JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Mes chéri(e)s, merci encore pour votre enthousiasme. Vu que ceci est l'avant-dernier chapitre, vous aurez droit à mon moment émotion la semaine prochaine. Voilà, vous êtes prévenu.
Ruize, amour, le mariage et les enfants devraient me suffire - pis de de toute façon je suis trop occupée pour me lancer dans un truc sur Sherlock et My, entre ce projet, tu sais, le machin serialkiller qui prend du temps, et un concours de nouvelles dont il faudra que je te parle. J'ai aussi vu - 2 fois - Skyfall, que j'ai kiffé à mort pour diverses raisons, dont Q, et parce que Craig est définitivement canon. Quant à Shameless, c'est la version américaine.
Sham-Rock-Cross : merci mille fois, très chère. J'ai un dernier truc à chapitres, ou plutôt partis, à écrire sur le fandom Sherlock, mais je risque ensuite de rester aux OS, de temps en temps.
Chapitre 35
Après avoir salué Greg, John retourna à son bureau et décida d'appeler Sherlock. Il ne supportait plus cette attente, ne supportait plus d'être dans le doute. Le combiné du téléphone était lourd dans sa main et il y eut deux sonneries dans le vide avant qu'il ne décroche.
-Sherlock, est-ce que ça va ?
La voix de l'ex-junkie semblait fatiguée.
-Oui, bien sûr, je t'aurais appelé s'il y avait eu un problème. Tu te souviens ?
-C'est vrai, désolé. Où es-tu ?
-Tout près. Je suis au centre dans deux minutes. Trouve-moi un pull propre et une serviette, je vais avoir besoin d'une douche.
John fronça les sourcils.
-Je ferais mieux de ne pas demander pourquoi, hein ?
Le médecin devina le sourire de Sherlock.
-Tu verras pas toi-même. Et des clopes, aussi, mon paquet est désespérément vide.
-Je m'en occupe. Je suis rassuré, ajouta-t-il après un bref silence. À tout de suite.
-Ouais.
John raccrocha et attendit un instant avant de se lever. Il traversa le couloir, fouilla dans les caisses de vêtements à la recherche d'un pull et rejoignit la salle à manger. La plupart des tables était occupée, et voir les patients détendus et bavards lui fit un bien fou. Il en salua quelques uns, demanda des nouvelles des absents et tenta de se souvenir de qui fumait et qui ne fumait pas.
Il commençait à avoir des noms en tête quand il reconnut le gamin roux de la dernière fois, Yann. Il était assis un peu l'écart et mangeait sans trop d'appétit, mais ce fut le type face à lui qui retint l'intention de John. C'était Kurt, nonchalant et visiblement défoncé. Le duo avait quelque chose d'improbable, et même si l'ambiance semblait tout à fait sereine, le médecin préféra s'en assurer.
-Salut, Yann. Tu te souviens de moi ? demanda-t-il gentiment en amorçant un sourire.
Le rouquin reposa sa fourchette et acquiesça.
-Ouais. Désolé pour, vous savez, la dernière fois.
-Ce n'est rien. Tu as des cigarettes, Kurt ?
L'ex-taulard hocha la tête et sortit un paquet légèrement abîmé de la poche de son jean.
-Combien ?
-Deux devraient suffire.
Kurt lui en tendit quatre, souriant d'un air entendu.
-Pour vous remercier d'être venu me chercher hier.
-Xander t'a engueulé, au moins ? s'enquit-il.
L'ex-taulard haussa les épaules, arrachant un soupir las à John.
-Tu es vraiment un cas désespéré, Kurt.
L'intéressé gloussa et John vit avec plaisir l'ombre d'un sourire sur les lèvres de Yann.
-Vous vous êtes réconciliés, alors ?
-Bah oui. Le gosse est pas rancunier, expliqua Kurt en jetant un regard étrangement complice à Yann.
-Kurt s'est autoproclamé garde du corps, compléta-t-il. Je crois qu'il veut juste une excuse pour se défouler sur quelqu'un.
-Garde du corps ?
-Je suis peut-être un connard, doc, mais j'ai rien contre les pédales.
John hocha lentement la tête, surpris mais de manière agréable.
-Je vois. Ce serait un point positif à mettre dans ton dossier, Kurt, nota-t-il avant de les laisser.
John était assis en tailleur sur le carrelage blanc, une assiette posée devant lui. Il piochait de temps à autre un morceau de pomme de terre, mangeant sans grande conviction. Il n'avait rien dit quand Sherlock lui avait demandé d'attendre qu'il prenne sa douche pour lui expliquer la situation, mais les taches de sang sur son pull et son air fatigué rendaient l'attente difficile. Très difficile, en fait. De quoi largement lui couper l'appétit.
Au moins, il n'était pas blessé.
-Tu as trouvé des cigarettes ?
La voix rauque de Sherlock était légèrement étouffée par le bruit du jet d'eau.
-Oui.
L'ex-junkie se douchait dans le fond de la pièce, dissimulé par un battant, mais John savait qu'il se moquait bien qu'il le voit nu. Pourquoi n'avait-il pas choisi une cabine plus proche, alors ? Qu'est-ce qui clochait, bon sang ?
Il entendit Sherlock fermer le robinet et le claquement sec d'une bouteille de gel douche. John soupira et piqua une pomme de terre. La vapeur était tiède et il faisait trop chaud – il avait retiré son pull, ne gardant que son t-shirt gris. Il se demanda ce que diraient ses collègues s'ils le trouvaient là, assis sur le carrelage à attendre un patient sous la douche.
L'eau recommença à couler et John reposa sa fourchette. Un instant passa, puis Sherlock sortit de la cabine, enroulé dans une serviette bleue et ses cheveux collés à ses tempes. Il avait l'air d'un gosse, mais pas du tout vulnérable ou fragile. John mesura une fois de plus l'ampleur du changement.
-Est-ce que ça va ?
John esquissa un sourire narquois.
-Ce serait à moi de demander ça.
-Nan. Je vais bien, ça se voit. Mais toi, tu gardes toujours tout pour toi alors je n'arrive jamais à le savoir.
Il y avait une note de reproche dans le ton de sa voix, et le médecin admit qu'il avait raison. Il repoussa son assiette et se leva. Le chuintement de ses pieds nus sur le carrelage était étrangement doux dans ce silence. Sherlock essuya son visage avec un pan de la serviette et arriva à sa hauteur, l'air moins las.
-Je me sentirais mieux quand tu m'auras parlé.
-D'accord, dit-il platement.
Alors il raconta – la visite chez Doug, la rencontre avec Irène, l'entrepôt qui semblait vide, l'altercation avec Sebastian Moran, puis Moriarty, surtout Moriarty. Sa voix doucereuse. Son air supérieur. Sa folie. Puis il avoua qu'il avait sûrement cassé le nez d'Alex, mais que d'un côté il s'en fichait. Ce type avait violé Carol, merde. Il méritait au moins ça.
-Je sais.
Sherlock se détendit et John lui sourit faiblement.
-Il faudra lui dire, ajouta-t-il.
-Je vais m'en occuper.
-Habille-toi d'abord.
Sherlock leva les yeux au ciel.
-Bien sûr, ce serait bête que j'oublie. Merci beaucoup de me le rappeler, John. Que ferais-je sans toi ? demanda-t-il avec une touche théâtrale.
Le médecin l'ignora royalement et réfléchit à ce qu'il venait de lui dire.
-Tu comptes vraiment t'opposer à Moriarty, alors ? Comme détective ?
-Oui. Je préfère éviter de mentir à un type pareil, surtout qu'il a l'air d'en savoir un peu trop sur toi et moi, rappela-t-il en reprenant son sérieux.
-Greg a proposé de faire appel à toi pour les affaires délicates.
Sherlock arqua un sourcil.
-Vraiment ?
-Oui. La piste que tu as donné à Donovan était la bonne, expliqua-t-il en souriant.
Il se sentait bizarrement fier de Sherlock.
-Parfait. Mais ne lui parle pas de Moriarty, d'accord ?
-D'accord. Tu as vraiment envie de le faire ?
L'ex-junkie hocha lentement la tête, et la lueur dans le gris de ses yeux hurlait à John qu'il n'attendait que ça. Le génie en lui avait besoin de travail.
-Bien, je vais appeler Greg.
-Je te rejoins dans ton bureau, indiqua-t-il.
John acquiesça et l'attira à lui pour déposer un baiser sur son front, rejetant les mèches brunes collés à son front. Sherlock avait les yeux mi-clos, l'air patient et pas du tout gêné, et John se dit que ce geste était devenu une réelle habitude.
-Les cigarettes sont avec le pull, va remercier Solveig après avoir vu Carol.
Il s'écarta et s'apprêtait à sortir quand Sherlock demanda :
-Pourquoi Solveig ?
-Pour la lettre, répondit-il en se tournant vers lui. Tu as finalement réussi à l'écrire, non ?
-Ouais.
-Et ça t'a fait quel effet ?
Sherlock fit la moue.
-Je ne sais pas trop. J'attends de voir ce que My va répondre.
-…My ? répéta-t-il.
-Un vieux surnom de Mycroft. Je ne l'ai pas utilisé depuis longtemps, remarqua-t-il pensivement.
-Tu vois ? Les choses commencent déjà à s'arranger.
Carol retournait au dortoir, Tim dans ses bras, quand elle reconnut la silhouette élancée et le visage anguleux de Sherlock. Elle traversa le couloir jusqu'à lui et lui sourit sans trop de conviction.
-Justement, je te cherchais, lâcha-t-il.
-Tu l'as retrouvé, alors ?
-Oui.
Sherlock marqua une pause et elle se mordilla la lèvre, nerveuse.
-Je crois que je lui ai cassé le nez, annonça-t-il enfin.
Elle soupira, un peu soulagée de ne pas avoir fait de l'ex-junkie un assassin. Peut-être en était-il déjà un, après tout, mais elle préférait ne pas le savoir. Elle voulait qu'il reste un type étrange et gentil, quelqu'un de confiance, rien de plus.
-Merci.
-Tout le plaisir était pour moi.
-Il t'a frappé aussi ? s'enquit-elle.
Sherlock arqua un sourcil et elle effleura doucement sa joue. Sa peau commençait à prendre une teinte violacée.
-Oh, ce n'est pas grand-chose. Tu sais si la psy est à son bureau ?
-Je crois que oui. Je l'ai vu ce matin, elle avait beaucoup de travail. Je ne pense pas qu'elle soit sortie déjeuner.
L'ex-junkie acquiesça mais ne s'éloigna pas.
-Carol ?
Elle soupira, espérant que sa voix n'allait pas être trop suppliante.
-Tu vas partir, n'est-ce pas ?
-Comment ça ?
-Quand les patients vont mieux, ils vont vivre leurs nouvelles vies, c'est tout. Tu vas rester à Londres ?
Sherlock sourit, amusé, et elle se vexa.
-Oh, ça va, laisse tomber.
-Je vais te manquer, Carol ?
-J'ai dit : laisse tomber.
-Je vis avec John, répondit-il.
Elle haussa un sourcil.
-Je sais. Mais ce n'était pas… provisoire ?
-Oui, mais plus maintenant. Je pourrais passer au centre assez souvent.
Elle parvint enfin à sourire et il sourit aussi.
-C'est bien.
-Il faut que j'aille voir la psy. Prends soin de toi, ajouta-t-il plus bas en déposant un baiser sur son front. Et du gosse, bien sûr.
-J'y penserais, dit-elle faiblement en sentant les larmes lui monter aux yeux – mais ce n'était pas de la tristesse, cette fois. Bonne chance, Sherlock. Merci pour tout.
-Hé, ne pleure pas, s'il te plait. Je vais revenir.
Il semblait si embarrassé qu'elle le trouva adorable. Elle avait eu raison, il n'était encore qu'un gosse – mais il n'était plus perdu du tout, maintenant. Carol lui sourit encore et elle se dit que si lui s'en était sorti, elle pouvait bien y arriver.
Solveig était penché sur son carnet bleu roi, relisant ses dernières notes. Elle avait remarqué la soudaine complicité de Yann et Kurt – encourageante et potentiellement bénéfique pour l'un comme pour l'autre – et l'étrange nervosité de Carol à sa séance matinale. Elle s'était demandée si ça avait un rapport avec ce que lui avait dit John, mais avait préféré s'abstenir de noter quoique ce soit. Elle pouvait vérifier plus tard.
Elle avait eu une tonne de paperasse à classer et avait dû se contenter d'un sandwich au coleslaw pour déjeuner. Elle se demandait si elle aurait le temps de piquer un paquet de cookies en cuisine avant sa prochaine séance quand Sherlock frappa.
-Entrez, dit-elle en soupirant.
L'ex-junkie la salua vaguement et vint s'asseoir face à elle, croisant les jambes avec une certaine classe. La psy referma son carnet et lui sourit.
-Alors, cette lettre ?
-Postée ce matin. Merci de votre aide, dit-il platement.
-C'est John qui t'a demandé de venir, c'est ça ?
Il arqua un sourcil.
-En effet. Je suis si peu aimable ?
Solveig rit un peu et attacha ses cheveux roux en une queue de cheval.
-John craignait de vous avoir blessé.
-Oh, pour la dernière fois ?
Sherlock acquiesça.
-Un peu, admit-elle. Mais j'aurais dû m'y attendre, c'est difficile de cacher quelque chose à John.
-Vous avez pourtant réussi à le faire pendant des années, non ?
Elle sourit distraitement, appréciant son regard curieux et vif. Il semblait beaucoup plus intelligent, maintenant.
-Oui. Contrairement à toi, je me trompe ?
Il ne répondit pas, l'air dédaigneux, et elle reprit.
-Je sais que tu ne ressens pas le besoin de parler à un psy, mais n'hésite pas à venir me voir si tu changes d'avis. Je ne te demande pas des heures de consultations, mais discuter de temps en temps peut te faire du bien, je t'assure.
-Sans doute, dit-il, indifférent.
-Merci quand même, hein. Sors d'ici, impie, ajouta-t-elle avec plus d'enthousiasme.
Il sourit sans rien dire, un brin suffisant, et se leva.
-En tous cas, tu as un joli petit cul. John a meilleur goût que je ne le pensais.
Sherlock leva les yeux au ciel.
-On ne couche pas ensemble. Pourquoi est-ce que tout le monde croit le contraire ?
La psy haussa les épaules.
-Vous allez bien ensemble.
Il sortit et elle rouvrit son carnet bleu, notant état stable sous le nom de Sherlock. Puis elle se souvint des cookies et sourit en reposant son stylo.
