VALLUM :

Le bal prit fin tardivement dans la soirée. Lorsque les premiers invités se dispersèrent, l'Impératrice décida de mettre fin au bal et adressa ses remerciements à ses invités. Le Capitaine de la Compagnie congédia les hommes excepté Doc, Sans-Nom, Crapaud, Cogneur, Trancheur et Binocles. Zelda cherchait Link des yeux mais ne le trouva pas. Son père le roi entamait une discussion avec le duo impérial. Les visages étaient crispés et tendus. Elle resta assise sur sa chaise un verre en main. Malon aussi était partie. Elle se sentait seule et elle ne sut dire pourquoi elle avait l'impression qu'une certaine froideur régnait dans l'atmosphère.

Doc déboula dans la chambre en claudiquant mais il ne trouva pas Malon étendue sur le lit. Il vit Link, assis sur le lit. Dans le noir il ne voyait pas son visage mais il devina que quelque chose n'allait pas.

« C'est toi Champion ? Lanca-t-il.

Link eut un petit sursaut et quand il vit Doc il poussa un petit soupir.

-Elle est pas là notre nouvelle Patrone ? Demanda Doc en fouillant la chambre du regard.

-Non je…Fit Link. Elle est sortie faire un tour ».

Doc acquièsca. Puis le désigna de sa canne.

« Tu me dis qu'elle est partie faire un tour, fit-il, et tu as une tête de déterré. Ca veut dire que vous vous êtes passés un savon, n'est ce pas ?

Link ne répondit pas. Mais son silence en disait suffisamment. Doc s'avança avec un petit soupir.

-Alors ? Fit-il en baissant son visage sur Link une fois arrivé à sa hauteur. Quel est le problème ?

-Ca ne vous regarde pas, fit Link avec irritation.

-Oh que si ca me regarde, fit Doc avec sévérité en levant le visage de Link du bout de sa canne. Ca me regarde parce que moi aussi je la connais ta charmante fermière. Et je pourrais te dire des choses sur elle que toi-même ne connais pas. Alors ne viens pas me sortir la règle du cercle d'amis car que tu le veuilles ou non à ses yeux j'en fais partie. Et je veux savoir ce qui cloche.

-Allez donc lui demander si c'est vraiment votre amie !

-Je veux connaître les différentes versions de l'histoire.

-De quoi vous vous mêlez ?

-Ta Malon est une sœur pour nous, presque un peu notre fille, fit Doc avec sérieux. Respecte mon inquiétude un minimum.

-Cherchez-là alors ! Elle choisit ses amis ! Si elle n'est pas ici, elle est ailleurs !

Doc se releva, une expression de triomphe sur son visage.

-Notre sauterelle est un jaloux ! Fit-il d'une voix chantonnante.

-JE NE SUIS PAS JALOUX !!! Cria Link en se dressant subitement.

Il heurta le bout de la canne de Doc du torse et celui-ci le fit rasseoir d'un geste vif.

-Je n'ai plus besoin de te demander quoi que ce soit, c'est clair comme de l'eau de roche, fit-il en écartant les bras. Inquiet pour ta Malon tu t'attends à ce qu'après des jours à se morfondre elle te saute au coup et te colle au cul. Que vous reformiez votre petit cercle d'amis à trois avec ta princesse. Et soudainement tu vois débarquer une sorcière-guerrière qui s'est trouvé une autre famille d'accueil et de nouveaux amis et voilà qu'à tes yeux la jeune fille en fleurs qui te vénérait tant se change en furie dévergondée dont les nouveaux amis viennent marcher sur tes plates-bandes, menacant de déliter le petit cercle dans lequel tu te sentais si bien. Cas typique de jalousie masculine. T'es un homme à femmes toi ?

Link voulut répondre, oscillant entre la fureur et le dégoût.

-Ah oui étonnant sa façon de réagir n'est-ce pas ? Fit Doc en penchant un regard sarcastique vers Link. Tu t'attendais à ce qu'elle implore ton pardon, à ce qu'elle se traîne à tes genoux. Ce qu'elle a du faire sans doute. Mais voilà, ta Malon a jugé bon d'avoir aussi le droit à la parole, de prétendre à un minimum de dignité. Elle a goûté au changement et savouré son odeur mielleuse et depuis elle ne peut plus s'en passer. Elle prend son envol, ouvre ses ailes et se jette dans le vide. Plus besoin de son papa oiseau pour la prendre sous son aile. Elle a développé les siennes. Ca grandit vite ces petites bêtes. Nous on lui a juste donné le coup de pied au cul salvateur.

-Vous en avez fait…une espèce de caricature vulgaire ! Protesta Link.

Doc fronça les sourcils, irrité. Link lut clairement qu'il se sentait insulté.

-En quoi est-elle vulgaire ? Demanda Doc d'une voix froide mais maîtrisée. Explique toi.

Link ouvrit la bouche mais rien ne sortit. Il chercha dans sa tête et ne trouvant rien s'agita nerveusement. Oui elle était plus dure. Oui elle était plus franche. Oui elle était plus brutale. A des lieues de la Malon qu'il avait eu l'habitude de fréquenter. Et pourtant c'était elle. Son étincelle d'innocence juvénile n'avait pas cessé de briller en elle. Elle avait toujours ce regard d'enfant que le passage à l'âge adulte ne peut enterrer, ces gestes délicats de femme pure, sa façon de sourire, son simple regard, l'aura de douceur et de tendresse qui malgré tout irraidait de sa peau comme une sainte auréole de lumière. Elle s'était agenouillé, elle avait pleuré, l'avait imploré.

-Et voilà…Fit Doc. Tout juste ce que je pensais. Ce n'est pas que tu lui reproches d'avoir changé, c'est que tu lui reproches de ne plus être ce que tu as toujours aimé qu'elle soit.

Doc s'assit à côté de lui. Link était crispé, au bord des larmes oscillant entre la fureur et le chagrin.

-Je l'ai perdu, gémit-t-il d'un ton furieux. Perdue !!! Je l'ai insultée et je l'ai blessée !!!

-Assurément le fait d'être Héros du Temps ca empêche pas d'être con des fois, soupira Doc sans se départir de son regard cynique. C'est ca qui nous ramène sur le plancher des vaches. Qui nous rappelle notre mortalité. Tu as oublié ca pendant un instant. Ce n'est pas à toi de définir les codes de son existence et tu as été assez aveugle pour ne pas t'en rendre compte.

-Je sais pas je suis perdu ! Fit Link. Je me sens impuissant, j'ai l'impression de…

-De perdre tes repères ? De sentir le contrôle de ta propre vie s'échapper de tes mains comme du sable ? Fit Doc. Si tu crois qu'être Héros du Temps et faire des moulinetx avec Excalibur suffit à faire de toi quelqu'un qui décide de son avenir crois-moi tu es un naïf de première catégorie !

Doc tourna son visage vers lui puis regarda le bout de sa canne tracer des formes invisibles et abstraites sur la moquette de la chambre.

-On naît et on meurt de la même ,façon, Champion, fit Doc. Pauvre ou riche, con ou surdoué, illustre héros ou obscur anonyme, quelque soit la race ou le sexe, on boit tous dans le même gobelet. Et aux dieux vat ! Même les Héros ne sont pas sans défauts. Et toi tu viens de te comporter comme un humain. Tu viens de renouer avec cette partie humaine dont tu avais oublié l'existence en acquérant tout ce pouvoir divin. Tu as cedé à la tentation de ce pouvoir au mépris de ses origines. Voilà ce qui se passe quand on coupe ses racines : on ne finit par ne plus savoir où aller après et comment s'y prendre.

-Qu'est ce que je dois faire ? Implora Link.

-Tes épées et tes fragments de Triforce ne te seront d'aucun secours, fit Doc sans le regarder. Tu dois résoudre ca en humain de chair et de sang, frêle et mortel.

Doc le regarda.

-Crois-tu que ta Malon a autant changé que ca ? Fit-il plu sévèrement. Tu ne t'es pas demandé si la nouvelle Malon que tu avais devant toi ne voyait pas sa transformation autrement ? Elle est toujours restée la même, imbécile ! Elle n'a pas changé les cordes de son arc, elle en a juste ajouté de nouvelles. Tout ce qu'elle a fait et enduré, elle l'a fait pour te retrouver toi, ta princesse et son père, pour retrouver son peuple. C'est ca qui l'a maintenue en vie. Ce que tu as vu sans le voir c'est le résultat de ce fol espoir, le reflet de ses plus grandes espérances. Elle t'as donné une preuve d'amour en se montrant sous son nouveau jour et tu lui as craché dessus. Comment veux-tu qu'elle ne se comporte pas comme elle l'a fait ?

-Elle m'a raconté son entraînement, fit Link. Comment…vous l'aviez…formée !

-Elle connaissait le risque, fit Doc. Je n'avais pas ma voix au chapitre, je ne suis qu'officier sub-alterne. Mais elle y est allée, au mépris de bien des choses. De ses convictions les plus profondes. Ne viens pas nous accuser de ce que nous avons fait. Car nous le faisons subir à tout le monde. Même moi je l'ai vécu. Ce n'est pas la Compagnie Impériale qui a précipité Malon dans cette forêt remplie de Trolls et dans nos bras. Et ce n'est pas la Compagnie Impériale qui est à l'origine de votre fuite. Nous n'avons fait que notre devoir et Malon a fait le sien. Et toi qu'as-tu fais Link ? Tu n'as rien fait. Tu n'as pas jugé utile de voir le changement. Ce n'est pas un reproche que je te fais mais il serait peut-être utile d'ouvrir tes oreilles d'elfes de temps à autres et d'écouter parler les autres avant de t'écouter parler toi. Malon t'as parlé, tu es resté sourd. Que vas-tu faire maintenant ?

-Il faut que je la voie, fit Link en se dressant. Je ne veux pas la perdre. Je me fous qu'elle ait changée.

-Il va falloir avant toute chose que tu te poses des questions sur toi-même, fit Doc. Les leçons de morales et les grandes envolées lyriques elle s'en fout ta Malon. Tant que tu n'auras pas compris la leçon, tant que tu n'auras pas ouvert les yeux sur ta propre nature et la sienne, tu es condamné à répéter les mêmes erreurs. Et je doute qu'elle apprécie d'avoir régulièrement à t'engueuler. Ca la blesse aussi crois-moi de savoir que son meilleur ami la considère comme une dépravée et je pense pas que son comportement soit exagéré. Il va falloir que tu tires ta casquette de Meilleur Ami des Femmes et que tu enfile celle du type qui un jour décide de tomber la tunique et le reste pour se présenter dans la plus totale simplicité. Ca t'aidera à mieux voir ce que tes yeux ne peuvent visiblement pas distinguer ».

Des pas résonnèrent dans le couloir et Corbeau se présenta à la porte.

« Hé Doc, t'as vu Rouquine ? Demanda-t-il.

-Partie faire un tour, fit Doc en se levant. Qu'est ce qui se passe ?

-Ses Majestés nous convoquent à une session extraordinaire, fit-il. On ne trouve pas Rouquine et Kal'Domas et je croit que les hommes commencent à s'inquiéter.

-En effet, fit Doc en sentant un souffle glacé dans le dos. Trouvez la en vitesse ! Je descend avec Champion ! ».

Corbeau disparut dans le couloir.

« Je crois mon pote qu'il est temps d'en savoir plus sur ce qui se trame chez toi…et chez nous », fit Doc.

Corbeau à peine resdecendu dans la salle de bal s'immobilisa en voyant Malon et Kal'Domas entrer ensemble dans la pièce par la grande porte fenêtre donnant sur la plaine. Les quelques autres invités qui s'apprêtaient à partir en restèrent béats. La Généralissime hylienne et le généralissime impérial, côte à côté, sans rien qui ne laisse transparaître de rivalité. Quatre dignitaires elfiques blèmirent. Ardath se leva, le visage interpelé et s'approcha d'eux. Malon et Kal'Domas esquissièrent un salut auquel l'Impératrice répondit par un regard soupçonneux mais où perçait plus l'étonnement que la méfiance.

« Généralissime Kal'Domas, fit-elle, dois-je en conclure que la trêve avec Hyrule va se dérouler sous de bons auspices.

-Je dois vous parler de quelque chose, fit le généralissime d'un ton sérieux. La généralissime Malon ici présente…Elle a rencontré le Nécromancien Mortalius.

Le visage d'Ardath eut du mal à ne pas exprimer de terreur. Elle eut un frisson nerveux qui sembla la forcer à déglutir.

-Je crois qu'il va effectivement falloir repenser la nature de nos relations avec Hyrule, fit Kal'Domas en regardant ses comparses.

Les autres elfes avaient changé d'expression. Une expression de terreur contenue. Ils acquiescèrent lorsqu'il les regarda et s'éloignèrent d'un pas rapide en discutant à voix basse.

-Il faudrait que je vous parle aussi de notre jeune amie, fit Kal'Domas en posa une main sur l'épaule de Malon.

Malon le regarda avec étonnement. Mais Kal'Domas ne lui renvoya pas son regard. Aranador s'approcha aussi. Ardath l'étudia : grand, visage carré, barbe grise, cheveux courts et argentés se déroulant en épis dans son dos, les yeux verts comme des émeraudes. Son visage était sombre et exprimait presque un reproche.

-Ardath, fit-il, fini de plaisanter maintenant. Je crois qu'il est temps qu'on se mette à table tous ensemble.

Ardath baissa les yeux. Un filet de honte défila dans son regard.

-Je te remercie de ton accueil et je sais que tes intentions son pures à notre égard, fit Aranador en lui saisissant les épaules. Mais nous n'avons pas fait tout ce chemin mon peuple et moi pour nous amuser à des bals. Si tu sais quelque chose sur ce qui nous frappe, je veux le savoir immédiatement. Je veux pouvoir combattre cette malédiction et mettre un point final à cette histoire. Alors plus de faux-semblants et de séductions. Je veux la vérité et la seule vérité.

Senjak se porta au secours de sa sœur, l'air contrit.

-Nous vous devons des explications en effet, fit Senjak. Il ne doit pas y avoir de secret entre nous. J'avais espéré ne vous annoncer ca que d'ici quelques jours, le temps que les festivité nous mettent dans de meilleures dispositions. Mais je n'ai pas le choix, je dois vous raconter tout. Nous allons clarifier les choses pendant cette réunion. Ca te va ?

-Je te dirai ca quand elle sera finie Senjak, fit le roi sans se départir de son regard méfiant. Pour l'instant je veux me faire une idée de ce qui nous attend.

-Très bien, amène tes gens dans ce cas. Ils ont le droit de savoir aussi ».

Corbeau s'approcha de Malon.

« Rouquine ? Je te cherchais partout, fit Corbeau.

-Je prenais l'air, fit-elle d'un air fatigué. Je crois que j'ai besoin de repos. J'ai un fond de mal de tête.

Corbeau toisa Kal'Domas qui affronta son regard sans rien dire. Corbeau cilla. Son regard était d'acier mais les yeux de l'elfe le firent fondre.

-On a eu une journée bien remplie, fit-il. Je crois que tu devrais aller te reposer.

-J'aimerais aller à cette réunion, je pense être suffisamment en forme pour ca.

-Tu as besoin de repos. Je sais pas ce qui se passe mais j'ai l'impression que quelque chose ne va pas ».

A cet instant Doc descendit l'escalier, suivi de près par Link. Ce dernier planta ses yeux dans ceux de Malon mais la jeune femme lui renvoya un regard chargé d'un mépris viscéral. Link l'implora des yeux. En vain. Corbeau fit navuguer son visage entre les deux.

-Je crois que j'ai compris…Soupira-t-il.

-Je n'ai pas envie d'en parler, fit Malon sèchement. Doc ?

-J'ai cru comprendre que les huiles se rassemblent ?

-Une réunion extraordinaire, fit Malon en s'approcha de lui. Qu'est ce que tu faisais avec lui ?

-Je te cherchais et je l'ai trouvé abattu comme un chien dans ta chambre, répondit Doc. Il m'a raconté pour vous deux.

Malon eut un grognement exaspéré.

-Il a besoin de s'épandre en plus…Fit-elle. Non seulement il est idiot mais en plus il le fait savoir à tout le monde.

-Il a visiblement mal encaissé votre petit règlement de compte.

-Qu'est ce qui s'est passé exactement ? Demanda Corbeau. Ah désolé j'oubliais que tu ne voulais pas en parler.

-Je te raconterai ca plus tard, fit Malon en le regardant. A moins que Doc puisse t'en faire un petit résumé complet.

-Pas avec tous les détails, fit Doc. Il se méfie de moi. Il en veut apparemment à la Compagnie pour t'avoir changée en furie. Il t'as décrite comme une…heu…carricature vulgaire.

Malon soupira au comble de l'exaspération. Doc et Corbeau pouvaient presque la sentir brûler. Corbeau baissa les yeux et les écarquilla : les mains de Malon irradiaient de chaleur et des flammes commençaient à lécher sa peau.

-Rouquine calme-toi, fit Corbeau en lui posant une main sur l'épaule. Regarde tes mains…

-Hein ? Fit-elle comme sortant d'un rêve. Oh zut ! »

Elle les agita comme pour éteindre le feu. Celui-ci mourrut de lui même.

« Il faut que je me contrôle plus, fit Malon. Je ne suis encore qu'en début d'apprentissage.

-On va aller à cette réunion et voir un peu ce qu'il en est, fit Doc. Demain tu prendras un peu de repos, je crois que nous en avons besoin tous.

Malon acquièsca.

Zelda regarda Link arriver près d'elle. Elle avait intercepté le regard que Malon lui avait lancé et cela focalisa toutes ses pensées sur le pourquoi de cette fusillade occulaire. Link avanca vers elle, sans la regarder, yeux désespérément rivés vers Malon.

« Que se passe-t-il ? Demanda-t-elle.

-Malon et moi…Fit Link en soupirant, yeux baissés, mains sur les hanches. On…heu…On a eu une discussion agitée.

-Autrement dit une dispute carabinée ? Fit Zelda les bras croisés. Et pour quelle raison ?

Link la regarda. Malon discutait avec Doc et Corbeau. Elle était toujours en colère mais la fatigue transparaissait sur son visage.

-Je…je…Fit Link. Je sais pas, je ne sais plus j'ai…je l'ai retrouvée te pourtant je ne la retrouve pas je… J'ai l'impression de tout perdre. J'ai perdu mes pouvoirs, ma capacité à me battre et maintenant…elle…

-Perdu ? Mais qu'est ce que tu racontes ? Lanca Zelda avec de grands yeux. Enfin c'est elle Link ! Elle est plus forte qu'avant c'est tout et c'est pas un mal.

-Je n'y arrive pas Zelda, fit Link d'un air implorant. Je n'arrive pas à…c'est tellement… Elle était tellement pure et maintenant…

Zelda soupira avec irritation.

-Non pas toi s'il te plaît, implora Link.

Elle lui colla une tape sur le front.

-C'est pas possible, grogna-t-elle. Alors tu lui a dit en gros « je te reconnais pas, tu n'es pas mon amie tu es une autre fille qui a pris sa place » ?

Link ne répondit pas ce qui fut une réponse suffisante pour Zelda.

-Je pense que Malon t'as suffisamment sermonée pour ca, répondit-elle en croisant les bras. Je m'abstiendrai de lui faire écho. Mais je n'en pense pas moins.

-Je dois faire quoi ? Demanda Link.

-On avisera plus tard, fit Zelda. Allons à cette réunion ».

La réunion se déroula dans une salle élégamment décorée. Les murs en bois étaient finement sculptés de motifs floraux et de gargouilles. Une grande table vernie chevauchait un tapis d'apparât. Ardath et Senjak s'installèrent à l'extérmité de la tabme sur deux hautes chaises et regroupèrent autour de la table les officiers de la Compagnie, Link, Zelda, Malon, Kal'Domas et le roi. L'impératrice fit asseoir Malon et Kal'Domas sur les chaises jouxtant la sienne et celle de son frère. Deux Elfes impériaux rejoignirent leur confrère.

« Bien la réunion peut commencer, fit l'empereur avec un semblant de sollenité. Il n'y aura pas de faux –semblants, tout sera dit ici.

-Parfait, fit le roi. Commencons.

Ardath désigna les deux autres elfes qui avaient rejoint Kal'Domas.

-Voici le conseiller Grav'Bal et le général Kas'Drya, fit-elle, hauts dignitaires de la race des Elfes Impériaux. Ils sont ici pour assister le généralissime Kal'Domas.

Personne ne présenta ses hommages à personne. Grav 'Bal portait une barbe blanche et ses yeux brillaient d'un éclat de saphir irradiant. Quant à Kas'Drya, il était imberbe et portait ses cheveux blonds noués en queue de cheval.

-Que pouvez vous me dire de la situation actuelle de la terre des ombres ? Fit le roi.

-Rien que tu ne saches déjà je pense, fit l'impératrice en croisant les mains sur son bureau. Comme tu le sais, la Terre des Ombres est un monde à cheval entre le monde réel et le royaume des morts. Un univers qui n'obeit qu'à ses propres règles. Même la nature y est chamboulée. C'est un domaine corrompu par un Mal ancestral qui a étendu son emprise sur le monde au fil des siècles. Mais ce Mal ne peut s'incarner entièrement sur terre. C'est une entité immense qui ne trouve d'espace que dans une dimension étherée. S'incarner dans notre monde reviendrait presque à vouloir faire tenir l'océan dans un verre. Elle semble s'être décidée à s'incarner sous différentes formes, usant de différents avatars. Neuf Sorciers naquirent, neuf puissants esprits quasi-immortels qui se confédérèrent. Ils se distinguent des autres mages noire par leur nature purement diabolique. Ce ne sont pas des humains mais des êtres nés de la volonté du Mal.

-J'ai lu cela dans mon livre sur la sorcellerie, fit Malon. Il était question de Ganondorf.

-Ganondorf était un de ces rois sorciers mais il avait une nature plus impulsive. C'est pourquoi il s'est éloigné d'eux. Je sais aussi que vous en avez croisé un autre. Le Nécromancien Mortalius.

Kal'Domas tourna son visage vers Malon, apparemment impatient d'en apprendre plus.

-« Rencontrer » est un grand mot, fit Malon. Il s'est adressé à moi à deux reprises. La première fois dans la ville de Stallberg que nous avons purifié. Il a possédé un prêtre. Et la deuxième fois hier soir. Il m'a observé alors que j'effectuais mon premier apprentissage en matière de magie.

-Mortalius s'est manifesté à chaque fois que Rouquin…que Malon pardon a fait preuve de ses capacités, fit Crapaud. Il a flairé la magie en elle hier soir.

-Ce qui signifie qu'il la considère comme un adversaire en puissance, fit Kal'Domas.

-Ou un simple jouet, fit Ardath. Comme regarder un scorpion se défendre contre une horde de tarentules.

-Il a mentionné le nom de Vorandor, fit Malon. Qui est-ce ?

-Un Vampire, répondit Senjak. La race a été l'une des premières à exister dans la Terre des Ombres mais pour des raisons qui m'échappent ils se frittent avec le Cercle des Neufs. Je crois que c'est une espèce de lutte de pouvoir. Vorandor est le plus puissant d'entre eux. Et curieusement il ne semble pas nous chercher des noises. On dirait que les Vampires considèrent cet endroit plus comme un « chez eux » que comme un bastion de pouvoir à étendre d'avantage.

-Quels liens entretenez vous avec lui ? Demanda le Capitaine.

-Absolument aucun, fit Ardath en haussant des épaules. Les rares fois où nous nous sommes rencontrés n'ont pas été fructueuses en informations et en échanges. Vorandor semble mépriser notre espèce.

-Pas étonnant, intervint Sans-Nom qui avait brillé par son silence jusqu'à maintenant. C'est un vampire !

-Et alors ? Demanda Zelda.

-Les vampires perdent leur humanité au fil du temps, expliqua Sans-Nom. Arrivé à un certain âge, ils perdent toute considération pour le genre humain. Leur puissance leur donne une arrogance qui se traduit par un mépris des faibles. Du moins ce sont les aristocrates vampires qui agissent ainsi. Ils n'hésitent pas d'ailleurs à marcher sur la gueule des maillons faibles de leur propre race.

-Vous pensez que je pourrais le rencontrer ? Demanda Malon.

Silence gêné.

-Qu'est ce que tu entends par « je » ? Fit Zelda en fronçant les sourcils. Tu ne t'immagines pas que tu vas aller crapahuter toute seule dans la Terre des Ombres tout de même.

-Non bien sûr que non, fit Malon en posant une main sur celle de Zelda.

-Et puis que voudrais tu tirer ce ce vampire ? Continua la princesse. Qu'est ce qu'il fera pour toi hein? Il te rira au nez et t'enfermera dans un garde-manger en attendant de venir te saigner comme un cochon.

-Il y a des interêts communs qui motivent les deux partis, intervint Crapaud en caressant son menton. Ce pourrait être interressant d'un point de vue stratégique.

-Et vous croyez que Vorandor va se plier à cela aussi facilement ? Fit Sans-Nom. C'est un Vampire bon sang ! Il préfererait se mettre une épée dans le pied plutôt que de dire « bonjour » à un seul d'entre nous. Et ce serait un miracle qu'il daigne ouvrir la bouche pour nous parler. Il déteste le Cercle des Neufs mais je doute qu'il soit désespéré au point de contracter une alliance avec son garde manger.

-De plus la race des Vampires est presque éteinte, fit Senjak en réfléchissant. Et en admettant qu'ils soient encore capable d'opposer de la résistance, je doute qu'ils n'acceptent de nous aider sans contrepartie. Et à ce niveau là, ils ont les dans longues si vous me passez l'expression.

-Purifier la Terre des Ombres a toujours été une mission impériale, fit Ardath. Récupérer l'ancienne province de Vallum devenue nid des plus infectes pourritures de ce monde. Mais malgré toute la puissance militaire et magique dont nous disposons nous n'arrivons pas à nous en emparer.

-Et la malédiction qui pèse sur Hyrule n'arrange pas les choses, ajouta Senjak. A ce jour si Vallum reste imprenable, ses échecs doivent beaucoup aux alliances entre nos deux nations. Je parie que la malédiction qui frappe Hyrule est le fait de leurs actions.

-Impossible, fit le roi catégoriquement. Nous avons consulté nos oracles. Les dieux nous ont maudit. On ne sait pas pourquoi.

-As-tu songé un seul instant que certains de tes oracles puissent être corrompus, avança Ardath. Que des espions aient faussé les résultats ?

-Marsilla ici présent a vu aussi ce qui allait se produire, fit le roi en désignant le sorcier. C'est un homme de confiance parfaitement honnête. Je répond entièrement de lui.

-Mes visions étaient très claires, fit Marsilla. Qui plus est Malon ici présent en a également eu.

Les visages se tournèrent vers elle.

-Quoi ? Elle est clairvoyante ? Demanda Doc interpelé.

-Tu te souviens le rêve que je t'ai raconté où je te voyais dans un hopital du New Jersey ?

Doc acquièsca.

-C'était une vision, fit Malon. Une vision qui prophétisait le monde qui succéderait à Hyrule. Il y avait toi et…Zelda et Link et un autre que je ne connais pas. Ils m'ont parlé d'un déluge qui a ravagé l'ancien monde pour laisser place à un nouveau. Je crois qu'il était question…d'une ville nommée Atlantis. Et ils ont aussi parlé de « déluge biblique ».

Son affirmation fut le point de départ d'un concert de chuchotement entre chaque soldats. Doc se pencha vers elle.

« Tu aurais pu me dire que c'était une vision, fit Doc. C'est pas quelque chose qu'on prend à la légère.

-Je crois qu'il y a plus encore, fit Marsilla. J'ai vu aussi quelque chose de mon côté. J'ai aussi vu la destruction d'Hyrule. Les déesses m'ont parlé d'une troisième entité.

Silence dans la salle.

-Première nouvelle, soupira Senjak. Une troisième entité ?

-Quelque chose censé soumettre le bien et le mal à sa volonté, fit Marsilla, quelque chose qui transformera cette terre en enfer. Ce qui m'effraie dans tout ca…c'est que cette entité porte le nom de Malon.

Les affirmations provoquèrent un concert de cris et de commentaires enflammés. Les elfes et les hommes de la compagnie commeçèrent à s'invectiver sur la présence de Malon. Cette dernière les regardait faire, impuissante, terrifiée par cette révélation.

« Silence s'il vous plaît, tonna Senjak. Allons du calme ! Pas la peine de s'énerver !

Le silence revint avec difficulté.

-Des Malon il y en a eu des centaines dans ce monde, fit Senjak à nouveau. Rien ne prouve que c'est cette Malon là qui est concerné.

-Marsilla asvez-vous clairement entendu le nom de Malon ? Demanda le roi.

-J'ai entendu une voix sussurer « Impératrice en Hylien », fit Marsilla. C'est bien la signification de Malon ?

-Ca peut très bien être Malon Hora Wolf, fit le roi.

L'affirmation fit tomber une chape de plomb dans la salle.

-On ne l'a plus revue depuis bien longtemps, ajouta-t-il. Peut-être qu'elle a mal tourné dans la Terre des Ombres.

-A supposer qu'elle soit encore en vie pourquoi la Guerrière Sainte d'Hyrule pourrait soudainement menacer sa propre contrée ? Fit le Capitaine de la Compagnie.

-Souvenez-vous que ce sont les dieux qui ont condamné Hyrule, fit Crapaud en levant un doigt. Or Malon Hora Wolf est née de la volonté des Dieux. Qui sait si ce n'est pas elle le désastre annoncé.

-Possible, fit Marsilla, mais la Malon que j'ai vu (à supposer que c'était elle) était purement maléfique.

-En reprenant la possibilité que Malon Hora Wolf soit vivante et qu'elle se soit laissé corrompre…Songea le roi. Est ce qu'il lui est possible…de se faire passer pour une divinité ?

Silence dans la salle. Crapaud et Sans-Nom parurent concentrés.

-Vu le lien qu'elle entretient avec les dieux elle peut parler en leur nom, fit le second. Mais…Si Hora Wolf est devenue maléfique…vos dieux auraient du se détourner d'elle.

-C'est une guerrière sainte, ajouta Crapaud. Elle est demi-dieu elle-même. Ce que les dieux peuvent faire, elle peut le faire. A échelle réduite certes mais à échelle suffisamment large pour se faire passer pour tel.

-Ca ne nous fait pas avancer, fit le Capitaine. Au contraire on élargit le champ des possibilité sans les éliminer.

-Combien de Malon ont existé ? Demanda Zelda. Des centaines vous disiez ? Peut-être qu'en fouillant dans les archives on pourrait…

-Vous avez vu autre chose ? Demanda Link.

C'était la première fois qu'il prenait la parole depuis le début de la réunion. Cela fit titiller Malon. Sans faire tourner son visage vers lui.

-Un médecin apparemment, fit Marsilla. Il a prédit cinq ans à vivre à la mère de cette femme. Enfin j'ai entendu une voix qui s'apparente à la sienne prédire cela.

Malon et Doc se regardèrent avec effroi.

-C'est ce que j'avais prédit à la mère de Malon, fit-il.

-Et la mère de Malon Hora Wolf est morte cinq ans après la naissance de cette dernière…Fit Crapaud pensif.

-La mienne est morte…au bout de deux ans, fit Malon.

Silence à nouveau.

-C'est moi que vous avez vu ? Demanda Doc à Marsilla ;

-Je ne pense pas, le médecin avait une tête de cadavre. Il était aussi question d'une berceuse.

-Le chant d'Epona, fit Link sombre.

-Le chant d'Elzabiel, fit Crapaud. Elzabiel était la mère de Hora Wolf.

-Epona est la jument de Link, fit Zelda. Elle appartenait à Malon avant. Mais la berceuse est de sa mère je crois.

-Ca commence à devenir compliqué cette histoire, fit Ardath en se frottant les yeux des doigts.

-Ce sont les seuls parallèles avec Hora Wolf que je peux me permettre d'établir, fit Crapaud. A supposer que Marsilla nous ait tout raconté.

-C'est tout ce que je sais, fit-il.

-Bien on avance, fit Senjak. Lentement mais surement. Assurément je pencherai d'avantage sur l'option Hora Wolf que sur la Généralissime.

Les autres approuvèrent.

-Si je puis me permettre une intervention, fit Kal'Domas.

Ce qui provoqua un mouvement général des visages vers lui.

-Mes chers frères et moi-même avons convenu de la sorte qu'il serait intéressant d'établir un comparatif des histoires respectives entre Malon Hora Wolf et Malon ici présent. Quel âge avez vous ?

-25, fit Malon.

-L'âge d'Hora Wolf lors de sa révélation divine, fit Kal'Domas. Coïncidence ?

-Il faut ajouter quelque chose à cela, fit Grav'Bel avec gravité. Si Malon Hora Wolf est de retour…quid de Kayin Stahl ?

-Précisez votre pensée, fit Senjak.

-Je pense à une réincarnation, fit Grav'Bel.

Les commentaires fusent. Zelda et Malon se regardent avec étonnement et effroi. Malon ne sait plus quoi penser. Un mal de crâne commence à se répandre dans sa tête et l'irritation la gagne.

-Il faudrait…la soumettre à des analyses, contribua Grav'Bel. Notre race a mis au point des techniques pour identifier les âmes. Nous pourrions avec cela déterminer si Malon ici présent présente une quelconque identité propre à la famille Hora Wolf.

-Je ne me rappelle pas que Malon ait mentionné une parenté avec la famille Hora Wolf, fit Zelda.

-Et moi je ne me rappelle pas que mon père l'ait mentionné, fit Malon.

-La réincarnation se moque de la filliation lignagière, fit Kas'Dya. Mais mes services de renseignement peuvent éventuellement faire des recherches généalogiques. Cela nous permettrait d'apporter des précisions.

-Il nous faut votre accord Malon, fit Kal'Domas. Mais sachez que ces informations peuvent être vitales pour la suite des évènements.

-Faites comme vous voulez, fit Malon d'un geste las. Je n'en suis plus à un étonnement près. J'ai l'impression que je me découvre, que je me suis mentie toute ma vie sans le savoir sur mes origines et mon destin.

Silence gêné. Link baisse les yeux.

-Ne tirons pas de plans sur la comète, fit le roi. Pour le moment tout cela n'est qu'un tissu de suppositions sans fondements. Je suggère de lever cette réunion pour le moment et de prendre tous du repos, nous avons eu une journée chargée et la nuit porte conseil.

-Nous allons t'amener à tes appartements, fit Ardath.

-Il faut que j'aille voir mes gens et mes soldats, fit le roi en se levant. Je dois m'enquérir de leur état.

-Vous pourriez prendre des nouvelles de mon père ? Demanda Malon.

-Je vais envoyer tout de suite un messager, fit le roi. A plus tard ! ».

Ardath escorta le roi jusqu'au seuil de la salle de réunion. Chacun se leva en y allant de son petit commentaire.

Zelda s'approcha de Malon qui s'appuyait sur la table, visage déformé par la fatigue.

« Hé ma belle, ca va ? Demanda Zelda en lui caressant une mèche de cheveux.

Malon soupira doucement.

-Non ca ne va pas, fit-elle. Plein de choses ne vont pas.

Elle tourna de grands yeux tristes vers elle, les yeux auxquels Zelda était habituée quand Malon était prise d'un chagrin immense.

-Je crois que je vais perdre la tête, gémit-elle. Je n'en peux plus de tout ca. De cette situation. Je…

Elle vit Link s'approcher.

-Je vais me retirer, fit-elle vivement. Je n'ai pas envie de rester ici.

-Malon il faut qu'on parle de ca, fit Zelda.

-J'ai dit ce que j'avais à dire et je n'en démordrai pas, fit Malon en foudroyant Zelda du regard. C'est entre Link et moi et je te prierai de ne pas t'en mêler.

-Malon tu as besoin de nous je…Commenca Zelda.

-Et comment j'aurais besoin de vous ?!!! Hurla finallement Malon faisant sursauter la salle entière. Mais bon sang pour qui vous prenez vous à me dicter ma vie ?!!! Qui êtes vous pour me dire comment penser, agir, quoi dire et quoi faire ?!!! Est ce que je n'ai pas le droit d'avoir la voix au chapitre pour une fois ?!!!

Zelda recula, effrayée par cette saute d'humeur.

-Malon je ne voulais pas…Fit Zelda.

-J'en ai assez de vous deux et de vos préjugés sur ma personne !!! Fit Malon en les désignant du doigt. J'en ai assez de votre pitié et de vos regards compatissants !!! J'en ai assez d'avoir à me poser la tête sur vos épaules à chaque fois que je me sens triste !!! J'en ai assez d'être Malon !!!

La dernière phrase les horrifia au plus profond de leur être. Zelda et Link tremblaient d'effroi.

-Du moins…Corrigea Malon halletante, le feu aux joues. Je ne veux plus être la Malon que vous avez toujours fréquenté ! Une espèce de potiche aux yeux de poisson qui tremble comme une feuille dès qu'un rat se pointe dans une pièce ! Et qui affiche une délicatesse écoeurante avec tout ce qu'elle voit ! Qui a un besoin inconsidéré de…de se sacrifier pour tout et pour rien, qui ne peut pas supporter de dire ses quatre vérités à quelqu'un parce qu'elle a peur de blesser ce quelqu'un ! J'en ai assez de passer mon temps à peser chacun de mes mots pour éviter de dire quelque chose de travers afin de ne pas perdre un ami! J'en ai assez de cette abnégation servile, de cette volonté de plaire et de tirer des sourires à la galerie, de n'être qu'un vase de fleurs qu'on adore regarder pour se remonter le moral, d'être au service des autres sans jamais qu'on ne m'en rende, je veux vivre pour moi-même !

Ses yeux lançaient des éclairs. Zelda poussa un cri en reculant. Le feu brûlait dans les mains de Malon. Celle-ci avec un grognement irrité dispersa les flammes. Zelda s'approcha d'un pas incertain.

-Il n'a jamais été question de cela Malon, fit-elle d'une voix douce. J'ai toujours respecté la femme en toi. Mais pourquoi ne pas avoir dit…tout cela avant ?

Malon la regarda. Avec mépris.

-Et pourquoi devrais-je toujours tout dire ? Fit-elle. Pourquoi est-ce à moi de faire l'effort ? Les amis ne sont-ils pas censés aussi comprendre les sentiments des autres ?

-Tu me demande de lire dans ton esprit, fit Zelda, ce que je ne peux décemment pas faire.

-Ah oui j'oublais ta chère honorabilité spirituelle, fit Malon. Mais même mes chagrins n'ont recu qu'un mur. Toujours des « ca va aller » et des « tout ira bien ». Mais jamais de « tu veux parler de quelques chose » ou de « est ce que quelque chose de tracasse » ?

-Si tu veux parler alors fais-le, fit Zelda.

Malon resta interdite. Elle semblait troublée, hésitante.

-Non…Fit-elle enfin. C'est trop tard pour cela. Bien trop tard.

Elle les regarda, ses grands yeux couleur saphir brillant d'éclats de défi.

-J'ai une nouvelle vie, fit-elle d'un ton las. De nouveaux amis. Et mon passé est mort. Ma terre natale, mon ranch, mes animaux…

Elle les regarda. Et vacilla sur elle-même en portant la main à son front.

-Même vous, fit-elle d'une voix faible, vous me semblez…morts… »

Elle s'écroula au sol. Zelda et Link poussèrent un cri et se précipitèrent sur elle. Doc s'agenouilla, la retourna. Malon était blanche, son visage reflétant une expression de souffrance silencieuse. Il porta la main à son front.

« Elle a de la fièvre, fit-il. Crapaud va me chercher ma trousse à outils dans ma chambre ! Magne toi le cul ! Je l'emmène dans ses appartements ! ».

Ils restèrent devant la porte pendant une demi-heure d'un silence pesant et étouffant. L'impératrice, l'empereur, le roi, Zelda, Link, Crapaud, le Capitaine, Corbeau et Sans nom fixaient la porte comme une relique contenant quelque maléfice prêt à se déverser sur Hyrule. Enfin elle s'ouvrit, les faisant tous sursauteur. Doc la referma délicatement.

« Comment va-t-elle ? Demanda Zelda.

-Ca ira, fit Doc avec confiance. Elle a eu un coup de fatigue c'est tout. Et beaucoup d'émotions. Je pense que c'est le stress de ces derniers jours qui lui retombe dessus.

-On peut la voir ? Demanda Link.

Doc tourna ses yeux vers lui et son regard se fit dur.

-Je crois que vous en avez assez fait comme ca tous les deux, fit-il avec sévérité. Elle n'a pas besoin d'une nouvelle crise de nerf ou d'un épanchement lacrymal. Elle a besoin de sommeil et de repos. C'est sa tête qui la fait souffrir. Je lui ai administré un calmant et elle doit dormir sans doute en ce moment même.

-Elle vous a parlé ? Demanda Zelda.

-Très peu, fit Doc. Elle est très faible. Je crois qu'elle a peur aussi.

-Peur de quoi ?

-Peur d'elle-même, fit Doc. Pas très malin de lui faire des critiques alors que sa vie est en train de basculer.

Il prononca ces phrases en jetant un regard accusateur vers Link et Zelda.

-Je vous demanderai de ne pas nous juger, fit Zelda avec froideur.

-En attendant il faudra bien que je donne mon avis si à chaque fois que vous lui faites une critique je dois m'occuper d'elle, répondit Doc avec la même froideur. Elle a besoin de soutien pour s'adapter à sa nouvelle personnalité, pas de deux pauvres imbéciles sans cervelles qui tirent la grimace au moindre changement de sa part.

-Je vous prierai de ne pas insulter Zelda, fit Link en s'avancant d'un pas menaçant.

-Hé abruti, lança Corbeau bras croisés, c'est la faute à qui si elle est dans cet état ? Ta copine se pointe et tout ce que tu trouves à lui dire c'est de critiquer sa façon de faire ?

-Parce que tu la comprends mieux toi peut-être ? Lanca Link en levant le ton. Toi et ta bande de tueurs ? Elle m'a raconté ce qui s'était passé quand elle était parmis vous ! Vous n'êtes qu'une bande de tortionaires !

-Ben voyons ! Lanca Corbeau avec un rire. C'est clair, il suffit de la regarder pour s'en rendre compte ! C'est nous les moutons noirs dans son petit groupe !

Link sentit la colère lui monter aux lèvres. Corbeau retourna le couteau dans la plaie.

-On l'a acceptée telle qu'elle était, fit-il sans sourire. On se fout de ce que les gens deviennent et de l'état dans lequel ils arrivent. Parce que dans notre bande de tortionaires la première chose que l'on cultive c'est l'individualité. Vous…vous ne faites que la maintenir dans son petit monde à elle.

-Corbeau c'est pas à toi de juger cela, fit Doc.

-Peut-être, fit Corbeau, mais voilà. Rouquine est plus qu'un lieutenant pour nous, c'est une sœur ! Une sœur qui est libre de ses choix et de ses actions ! Ce qui n'est pas le cas semble-t-il avec les « amis » qu'elle a tant espéré revoir.

Corbeau grimaça de dégoût.

-Qu'est ce qu'elle vous trouve ? Fit-il avec mépris.

-On la connaît plus que toi ! Cria Link.

-Apparemment ce n'est pas ce qu'elle pense ! Lanca Corbeau. Ecoute toi deux secondes ! Toujours à prétendre tout savoir sur elle, ses désirs, ses ambitions ! Tu ne l'écoute même pas ! Et voilà le résultat ! Vous la tuez à petit feu avec vos grands yeux à chaque fois qu'elle fait quelque chose d'inattendu de votre part ! »

Link voulut se jeter sur Corbeau mais le Capitaine, Senjak et Zelda furent sur lui en deux secondes. Corbeau recula, fusillant Link du regard. Zelda poussa des cris et intima à Link l'ordre d'arrêter.

« Ca suffit maintenant ! Cria le Capitaine en plaquant Link contre le mur. Ca suffit ces conneries ?

-Ne me touchez pas ! Fit Link en se débattant. Virez vos sales pattes de moi !

Le Capitaine plaqua Link brutalement contre le mur à nouveau.

-Je te lâcherai quand tu seras calmé ! Fit-il. Et je te garantis que Héros du Temps ou pas je tiendrai le coup ! alors tu vas te calmer tout de suite !

Link s'agita encore légèrement puis contint le reste de sa colère en lui. Avec un soupir il se laissa faire. LeCapitaine s'attendit à ce que Corbeau lance une flèche du parthe mais rien ne jaillit de sa bouche. Corbeau fixait Link. Mais ce n'était pas de la moquerie qu'il y avait dans les yeux. Juste de la consternation. Zelda se sentait honteuse et confuse, colérique et perdue.

« Doc, fit le Capitaine, on va y aller maintenant. Qu'est ce que tu fais ?

-J'occupe la chambre d'à côté, fit-il en faisant tourner sa canne dans sa main. En cas d'urgence je serai prompt à répondre.

-Parfait alors je pense qu'on va cesser les hostilités pour l'instant, fit le Capitaine.

-Je suis d'accord, fit Senjak.

-Zelda enfin dit quelque chose, grogna Link.

-Tu mériterait une paire de claques, répondit-elle le regard peinant à contenir sa colère. Ce que je ferai si Malon ne dormait pas à côté ».

Link ne répondit pas. Il se sentait vaincu, impuissant, plus bas que terre.

« Vous deux, fit le Capitaine en le désignant lui et Zelda, je veux vous voir immédiatement. On a des choses à se dire !

-Je refuse de…Rétorqua Link en se détournant.

-Ca suffit Link, tonna Zelda. Je viens avec vous! Link si tu veux aller bouder dans ta chambre ne te gêne pas !

-Non il vient, exigea le Capitaine avec sévérité.

-Ne me donnez pas d'ordre, je… Répondit Link.

-Vous allez avec lui, exigea l'empereur. Et ca c'est un ordre ».

La sévérité de la voix ne lui laissa pas le choix. Tous les regards convergeaient vers lui. Le Capitaine salua les altesses impériales et remonta le couloir. Zelda et Link le talonnèrent, ce dernier avec retenue. Cogneur déboula alors comme un fou et Doc eut toute les peines du monde à le calmer.

Ils entèrent dans un bureau. Le capitaine déposa ses gants sur la table. Une fenêtre donnait sur la cîté et le capitaine tira les rideaux pourpres qui les encadraient. Il y avait deux chaisses à dossier en bois sculpté que le Capitaine fit avancer pour permettre à Link et Zelda de s'asseoir. Puis il s'assit en face d'eux.

« Vous voici dans mon bureau, fit-il. Comme vous le savez je suis capitaine de la Compagnie dans laquelle s'est retrouvée Malon. Ce que vous ne savez pas c'est que son nom véritable est Cohorte des Compagnons Impériaux. Nous avons été une bande de mercenaire autrefois avant d'entrer au service définitif de leurs altesses impériales. Nous sommes une unité d'élite de l'armée. Malon y a été recueillie à un moment crucial au cours d'une de nos missions. Nous devions purifier une ville et l'observions en attendant d'avoir confirmation d'activités sataniques. Nous ne sommes pas très nombreux et chaque homme compte. Et nous ne pouvions pas nous permettre de protéger une femme sous peine de compromettre cette mission et peut-être les opérations visant à combattre la Terre des Ombres. Malon a donc accepté de s'engager en tant que soldat.

-Nous savions déjà tout cela, fit Zelda d'une voix calme. Elle nous a raconté tous les détails de son entraînement.

-Alors vous saviez qu'elle s'y est soumise sans protester ?

-Elle n'avait pas le choix ! Protesta Link.

-Elle aurait très bien pu partir, fit le Capitaine. Fuir loin de nous. Elle a préféré endurer la douleur et la souffrance et repousser ses limites. C'était son choix à elle. Nous ne lui avons pas donné de choix certes. Mais qu'est ce qui l'empêchait de faire les siens ?

-La peur ! Fit Link. Elle a toujours été impressionnable et timide ! Elle avait un couteau sous la gorge !

-Et pourtant elle a décidé d'aller jusqu'au bout, fit le Capitaine stoïque. Qu'est ce que vous avez à répondre à cela ?

-Qu'elle a agit par contrainte ! Pas par choix !

-On a tous le choix dans notre vie, fit le Capitaine. Et il résulte d'une longue concertation avec soi-même. Ce qui nous paraît important. Ou pas.

Link se renfrogna.

-Mais ce choix savez-vous pourquoi elle l'a fait ? Demanda le Capitaine. Non ? Parce qu'elle ne voulait qu'une chose : vous revoir. Elle a changé pour vous.

Zelda et Link levèrent les yeux.

-Elle s'est toujours considérée comme une incapable, fit le Capitaine. Du moins quand la situation exige de se battre. Elle voulait vous aider, ne plus être le spectateur passif d'une passe d'armes réservés aux seuls héros d'Hyrule. Elle voulait être à votre niveau, être digne de votre amitié. Elle a sacrifié son ancienne personnalité pour vous libérer de votre fardeau.

Link voulut trouver quelque chose à redire mais rien. Il tremblait et sa colère se changea en honte. Zelda baissa les yeux en grimaçant.

-Et tout ce que vous trouvez à faire, c'est la voir comme l'ancienne Malon, continua le Capitaine. Elle a changé mais vous refusez de la voir sous son nouveau jour. Pour vous ce n'est que la fermière de votre terre d'Hyrule.

-Mais nous l'avons toujours connue comme ca, fit Link, une colère chevrotante dans sa voix.

-Elle veut que cela change, fit le Capitaine. C'est pas faute de vous l'avoir dit quand même. Je sais ce que vous ressentez : vous avez peur pour elle, vous nourrissez un besoin irrépressible de la protéger. Vous l'aimez énormément c'est une certitude. Mais voyez-vous c'est cet amour qui l'étouffe. Et elle en a assez de vos grands yeux compatissants et de vos accolades empathiques. Elle veut que vous la considériez comme quelqu'un de fort et pas de sensible.

Zelda acquièsca. Link gratta sa tête.

-Je suis désolé…Fit-il enfin. Je ne pensais pas que Malon…Il faut dire qu'elle a toujours été très discrète.

-Vous auriez pu lui en parler, fit le Capitaine avec reproche, lui demander ce qu'elle ressentait au lieu de la prendre en pitié pour ses souffrances. Elle est très fière de ses prouesses et vous, vous lui reprochez de s'y être abandonnée. Elle ne veut plus de ca.

-Elle ne veut plus de nous ? Demanda Zelda.

-Non bien sûr que non, fit le Capitaine en se redressant. Elle veut juste que vous changiez votre point de vue sur elle. Nous l'avons connu telle que vous l'avez connue et nous l'avons vu se transformer. Croyez-moi, elle est restée fidèle à elle-même. Elle a simplement fait quelques changements dans sa façon de se comporter. Mais elle reste fondamentalement quelqu'un de doux et avec une grande sensibilité. Malon n'est pas seulement un bon soldat, c'est quelqu'un de fort et de courageux, prêt à donner tout ce qu'elle a pour ce qu'elle aime. Ce qu'elle a fait en se soumettant à cette « torture » comme vous dites. Vous l'avez critiquée alors qu'elle a tout donné pour vous revoir. Je pense que vous devez comprendre ce qu'elle ressent maintenant ?

-Oui mais…Fit Zelda. C'est tellement brutal comme changement.

-Il y a trop de choses qui changent, fit Link sombre. Même moi je ne peux pas arrêter ca.

-Héééé non, fit le Capitaine. Mais à bien y réfléchir je suis sûr d'une chose : si elle avait eu vraiment le choix, elle aurait préféré sa vie de fermière qu'elle a toujours connu.

Il se pencha vers eux.

-Pour l'instant je vous suggère de la laisser tranquille, fit-il. Profitez en pour réfléchir à ce que je vous ai dit. Et tachez de vous montrer vraiment patient et attentifs avec elle quand vous vous réconcilierez.

-Vous croyez qu'elle voudra ? Demanda Link.

-Bien sûr, fit le Capitaine , mais elle attend que vous la respectiez. C'est tout. Et elle veut des excuses du fond du cœur. Pas un vulgaire pardon de principe.

Link et Zelda acquiescère et le Capitaine se leva.

-Bien il est tard et j'ai encore du travail, fit-il. Je pense que nous allons en rester là pour le moment. Je suis désolé de ne pas vous raccompagner mais je suis attendu ».

Ils se séparèrent sur le seuil. Zelda et Link remontèrent le couloir, l'air las. Ils ne prononçèrent pas un mot en se quittant pour dormir. Bientôt le silence hanta le palais impérial.