Cet OS a été écrit dans le cadre de la nuit du FoF. Ici, le thème était : Broderie. Bonne lecture à toutes et à tous. Pour plus d'informations, vous pouvez consulter notre merveilleux forum.
BRODERIE
La Grosse Dame connaissait Poudlard comme sa poche. Elle connaissait le nom et les habitudes de chaque tableau. Par exemple elle savait que le soir, après l'heure du couvre-feu imposé aux élèves, il valait mieux éviter de passer dans le tableau des chauves-souris. Il y avait le Chevalier du Catogan aussi et son poney qui devait certainement être plein de puces. Celui-là, il avait tout le temps l'air d'être survolté. Comme si c'était toujours la guerre. Elle ne l'aimait pas beaucoup et avec son amie, Violette, elles avaient échafaudé tout un plan pour l'éviter lorsque, le soir, elles faisaient leur petite promenade digestive, après le couvre-feu des élèves bien entendu, pas question que la Grosse Dame loupe un passage d'élève.
Elles allaient donc saluer la girafe et l'hippopotame qui l'avaient accueillie lorsque Sirius Black avait tailladé son tableau, puis elles passaient dire bonsoir à la bergère. Celle-ci était bête comme ses pieds mais elle avait toujours des potins à leur raconter. C'était grâce à elle qu'elles avaient appris qu'il y avait eu, quelques années plus tôt, une histoire entre la professeur d'étude des moldus et le professeur de défense contre les forces du mal, celui que Violette aimait bien parce qu'il avait un joli sourire. Leur séparation avait été causée par l'amnésie de l'un d'entre eux. Une histoire tragique et très émouvante.
Elles aimaient aussi, à l'occasion, mais pas toujours, allez rendre visite à la fresque des trolls qui dansaient, au septième étage. Barnabas le Follet leur montrait alors les nouvelles chorégraphies sur lesquelles il travaillait avec les horribles créatures. Elles battaient des mains en rythme et ne se lassaient pas du spectacle.
Toutes les deux, elles arpentaient les couloirs, saluant et prenant des nouvelles de chacun des autres tableaux. Elles étaient connues, estimaient même avoir une place importante. Mais il était un endroit que ni la Grosse Dame ni Violette ne souhaitaient pas visiter. C'était au quatrième étage, il s'agissait d'une broderie. A première vue, il n'y avait là rien de bien étrange. La toile représentait une dame voilée de noir. Elle semblait porter le deuil. Elle avait été installée là bien après les autres mais elle semblait très vieille.
La rumeur disait qu'elle avait été offerte à l'école par un donateur anonyme mais comme le soulignait l'arlequin, ce n'était qu'une rumeur. Personne n'était réellement en mesure de démêler le vrai du faux. On parlait d'un manoir qui avait brûlé. Elle aurait été la seule tapisserie, ou plutôt broderie, survivante et c'était la raison pour laquelle elle portait le deuil. On racontait aussi qu'il s'agissait d'une veuve éplorée que l'on avait éternisé mais que son chagrin lui pesait tellement qu'elle en devenait aigrie.
Le mieux, comme disait Violette, était de le lui demander et un soir, après le couvre-feu, lorsqu'elles furent sûres que tous les élèves étaient bien au lit et ne risquaient pas de se lever, elles étaient allées la voir. Elles avaient amené une bouteille d'eau de vie, l'une de celles que Violette gardait dans son portrait et qu'elles ne réservaient généralement que pour leurs soirées privées. Elles étaient allées la voir avec la meilleure volonté du monde. Elles avaient été reçues très froidement. La broderie n'avait même pas voulu boire un verre en leur compagnie. Elles avaient été obligées de boire toutes seules. Et au cours de la conversation qu'elles tenaient juste à deux, elles avaient demandé d'où elle venait.
La veuve n'avait pas été malpolie en soi mais elle leur avait clairement signifié qu'elle ne souhaitait pas parler de ça et même qu'en réalité elle ne souhaitait pas leur parler du tout. Violette et la Grosse Dame étaient donc retournées dans leurs tableaux respectifs en pestant et en râlant. Pour qui donc se prenait-elle celle-là ? Elle arrivait sur leur territoire et elle se permettait de jouer les grandes coutures sous prétexte qu'elle avait un passé mystérieux ?
Personne n'avait donc jamais réellement su l'histoire de cette broderie mais une chose était sûre, personne ne cherchait non plus à lui parler.
