Bonjour à toutes !

Un grand merci pour vos dernières reviews et autres MP pour le chapitre 35 ou ma fic en général. Avoir vos avis si enthousiastes m'a fait chaud au cœur :)

J'espère que ce chapitre 36 vous rendra tout aussi bavardes et que vous n'hésiterez pas à le commenter ;)

Par ailleurs, sachez que le prochain chapitre sera le dernier avant l'épilogue. J'ai revu et corrigé mon plan plusieurs fois avant d'en arriver à la conclusion que ma fic s'arrêterait au chapitre 38. Cela me fait drôle d'y penser, mais je me console en me disant qu'il y a encore le chapitre 37 à vous présenter avant le grand final ! ^^

Sur ce, je vous laisse à la lecture de ce chapitre 36. J'espère qu'il vous plaira et que je ne tarderai pas trop à vous poster le chapitre 37 !

Bonne lecture et pensez aux reviews ! ;)

A bientôt

Justine

Note de lecture :

(1) La berceuse que j'ai choisi est "Lavender's blue dilly dilly" que l'on peut entendre dans le film Cendrillon de Kenneth Branagh. J'ai eu un véritable coup de cœur pour ce film et surtout pour sa musique (en même temps, peut-on être déçu par une BO de Patrick Doyle ?), alors j'avais envie d'en faire un clin d'œil ici ;)


Chapitre 36

A cœurs ouverts


En cet après-midi ensoleillé, Nicholas Thornton foula les marches du perron de Delaford d'un pas hésitant. La veille, il avait appris par un express envoyé par Margaret que Mrs. Brandon était en train de mettre son enfant au monde. Ne sachant si tout s'était bien passé, il arrivait à Delaford avec une pointe d'appréhension, craignant une mauvaise nouvelle qui viendrait rompre le bonheur dans lequel il se trouvait depuis plusieurs semaines.

En effet, il était désormais fiancé à la jeune fille la plus surprenante qu'il ait jamais connu et qu'il ait jamais aimé, son entreprise prenait de l'essor et il avait l'objectif de déléguer une partie de son travail à son bras droit et ami, le fils de la fille cadette de Nicholas Higgins, ami défunt de la famille. En acceptant de vivre dans le Devonshire, Thornton était conscient qu'il serait obligé de diriger son usine à distance et que cela lui occasionnerait des déplacements réguliers, mais il ne s'en plaignait pas et n'y voyait aucun inconvénient depuis que Margaret lui avait assuré qu'elle l'accompagnerait volontiers et verrait les Thornton plus souvent de cette façon. Cerise sur le gâteau, Orchideus Park était désormais à lui et il se languissait d'en prendre possession avec sa future femme.

Ainsi, tout réussissait à Nicholas Thornton et une partie de lui se mit à craindre que tout ce bonheur ne soit que de courte durée car il semblait de trop pour un seul homme. Ces doutes furent rapidement dissipés lorsqu'il fut reçu par Mr. Carlton. Tout sourire, ce dernier le fit entrer dans le manoir en lui annonçant qu'il allait prévenir Miss Dashwood de son arrivée. Il n'avait pas tourné les talons que déjà Margaret se précipitait vers eux, rayonnante.

« Miss Dashwood, salua Thornton en souriant.

- Mr. Thornton... Comme je suis heureuse de vous revoir ! J'ai tant de choses à vous annoncer ! s'exclama Margaret.

- Je...

- Mais je suis très impolie ! Votre voyage n'a pas été trop pénible ? continua Margaret plus sérieusement avec un air qui fit éclater de rire Thornton. Pourquoi riez-vous ? demanda-t-elle en s'arrêtant.

- Vos tentatives pour masquer votre joie si vive et la manière avec laquelle vous vous rendez compte que cela vous fait négliger la bienséance m'amuse, répondit Thornton d'un air malicieux.

- Et se moquer de sa fiancée n'est-il pas contraire à la bienséance ? répliqua Margaret d'un ton faussement accusateur.

- Il y aura litige sur cette question, je le crains, répondit Thornton en hochant la tête, l'air grave. Je dis être amusé par votre spontanéité et vous croyez que je me moque... Que faut-il faire pour obtenir gain de cause ?

- Me dire simplement que vous êtes aussi heureux de me voir que je ne le suis de vous voir..., répondit Margaret en rosissant légèrement de son audace.

- Vous dire que je compte les heures qui me séparent de vous chaque fois que vous êtes loin de moi est une réponse suffisante ? demanda Thornton en souriant.

- Absolument... » répondit Margaret après avoir fait mine de réfléchir.

Tout en introduisant son fiancé dans le salon, la jeune fille lui apprit l'heureuse nouvelle de la naissance des jumeaux. Thornton fut sincèrement ravi pour les Brandon que tout se soit bien déroulé et que la santé de la mère et des enfants soit excellente. Margaret lui expliqua l'ambiance qui avait régné au manoir toute la journée de la veille.

« J'ai eu l'impression que les barrières sociales entre nous et les domestiques étaient levées le temps d'avoir des nouvelles de Marianne. Mrs. Dorothy et moi avons fondu en larmes lorsque nous avons appris la naissance des jumeaux et l'excellente santé de Marianne. Même Mr. Carlton avait les larmes aux yeux, c'était touchant...

- J'imagine. Avez-vous vu votre neveu et votre nièce ?

- Non ! Nous devrions les rencontrer tout à l'heure. Marianne était épuisée, la pauvre... Il est juste qu'elle se remette avant qu'on ne l'accapare.

- En effet... Et... Enfin, j'imagine que... Tout cela vous a-t-il effrayé ? demanda Thornton d'un air anxieux.

- Quoi donc ?

- L'accouchement de votre sœur... Le fait d'enfanter... Est-ce une chose qui vous effraie ?

- Je... Oui... Enfin..., balbutia Margaret en se sentant rougir.

- Ma question vous met dans l'embarras, je suis désolé, s'excusa Thornton, aussi mal à l'aise.

- Non, c'est juste que... Nous ne sommes pas encore mariés et... il me semble que nous aurons tout le temps pour songer à cela, n'est-ce pas ? demanda Margaret, gênée.

- Bien sûr ! » s'empressa de répondre Thornton.

Margaret se sentit soudain mal à l'aise par cet échange, car si elle voulait avoir des enfants, elle espérait ne pas en avoir dans l'immédiat, préférant profiter encore un peu des opportunités qui s'offraient à elle tant qu'elle n'avait pas d'enfant à charge. Elle avait cru que Thornton était du même avis qu'elle, même s'ils n'en avaient jamais parlé. A présent, elle se rendait compte qu'au-delà de l'amour qu'ils se portaient et de leurs points communs, il leur faudrait connaître leurs avis respectifs sur certains aspects de leur avenir auxquels ils n'avaient pas songé.

Thornton partageait les pensées de la jeune fille, se maudissant d'avoir abordé le chapitre des enfants alors que, comme le lui avait si justement fait remarquer Margaret, ils n'étaient pas encore mariés. Il aurait aimé mettre un terme au silence pesant qui s'était établi entre eux lorsqu'ils furent chaleureusement accueillis par les Ferrars, Mrs. Dashwood, les Crawford et les Whitaker. Tous lui demandèrent de ses nouvelles et partagèrent avec lui leur joie apportée par la naissance des jumeaux.

Au milieu de tout cet enthousiasme, seule Elinor remarqua que Margaret n'était pas aussi joyeuse qu'elle le montrait. Craignant qu'il y ait eu querelle entre elle et son fiancé, elle espéra pouvoir parler avec sa jeune sœur afin de lui apporter son aide. Ce fut à ce moment-là que Mrs. Dorothy vint les trouver pour leur annoncer que ses maîtres étaient prêts et qu'ils pouvaient monter pour rencontrer les nouveaux-nés.

« Ma présence n'importunera-t-elle pas les Brandon ? s'enquit Thornton.

- Voyons, Mr. Thornton ! Vous faites partie de la famille ! » lui rappela Mrs. Dashwood avec un sourire aimable.

Thornton la remercia et croisa le regard de Margaret, qui lui fit un timide sourire. Rassuré par ce signe encourageant, il lui rendit son sourire, espérant apaiser la légère tension provoquée par leur dernier échange.


Marianne avait passé une nuit agitée, se réveillant deux à trois fois pour nourrir ses enfants, aidée par la nourrice, Mrs. Welsh. Elle avait compris que toute merveilleuse que soit l'expérience de l'allaitement, elle avait aussi ses inconvénients. Fort heureusement, Mrs. Welsh, qui avait déjà eu des jumeaux avant son dernier enfant, put donner à Marianne de nombreux conseils et encouragements pour ne pas qu'elle désespère et se sente incapable de faire face à ses nouvelles responsabilités.

Marianne avait écouté ses conseils avec reconnaissance, bien que d'une oreille, épuisée qu'elle était par les efforts qu'elle avait fourni tout au long de la journée écoulée. Néanmoins, nulle fatigue ne faisait le poids face au bonheur qu'elle ressentait de revoir ses enfants et de les prendre contre elle. Marianne eut également la surprise de voir apparaître Brandon dans la nursery, au beau milieu de la nuit malgré son air ensommeillé.

« Mais pourquoi t'es-tu réveillé ? Tu es encore endormi..., lui avait demandé Marianne en secouant la tête d'un air attendri.

- Je voulais te soutenir... et voir comment se portait nos deux merveilles, avait répondu Brandon, l'air soudain plus éveillé en posant le regard sur ses enfants.

- Mais si nous tombons de fatigue tous les deux, nous aurons bien des difficultés à recevoir notre famille demain, avait fait remarquer Marianne.

- Non, nous y arriverons. Et puis, pense que je dormais encore lorsque tu t'es levée pour les enfants, l'avait rassuré Brandon. Je prendrai le relais...

- Je doute que tu puisses leur donner ce qu'ils réclament ! » avait rétorqué Marianne en riant.

Ils ne surent si ce qui se passa ensuite était à mettre sur le compte de leur fatigue, mais la réplique de Marianne les firent tous les deux rire pendant quelques minutes sans pouvoir se reprendre, leur hilarité étant accentuée par le fait que Marianne se retenait comme elle le pouvait afin de ne pas réveiller ses enfants blottis dans ses bras.

« Sors d'ici avant de réveiller nos enfants ! avait-elle ordonné à voix basse, l'air amusé.

- A la seule condition que tu acceptes de laisser Mrs. Welsh s'occuper du prochain repas des jumeaux, avait rétorqué Brandon. Tu es épuisée, Marianne...

- Je le promets ! » avait abdiqué Marianne.

C'est ainsi que la jeune mère ne put réprimer quelques grognements mécontents en sentant les doigts de Brandon courir sur ses bras et sa nuque en cette matinée bien avancée où ses enfants allaient faire connaissance avec leur famille.

« Il est temps de se réveiller, ma belle endormie..., lui murmura Brandon.

- Quelle heure est-il ?

- Onze heures.

- Oh... N'est-ce pas encore tôt ? demanda Marianne d'une voix plaintive.

- Si tu es encore fatiguée, nous pouvons remettre les présentations à plus tard.

- Tu es gentil, sourit Marianne en caressant la joue de Brandon, penché vers elle.

- Mrs. Dorothy m'a demandé de te dire qu'elle n'y verrait pas d'objection non plus..., ajouta Brandon.

- Vraiment ? demanda Marianne, amusée.

- Elle était si émue hier... et si fière ! Je sais qu'elle a revécu le jour où ma mère m'a mise au monde et elle t'aime presque autant que moi alors elle veut que tu prennes soin de ta santé, expliqua Brandon.

- Presque autant ? répéta Marianne en riant.

- Tu ne m'aurais pas cru si j'avais omis le "presque", répliqua Brandon en souriant.

- Non, en effet, et c'est tout naturel que son affection pour toi soit plus vive ! répondit Marianne d'un air taquin. Non, je vais me montrer raisonnable et me lever. Et puis, il me tarde de revoir nos enfants !

- Je reconnais bien là ma femme ! » répondit Brandon en l'embrassant avec fierté.

Ils se séparèrent le temps que Marianne se fasse habiller d'une robe blanche simple et délicate avant de se faire apporter son repas au lit. Elle avait l'air épuisé, mais si elle avait eu un miroir sous les yeux pour s'admirer lorsque Brandon entra dans la chambre en portant leurs deux enfants, elle aurait pu voir que son sourire et ses yeux brillants de joie effaçaient toute trace d'épuisement.

« Bonjour mes trésors ! s'exclama Marianne en tendant les bras vers Julietta et Arthur. Votre père m'a devancé..., ajouta-t-elle en regardant Brandon d'un air amusé.

- Je me doutais que tu te précipiterais dans la nursery dès que tu aurais fini, donc je suis venu à toi, répondit Brandon en souriant.

- Je crois au contraire que tu étais aussi désireux de revoir nos enfants que moi ! répliqua Marianne en riant tout en prenant Julietta dans ses bras.

- Nier serait un mensonge, avoua Brandon en redressant Arthur avant de lui baiser le front.

- Et ce serait déjà un très mauvais exemple pour nos enfants, ajouta Marianne d'un ton taquin tout en couvrant sa fille de baisers.

- Es-tu prête ? demanda alors Brandon en regardant Marianne avec tendresse.

- Oui. Présentons nos enfants à leur famille ! » acquiesça Marianne en pressant la main de son mari.

Ils entendirent le bourdonnement des voix de leurs proches à travers la porte de leur chambre et virent Mrs Dorothy les précéder. Marianne se sentit très émue en voyant ses proches debout, bouche bée en voyant les nouveaux venus de la famille Brandon.

Elle présenta ses enfants d'une voix vibrante de tendresse et de joie, remarquant combien l'apparition des jumeaux avait bouleversé Margaret, Beth et Mrs. Whitaker, très émues. Mrs. Dashwood et Elinor ayant déjà eu l'occasion de voir les enfants, elles s'attardèrent davantage sur l'état de Marianne qui put les rassurer en leur affirmant que toute fatigue s'envolait dès lors que ses enfants étaient auprès d'elle. Edward, Mr. Crawford et Thornton furent eux aussi plus émus qu'ils ne l'auraient avoué en rencontrant les nouveaux-nés, ce qui fit sourire Marianne.

« Oh... Christopher... Ils sont magnifiques..., murmura Mrs. Whitaker en observant son neveu et sa nièce avec attention. Toutes mes félicitations à vous deux.

- Merci Anna, répondit Brandon en embrassant sa sœur sur la joue.

- Je me joins à mon épouse pour vous féliciter vous et Mrs. Brandon, ajouta Mr. Whitaker.

- Merci, Charles. Anna, veux-tu faire plus ample connaissance avec eux ?

- Bien sûr, oui ! »

Brandon déposa soigneusement le petit Arthur dans les bras de sa tante qui le couvait du regard. Margaret semblait au bord des larmes lorsqu'elle eut elle aussi droit à porter sa nièce dans ses bras. Elle était toujours aussi émue lorsqu'elle faisait connaissance avec ses neveux et nièces, mais à cet instant, elle n'aurait su dire si cela était du à la discussion qu'elle avait eu avec Thornton quelques minutes auparavant qu'elle se prit à rêver que c'était son propre enfant qu'elle tenait dans ses bras. Cette idée lui arracha un sourire interloqué, puis se sentant observée, la jeune fille releva la tête et croisa le regard de Thornton. Ce dernier la fixait avec tendresse. Margaret lui sourit et alla vers lui.

« Vous serez officiellement son oncle dans quelques jours. Voulez-vous la porter? lui proposa-t-elle.

- Oh... Puis-je ? demanda-t-il en se tournant vers Marianne.

- Bien sûr ! » l'encouragea cette dernière, ravie.

Thornton tendit alors les bras vers la petite, qui venait de darder sur lui ses grands yeux. Margaret la lui donna avec précaution.

« Je n'ai jamais porté d'enfant aussi petit, chuchota Thornton avec anxiété. Je ne sais pas comment... J'ai peur de...

- Tout va bien se passer, je suis près de vous... » le rassura Margaret.

Thornton se laissa convaincre et berça doucement la petite Julietta qui gardait les yeux ouverts, regardant les visages penchés sur elle.

« Que ressentez-vous ? demanda Margaret.

- C'est très agréable..., répondit Thornton, visiblement ému, ne lâchant pas du regard sa nièce.

- Je vous l'avais bien dit... »

Thornton leva alors les yeux vers la jeune fille et la vit sourire.

« Je suis désolé, j'ai été un idiot tout à l'heure, s'excusa-t-il. Vous aviez raison, il est bien trop tôt pour penser à parler d'enfants...

- J'avais peut-être raison, mais c'est une question naturelle... et je suis touchée que vous me l'ayez posé. Pardonnez-moi d'avoir réagi avec autant de pudeur alors que je souhaite avoir des enfants un jour... Et lorsque je vous vois avec Julietta dans les bras, j'y pense de plus en plus avec plaisir. C'est juste que...

- Il y a un temps pour tout, acheva Thornton en souriant.

- Oui..., acquiesça Margaret.

- Je suis d'accord. Je persiste à dire que j'ai parlé comme un sot car mes propos auraient pu donner l'impression que j'attendais impérativement un enfant et ce de façon pressante, alors qu'ils avaient simplement pour but de savoir si la maternité vous angoissait ou vous attirait...

- Vous êtes déterminé à vouloir me faire des excuses malgré mon assurance que vous ne m'avez pas heurté ! rit Margaret. Je vous pardonne, bien évidemment.

- Merci... » répondit Thornton avec un sourire.

De son lit, Marianne observait discrètement les futurs mariés, un sourire ému au coin des lèvres.

« On dirait que les choses s'arrangent entre eux..., chuchota Elinor en s'installant auprès d'elle.

- Ils étaient fâchés ? s'enquit Marianne.

- Je ne saurais l'affirmer, mais lorsque nous les avons rejoints tout à l'heure, je les ai sentis mal à l'aise... Néanmoins, cela n'a guère duré !

- C'est une chance ! Margaret a mûri, ne trouves-tu pas ?

- Assurément.

- Je pense aussi qu'après toutes les histoires qui les ont séparés elle et Mr. Thornton, ils doivent mettre de l'eau dans leur vin lorsqu'ils manquent de se quereller. » ajouta Mrs. Dashwood, qui avait entendu la conversation.

Ses filles la regardèrent, amusées, puis portèrent leur attention sur Edward qui tenait Arthur dans ses bras et conversait avec Brandon et les Whitaker.

« Cher Edward... Il a l'air fier de porter son neveu ! fit remarquer Marianne.

- Tu n'as pas idée ! » rit Elinor.

Puis elle et sa mère se levèrent et allèrent auprès d'Edward, bientôt rejointes par Margaret et Thornton. Brandon revint auprès de Marianne, glissa sa main dans la sienne et lui sourit. Cette dernière lui répondit avec un hochement de tête, l'air radieux.

« Nous profitons du fait que vous soyez tous ici, car nous aimerions vous annoncer quelque chose..., déclara Marianne.

- Nous sommes tout ouïe, répondit Mrs. Whitaker sans quitter les jumeaux des yeux.

- Avant tout, nous souhaitons vous remercier pour votre présence ici. Cela nous touche beaucoup et nous tenons à vous dire que vous aurez toujours un rôle très important auprès de nos enfants. Que vous soyez leur grand-mère, leurs oncles, tantes, cousines et cousin, ajouta Brandon en souriant à l'attention de Susan et de Beth.

- Ainsi, Christopher et moi avons décidé que Edward serait le parrain de nos enfants et Margaret leur marraine. » annonça Marianne.

Cette nouvelle fut accueillie avec enthousiasme, et un cri de surprise de la part de Margaret. Elle avait cru que seule Elinor serait la marraine. Bouleversée, elle fondit en larmes, cachant son visage dans ses mains, tandis que Thornton la regardait avec attendrissement.

Marianne avait discuté de ce choix avec Elinor et du dilemme qu'elle ressentait à l'idée de ne pas choisir l'une de ses sœurs, surtout à présent que Margaret allait se marier et avoir une meilleure situation que celle qu'elle avait jusqu'à présent. Avec sa sagesse habituelle, Elinor lui avait conseillé de partager, faisant d'Edward le parrain des enfants, lui conférant alors le rôle de marraine par alliance, et de donner à Margaret celui de marraine officielle. Marianne avait approuvé cette alternative, et en avait fait part à Brandon qui avait accepté sans hésiter.

Après avoir reçu les remerciements enthousiastes et émus de son beau-frère, Marianne vit Margaret se jeter dans ses bras.

« Merci ! Oh merci, Marianne ! Merci Colonel ! s'exclama-t-elle.

- J'imagine que votre nouveau rôle vous plaît, Margaret ? demanda Brandon en souriant.

- Oh oui ! Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir ! »

Brandon laissa Margaret exprimer toute sa joie à Marianne et alla vers sa propre sœur, Anna, qui avait félicité les heureux élus mais gardait un air déçu malgré tout.

« Je suis désolé, Anna...

- Ne t'excuse pas Christopher, tu n'as pas à t'en vouloir, ni Marianne, d'ailleurs, le rassura Mrs. Whitaker. S'il y a une personne à qui j'en veux, c'est bien à moi. Si j'avais été une meilleure sœur avec toi, j'aurais peut-être été choisie, mais après des années de relation tumultueuse, que pouvais-je espérer d'autre ?

- L'essentiel est que nos rapports soient au beau fixe désormais, lui rappela Brandon. Et comme je l'ai dit, le fait que tu ne sois pas leur marraine n'enlève rien au fait que tu sois leur tante et je ne doute pas de l'affection que tu porteras à mes enfants à présent que nos relations sont redevenues... plus fraternelles.

- Bien évidemment ! Ma seule peur est d'être de ces femmes en perpétuelle admiration pour leurs neveux et nièces ! s'exclama Mrs. Whitaker d'un ton faussement affecté.

- J'ai comme dans l'idée que cela ne t'effraie pas autant que tu le dis, répliqua Brandon d'un air amusé.

- Ah ! Je vois que vous avez l'air de plaisanter ici, les interrompit alors Marianne. Vous n'êtes pas trop déçue, Anna ? demanda-t-elle à sa belle-sœur d'un air anxieux.

- Non, rassurez-vous, Marianne ! Christopher m'en a déjà parlé et je l'ai tranquillisé sur ce point. Je reste leur tante et je compte bien les gâter, ces deux trésors ! Encore toutes mes félicitations, ajouta-t-elle en embrassant Marianne.

- Merci, chère Anna ! » s'exclama Marianne, les larmes aux yeux devant la réaction de sa belle-sœur.

Brandon aperçut alors Beth s'avancer timidement vers lui, Julietta dans les bras et il lui fit signe d'approcher. Souriante, elle obéit et leur réitéra ses félicitations à lui et Marianne.

« Vos enfants sont magnifiques et s'ils vous ressemblent tant par le caractère que par le physique, vous avez de belles années devant vous, leur dit-elle.

- Je n'en jurerai pas ! Du moins, pour Julietta, répliqua Brandon en souriant. Si elle est aussi belle et passionnée que sa mère, elle attirera tous les regards et me fera vieillir avant l'heure !

- Quel horrible avenir en perspective ! rit Marianne.

- En tout cas, Henry et moi sommes très heureux pour vous, continua Beth. Et je suis aussi très touchée d'être considérée comme leur cousine, ajouta-t-elle en coulant vers la petite Julietta un regard empli de tendresse.

- Vous faites partie de la famille, Beth... » répondit simplement Brandon en souriant affectueusement.

La petite réunion familiale ne s'éternisa pas, Marianne commençant à sentir à nouveau la fatigue qu'elle avait réussi à occulter pour voir ses proches. Tout le monde laissa les heureux parents avec leurs enfants et regagna sa demeure respective, exceptées Mrs. Dashwood et Margaret qui étaient invitées à passer quelques jours au presbytère des Ferrars.

Marianne retrouva Mrs. Welsh, qui prit en charge les jumeaux afin de la laisser se reposer un peu. La jeune femme accepta cette aide avec plaisir, épuisée. Elle n'attendit guère longtemps avant de rejoindre les bras de Morphée à défaut de ceux de son mari. En effet, Brandon n'étant pas aussi fatigué que son épouse, il en profita pour régler certaines de ses affaires et se renseigner sur l'aide apportée à Mrs. Wilson et ses enfants. Il demanda à ce qu'un panier de victuailles leur soit envoyé et leur écrivit une courte lettre dans laquelle il leur assurait que de telles marques d'attention leur seraient envoyées tous les mois.

Une heure plus tard, il monta dans la nursery pour y retrouver ses enfants. Les voyant endormis à poings fermés, il s'approcha précautionneusement afin de ne pas les réveiller. Il n'aurait su dire combien de temps il resta là à les admirer, à contempler avec attendrissement la manière dont leur petite poitrine se soulevait, lorsqu'il entendit des pas feutrés s'approcher de lui.

Se retournant, il fit face à une Marianne souriante. Il lui prit la main et l'invita à se blottir contre lui.

« Tu as bien dormi ? lui chuchota Brandon.

- Pas aussi bien que lorsque tu es avec moi, mais oui... J'en avais besoin, répondit Marianne.

- Tu sais qu'après un tel accouchement, il te faut reprendre des forces, expliqua Brandon.

- Ne t'inquiète pas, je vais bien et le docteur Jamison doit revenir dans quelques jours pour m'examiner. Tout va bien...

- Tant mieux, répondit Brandon en baisant le front de Marianne.

- Ne sont-ils pas magnifiques ? demanda la jeune femme avec émotion.

- Si... Mais tu pleures, ma douce ?

- Ne t'inquiète pas, le rassura Marianne en essuyant ses larmes. Je crois que c'est le contre-coup de toutes les émotions de ces derniers jours... Je suis au bord des larmes depuis ce matin. C'est normal, ne t'inquiète pas, ajouta-t-elle précipitamment. Elinor m'avait avoué qu'elle pleurait souvent après la naissance de Susan.

- Mais... ne puis-je faire quelque chose ? demanda Brandon en prenant le visage de Marianne entre ses mains, l'air désolé.

- Je crains que non..., lui sourit Marianne. J'ai bien peur que nous ne soyons tous deux démunis dans ce cas-là.

- Que veux-tu dire ?

- Tu ne te sens pas à la fois heureux et... perdu ? J'aime déjà nos enfants plus que je ne saurais le dire et je regrette de m'être parfois amusée à imaginer tes craintes face au jour où tu amèneras notre fille à l'autel, parce qu'à présent je me sens terriblement inquiète face à ce qui pourrait leur arriver ! J'ai peur de ne pas réussir à les protéger comme je le devrais, à mal les élever...

- Marianne, mon ange, tes inquiétudes sont naturelles et sont celles d'une mère, mais je pense que tu ne devrais pas les laisser prendre de l'ampleur. Nous avons une incroyable responsabilité vis à vis de nos enfants à présent, mais nous sommes prêts à l'assumer, je le sais...

- Et nous ferons des erreurs, je le sais aussi, acheva Marianne. C'est cela qui m'effraie aussi...

- Sais-tu ce qui me rassure à ce sujet ?

- Dis-moi...

- Nos caractères, répondit Brandon en souriant. Nous sommes tellement complémentaires qu'à nous deux nous réussirons bien à limiter les erreurs que nous pourrons commettre envers nos enfants.

- Tu as raison... Quand je pense à la façon dont j'ai été élevée, je constate avec le recul que même si j'ai eu plus d'amour que je ne saurais le dire, j'ai aussi été encouragée dans une voie qui m'a été néfaste sur le moment... même si Elinor me mettait en garde. Pourtant, ce sont mes erreurs qui m'auront permis de grandir et de réussir ma vie aujourd'hui, fit remarquer Marianne.

- Exactement. Et tu dis avoir des doutes sur la manière dont tu vas t'y prendre pour élever nos enfants ? demanda Brandon d'un air rieur.

- Merci mon amour... » répondit Marianne en embrassant son époux.

Brandon la serra contre elle et leurs regards se dirigèrent vers leurs enfants, qui malgré les chuchotements de leurs parents, ne s'étaient pas réveillés, au-delà de toute préoccupation concernant leur avenir.


Deux jours plus tard, le baptême d'Arthur et Julietta Brandon eut lieu, permettant à la famille et aux amis de leurs parents de se réunir dans l'église de Delaford. Le prêtre d'une église voisine avait été invité à officier pour la cérémonie, permettant ainsi à Edward de tenir pleinement son rôle de parrain. Ce dernier était fier et ému aux côtés de Margaret, qui partageait les mêmes sentiments que son beau-frère mais était plus intimidée que fière tandis que tous ses proches les observaient d'un air attendri. Mais les plus comblés restaient Marianne et Brandon, touchés par ce charmant tableau représentant leurs enfants dans les bras de leur oncle et de leur tante.

Quelques jours plus tard, une fois que Marianne put se relever de ses couches, elle et Brandon organisèrent un petit repas à Delaford où tous leurs amis étaient conviés. Outre les Middleton et Mrs. Jennings, certains de leurs amis avaient fait le déplacement, tels les Firth, les Knightley et les Tilney. Les retrouvailles avec ces derniers furent des plus joyeuses puisqu'ils ne s'étaient pas revus depuis Bath et ils purent faire connaissance avec les nouveaux venus dans la famille. Le petit Phillip Tilney était adorable et faisait la fierté de ses parents, qui ne manquèrent pas de féliciter les Brandon pour les jumeaux.

Retrouver tous leurs amis permit à Marianne d'avoir des nouvelles de ceux qui n'avaient pu faire le déplacement. Ainsi elle apprit par Lady Firth que les grossesses d'Elizabeth Darcy et de Jane Bingley se déroulaient bien, mais que leur absence était due à un problème familial.

« J'espère que ce n'est pas trop grave ? s'enquit Marianne.

- Plus choquant que grave, pour être exacte, répondit Lady Firth. Lorsqu'elle m'a chargée de vous transmettre ses amitiés, Elizabeth m'a dit qu'elle vous écrirai une lettre. Mais je ne suis pas sous le sceau du secret, aussi j'imagine que je peux vous en parler...

- Oh non, n'en faites rien, l'arrêta Marianne. Si Mrs. Darcy ne veut pas que je sois tenue informée de cette histoire autrement que par elle-même, respectons cela.

- Vous êtes plus sage que moi, ma parole ! s'exclama Lady Firth en riant. Mais vous avez raison... Aujourd'hui est un jour joyeux et rien ne devrait l'assombrir ! Avez-vous eu des nouvelles de nos amies Lady Hathaway et Mrs. Winslet ?

- Non, pas récemment. Et vous ?

- Anne vit sa grossesse avec quelques difficultés, semblerait-il. Oh rien de grave, mais il lui est pénible de se montrer en société apparemment. Quant à Rose, elle arrive bientôt au terme de sa grossesse.

- Oui, nous n'avions qu'un mois d'écart. J'espère que tout se passera pour le mieux !

- Restons optimistes ! A propos, vous n'ignorez pas que le mariage du Colonel Fitzwilliam a eu lieu ?

- Il est vrai que lui et Miss Gibson devaient se marier ce mois-ci ! se souvint Marianne. Avez-vous été à la cérémonie ?

- Évidemment, très chère ! rit Lady Firth. Je ne rate jamais une réception mondaine lorsque des amis en ont le rôle principal ! C'était drôle de voir cet homme si taquin et enjoué devenir si ému et autant épris de sa belle. C'était un beau mariage. »

De l'autre côté de la table, Sir John félicitait Brandon pour ses beaux enfants tandis que Mrs. Jennings leur prédisait un avenir empli de prétendants, s'amusant du regard inquiet de Brandon à ce sujet. Mr. et Mrs. Knightley discutaient quant à eux avec le parrain et la marraine, accompagnés de Mr. Thornton.

« Mr. Thornton, vous voilà parrain par alliance ! s'exclama Mrs. Knightley d'un air complice. Qu'est-ce que cela vous fait ?

- C'est une grande joie pour moi, répondit l'intéressé. Mais de vous à moi, la position de futur oncle me satisfaisait déjà grandement !

- J'imagine que c'est surtout Margaret et Mr. Ferrars qui sont les plus ravis ?

- Oh oui ! La cérémonie était parfaite qui plus est ! J'ai bien eu de la peine à retenir mes larmes, répondit Margaret avec candeur.

- Fort heureusement, les enfants étaient le centre de l'attention et notre émotion est passée inaperçue, répondit Edward. Il ne me manquait que le rôle d'oncle et de parrain pour me combler de joie !

- Je l'imagine aisément ! C'est une responsabilité, mais aussi un bel honneur, répondit Mrs. Knightley.

- D'ailleurs, en parlant de cérémonie, il me semble qu'une autre approche à pas de géants ? demanda Mr. Knightley en inclinant la tête d'un air entendu.

- En effet. A la fin du mois, répondit Thornton d'une voix ravie.

- Tout est prêt ? s'enquit Mrs. Knightley.

- A peu de choses près, expliqua Margaret. Notre emménagement à Orchideus Park se fera sans difficultés étant donné que les domestiques sont choisis et prêts à prendre du service, et les fournitures et le mobilier sont en train d'être installés.

- Qui vous conduira à l'autel ?

- Moi-même, répondit Edward d'un air fier, faisant sourire Margaret.

- Ah ! J'ai une longueur d'avance sur vous, Mrs. Knightley ! s'exclama Mr. Knightley d'un air taquin. Mr. Ferrars me l'avait déjà dit.

- Vraiment ? Dites-moi donc quel effet cela vous fait d'avoir enfin à m'annoncer quelque chose que j'ignore ? demanda Mrs. Knightley d'un air ironique.

- Si mes souvenirs sont bons, je vous en ai déjà instruit, et ce plusieurs fois, répliqua Mr. Knightley en souriant.

- Quelle mauvaise image de la vie de couple nous donnons à nos amis ! s'exclama Mrs. Knightley.

- Loin de là, rassurez-vous, Mrs. Knightley ! répondit Thornton en riant. Miss Dashwood et moi aimons pratiquer quelques joutes verbales. Cela fait partie de mes passe-temps favoris.

- Vous n'êtes pas rancunier, c'est une bonne chose ! » répliqua malicieusement Margaret, faisant rire ses amis.

De son côté, après avoir joyeusement bavardé avec les Tilney, Marianne les laissa faire plus ample connaissance avec Elinor tandis que les Crawford discutaient avec Mrs. Dashwood et les Whitaker.

Si Mrs. Whitaker avait eu quelques difficultés à digérer le fait que Brandon se soit occupé de la fille d'Eliza à l'époque, à présent elle révisait son jugement et prenait plaisir à connaître la jeune femme. Bien évidemment, elle ignorait que le petit Andrew n'était pas le fruit de son mariage avec Mr. Crawford, Brandon ayant jugé que les révélations n'avaient pas à aller aussi loin.

En observant tout ce monde autour d'elle, Marianne s'attarda un instant sur Beth. Elle semblait préoccupée et Mr. Crawford lui jetait fréquemment des regards inquiets. Désireuse de savoir si tout allait bien, Marianne alla vers eux et demanda si elle pouvait interrompre leur conversation pour parler avec Beth. Avec surprise, elle vit au regard de la jeune femme que rien ne lui aurait déplu davantage, mais Beth accepta. Marianne lui prit le bras avec sollicitude et l'entraîna à l'écart des autres et à l'abri des oreilles indiscrètes.

« Tout va bien, Beth ? Vous avez l'air ailleurs et Mr. Crawford semble s'inquiéter pour vous...

- Je suis désolée de vous avoir donné cette impression, Marianne, répondit Beth d'une voix tremblante. Je ne voulais pas vous alarmer...

- Je l'avais compris en voyant la manière avec laquelle vous vous efforciez de cacher votre trouble, répliqua doucement Marianne. Êtes-vous souffrante ? Si vous avez besoin de vous reposer à cause de votre état, je le... »

Marianne s'arrêta, frappée d'horreur en voyant les yeux de Beth se remplir de larmes. Elle comprit alors que Beth n'était plus enceinte et se sentit envahie par la culpabilité et le chagrin. Elle prit les mains de Beth dans les siennes et les serra avec affection.

« Oh non... Je suis tellement désolée, Beth... Si j'avais su, jamais je...

- Vous n'avez pas à vous en vouloir, Marianne...

- Quand est-ce arrivé ? demanda Marianne avec sollicitude.

- Quelques heures après que nous ayons fait la connaissance des jumeaux, répondit Beth en fondant en larmes. Ce fut si soudain ! Je n'ai pas compris sur le moment et puis lorsque... lorsque je l'ai perdu... j'ai cru que tout s'écroulait autour de moi...

- Ma pauvre Beth ! Pourquoi ne nous avez-vous pas prévenu plus tôt ? demanda Marianne, les larmes aux yeux. Nous aurions pu vous soutenir et...

- Et gâcher cette belle journée ? Vous faire ça à vous et au Colonel ? Jamais ! répliqua Beth en essuyant ses larmes. De plus, vous étiez la seule à être dans la confidence et cela aurait contrarié le Colonel de ne pas me voir ici en ce jour si particulier. Henry ne voulait pas que je vienne, mais quelle excuse aurais-je pu fournir qui aurait été acceptable pour justifier mon absence ?

- Beth... La cérémonie, le repas... tout cela a dû être bien cruel pour vous ! Si vous souhaitez partir, je le comprendrais aisément...

- Mais... et le Colonel ? Il ne doit pas savoir...

- Je sais qu'il ne supporterait pas de savoir que c'est pour le ménager que vous avez souffert, lui assura Marianne. Je ne dirai rien, soyez tranquille. Il faut vous reposer et vous reconstruire, Beth...

- Merci... C'est... J'espérais tellement avoir un autre enfant..., murmura Beth après un instant.

- Vous aurez une autre chance, j'en suis certaine ! répondit Marianne en la serrant dans ses bras. La vie vous accordera un autre enfant... En attendant, il faut que vous preniez soin de vous et si Christopher et moi pouvons faire quoi que ce soit pour vous aider, n'hésitez pas à nous le dire, d'accord ?

- D'accord... Merci Marianne... »

Marianne l'aida à sécher ses larmes et à se composer un visage calme, puis elles allèrent rejoindre Mr. Crawford, qui attendait leur retour avec anxiété. D'un regard, Marianne le rassura. Il vint à elles et posa sur Beth un regard plein de tendresse, ce qui toucha Marianne. Elle savait pertinemment que pour qu'un couple surmonte une telle épreuve il leur fallait se soutenir et continuer à s'aimer. Elle n'avait aucun doute sur l'amour que se portait Beth et Mr. Crawford et fut convaincue qu'ils arriveraient à faire face à ce drame qui les touchait, même si cela devait prendre du temps. Avec discrétion, Marianne annonça le départ de leurs invités à Brandon qui vint les saluer.

« Vous nous quittez déjà ? demanda-t-il avec surprise.

- Oui, Beth est plus fatiguée qu'elle ne veut le faire croire, mais je sais que vous n'aimeriez pas qu'elle néglige sa santé, répondit Crawford.

- En effet. Ma chère Beth, vous savez que nous agissons sans cérémonie, vous auriez du nous le dire plus tôt, dit Brandon en embrassant la jeune femme.

- Merci, Colonel. Je m'en souviendrai... » promit Beth.

Marianne les salua chaleureusement, pressa la main de Mr. Crawford avec sollicitude et embrassa tendrement Beth et le petit Andrew. Les Crawford saluèrent tout le monde puis prirent congé. En les regardant partir, Marianne eut un petit pincement au cœur en songeant à ce que devait ressentir Beth. Avoir perdu son bébé et admirer les nouveaux-nés d'amis chers sans oser leur révéler la vérité pour ne pas les peiner, voilà qui était noble et courageux, mais non dépourvu de douleur. Le cœur lourd, Marianne prévint Brandon qu'elle s'absentait un instant et entra dans le silencieux manoir, laissant les joyeux éclats de voix qui émanaient de l'extérieur perdre de l'ampleur. Elle monta rapidement les escaliers et alla dans la nursery où se trouvaient ses enfants, avec leur gouvernante. Celle-ci se leva en voyant arriver Marianne.

« Y a-t-il un problème, Madame ? demanda-t-elle.

- Non, ne vous inquiétez pas, Mrs. Welsh. Je venais juste voir comment se portaient mes trésors..., répondit Marianne en se penchant au-dessus des berceaux des jumeaux.

- Ils vont bien. Je leur ai donné à manger tout à l'heure et ils se sont vite assoupis, expliqua la nourrice.

- Parfait... »

Marianne laissa ses doigts effleurer tendrement les joues rebondies de sa fille et de son fils et sentit les larmes lui piquer les paupières. Dire qu'elle avait cru les perdre à Londres lorsqu'elle avait fait un malaise ! Elle pouvait comprendre Beth plus qu'elle ne le croyait... Admirant ses enfants avec reconnaissance, elle fit une prière silencieuse pour que les Crawford puissent avoir la même chance qu'elle et Brandon avait eue.

Le reste de la journée se passa sans autre incident, tout le monde profitant du plaisir d'être réunis. Les Whitaker avaient accepté de loger tout le monde avant qu'ils ne reprennent la route le lendemain, laissant ainsi aux Brandon le calme qu'ils étaient en droit d'espérer. Marianne et Brandon remercièrent chaleureusement tous leurs amis pour leur venue et la réception prit fin aux alentours de dix-neuf heures.

Une fois que tout le monde fut parti, Marianne retrouva Jessica. Celle-ci lui avait préparé un bon bain dans lequel Marianne se délassa avant de se vêtir d'une tenue plus confortable et retourna à la nursery où ses enfants étaient éveillés. Julietta pleurait tandis que Arthur commençait à s'agiter. Prenant Julietta dans ses bras, Marianne la berça contre son sein.

« Eh bien, eh bien ! Que t'arrive-t-il, mon ange ? » demanda-t-elle doucement.

Elle lui fredonna la berceuse(1) que lui chantait sa propre mère lorsqu'elle était petite et ne put contenir une petite exclamation de joie en voyant sa fille se calmer. Continuant sur sa lancée, elle fredonna cette fois-ci la berceuse que Brandon avait composé et Julietta cessa de pleurer tout à fait. Marianne la couvrit de baisers, heureuse de cette victoire. Elle entendit des pas approcher et se tourna vers Brandon lorsqu'il entra dans la nursery.

« Christopher, je l'ai bercé et elle a cessé de pleurer ! Je lui ai chanté ta berceuse et elle s'est calmée ! s'exclama-t-elle à voix basse.

- Vraiment ? demanda Brandon, l'air rayonnant.

- Mais oui, regarde comme elle est sage !

- Alors tu aimes déjà les airs de ton papa et la voix de ta maman ? demanda-t-il à Julietta en la prenant dans ses bras avant de l'embrasser avec tendresse.

- Il semblerait ! » rit Marianne en portant Arthur pour le bercer à son tour.

Leurs enfants dans les bras, Marianne et Brandon échangèrent un regard radieux. Elle et lui ne s'étaient jamais trouvé plus séduisants qu'en cet instant où ils étaient parents.


Le lendemain, Marianne eut une surprise en apprenant que sa mère l'attendait dans le petit salon de Delaford. La jeune femme demanda à Jessica de faire monter Mrs. Dashwood dans la nursery afin de ne pas quitter ses enfants et de permettre à leur grand-mère de les voir. Quelques minutes plus tard, Mrs. Dashwood entrait timidement.

« Venez, Maman, l'enjoignit Marianne avec un grand sourire. Je ne vous attendais pas aujourd'hui ! ajouta-t-elle en embrassant sa mère.

- Je te dérange ?

- Pas du tout. Christopher s'est absenté pour prendre des nouvelles de Mrs. Wilson et de sa famille. Il ne l'a pas revu depuis le décès de son mari...

- Ce ne doit pas être une visite très agréable, compatit Mrs. Dashwood en prenant la petite Julietta dans ses bras.

- Loin de là, en effet ! Mais c'est malheureusement nécessaire, répondit Marianne en berçant Arthur.

- Et toi, comment vas-tu ?

- On ne peut mieux ! Le docteur Jamison est venu m'examiner ce matin et il m'a trouvé en excellente santé après un tel accouchement.

- Dieu merci ! Si tu savais comme j'ai eu peur en apprenant que tu allais mettre au monde des jumeaux...

- J'imagine très bien... Sur le moment ce n'était pas des plus agréable, mais lorsque je vois Julietta, je ne pense qu'au bonheur que me procure sa présence dans ma vie en plus de celle d'Arthur ! répondit Marianne en caressant la joue de son fils. Sans oublier Christopher, bien entendu ! ajouta-t-elle en riant.

- Je suis très heureuse pour toi, ma chérie. » répondit Mrs. Dashwood en souriant.

Malgré son sourire, Mrs. Dashwood gardait un air grave qui serra le cœur de Marianne.

« Et vous, comment allez-vous, Mère ? lui demanda-t-elle avec compassion. Vous avez l'air triste...

- Ce n'est rien, mon ange, la rassura Mrs. Dashwood. Quelques souvenirs me reviennent parfois en mémoire ces temps-ci, mais ne t'inquiètes pas, je suis très heureuse de voir mes chères filles aussi épanouies. »

Marianne sentit son cœur se serrer davantage. Son père les avait quitté à cette époque de l'année il y avait près de quatre ans désormais et sa mère devait être accablée de sombres pensées. Marianne se souvint alors d'une discussion qu'elle avait eue avec Mrs. Knightley une semaine auparavant. Marianne s'était promis d'aborder le sujet un jour ou l'autre et il lui sembla que le moment était bien choisi pour le faire.

« Maman... Avez-vous déjà songé à vous remarier ? demanda-t-elle avec prudence, reposant Arthur dans son berceau.

- Oh... Non, répondit Mrs. Dashwood en secouant la tête, déposant Julietta aux côtés de son frère. Ce serait tellement délicat...

- A quel sujet ?

- Vis à vis de toi et tes sœurs, ma fille. Comment pourriez-vous accepter que je refasse ma vie avec un autre homme ?

- Oh maman... Ne vous privez pas d'un bonheur éventuel pour nous ! s'exclama Marianne, désolée. Si vous êtes heureuse, nous le serons aussi...

- Sans parler de vous, ma chérie, je ne me vois pas donner mon cœur à un autre homme et dire adieu définitivement à votre père, répondit Mrs. Dashwood, les larmes aux yeux. Ce serait au-dessus de mes forces et ce ne serait pas honnête pour l'homme qui partagerait ma vie... »

Marianne serra sa mère dans ses bras, émue devant sa peine et l'amour qui l'unissait toujours à son défunt mari malgré la mort. Elle s'en voulut de ne pas avoir été plus clairvoyante à ce sujet et de ne pas avoir abordé la question avec sa mère plus tôt. Si elle était heureuse pour ses filles, Mrs. Dashwood devait sentir d'autant plus cruellement sa solitude à venir à présent que toutes ses filles volaient de leurs propres ailes. Puis, une interrogation traversa l'esprit de Marianne.

« Vous a-t-on déjà fait une proposition de remariage ?

- Oui, répondit Mrs. Dashwood après un instant de réflexion.

- Pourquoi ne nous l'avez-vous pas dit ? Et qui a eu assez d'intelligence et de sensibilité pour vous remarquer ? demanda Marianne, stupéfaite.

- Merci pour ce compliment, ma chérie, répondit Mrs. Dashwood en souriant. Si je n'ai rien dit c'est parce que je me sentais coupable de vous infliger d'autres préoccupations à toi et à tes sœurs en plus de celles que vous aviez déjà à l'époque. Une telle annonce aurait été pour le moins troublante pour vous... Quant à la personne qui m'a demandé en mariage... Promets-moi que tu ne le verras pas d'un œil différent après ces révélations ?

- Je vous le promets, maman, répondit Marianne en prenant la main de sa mère dans la sienne.

- Merci... C'est un homme bon et je m'en voudrais s'il était mal jugé de mes filles...

- Ce ne sera pas le cas. Il a voulu vous épouser malgré votre position et cela montre bien que c'est un homme admirable ! répondit Marianne avec ferveur.

- En effet..., acquiesça Mrs. Dashwood en rosissant. Il s'agit du docteur Clark...

- Le docteur Clark ? demanda Marianne après être restée un instant muette de surprise. Mais... quand ? Comment est-ce arrivé ?

- Quelques semaines après le bal des Middleton, où il est venu soigner Margaret. Il est venu prendre de nos nouvelles régulièrement et nous allons à la même église... Il a été très délicat, il a attendu que Margaret soit remise de ses émotions et qu'elle aille à Londres pour la Saison avant de me faire sa demande. Il s'est montré des plus sincère et conscient que je ne pourrais pas lui donner de réponse hâtive... Néanmoins, je ne me suis pas permise de le faire attendre trop longtemps, par égard pour ses sentiments, expliqua Mrs. Dashwood.

- Trop longtemps ? Vous avez donc hésité ? s'enquit Marianne avec compassion.

- L'espace d'un instant... Pense que je me voyais seule à Barton Cottage après le départ futur de Margaret, car il ne faisait aucun doute dans mon esprit qu'elle ne tarderait pas à se marier... La solitude m'a fait hésiter, alors que je n'avais jamais remarqué cet homme plus qu'un autre malgré ses qualités...

- Et vous ne ferez jamais rien sans amour, ajouta Marianne en souriant avec tendresse.

- Jamais..., reconnut Mrs. Dashwood. Et cela aurait été malhonnête d'aimer... un souvenir alors qu'un homme m'accordait son cœur...

- Je veux néanmoins que vous sachiez que si jamais une autre proposition de ce genre vous arrivait et que vos sentiments soient engagés, n'hésitez pas à cause de nous, déclara Marianne en prenant les mains de sa mère dans les siennes. Tout ce qui nous importe, c'est votre bonheur.

- Je le sais, mon ange et je t'en remercie, répondit Mrs. Dashwood en embrassant sa fille. Fort heureusement, mes filles et leur famille ne sont pas loin de moi et me supportent encore sans dommage !

- Oh ! Maman ! » la réprimanda Marianne en riant.

Le reste de la journée fut plus léger, Mrs. Dashwood acceptant l'invitation de sa fille à rester au manoir quelques heures, bientôt rejointe par Margaret. Les Ferrars avaient jugé bon de ne pas s'ajouter, préférant laisser Marianne se reposer un peu. Les trois femmes causèrent dans le petit salon, faisant quelques allers-retours fréquents à la nursery, incapables de se passer trop longtemps des jumeaux.

Brandon rentra pour le repas, l'air grave qu'il affichait avant de rejoindre sa famille cédant place à un sourire rayonnant lorsqu'il vit sa femme, sa belle-mère et sa belle-sœur en grande conversation, ses enfants dans les bras.

Après avoir salué Mrs. Dashwood et Margaret, Brandon offrit un tendre regard à Marianne avant de porter son attention sur ses enfants.

« Nous allions justement les mettre au lit, déclara Marianne.

- Je vais me changer pour le repas et m'en chargerai moi-même, proposa Brandon.

- Pauvre Mrs. Welsh ! rit Marianne. Elle doit se sentir bien inutile avec nous deux ! Sans parler de Mrs. Dorothy qui lui rend la vie impossible en l'abreuvant de recommandations !

- Pas du tout, elle est très utile, répliqua Brandon en souriant à son fils. Il serait malvenu de notre part de lui donner plus de travail que nécessaire...

- Nous sommes bien d'accord, mais j'admire la manière avec laquelle vous faites preuve de mauvaise foi, mon cher ! »

Margaret observait ce petit échange entre sa sœur et son beau-frère en souriant. Elle se voyait déjà vivre de tels moments avec Mr. Thornton, le taquiner comme elle avait l'habitude de le faire, parler de tout et de rien, mais aussi de choses plus sérieuses... Le jour de son mariage approchait à grands pas et elle avait hâte de devenir Mrs. Margaret Thornton deuxième du nom, la première place étant prise par sa belle-mère.

« Est-ce que les Thornton arrivent bientôt ? demanda Marianne alors qu'ils prenaient tous le repas.

- Oui, ils arrivent dans une semaine. Ils logeront chez les Middleton avec leur fils, répondit Marianne.

- Nous pourrons faire connaissance avec eux avant le mariage, c'est une bonne nouvelle ! s'enthousiasma Marianne.

- En effet, approuva Brandon en souriant.

- Ils sont tellement gentils, vous verrez ! s'exclama Margaret avec emphase.

- Sir John a parlé de son intention de tous nous inviter à Barton Park avant le mariage pour terminer les derniers préparatifs et ainsi faire plus ample connaissance avec les Thornton. Il vous enverra une invitation. » expliqua Mrs. Dashwood.

Marianne eut soudain l'air troublé et regarda tour à tour sa mère et Brandon.

« C'est très gentil, mais... Barton est assez loin de Delaford et je ne pense pas que laisser les enfants seuls aussi longtemps...

- Marianne, je ne pense pas que les Middleton aient dans l'idée de nous inviter seulement pour une journée, l'apaisa Brandon.

- Bien sûr que non ! Ils vous invitent pour quelques jours, cela va de soi, la rassura Mrs. Dashwood.

- Connaissant le tempérament de Lady Middleton vis à vis de ses enfants, je doute fort qu'elle fasse subir une telle chose à une mère, ajouta Margaret d'un solennel qui fit rire tout le monde.

- Vous avez raison, ma réaction était un peu excessive, reconnut Marianne d'un air d'excuse.

- Pas du tout, ma douce, la rassura Brandon en lui caressant la main.

- Tu es une mère et tu réagis en tant que telle, voilà tout. » ajouta Mrs. Dashwood.

La discussion put continuer de manière plus apaisée et Marianne en profita pour prendre des nouvelles de Barbara auprès de Margaret.

« Elle est très heureuse avec son mari ! Le cottage non loin d'Orchideus Park leur plaît beaucoup et ils ont commencé à visiter la demeure avec les autres membres du personnel. Mr. Thornton a tout orchestré d'une main de maître pour que nous ayons un personnel des plus qualifiés et des plus agréables.

- Barbara sera-t-elle à ton mariage ?

- Elle a demandé aux Middleton de venir aider leurs domestiques avec Alfred, expliqua Margaret en souriant.

- J'en suis très heureux pour vous, déclara Brandon. J'imagine qu'avoir votre amie à vos côtés pour ce grand jour était important à vos yeux...

- Oui, beaucoup. Je n'aurais pas cru la chose possible, mais Barbara a eu une excellente idée ! »

Une heure plus tard, Mrs. Dashwood et sa fille prenaient congé, ravies de cette journée. Leurs enfants dormant à poings fermés, Marianne et Brandon en profitèrent pour aller dans le salon où Brandon prit un livre et écouta Marianne jouer quelques airs au piano. Puis la jeune femme se souvint de la raison pour laquelle Brandon s'était absenté dans la matinée et s'arrêta brutalement de jouer. Les fausses notes que cela entraîna poussèrent Brandon à relever la tête et à regarder Marianne avec attention.

« Quelque chose ne va pas, ma douce ? demanda-t-il avec inquiétude.

- Pardonne-moi. Non, tout va bien... C'est juste que je ne t'ai pas demandé comment cela s'était passé avec Mrs. Wilson et ses enfants, expliqua Marianne d'un air grave. J'imagine que cela a dû être éprouvant... »

Brandon posa son livre et vint rejoindre Marianne sur le siège qu'elle occupait devant le piano. Lui prenant la main, il la porta à ses lèvres avant de la garder contre son cœur.

« Oui, cela n'a pas été facile... Fort heureusement, Mrs. Wilson a un courage exemplaire et des enfants qui en ont tout autant. Je me suis assuré qu'ils ne manquaient de rien et leur aient renouvelé ma promesse de veiller à ce que les enfants trouvent de bonnes places pour travailler et de pourvoir à leurs besoins, expliqua Brandon.

- Tu es vraiment un excellent maître, Christopher..., déclara sincèrement Marianne.

- Je considère cela comme naturel... Après tout, cela est ma... »

Brandon se tut et Marianne le regarda avec gravité.

« Je t'interdis de croire que ce qui est arrivé est de ta faute, Christopher, dit-elle d'un ton déterminé. C'est un malheureux concours de circonstances...

- Je le sais, pardonne-moi. Je m'étais déjà persuadé que je n'étais pas responsable et Mrs. Wilson me l'avait assuré à son tour... mais le fait de la voir, elle et ses enfants dans une telle affliction...

- Tes convictions ont été balayées par la peine que tu ressens pour eux, mais moi je te l'affirme : ce n'est pas ta faute, mon amour, répondit Marianne en caressant le visage de Brandon. Et rien ne me ferait plus plaisir que de te voir le croire... Tout le monde te diras la même chose, Christopher. Alors, je t'en prie, aide Mrs. Wilson et ses enfants autant que tu le peux, mais efface cette culpabilité infondée, me le promets-tu ? »

Brandon la regarda, à la fois triste et apaisé et hocha la tête.

« Tu sais que je ne peux rien te refuser...

- Je l'espère bien ! » répondit Marianne avant d'embrasser son mari avec tendresse.

Soudain, son regard s'assombrit et Brandon le remarqua. Lui relevant doucement le menton, il la regarda.

« Y a-t-il autre chose qui te peine, mon ange ?

- C'est juste que... Parler de Mrs. Wilson me rappelle une discussion que j'ai eu avec ma mère tout à l'heure...

- A quel sujet ?

- Son veuvage... Pouvais-tu imaginer qu'elle avait eu une demande en mariage il y a quelques mois ?

- Je suis surpris de l'apprendre, mais point étonné, répondit Brandon après quelques instants.

- Il est vrai qu'elle reste une belle femme, dit Marianne en comprenant l'allusion courtoise de son mari. Mais... j'étais comme elle... Malgré le fait que je n'ai été véritablement amoureuse qu'après avoir connu une passion destructrice et... pire que tout, après avoir compris que mon père avait déjà aimé avant ma mère... je n'ai pas songé une seule seconde que ma mère pouvait avoir une deuxième chance elle aussi.

- Ta mère a cette impression ?

- Pas vraiment, mais elle... elle n'a pas oublié mon père et elle juge injuste d'épouser un homme honnête pour être à l'abri de la solitude sans lui accorder son cœur de façon entière, répondit Marianne en laissant les larmes qu'elle refoulait dévaler ses joues.

- Elle est honnête envers elle-même.

- Oui, mais j'ai peur qu'elle ne soit pas heureuse et qu'elle souffre de la solitude plus tard, lorsque plus aucune autre chance ne se présentera à elle, avoua Marianne.

- Je comprends que tu sois inquiète pour ta mère, mais ce n'est pas à toi de te soucier de cela, ma douce, répliqua Brandon en prenant la main de Marianne dans la sienne.

- Mais...

- Ta mère est adulte et sait ce qui est le mieux pour elle. Si elle t'a assuré ne pas regretter sa décision et vivre en paix avec sa conscience, et si tu lui as dit que la voir refaire sa vie ne te choquerait en aucune façon, alors tu as tout lieu d'espérer qu'elle fera les bons choix et n'aura aucun regrets pour l'avenir. » continua Brandon.

Marianne laissa les paroles de son mari faire leur chemin dans son esprit et elle fut obligée de reconnaître qu'elles étaient des plus sensées. Mrs. Dashwood était loyale et droite et sa discussion à cœur ouvert avec sa fille ne pouvait qu'être bénéfique pour son avenir, quels que soient ses choix futurs. Apaisée, Marianne nicha sa tête dans le cou de Brandon.

« Tu as raison..., murmura-t-elle.

- Et je suis heureux de savoir que le bonheur de ta mère est passé avant tes sentiments à l'idée d'avoir un éventuel beau-père, ajouta Brandon.

- Oui, j'ai mûri, reconnut Marianne. Pourtant, même si je lui ai dit cela, je comprends ma mère et approuve son choix. » continua-t-elle soudain.

Elle se redressa et regarda Brandon avec détermination tandis qu'il la fixait d'un air intrigué.

« Je la comprends. Si tu venais à...

- Marianne...

- Non, laisse-moi continuer. Si tu venais à disparaître... jamais je ne pourrai refaire ma vie avec un autre homme, aussi honnête et aimant soit-il. Et ne crois pas que ce sont des paroles venant d'une femme immature qui a renié ses erreurs de jugement passés ! Au contraire, c'est une décision mûrement réfléchie... Comment pourrais-je refaire ma vie avec un autre, t'oublier et m'efforcer de chasser tous nos souvenirs pour faire de la place à un autre homme dans mon cœur ? demanda Marianne, la voix nouée.

- Mon amour..., murmura Brandon avec émotion. Je te comprends, mais... si ce jour arrivait plus tôt qu'on ne le pense, comment pourrais-tu être heureuse en passant toute ta vie sans amour...

- J'aurais déjà été très heureuse... Plus que je ne l'aurais cru ! Et je ne serais pas seule..., répliqua Marianne, les larmes aux yeux. Christopher... Ce qui arrive à Mrs. Wilson, les aveux de ma mère... tout cela me met devant une peur qui reste enfouie en moi et qui ne demande qu'à sortir au moindre instant. Je t'aime. Tu es à moi... Je t'appartiens et je ne peux pas imaginer une vie sans toi ou pire, avec un autre que toi !

- Ma Marianne... »

Ému par le bouleversement qui s'était emparé de Marianne, Brandon lui caressa les cheveux et la serra contre elle, la couvrant de baisers. Il comprenait que dans les moments de bonheur intense comme ceux qu'ils vivaient depuis quelques jours, la peur qu'ils prennent fin pouvait avoir fait perdre la raison à Marianne ou la placer face à ses terreurs les plus profondes. Lui-même avait parfois envisagé, non sans un serrement de cœur, qu'en raison de son âge plus avancé, ce serait lui qui partirait le premier, laissant Marianne et leurs enfants. Il savait aussi que la réciproque pouvait être vraie, mais il refusait catégoriquement d'y penser.

« Mon amour... Oui, je t'appartiens, et je respecte ta décision et la partage. Si jamais il m'arrivait malheur, je veux juste que tu fasses les bons choix lorsqu'ils se présenteront à toi et que tu ne te trouves pas hésitante en raison d'une promesse que tu te seras faite. Je veux que tu agisses en ton âme et conscience, déclara-t-il en prenant le visage de Marianne dans ses mains.

- Il en va de même pour toi..., dit alors Marianne d'une voix rauque.

- Oh ! Mes choix... Le plus beau je l'ai fait en décidant d'accepter mon amour pour toi, même s'il était silencieux... On avait beau me proposer de nombreuses jeunes filles toutes charmantes et enjouées... C'est toi que j'attendais, répondit Brandon en caressant les larmes de la jeune femme. Et vu mon grand âge...

- C'est faux ! répliqua Marianne en souriant malgré elle.

- Si ! rétorqua Brandon, soulagé de voir naître un sourire sur le visage de son épouse. Je suis à toi pour toujours, je t'en fais la promesse... Et vu que j'ai l'intention de rester en vie le plus longtemps possible et de t'inciter à faire de même, nous avons de fortes raisons de croire que si nous devons mourir, ce sera ensemble, après avoir vu nos enfants prendre leur envol et après avoir eu une belle et longue vie ! »

Marianne éclata franchement de rire cette fois-ci et se serra contre Brandon. Elle avait le cœur plus léger après avoir avoué tout ce qui la contrariait. Elle en avait ressenti le besoin, sachant que cette discussion pouvait paraître déplacée compte tenu du fait qu'ils venaient tout juste de devenir parents et de voir leur vie comblée. Mais, comme Brandon l'avait si bien compris, tant de bonheur lui avait fait peur et il lui avait fallu en parler pour être capable de le recevoir à nouveau avec sérénité.

Redressant la tête, elle planta son regard dans les yeux de Brandon et lui sourit.

« Je t'aime...

- Je t'aime. » déclara Brandon au même moment.

Ils ne purent s'empêcher de rire et s'enlacèrent avec tendresse. C'est alors que les pleurs d'un de leurs enfants se firent entendre à l'étage.

« Veux-tu que nous montions voir ce qui lui arrive ? demanda Brandon à Marianne, la joue toujours appuyée contre les cheveux de la jeune femme.

- Mrs. Welsh sera ravie de s'en occuper, je pense..., répondit Marianne sans relâcher son étreinte.

- C'est aussi mon avis. » approuva Brandon en souriant.

Marianne et lui avaient eu le même désir sans se concerter. Ils avaient besoin l'un de l'autre ce soir-là.


Les jours qui suivirent furent consacrés aux préparatifs du départ des Brandon pour Barton Park, après qu'ils eurent reçu l'invitation au ton très enthousiaste de leur ami Sir John Middleton. Brandon passait donc une bonne partie de ses journées sur les chantiers où les constructions avançaient à vue d'œil et promettaient de se terminer très bientôt. Marianne, quant à elle, recevait chez elle sa mère et ses sœurs afin d'établir avec elles les différents menus détails à penser pour le jour du mariage.

Margaret était tour à tour fébrile et inquiète, impatiente que le grand jour arrive, mettant ainsi fin à une attente que ses nerfs avaient quelques difficultés à supporter. Elle et Thornton ne se voyaient plus aussi souvent qu'ils l'auraient souhaité, ce dernier étant souvent à Orchideus Park pour les dernières installations. Fort heureusement, Margaret devait rentrer à Barton dès le lendemain afin d'accueillir les Thornton et envisagea ses retrouvailles avec sérénité, comptant sur l'aide conjuguée de sa future belle-mère et de sa mère pour l'aider à endurer les dix jours qui restaient avant son mariage.

Au milieu de tout cela, Marianne reçut deux lettres venant de ses amies, Mrs. Winslet et Mrs. Darcy. Si la première lui annonçait la naissance de son fils, Anthony, la seconde avait des nouvelles moins réjouissantes.

« Ma chère Marianne,

J'espère que vous et votre chère famille vous portez bien. J'ai été si heureuse d'apprendre la naissance de vos jumeaux ! Quelle surprise et quel bouleversement cela a dû engendrer dans votre vie, même si j'imagine que ce n'est que pour le meilleur ! Julietta et Arthur, voilà de beaux prénoms qui vous ressemblent à vous et au Colonel Brandon. J'ai hâte de faire la connaissance de vos enfants et je vous demande de bien vouloir nous excuser, ma famille et moi, pour n'avoir pu assister à leur baptême alors que vous nous aviez si gentiment invités. Nous y serions allés avec le plus grand plaisir, mais les circonstances en ont décidé autrement...

Pardonnez-moi pour le ton soudain grave de la lettre, je ne souhaite pas vous alarmer, simplement vous expliquer notre absence et ses raisons afin que vous ne soyez pas surprise en entendant certains commérages, qui risquent fort de venir à vos oreilles un jour ou l'autre. Il y a quelques mois, avant de vous retrouver pour votre anniversaire de mariage, mon époux, Georgiana et moi étions encore à Londres pour continuer la Saison. A cette occasion, nous avons retrouvés de vieilles connaissances, dont Lady Catherine de Bourgh, la tante de mon mari. Nous n'entretenons pas ce que l'on pourrait qualifier de bons termes, mais nous faisons l'effort de nous supporter, du moins était-ce ce que je croyais...

Lady Catherine a été pour le moins aimable, faisant des efforts de politesse en ma présence, afin de ne pas s'attirer les foudres de mon mari et ne pas heurter Georgiana. Elle nous a invité à quelques uns de ses salons et à des réceptions où elle nous a présenté un gentleman du nom de Mr. Spader. Très charmant et cultivé, ce gentleman nous a tous plu et a semblé s'attacher particulièrement à Georgiana. Néanmoins, quelques temps plus tard, à notre retour à Londres, nous avons appris la vérité. Lady Catherine avait vanté les mérites de Georgiana à Mr. Spader et lui avait assuré qu'une union avec une Darcy ne ferait qu'accentuer le prestige de son rang et de sa fortune, déjà plus que conséquente ! Pris de remords en voyant Georgiana sous son charme, Mr. Spader a préféré lui avouer la vérité afin que leur relation parte sur une base plus saine et qu'elle connaisse le vrai visage de Lady Catherine.

En effet, outre l'obtention de davantage de prestige, Lady Catherine espérait que cette union entre sa nièce et Mr. Spader éclipse celle, moins avantageuse entre Mr. Darcy et moi. Bien évidemment, mon époux est fou de rage et ne veut plus que Georgiana revoit cet homme, mais c'est par amour que Mr. Spader a révélé tout cela, car il ne supportait plus l'idée de jouer un rôle dans un dessein visant à nous blesser et parce qu'il s'est véritablement attaché à Georgiana. Ma belle-sœur, déjà peu confiante envers la gente masculine a mal vécu la chose car elle est véritablement amoureuse, mais elle semble peu décidée à suivre l'ordre de Mr. Darcy de ne pas revoir Mr. Spader.

J'en suis ravie car je les trouve fort bien assortis et complémentaires en dépit de leurs points communs. Mr. Darcy est furieux car cela reviendrait à donner raison à sa tante, mais je sais que le bonheur de Georgiana lui importe davantage. Quant à Lady Catherine, il est clair qu'elle est devenue indésirable dans nos relations et mon époux ne transigera pas avec cela. Il lui a fait comprendre, et ce devant toutes ses amies, qu'elle n'était plus la bienvenue à Pemberley ou à Darcy House. Inutile de vous dire que j'approuve entièrement son choix !

Sachez que tout ce que je vous révèle ici a été fait avec l'accord de mon époux et de Georgiana, car elle vous apprécie beaucoup et ne souhaitait pas que vous ayez une mauvaise opinion d'elle à travers les ragots que vous pourriez entendre. Pour conclure, ma grossesse et celle de Jane se déroulent à merveille malgré les récents événements et il nous tarde de tous vous revoir au mariage de Margaret !

Nos plus sincères amitiés à toute votre famille,

Votre amie affectionnée,

Elizabeth Darcy »

Marianne était désolée d'apprendre que ses amis avaient traversé des moments si difficiles, en particulier à cause d'un membre de leur famille. Pour avoir vécu cela avec les Ferrars et les Dashwood, Marianne comprenait très bien ce que les Darcy devaient ressentir. Néanmoins, elle était soulagée de savoir que Georgiana leur faisait suffisamment confiance pour juger utile de les tenir informés elle et sa famille, et surtout que cet épisode douloureux pouvait bien se terminer à l'église étant donné qu'elle semblait sincèrement éprise du non moins sincère Mr. Spader. Rassurée sur ces points, Marianne écrivit une réponse emprunte de compassion et de sympathie à l'égard des Darcy et une réponse plus joyeuse pour Rose, dont il lui tardait de voir le nouveau-né.

Puis Marianne attendit le retour de Brandon. Il avait souhaité voir Beth avant leur départ afin de prendre de ses nouvelles, et Marianne ayant du rester à la maison pour finir les derniers préparatifs, la jeune femme l'avait regardé partir avec appréhension. En effet, depuis que Beth lui avait fait part de sa fausse-couche, Marianne s'était assurée de son état par des lettres qu'elle envoyait à l'insu de Brandon. Elle n'avait jamais du inventer de mensonge, mais c'était une manière de le préserver de la détresse de Beth. Néanmoins, la conscience de Marianne la travaillait et elle espérait que Beth aurait bientôt une heureuse nouvelle à leur annoncer afin de mettre derrière eux ce triste chapitre de leur vie et toutes ces dissimulations.

A la vue de l'air contrarié de Brandon lorsqu'il rentra au manoir, Marianne sentit qu'il savait la vérité. Elle le fixa et le regard qu'il lui lança lui serra le cœur.

« Christopher...

- Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? demanda-t-il sans préambule.

- Je... Cela me semble évident, répondit-elle doucement. Pour te préserver...

- Me préserver ? Marianne ! J'ai commis une maladresse tout à l'heure, j'ai parlé de nos enfants, j'en ai fait un thème de discussion jusqu'à ce que Beth fonde en larmes et m'avoue tout ! Crois-tu que cela a eu du bon ? s'exclama-t-il l'air stupéfait.

- Je suis désolée...

- Pas autant que moi... Si j'avais su, jamais je n'aurais agi comme je l'ai fait, j'aurais été plus attentif à elle...

- Mais ce n'est plus ton rôle, Christopher ! répliqua Marianne.

- Pardon ?

- Beth est mariée, c'est à Mr. Crawford d'être là pour elle et de veiller sur elle ! Pourquoi crois-tu qu'elle m'ait demandé de ne rien te révéler de sa grossesse puis de sa fausse-couche ? Parce que tu t'inquiètes beaucoup trop et en oublie tes priorités ! Si elle t'avait avoué cela, tu n'aurais pas profité de la journée du baptême de nos enfants ! Tu n'aurais pas profité de ce moment de bonheur tant attendu et espéré ! s'exclama-t-elle vivement.

- Je sais que ce n'est pas à moi de remplacer Mr. Crawford, mais si j'avais su je ne l'aurais pas blessée involontairement et c'est ce qui me met en colère ! Je comprends la raison pour laquelle vous ne m'avez rien dit, Beth me l'a raconté et j'en suis touché... Je ne t'en veux pas, Marianne, soupira Brandon. Je suis en colère contre moi-même à cause des raisons qui vous ont poussé à ne rien me dire et parce que cela t'a obligé à vivre avec ce secret sans pouvoir t'épancher.

- Nous savons que tu es anxieux lorsqu'il s'agit du bien-être de ta famille, ce n'est pas un défaut, ni une marque de faiblesse, mais nous voulions t'éviter de voir tes moments de bonheur ternis..., se radoucit Marianne.

- Je l'ai compris et je trouve cela admirable, mais...

- Il n'y a pas de "mais", Christopher, le coupa Marianne en lui caressant la joue. Faire passer le bonheur des siens avant son propre bonheur implique des sacrifices, et Beth aurait été bien plus mortifiée qu'elle ne l'était si elle avait du te dire ce qu'elle traversait avec le risque que cela t'empêche de profiter des moments joyeux que nous vivons actuellement.

- Tu as sans doute raison... Beth ne tenait vraiment pas à ce que nous l'apprenions tous les deux. Et pour en revenir à mes priorités, je ne les oublie pas, ne t'inquiètes pas. C'est toi et nos enfants qui passez avant tout le reste, répondit Brandon en regardant Marianne d'un air grave. Mr. Crawford est un excellent mari et je sais que c'est grâce à lui que Beth ira mieux.

- Mais il est normal que tu te soucies d'elle, j'en suis consciente, répliqua Marianne.

- Oui, mais je ne veux pas que tu aies l'impression que mes priorités ne sont pas ce qu'elles devraient être, rétorqua Brandon. Je suis désolé si je t'ai fait croire le contraire.

- Je n'ai jamais vu les choses comme ça, avoua Marianne. J'ai sans doute employé un terme un peu fort, mais il est vrai qu'à la longue j'aurais pu ressentir les choses de la sorte...

- Alors tu as bien fait d'en parler. » répondit Brandon en serrant Marianne dans ses bras.

Soulagée de voir que son époux ne lui tenait pas rigueur de lui avoir dissimulé la vérité, Marianne apprécia cette étreinte avant de demander des nouvelles de Beth. La jeune femme se reconstruisait, l'aide de son mari l'y aidant beaucoup, même si elle avait des moments de tristesse intenses. Elle a néanmoins assuré à Brandon qu'elle serait présente pour le mariage de Margaret, ne souhaitant pas manquer un tel événement.


Le lendemain de leur arrivée à Barton Park, les Brandon se régalèrent de la présence si enthousiaste de leurs amis qui savaient comment organiser des préparatifs sans perdre patience ou devenir anxieux. Pour eux, rien de ce qui annonçait de bons moments n'était sujet à des complications, même le fait de loger plus d'une vingtaine de personnes pour un événement aussi important qu'un mariage.

Marianne et Brandon furent très émus d'emmener leurs nouveaux-nés dans le lieu qui les avait vu se rencontrer, se fiancer et vivre leurs premières heures en tant que couple marié. Portant chacun un bébé dans leurs bras, ils arpentèrent les jardins en regardant autour d'eux avec ravissement. Les tentes venaient d'être montées et les jardiniers s'activaient à terminer de tailler quelques haies indomptées. Lady Middleton donnait des ordres à chaque domestique qu'elle croisait, tandis que Sir John leur prodiguait quelques formules d'encouragements teintées de bonne humeur. Mrs. Jennings épaulait sa fille et conviait Margaret et Mrs. Dashwood à donner leurs avis.

Margaret était arrivée depuis deux jours et la pression commençait à s'emparer d'elle au fur et à mesure qu'elle voyait les préparatifs prendre forme. Elle avait aidé à préparer les chambres des Thornton avant de se faire chasser par Lady Middleton qui ne pouvait souffrir l'idée qu'une de ses invitées prenne la place de ses domestiques, même si cela l'aidait à se détendre. Margaret avait donc décidé de partager son temps entre les installations des tentes et les derniers arrangements du plan de table et ses neveux et nièces qui lui apportaient une source de distraction fort agréable.

Elinor et ses enfants avaient fait le déplacement sans Edward, ce dernier ne pouvant pas laisser sa paroisse trop longtemps. Aussi avait-il avait été convenu qu'il rejoindrait sa famille deux jours avant le mariage. Les trois sœurs se retrouvaient donc ensemble, profitant de ces moments où elles étaient réunies et pouvaient se taquiner et se confier sur divers sujets, comme au bon vieux temps, sous le regard fier de leur mère.

Tout ce joyeux monde vaquait à ces occupations lorsque le bruit d'une voiture se fit entendre et Margaret alla avec empressement dans la cour où elle vit arriver la voiture des Thornton. Replaçant quelques mèches de cheveux qui s'étaient dispersées sur son visage, la jeune fille se tint droite auprès de ses sœurs et de ses amis.

Nicholas Thornton fut le premier à descendre prestement de voiture, adressant à Margaret un sourire radieux avant d'aider sa mère à descendre, suivie par son époux. Les retrouvailles furent pleines de joie et c'est avec une tendresse évidente que Mrs. Thornton serra Margaret dans ses bras avant de faire de même avec Mrs. Dashwood et Elinor. N'ayant pas encore été présentés à Marianne et Brandon, les Thornton les saluèrent de façon moins démonstrative mais emprunte de chaleur et de bienveillance. Marianne fut d'autant plus touchée qu'ils ne perdirent pas de temps pour leur adresser à elle et Brandon leurs félicitations les plus sincères pour la naissance des jumeaux.

Ils se regroupèrent tous dans le jardin une demi-heure plus tard où ils purent faire plus ample connaissance. Une heure plus tard, Marianne songea qu'il était impossible de ne pas aimer les Thornton. Gentils et s'intéressant sincèrement aux autres, ils avaient un côté rassurant qui ne pouvait que mettre en confiance Margaret et Marianne en fut rassurée. Elle coula un regard en direction de sa jeune sœur, qui conversait à l'écart avec Mr. Thornton.

« Je suis si heureuse de vous revoir ! s'exclama la jeune fille, les mains dans celles de son fiancé.

- Vous m'avez beaucoup manqué aussi, Margaret, assura Nicholas en souriant.

- Et vos parents sont toujours aussi charmants... Je suis aux anges en les voyant si bien s'entendre avec toute ma famille !

- Ils ne sont pas aussi méchants qu'ils en ont l'air, répliqua Nicholas en haussant les épaules, faisant s'élever le rire cristallin de Margaret dans les airs.

- Là c'est vous qui l'êtes ! Mais je sais que vous aimez plaisanter pour masquer vos sentiments...

- En effet... Si je ris ou plaisante plus qu'il n'en convient lors de notre mariage, ce sera parce que je serai vraiment submergé par l'émotion, prévint Nicholas d'un air espiègle.

- J'espère bien que vous tomberez l'armure quelques fois ? demanda Margaret en rosissant.

- Bien évidemment, répondit Nicholas en haussant les sourcils. En doutiez-vous ? demanda-t-il anxieusement.

- Non...

- Margaret ?

- Peut-être un peu, avoua la jeune fille. Mais je sais que c'est votre façon d'agir... et avec moi vous avez toujours été franc. Pardonnez-moi si en ce moment je suis un peu troublée et dis des sottises. Les préparatifs avancent, mais c'est une vraie mise à l'épreuve pour mes nerfs !

- Je vous comprends, cela a été pareil pour moi concernant les derniers préparatifs à Orchideus Park. Mais tout est prêt désormais !

- Quelle heureuse nouvelle ! s'exclama Margaret.

- Et vous serez sûrement ravie d'apprendre que votre amie Barbara viendra non pas le jour du mariage, mais la veille... » ajouta Nicholas avec un air complice.

Cette fois-ci, Margaret poussa une exclamation un peu plus forte qui fit se tourner les têtes des personnes se trouvant non loin d'elle, mais elle les rassura d'un geste avant d'éclater de rire. Voyant son fils et sa future belle-fille aussi joyeux, Mrs. Thornton se tourna vers Marianne.

« Ils ont l'air plutôt détendus pour de futurs mariés, qu'en pensez-vous ? demanda-t-elle en souriant.

- Oui, mais je pense que la pression qu'ils ressentent décuple les petits instants où ils sont sereins ! Margaret était nerveuse tout aujourd'hui, mais à présent que votre fils est auprès d'elle, elle semble avoir relégué ses peurs derrière elle, répondit Marianne.

- C'est une bonne chose. Ils se font déjà confiance... Je n'ai jamais vu mon fils tomber amoureux de qui que ce soit avant Margaret. C'est un homme nouveau aujourd'hui.

- Voilà des paroles touchantes, fit remarquer Marianne, attendrie.

- J'espère ne pas être aussi bouleversée le jour du mariage ! » rit Mrs. Thornton.

Le reste de la journée se déroula tout aussi bien. Brandon avait eu l'occasion de converser avec Mr. Thornton et d'apprécier ses qualités de même que sa culture et Barton Park résonna de conversations animées durant un bon moment. La soirée vit se dérouler une partie de charades des plus drôles, concoctée par Sir John. Chacun se livrait au jeu, même les plus introvertis et cela donnait lieu à de bons moments de rires.

Malheureusement, la sérénité avec laquelle se déroulait les événements fut brutalement rompue lorsqu'un messager fut annoncé, porteur d'un express pour Mr. Thornton. Ce dernier quitta la pièce précipitamment, laissant ses compagnons dans la crainte d'une mauvaise nouvelle. Il ne s'écoula qu'une minute qui leur parut une éternité lorsqu'il revint dans le salon, l'air pâle et défait. Son regard se tourna vers Margaret, qui l'observait avec anxiété, le cœur serré à l'idée de ce qu'il allait lui annoncer.

« Je suis désolé, Margaret... je crains que le mariage soit annulé... »