Chapitre 36
On était à présent au milieu du mois de juin. Il ne restait plus à Iris que deux examens à présenter : sortilèges et histoire de la magie.
Tous les étudiants de dernière année avaient été particulièrement stressés et anxieux à cause des ASPICs mais finalement ce n'était pas si terrible que ça. Certes la quantité de matière à étudier était conséquente et le niveau de maîtrise à atteindre était assez élevé mais, en fait, les élèves avaient pu avoir un bref aperçu du déroulement de ces épreuves grâce aux BUSEs qu'ils avaient passés en cinquième année.
En effet, les ASPICs se déroulaient presque de la même façon que les BUSEs, à deux exceptions près : les septième année présentaient la partie théorique une journée puis la partie pratique le jour suivant, au lieu du matin et de l'après-midi pour les BUSEs et, autre différence, l'examen pratique se passait en présence de non pas un mais bien trois membres d'un jury externe au personnel de Poudlard.
Leurs professeurs habituels, quant à eux, avaient pour tâche de surveiller le déroulement des épreuves écrites et de les corriger puis ils devaient mettre en commun les résultats de l'examen écrit et de l'examen pratique avec les membres du jury externe et ils décidaient ensemble de la note à attribuer.
Tout cela avait l'air assez fastidieux d'autant qu'Iris pouvait en juger en regardant Severus corriger non seulement les copies des ASPICs et des BUSEs mais aussi celles des cinq autres années qui avaient présenté l'examen de potions. La jeune fille se disait que les élèves se plaignaient beaucoup mais que, finalement, c'était peut-être les professeurs qui étaient le plus à plaindre…
La Gryffondor, qui était couchée à plat ventre au milieu du salon de son professeur de potions, referma ses livres et son cours d'histoire de la magie, se redressa et se dirigea vers Severus qui était assis derrière son bureau en train de corriger une pile d'examens de deuxième année.
« Bon ! J'en ai un peu marre… On fait une pause ? » demanda-t-elle, en se plaçant à côté de lui et en pressant légèrement son épaule.
Rogue termina de tracer un grand D aux angles pointus dans le coin supérieur droit du parchemin qu'il lisait, posa sa plume et attrapa la jeune femme par la taille afin qu'elle puisse s'asseoir sur ses genoux.
« Excellente idée… répondit-il en l'embrassant sur la joue.
- Je n'aurais pas dû choisir histoire de la magie, c'est vraiment barbant… souffla-t-elle, dépitée.
- Pourquoi diable avoir choisi ce cours dans ce cas ? demanda-t-il, en haussant un sourcil.
- Je ne sais pas… Je pensais que c'était quand même important de connaître l'histoire du monde magique, surtout pour moi qui n'y connaissais rien avant de débarquer à Poudlard… expliqua-t-elle. Et puis Catherine l'avait pris aussi alors… ajouta-t-elle en haussant les épaules.
- Alors tu as décidé de subir ce cours deux ans de plus… Mais tu n'avais obtenu qu'un Acceptable à tes BUSEs… Comment t'y es-tu prise ? interrogea-t-il, perplexe.
- Je peux me montrer très convaincante lorsqu'il le faut, tu sais… répondit-elle, mystérieuse, dans un sourire.
- Oui, merci, je suis au courant. J'en ai déjà fait les frais… » rouspéta-t-il.
Iris se mit à rire puis rétorqua :
« Oui, c'est ça, pauvre chou va ! Je te plaindrais bien si j'avais le temps…
- Pauvre chou ? On ne m'avait encore jamais appelé comme ça ! déclara-t-il, surpris.
- Quoi ? Tu n'aimes pas ? demanda-t-elle, amusée.
- Pas du tout, non… grommela-t-il.
- Parfait ! Je sais comment t'appeler pour t'embêter maintenant ! répliqua-t-elle, ravie de sa découverte.
- Tu sais que tu peux vraiment être une petite peste quand tu t'y mets ?
- Oh oui ! Je le sais parfaitement ! rétorqua-t-elle, un sourire jusqu'aux oreilles. Mais ça fait partie des raisons pour lesquelles tu m'aimes, non ? »
Severus sourit puis déclara :
« Entre autres, oui… Mais attends un peu ! Je vais t'apprendre à te moquer de moi… »
Alors qu'Iris était en train de rire aux éclats, en se contorsionnant comme un ver de terre sous les chatouilles précises et quasiment chirurgicales de Rogue, qui savait pertinemment où placer ses mains pour obtenir un maximum de réactions de sa part, ils entendirent soudain frapper à la porte.
Le maître des potions cessa aussitôt son entreprise et leurs regards se croisèrent, emplis d'interrogations et de doutes. Il la fit descendre de ses genoux et se leva.
« Assieds-toi sur le canapé. Je vais voir de qui il s'agit », dit-il, soucieux, en se dirigeant vers la porte.
Iris obtempéra et attendit avec appréhension de connaître l'identité du mystérieux visiteur qui venait à l'instant de frapper à la porte des appartements du professeur Rogue.
Aucun des deux ne songea un seul instant à essayer de cacher Iris : ils savaient très bien que la personne qui se trouvait dans le couloir avait très certainement entendu la jeune fille rire aux éclats puisqu'ils n'avaient pas pris la peine de lancer un sortilège d'Impassibilité…
Rogue, dont le visage ne laissait transparaître aucune émotion, ouvrit vivement la porte et se retrouva face au préfet de Poufsouffle, Robert Carlisle.
« Que me vaut l'honneur de votre visite, monsieur Carlisle ? demanda-t-il, ironique, de sa voix doucereuse.
- Heu… Je… Je cherchais Iris… On devait se voir une dernière fois avant l'examen d'histoire de la magie… » répondit le jeune homme, angoissé.
Iris, qui les avaient entendus parler, se souvint subitement que, en effet, ils s'étaient donnés rendez-vous aujourd'hui à quinze heures trente… Elle se frappa le front du plat de la main, n'ayant pas du tout réalisé qu'il était déjà si tard, jeta un œil à sa montre et la secoua un peu, perplexe, puis elle rassembla précipitamment ses affaires.
Le jaune et noir poursuivit, mal à l'aise face au maître des cachots :
« Heu… Ses amies m'ont dit que… qu'elle était peut-être venue vous voir… »
Rogue s'apprêtait à répondre quelque chose mais, lorsqu'il entendit Iris arriver dans son dos, il se ravisa et s'écarta simplement pour la laisser passer.
« Robert ! Je suis vraiment désolée ! Je n'avais pas oublié mais je crois que ma montre s'est arrêtée ! Regarde ! » dit-elle, en lui tendant son poignet gauche.
Le Poufsouffle prit le poignet de la jeune fille dans ses mains et observa la montre. Il constata que, effectivement, les aiguilles s'étaient arrêtées sur quatorze heures vingt-trois.
« Ce n'est rien, ça arrive… » répondit-il, toujours aussi gêné, avant de relâcher brusquement le poignet d'Iris en voyant le regard assassin du maître des potions posé sur lui.
La jeune fille, désireuse de s'éloigner le plus vite possible de là avec le garçon avant que quelqu'un ne les aperçoive et sachant que Rogue comprendrait, prit Robert par un bras et l'entraîna vers les escaliers, sans dire au revoir à Severus.
« Viens ! On n'a qu'à aller dans le parc. Il fait beau dehors. »
Le garçon se laissa faire et le maître des cachots les regarda partir avant de retourner dans ses appartements.
Iris avança d'un pas vif et résolu et ne consentit à s'arrêter que lorsqu'ils furent arrivés à l'ombre d'un grand arbre, en face du Lac Noir, dans un endroit peu fréquenté par les autres étudiants.
Elle se laissa tomber sur le sol en poussant un long soupir, sortit ses livres puis interrogea du regard Robert qui était toujours debout et l'observait.
« Quoi ? finit-elle par demander.
- Qu'est-ce que tu faisais chez Rogue ? interrogea-t-il, troublé.
- Je… lui rendais un livre qu'il m'avait prêté… mentit-elle.
- Rogue te prête des bouquins ? demanda-t-il, perplexe.
- Oui.
- Pourquoi ?
- Parce que je le lui avais demandé. »
Le préfet de Poufsouffle fronça les sourcils, absolument pas convaincu par sa réponse, puis reprit :
« Je t'ai entendu rire…
- Oui. Et ?
- Et ben qu'est-ce qui te faisait rire comme ça ? Tu… Tu étais toute seule… avec… avec Rogue…
- Il… Il a fait une réflexion marrante et je n'ai pas pu m'empêcher de rigoler tellement c'était drôle.
- Une réflexion marrante ? demanda-t-il en haussant les sourcils, totalement incrédule.
- Oui.
- Rogue ?
- Ben oui ! s'exclama-t-elle, agacée.
- C'était quoi ? »
Merlin ! Son calvaire n'allait-il donc jamais prendre fin ? Qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir inventer maintenant ? Elle réfléchit très rapidement et déclara :
« Il parlait des élèves de quatrième année… Il était dépité parce que, apparemment, leurs examens n'étaient pas très brillants et il a dit qu'ils avaient certainement de la semoule en guise de cervelle et qu'ils étaient incapables de faire la différence entre de l'aconit et du napel ! »
Puis elle se mit à rire.
Voyant que Robert ne semblait pas du tout trouver ça drôle, elle précisa :
« L'aconit et le napel désignent exactement la même plante… C'est la même chose, c'est pour ça que c'est drôle…
- Je le sais bien, merci ! J'ai quand même quelques notions… répondit-il, vexé.
- Excuse-moi, je ne voulais pas te contrarier… dit-elle, sincèrement désolée. Tu ne veux pas t'asseoir ? » demanda-t-elle ensuite gentiment.
Le garçon, qui ne s'était pas rendu compte d'être resté debout, consentit à s'asseoir auprès de la jeune fille. Mais il n'en avait pas fini pour autant avec ses questions…
« Par les caleçons de Merlin ! Iris ! Est-ce que tu vas enfin me dire ce que tu foutais chez Rogue ? Chez lui, dans ses appartements ! Tu n'étais pas dans son bureau mais dans ses propres quartiers !
- Bon sang, Robert ! Baisse d'un ton, je t'en supplie ! » chuchota Iris, alors que quelques élèves passaient devant eux en les dévisageant.
Le Poufsouffle soupira, en suivant les élèves des yeux, mais reprit néanmoins plus bas :
« Les rumeurs de l'année passée… Ne me dis pas que c'était vrai !
- Quoi ? Mais non ! se défendit-elle aussitôt. Je n'ai jamais fait… ça… avec personne d'ailleurs ! Même si ça ne te regarde absolument pas ! dit-elle en rougissant.
- Oui mais…
- Écoute ! le coupa-t-elle. Le professeur Rogue et moi, on est devenu ami. Je sais que ça peut te sembler bizarre mais c'est la vérité ! poursuivit-elle précipitamment en voyant qu'il voulait l'interrompre. Tu peux demander à Cath et à Cycy, elles te le confirmeront. Et si tu veux savoir pourquoi, je vais te le dire… Tu te rappelles le discours de Dumbledore, l'année passée, avant le premier match de Quidditch entre Serpentard et Gryffondor ?
- Bien sûr que je m'en souviens ! Il voulait faire cesser les rumeurs qui circulaient à votre sujet. Il a dit que Rogue était allé te chercher dans ta famille d'accueil à cause d'un souci d'ordre personnel ou un truc dans le style…
- C'est ça… Et tu sais ce que c'était ce souci d'ordre personnel ?
- Non… Personne n'a jamais su… »répondit-il, songeur.
Iris baissa encore la voix et poursuivit, en évitant de le regarder dans les yeux :
« Mon tuteur m'a… agressée… et il… il a essayé de… me violer… mais Rogue l'en a empêché… »
Robert eut l'impression qu'un bloc de plomb lui tombait dans l'estomac… Il déglutit en prenant toute la mesure des paroles que son amie venait de prononcer… Il était sous le choc, il ne se serait jamais douté qu'il s'agissait d'une chose pareille… Il ne répondit rien et l'écouta poursuivre :
« Je n'avais plus de famille mis à part ces gens qui ne me traitaient pas correctement… Lui, il m'a protégée et il m'a hébergée chez lui… C'est pour ça qu'on est devenu ami… Tu comprends ?
- Oui, je comprends très bien… Je… Je suis désolé de t'avoir harcelée avec ça… Je ne me doutais pas du tout… répondit le garçon, penaud.
- Ce n'est rien… Du moment que tu gardes ce que je viens de te dire pour toi… déclara-t-elle, en le regardant droit dans les yeux.
- Bien sûr, je… je ne le répéterai pas, promit-il, en la fixant toujours dans les yeux.
- Merci… Tu veux bien qu'on révise histoire de la magie maintenant ? proposa-t-elle pour passer à autre chose.
- Oui, d'accord ! » approuva-t-il, en sortant ses livres et en essayant de se faire pardonner sa conduite.
Puis ils passèrent le temps qui restait avant le souper à réviser leur cours en se posant des questions l'un à l'autre et en se faisant réciter mutuellement.
Après le repas, en sortant de la Grande Salle avec Catherine et Marvin, Iris fut stoppée par le professeur Dumbledore qui l'attendait en compagnie de Severus, Robert et Eléanore Murfin. Le directeur lui demanda de le suivre et elle partit avec toute cette petite troupe vers le bureau directorial, après avoir lancé un regard surpris aux deux autres Gryffondor.
Une fois arrivé dans la pièce circulaire, Dumbledore leur expliqua la raison de leur présence :
« Miss Murfin est venue me rapporter qu'elle avait vu miss Bloomwood sortir des appartements privés du professeur Rogue cet après-midi… Elle m'a également fait part d'accusations assez graves à votre sujet et m'a affirmé que monsieur Carlisle pourrait confirmer ses propos… C'est pourquoi je vous ai tous réunis ici ce soir afin de tirer cette affaire au clair… »
Iris n'osait pas regarder dans la direction de Severus de peur de fournir des arguments en plus contre eux.
Le maître des potions, qui serrait les poings au point de faire blanchir les jointures de ses doigts, se disait que, cette-fois, Iris et lui ne pourraient pas échapper à une sanction à cause de cette horrible Serpentard.
Eléanore, qui détestait cordialement Iris depuis la première année, était enchantée de l'avoir mise dans une situation aussi critique.
Dumbledore priait Merlin et Morgane pour qu'un miracle se produise et qu'ils puissent tous les deux être lavés de tout soupçon.
Quant à Robert, au milieu, il se demandait ce qu'il faisait là et il ne savait pas trop quoi faire…
« Alors ? Quelqu'un pourrait-il m'expliquer ce qu'il s'est passé ? interrogea le directeur de l'école.
- C'est très simple, professeur. Comme je vous l'ai dit, Bloomwood sortait des appartements privés du professeur Rogue avec toutes ses affaires, les cheveux ébouriffés et les joues rouges… Il n'est pas très difficile de deviner ce qu'elle avait bien pu faire… Certaines ne reculent vraiment devant rien pour assurer leur réussite… déclara Eléanore avec une moue de mépris et de dégoût.
- Je vous prierais de garder vos suppositions pour vous et de ne pas porter d'accusations aussi graves envers vos camarades, miss Murfin, surtout lorsque vous ignorez de quoi vous parlez… » grinça le maître des cachots d'une voix menaçante.
La Serpentard lança un regard dédaigneux à son directeur de maison et reprit à l'adresse de Robert Carlisle :
« Dis-le, toi ! Tu étais là ! Tu as bien vu qu'elle sortait de chez lui !
- Et bien, monsieur Carlisle, nous vous écoutons, intervint gentiment Dumbledore. Qu'avez-vous à dire ? »
Le préfet de Poufsouffle jeta un rapide coup d'œil à Rogue, qui ne manifestait pas la moindre émotion malgré la colère qui bouillonnait en lui, et à Iris, qui lui adressa un faible sourire. Ensuite il regarda Dumbledore, qui semblait simplement attendre qu'il dise quelque chose, et Eléanore, qui jubilait déjà (la garce !), alors il déclara :
« Oui, Iris est sortie des appartements du professeur Rogue… juste après moi. Le professeur Rogue nous avait invités à prendre le thé chez lui afin de clôturer dignement la fin de trois années de rondes de surveillance en sa compagnie. »
Hahaha! Suspens! La suite au prochain épisode...^^
Alors? Qu'est-ce que vous en pensez? Vous avez aimé?
Merci d'avoir lu en tout cas! J'espère sincèrement que cette histoire continue de vous plaire! ;-)
A la prochaine
