Note de Lady Memory: Mille mercis à mes lecteurs et reviewers si patients.

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35 – Est-ce si difficile à comprendre?

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Hermione sentit un pincement douloureux en elle. Tout était terminé, mais de façon si décourageante! Pourtant, ils étaient tous en vie, et c'était toujours une sensation incroyable après le supplice qu'ils avaient enduré… Au moins, elle aurait dû être heureuse de quitter cette horrible maison… mais non, même cette pensée n'était pas réconfortante. Il était étrange de voir comment seulement quelques jours auparavant, elle mourrait d'envie de retourner à Poudlard, et à présent, cette perspective était devenue absolument intolérable !

La jeune fille regarda Snape. Son nez était enflé et bleui, et il respirait visiblement avec difficulté. Mais tout son visage était une pagaille de bleus et de coupures… Pourtant, il avait refusé l'aide de Dumbledore. Comment soigner ses blessures, et, plus que tout, son esprit ?

Un autre regard sur son expression épuisée interrompit sa rêverie : il avait besoin de réels soins et d'un bon repos. La discussion viendrait plus tard. Maintenant, ils devaient rentrer dès que possible.

« Je serais prête à partir dans quelques instants… » annonça Hermione, bien que son cœur se rebelle à cette idée.

« Oui, préparez-vous » répondit Snape, amer. « Il est temps de rentrer à la maison. Dans un vrai foyer. Pas dans le taudis dans lequel vous avez été forcée à rester toutes ces journée. »

La jeune fille se figea. Il avait entendu. Elle maudit mentalement Ron et sa grande bouche.

« Je vous demande pardon pour Mr Weasley » déclara-t-elle tout bas, et le désir de l'apaiser la poussa à poursuivre. « Il ne pouvait pas savoir que vous…

-Je n'ai pas besoin de vos excuses ! » contra Snape, tranchant. « Il est votre ami, et vous trouverez toujours un moyen de le justifier. Exactement comme vous le faisiez pour Lupin.

-Mais vous aviez promis que nous serions amis lorsque l'époque serait plus heureuse » lui rappela Hermione, espérant qu'il pouvait sentir l'impatience dans sa voix. « Le moment n'est-il pas venu ? »

Il afficha un rictus. « Quelle idée étrange en avez-vous là ! »

Ah ! Alors il avait déjà récupéré son extérieur désagréable, même avant d'atteindre Poudlard. De nombreux sentiments contrastés s'éveillaient et émergeaient dans son cœur, se coalescent de colère. De la colère contre le monde, contre Voldemort, contre le Professeur Dumbledore, contre tout et tous. Elle aussi avait été déçue et blessée ! Si c'était ce qu'Harry allait payer pour être l'Élu, alors, pas étonnant qu'il soit constamment prêt à réagir dans le feu de l'action et à se comporter de façon irresponsable.

En revanche, discuter était inutile… Tout était si inutile à présent !

Hermione inspira et murmura timidement « Je vais préparer mon sac, alors.

-Vous êtes impatiente de rejoindre vos amis, n'est-ce pas? Eh bien, allez donc préparer vos affaires et vous assurer que vous n'oubliez rien ! » gronda-t-il, essuyant sa joue et considérant sombrement le sang qui maculait à nouveau ses doigts. « Revenir ici n'est pas une option. Ce que vous oublierez sera perdu. »

Sans un mot, la jeune fille revint dans sa chambre et commença à organiser ses possessions. Un flot d'émotions se déversait en elle comme des fétus dans un torrent, de plus en plus vives à mesure qu'elle empilait ses vêtements sur le lit décati, vérifiait l'affreuse commode, qui sembla lui renvoyer un regard navré, comme s'excusant de sa mauvaise allure, inspectait les tiroirs de ce foutu bureau –vide depuis le début de son séjour, en dehors de la satanée enveloppe ces derniers jours- et enfin, elle se tourna pour regarder la stupide étagère, où les romances idiotes avaient patiemment attendu d'être lues.

Ces livres idiots ! Son seul réconfort pendant tant d'heures ! Des jours passés dans l'appréhension tandis que tout était faux ! N'aurait-ce pas été un plaisir si elle avait pu les jeter tous dans la cheminée pour qu'ils puissent atteindre Voldemort, où qu'il soit ?

Laissez-le donc lire et être sauvé par le pouvoir de l'amour pensa Hermione, appréciant sombrement l'idée d'une petite cascade de volumes atterrissant directement sur la tête du Seigneur des Ténèbres…

Puis son regard remarqua soudain ce livre, et son cœur se serra à nouveau.

Celui-là… Celui-là était différent. C'était son livre, et elle ne pouvait abandonner ce souvenir également… Ca avait été si bon, elle avait ressenti tant de bien, de douceur, de réconfort…

Sentant les larmes pointer à nouveau mais les ravalant férocement, la jeune fille s'assit sur le lit et prit le livre entre ses mains. Lentement, elle l'ouvrit, jetant un regard distrait aux paroles magnifiques qui l'avaient tant de fois réconfortée au cours de ces journées douloureuses. Et lentement, comme animées d'une vie propre, les pages commencèrent à se tourner jusqu'à ce qu'elles atteignent un point précis. Hermione fronça les sourcils, se rappelant le marque-page qu'il avait inséré ce soir-là, et sentant l'irritation remonter : comme prédit, ce gros morceau avait laissé une démarcation, et maintenant, les pages s'ouvriraient toujours ici.

Et soudainement, elle se rappela avec quelle insistante Severus avait parlé de ce livre au cours des derniers jours : pourquoi avait-il été si obsédé ? Qu'avait-il trouvé à l'intérieur ? Qu'avait-il lu ?

La curiosité vainquit sa colère, et elle se pencha sur le livre. La page devant elle brillait légèrement dans la lumière des chandelles.

'Versets d'Amour et de Joie' était l'en-tête en haut de page et, brillant de sa glorieuse beauté, le titre du poème était écrit immédiatement en-dessous.

« Comment t'aimé-je? Énumérons-en les manières… »

Issu du fond des âges, la voix gentille d'Elizabeth Barrett-Browning parlait au cœur agité de la jeune fille, lisant comme en transe.

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« Comment t'aimé-je? Enumérons-en les manières.
Je t'aime au plus profond, plus haut, plus étendu
Que mon âme puisse atteindre, en étant hors de vue,
Toute émue par la grâce, quand prend fin l'univers.

Je t'aime à l'instar d'un besoin qui m'est cher,
Ressenti nuit et jour, au fil du quotidien,
Je t'aime librement, tel le souverain bien,
Je t'aime purement, comme après la prière.

Je t'aime avec la passion mise à endurer
Les peines et la foi d'un âge révolu.
Je t'aime d'un amour qui semblait disparu
Avec mes saints perdus. Sourire et pleurer,

Respirer dans ma vie, tel en est le décor.
Si Dieu veut, je t'aimerai mieux après ma mort. »

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Le poème entier avait été marqué avec une ligne rouge qui avait été renforcée deux ou trois fois d'un cercle nerveux autour des derniers vers.

Mais, bien plus surprenant, deux petites lettres signaient cette touchante déclaration.

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S.S.

Severus Snape.

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Hermione fronça des sourcils. C'était étrange. Inhabituel. Le Professeur Snape n'aurait pas intentionnellement griffonné sur un livre n'étant pas sa propre propriété. Alors, quel était le sens de cela ? Était-ce un message ou un vœu… Ou peut-être le souvenir d'un amour passé ?

Elle sentit un élan de jalousie à cette possibilité, et les paroles que Voldemort avait adressées à Severus résonnèrent à son esprit.

« Tu as toujours eu un penchant pour les femmes Nées-Moldues… »

De nombreuses idées déroutantes flottant dans son esprit et de nombreuses émotions confuses s'entrechoquant dans son cœur, la jeune fille se leva de son lit. Tenant avec attention le livre entre ses mains, elle entra dans le salon d'un pas doux et mesuré.

Snape se tenait toujours là, mais son regard était maintenant immensément triste. Dès qu'elle apparut dans l'encadrement de la porte, il tourna la tête vers elle, semblant profondément mal à l'aise.

« Miss Granger » commença-t-il avec un ton clairement plein d'excuses. Puis il s'interrompit pour mieux la regarder, et sa voix devint alarmée. « Miss Granger ! Est-ce que tout va bien ? »

Lentement, elle secoua la tête et leva le livre pour lui montrer le poème.

« Je viens de trouver ceci. »

L'homme jeta un œil à la page, et son regard s'écarquilla en quelque chose de similaire à de la panique. Il avait évidemment oublié après le supplice qu'il avait subi, et maintenant, il semblait abasourdi.

Hermione pencha la tête. « Qu'est-ce que cela signifie ? »

Snape rougit, semblant plus gêné encore comme toujours, il se réfugia dans son orgueil.

Il se racla la gorge. « Ah, rien, juste une… une erreur. J'ai agi sur une impulsion. J'allais l'effacer avant que vous ne le remarquiez, mais alors ce jeune idiot est arrivé, et… et il n'y a plus eu le temps de faire quoi que ce soit d'autre…

-Alors, ce n'est pas un message ? »

Sa bouche eut un tic tandis que Severus semblait soupeser sa réponse. Puis ce ne fut qu'un court « Non.

-Non ? » considéra doucement Hermione. « Quelle tristesse… »

Et elle abaissa le livre avec un sourire, fixant d'un regard vide le sol.

« Qu'est-ce que cela signifie ? » demanda-t-il, et elle perçut l'anxiété dans sa voix.

« Cela signifie simplement ce que j'ai dit. 'Quelle tristesse.' »

Hermione s'interrompit, et Severus fit un pas en avant. Elle leva la tête pour le regarder. « J'avais espéré…

-Vous aviez espéré… » répéta-t-il avec une intonation interrogative, faisait un autre pas et la regardant, les yeux comme hypnotisés.

Elle lui rendit son regard. « Est-ce si difficile à comprendre ?

-Vous voulez dire… Vous voudriez réellement dire… » souffla-t-il, incapable de terminer sa phrase.

« Tu aurais pu le deviner à présent… » expira-t-elle. Il était proche à présent, si dangereusement proche qu'elle aurait pu compter chacun des poils de ses sourcils.

« Hermione » murmura-t-il.

Elle s'illumina. « Je suis heureuse que tu te rappelles de mon prénom » dit-elle, souriant et levant le visage vers lui.

Lentement, graduellement, comme tiré par une main invisible, il se pencha en avant jusqu'à, enfin, l'embrasser.

'Et ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps.'

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Note de Lady Memory : Chers lecteurs, c'est la première des deux fins que j'ai annoncées il y a 35 jours dans mon prologue (incroyable de voir comment le temps file !). C'est ici que l'histoire 'pourrait' s'arrêter : un 'et ils vécurent heureux' satisfaisant les deux personnages et certains des lecteurs, et peut-être même l'auteur. Mais, comme vous pouvez l'imaginer, ce n'est pas la vraie fin. Trop de liens restent à défaire.

Alors, je suis heureuse de renouveler mon invitation : si vous voulez en découvrir plus et avoir le courage de poursuivre, alors je vous encourage à continuer notre voyage… à vos propres risques !

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Aë: J'ai choisi la traduction de Raouf Hajji pour le poème.

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Note de Sockscranberrie : Oh mon Dieu ouiiiiii ! Enfiiiiin !

J'adooooore ! :D :D

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Note de Cricri: j'aime bien cette fin pleine de tendresse et je redoute l'autre possibilité... J'aimerai temps rester sur une bonne impression... Enfin moi, j'en ai besoin! Merci Aë pour cette nouvelle traduction!

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« J'avais espéré…

-Vous aviez espéré… » répéta-t-il avec une intonation interrogative, faisait un autre pas et la regardant, les yeux comme hypnotisés. (Je vais mourir tant c'est romantique !) Aë : auquel cas tu sauras pas la fin ^^'