Du corps au coeur


Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, l'intrigue ne m'appartient même pas, je ne fais que remplir du vide, combler des trous et satisfaire ma curiosité... voire plus.

Beta : Aviva (merci !)

NB : Janto, donc, totalement assumé, avec jeux de mains et de vilains, donc si vous ne goûtez pas ces jeux entre hommes, ne restez pas sur cette page.

NB²: finalement, j'aurais presque pu aller jusqu'au chapitre 40, si j'avais su découper plus intelligemment cette histoire. RDV en bout de page pour un dernier mot...


Chapitre 36

EPILOGUE


Bureau du Docteur MAC BERNY

Une fois la porte poussée, un couple entre dans un cabinet de conseiller conjugal, version 51e siècle. Des rideaux clairs adoucissent la lumière des trois soleils de Tatouine III, planète oubliée de la galaxie. Un automate accueille les deux hommes avec un grand sourire, un peu trop fardé. La fonction de conseiller incombe désormais aux androïdes, seuls capables d'édicter un jugement dépouillé de tout affect. Les humains y viennent nombreux, confiants dans l'écoute et la résolution de problème de ce psychologue réputé.

Les deux hommes déclinent avec froideur leurs noms et prénoms tout en s'asseyant dans de profonds fauteuils beiges, sans se jeter un seul regard.

- Savez-vous pourquoi vous êtes réunis ici ? demande la voix clinique du conseiller conjugal au couple assis en face de lui.

- J'en ai bien une petite idée, oui, fit l'homme vêtu d'un manteau militaire, même au cœur de la fournaise du petit cabinet aux murs recouverts de livres, manifestement ajoutés là pour apporter une touche de sérieux et de confiance.

Dans le siège identique au sien, un homme aux cheveux bruns, habillé d'un costume gris bleu assorti à ses yeux, laisse échapper un grognement de mécontentement. L'autre le regarde, lèvres pincées de colère. Le brun grimace de dépit, s'agitant dans son fauteuil. Ses yeux sont de glace.

- C'est la seule manière que j'ai trouvé pour te parler, Jack ! Réellement !

- M'entraîner dans un cabinet de réducteur de têtes, très sympa, rétorque ledit Jack, imitant son ton nerveux. Réellement !

- Nous ne le faisons plus depuis longtemps, Mr Harkness, répond le conseiller. Mr Jones, je vous prie de commencer.

Après un dernier regard glacial, Ianto, sourcils froncés, ouvre la bouche pour exprimer la raison pour laquelle ils se trouvent réunis dans ce petit cabinet du bout du monde.

- Vous enregistrez tout ce qui va être dit ? l'interrompt Jack.

- Cela fait partie de mes attributions, Mr Harkness. Mr Jones, allez-y.

- C'était juste à titre d'information, fait Jack en se réinstallant plus confortablement dans son fauteuil.

- J'en arrive à croire que vous ne voulez pas écouter ce que votre compagnon a à exprimer, dit le conseiller d'une voix lasse.

- En effet, dit Jack posément, je n'ai pas envie de l'écouter, ni vraiment le temps. Si nous passions...

- Aux choses sérieuses, l'interrompt à son tour Ianto, tout a commencé en 2010, je vivais encore...

- Non, tu ne vas pas encore revenir là-dessus ? gémit Jack en posant son front dans sa main. Je croyais que c'était réglé !

- Je ne vois pas en quoi cette histoire est réglée, jappe Ianto d'un ton sec, j'en subis encore les conséquences.

- Messieurs, tempère la voix mielleuse du conseiller conjugal, reprenons calmement, vous parliez de 2010, je crois ?

- Oui, 2010, l'année où tout a changé. Je me souviens de cette époque, savourant le calme après la tempête, sans savoir que nous étions seulement dans l'œil du cyclone. Toi et moi vivions, travaillions, baisions ensemble. Gwen avait repris le travail et jonglait entre interventions alien et interventions bébé avec talent. Ce qui ne l'empêchait pas d'avoir le cafard parfois. Hart avait pallié à son absence le temps qu'elle s'occupe de sa petite fille, Anwen. Mais dès le retour de notre ami, il a filé, prenant juste le temps d'empaqueter son butin, les Van Gog du musée national de Cardiff et deux gallons de whisky qu'il était assuré de vendre un très bon prix.

Je rappelais alors à Jack la nécessité d'embaucher un médecin afin de soulager Gwen de certaines tâches. Contrairement à ce que je pensais, il n'a pas fait de difficulté à accepter. La difficulté fut de trouver la perle rare. N'est pas Owen Harper qui veut. Il lui fallait certaines qualités et nous ne pouvions pas nous contenter de mettre une annonce dans le journal, genre « Institut secret cherche médecin qualifié croyant aux aliens et refusant d'avoir une vie sociale. »

Bref, c'est une denrée rare et nous avons fini par trouver notre bonheur en la personne de Rupesh Patanjali. Tu te rappelles le foin qu'il a fait pour se faire embaucher ? Ce qu'on a pu rire quand il nous suivait partout en ville pour découvrir où était le Hub ! Il a fallu que Gwen s'en mêle pour lui faire passer un véritable entretien d'embauche.

Intéressé par le job, il s'est révélé un élément brillant. Vite convaincu de l'existence des aliens, il s'est plongé dans le travail et l'étude de la faille. Il s'est très vite intégré. Le petit nouveau était de toutes les interventions. Pour un médecin, il adorait le terrain, toujours dehors, toujours en intervention, toujours parti.

- Vous semblez néanmoins vous méfier de lui, Mr Jones, dit le conseiller d'une voix concernée.

- Bien sûr que je me méfiais, rétorque Ianto, il m'a toujours paru louche et la manière dont il a attiré notre attention m'a toujours paru bizarre.

- Tu ne l'as jamais aimé, Ianto, soupire Jack.

- J'avais raison. Il nous l'a prouvé, non ? Évidemment, il faisait bien son travail. Mais il y avait quelque chose en lui qui me mettait mal à l'aise.

- Ce n'était pas juste de la jalousie ? intervient Jack, avec un sourire ironique.

- Non, seulement l'assurance qu'il allait nous apporter des ennuis et c'est exactement ce qui est arrivé.

- Après un an, il avait eu le temps de faire ses preuves en intervention.

- Oui, il était bon, je te l'accorde. Et il était présent sur toutes les interventions. Il n'a pas été très dur à convaincre de l'existence des aliens. Un peu trop facile en réalité. Cela cachait vraiment quelque chose…

- Qu'il aimait peut-être son nouveau travail, se moque Jack, rappelle-toi comment tu étais au début. Prêt à tout pour que je t'embauche.

- Raison de plus, car je t'ai trahi, fait Ianto en haussant les épaules, d'ailleurs les événements qui ont suivi m'ont donné raison. Gwen venait de reprendre le travail après le baptême de sa fille, Anwen. Elle a vite repris l'habitude de courir après les aliens, enchaînant ses heures et ses journées, au désespoir de Rhys qui ne la voyait presque plus. Elle se sentait coupable de ne pas voir ou s'occuper suffisamment de sa fille et de sa famille, mais les impératifs de notre job l'empêchaient de trop s'y attarder. Elle souffrait parfois de ne pas les voir suffisamment, mais l'arrivée de Rupesh Patanjali lui a permis d'être soulagée de certaines tâches pour finir par trouver un certain équilibre entre travail et vie de famille. Un équilibre acquis de haute lutte, mais qui allait lui être arraché lors de l'été 2010 lorsque tous les êtres humains devinrent immortels.

- Techniquement, ils souffraient d'un excès de vie. Mais j'accepte cette terminologie pour plus de facilité.

- Merci Jack, puis-je continuer ?

- Faites Mr Jones, Mr Harkness, un peu d'attention aux propos de votre compagnon, je vous prie.

Jack se retient de tirer la langue au conseiller qui le regarde d'un œil sévère. Le corps de l'automate sort à demi du bureau dans lequel il est enchâssé. Son apparence neutre, recouverte de plastique appelle à lui faire confiance. Ianto soupire et enchaîne immédiatement tandis que le Capitaine entame un duel de regard avec un robot programmé pour les écouter.

- Nous ne nous sommes pas aperçus de ce phénomène immédiatement, car les réseaux d'information saturaient de renseignements sur l'Institut. Son nom exposé a attiré l'attention de toutes les agences de sécurité internationales. On aurait dit que quelqu'un cherchait à attirer l'attention sur nous. Nous avons perdu beaucoup de temps à rechercher l'origine de cette fuite avant de nous résoudre à faire le nécessaire. Torchwood a été exposée et nous avons fait exploser le Hub pour qu'il ne tombe pas entre de mauvaises mains. Je t'ai détesté pour cela, toi qui hais les procédures et les règlements, appliquer cette décision... Ça m'a dévasté de devoir le faire.

- C'est pour cela que tu m'en veux, s'étonne Jack, parce que le Hub a explosé ? Parce que j'ai dû choisir entre laisser l'humanité découvrir des choses qu'ils ne devaient pas voir ou ne pas abîmer tes précieuses archives ?

- Il y avait des choses auxquelles je tenais.

- Il faut toujours être prêt à abandonner quelque chose, conclut Jack avec un regard noir.

- Ça m'a fait mal de voir le Hub détruit, et Jack s'est complètement renfermé. Nous avons dû faire le deuil de ce lieu, de cette vie, chacun de notre côté.

Un reniflement sardonique l'interrompt à nouveau et le jeune homme se mure dans un silence, uniquement rompu par le grésillement des pistes d'enregistrement du robot. Sa voix froide s'élève à nouveau, calme et imperturbable.

- M Harkness, que s'est-il passé ensuite ? Vous vous êtes séparé ?

Jack soupire et continue le récit de son compagnon, sans lui jeter un seul coup d'œil. Il paraît agacé par cette comédie, mais embraye néanmoins sur la question posée.

- Pas au départ, les décombres du Hub eurent tôt fait d'attirer différentes agences ou autres services qui s'appliquèrent à piller ce qu'il pouvait rester après l'explosion. À savoir, pas grand-chose. Le protocole de destruction avait été programmé par Toshiko et conçu par Suzie afin d'éviter justement que des personnes non accréditées se retrouvent au contact d'artefacts dangereux. Ianto et moi sommes restés dans l'ombre, surveillant les pillards et remettant Torchwood sur pied à l'aide de portables et du réseau Archange. Ah ça, Harold Saxon n'avait pas prévu cette utilisation ! Le réseau Torchwood à nouveau opérationnel, nous avons pu comprendre que le jour du Miracle avait été global et touchait toute l'humanité. Un phénomène unique où l'homme se faisait l'égal des dieux.

C'était incroyable, ça pouvait être une idée fantastique si on ne pensait pas aux conséquences. Plus personne ne mourait, plus personne ne passait le seuil, le monde allait se retrouver trop peuplé, pire, confronté aux pires maladies et aux pires catastrophes sanitaires. Typhus, peste, choléra allaient à nouveau chevaucher la Terre sans personne pour les arrêter, pas même la mort.

Bien vite, les hommes trouvèrent des solutions, sans doute chuchotées par des personnes tirant les ficelles. J'ai toujours trouvé un peu facile par ailleurs la manière dont tout semblait soigneusement préparé. Notre découverte, notre destruction, la non-mort, la naissance d'un culte étrange, tout cela semblait orchestré d'une main de maître. Mais je ne parvenais pas à trouver l'origine de ce plan.

- Non, tu étais bien trop préoccupé par ta plaie à la main ! Et la disparition de Gwen, jette Ianto d'une voix sèche.

- Oui, Gwen... sa disparition m'inquiétait énormément, évidemment. Après la destruction du Hub, Ianto et moi sommes restés cachés quelque temps, évitant d'attirer l'attention. L'appartement de Ianto avait été mis sous surveillance, Gwen avait été arrêtée. Personne ne pouvait nous aider. Nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes. Nous avons pu trouver refuge dans un charmant Bed and breakfast, la gérante avait un petit coup de cœur pour moi et ce fut plus facile de relancer les réseaux Torchwood à partir de cet endroit.

À peine sommes-nous revenus en ligne que Rupesh nous contactait. Ianto écumait de colère, mais j'acceptais de lui répondre par mail interposé. Il nous raconta toute son histoire, recruté par les forces spéciales pour intégrer Torchwood et leur donner un agent dans la place, il avait été obligé d'arrêter Gwen et de l'emmener à la Farm, un complexe militaire ultra sécurisé. Il disait avoir un changement de cœur et vouloir nous aider à récupérer Gwen. J'avoue avoir eu des doutes, mais il me donna les codes d'accès du complexe et je pus me rendre compte par moi-même de la situation.

Gwen était gardée jour et nuit, Rupesh était soumis à surveillance. Cela ne semblait pas très facile, mais j'ai tout de même décidé de tenter une opération de récupération en compagnie d'Andy et Rhys, heureux de pouvoir donner un coup de main pour délivrer Gwen.

À 5 h du matin, nous avons débarqué dans la carrière en contrebas du complexe militaire et nous avons emprunté un des engins de chantier pour mener notre attaque. Andy nous attendait avec un véhicule à l'entrée, Rhys conduisait la pelleteuse, flanqué de Ianto et moi. Grâce à la surveillance d'Andy des caméras internes, nous savions où Gwen et Rupesh se trouvaient, une salle d'interrogatoire au nord. À 6 h, au moment de la relève de la garde, Rhys a attaqué le mur d'enceinte, faisant crouler le mur sous les coups de pelleteuse. Gwen était complètement hystérique en nous apercevant. Elle ne s'attendait visiblement pas à nous voir. Elle grimpa rapidement dans le godet de la pelleteuse et nous reculâmes pour nous échapper.

Malheureusement, Rupesh nous trahit une nouvelle fois en appelant à l'aide et nous vîmes débarquer une escouade surarmée qui nous tira dessus alors qu'on fuyait. Ianto fut touché et tomba de notre engin de construction. Je ne pus rien faire, je ne pus que regarder son corps tordu de douleur être entouré par les gardes et disparaître à ma vue. Je voulus descendre, mais Rhys m'en empêcha, m'exhortant à tirer dans les charges explosives placées en préparation de notre fuite. L'explosion secoua tout autour de nous, tandis que mon cœur était déchiré de part en part. Je ne trouvais aucune trace de mon amant dans mon esprit. Il semblait avoir complètement disparu.

Un reniflement triste l'interrompt quelques instants, lui laissant le temps de se reprendre. Les deux hommes évitent leurs regards et scrutent attentivement, l'un un tableau représentant une mer inconnue sur Tatouine, et l'autre, la poussière qui danse dans un rayon de soleil.

- Gwen était libre et avait retrouvé les bras de son mari. Elle me confirma avoir servi d'appât pour la CIA. Rupesh nous avait trahis une nouvelle fois en racontant tout ce qu'il savait à l'agence américaine. Autant pour sa soi-disant rédemption ! J'avais perdu un agent pour en récupérer un autre et mon enquête sur le jour du Miracle ne faisait que commencer.

Andy nous emmena dans une maison sûre, j'étais si abasourdi par la disparition de Ianto que je me laissais porter par les événements. J'aurais dû être plus attentif à ce qu'il se passait. Il s'écoula plusieurs jours avant que je ne comprenne l'enjeu de tout cela. J'eus l'espoir qu'il n'était peut-être pas trop tard pour mon Gallois. Le jour du Miracle avait eu lieu et il pouvait être encore en vie. J'espérais seulement que son cerveau ne soit pas touché.

- Il ne l'a pas été, reprend Ianto, seul mon cœur l'a été, en te voyant disparaître sur cet engin de malheur. Tu m'as abandonné pour rester avec Gwen. Encore.

- C'était la seule solution, j'ignorais que tu étais en vie à ce moment-là, dit Jack d'un ton las. Je devais découvrir ce qu'il y avait derrière ce miracle. J'aurais voulu rester, mais les événements se sont enchaînés si vite que je n'ai pas eu le temps de réfléchir. Je me demandais sans cesse ce qui avait pu t'arriver.

Ianto grogne avant de reprendre son récit. Il se concentre sur ses paroles, comme s'il revivait les événements qui ont tout changé.

- Je suis tombé, j'avais mal, si mal que les larmes envahissaient mes yeux. Tu disparus à ma vue. La balle m'avait traversé la cuisse, artère fémorale et je sentais mon sang s'écouler de mon corps à gros bouillons. Je refroidissais tout en restant conscient. J'entendais des cris, des explosions, des jurons. Je me rappelle avoir hurlé de douleur puis tourné de l'œil alors que des mains me soulevaient et m'emmenaient dans une pièce d'interrogatoire.

Je m'éveillais et vis Rupesh s'approcher de moi. Ils eurent du mal à me maîtriser. Malgré la douleur, je voulais le frapper, le détruire. Ce fut lui qui me frappa pour me faire dire où tu te trouvais. Oui, je continue de lui en vouloir, même après tout ce temps.

Matheson intervint et lui ordonna de me soigner. Je tournais les yeux vers lui et je sentis qu'il compatissait. Il glissa un cachet entre mes lèvres et je tombais inconscient, soulagé, en quelques minutes plus tard. Je compris un peu plus tard comment il avait eu accès à ces médicaments costauds. Il souffrait lui aussi d'un excès de plomb dans l'organisme. Il était blessé au cœur et souffrait terriblement tandis que la blessure cicatrisait lentement. Le Miracle lui avait sauvé la vie et il voulait comprendre pourquoi.

Je basculais dans l'inconscience et me réveiller seulement sur le sol américain.

J'aurais préféré rester inconscient des jours durant plutôt que de devoir répondre à leurs questions. Enfermé dans une cellule sans lumière avec juste un interrogateur pour me rendre visite, j'ai cru devenir fou, jusqu'au jour où Rex est venu lui-même. Et j'ai compris alors que tout ceci n'était qu'une mise en scène destinée à me faire craquer. Les méthodes de la CIA sont vraiment bien étudiées.

- Je sais, dit simplement Jack, tu n'as pas à t'excuser d'avoir craqué.

- Je n'ai pas craqué, dit l'autre en fronçant les sourcils, il m'a proposé une association et j'ai accepté. Il s'entourait de différentes personnes afin de comprendre le jour du Miracle, pourquoi avait-il lieu ? Pour qui ? Autant de questions auxquelles nous cherchions réponse également à Torchwood. Après avoir accepté, il m'a emmené voir son chef Shapiro, un vieux briscard de la CIA. Celui-ci a accepté à son tour que je travaille avec Rex, à la condition que je ne porte pas d'arme et que je reste en tant que simple observateur, voir informateur. Je lui ai dit d'aller se faire foutre. Il a ri puis a lancé ma paire de lentilles sur le bureau où nous nous trouvions.

- Qu'est-ce que cela ? me demanda-t-il.

- Mes lentilles de contact.

- Ce ne sont pas de simples lentilles de contact et vous ne souffrez d'aucun problème de vue. Ne vous fichez pas de ma gueule, je ne supporte pas.

Rex riait, doucement pour ne pas trop secouer son torse, mais il se moquait visiblement de lui. Je pris la paire de lentille et les enfilais sans perdre une seconde. C'était le seul lien que je pouvais avoir avec Jack ! Quelle ne fut pas ma surprise en voyant des mots s'inscrire sur ma rétine. Qui j'étais ? Ce que je faisais avec cet appareil, etc. Tu étais drôlement anxieux, Jack ! Je montrais ma main à la caméra et tu me reconnus immédiatement.

- J'ai toujours aimé tes mains, dit Jack avec un petit sourire craquant qui ne laissa pas Ianto indifférent.

Il frémit et détourne le regard des traits trop séduisants de son chef. Il se remémore les événements comme s'il les revivait à l'instant.

- Nous avons parlé quelques minutes avant que Rex ne s'énerve et me demande de les retirer. Il accepta cependant que je te les envoie afin que tu puisses mener ton enquête de ton côté avec l'aide de Gwen. Ces appareils nous permirent alors de suivre cette enquête de part et d'autre de l'océan beaucoup plus facilement. Je cherchais de mon côté, en association avec Rex et Shapiro. Toi, tu t'occupais de tes propres pistes. On comprit rapidement que Phicorp était une entreprise qui avait des ramifications un peu partout et que le miracle leur profitait éhontément. Mais ce qui nous secoua le plus, fut votre découverte des camps de débordement et ce qu'il était en réalité. Les images que tu as envoyées du Pays de Galles étaient édifiantes.

Jack soupire, c'est une période difficile dont il peine à se souvenir. Pour complaire à son compagnon, il retrace en quelques mots la situation de Cardiff pendant l'été 2010.

- Le père de Gwen a eu une crise cardiaque, quelques semaines après la destruction du Hub. Gwen a absolument voulu le voir. Lui, sa fille et son mari. Elle avait été séparée de ses proches depuis trop longtemps et ne résista pas à l'appel de son cœur.

Andy réussit à lui ménager une entrée à l'hôpital, alors que les forces spéciales la recherchaient toujours. Elle a vite compris ce qui se passait. L'exclusion des malades dans un lieu tenu secret. De l'exclusion à l'éradication, il n'y avait qu'un pas que les gouvernements franchirent assez rapidement. Nous avons tenté de rendre compte de cet aspect des choses, mais la faiblesse humaine est telle que les hommes se sont habitués à l'idée.

Gwen a refusé de laisser partir son père et s'est battue pour le faire sortir du camp de débordement. Elle réussit à le faire exploser et informer le monde de l'existence de cette solution finale, mais ce n'était qu'une goutte d'eau par rapport aux nombres de fours actifs de par le monde. Nous glissions tout doucement dans une ère totalitaire, catégorisant les vivants.

Malheureusement, dans l'état où était la Terre, cela semblait être une solution pérenne à une situation exceptionnelle. Mais j'ignorais toujours qui était derrière tout cela.

Je cherchais la cause de cet excès de vie. Tout à coup, l'humanité entière partageait mon sort. Je n'étais plus le seul immortel sur Terre.

- Non, tu étais devenu le seul mortel, lâche Ianto, un vrai nouveau-né, fragile à l'extrême.

- Oui, c'était même la chose la plus intrigante de cette affaire. J'étais fragile, je devais éviter les maladies, les blessures, les morts. C'était problématique. Je cherchais la raison, cherchant des informations sur les champs morphiques, c'est-à-dire la capacité d'une espèce à évoluer en même temps malgré les distances. Quelque chose était intervenue dans l'évolution humaine et l'avait poussée vers l'immortalité. Les hommes en perdirent la tête. Des sectes naquirent pour expliquer ce phénomène, les bourses s'écroulèrent, les gouvernements vacillaient et nous piétinions dans notre enquête.

- Puis venue de nulle part, dit Ianto, une aide providentielle nous apparut.

- Enfin aide providentielle, c'est beaucoup dire, maugrée Jack. La famille de Gwen a été kidnappée et elle a bien faillir me tuer. Elle était prête à me trahir pour les récupérer.

- Je ne sais pas ce que j'aurais fait pour te récupérer, toi, fait Ianto en aparté.

- Tu aurais sans doute fait la même chose. C'est bien pour cela que tu ne peux pas en vouloir à Gwen. Elle communiquait avec les ravisseurs via les lentilles. Elle m'a enlevé à son tour pour m'emmener au Nevada. Heureusement que tu surveillais les conversations sur le réseau Torchwood. Cela t'a permis d'intervenir rapidement avec Rex et la gentille Esther. Mais en réalité, les kidnappeurs voulaient simplement me rencontrer. Qui pourrait résister à ce charme ensorcelant ?

Un reniflement désapprobateur lui fait froncer des sourcils. Il se tourne vers son compagnon qui grimace largement.

- Comment ? Tu es encore jaloux d'Angelo ?

- Jaloux, non, plus vraiment, mais je suis triste pour lui. Il a attendu toute sa vie que tu reviennes, il t'a observé toute sa vie. J'ai vu les photos.

- Réussies, n'est-ce pas ?

- Certaines m'ont laissé dubitatif. La moustache, vraiment ?

- Ça avait l'air de lui plaire, fait Jack amusé, c'était celle qui était le plus en valeur.

- Nul doute qu'un autel à ta gloire a suffi pour que tu lui pardonnes. Mais cela aurait pu très mal tourner.

- Mais non, Olivia, sa petite fille a décidé d'agir rapidement, en raison de l'état de santé alarmant de son grand-père. Elle accédait à son vœu le plus cher en me remettant entre ses mains.

- Le vœu de toute personne ayant côtoyé Jack Harkness ? persifle Ianto avec un sourire moqueur. Revoir ce visage une dernière fois.

- En quelque sorte, dit Jack en se renfonçant dans son siège, faisant grincer les ressorts.

- J'aurais sans doute réagi comme lui, murmure Ianto.

- Quoi ? Tu serais mort ?

- De bonheur, certainement. Le choc de te voir, intouché par le temps. C'est un spectacle duquel on ne se remet pas si aisément. Mais on s'y habitue. Malheureusement, il n'a pu nous parler du Miracle. Pour lui, le miracle était que tu le revoies et que tu lui pardonnes enfin.

- Je lui avais pardonné depuis longtemps déjà, avoue Jack. Mais ce sont les hommes comme lui qui ont fait de moi l'homme que je suis. Je l'ai aimé, il m'a trahi, blessé de la pire manière et j'ai dû le fuir et l'abandonner.

Un silence tombe dans la pièce alors que les deux hommes se plongent dans leurs pensées respectives. La voix du conseiller s'élève à nouveau pour les relancer.

- Quelle était la trahison d'Angelo Colasanto ? Quelle importance a-t-elle pour votre compagnon.

Un soupir amer lui répond et Ianto prend à nouveau la parole.

- Tu ne m'as jamais raconté ce qu'il s'est passé entre vous. J'ai juste eu droit à la version courte. Tu l'as aimé, il t'a trahi, vous avez vécu chacun de votre côté. Tu espérais me protéger en me cachant ce que vous avez vécu ensemble ?

- Cela m'appartient ! se justifie Jack un peu chagriné, je préfère dire que je fais preuve de tact.

- Fais plutôt preuve d'honnêteté !

- Très bien, puisque tu veux savoir. Je l'ai aimé dès le premier regard. J'ai su qu'avec lui ma vie allait changer, que j'étais à un tournant de mon existence misérable. Je fuyais l'amour pour éviter de souffrir, j'avais blindé mon cœur contre ses flèches ardentes; mais lorsque mes yeux ont rencontré les siens, j'ai oublié toute précaution. J'estimais avoir enfin droit à une part de bonheur et pendant quelques mois, nous fûmes heureux ensemble. Nous étions différents, certes et nos différences étaient le ciment de notre relation, au départ. J'étais celui qui lui faisait découvrir la liberté ! Son mentor, son amant et son confident. Angelo a découvert l'Amérique alors qu'elle se découvrait elle-même. Il s'est construit en même temps qu'elle. Nous nous crûmes capables de tout, je le crus capable de m'aimer malgré mon secret, malgré ma malédiction.

Le ton de Jack est si sombre que Ianto sent son cœur se serrer et malgré ses griefs, pose les yeux sur lui. L'homme au regard vague semble abîmé dans ses souvenirs, revivant presque cette époque depuis longtemps disparue.

- Je l'ai follement aimé, reprend le Capitaine après un moment de pause, je l'ai tant aimé que lorsque je suis mort, j'ai osé revenir vers lui, provoquant ma chute. Ce fut ma première erreur. La seconde fut de croire qu'il avait accepté ma particularité comme il avait accepté les autres facettes de ma personnalité. Je lui faisais confiance et il m'a poignardé à mort, criant au diable, hurlant sa peine, sa douleur et sa peur. Je revins à la vie devant la famille qui nous logeait. Ils crièrent au monstre et m'attachèrent dans une cave, testant mes limites à la souffrance, à l'exsanguination...

Ce furent les heures les plus dures de ma vie, celles où je souhaitais réellement mourir, celles où qu'importe la vie, la trahison est trop intense pour être acceptée. Il a eu des remords de m'avoir livré à une foule en plein délire religieux. Il m'a délivré mais c'était trop tard, il avait attiré l'attention de certaines personnes sur moi.

- Les familles ? demande Ianto. C'est à cause de lui qu'ils savaient ce que tu étais ?

- Oui, acquiesce Jack, malgré l'interruption, des hommes déterminés à m'utiliser et qui étaient prêts à mettre le prix pour m'acheter. Un esclave aux qualités précieuses. Mais je leur échappais, pour un temps seulement.

J'ai passé des années à oublier ces quelques mois en compagnie d'Angelo. Ces souvenirs me faisaient bien trop souffrir, je les ai enfermés derrière une porte au plus profond de mon esprit, me jurant de ne jamais troubler ces souvenirs cruels. Cependant, malgré mes efforts et mon expérience pour disparaître, certains ne m'avaient pas oublié. Les familles ne m'avaient pas oublié. Et un jour, elles m'ont retrouvé et tu t'en rappelles parfaitement.

- Comment ? Quand, s'étonne le Gallois, encore ému par le souvenir d'Angelo.

- Ces familles, qui m'ont acheté en 1927, n'étaient pas des familles ordinaires. Elles ne venaient pas d'Italie et ne formaient pas la Mafia ancestrale. Non, elles étaient beaucoup plus avancées que les humains. Elles étaient là pour conquérir la Terre. Ce sont des équipes travaillant de concert pour conquérir la Terre.

J'ai eu le temps de comprendre et de réfléchir à l'origine des familles. Ce que je n'ai pu voir pendant que les événements se déroulaient, je l'ai découvert plus tard alors que je guérissais lentement après avoir été blessé. Ce n'était que des supputations lorsque nous avons trouvé la Bénédiction, mais j'ai eu le temps de confirmer mes hypothèses. Ces personnes qui m'ont acheté au boucher de New York n'étaient pas humaines. Ils faisaient partie d'un plan à long terme, très long terme pour dominer la Terre. Te souviens-tu de Beth Holloran, l'alien qui a déclenché le chaos à Cardiff ?

- Tu nous as appris qu'elle faisait partie d'une cellule dormante d'extraterrestres, Cell 114. Ils infiltrent les planètes choisies, adaptent leurs corps, rassemblent des renseignements, parfois pendant des années jusqu'à ce qu'ils soient prêts.

- Oui, la cellule avait été activée à ce moment-là et alors que nous l'étudions, elle nous avait étudiés. Toutes les informations concernant Torchwood et ses membres avaient été automatiquement transmises à d'autres cellules dormantes ou actives.

- Tu penses que les familles auraient été de la même espèce ? demande Ianto en fronçant des sourcils et le regardant dans les yeux pour la première fois depuis le début de leur entretien. Tu ne m'en as jamais parlé !

- Ce n'était que des hypothèses, mais ça se tient, non ? fanfaronne Jack malgré le ton sec.

- Donc tu penses que les familles auraient reçu des infos sur nous à ce moment-là, fait Ianto d'un air dubitatif.

- Oui, et surtout sur moi ! J'avais disparu de leur radar depuis longtemps, j'imagine qu'ils savaient que je me cachais, toujours en vie quelque part. Indestructible.

- Ok, fait sceptiquement Ianto, et donc que s'est-il passé ?

- Peu de temps après, en mars 2008, j'ai disparu et Gwen a dû me ramener à Cardiff. (revoir le passage initialement posé en 2007, revoir Web of lies)

- Oui, je me souviens... tu es revenu épuisé, presque exsangue et le corps libéré des pièces métalliques. Comment as-tu pu t'en débarrasser ?

- Je l'ignore, nous avons dû être retconnés. Gwen et moi n'avions aucun souvenir de cette escapade, mais c'est en Ukraine qu'elle m'a retrouvé. Et lorsqu'il s'est avéré que tout tournait autour de mon sang, Gwen a commencé à se rappeler et ses souvenirs ont réactivés les miens. Je me souviens avoir été vidé de mon sang plusieurs fois. J'en ai compris la raison plus tard.

- Laquelle ? demande Ianto, incapable de retenir son interrogation. Pourquoi le Miracle avait-il eu lieu ?

- Celle de trouver le moyen de m'éliminer le plus sûrement possible. Comment tuer un homme immortel qui menace vos plans de mettre la main sur une planète convoitée ? En le rendant mortel et lui arrachant son immortalité !

- Tu penses que ce plan n'avait que cette finalité ?

- Non, c'était faire d'une pierre deux coups. La mort pour moi, l'immortalité et le pouvoir pour eux. Ils ont simplement trouvé le moyen d'allier deux créatures magiques l'une à l'autre. Mon sang qui n'avait pas de propriété particulière en tant que telle, infusé à une créature comme la Bénédiction, devenait la norme.

- Cela expliquerait la raison pour laquelle les familles gardaient le secret sur leur origine. Nous aurions gagné du temps si tu avais fait le rapprochement à ce moment-là.

- Je n'ai pu faire ce lien qu'en me tenant face à la Bénédiction. C'est cela seulement qui m'a permis de comprendre tout, la raison pour laquelle l'humanité était devenue immortelle, la raison pour laquelle je fus recherché et menacé de mort. J'étais fragile et j'ai bien failli disparaître lorsque nous nous sommes enfuis de la résidence des Colasanto.

- C'est vrai, tu as échappé à la mort à ce moment-là.

- Que s'est-il passé ? demande le conseiller, ignoré par la conversation jusqu'ici.

- Angelo est mort dans mes bras, à la grande jalousie de Ianto et je fus le seul à m'interroger sur ce cas unique de mortalité. Tout le monde semblait avoir perdu l'esprit, nul ne s'inquiétait de ce qu'il y avait d'étrange à cette mort. Mais elle me confirmait que l'immortalité avait été diffusée sur toute l'humanité grâce aux champs morphiques. Du moins, un champ morphique suffisamment grand pour couvrir la planète entière. Angelo avait pu mourir uniquement parce qu'il avait récupéré un annulateur de champ dans les débris de l'explosion du Hub. Je l'avais senti. Comment se l'était-il procuré ? Je l'ignore. Mais il fut le seul à pouvoir s'extraire de cette malédiction.

Je ne pouvais pas laisser une telle pièce entre les mains de la CIA. J'avais immédiatement compris comment Angelo était mort. Sa disparition m'avait ému et elle resterait à jamais gravée dans mon cœur pour l'épiphanie qu'elle provoqua. Elle me confirmait l'existence d'un champ morphique qui avait offert à l'humanité mes caractéristiques, un excès de vie.

Shapiro avait tout de suite compris que j'avais découvert quelque chose d'important. Il a cherché à faire pression sur moi en vous renvoyant au Pays de Galles et je me suis retrouvé seul.

Il s'agissait d'une technologie bien trop en avance pour l'humanité. Je devais la soustraire aux recherches. J'ai réussi à convaincre Rex de me laisser partir avec cette pièce et j'ai été blessé dans la manœuvre. Tout ce dont je me souviens, c'est de délirer de douleur à l'arrière de la voiture conduite par Esther, priant un Dieu absent pour que je ne meure pas.

Ianto le regarde avec tendresse et sourit pour la première fois depuis le début de leur thérapie. Il se remet d'aplomb et continue de raconter l'histoire qui avait tout changé.

- Après votre fuite, la CIA a voulu me déporter, mais Rex a insisté pour me garder à ses côtés. Il nous a fait rechercher à l'aéroport. Gwen hésita, mais sa famille lui manquait trop fort pour rester inutilement aux USA. Rex me remit mes accréditations, car il savait que je serais le lien entre nous tous. Nous avons continué à suivre nos pistes afin d'avancer sur le mystère du Miracle et découvrir les personnes à qui celui-ci profitait.

- À qui profite le crime ? La question cruciale que tout investigateur doit se poser, même dans un cas comme celui-là. Comprenez-vous ? Il est de notre devoir de découvrir et anéantir ce qui peut détruire la race humaine.

- Donc vous avez été à nouveau séparés, dit le conseiller, sans que cela ne soit un choix de votre part. À moins qu'une part inconsciente de votre esprit n'ait décidé pour vous.

- Je comprends, mieux en effet. Mais cette séparation a été mise à profit. Un temps de réflexion nécessaire.

- Sans doute, nous avons dû nous concentrer sur nos enquêtes. Je savais que Jack souffrait le martyre et serait sans doute trop diminué pour se concentrer immédiatement sur l'enquête. J'aurais dû rester avec toi. C'était mon rôle, m'occuper de toi alors que tu étais blessé. Ta fragilité, ta mortalité... j'aurais dû venir avec toi pour te protéger.

Je savais que tu souffrais, mais je ne pouvais pas risquer de te rechercher. La CIA entière était sur vos traces, sans compter les tueurs que les familles avaient lâchés à tes fesses. Rex était persuadé qu'Ester te protégerait, mais je ne cessais de m'inquiéter. Lorsqu'elle nous contacta via les lentilles pour nous dire que tout allait bien, je ressentis un tel soulagement. Je comprends maintenant ce que tu as pu subir avec nous.

Ta vulnérabilité m'a fait prendre conscience de la valeur de la vie humaine alors que le monde s'enfonçait dans le chaos. J'ai donné le meilleur de moi-même pour découvrir ce qu'il y avait derrière le Miracle. Nous avons assisté à la plongée du monde dans une ère totalitaire et aucun de nous ne pouvait supporter cela.

- Les pièces du puzzle étaient sur le point de s'assembler pour nous délivrer l'image finale. Malgré notre séparation, nous remontions la piste qui se dévoilait peu à peu. Un vrai chemin de petits cailloux. Le peu que la petite-fille d'Angelo Colasanto put nous apprendre sur les trois familles Ablemarch, Costerdane et Frines avant de mourir, nous avait confirmé qu'il s'agissait d'un complot d'ordre mondial.

Des puissances profondément ancrées sur Terre manipulaient l'humanité dans un but encore obscur. Elles avaient l'argent, le pouvoir et l'habilité suffisante pour manœuvrer les masses. On assista à une lente capitulation de l'humanité. Celle-ci s'habituait au joug obscur qu'elle sentait peser sur son cou, elle ne se rebellait qu'à peine. On assistait à un glissement dans des âges sombres où vivre signifiait vivre en pleine santé ou disparaître à la vue de tous. Rex menait son enquête de son côté et peu à peu les pièces du puzzle se mirent en place. C'est vrai que si on y réfléchit, ta version d'une cellule dormante depuis 1927 explique pas mal de choses. Ils avaient eu le temps de s'installer sur Terre et acheter ce dont ils avaient besoin, terrain, hommes... et bien sûr, se mettre à l'abri de toutes recherches. Nous pataugions, littéralement.

Ianto baisse la tête, non sans jeter un regard sur le conseiller attaché à sa chaise. Un masque vide d'émotion les écoute avec une attention neutre. Il ne paraît pas troublé par le récit abracadabrant des deux hommes. Jack soupire et reprend son histoire, d'un ton plus sec.

- Pourtant nous touchions au but ! Esther et moi, malgré ma blessure, ne sommes pas restés inactifs. Nous savions que les familles avaient beaucoup investi en Argentine et en Chine grâce à des indices datant du siècle dernier. Elles avaient fait beaucoup d'efforts pour se cacher, suffisamment pour attirer mon attention. L'intérêt qu'elles portaient à mon sang, les souvenirs effacés qui nous revenaient, autant de miettes de pain qui montraient les destinations de Buenos Aires et Shanghai.

Mais je ne pouvais pas encore me confronter à des ennemis plus puissants que moi. Cela me prit longtemps pour cicatriser, un mois entier. Gwen, rentrée au pays, tournait comme une lionne en cage. Elle se savait sous surveillance, mais nous réussîmes pourtant à nous rencontrer afin d'échanger sur nos vies, sur notre enquête. Nous avons retconné nos pisteurs à plusieurs reprises.

Gwen était déchirée, une partie d'elle voulait la vérité et l'autre rester auprès de sa famille éprouvée par le chagrin. Elle avait été si désespérée lorsque son père fut emmené en camp de débordement que je n'ai pu résister à l'envie de la revoir. La vie de chacun était bouleversée par les conséquences du Miracle. Nous gardions pourtant le contact les uns avec les autres, dans une atmosphère de fin du monde.

Shanghai et Buenos Aires nous semblaient être un bon départ de pistes. Il manquait une dernière pièce à ce puzzle lorsque Rhys nous fit constater que les deux villes se trouvaient aux antipodes l'une de l'autre. Cette simple constatation fut la pièce qui nous manquait pour comprendre.

Quoique les familles aient inventé, la Bénédiction devait se trouver dans l'une ou l'autre de ces villes. Nous savions que les familles avaient mis en place quelque chose en rapport avec mon sang, quelque chose qui a transformé l'humanité en extrahumanité. Nous suspections une machine, cachée soit à Buenos Aires, soit à Shanghai.

J'avais d'anciennes relations avec la triade des Dragons rouges, je les utilisais pour payer mon voyage à Shanghai en compagnie de Gwen. Esther partit vous rejoindre à Buenos Aires avec le sang qu'elle m'avait prélevé. C'est là-bas que j'ai vu votre opération échouer et vous faire vaporiser. J'y ai vraiment cru.

- Rex disait que tant que personne ne savait si on était vivant, nous étions en sûreté. Je pensais que tu te serais assuré de ma sécurité en utilisant ton pouvoir de télépathe.

- Cela ne fonctionnait pas lorsque j'étais mortel, dommage. Nous aurions pu communiquer plus rapidement. J'aurais compris plus tôt que tu étais toi aussi près de la Bénédiction.

- Ah oui, cette Bénédiction, ce n'était pas tout à fait ce à quoi tu t'attendais, n'est-ce pas ?

- Non, je m'attendais plus à une machine qu'à une sorte de créature consciente. J'étais persuadé que les familles avaient inventé un dispositif, permettant de calibrer l'humanité selon des paramètres précis. Nous savions que cela avait été réalisé avec ton sang. Je savais qu'il fallait le conserver et le remettre dans le circuit. La taupe à la CIA le savait aussi et c'est à cause de celle-ci que nous avions failli être définitivement sortis du jeu. Mais c'était sans compter la paranoïa de Rex. Je n'ai jamais connu un homme aussi méfiant !

- Ni aussi peu agréable, il détestait mes blagues gay.

- Tu te faisais un malin plaisir de le contrarier !

- Il faut prendre le plaisir où on peut ! Tu finiras par le comprendre.

Ianto s'assombrit aussitôt. Son cœur bat plus fort, comme contrôlant une colère latente. Le sang gronde, mais il conserve son calme, se forçant à respirer calmement. Le conseiller relève la tête comme un terrier sur la piste du renard. Ianto détourne le regard et reprend doucement.

- Jack partit à Shanghai avec Gwen. Je pris l'avion en compagnie de Rex pour rejoindre Esther dans la mégapole argentine. Elle me confia les poches de sang, ton sang si particulier et si recherché... Il fallait le protéger, par tout moyen. Tu étais mortel et recherché par différentes factions : CIA, service secret anglais MI5, service secret russe, et tu te trouvais à Shanghai... Rhys avait eu une bonne intuition en nous montrant les deux mégapoles aux antipodes l'une de l'autre, de même taille, de même population avec chacune des terrains appartenant aux familles.

Nous nous rendîmes compte rapidement que ton sang indiquait la direction à prendre pour découvrir où les familles cachaient leur artefact. Je le sentais. Plein est et plein sud... Je m'attendais à une machine, pas à cette présence écrasante, cet appel qui pulsait dans mes veines, pressait mon cœur d'une sensation de manque et de vulnérabilité. J'en frissonne encore après tout ce temps.

- C'est vrai que tu portais mon sang.

- La meilleure place pour le conserver en sécurité. Dans mon propre corps.

Le temps que Rex avertisse les militaires argentins et nous étions sur le terrain, prêts à investir les lieux. C'est alors que la taupe dans les locaux de la CIA passa à l'attaque. Malgré la discrétion de notre mission, elle avait réussi à passer les protocoles de sécurité et monter une contre-opération en quelques minutes seulement. Une explosion secoua le quartier de Buenos Aires, vaporisant les membres de l'expédition. Tout le monde nous a cru catégorisés 1, même toi Jack.

- Oui, j'ai vu le véhicule exploser sur nos écrans et j'ai vraiment cru t'avoir perdu à nouveau. J'ai maudit ton sens de l'honneur et du sacrifice. Ianto Jones, le sauveur de l'humanité.

Ianto le dévisage, lisant dans ses yeux clairs toute l'inquiétude et la douleur qui l'avaient assailli. Son cœur s'emballe. Jack étire ses lèvres d'un sourire mince. Il sait très exactement ce qu'il ressent. Il regarde le conseiller, figé dans l'attente de la suite de leur histoire. Celui-ci lui rend son regard, un éclat métallique lui meurtrit l'œil. Il accélère alors son débit de parole, comme pressé d'en finir.

- Malgré la disparition de nos trois compagnons, nous devions découvrir ce que les familles cachaient au cœur de la cité chinoise. Je n'avais plus rien à perdre alors que je cherchais le secret si bien dissimulé derrière une porte ne menant nulle part. Les tentures qui claquaient, le froid de cette ruelle qui n'existait pas sur les plans, tout contribuait à donner une atmosphère fantomatique et je sentais l'appel pulser dans mes veines, comme si mon sang désirait s'échapper de mon corps pour avoir une vie propre. Je me rappelle avoir grogné de douleur, alors que Gwen semblait suffoquer sous le joug d'une émotion inexplicable qui s'intensifia à mesure qu'on s'enfonçait dans le ventre de la Terre.

Personne ne nous arrêta, même lorsque nous nous équipâmes pour descendre. Il y avait des explosifs partout, il n'y avait qu'à se baisser pour les ramasser. L'appel se faisait de plus en plus pressant alors qu'on empruntait l'ascenseur en direction du centre de la Terre. Après une descente qui me sembla durer des heures, nous arrivâmes sur une plateforme dominant un vide étrange. Nous étions attendus, cependant, par deux femmes, une jeune et une plus âgée qui nous laissèrent approcher le vide. Cette béance m'attirait plus que jamais. Elle sembla révéler des choses en moi, des choses enfouies si profondément qu'elles en devenaient des pensées étrangères.

L'espace de quelques instants, nous fûmes soumis au jugement d'une créature bien plus vieille et plus sage que moi. Je voyais mes vies se dérouler devant moi, presque palpables, sensation angoissante et pourtant merveilleuse. J'aurais pu rester des heures à contempler ce monde sans m'en lasser. Gwen se dégagea la première, le visage en pleurs, acceptant l'image qui lui avait été renvoyée d'elle-même. « Assez de culpabilité pour me hanter à vie, a dit Gwen. Mais ok, Je suis une mère qui travaille, dit-elle, je n'ai pas besoin de la Bénédiction pour me l'apprendre».

Les deux femmes s'étonnèrent de notre résistance à cette créature que personne ne connaissait. Torchwood nous a habitués à côtoyer l'impossible. Sans doute est-ce pour cela que nous réagissions différemment. Je leur demandais ce que c'était. La plus âgée, je ne me rappelle plus son nom, me répondit qu'il s'agissait d'un être ancien, la Bénédiction, une créature plus ancienne que la Terre. Évidemment, maintenant, je sais à quoi m'en tenir. Mais à ce moment, je ne manquais pas d'hypothèses. Cela pouvait être tellement de choses, un être doté de sensation, peut-être de conscience qui se serait installé ici au moment où la Terre se créait. Un reste d'énergie Racnoss, des particules d'Huon, une expansion de leurs matrices d'hibernation, une chose qui perdurait depuis des millénaires, peut-être même la représentation physique de Gaïa. La Bénédiction communiquait avec l'humanité, elle équilibrait exactement la vie et la mort sur ses deux villes-pôles. Elle vit en symbiose avec les hommes, les reliant tous les uns aux autres dans un champs morphique. C'est ce qui la rend aussi extraordinaire et aussi précieuse. Elle les protège comme une mère ses enfants.

Armé d'un bâton de dynamite, je proposais de tout faire sauter pour que tout revienne à la normale et à ma grande surprise, la femme se mit à rire.

- Allez-y cher Capitaine, c'est très exactement ce que nous allions faire. Cette créature sera ensevelie sous des tonnes de pierre et nul ne pourra défaire ce qui a été fait.

- Vraiment ? fit une voix qui me fit bondir le cœur.

Ta voix. Je pensais ne plus jamais l'entendre, persuadé que tu avais été vaporisé comme les soldats argentins. Vraiment ? As-tu demandé avant d'expliquer patiemment que nous allions tout remettre à sa place qu'elle le veuille ou non. J'entendis un coup de feu suivi de cris. Tu avais été touché et j'entendis Rex me hurler d'y aller. Je devais remettre mon sang, mortel, dans le circuit afin de rendre la mort à l'humanité.

Ce fut Gwen qui me donna le coup fatal. En elle seule, j'avais suffisamment confiance pour me donner la mort. J'étais passé par tellement de choses avec elle. Nous nous étions tout dit, les reproches comme les mensonges. Elle tira, malgré sa conscience qui lui hurlait que c'était anormal et tout changea à nouveau.

Un lourd silence tombe entre les deux hommes. Le conseiller conjugal regarde l'un et l'autre, attentif au moindre mouvement lui signalant la reprise du dialogue. Ianto soupire et reprend lentement la parole.

- On raconte qu'un vent s'est levé sur la Terre et a emporté les âmes en partance. Les uns après les autres, la mort les accueillit pour un repos enfin mérité.

J'avais été blessé mortellement pour protéger Esther et je sentais ma vie s'écouler au même rythme que mon sang. Il me sembla que défilaient devant mes yeux, ma vie et la tienne. Je revoyais toutes les scènes où nous étions ensemble, toutes les fois où je souffrais en silence, tous les moments où j'étais heureux.

Je revivais tous nos souvenirs alors que Rex et Esther tentaient désespérément d'étancher la blessure qui m'ôtait la vie. Je m'enroulais dans nos moments heureux, oubliant les désespoirs, les moments futiles. Je mourais heureux, sachant que je redonnais au monde une chance de continuer à vivre et mourir. Je me sentais quitter le monde des vivants dans une apothéose extraordinaire. Un moment où je volais au-dessus des tourments, du désespoir pour trouver la paix de mon âme. Je disparaissais, j'accompagnais les mourants du monde dans leur dernier voyage, il me sembla presque voir les lumières de leurs existences trembler au-delà de l'horizon avant de disparaître dans le Néant. Je touchais aux Mystères des cieux, je découvrais l'énigme de la vie et de la mort en abordant les sombres rivages de l'au-delà.

Puis une douleur intense traversa mon corps, me brûlant et me rappelant brusquement à la conscience. J'ouvris les yeux et tombais sur les yeux bruns chaud de Rex et le sourire tendre de la douce Esther. Ils manipulaient un défibrillateur et je crus qu'ils allaient le décharger à nouveau sur moi. Je pleurais presque en comprenant que je n'étais pas encore mort. Mes pleurs étaient un mélange de déception et de joie, j'étais incapable de comprendre ce qui venait de se passer, incapable de mettre des mots sur mes émotions.

- Ianto, toi et moi, nous avons été comme les deux pôles d'une chose qui a métamorphosé l'humanité. Nous étions l'anode et la cathode d'un appareil vivant capable de métamorphoser l'humanité. Ce fut comme si nous leur délivrions la mort. La Bénédiction a changé de polarité à cet instant et libéré l'humanité de l'immortalité. Mais j'ignorais que tu avais ressenti tout cela, fait Jack stupéfait tandis qu'un son curieux se fait entendre, comme la mise sous tension d'un appareil mécanique.

- Tu refuses d'aborder le sujet, mais ce n'est pas le pire Jack, non, le pire c'est ce qu'il s'est passé ensuite. Le Monde a comme été nettoyé par un vent de mort. Les églises et les camps de débordement n'ont pas cessé de fonctionner pendant plusieurs semaines avant que tout redevienne comme avant. Il fallait reconstruire le monde, réassurer l'économie, accepter de ne pas avoir toutes les réponses, car nous ne savions toujours pas ce que les familles avaient eu l'intention de faire.

- Devenir immortelles n'était sans doute pas suffisant, on pouvait s'attendre à ce qu'elles reviennent à la charge. Les familles ne devaient sûrement pas prendre leur échec comme le point final à leurs exactions. Elles avaient mis presque 90 ans à monter un plan complexe en utilisant les charmes de deux créatures extraordinaires. Elles pouvaient revenir et se venger. Elles ont le but de dominer la Terre et l'humanité, nous celui de les protéger.

- Non, je ne parle pas de cela, même si c'est important. Non, je te parle de la raison qui m'a poussé à t'entraîner ici. Que s'est-il passé ?

Le silence tombe entre les deux hommes. Visiblement cette question les déchirait depuis un certain temps.

- Jack ! Explique-moi ! jette Ianto avec un regard flamboyant. C'est important pour moi de te l'entendre dire.

- Tu as été tué quelques semaines après ta rencontre avec la Bénédiction et tu es revenu à la vie, dit Jack à toute vitesse, comme pressé d'en finir.

- Et depuis, tu me fuis et refuses de communiquer avec moi, s'agace Ianto.

- Pour te dire quoi ? fait Jack en le regardant attentivement, que je suis désolé que tu sois immortel, que tu ne puisses plus mourir, que tu doives accepter la mort de toute personne qui s'approchera de toi, souffrir de la perte des gens que tu aimes ? Ce n'est pas vrai, je ne suis pas désolé parce que tu es là ! Tu es la seule personne que je souhaite près de moi. Je serai là jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare.

- Ça pourrait bien arriver plus tôt que tu ne le penses. Je crois qu'il est à point maintenant, dit Ianto en se levant précipitamment de son fauteuil.

Le conseiller lève les yeux et le suit d'un regard devenu tout à fait cybernétique. Sa voix qui a été jusqu'ici à peine plus curieuse que celle d'un expert-comptable en période de bilan, devint métallique alors qu'il exprime enfin le fond de sa pensée.

- Vos émotions vous contaminent, vous polluent et vous parasitent. Vous devez les éradiquer pour accéder à la paix cybernétique. Elles vous empêchent de réfléchir clairement à votre situation. Elles vous font souffrir. Il suffit de passer votre personnalité à travers le filtre de nos machines. Vous devez les éradiquer, les éliminer afin d'entamer une nouvelle vie débarrassée des scories émotionnelles qui vous polluent l'esprit. Vous devez être effacés !

- Tu vois que j'avais raison, fit Jack, fourrageant dans un sac posé à ses pieds. C'est un Cyberman, modèle de base, mais dangereux quand même.

- Jack ! appelle Ianto, coincé dans un coin du bureau par le cyberpsy, ça devient urgent.

- J'arrive, dit calmement le Capitaine en sortant une arme lourde, visiblement destinée à éliminer les Cybermen. J'ai l'impression que vous n'avez pas bien écouté ce que je vous ai dit tout à l'heure. Be kind rewind !

- Jack ! fait Ianto acculé contre la porte du cabinet par l'androïde.

- Deleted ! dit le robot en levant la main pour darder un rayon mortel sur le Gallois désarmé.

Celui-ci s'écroule et Jack bondit à son tour pour échapper au rayon laser. Le Cyberman avance vers lui, tandis qu'il manipule son arme.

- Comme tous les autres, vous allez rejoindre nos rangs ou être éliminé, lui annonce la créature cybernétique, continuant d'avancer sur lui.

- Génération spontanée ou reste perdu de la grande guerre, il est temps de rendre des comptes, M. le Réducteur de tête !

Jack épaule son arme et posément appuie sur la gâchette. Un énorme rayon vert jaillit du canon et frappe le Cyberman, lui vaporisant littéralement la tête, mettant à jour son crâne de métal. Le reste du corps continue de marcher sur Jack avant de s'écrouler à ses pieds.

- Je fais encore de l'effet à la gente robotique, plaisante Jack en secouant du bout de sa ranger le bras métallique à présent immobilisé. Ianto !

Il se précipite sur son compagnon, renversé en arrière, les jambes curieusement emmêlées. Il le prend tendrement dans ses bras et lui caresse le visage, d'un geste révélant à lui seul ses sentiments profonds. Avec un hoquet sec, Ianto happe l'air et revient à lui, se raccrochant aux bras fermes de son amant.

- C'est la troisième fois que je te vois mourir et je n'arrive toujours pas à m'y faire.

- Tu comprends mieux ce que je ressens alors !

- Je pense ce que je dis. Je sais que pour toi, c'est difficile à concevoir, tu es encore un jeune non mortel, mais après quelques dizaines d'années, on s'habitue à cette existence. Je sais que tu te sens coupable vis-à-vis de tes amis et de ta famille. La seule chose que je peux faire, c'est de rester auprès de toi.

- Ce n'est pas de la pitié ?

- Non, tu es ma seule famille à présent et je préfère te savoir à mes côtés... histoire de te protéger.

- Je n'ai plus besoin de protection maintenant, je ne peux pas mourir.

- Moi non plus j'avais besoin de rien, mais tu as su t'imposer et depuis je ne l'ai jamais regretté.

- Humm, oui, cette fameuse tasse de café sur le quai, fit Ianto en se levant.

- Oui, à partir de cet instant, tu m'as intéressé.

- Heureusement que je ne t'avais jamais révélé que ce café venait de Starbuck. Tu ne m'aurais jamais gardé.

- Et j'aurais sans doute fait une belle erreur. Mais peut-être que cela aurait été pour le meilleur !

- Ou pour le pire ? dit Ianto en souriant, apaisé par les mots de son Capitaine.

- Peut-être, mais ensemble, c'est mieux. Nous sommes passés par toutes les épreuves pour finalement affronter la dernière, celle d'une immortalité l'un près de l'autre. Je sais que tout n'est pas facile à accepter. Tu te sens coupable de survivre à tout, mais apprends que tu survis pour moi. J'ai comme l'impression que tu es le cadeau que la vie m'a fait.

- Plutôt la Bénédiction, non ?

Jack rit et l'aide à se relever, époussetant son costume taché de poussière. Il retourne le corps métallique du pied.

- Je me demande tout de même d'où il peut bien venir ? demande Jack en rangeant son arme. Mais le Docteur avait raison, il se passait de drôles de choses ici. Possible génération spontanée ? Ce ne serait pas la première fois.

- Je l'ignore, mais il a eu tout de même son utilité. Il nous a permis de parler de cette période.

- Ianto, ça va faire 20 ans que tu veux me parler de cette foutue période. Ce qui est fait est fait. Si j'avais voulu te quitter, je l'aurais déjà fait depuis longtemps. Au lieu de ça, je continue de te supporter. Alors en effet, ne pas mourir est difficile, mais nous sommes deux, c'est ce qui importe. Tu ne peux pas te contenter de cela ?

- Non... je ne peux pas. Ça fait 20 ans maintenant que tu évites cette question. Et si tu trouvais une autre personne à aimer ?

- En 20 ans, je n'ai pas trouvé une autre personne. Ianto, je t'aime autant que moi-même. Mais personne d'autre ne saura supporter comme toi ma condition. Tu peux être jaloux, mais je serai toujours près de toi, tu es mon seul compagnon, ma maison.

- Finalement, ça valait la peine d'entrer dans ce cabinet.

- Oui, nous avons pu débusquer une génération spontanée de Cyberman, dans ce trou perdu.

- Je parlais plutôt de notre discussion. J'en avais besoin. Cela me rongeait depuis trop longtemps.

- Je le sais, c'est bien pour cela que j'évitais d'en parler. Tu aurais pu me quitter.

- Je ne le peux pas, je t'aime comme je t'ai toujours aimé, dans la peur qu'un jour nous nous séparions.

- Aucune crainte, dit Jack en lui souriant tendrement, tant que la Terre tournera, je serai près de toi.

Un courant d'air chaud les effleure lorsqu'ils ouvrent la porte, un courant de compréhension et d'amour les envahit alors qu'ils sortent dans la chaleur sèche de la planète. La porte se referme sur eux. Ces lieux garderont toujours la trace de ces deux hommes qui, malgré l'éternité, continuent d'affronter le monde ensemble, jusqu'à ce que la fin du monde les sépare.


FIN (enfin...)


Une porte se referme sur ce monde et cette fic. Cette fois, c'est vraiment la fin, j'ai plus de Torchwood stories en magasin. Mais ce n'est pas grave, d'autres que moi continueront dans ce fandom avec de magnifiques histoires, étonnantes et réjouissantes. (n'est-ce pas Aviva ? )

C'est la première fois que je finis une fic sans en avoir une autre en chantier, ça me fait tout bizarre, à la fois allégée et écrasée, mais bon, c'est le lot de toute ficqueuse, non ?

Je remercie (encore) tout ceux qui ont pris quelques instants pour la lire, pour la savourer, m'en parler ou pas. Ch'suis pas rancunière ! (d'ailleurs, Luad, Doc53, Caillie, si vous voulez que je vous réponde, faites péter le MP, sorry)

MERCI encore à tout ceux qui m'ont soutenu jusqu'à ces quelques lignes absconses.

BIZ Rhea