussi avait du mal le matin.

Nous finîmes par nous lever afin de rejoindre mes parents en bas. Le petit déjeuner se passa dans la bonne humeur générale, ma mère dû réprimander Sunghee qui profitait que je sois là pour déposer dans mon assiette tout ce qu'elle n'aimait pas. J'avais retrouvé ma famille, et mon cœur devait apprécier, à en croire l'espèce de boule de chaleur que j'avais dans le ventre depuis que je m'étais levé. Myungsoo souriait de façon naturelle, à l'aise dans cette famille qui devenait en même temps la sienne.

Les adieux furent légers, je jurai à mes parents de revenir dès que possible. L'avenir s'ouvrait à nous, tout était potentiellement possible. Je serrai Sunghee contre moi tandis qu'elle me faisait promettre de revenir jouer avec elle bientôt, et si possible accompagné par « le-grand-garçon-qui-a-des-étoiles dans-les-yeux-quand-il-te-regarde ». Décidément, elle cachait bien son jeu ma petite sœur… Expression qui fit bien sûr rire le concerné quand je lui en parlai dans le train du retour.

J'enlaçai brièvement mes parents et nous reprîmes le chemin de la gare en sens inverse en les saluant de la main jusqu'à être hors de vue. Je dormis pendant les trois quart du trajet, cette fois pas d'étape à mi-parcours, toutefois plusieurs changement de train.

A l'arrivée à Séoul, il faisait déjà noir et nous nous pressâmes de joindre notre appartement. La nuit allait être courte, nous prenions le premier train le lendemain matin pour nous rendre à Incheon, chez ses parents. Je ne dormis pas beaucoup, ayant partiellement récupéré dans le train. Mais Myungsoo s'effondra sitôt qu'il eut touché le lit. Je m'occupai alors de le coucher, puis je défis notre sac avant de le refaire avec des vêtements propres pour repartir. Nous n'avions jamais autant bougé, seuls comme ensemble. Certes, nous avions tous les deux fait le chemin de chez nous à la capitale, mais une seule fois.

Comme le sommeil ne venait toujours pas une heure après notre retour, je décidai de me rendre utile et quittai silencieusement la chambre pour rejoindre le salon où je triai des cartons pendant au moins deux bonnes heures. Sentant avec ravissement ma fatigue me rattraper, je me rendis directement dans la chambre et rejoignit mon amant dans les bras de Morphée.

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J'étais pourtant plus frais que lui au réveil, bien que je ne jugeai pas utile de lui dire que j'avais préféré ranger plutôt que de me reposer. Il le verrait sans que je le lui dise, de toute façon, et il n'aimait pas ça. Disons que ça rappelait une mauvaise période.

Le soleil n'était pas encore levé, et ce fut un peu la course pour arriver à la gare à l'heure. Nous eûmes pourtant le train et Myungsoo termina sa nuit affalé dans son siège, sa tête sur mes cuisses, sous les yeux curieux de deux jeunes filles en face de nous. Je leur adressai un regard dénué d'émotion et me contentai d'observer le paysage. Le voyage fut bien moins long que pour descendre à Busan, à mon grand soulagement. Mine de rien, c'était assez fatiguant.

Le soleil commençait à se lever à notre arrivée, le ciel était aussi bleu qu'un matin d'été au contraire de ces derniers où le temps avait été plutôt pluvieux. Ne connaissant pas du tout les lieux, je laissai Myungsoo gérer. Il prit le sac dans une main et la mienne dans l'autre avant de nous emmener vers je ne savais où. Nous marchions sur la route depuis une grosse demi-heure quand il daigna enfin m'expliquer le but de notre visite.

Ses parents ne seraient pas levés avant un moment, contrairement aux miens qui étaient très matinaux, alors il valait mieux aller faire un tour en attendant.

«_Mes parents n'habitent plus très loin de la plage maintenant. Autant en profiter. »

Je lui lançai un regard surpris auquel il répondit par un sourire de gosse. Trop mignon. Je le suivis alors sans rechigner, content, même si je ne le montrais pas, de notre destination. Et effectivement, le paysage ne manquait pas de charme. J'avais toujours préféré les plages en hiver, voir automne, mais jamais en pleine saison. Trop de monde évidemment. Sauf que là, le vent soufflait en rafale, le soleil brillait franchement dans le ciel clair, le sable humide scintillait sous nos yeux…

Et ce puissant goût de liberté qu'avait l'air ! Jamais pareille émotion ne m'avait saisi à la vue d'un paysage. J'entendis à peine le sac tomber au sol. Je sentis simplement Myungsoo m'enserrer par derrière et poser sa tête dans mon cou. Je contemplai la ligne d'horizon, le cœur débordant de sentiments. Ma tête était un véritable fouillis, toutefois je commençai à être habitué. Il me suffisait de suivre mon instinct, maintenant. Je me retournai en douceur, et crochetai le cou de mon amant avec mes bras avant de le regarder dans les yeux.

« _Tu sais Myungsoo, il y a une chose dont je suis sûr aujourd'hui. »

Il m'observa sans parler, les pupilles brillantes. J'approchai ma bouche de son oreille, pour lui souffler quelque chose.

« _Je t'aime, murmurai-je. »

Ces mots étaient si intimes que je ne pouvais les déclamer à haute voix, de peur qu'ils soient emportés par le vent et perdent de leur valeur. Myungsoo me serra alors tellement fort que je perdis l'équilibre, l'entraînant dans ma chute. Nous atterrîmes tous les deux sur le sable froid, unis comme jamais, un lien d'amour indéfectible tissé entre nous.

« _Je t'aime aussi Sungyeol, de toute la force de mon cœur. »

J'écartai ses mèches noires pour scruter ses yeux et y vit toutes les promesses d'un avenir radieux, tout comme le soleil qui brillait et la chaleur qui m'envahissait depuis qu'il était entré dans ma vie. Oui, je l'aimais. Certes, nous avions vraiment tout fait dans le mauvais sens, mais c'était notre histoire, notre vie, et notre amour. Unique, douloureux parfois, mais surtout, intensément fort. Alors, quelle importance ?

Fin.

[12.07.2014]


J'ose espérer que vous avez apprécié ce dernier chapitre, mais je pense que si vous êtes encore là c'est que ma fiction et mes personnages vous ont plu un minimum. x) Je remercie encore KL, pour m'avoir donné son avis à chaque chapitre. Tu as eu eu bien du courage!

Cette fiction a été un travail de longue haleine, car je l'ai commencé en décembre 2013. C'est la toute première fois que j'écris autant, autrement que pour le NaNoWriMo. J'ai cru devenir folle un bon nombre de fois, surtout que je décrivais les problèmes de Sungyeol, son moral se confondant dangereusement avec le mien. 'Enfin, à la base, j'ai commencé à écrire pour extérioriser mon propre mal-être. Mais passons. Je n'avais jamais non plus détaillé autant des comportements. Et ça c'est s'est révélé intéressant, je crois que je suis fière de ce que j'ai écris.

D'autant plus qu'à la base l'idée n'était pas de moi. Mais il faut croire que ça tombait bien. Et l'angst ça commence à devenir mon domaine. La guimauve, ça va bien cinq minutes. Je voulais faire une fiction réaliste, je pense que j'ai réussi, mais ça, c'est à vous de me le dire!
Si vous avez eu le courage de lire tout ce pavé, merci! x)

Je vous dis à bientôt, car je ne compte pas m'arrêter d'écrire sur Infinite! Au plaisir de vous retrouver sur mes autres fictions. ~

Yoi