Il se leva avec une telle précipitation qu'il tomba en bas du lit, emportant une partie des draps emmêlés avec lui, découvrant le corps nu de l'autre jeune amant. Il était tellement sur l'adrénaline qui ne s'arrêta pas au détail et se releva avec maladresse, tout en commençant à se rhabiller en passant en revue tout son répertoire de jurons dans ses deux langues maternelles.

Léo, malgré sa léthargie, releva la tête :

-Qu'est-ce que tu fais? Demanda -t-il avec une curiosité lacée de désapprobation, reviens ici!

Tout en pestant, en remettant ses jeans noirs gauchement, Raphael ne sut quoi expliquer. La terreur l'emplissait tellement que le fait qu'il puisse encore se mouvoir était extraordinaire en soi. Il était au-delà des mots et des explications. L'angoisse était tellement ancrée en lui qu'il s'étonna de pouvoir réfléchir. Il jongla entre la possibilité de ne pas quitter son amant afin de le protéger en demeurant à ses côtés ou de partir afin d'éliminer tous ses ennemis. Il n'était pas du genre à attendre, cloitré, l'inéluctable. Il préféra aller de l'avant.

La tête du garçon qu'il adorait était mise à prix et tout son clan chercherait à être celui qui aurait l'honneur de faire la peau à l'ennemi désigné. Ils les savaient être sans merci. De plus, tous ses meurtres récents devaient les avoir mis à cran et exacerbé leur soif de vengeance. Léo ne devait pas mettre un pied dehors.

-Je dois partir, expliqua-t-il maladroitement, mais avec feu, une fois ses pantalons enfilés, mais je vais revenir. Tu ne dois pas bouger. Reste ici, caché. Pria-t-il avec ferveur.

En faisant sa demande, il prit les deux mains de Léo qu'il serra passionnément, dévorant l'autre mâle des yeux pour lui exprimer tout le sérieux de la situation.

Il n'avait jamais mis autant de supplication dans une demande, espérant que cela suffira à faire comprendre à son amant comment le fait de se séparer de lui le déchirait et qu'il le faisait contre sa volonté, dans le but d'un futur meilleur pour tous les deux. Malheureusement, Léo ne sembla aucunement réceptif.

-Comment cela « tu dois partir »? Où est l'urgence? Questionna sombrement le garçon aux cheveux noirs dont l'air farouche ne disait rien qui vaille.

-Écoute, bébé, je peux pas t'expliquer là, répondit le plus succinctement qu'il le pouvait Raphael, je te promets de tout te raconter après. Mais pour l'heure, je dois vraiment filer.

Il avait mis toute l'emphase qu'il pouvait sur le mot « vraiment » voulant communiquer à son amant son sentiment d'urgence. Il avait fait confiance à Léo, putain, dans ce truc de bondage! Il pouvait bien lui faire confiance à son tour, non?

Son partenaire sembla peu convaincu et grinça entre ses dents :

-Oh, donc comme la dernière fois, tu me baises et c'est la porte? La seule différence étant que, puisque je suis chez-moi, c'est toi qui part?

Les paroles amères de son bien-aimé, serrèrent le cœur de Raphael. Il aurait, avec plaisir, frappé sa tête contre le mur, si cela avait pu persuader Léo de son regret de la dernière fois et lui démontrer que cette fois-ci n'avait rien à voir. Ce n'était pas de la honte d'être épris d'un homme qui le poussait à le quitter. Au contraire. Il ne voulait que le protéger. L'expliquer en détail à Léo venait à se trahir et il n'était pas certain que son ami fût prêt à entendre toutes ces confessions. Il ne le serait probablement jamais.

-Merde, Léo, ça rien à voir. Je te jure. Fais -moi confiance! J'ai pas envie de partir. Je n'ai pas le choix, tenta-il de se justifier, tout en vérifiant la présence de ses pistolets dans ses poche intérieures.

Le regard noir de l'autre adolescent, qui perçut ce mouvement, fut éloquent et ce qu'il répondit effaça toute confusion sur l'incertitude dans lequel Raph était d'un jour dire la vérité à son petit ami :

-Je ne te connais pas vraiment, Raphael, articula -t-il lentement. Comme mon père ne connaissait pas cette femme. Le mystère a ses charmes, je le reconnais, mais je ressemble plus à ma propre mère, je hais les secrets et je condamne toute forme de violence injustifiée, rentre-toi bien cela dans le crâne! Je ne sais pas pourquoi un homme de ton gabarit, tout de même assez impressionnant, se promène toujours avec des revolvers ni ce qui te presse tant, mais je ne te le cache pas, c'est un tue-amour. Tu m'as reproché de te cacher des éléments de ma vie, mais je ne fois que miroiter ton comportement! Tu peux partir maintenant, sans me donner l'ombre d'une véritable raison, mais ne pense pas pouvoir contrôler mes mouvements. Je fais ce que je veux et ne compte pas sur moi pour me référer à toi, à ce propos.

Raphael qui était près de la porte de la chambre, la main sur la poignée, fit demi-tour et s'agenouilla devant Léo, tenant convulsivement les mains à nouveau, de l'autre adolescent.

-Bébé, je te jure, tu sauras tout, disons demain ou mardi.

Mardi lui rappela alors la danse prévue. Après ce qu'il comptait faire, plus rien ne l'empêcherait d'aller à la danse et il focusa sa défense là-dessus, puisque Léo avait semblé éprouver du plaisir à l'idée d'y aller.

-Je te promets qu'après la danse, tout ira mieux, okay? Je ne te cacherais plus rien. On fera tout ce que tu voudras, promit-il, jure-moi uniquement de ne pas sortir ni aujourd'hui, ni demain. Enfin, pas avant que je ne vienne en personne te chercher. N'ouvrez à personne et toi et Mikey tenez-vous loin des fenêtres!

Léo le regardait avec autant d'expressivité qu'un Sphinx, mais Raph pu dire que son amant était ulcéré de ce qu'il devait apparaitre comme une dérobade doublée d'une possessivité morbide. Il arracha ses mains de celles de Raphael avec une mine dégoûtée.

Il n'avait pas le temps pour cette merde, chaque minute comptait et il devait trouver un plan. Il ne pouvait pas tirer une cinquantaine de personnes l'une après l'autre, en plein jour. Trop risqué. Le fait qu'il ait reçu lui aussi le texto prouvait qu'il demeurait insoupçonné, pour le moment. Il devait frapper un grand coup et vite. Une idée commença à germer dans sa tête alors qu'il était encore à genoux devant son petit ami qui le regardait avec une impassibilité mêlée de désapprobation. Il ne gagnerait rien avec cette tête de mule, il ne ferait que perdre un temps précieux.

Comme pour lui donner raison, un autre message entra et il sursauta à la vibration.

Réunion à 22h au restaurant. La cible est inscrite à ton école, j'espère que tu feras le nécessaire, avant les autres.

Il frissonna. L'arrivée de Léo à leur école avait été toute, sauf discrète. Toutes les filles du lycée s'étaient pâmées sur le bel étranger et ses performances sportives lui avait aussi valu la considération de ses acolytes masculins. De même, leur mésentente était un secret de polichinelle. Tout le monde devait se rappeler leur première confrontation à la cafétéria. Nul doute qu'un autre étudiants, fils ou fille des autres mafiosos de leur clan, allait le souligner. Son père allait les bombarder de questions, ainsi que lui, afin d'obtenir des informations pour découvrir où vivait Léo, son type de voiture ou son emploi du temps. Raphael ne pouvait nier le connaitre. Il devait éviter son père jusqu'à 22 heures.

Comment se faisait-il que ce salaud fût déjà revenu? Il devait revenir le 15 et non le 12! Était-il rentré à la maison? Peu importe, il devait partir maintenant et il réparerait les pots cassés avec Léo une autre fois, quand cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête serait finalement écartée.

Il sortit sans un dernier regard, ne voulant pas être convaincu de rester par l'air de reproche de son amant.

Il se heurta dès qu'il eut tourné le corridor au cousin Donny qui le jaugea avec un air revêche. Il détestait instinctivement cet homme, mais il n'avait pas le choix. Il était prêt à faire fi de ses réserves personnelles pour le bien de Léo.

Sans ménagement, il l'agrippa pas le collet :

-Écoute, le « cousin », l'interpelle-t-il avec une inflexion particulière sur ce dernier mot, tu m'aimes pas et j'en ai rien à foutre car je t'aime pas non plus, mais là, il s'agit de Léo. Il doit pas sortir d'ici, ni ce soir, ni demain. C'est pas que de la putain de jalousie, okay? spécifia-t-il devant le haussement de sourcils éloquent. Rien à voir! Je crains pour sa sécurité, ajouta-il à voix plus basse, mais aussi menaçante, alors si t'aimes ton cousin, tu vas veiller sur lui comme je te le demande. Je sais que tu sais qui est Léo en réalité et tu dois savoir que c'est le genre de position qui te fait des tas d'ennemis. Alors, tu la boucles et tu l'empêches de sortir.

Peu impressionné, le cousin Donny ne pipa mot, mais hocha la tête, l'air sérieux. Cela suffit à Raphael qui lança un dernier regard, de la porte, pour voir son amant, désormais debout aux côtés de Donny. Les yeux bleu océan le foudroyaient du regard et son cœur se contracta en lisant le jugement muet qu'ils reflétaient :

« Tu passes la porte et c'est fini entre nous ».

Ses épaules se courbèrent sous le poids du reproche. Il tenait à lui plus qu'à n'importe quoi. Léo était devenu aussi essentiel à son existence que le besoin primaire de se nourrir. Le fils de pute était têtu comme une mule, rancunier en diable et avait l'embarras du choix pour un ou une partenaire. Le reconquérir serait ardu. Il avait l'impression de ne se lever tous les matins que dans cet optique, depuis des semaines. Il commençait à avoir l'habitude.

Plus tard, il quêterait son pardon. Il avait un plan, pour éliminer la menace, mais qui requérait de l'aide extérieure. Il n'avait pas une minute à perdre.