Bonjour à tous,

Vous l'aurez compris, avec Anna chez les pirates, nous allons encore plus régulièrement passer chez eux. Mais rassurez-vous, les Snowkids ne sont jamais loin, et même s'il s'en passe des choses, en deux ans et demi, ils restent fidèles à eux-mêmes. Bonnes retrouvailles.

Sur ce, bonne lecture.


Chapitre 34 :

Gages et Engagements

Lysandre fait nerveusement craquer ses doigts. Quelle est la meilleure conduite à avoir ? Doit-il tenir sa langue ou au contraire prendre les devants ? Bon sang, pourquoi a-t-il fallu que ça se produise juste au moment de sa venue sur Akillian ? Dans d'autres circonstances il aurait pu prétexter des communications trop dangereuses, mais là, quelle excuse il peut se trouver ?

Il y a deux jours, Phèdre l'a averti que cette emmerdeuse d'Anna s'était évadée avec les pirates. Leurs espions au sein de la Technoïde n'ont pas accès à beaucoup d'informations, mais évidemment celle-là il a fallu qu'ils en aient connaissance. Et maintenant il doit décider d'en faire part ou non à Devon.

Déjà, lorsque le shandahaarien a appris que sa sœur avait été drainée de son Fluide il a complètement pété les plombs, et Lysandre a eu un mal de chien à le retenir de tout foutre en l'air. Alors il flippe vraiment de découvrir sa réaction lorsqu'il apprendra qu'elle est maintenant perdue dans la nature avec des criminels notoires. Si ça ne tenait qu'à lui, il fermerait sa gueule. Le problème c'est cette Dame Simbaï. C'est elle qui l'a averti de la suppression de Fluide, et il ne peut pas exclure qu'elle l'avertisse également de la disparition.

Ennuyé, il profite à peine de l'approche de la planète. En temps normal, la géante de glace lui aurait fait regretter de ne pas pouvoir prendre une photo correcte à travers le hublot de la navette, avec sa croute de givre craquelée et ses reflets irisés, mais là il n'a vraiment pas la tête à ça. Il soupire tandis que son voyage approche de la fin. Si seulement la prochaine Cup pouvait déjà être là. Mais non. Il lui reste neuf mois de comédie à tenir. À tenir ce crétin de shandahaarien instable. Il ramasse son sac tandis que la navette s'arrime au quai et dépasse sans complexe les personnes déjà plus ou moins attroupées. Bah, trop tard pour s'en faire. Il s'en sortira. Il s'en sort toujours.

Son habituel sourire légèrement malsain de nouveau plaqué sur le visage, il s'avance sur la passerelle de débarquement.


« Mais où a bien pu passer Nina ? Vraiment, je me demande… »

Micro-Ice tourne dans le salon, un air faussement contrarié sur le visage, sous le regard rieur de Zoelin.

« Tu sais où est passée Nina, toi ?

- Noooon, je ne sais pas où est passée Nina. »

Des gloussements enfantins s'échappent de derrière un rideau au bas duquel on peut parfaitement apercevoir deux petits pieds dans des chaussettes jaunes.

« Est-ce qu'elle est… sous le canapé ? »

Il se jette par terre pour regarder sous le meuble où est assise Zoelin en disant cette phrase et fait redoubler les gloussements d'intensité.

« Hum. Pas sous le canapé. Alors peut-être…derrière la lampe ? »

Il bondit en direction de l'imposante lampe sous l'abat-jour duquel Nina s'est effectivement cachée plus tôt.

« Pas derrière la lampe… »

Zoelin observe le manège son petit-ami, amusée. Ce dernier se rapproche nonchalamment de la fenêtre en fronçant les sourcils pour singer un air de réflexion intense.

« Dans ce cas, je suppose qu'il ne reste plus qu'un seul endroit… derrière le rideau ! »

Avec une exclamation triomphante, il dévoile l'adorable petite fille qui se cachait derrière le tissu sans pouvoir s'empêcher de regarder où en étaient les recherches. Celle-ci pousse un cri strident qui se transforme bien vite en rires incontrôlés alors qu'elle fonce entre les jambes du petit brun pour s'enfuir. Tandis qu'elle se met à courir dans la pièce, ses courtes couettes châtain clair rebondissent sur ses épaules. Son sourire enfantin fait encore davantage ressortir la rondeur de ses joues et ses yeux vert clair pétillent de ravissement tandis que Micro-Ice s'élance à sa suite.

« Cours Nina ! s'exclame Zoelin. Il va t'attraper !

- Oh que oui je vais t'attraper ! Et quand je t'aurai attrapée, je te mangerai toute crue ! »

Il piétine un temps derrière la petite fille de deux ans et demi, un sourire jusqu'aux oreilles, puis après quatre tours de canapé, il passe ses bras autour d'elle et se met à la couvrir de bisous tandis qu'elle se tortille dans tous les sens pour lui échapper.

« Zolin ! Zolin ! Au secours !

- Quelle petite fille appétissante ! Miam miam ! Je me régale !

- Eh bien, on s'amuse bien, ici.

- Aarch ! Ce n'est pas du tout ce que vous croyez ! Je n'étais pas du tout en train d'essayer de manger Nina !

- Papa ! »

La fillette s'extirpe des bras de Micro-Ice, qui la laisse cette fois-ci partir en faisant tout de même mine de la retenir une dernière fois, et se jette sur son père.

« Ne t'inquiète pas poupette, papa va te sauver du grand méchant Micro-Ice ! »

La formulation a raison du sérieux déjà bien entamé de Zoelin qui pouffe de rire et essuie un regard faussement trahi de son petit-ami. Il faut dire que même maintenant qu'il a vingt-trois ans, il est toujours assez petit. Mais il est tellement adorable comme ça…

« Micro-Ice, quelle cote ! plaisante Adim en entrant à son tour dans le salon.

- Ne m'en parlez pas, répond Zoelin. Je vais finir par être jalouse.

- Tu peux, Nina est bien plus mignonne que toi ! se moque son petit-ami en lui tirant la langue.

- Peut-être, mais elle est beaucoup trop bien pour toi, rétorque la blonde.

- Arg, touché ! Mais Aarch dira un mot en ma faveur, n'est-ce pas ?

- Sûrement pas. Nina est effectivement beaucoup trop bien pour toi !

- Pourquoi ? Pourquoi trouvez-vous si drôle de me briser le cœur ? »

Aarch éclate d'un grand rire. La vie serait décidément bien triste sans ce trublion de Micro-Ice.

« Merci de vous être occupé d'elle. Norata et Kira avait besoin d'un coup de main pour les derniers arrangements, et malheureusement les parents de Tia n'arrivent que tard ce soir.

- Pas de soucis, je crois que Micro-Ice s'est découvert une passion pour les enfants.

- Je m'entraine, c'est tout ! J'ai bien l'intention de devenir le meilleur des papas, plus tard ! »

La déclaration fait rougir la blondinette. De temps en temps, son petit-ami annonce qu'il a ce genre de projets juste comme ça, comme si c'était parfaitement naturel. Des fois, elle n'en revient pas de la certitude avec laquelle il envisage l'avenir. Elle espère que tous ses projets se réaliseront.

« Allez Nina, dis au revoir à tonton Micro-Ice et tatie Zoelin. »

Toujours perchée dans les bras rassurants de son père, la fillette agite la main en direction des deux jeunes gens :

« Au revoir Mico-Isse, au revoir Zolin.

- Au revoir Nina.

- À demain petite princesse ! »

Micro-Ice l'embrasse sur ses deux joues rebondies avant de prendre la main de Zoelin pour sortir de chez Aarch et Adim. Malgré le froid d'Akillian auquel elle est peu habituée, la blondinette laisse sa paume dans celle de son petit-ami tandis qu'il l'emmène vers chez sa mère, où ils logent pour le weekend. Depuis plus de deux ans maintenant ils vivent une relation à distance parfois un peu dure à supporter mais à laquelle ils n'envisageraient pour rien au monde de mettre fin. S'ils essaient de se voir régulièrement les weekends, ni la profession de Micro-Ice ni les études de Zoelin ne sont très conciliants avec eux.

« Dis Micro-Ice…

- Hmm ?

- Tu veux combien d'enfants ? »


« Ma petite sœur a fait quoi ? »

Ça commence, soupire Lysandre.

Il a préféré ne pas annoncer la nouvelle de but en blanc, mais maintenant qu'il y pense, le faire dans un lieu public aurait forcé Devon à ne pas balancer les meubles par terre. Le photographe garde un assez mauvais souvenir du « Ils ont fait quoi à ma petite sœur ? ». Une chance qu'il soit muet. Les hurlements l'auraient vraiment gonflé.

« Elle s'est évadée. Avec les pirates. »

En attendant que Devon assimile l'information, Lysandre promène son regard dans la chambre. Dans les mêmes tons de bleus et oranges que le reste de l'Académie, elle est égayée çà et là par les possessions du shandahaarien. Un certain nombre de livres, quelques fringues qui trainent, un casque audio posé sur le bureau à côté de son holophone en charge, et des feuilles avec des phrases griffonnées un peu partout. Mais surtout, bien en évidence sur la tablette au-dessus du lit où ils sont assis tous les deux, une photo encadrée de la fameuse peste qui lui pourrit la vie. L'image doit dater d'avant leur « accident » puisqu'elle a encore ses deux yeux. C'est une photo en gros plan de leur visages souriants à Devon et elle. Lysandre se demande si contempler cette photo issue d'un passé réduit en cendre est véritablement bon pour le moral – voir pour la santé mentale – du jeune homme.

« Mais… Les pirates sont venus pour elle ?

- Quoi ? Non. Une de leurs joueuses s'est fait chopper à leur dernier match. Ils venaient pour elle. Je sais pas trop pourquoi ta sœur s'est tirée avec eux, honnêtement.

- Ok. »

Lysandre hausse un sourcil.

« Ok ? C'est tout ? Tu n'essaies pas de me jeter une chaise à la figure ?

- Je ne t'ai jamais jeté de chaise à la figure.

- C'est pas l'envie qui t'en manquait.

- Ne dis pas n'importe quoi.

- Sérieusement ? T'es pas énervé ?

- Pourquoi je serais énervé ?

- Au hasard, parce qu'on n'a pas tenu nos engagements ? Parce que ta frangine est perdue dans la nature au milieu des hors-la-loi ? »

Devon hausse les épaules.

« Ma petite sœur a fait son choix, apparemment. Si tu veux tout savoir, je suis plutôt soulagé de la savoir libre. »

Lysandre éclate d'un rire vaguement méprisant.

« Putain, quand je pense que je craignais d'avoir à t'éliminer à cause d'une lubie soudaine d'aller te livrer aux autorités.

- Pourquoi j'irais faire un truc aussi stupide ?

- Dev, tu es toujours stupide quand il s'agit d'Anna. »

La remarque semble le plonger dans une espèce de mélancolie coupable qui agace son interlocuteur au plus haut point. Il pousse un soupir exaspéré et s'affale à demi-adossé contre le mur, en travers du lit, les yeux fermés et les lèvres étirées par son éternel sourire.

« Définitivement, je ne comprends pas ce que tu cherches. Si ta priorité c'était le bien de ta frangine, accepter notre offre quand elle la refusait était débile. »

Devon semble surpris par cette phrase. Il commence à signer mais réalise que Lysandre ne le voit pas et vient lui claquer des doigts sous le nez.

« Hey ! proteste-t-il après avoir sursauté.

- Regarde-moi quand tu parles, espèce de tricheur.

- Le principe d'être muet c'est de pas pouvoir se faire entendre, » se moque-t-il en retour, acide.

Mais Devon renonce à répondre à la provocation et enchaîne sur ce qu'il voulait dire :

« Le bien d'Anna n'a jamais été ma priorité et tu le sais très bien. J'ai mes propres buts, et s'ils ne cadrent pas avec les siens, je suis prêt à faire avec.

- Ha ha, si tu le dis. Mais dans ce cas beau gosse, peut-être que tu vas enfin me révéler ces fameux buts ? »

Le shandahaarien ne répond pas tout de suite. Ses buts n'ont rien de nobles. Il le sait parfaitement.

« Alors quoi ? Gêné de m'avouer ta volonté d'amener la justice dans toute la galaxie ? raille Lysandre.

- Ne me confonds pas avec Anna.

- Ouh, aurais-je droit à quelque chose d'un peu moins mièvre ? Allez, accouche, qu'est-ce que tu cherches à faire avec nous ?

- Je veux les détruire. »

Pendant une seconde, Lysandre croit qu'il a mal compris le geste.

« Le Cercle des Fluides, les joueurs, le monde du Galactik Football dans son ensemble, je veux les détruire, leur faire autant de mal qu'ils en ont fait à ma famille. Et je me fiche bien des conséquences. »

Le photographe émet un sifflement appréciateur.

« Si tu continues à me parler comme ça, je vais finir par vraiment tomber amoureux de toi, beau brun.

- Dis pas de conneries, t'es déjà amoureux de moi.

- C'est ça, c'est ça, » acquiesce-t-il avec condescendance.


Tia sonne chez Mei, un sourire aux lèvres. Sa meilleure amie lui a proposé de passer la soirée chez elle pour décompresser un peu et préparer sa folle journée, et elle n'est pas mécontente de pouvoir se vider un peu la tête. L'interphone grésille, le visage de Mei s'affiche et l'invite à monter, apparemment ravie. La soirée promet d'être sympa. Si Rocket et elle se sont trouvé un appartement cosy en périphérie de la capitale, la diva des Snowkids a choisi un logement du même standing que celui dans lequel elle a grandi, et Sinedd ne s'est pas fait prier pour accéder à sa requête et prendre sa revanche sur la vie et son enfance qu'il a plus ou moins passée à moitié dans la rue. Ils vivent en plein cœur de la ville, dans un immense appartement penthouse au dernier étage d'une tour de réputation très chic. Avec un ascenseur à code qui fait soupirer Tia.

Elle entre les quatre chiffres sur le digicode et se laisse amener à l'étage de son amie. Le souvenir de Sinedd faisant croire à un Micro-Ice très impressionné que l'ascenseur avait une reconnaissance vocale et était dirigé par l'énonciation de son nom lui plaque un immense sourire sur le visage. Il a fallu trois visites pour que le petit brun comprenne que l'ascenseur montait au dernier étage par défaut si aucun bouton n'était pressé.

« Tia ! Entre, dépêche-toi ! »

La blonde s'approche pour l'embrasser mais son amie s'efface et dévoile son salon. Où quatre jeunes femmes jaillissent de derrière un canapé en cuir crème.

« Surprise ! »

Tia en reste momentanément sans voix. Yuki, Lun-Zia, Zoelin et Kitri la dévisagent, goguenardes.

« Mais… qu'est-ce que vous faites toutes ici ? s'étonne-t-elle.

- Quelle question ! répond Yuki. Tu ne pensais pas qu'on allait laisser Mei profiter toute seule de ton enterrement de vie de jeune fille, quand même ? »


Rocket marche d'un pas rapide pour rentrer chez lui. Tia passe la nuit chez Mei alors il n'a pas vraiment à s'en faire pour l'heure mais il est resté un peu tard chez ses parents et il voudrait arriver avant la nuit. Le temps était si beau dans la journée qu'il est venu à pied, et il commence à regretter cette décision.

Les mains enfoncées dans ses poches, sans être plus que ça gêné par le froid, il écoute pensivement la neige craquer sous ses pas lorsqu'une voiture s'arrête en trombe à côté de lui. Surpris, il commence à se tourner vers les vitres mais avant qu'il comprenne vraiment ce qui se passe, deux des occupants en sortent et lui jettent un sac sur la tête avant de le précipiter à l'intérieur.

« Mais qu'est-ce que… ? »

Trop estomaqué pour songer à avoir peur, une voix espiègle qu'il ne connaît que trop bien lui donne tout de même des sueurs froides.

« Alors coach ? Tu croyais pouvoir nous mener la vie dure ? J'espère que t'es prêt parce que ce soir, pour ton enterrement de vie de garçon, on prend les choses en main ! »


« Oh non. Non non non. Hors de question, vous ne me ferez pas porter ça !

- Comme si on te laissait le choix. Toutes sur elle ! »

Avec un hurlement strident, Tia se fait renverser par cinq furies écroulée de rire. Bien vite, malgré ses protestations, elle se retrouve affublée d'un costume d'infirmière sexy : une mini-robe blanche à coutures rouges beaucoup trop courte, beaucoup trop moulante, et beaucoup trop décolletée.

« Allez Tia ! Mets la coiffe et les bas ! l'encourage Lun-Zia en riant.

- Mets-les ou je te mets dehors sans tes fringues ! menace Mei, un sourire sardonique aux lèvres.

- Traîtresse. »

Mais la blonde accède à la requête, pour le plus grand plaisir de celles qui la séquestrent pour la soirée.

« Eh, attends ! Mei ! Tu fais quoi, avec ce téléphone ! Mei ! »

Elle s'élance pour la poursuivre, mais la brune lui échappe en riant et répond :

« J'envoie juste une photo à Rocket. Le pauvre, on le prive de sa fiancée, il faut bien lui donner de quoi patienter jusqu'à demain ! »

Tia se sent devenir aussi rouge que les coutures de sa robe.

« Ne t'inquiète pas, on te laissera la tenue, lui annonce gaiement Kitri avec un clin d'œil.

- Et maintenant que tu es prête, c'est l'heure du jeu ! s'exclame Yuki en battant des mains.

- Du jeu ?

- Du jeu, confirme Mei d'un air très sérieux.

- Quel jeu ?

- Mais, LE jeu, poursuit Lun-Zia en se perchant sur le dossier d'une chaise.

- Ce soir, ma chère Tia, tu vas répondre à tout un tas de questions…très particulières. »

Cette annonce fait rougir encore un peu plus la milieu de terrain, qui n'aurait pourtant pas cru ça possible.


« Tadaaaa ! »

Rocket cligne péniblement des yeux alors que Micro-Ice arrache le sac qui lui couvrait la tête. Il réalise que la voiture est en fait un véhicule neuf places conduit par Sinedd, dans lequel s'entasse l'ensemble de ses joueurs masculins apparemment très amusés du tour qu'ils lui jouent. Même Thran, pourtant si calme, et Gauvin, toujours un peu timide, ont l'air de se prêter au jeu avec beaucoup de plaisir.

Le jeune coach se décide à regarder par la vitre, bien qu'il angoisse un peu de ne pas garder les autres à l'œil mais oublie bien vite l'espèce d'enlèvement qu'il a subi devant ce qu'il voit :

« Un paintball ?

- Ouais, on voulait t'emmener dans une boite de striptease, puis on a réalisé que Gauvin avait pas l'âge, déclare Sinedd avec un sourire en coin.

- Désolé, lance ce dernier, gêné.

- Les gars, je me marie demain, vous avez pas le droit de m'abîmer !

- T'inquiète, on visera les jambes ! »


« Non, bien sûr que non !

- Jamais ? Franchement, vous ratez un truc…

- Quoi, toi t'en as déjà fait Kitri ?

- Ben ouais ! »

Alors que l'heure avance et que les verres se vident, Tia se sent de plus en plus à l'aise, malgré son costume. Les questions que lui ont concoctées les filles sont de plus en plus perchées, mais puisqu'elles répondent toutes avec elle, et que les réponses ne sortiront jamais de cette pièce, se prêter au jeu en vaut vraiment la peine. D'autant que Mei semble soudainement beaucoup plus intéressée par les réponses de la sablonienne que par les siennes.

« C'était avec qui ? Avec Thran ?

- Ha ha, non, Thran a des idées beaucoup trop romantiques pour céder un jour à ce genre de fantasmes ! Non, on a pas fait de trucs spécialement croustillants avant de réaliser qu'on allait pas ensemble. Ah mais, n'interprétez pas ! Thran est un super coup au lit ! Il est juste…pas assez déluré pour moi. »

En sirotant son verre, Tia observe la jeune femme. Avec sa robe à manches vert militaire gonflées aux épaules qui lui moulent les bras, son corset en cuir brodé à fermoirs dorés qui fait ressortir sa poitrine, sa jupe kaki à larges volants très courtes sur l'avant bien qu'elle tombe jusqu'à ses mollets à l'arrière, ses élégantes bottes brunes lacées qui s'arrêtent juste avant ses genoux, et ses bas noirs opaques qui lui montent jusqu'à mi-cuisses, délurée est un mot qui semble bien lui convenir. Et dire que dans sa vie professionnelle, Kitri est agent de la Technoïde…

« Ça je veux bien te croire !

- Dis donc Tia, Mei est pas la seule à pouvoir envoyer des photos par téléphone !

- Pitié ! se retrouve-t-elle a supplier. Demain c'est mon mariage ! Vous ne voudriez pas entacher ce jour, pas vrai les filles ?

- Oui, continue plutôt à nous parler des performances de Thran ! en profite Mei.

- Dites ! Pour ce genre de discussions, vous voudriez pas choisir quelqu'un d'autre que mon cousin ?

- Oups, désolée Yuki.

- Hors de question ! s'exclame Mei malgré le mea culpa de Kitri. Passe encore pour Ahito, je sais qu'il est fou amoureux de son actrice de soap opéra dont j'oublie toujours le nom. Mais Thran est complètement illisible ! C'est un défi qu'il me lance ! Je veux le caser !

- Tu sais, je crois qu'il se trouve simplement très bien célibataire et qu'il ne se casera qu'à condition de vraiment penser qu'il s'agit de la femme de sa vie…

- Ne détruis pas tous mes espoirs !

- Et puis si j'ai bien suivi, relève Lun-Zia, vous êtes sortis ensemble, non ?

- Seulement deux mois, et dans des circonstances très particulières. Je veux dire, il était assez fragile à ce moment-là… »

La mention jette un léger froid malgré les vapeurs d'alcool. La période qui a suivi la trahison d'Anna a été très difficile pour tous les Snowkids, et en particulier pour Devon évidemment, mais aussi pour Thran qui avait vraiment noué une relation fraternelle avec la shandahaarienne.

« Mais bon, reprend Kitri pour détourner l'attention du cas Anna, on s'est bien amusés pendant ces deux mois, et vu qu'on a finalement jamais vraiment été amoureux, non seulement j'ai pu me faire un super pote, mais en plus je vous ai rencontrées ! Imaginez comme cet enterrement de vie de jeune fille aurait été triste sans moi !

- Comment tu peux dire ça ? s'exclame une Lun-Zia scandalisée. Comme si les sabloniens arrivaient à la cheville des wambas pour ce qui est de faire la fête !

- Tu veux voir qui roule la première sous la table ma petite ?

- Je vais te ridiculiser. »

C'est la sonnette qui interrompt le duel avant son commencement et fait sursauter Tia. Elle mourra de honte si quelqu'un a besoin de la voir et qu'elle doit se montrer dans cette tenue.

« Cool ! se réjouit cependant Mei, pas surprise le moins du monde. Le chippendale est arrivé !

- LE QUOI ? »


Presqu'intégralement recouvert de peinture orange et bleue, Rocket se laisse tomber sur le siège du bar où ses joueurs l'ont emmené.

« Franchement les gars, que vous ayez pas peur de mes représailles, je comprends. Mais que celles Tia vous effraient pas plus que ça, ça me dépasse.

- Bah, avec ce que Mei et les autres lui font subir, elle se serait sentie seule si on n'avait rien prévu pour toi, répond Sinedd, moqueur.

- Mei et les autres ?

- Ouais, euh… Yuki évidemment, et aussi Lun-Zia, Zoelin et Kitri.

- Pas Tiffany ? »

D'Jok hausse les épaules.

« Tiff s'entend bien avec les filles mais elles sont pas spécialement des amies proches. Pas assez pour l'intégrer à un enterrement de vie de jeune fille en tout cas.

- Ouais, ben en attendant je me retrouve avec trois bourreaux de plus qu'elle.

- On avait proposé que Devon aille chez les filles mais on s'est souvenu qu'il était bi alors on s'est dit que ça te plairait pas… »

À peine Micro-Ice termine-t-il sa phrase que le shandahaarien l'attrape et lui ébouriffe le crâne de son poing.

« Pardon ! Pardon pardon, j'ai crompris, tu n'es pas une folle ! »

Rocket observe le jeune homme tandis qu'il laisse partir le petit brun.

« Et Lysandre ? »

Devant le haussement de sourcil qu'il s'attire, il précise sa question.

« Il est là, non ? Qu'est-ce qu'il fait ce soir ?

- Il m'a dit qu'il profiterait de la soirée pour faire des photos d'Akillian. Je sais que t'as un peu de mal avec lui alors je lui ai pas proposé de venir. J'aurais dû ? écrit-il rapidement.

- Non ! Enfin, je veux dire, ça m'aurait pas gêné. J'ai rien contre ton petit-ami, je t'assure…

- Ne t'inquiète pas Rocket, je comprends que le caractère de Lysandre le rende assez difficile à supporter pour certaines personnes. Mais je t'assure qu'au fond c'est quelqu'un de génial.

- Je te crois ! Mais… Si tu pouvais lui demander de ne pas faire de discours sur l'hypocrisie du mariage demain, ça nous arrangerait Tia et moi… »

Devon éclate de son rire silencieux et lève le pouce. Avec un sourire soulagé, Rocket sort son holophone pour vérifier que personne n'a essayé de l'appeler à cause d'un incident de dernière minute. Surpris, il note un message de la part de Mei qu'il s'empresse d'ouvrir.

« Rocket ? Ça va ? Mince les gars, je sais pas ce qu'il a reçu comme message mais on dirait bien qu'il est bogué… »