Bonjour à tous,

J'espère que vous avez passé un bon week-end.

Bonne lecture,

R.

Draco resta un long moment dans ses bras. Harry entendait des bruits de pas dans le couloir adjacent, ceux des centaines d'élèves prenant le chemin de leurs classes, leurs livres sous le bras et leurs capes voletant contre leurs mollets. Personne ne rentra dans les toilettes des filles, que tout le monde connaissait mais évitait comme la peste : Mimi n'était pas une compagnie des plus agréables lorsque l'on souhaitait se soulager.

Par contre, Harry le savait, elle était capable de se faire très discrète dans d'autres moments. Plusieurs fois, il était venu s'isoler ici et dans la plus grande majorité des cas, elle avait toujours su se faire oublier après avoir proposé son aide si besoin était. Dans le cas présent, il ne faisait aucun doute qu'elle se trouvait dans les parages : elle ne quittait que très rarement son repaire. Pour autant, Harry n'était pas stressé d'être surpris avec Draco. Le jeune fantôme avait respecté de nombreux secrets auparavant, malgré sa tendance bavarde. Elle ne faisait pas vraiment confiance aux élèves de l'école qui aimaient particulièrement se moquer d'elle et de sa propension à fondre en sanglots à la moindre contrariété. Harry, malgré qu'elle lui tienne compte de quelques trahisons faisait partie des personnes à qui elle daignait adresser la parole. Pour elle, elle lui faisait un honneur appréciable et Harry ne l'avait jamais contredite, bien qu'au fond de lui-même il soit parfaitement conscient que peu de camarades de Poudlard seraient intéressés par une amitié avec Mimi Geignarde. Dans les faits, même s'il ne lui avait jamais dit, il l'appréciait dans une certaine mesure.

Les minutes s'égrenaient et Draco ne se soustrayait toujours pas à l'étreinte du brun. Les sanglots avaient cessé mais le Serpentard n'avait pas encore complétement retrouvé sa superbe. Harry sentait ses doigts crocheter ses épaules avec la force du désespoir, ou le soulagement d'avoir trouvé une âme qui entendait sa peine, au choix. Harry, machinalement avait remonté sa paume depuis l'épaule jusqu'à la nuque de Malfoy et lui caressait maintenant par automatisme la base du cou, effleurant la racine de ses cheveux blonds lunaire qu'il avait renoncé à enduire de gel depuis quelques années, traçant de son pouce des arabesques issus de son imagination.

Cette teinte avait toujours intrigué Harry. Son père, Lucius, portait la même. C'était un blond presque blanc, qui ne souffrait de presque aucun reflet jaunâtre qui peut parfois desservir à ces types de couleurs, au contraire les reflets de ce blond tiraient plutôt sur l'argenté. Depuis qu'il était né, à vrai dire, le brun n'avait jamais rencontré quelqu'un d'autre arborant cette nuance, hormis Lucius et son fils. C'était un signe distinctif de son ennemi d'alors et d'ailleurs, ce coloris si reconnaissable lui avait souvent desservi. Quand Harry le pistait durant sa sixième année, il utilisait alors systématiquement cette caractéristique pour retrouver Malfoy dans les couloirs. Le Serpentard, en plus d'être blond platine était un jeune homme plutôt élancé qui dépassait la plupart des élèves de quelques centimètres. Actuellement, il conservait une bonne dizaine de centimètres de plus qu'Harry, qui restait assez râblé. Mais à côté de cela, le brun possédait une force musculaire et une ossature légèrement plus imposante. Draco était longiligne, presque gracile.

Des rumeurs avaient d'ailleurs souvent couru sur son compte : beaucoup aimaient à murmurer qu'il était homosexuel, et ce depuis plusieurs années. Harry ne s'était jamais véritablement occupé de cela, bien trop affairé à le détester pour ce qu'il était en tant que personnalité. C'était vrai, Malfoy n'était pas un représentant classique de la norme masculine : même jeune, il accordait un soin tout particulier à s'apprêter, ce qui pour les bas de plafond suffisait à vous classer dans une catégorie ou dans une autre. Harry avait de vagues souvenirs de sa première ou de sa seconde année où le blond l'avait humilié avec ses fourrures, ses pulls en mérinos ou en cachemire, ses chemises tirées au cordeau alors que lui-même portait les vieilles frusques de Dudley. Harry, à l'époque, trouvait que les vêtements n'étaient réservés qu'aux futiles extravagants qui vouaient un culte à l'apparence. Depuis, son avis avait changé évidemment car il prenait meilleur soin de lui-même. S'habiller avec choix, se respecter, c'est aussi s'aimer. Et ce n'est pas obligatoirement faire preuve de vanité. Et il devait bien avouer que le côté très sophistiqué de Draco lui plaisait à présent.

D'ailleurs, en ce matin d'octobre, le trouver presque dépenaillé dans ces toilettes glauques l'avait vraiment choqué. Si le fils Malfoy s'était un minimum lié à lui depuis quelques semaines, il n'avait pas vraiment baissé la garde. Sa fierté, si elle lui servait dans son combat régulier contre la pression de l'école et du monde sorcier en général, était aussi une faiblesse. Draco était quelqu'un de sensible, qui plus est quand on savait qu'il avait une capacité hors du commun à saisir les émotions d'autrui mais il ne s'accordait à lui-même aucun répit. Quand on parlait de son propre être, il était sec, cassant. Qu'Harry se sente bien semblait être devenu une priorité pour lui mais quand cette nuit il avait reçu la provocation de cette charogne de Rita Skeeter, il ne s'était pas saisi du parchemin qui les liait pour prévenir Harry. Non, il avait quitté sa chambre, retraversé dans l'autre sens les couloirs sombres et s'était enfermé ici. Peut-être savait-il qu'Harry viendrait le chercher ? Il n'en était pas persuadé. Draco était quelqu'un de profondément secret, qui répugnait à demander de l'aide à qui que ce soit. Maintenant que son parrain était décédé, il portait en plus en lui l'idée qu'il avait hâté sa fin en ayant été l'objet d'un Serment Inviolable dans l'unique but de sauver sa peau.

« Draco ? Ça va mieux ? » risqua le brun en se détachant de l'étreinte de son vis-à-vis. D'un geste tendre, il l'invita à s'asseoir sur la cuvette de la toilette de leur cabinet. Pas très glamour pensa-t-il, mais ils n'avaient pas vraiment le choix. Ils étaient définitivement en retard en cours de toute façon. Autant rater toute la première heure plutôt que d'arriver bras dessus bras dessous au milieu de la leçon. De toute façon, c'était une classe avec Hagrid. Harry passerait s'excuser et il n'en recevrait qu'un regard mi- exaspéré, mi- amusé. Dans la foulée, il désengagerait Draco également. Hagrid ne lui poserait pas de questions et le blond n'aurait pas de problèmes liés à son absence. Il espérait juste que personne n'ait remarqué la disparition de Draco et de lui en simultanées. Normalement, cela devrait être possible : de nombreuses fois ils avaient séché les cours en chœur sans que personne n'ait jamais pensé à les lier dans leur mauvaise gestion de leur scolarité.

« Hum. Oui, un peu. Merci. » souffla finalement Draco. « Comment tu as su que j'étais ici ? »

« Je… J'y vais moi-même quand j'ai quelques problèmes. Je me suis aussi souvenu que quand je t'avais suivi en sixième année tu… tu étais venu là. »

« Cette fois où on avait failli se tuer ? »

« Celle-là. J'aimerai autant ne plus en parler, nos attitudes à tout le deux ont été ridicules. »

« Je me sentais acculé » murmura Draco. « Quand tu m'as surpris cette fois-ci, j'étais vraiment en train de craquer. Je tenais devant tout le monde, je persuadais les partisans et mes proches de la bonne réussite de ma mission et qui, qui me voyait en train de pleurer comme le faible que je suis ? Potter. Pire que la loi de Murphy. »

« Je suis désolé. J'avais passé l'année à te suivre et quand tu es parti comme ça, comme un fou, je n'ai pas réfléchi. Je sentais que tu cachais quelque chose. Je… je voulais seulement te provoquer. Et quand j'ai entendu tes lamentations, que tu n'étais pas seulement venu ici pour mijoter un coup avec tes amis les Mangemorts, j'ai eu un moment de vide. C'est une des fois où je me suis rendu compte que tu étais humain, Draco. Et pourtant, c'est aussi la fois où j'ai failli te tuer. »

« Je t'avais lancé un Impardonnable de toute façon, tu as seulement répondu. Je doute qu'il était puissant car j'étais plus énervé que véritablement concentré. Mais je remercie Merlin de m'avoir évité de bien viser. Si j'avais tué le Sauveur du Monde Sorcier, même pour une bagarre dans les toilettes, j'étais bon pour le baiser du Détraqueur ». En disant cela, Malfoy avait esquissé un sourire qui s'était également étendu sur les lèvres d'Harry.

Le silence reprit entre les deux jeunes hommes. Harry lança un « tempus » et l'heure apparu en discret hologramme. Il avait raté plus d'une demi-heure de classe et Draco avec. S'ils ne voulaient pas se faire attraper par la Directrice, ils devaient absolument rejoindre la leçon au moins pour la seconde heure de cours. Ils ne pouvaient se permettre de rater toute la leçon.

« Bon, va falloir te débarbouiller Draco, tu ne peux pas retourner en cours dans cet état. Tu as de quoi faire ici ou il faut repasser à ta chambre ?»

« Je n'y retourne pas. »

« Alors là, tu me connais mal. » asséna Harry. « Je ne suis pas venu ici pour repartir comme si de rien n'était. Cette journaliste, je la pratique depuis le Tournois des Trois Sorciers. Une vraie raclure et je pèse mes mots. Je refuse que tu te sentes concerné par ses mots. Quant aux autres, tu sais ce que j'en pense. » En disant cela, Harry avait fouiné dans son sac dans l'espoir de trouver quelques objets permettant à Draco de se refaire un visage. Mais c'était peine perdue. Se redressant alors, le Gryffondor claqua des doigts et un bruit de claquement presque immédiat lui répondit.

« Kreattur ? » Un petit elfe crasseux apparu sous l'œil choqué de Malfoy qui avait laissé immédiatement échapper le nom du vieil elfe. Il avait encore bien des choses à apprendre sur Harry Potter. Lors de leurs lettres cet été, le brun n'avait pas mentionné qu'il avait un elfe de maison et encore moins que c'était l'illustre vieil elfe décrépi qui avait toujours servi la maison Black. Draco le connaissait car du temps où les Black et les Malfoy se fréquentaient, il avait souvent eu affaire au serviteur.

« Maître Harry, maître Malfoy » s'inclina l'elfe.

« Bonjour Kreattur » lança Harry avec affection.

« Maître, j'ai pris soin de la noble maison des Blacks pendant votre absence. Personne n'est rentré, oh non, Kreattur a veillé à protéger la demeure. Kreattur se demande quand le maître reviendra… »

« Bientôt, d'ici quelques semaines à l'occasion des vacances. Tiens la maison prête s'il te plait. Mais je ne t'ai pas appelé pour cela en fait... »

« Le maître n'est pas content de mes services ? Si c'est le cas Kreattur mérite une punition. »

« Aucun rapport Kreattur et je t'ai déjà interdit de te punir. » soupira Harry. « Non, j'ai simplement besoin que tu me rapportes un nécessaire à toilette, une chemise propre et un pantalon. Prends les vêtements qui se trouvent dans la chambre d'amis. C'est pour habiller Mr. Malfoy alors prend garde à ce que tu choisis. »

L'elfe approuva et reparti dans un bruit sonore et la seconde suivante, on aurait pu croire avoir rêvé.

« Tu as gardé Kreattur ? » s'enquit alors Draco.

« Hm… Oui. Au début, je pensais lui rendre sa liberté, mais je suis d'accord avec Sirius : il en sait beaucoup trop. Et la maison des Blacks est immense et était dans un état pitoyable. J'ai eu besoin de quelqu'un pour m'aider à la remettre sur pied. Et aussi pour l'entretenir pendant cette année où je suis à Poudlard. »

« Tu n'adhères pas à S.A.L.E de ton amie Hermione donc ? » ricana le blond.

« Pas en totalité. Mais je traite Kreattur avec respect. Les elfes sont peut être des créatures serviles, ce n'est pas une raison pour manquer d'humanité à leur égard. »

« J'aimais beaucoup une de mes elfes… » murmura Draco. « Elle… elle m'a presque élevé. Elle se nommait Tenga. »

« Tu ne l'as plus ? » questionna Harry.

« Elle a été tuée par des Mangemorts pendant que Voldemort occupait notre manoir. Je n'ai rien pu faire. »

Harry baissa les yeux, gêné. Il repensait à sa détresse quand Dobby l'avait quitté et il respectait la peine de Malfoy. Rien ne lui disait que tous les elfes chez lui avaient été maltraités. Le seul qu'il avait connu provenant du manoir était quand même un sacré original, il devait l'avouer. Au même moment, son partenaire réapparut, portant un chemisier blanc, un pantalon gris et de quoi se nettoyer le visage. Après l'avoir remercié, le brun le laissa retourner à ses occupations à Londres en lui promettant de bientôt revenir dans l'antique manoir.

Draco attrapa les habits, s'apprêtant à se changer quand il se ravisa. Se retournant, il murmura un merci avant de demander à Harry de quitter la cabine pour s'habiller. Son regard valait tous les baisers, tous les gestes tendres : il traduisait une reconnaissance pure, un amour pur pour la personne en face de lui qui valut à Harry l'impression que son sang se transformait en lave ardente.

Merci de votre lecture, petit chapitre très calme de transition. -)

Bises

R.