Coucou mes Niffleurs ! Merci à Marina, AvisThestral, Amandine Valentine, Melfique pour leurs reviews encourageantes ! Oh, et puis, je réponds aussi à :

cat240 : niveau cliffhanger, j'ai vu pire, pas d'inquiétude. Genre maintenant je vais devoir encore attendre la suite du manga du siècle jusqu'à je ne sais pas quand, et je veuuuux découvrir la suiiiiite ! Et crois-moi, j'aurai sans doute bien le temps de publier dix chapitres avant qu'il arrive, il faut dire qu'écrire c'est plus rapide que dessiner. Parlant de ce manga, de nombreux clins d'œil m'ont fait beaucoup rire, notamment le fait que dans le dernier tome paru l'un des personnages se prend pour Dumbledore et finit pratiquement de la même manière que lui. Je dis pratiquement (et c'est seulement quand il est mort que je me suis rendu compte qu'en fait je l'aimais beaucoup).

Votre attention : ce chapitre et le suivant sont très longs. Enfin, si vous ne voulez pas me croire, vous verrez de toute façon par vous-mêmes (ceux qui aiment la fic seraient bien capable de me dire : c'était trop couuuurt ! Je le sais je réagis parfois comme ça lorsque je lis un super chapitre de 15 000 mots).


Playlist de la semaine : Sinead - Our solemn hour - Iron - Shot in the dark, Within Temptation


Chapitre 35 – Fleur de ténèbres

Infernale bacchanale

Diabolique sorcière

Sois mienne

Ma passion te mènera en enfer !

Le Bossu de Notre-Dame (Infernal) Walt Disney

.

Le sol était pentu, enneigé, lorsqu'elle le heurta, tête la première. Sonnée, Meryl était incapable de comprendre où elle se trouvait. Elle savait juste le plus important : le pendentif de Natanael était un Portoloin.

Comment cela se faisait-il qu'il ne se fût pas activé depuis tout ce temps ? Elle l'avait gardé dans sa poche un long moment… Tout avait commencé lorsqu'elle avait récupéré sa baguette et… enfilé le bijou autour de son cou.

Elle gémit en sentant sa tête l'élancer, incapable de se relever. Le souffle court, elle reprenait progressivement ses esprits.

Mais elle n'eut pas longtemps l'occasion de se remettre. Quelque chose la saisit violemment par le col et la secoua comme un prunier, tandis qu'une voix aussi colérique que paniquée lui hurlait au visage :

« Qu'est-ce que t'as fait ? Dis-moi ! Où est-ce que tu nous as emmenés ?! »

Elle ne put répondre que par un borborygme, avant d'être finalement relâchée. Elle retomba au sol en soufflant fortement.

L'instant d'après, elle reconnut Brian, qui s'était agenouillé face à elle pour tirer le pendentif vers lui, si impétueusement qu'elle était entraînée vers lui, et sa nuque douloureuse.

« Depuis quand avais-tu ce truc ? C'était donc ça ton moyen de fuite, hein ? »

Il leva brusquement la main et sans que Meryl eût vu le coup venir, il la gifla. Sa tête repartit en arrière et la chaînette brûla la peau de son cou, tandis qu'il tenait toujours le pendentif dans sa main. Il y avait de la rage pure dans son regard.

« Tu vas me répondre !

-Je… Je ne sais pas ! Je ne savais pas, je…

-Menteuse. Tu avais tout prévu, sauf que tu serais si vite prise sur le fait ! Tu es donc une espionne comme on l'avait dit apparemment, c'est pour ça qu'il fallait te surveiller, parce que tu n'es même pas digne de confiance. »

Blessée par ces paroles, Meryl détourna le regard. Elle avait eu les larmes aux yeux suite à la violence de la gifle, mais elle ne voulait pas éclater devant lui, alors qu'une nouvelle fois tout reprenait de zéro, et que malgré tout elle n'aurait jamais sa place nulle part…

« Est-ce qu'il y a au moins un moyen de revenir en arrière ? »

Meryl réfléchit, mal à l'aise. Elle connaissait le processus, mais se sentait bien incapable de l'appliquer, à cause de son faible niveau en magie…

« Je… Je crois bien qu'il existe une formule pour créer un Portoloin. Mais j'ignore si on peut réutiliser deux fois le même objet pour se téléporter. Et le plus dur, c'est de relier sa destination… Mais je ne sais pas comment faire ! Il y a un Département spécialisé là-dedans au Nouveau Ministère !

-Allons, essaye au moins ! C'est toi l'experte ! »

Brian avait l'air assez étonné de voir Meryl aussi docile à l'idée de rentrer au camp. Sauf qu'aucun d'eux ne savait où ils se trouvaient, ils étaient dans une sorte de vaste plaine.

Meryl se dit qu'après tout, cela valait le coup d'essayer. Elle reprit son pendentif des mains de Brian, sortit sa baguette qu'elle avait par miracle gardée en main et l'agita en direction du bijou :

« Portus. »

Il ne se passa rien, pas même une petite lumière.

Elle réfléchit. Où s'était-elle trompée ? Elle avait su le protocole mais ne l'avait jamais expérimenté… C'étaient pour les cas d'extrême urgence.

Et là, elle était dans un cas d'extrême urgence.

« Portus ! » dit-elle, plus assurément, en s'efforçant de penser à sa destination.

Mais il ne se passa toujours rien.

« Peut-être que les effets ne sont pas visibles, attends… » murmura t-elle, en rangeant sa baguette pour saisir le pendentif entre ses mains. Rien, absolument rien, ne se produisait.

« Oh, nom de Dieu, ne me dis pas que…

-Attends ! »

Elle retira prestement la chaînette de son cou, attendit un moment en l'examinant, puis la passa de nouveau par-dessus sa tête.

Rien. Rien, rien, rien, rien

Brian poussa un juron d'une telle violence qu'elle sursauta.

« C'est pas vrai, on est coincés ici ? Et il n'y a même pas de moyen d'appeler des secours… »

Meryl baissa les yeux en réfléchissant. Que s'était-il passé au juste ? Natanael lui avait donné le pendentif, sans doute en sachant très bien ce qu'il était. Ce n'était pas un héritage de famille, c'était un objet avec son utilité… Mais un Portoloin programmé ? Pour une durée aussi précise ? Ou un Portoloin qui ne s'activait que sous certaines conditions… ?

Devait-il lui permettre de fuir, et ainsi Natanael la croyait lorsqu'elle avait raconté son histoire à ses anciens camarades du camp S, ou alors était-ce dans un autre but… ?

« Où crois-tu que nous sommes ? Tu dois le savoir, ça, au moins, non ? »

Elle leva la tête, et examina les alentours. C'était une vaste plaine, mais… Il y avait un bâtiment, là, loin devant eux. Une sorte de manoir. Cela ressemblait au Pensionnat des Enfants de Rebelles, en plus grand et majestueux. Il était entouré, à des kilomètres à la ronde, de magnifiques fleurs de toutes sortes, sans doute régulièrement entretenues.

« Ce que c'est lugubre, » commenta Brian, ses yeux survolant les lieux sans paraître nullement impressionné ou émerveillé.

Elle ne répondit rien et avança lentement, ses bottes foulant l'herbe recouverte de neige. Elle avait froid : la température ici était beaucoup plus basse que là où ils se trouvaient auparavant. Et le manteau de Fleur Weasley ne suffisait pas à supporter une telle fraîcheur.

Elle amorça un geste pour s'approcher des fleurs.

« Eh ! Minute papillon ! Ne t'éloigne pas de moi comme ça !

-La ferme, » cingla t-elle.

Comme il ne répondait plus rien, elle eut un petit sourire vainqueur.

Doucement, elle s'avança, examinant les alentours. Tout était si vaste, si… différent. C'était plus qu'un paysage de campagne, il y avait quelque chose d'émouvant dans ce décor, comme un souvenir de vacances. Meryl n'était jamais partie en séjour nulle part, mais son cœur bondissait dans sa poitrine, si fort qu'elle en avait les larmes aux yeux.

« Bon, c'est fini, maintenant, il faut partir ! Je ne veux pas que notre absence inquiète les autres ! »

Elle ne l'écouta pas. Elle se tourna de nouveau vers les fleurs, et se pencha vers elles.

« Reviens, quoi ! »

Il y a de la magie ici, ça doit être un charme qui parvient à les faire éclore en cette saison. C'est tellement beau…

Les pétales étaient recouverts de givre, et pourtant, par un effet que seule une magie puissante et mythique pouvait provoquer, ils restaient exposés, gardant tout leur éclat. Elle devinait des couleurs roses, blanches, rouges, parfois bleues… Elle resta subjuguée par leur beauté. La neige, de surcroît, les faisait luire d'un éclat cristallin, comme des diamants.

« Mais reviens, nom de Dieu ! »

Elle tourna la tête et aperçut Brian qui sautillait sur place, aussi en colère que mal à l'aise. Elle fronça les sourcils : pourquoi se fatiguait-il à l'appeler au lieu d'aller la chercher ? Elle mit ses poings sur ses hanches dans une attitude qu'elle voulait autoritaire et provocatrice :

« Et monsieur ne veut pas fatiguer ses petites jambes pour venir me prendre par la peau des fesses ? Le voyage l'a trop fatigué ?

-Sal… »

Il s'interrompit, tout en continuant de la fusiller du regard. Il avait l'air confus.

« Il n'y a que des ruines ici, je les sens pas… Et, bon dieu, cet endroit est juste horrible ! Le chemin n'est même pas praticable ! Puis, les autres, Max va m'étriper si je ne te ramène pas… »

Des ruines ? Un endroit horrible ?

« J'ai l'impression que toi et moi ne voyons pas les mêmes choses. Il y a un jardin rempli de fleurs, ici, et le bâtiment est intact. Serais-tu allergique au pollen, par le plus grand des hasards ?

-Des fleurs ? Te fous pas de moi. Je n'entre pas ici, je suis sûr que ça doit être une de vos maisons hantées. »

Elle fronça les sourcils. Rien n'expliquait cette réaction, sinon que Brian était en proie à une hallucination. Là où elle voyait la magnificence, lui ne percevait que la laideur… De plus, il refusait d'avancer, comme paralysé… Elle réfléchit, puis son esprit s'éclaira.

« J'ai compris ! Les sorts de repousse-Moldus !

-Les repousse-quoi ?

-Les sorts de repousse-Moldus. Certains bâtiments en sont dotés pour empêcher les gens comme toi d'entrer. Tu ne peux pas faire de pas en avant sans avoir l'impression irrémédiable que tu as quelque chose à faire ailleurs c'est ça ?

-Évidemment que j'ai quelque chose à faire ailleurs espèce d'idiote ! brailla t-il.

-C'est bien ce que je disais. »

Elle ne connaissait pas le contresort pour se débarrasser de cette gêne. Elle osa un coup d'œil vers le bâtiment.

« Peut-être que… »

Elle tendit le bras à Brian.

« Prends ma main, on va essayer quelque chose.

-Non, toi, prends ma main, on va essayer de contacter les autres en allant à la ville la plus proche. »

Elle eut une petite moue triste.

« Ce serait dangereux. Certains villages sont peuplés d'habitants prêts à dénoncer des sorciers pour survivre… Si nous appelons des renforts, ça pourra se retourner contre nous…

-Et tu crois que je ne suis pas au courant, petite sotte ?

-Je te ferai remarquer aussi que nous ne savons pas où nous sommes.

-Et la faute à qui, hein ?! »

Elle soupira.

« Bon, assez perdu de temps. »

Elle lui saisit la main et essaya de le tirer en avant, sans succès. Il était plus fort qu'elle.

« Mais qu'est-ce que tu essaies de faire ? »

Sans répondre, elle lui tira de nouveau le bras en avant. Il refusait d'avancer, comme un âne têtu à qui on tirerait la bride. Elle lui saisit les deux bras et les mains du jeune homme se saisirent de ses avant-bras, exerçant une attraction inverse à la sienne, et de loin plus forte.

« Bon, maintenant, tu arrêtes les conneries !

-Mais fais un effort ! Il doit y avoir un moyen pour toi de passer cette barrière !

-Mais quelle barrière ? Ma parole, tu hallucines aujourd'hui ! Crois-moi, on ferait mieux de partir d'ici, je vois d'ici Jack l'Eventreur sortir de cette ruine… Oh, trop tard, le voilà ! »

Elle sursauta et se plaça derrière lui.

« Qui c'est, lui ? Où est-il ?

-Un tueur moldu. Son lieu de résidence est à Londres et il est mort il y a deux siècles, banane ! »

Comprenant qu'il s'était joué d'elle, elle souffla fortement, et soudain le poussa dans le dos. Il ne bougea toujours pas. Mais combien pesait-il ?

-Bon, maintenant, tu vas arrêter…

-Mais mets un peu de volonté ! Ce ne sont pas de vraies ruines ! Le sort de Repousse-Moldus rend le lieu incartable et modifie la vision qu'en ont les Moldus ! Les sorciers seuls peuvent voir ce qu'il en est réellement ! Fais-moi confiance !

-Ah non, je ne fais pas confiance aux traîtres, même quand ils ont de beaux yeux ! »

Il la repoussa et elle se trouva au sol, son manteau se trempant à cause de la neige. Elle le regarda avec agacement.

« Bon, on dirait que je n'ai pas le choix… » murmura t-elle.

Elle espérait que cela marcherait, sinon elle aurait perdu du temps pour rien.

Elle sortit sa baguette.

« Eh, qu'est-ce que tu…

-Petrificus Totalus ! »

Le corps de Brian se raidit et il tomba en arrière, ne tenant plus en équilibre, ses yeux seuls pouvant bouger.

Elle s'accroupit et rampa vers lui, ignorant la neige qui trempait son pantalon et les pans de son manteau long.

« Bien, maintenant, tu ne m'ennuieras plus… »

Il la fixait droit dans les yeux, une lueur sans doute assassine dans ses doux iris, mais il ne pouvait rien répliquer. Elle se leva et, le dominant de toute sa hauteur, elle soupira.

« Tu es trop lourd à porter, heureusement que la magie est là ! »

Elle agita de nouveau sa baguette en prononçant la formule :

« Mobilicorpus. »

Le corps se souleva et elle le fit voleter un moment, ne réprimant pas son amusement et son sentiment de puissance. Autant s'amuser tant qu'il était en position de faiblesse, après tout ce que ses camarades lui avaient fait…

Elle se réprimanda mentalement : ce n'était pas son but pour le moment !

Elle fit alors avancer le corps. Il fallait à tout prix qu'il passât la barrière de protection, afin de voir la réalité en face… Elle savait que la plupart des établissements magiques en étaient dotés, et cette demeure immense devait sans nul doute appartenir à quelqu'un de très riche… Peut-être pourrait-elle lui demander ce qu'il se passait, et savoir s'il connaissait Natanael au moins de nom… Parce qu'il ne l'avait sans doute pas envoyée ici pour rien.

Elle vit du coin de l'œil le jeune homme plisser les yeux, puis les fermer, comme en proie à une profonde détresse. Elle s'approchait des champs de fleurs, avec une certaine impatience puisque attirée par leur beauté surnaturelle… Après tout, des fleurs en hiver, recouvertes de neige, on en voyait si rarement !

La promenade dura longtemps. Il n'y avait pas vraiment de limites à un sortilège de Repousse-Moldu, lorsque celui-ci était aussi puissant. L'endroit était solidement gardé, songea t-elle, et elle se demanda pourquoi : qu'était-ce ? Une prison ? Il y avait Azkaban pour cela. Ou alors la demeure d'un haut dignitaire… Peut-être le manoir des Fudge, la famille de Natanael ?

Il y avait des rangées d'arbres, plus loin, et d'autres lieux encore, de vastes plaines qui s'étendaient à l'horizon. Le ciel était d'un bleu très clair, hivernal, et la blancheur pure des lieux rendait le paysage idyllique, au point qu'un peintre aurait pu l'immortaliser… Au milieu, le bâtiment semblait seul. Il bordait un lac gelé en cette période de l'année.

Il leur fallut passer par divers obstacles, avant d'arriver tout près du manoir. Les fleurs semblaient leur indiquer le chemin, devenant toujours plus nombreuses au fur et à mesure qu'ils approchaient. Brian semblait s'être évanoui, ses yeux restaient fermés, l'expression de son visage paisible malgré l'expression de stupeur qui l'avait saisi au moment où elle avait lancé le sort. Meryl le fit lentement redescendre sur le sol toujours aussi enneigé, et la sensation glacée provoqua son réveil :

« Ah, ça va, tu es en vie. On est arrivé, tu peux voir, maintenant ? »

Les yeux de Brian parcouraient ce qu'ils pouvaient voir, au-dessus de lui, mais il ne pouvait avoir de réaction. Il reporta son attention sur Meryl, la fixant d'un air presque suppliant…

« Hum, ah, je vois, tu as envie que je te libère pour pouvoir m'étrangler… Mais je te préviens : j'ai une baguette, je suis prête à me défendre avec ! Je suis plus forte que toi ! »

Elle disait cela plus pour se donner du courage que pour défier ce jeune homme. Après quoi elle se leva et fit mine de réfléchir, avant de sourire d'un air à la fois gêné et machiavélique :

« Zut alors, je-crois-que-j'ai-oublié-le-contresort… (1) » articula t-elle, d'un ton faussement confus.

De son point d'observation, elle pouvait presque deviner la panique dans les yeux de son compagnon. Elle fit planer un silence avant de dire placidement :

« Ah non, en fait, je m'en souviens. Je sais que je suis bête mais pas au point de l'oublier, merci. »

Elle agita alors négligemment sa baguette et prononça la formule : « Finite Incantatem. » Aussitôt après elle recula, pour éviter qu'il ne lui sautât dessus afin de se venger, mais il n'avait aucune réaction, se contentant de contempler, éberlué, les lieux.

Finalement, il commenta, d'un ton à la fois incrédule et craintif :

« Quelque chose d'aussi beau est forcément suspect… »

Elle ne savait si elle pouvait le contredire sur cette remarque.

« Bordel, mais dis-moi où on est !

-Je ne sais pas, justement ! En tout cas, maintenant tu vois ce qu'il en est, j'espère ?

-C'était une bonne raison pour ne pas s'approcher davantage de cet endroit ! Même en changeant le paysage, il me fout toujours autant les chocottes ! »

Son comportement l'agaçait si fortement qu'elle se demandait si cela avait été une bonne idée de le libérer de son sort voire même de l'avoir emmené avec elle… Peut-être était-ce pour lui prouver qu'elle disait la vérité ?

« Bon, maintenant qu'on y est, je préfère aller demander directement au maître des lieux…

-T'as pas intérêt. Si tu as été emportée ici par ce truc, c'est que c'est un de tes potes et je n'ai pas envie qu'il m'assassine.

-Ne t'en fais pas, si je lui dis que tu es avec moi… » murmura t-elle, d'une voix mal assurée.

Il la regarda un moment, un rictus sardonique au coin des lèvres. Il ne la croyait pas, il se méfiait d'elle, il avait peur d'elle, maintenant.

Elle tourna sur elle-même en contemplant la beauté du jardin dans lequel ils se trouvaient. Puis son intérêt convergea vers le bâtiment de pierres, qui dégageait une étrange attraction.

Elle fit un pas pour s'en approcher, mais Brian lui retint abruptement le bras.

« Je t'interdis de faire un pas de plus, je sens vraiment pas cet endroit.

-Mais comment veux-tu qu'on trouve des indices sur où nous sommes sinon ?

-On aurait pu s'éloigner de cette ruine, déjà.

-Ce n'est pas une ruine, enfin ! »

Elle tenta de se dégager, mais il était vraiment plus fort qu'elle.

« Dans ce cas, tu restes avec moi. S'il nous arrive un pépin, je te jette au-devant du danger pendant que je me sauve.

-Oh, très courageux, comme stratégie. En général, les lâches meurent aussi.

-Oh, mais les lâches sont rusés, ils sont comme des mauvaises herbes. »

Lassée de leur joute verbale qui ne les menait à rien, Meryl tira le bras de son camarade et ils avancèrent, contournant les parterres dont les fleurs allaient jusqu'à ramper sur les murs érodés, se faufilant dans les interstices. Le tout semblait à la fois millénaire et sans âge. Meryl n'avait jamais vu une telle architecture. Même les Pensionnats n'étaient pas aussi vénérables à côté de cette portion de bâtisse, et pour preuve, tous les établissements qu'avait fréquenté Meryl ne dataient que de quinze ans.

« Il y avait une grande porte… Là, juste derrière, » murmura t-elle, en serrant la main de Brian, à la fois gênée et rassurée par sa poigne solide et chaude.

Elle la trouva. Brian avait sans doute raison, cela ressemblait réellement à un manoir hanté, ce que ne manqua pas de faire remarquer de nouveau le jeune homme :

« Ça me rappelle ce film que j'ai vu à la télé un jour, quand j'étais petit : avec ce vampire qui avait une propriété en Transylvanie (2). Je m'attends à ce que la porte s'ouvre en grin…

-Mais ferme-la ! » cingla t-elle, en chuchotant.

Il lui semblait qu'ils n'étaient pas seuls, et pourtant, cette sensation était inexplicable.

Elle approcha sa main de la poignée, et à peine l'eut-elle touchée que celle-ci vibra. Effrayée, elle recula prestement, mais déjà le mécanisme s'enclenchait et, d'une façon tout à fait magique, la porte s'ouvrit à son contact.

« Qu'est-ce que… »

Devant eux, s'étirait un hall d'entrée plongé dans la pénombre.

« Vraiment rassurant, » commenta Brian.

Lui tenant toujours la main, elle avança et entra dans une salle vaste, dont elle ne voyait même pas le bout. Elle frissonna : il n'y avait pas de torche allumée, l'endroit semblait abandonné depuis si longtemps !

Elle entendit alors un grincement dans son dos. Brian poussa un cri en la poussant vivement et elle trébucha vers l'avant, tandis qu'il la soutenait toujours, en avançant prestement lui aussi.

Il y eut un claquement. Et les ténèbres complètes.

« Que s'est-il passé ? demanda t-elle.

-J'aurais dû m'en douter, tiens. Ces histoires où des portes se ferment toutes seules pour mettre une ambiance bien menaçante… Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait, miss ? »

Son timbre de voix, qui se voulait ironique, était aussi effrayé.

Brusquement, il y eut une lumière, au loin. Puis une autre. C'étaient comme des flammèches qui dansaient. Et d'autres surgirent, se rapprochant ostensiblement d'eux, jusqu'à disparaître dans leur angle mort : des torches venaient de s'allumer, et les halos lumineux procuraient une atmosphère insolite et ténébreuse à la scène. Meryl aurait pu croire qu'avec le temps la poussière et les toiles d'araignées se seraient accumulées, mais il n'en était rien : même si tout semblait vieux, cela ne sentait ni le renfermé ni l'abandon. Quelqu'un devait indéniablement vivre ici.

« Tu veux savoir quelque chose… ? s'enquit Brian, d'une voix étrangement fluette. J'ai horreur des grands espaces. »

En silence, elle lui tendit la main, et il la saisit. Les rôles semblaient s'inverser, elle était la guide, lui l'enfant peureux.

« J'imagine que monsieur a trop peur d'être seul pour me mettre au-devant du danger, n'est-ce pas ? ricana t-elle.

-La ferme et trouve-nous un moyen de sortir d'ici. »

Mais Meryl n'avait pas l'intention de trouver une sortie immédiatement. Ou du moins, de trouver un moyen de fuir une fois qu'elle aurait tout exploré. Après tout, si la porte s'était refermée, ce pouvait être aussi bien un piège qu'une invitation, non ?

Dans les deux cas, elle n'avait pas le choix : elle devait accepter cette unique alternative.

Ils commencèrent leur exploration.

~oOo~

La mission d'infiltration avait entre-temps commencé. Sous la tutelle d'un aîné, Ted était contraint de se plier aux directives : il ne devait pas gêner l'organisation tant qu'il n'était pas indispensable au plan. Et, en compagnie de Tessa, il se rongeait les sangs, fixant le bâtiment dans lequel avait pénétré le premier groupe dirigé par Neville et d'autres éclaireurs. Tessa, elle, le fixait attentivement, consciente de son angoisse. Son humeur actuelle le conduisait à avoir des cheveux ternes comme du poil de souris. C'était plutôt pratique pour se fondre dans le décor, à la réflexion. Quant à elle, qui avait des années d'expérience derrière elle et savait donc mieux contrôler son pouvoir, elle se confondait au décor, les cheveux verts, la peau et les vêtements blancs.

« Au moins, ça te fait un joli bagage, gamin. Tous les apprentis sont stressés quand ils commencent leur première mission. Ils ont été toute leur enfance habitués à une relative sécurité… Mais c'est la loi de la bataille, tant que la guerre n'est pas finie, personne n'y échappe. Tu vois, là-bas, chez les Héros, ils envoient leurs jeunes sur des champs de bataille, après les avoir entraînés à la dure… C'est un avantage pour eux, parce que leurs guerriers sont redoutables, mais ça constitue aussi une fragilité, parce que… »

Mais Ted ne l'écoutait pas. Soupirant d'agacement, elle lui tapa sur l'épaule et il sursauta.

« C'est pas croyable, ça, contrôle tes émotions ! Quand on est en mission on a pas le droit à l'erreur, et les erreurs les plus bêtes sont causées par des gestes inconsidérés !

-Pardon…

-Moi aussi, j'en ai marre d'attendre, mais on nous a dit d'attendre là, alors on attend. Jusqu'à ce qu'on nous envoie le signal.

- Dès qu'ils trouveront Katie ?

-Et d'autres choses, aussi… »

Tessa ne précisa pas davantage.

Il y eut un silence. Elle pouffa :

« Allons, parlons un peu, si ça peut permettre de passer le temps.

-Euh, eh bien…

-Oh, très intéressant.

-Tu… Tu es américaine ? »

La question le fit rougir, sachant pertinemment qu'elle était indiscrète et peu digne d'intérêt, mais Tessa eut un sourire en coin.

« Oui, la meilleure nationalité du monde, à mon avis. Même les Moldus ont réussi à en faire un grand pays, c'est dire.

-Comment c'est, là-bas ?

-Moins lugubre qu'ici, déjà. Je veux dire, en Angleterre il pleut tout le temps, c'est déprimant. C'est de l'autre côté de l'Atlantique, mon garçon, on peut y aller en bateau, à la nage ou en volant. Ou en transplanant, mais sous certaines conditions… Les gens sont plus ouverts, là-bas, et puis, moins coincés aussi…

-Tu y avais de la famille ? l'interrompit Ted, se demandant si tous les Américains étaient comme cette femme.

-En quoi ça t'intéresse ? Je suis grande, maintenant, je peux me débrouiller sans eux. »

Il y avait un brin d'amertume dans sa voix, mais il n'osa pas relever.

« Comment était ta vie avant… Avant de venir ici ? Avant le coup d'État ?

-Merveilleuse. Surtout le jour où je suis allée à Salem.

-Salem ?

-L'institut de magie de là-bas. Il est moins vieux que Poudlard, mais il est aussi connu. Surtout pour les procès que les Moldus lui ont intenté, les règlements étant à l'époque plutôt cool, certaines élèves étaient un peu relâchées et elles en oubliaient que des Moldus étaient témoins de leurs actes de sorcellerie…

-Il n'y avait que des filles là-bas ?

-Oui, les garçons avaient leur propre institut quant à eux. »

Elle éclata de rire.

« J'ai pas l'impression que ces histoires remontent à si loin, et pourtant ça fait quand même un sacré bout de temps, je saurais plus dire combien d'années…

-Quand est-ce que tu as quitté Salem ?

-Ça, gamin, il y a beaucoup plus de vingt ans, et je suis arrivée ici un peu avant le début de votre guerre.

-Si longtemps ? Mais tu ne sembles pourtant pas si vieille. »

Ted regardait, dubitatif, cette femme à l'apparence jeune et à l'attitude adolescente.

Il y eut un nouveau silence, qui le mit mal-à-l'aise. Tessa avait le regard fixé sur un point imprécis, les yeux mi-clos, une grimace figée sur sa bouche aux lèvres pulpeuses.

Puis, lentement, presque mécaniquement, elle tourna la tête vers lui, et la lueur de ses yeux l'effraya un instant.

Ils se regardèrent dans les yeux quelques secondes encore, avant que l'expression de Tessa ne se modifiât du tout au tout et qu'elle lui fît un sourire qui paraissait forcé :

« Ce gamin est un chou…

-Tessa, c'est le signal. »

La voix, chuchotée, les fit sursauter tous les deux, et ils se tournèrent vers l'homme qui s'était approché d'eux, discrètement, une expression sérieuse sur le visage. Sautant sur ses pieds chaussés de bottines à talons, Tessa arbora une mine réjouie et murmura joyeusement :

« Fort bien ! Je commençais à avoir des fourmis dans les jambes à force d'attendre ! Suivez-moi ! »

Tandis qu'elle s'éloignait, l'homme se pencha vers Ted, l'air préoccupé. Le jeune homme écouta attentivement ce qu'il souhaitait lui dire :

« Je préfère te mettre en garde. Ce que tu viens de dire à l'instant peut passer pour une bourde auprès de Tessa. Elle déteste qu'on fasse une quelconque référence à son âge… »

Après avoir encaissé ces mots, Ted acquiesça, à la fois gêné et incrédule.

~oOo~

Les couloirs étaient plongés dans l'obscurité, les rideaux tirés. Le maître des lieux n'était pas présent et ses esclaves ne travaillaient pas, chose sans doute étrange. Quant au majordome censé surveiller la demeure en son absence, ils étaient parvenus à l'éviter. Et désormais, le groupe cherchait des indices.

Neville, à sa tête, avait envoyé plusieurs duos fouiller discrètement quelques pièces adjacentes, pour trouver si possible quelques informations utiles, susceptibles de les renseigner sur les campagnes que menait le Seigneur. Après tout, Nott était un haut dignitaire, il détenait de précieux indices, non seulement sur le fonctionnement des établissements dépendant du Nouveau Ministère, mais aussi sur des réunions auxquelles il aurait pu assister. Il devait avoir un bureau dans cette bâtisse, caché ou non, mais il leur fallait le trouver coûte que coûte, sachant pertinemment qu'il faudrait aussi déjouer les pièges pour y parvenir.

Il contempla avec dégoût le décor à la fois riche et sobre de l'intérieur. Il reflétait parfaitement la personnalité de son propriétaire : discret, humble, et pourtant vicieux et calculateur ; tout à fait Serpentard, en somme.

« Neville, il n'y a rien ici, allons voir plus loin, lui dit un des Rebelles, en revenant de son exploration.

-Ce ne sont que des salons et des chambres. Nous avons regardé partout, mais ce n'est pas ici qu'on aurait idée de dissimuler des choses, dit quelqu'un d'autre.

-Très bien. Vous pensez que Tessa saura nous retrouver ?

-Cette femme a du flair, ne t'en fais pas pour elle. »

Neville acquiesça et ordonna à la troupe d'avancer, tout en restant dans l'ombre pour ne pas éveiller les soupçons. On ne savait jamais : esclaves ou majordome, il fallait éviter de prendre le risque de se faire repérer.

Tandis qu'ils se dirigeaient vers une autre aile, Neville eut un moment d'arrêt en apercevant des escaliers qui montaient jusqu'à l'étage supérieur. Luna, qui le talonnait, suivit des yeux la même direction que lui. Les autres, qui n'avaient encore rien vu, continuaient de progresser.

« Tu penses la même chose, n'est-ce pas ? murmura t-il, à son amie.

-Depuis quand ne sommes-nous pas sur la même longueur d'onde ? » ironisa t-elle, et même s'il ne pouvait pas la voir, il pouvait deviner son sourire angélique.

Il rappela alors les autres et leur demanda de continuer l'investigation, tandis qu'il allait voir avec Luna ce qu'il y avait à l'étage.

« Soyez prudents » leur dit-on.

Des torches illuminaient les escaliers, d'une lumière immuablement dorée. Ce n'était pas comme au Pensionnat, où elles passaient par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Elles rendaient l'atmosphère à la fois accueillante et inquiétante. Et ils prirent garde au fait que les escaliers eux-mêmes pouvaient être vivants, comme cela avait été le cas par le passé à Poudlard. Si l'ambiance s'y était prêtée, Neville se serait souvenu avec humour de toutes les fois où il se prenait les pieds dans la marche escamotable, et où il devait attendre qu'une bonne âme lui vînt en aide.

Le sol était tapissé d'un tapis rouge et doux, dépourvu de tout ornement. Il s'étendait de bout en bout du couloir, et de là où ils étaient, ni l'un ni l'autre ne pouvait apercevoir ce qu'il y avait d'un côté comme de l'autre. Il y avait quelques rangées de portes, certaines fermées à clef, qu'il suffisait de déverrouiller d'un « Alohomora ». Il hésita, puis demanda à Luna de le suivre dans une première pièce.

C'était une chambre, apparemment. Une chambre aux tons féminins, mais inoccupée. Il y avait des draps repliés soigneusement sur le lit, ainsi qu'un petit bureau vide, et une fenêtre offrant sur le jardin. En regardant à l'extérieur, Neville se demanda comment Ted s'en sortait, de son côté. Il était censé rejoindre les autres avec Tessa, pour retrouver son amie. Il entendit Luna ouvrir l'armoire à côté, mais la refermer en secouant la tête : il n'y avait rien d'intéressant ici.

Les autres pièces offraient à peu près le même résultat : par terre, Neville marcha sur une poupée de chiffons qu'il ramassa en fronçant les sourcils : il se demandait ce que Nott faisait avec un jouet pareil, s'il n'y avait pas d'enfant pour jouer avec. Ou peut-être était-ce une poupée abandonnée, qui datait d'un autre temps…

Et pourtant, même si elles étaient vides, ces salles n'étaient pas poussiéreuses. Elles étaient même nettoyées souvent. Quelqu'un devait l'avoir oubliée là, un enfant sans doute ? Après tout, Katie n'était pas la seule esclave, et il connaissait suffisamment les Mangemorts pour que ces derniers aient le culot de réduire en esclavage des enfants. Sort tout de même beaucoup plus enviable que ce que subissaient d'autres êtres humains.

« Neville, viens voir, par ici, » dit la voix de Luna, qui était sortie à l'extérieur.

Il sortit en refermant la porte et se dirigea vers elle, qui attendait devant une énième porte, peut-être plus ouvragée que les autres.

« Qu'y a-t-il ?

-Cette porte était fermée, je l'ai déclenchée. Je sens qu'il y a quelque chose d'important ici. »

Il hocha la tête, le cœur battant : Luna ne disait jamais les choses au hasard, son instinct était surprenant.

En effet, la pièce était plongée dans la pénombre. Mais on devinait une salle vaste, un lit double à baldaquins dans un coin, une table de chevet à côté et d'autres portes. Ils restèrent à contempler le lieu, et Neville fut pris d'un haut-le-cœur en respirant l'odeur.

« C'est lourd… C'est répugnant… »

Il y avait quelque chose, dans cet air, de malsain, qui vous prenait à la gorge.

Luna se dirigea vers la table de chevet et en ouvrit le tiroir d'un sort, avant de fouiller dedans. Il y avait un amas de divers objets, dont un miroir à main qu'elle examina avec précaution. Il n'y avait pas de note écrite, pas de carnet, rien qui pût leur fournir un indice utile. Neville reporta son attention sur les deux portes, s'en approchant doucement et actionnant la poignée. Comme il s'y attendait, elles étaient fermées. La première s'ouvrit sans trop de difficultés : elle donnait sur une vaste salle de bain, équipée d'un large bassin et d'une multitude de robinets, que des vitraux dominaient. Une sorte de reproduction de la salle de bains des Préfets de Poudlard. Et pourtant, à sa connaissance, Nott n'avait jamais été Préfet, pas plus que lui. Il eut une nouvelle grimace de dégoût.

« On voit que le régime a quand même fait des heureux. »

Il laissa la porte ouverte mais s'en éloigna, écœuré par l'odeur douceâtre qu'il sentait lui monter à la tête.

« Je n'arrive pas à ouvrir celle-là, » dit Luna, de sa voix fluette.

Elle tentait diverses combinaisons, mais le résultat restait toujours le même.

« Bingo. Ça veut dire que le maître de maison a quelque chose à cacher là. Cette pièce est sûrement sa chambre. Tu as fouillé son armoire ?

-Oui, il n'y a que des robes, pas de cachette possible pour quoi que ce soit. Je pense que Nott a trop de goût pour dissimuler ses affaires n'importe où. Tu penses qu'il faut donner un mot de passe à cette porte ?

-Nous n'avons pas toute la journée, bougonna t-il.

-Peut-être que je peux vous aider ? »

Ils sursautèrent et se retournèrent en même temps, pour voir Tessa qui les observait, son sourire aguicheur aux lèvres. L'homme poussa un profond soupir.

« Ne nous fais pas peur comme ça, on aurait pu avoir des gestes inconsidérés.

-Bah, quand vous apprendrez à me connaître, vous ne réagirez même plus, vous allez voir.

-Comment va Teddy ?

-Plus ou moins bien. Il est resté auprès des autres quand on les a rejoints, pour retrouver son amie. Moi je suis partie vous retrouver. C'est dangereux de se séparer d'un groupe, vous nous êtes bien trop précieux. »

Neville eut un rictus mince. Il devinait ce que sous-entendait Tessa. Son clan souhaitait les surveiller et les utiliser pour parvenir à ses propres fins. A ce rythme, songea t-il, si la méfiance ne décroissait pas très vite, celui qui se faisait appeler le Seigneur ne serait jamais vaincu.

« Bien. Dis-nous quoi faire.

-Ygerne. »

La porte s'ébranla subitement et ouvrit un passage en coulissant. Ils virent alors de larges étagères de livres qui s'étendaient sur toute la surface des murs. La bibliothèque semblait grande comme celle de Poudlard, mais sans doute la salle était-elle agrandie grâce à un sort, car le Manoir ne donnait pas l'impression d'accueillir une telle grandeur.

« Ygerne ? demanda Neville, en fronçant les sourcils.

-Me suis fait passer pour le majordome un jour, il a rien remarqué. Il a l'air de lui faire confiance à ce gars. Octavius, je crois.

-Mais pourquoi Ygerne ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

-Neville n'a pas la tête dans les contes, dit Luna, avec un sourire amusé.

-Je vois ça. Ygerne était une duchesse dans les mythes merliniens. La mère du roi Arthur. »

La culture de Neville était limitée dans ce domaine. Étant plus jeune, il avait davantage les pieds sur terre, plongé dans ses livres de botaniques et aimant se salir les mains avec de la terre. Il n'avait jamais trouvé d'intérêt à avoir la tête dans les nuages, comme Luna. Mais sa culture historique était suffisamment étendue pour qu'il sût qui était Merlin (la plupart des jurons étaient si souvent prononcés en son nom !). Quand les Moldus faisaient référence à ces légendes en tant que « légendes arthuriennes », faisant référence à leur roi moldu, les sorciers avaient choisi de les nommer « mythes merliniens », se focalisant davantage sur le grand Enchanteur qui jadis avait été élève des quatre Fondateurs de Poudlard eux-mêmes.

Ils pénétrèrent dans la vaste bibliothèque, observant, impressionnés, la multitude de livres qui les surplombaient, immobiles. A Poudlard, le lieu semblait continuellement animé de vie, avec les livres qui bougeaient, allaient d'un bout de la pièce à l'autre, parfois pour se ranger, ou pour rejoindre Mme Pince qui avait besoin de les consulter ou de les prêter à des élèves. Quelquefois ils mordaient ou hurlaient lorsque quelqu'un les maltraitait. Les étagères n'avaient pas de fin, c'était une véritable fourmilière. Fort heureusement, chaque livre avait toujours été rigoureusement classé, et Neville se souvint douloureusement de la section réservée à la Botanique, qu'il affectionnait tout particulièrement.

« Ça réveille une nostalgie, » commenta Luna, résumant sa pensée.

Derrière eux, Tessa eut un sourire, et croisa ses mains derrière son dos, protégeant leurs arrières en cas de besoin.

« Une bibliothèque, c'est toujours le meilleur endroit pour trouver des informations. On ne peut pas rêver mieux. Mais où commencer à chercher ? Nous n'avons pas beaucoup de temps… murmura t-il.

-Nott doit sans doute avoir un bureau spécial où travailler. Et dessus il doit rester quelques travaux de la dernière fois, à moins qu'il les range quelque part…

-Étant donné que sa porte était si bien protégée, j'imagine qu'il a été moins précautionneux à partir du moment où il était dans sa bibliothèque. »

Tandis qu'ils discutaient, ils parcouraient les allées, balayant les lieux un peu partout. Puis Luna l'aperçut la première : la table où Theodore menait si souvent ses recherches, loin de la porte, de sorte qu'il ne fût pas repérable du premier coup d'œil. Elle s'y dirigea pour l'examiner.

« Il a tout rangé. J'oubliais qu'il était si ordonné.

-Regarde dans les tiroirs, je vais explorer les étagères, il y a peut-être des registres intéressants qu'il classe ici.

-Ne perdez pas de temps, intervint Tessa, le ton alarmiste. On n'a pas toute la journée. »

Les deux autres ne lui répondirent pas, à présent plongés dans leurs recherches. Elle soupira et s'adossa à son étagère, l'air de réfléchir. Quelque chose semblait la tracasser au plus haut point, et quelques instant plus tard elle se retrouva à fouiller les étagères, mais pour une autre raison que celle de ses compagnons.

Neville parcourait rapidement et attentivement les rangées de livres, cherchant un indice, et surtout une classification. Si Nott était si maniaque, il devait avoir établi un certain ordre dans ses livres. Il s'aventura dans les registres, sûr d'y trouver ce qu'il cherchait. Il ne tarda pas à trouver celui des Sang-Pur de Teignous Nott qu'il regarda avec dégoût, avant de l'ignorer délibérément. Les autres ne semblaient pas plus intéressants, et il se prépara à perdre espoir jusqu'à l'arrivée de Luna, qui arriva avec un registre volumineux dans les bras.

« J'ai trouvé ça dans un tiroir. Il devait être en cours de consultation. »

Neville le prit des mains et lut le titre, inscrit à la plume d'une écriture soignée, peut-être un peu trop impersonnelle : Rapport du Tartare.

« Ce n'est pas l'écriture de Nott, » fit remarquer Luna. Elle avait toujours eu l'œil pour remarquer les plus infimes détails, aussi lui fit-il confiance sur ce point. Mais ce n'était pas le plus important.

« Mais de quoi s'agit-il ? » chuchota t-il, en l'ouvrant.

A ce moment-là, Tessa arriva, essoufflée.

« Eh, les gars ! Il faut se bouger, on est restés trop longtemps ici. Allons voir si les autres s'en sortent. »

Neville et Luna échangèrent un regard et hochèrent la tête à l'unisson. Alors Neville referma leur trouvaille et lui lança un sort de réduction pour le rendre plus transportable. Ils quittèrent les lieux non sans regret de n'avoir pu trouver davantage.

~oOo~

Bill escortait Ted avec la plus grande vigilance, et d'une certaine manière le jeune homme lui était reconnaissant de se soucier autant de son sort. Il valait aussi mieux éviter que leur témoin le plus précieux leur soit enlevé. L'emmener dans cette mission était un risque, mais c'était néanmoins essentiel pour mettre la main sur la jeune fille que tous cherchaient, et pourquoi pas les esclaves enfermés ici.

Il restait néanmoins un problème. Une fois les prisonniers libérés, que faire d'eux ? Les Rebelles avaient d'ores et déjà beaucoup de mal à survivre par eux-mêmes, et laisser les esclaves se débrouiller seuls revenait au meurtre organisé, puisqu'ils ne sauraient survivre dans ce froid hivernal, incapables de trouver un abri. Dans la mesure du possible, et dans l'incertitude aussi, il aurait mieux valu les laisser ici pour avoir la garantie d'une certaine survie, la seule personne véritablement en danger en ces lieux étant Katie. Mais il serait injuste de laisser les autres ainsi à l'abandon, quand bien même ils avaient plus de risques de mourir à l'extérieur que dans le Manoir d'un Mangemort qui, a priori, ne s'amusait pas comme d'autres à les torturer pour le sport.

Ils traversaient une multitude de couloirs, sondant les portes une à une, cherchant à révéler une présence humaine dans un rayon de plusieurs mètres. Les esclaves devaient être parqués dans une aile particulière, ce qu'ils conclurent définitivement en arrivant dans un couloir qu'ils n'avaient pas encore exploré : cette fois-ci, les sorts de détection révélaient du monde… Beaucoup de monde.

Où trouver Katie dans ce capharnaüm ?se demanda Ted, en proie à l'angoisse.

Même si Bill était là, silencieux, à ses côtés, il n'était pas tranquille, dans la peur constante que la mission échouât. Il comprenait désormais quel genre de vie menaient les Rebelles, lui qui avait toujours malgré tous ses malheurs été protégé dans son Pensionnat. Il les admirait de garder autant le contrôle d'eux-mêmes, et il essayait de les imiter, même s'il se sentait trembler de la tête aux pieds.

« C'est à partir de maintenant que tout se joue, » chuchota enfin son voisin, en posant une main sur son épaule. Il acquiesça, mal assuré, et voulut avancer. Certains Rebelles surveillaient les portes, cherchant sans doute à se faire discrets.

Un frottement se fit entendre brusquement derrière eux, et ils se retournèrent à l'unisson, le temps de voir une ombre disparaître à l'angle d'un autre couloir. Ils restèrent un moment dans l'expectative, indécis, puis Bill fut le premier à chuchoter :

« Il faut lui courir après. Récupérez cette personne aussi vite que possible avant qu'elle ne fasse trop de grabuge ! »

Certains Rebelles se mirent en mouvement, mais la main de l'homme resta solidement enserrée autour de l'épaule de Ted, l'empêchant de bouger.

« Pas toi, c'est dangereux.

-C'est une bonne initiative, mais elle est imprudente aussi. Nous pourrions être pris là où nous aurions cru prendre… »

C'était un Rebelle de l'autre clan, le visage banal, trop sérieux peut-être. Il tenait sa baguette solidement en main, vrillant son regard sur Bill, qui grimaça.

« Avons-nous d'autres solutions ? Nous connaissons les risques, cessez de nous prendre pour des débutants. Contrairement à nous vous n'êtes encore qu'un petit clan.

-Nous pourrions être en plus grand nombre en nous alliant. C'est cela que vous recherchez, pour renverser le pouvoir en place, non ? L'union des forces. C'est ce que Dumbledore prônait il y a plusieurs années, avant sa mort et la dissolution de l'Ordre du Phénix. »

Ted tendit l'oreille. Il avait parfois entendu ces termes dans la bouche des Rebelles quand ils pensaient qu'il ne les écoutait pas, mais c'était la première fois que quelqu'un les prononçait de vive voix devant lui. Il sentit la pression sur son épaule s'accentuer, au point de lui faire mal.

« Dumbledore… était le chef de la résistance, n'est-ce pas ? dit-il, même s'il connaissait déjà la réponse.

-Oui, le premier aussi à saisir la menace. Tué par traîtrise, afin d'affaiblir le camp du bien. »

Ted fronça les sourcils, mais Bill persifla entre ses dents :

« Nous te raconterons tout le moment venu. Mais là, il n'est pas encore temps.

-Oh, il est toujours temps, surtout pour ce garçon. Chaque enfant doit pouvoir être à même de comprendre la menace lorsqu'il entre dans l'âge de raison. Si rien ne lui est enseigné aussi tôt que possible, alors tout est perdu, il n'y a plus d'arguments ni de valeurs à défendre. »

Il sourit légèrement à Ted, et son regard serein fit tressaillir le jeune homme.

« Il y a beaucoup plus de trente ans, le mage noir était déjà au plus fort de ses pouvoirs, et terrifiait le monde magique. Dumbledore luttait déjà contre lui et son armée, et il a créé une grande organisation de résistance aujourd'hui dissoute : l'Ordre du Phénix. Mais le mage a pourtant été défait par un enfant, un simple bébé, d'à peine un an, qui lui a renvoyé le sort de mort qui lui était destiné. Cet enfant s'appelait Harry Potter, ses parents, qui étaient membres de l'Ordre, avaient donné leur vie pour le protéger, et lui, qui ne savait rien, a été envoyé chez sa tante moldue où il est resté dans l'anonymat le plus total jusqu'à ses onze ans. Et le jour de ses onze ans, il a appris qu'il était un sorcier. »

Fasciné, le jeune Métamorphomage écoutait l'histoire de son parrain, que jamais encore il n'avait entendue. Et il ouvrait de grands yeux, abasourdi. Il avait enfin l'occasion d'en apprendre plus sur cet homme qui aurait pu lui être proche, dans une autre vie…

« Le garde-chasse de Poudlard en personne a été envoyé le chercher, et lui a présenté le monde magique. Ce devait être bien étrange pour un petit garçon de découvrir un univers dont il ignorait tout jusqu'alors ! Il était sans nul doute heureux, très heureux, mais un jour, le mage noir est revenu, plus revanchard que jamais… Pour le tuer pour de bon, cette fois-ci, et asseoir sa domination sur tous les sols qu'il foulait. Cette fois-ci, nous sommes entrés définitivement dans la guerre, et tous nos espoirs reposaient sur ce jeune homme qui pourtant était à peine plus âgé que toi, gamin. Et puis le jour de la bataille est venu et nous avons affronté mille périls pour lui permettre de réussir… Et alors que nous pensions réussir…

-… Rien ne s'est passé comme prévu, termina t-il.

-Ils sont morts tous les deux, ajouta Bill, sur la défensive. Et pourtant, les Mangemorts ont gagné. A croire qu'ils n'avaient finalement plus besoin de leur maître pour montrer leur puissance… Et ça a réussi, leur régime est si dense et si incompréhensible que nous ne parvenons même pas à l'ébranler.

-Mais nous y parviendrons, parce que nous non plus n'avons pas besoin de nous reposer sur une seule personne. Nous ne devons pas refaire la même erreur. »

Il y eut un moment de flottement avant que des pas précipités ne se fissent entendre et qu'un homme surgît pour dire ces mots à Bill :

« Nous l'avons capturée : c'est une fillette. Elle appelait sa mère, mais nous l'avons bâillonnée. Que devons-nous faire d'elle ? »

Bill parut réfléchir, puis son visage s'éclaira. Ted comprit où il voulait en venir avant même de l'entendre parler :

« Maintenant qu'elle est entre nos mains, nous pouvons toujours lui demander où se trouve Katie. Mais il faut rester prudent, en revanche. Ne la brusquez pas trop. Venez, vous autres, nous allons voir ce qu'il en est. »

Ted suivit les traces de ses compagnons, pris de curiosité à l'idée de rencontrer une gamine. Une enfant comme esclave ? Ces Sang-Pur auraient-ils jamais aucune limite à leur cruauté ? Mais peut-être était-ce aussi…

Mais Nott vivait seul ici, avec son majordome et ses serviteurs, Tessa l'avait certifié.

Ils la retrouvèrent un peu plus loin. Elle était dans les bras de l'un des Rebelles, un bout de tissu lui barrant la bouche, les yeux emplis de crainte et de frustration. Elle avait les cheveux noirs et sales, une peau tannée, de grands yeux sombres, et elle était si petite et si mince que cela lui fît presque peur. Et pourtant, son regard trahissait encore l'innocence qu'elle aurait dû avoir perdue dans cette atmosphère si lugubre.

« Ted, approche-toi d'elle, tu es le plus jeune d'entre nous. Elle sera sans doute plus en confiance. »

En s'approchant docilement, le jeune homme remarqua la taie d'oreiller sale que la fillette portait. Comme un Elfe de Maison… Il sentit son estomac se soulever et il s'arrêta. Était-ce seulement humain de faire une chose pareille ?!

Finalement, il s'exhorta à ne pas s'interroger davantage et s'agenouilla en face de la gamine, faisant signe à son cerbère de la lâcher. Lorsqu'elle fut libre, elle regarda tout autour d'elle, cherchant une échappatoire. Mais la lueur calculatrice de ses yeux s'éteignit lorsqu'elle constata que les rangs étaient trop serrés pour qu'elle parvînt à se faufiler entre les jambes des intrus. Elle grimaça.

« Comment tu t'appelles ? » s'enquit-il, doucement.

Elle tourna la tête vers lui, le nez retroussé, sur la défensive.

« Isis, répondit-elle.

-Joli prénom, euh… »

Il osa un rapide coup d'œil derrière lui. Tous les autres le regardaient, insistants.

« Moi c'est Ted. On voudrait quelques réponses… »

Elle l'écoutait, dans une attitude de défi qui n'était pas censée appartenir à une gamine de dix ans.

« Connais-tu Katie Andrews ? »

Le visage de la fillette s'éclaira brièvement, ce qu'il ne manqua pas de remarquer, mais il se ferma aussi vite, tandis qu'elle s'efforçait de garder sa contenance :

« Et pourquoi vous voulez le savoir ?

-On veut la retrouver… Et la libérer. »

Isis le regarda avec une certaine froideur, mais il soutint ses iris sombres. On lui avait appris la méfiance au fil du temps, elle était familière à ce lieu, sans doute y vivait-elle depuis toute petite, voire était-elle née ici… Tant de questions lui traversaient l'esprit à la vue de cette gamine, mais il ne s'agissait pas de sa priorité. Il supplia du regard l'enfant qui hocha la tête, comme si son message de supplication était passé.

« Suivez-moi. »

Les autres hésitèrent à obéir à l'interjection d'une enfant, mais en voyant Ted la suivre sans l'ombre d'un doute, ils préférèrent le talonner pour assurer ses arrières, regardant Isis comme une bombe sur le point d'exploser. Enfin, elle ouvrit une porte brusquement et entra à l'intérieur, en hélant : « maman ! »

Tout le monde se figea. Et s'ils s'étaient faits avoir ? Aussitôt ils sortirent leur baguette et pointèrent la porte, prêts à passer à l'attaque, mais Ted passa sa tête par l'entrebâillement et vit une petite pièce sombre, dans laquelle brûlait un feu de cheminée. Il distinguait quelques ombres près de lui, et son cœur battit à tout rompre.

« Entre, ne fais pas peur à maman comme ça, » l'encouragea la fillette, en lui faisant signe.

Il s'exécuta alors, et ses yeux croisèrent ceux, beaucoup plus clairs et pourtant si ternes, d'une femme aux longs cheveux et à la peau plus sombre encore que celle de sa fille. Il y avait une lueur de défiance, et une grâce qui le saisissait, comme il n'en avait jamais vu de telle ailleurs. Elle était là, agenouillée, les poings serrés, sur la défensive.

« Qui êtes-vous ? Que nous voulez-vous ? Le maître va vous punir !

-J'en doute, ricana t-il, amèrement. Il est parti, et on en a profité pour nous infiltrer. On ne va pas rester longtemps, juste le temps de récupérer Katie.

-Katie ? balbutia la femme, en serrant sa fille contre elle. Mais… Elle n'est pas là, le maître l'a emmenée avec lui. »

Une chape de plomb tomba sur les épaules de Ted qui écarquilla les yeux et tressaillit. Non, ce ne pouvait pas être possible… Pas à ce moment-là ! Avait-il su par quelque manière qu'ils avaient projeté de reprendre la jeune fille ?

Oh non, non, non !

« Qui êtes-vous ? répéta la femme, cherchant du regard une issue, ou un objet pour se défendre.

-Un… ami de Katie. Je venais la sortir de là ! »

Son interlocutrice resta silencieuse. Elle était presque nue sous son drap lâchement enroulé et noué autour d'elle. Ses pieds étaient sales, et elle exerçait une poigne forte sur sa fille, l'empêchant de bouger. Sur son visage il distingua une expression réfléchie, comme une sorte de compréhension. Elle connaissait Katie, et semblait se soucier autant d'elle que Ted lui-même.

« D'où la connaissez-vous ? demanda t-elle, doucement.

-J'étais avec elle, au Pensionnat, avant… murmura t-il, se demandant brièvement si cela valait la peine de raconter toute son histoire.

Mais cela ne sembla pas nécessaire.

« Tu es son ami. J'attendais depuis longtemps une providence pour nous aider. C'est trop tard, cependant, pour Katie, même si nous avons encore la possibilité de la sortir de là.

-Qu'est-ce que ça veut d… » commença Ted, dont l'échine se glaça aux mots « trop tard ».

Il y eut du bruit à l'extérieur. Bill entra.

« Qu'est-ce que tu fabriques ? Elle est là, au moins ? »

Son regard balaya la salle, s'arrêta sur les deux esclaves présentes, puis sur Ted, dont l'expression du visage résumait assez bien la situation. Il marmonna un juron et arriva à grands pas jusqu'à la femme qu'il saisit par le pan de sa taie, la faisant gémir tandis que la gamine se mettait à protester, ne comprenant pas cette brutalité.

« Où est-elle ? Dites-le nous !

-Avec le maître, dit-elle, aussi calmement que possible. Il faut l'affronter cependant…

-Mais il est parti ! Sais-tu où il est, au moins ?

-Non, il n'est pas parti… nia l'esclave, ses yeux s'illuminant brièvement. Il est là, je le sais, puisqu'il n'y a eu aucun son de cloche avertissant de son départ… »

Ted et Bill s'échangèrent un bref regard, chacun comprenant qu'ils pensaient en ce moment même la même chose. Un piège… Ils étaient tombés dans un piège.

Bill lâcha la femme et réduisit la distance qui le séparait de Ted pour s'emparer de son bras, prêt à donner l'ordre de se replier tout en faisant en sorte de retrouver Luna et Neville avant de sortir d'ici. Mais Ted sentait une nouvelle bouffée d'espoir l'envahir. Il avait peut-être encore le moyen de sauver Katie…

« Attendez, vous n'allez pas nous emmener avec vous ? » interrogea Shani. Sa voix ne reflétait pourtant aucun espoir, ni appréhension. Elle était apparemment habituée à toujours s'attendre au pire.

Le jeune Métamorphomage eut juste le temps de lui répondre par un regard avant de disparaître par la porte encore ouverte. Bill murmura des ordres et de brèves explications à ceux qui la gardaient, et aussitôt tous se mirent en mouvement, l'expression concentrée. Cependant, la petite fille les avait suivis, les regardant curieusement.

« Vous êtes venus prendre Katie, mais Katie ne voudra pas vous suivre. »

La voix de la femme se fit de nouveau entendre, tandis qu'elle apparaissait à la suite d'Isis. Ted la regarda avec de grands yeux ronds.

« Je n'ai rien pu lui faire entendre, elle est complètement bornée. Elle le considère comme son sauveur… Et pourtant, il ne fait rien d'autre que profiter d'elle.

-Mais pourquoi fait-il ça ? demanda t-il, d'un ton presque suppliant.

-Cela, je le sais à peine. C'est une faveur qu'elle lui a faite, et bien qu'elle n'ait pas toute sa tête, c'est la seule qui ait jamais accepté de devenir son jouet. Laissez-moi vous accompagner, je la connais parce que je sais ce qu'elle a subi. Et j'ai besoin de prendre ma revanche sur Theodore Nott.

-Tu nous raconteras ta vie plus tard, maugréa Bill. On ne peut pas embarquer tout le monde, malheureusement. Nous étions venus dans l'unique but de ramener Katie, parce qu'elle est une Enfant de Rebelles. Es-tu seulement une sorcière, toi ?

-Non, je l'admets, je ne maîtrise pas du tout la magie, soupira la femme. Quant à ma fille, je ne sais pas.

-Votre fille… » murmura Ted.

Ses yeux croisèrent ceux, sombres et sérieux, de la jeune Isis. Celle-ci ne pipait mot, restait silencieuse. Et pourtant, malgré son calme apparent, elle semblait débordante de vie.

« Laissez-moi vous accompagner.

-Non, nous ne…

-Bill, tu attends quoi, au juste ?! On vient de retrouver Neville et Luna, allons-nous-en ! »

Aussitôt l'homme avança, emportant Ted tandis que ce dernier regardait les deux esclaves, si semblables l'une à l'autre, avec leur peau mate et leurs longs cheveux… Isis semblait transmettre un message silencieux à sa mère, en lui tirant le pan de son drap crasseux, et cette dernière semblait comprendre, lui caressant les cheveux. Il y avait quelque chose d'étrange, dans ce tableau. Ted se demandait si sa mère aurait agi pareillement avec lui, en lui passant la main dans les cheveux…

Et il pensa à Katie. Il lui fallait la sauver.

Il prêta alors une attention totale à sa destination. Bill avait peut-être l'intention de fuir, mais lui voulait reprendre son amie, peu importe ce qu'avait dit la femme à son sujet. Nott, son sauveur, allons donc ! Elle ne pouvait pas croire une telle chose, tout de même ! Katie avait toujours été rationnelle…

Jusqu'à ce que les tortures lui fissent complètement perdre la tête, selon Tessa.

Où était-elle, d'ailleurs ? Il ne l'apercevait pas. Déguisée, sûrement… Il voyait Neville et Luna, devant lui, convergeant vers le même but. La sortie…

Mais Theodore Nott n'allait pas les laisser sortir, maintenant qu'ils étaient rentrés, n'est-ce pas ?

Cela se confirma, lorsqu'ils regagnèrent le hall. Toutes les issues étaient fermées. Où que ce fût, les entrées empruntées avaient été repérées et rebouchées. Un rire se fit entendre.

« Un proverbe dit que le meilleur des voleurs entre par la cheminée, le plus raisonnable par la fenêtre, et le plus piètre par la porte. Dans quelle catégorie vous classez-vous ? »

Et, dans l'ombre, apparut le bel homme aux cheveux noirs, armé de sa baguette, qu'il pointait tranquillement vers la troupe rassemblée, un sourire large et condescendant aux lèvres.

« Moi je dirais la dernière, » acheva t-il.

~oOo~

Les couloirs étaient très longs, et de temps à autre, Meryl sursautait en entendant du bruit. A part cela, tout était étrangement silencieux dans le manoir, elle en frissonnait presque. Les torches s'allumaient au fur et à mesure de sa progression. Brian, quant à lui, la suivait en traînant des pieds, plus avide de sortir d'ici que d'explorer les lieux.

« Mais qu'est-ce que c'est que cet endroit ? Ça me fout carrément les jetons, » murmura t-il.

Elle ne répondit pas. Cela n'en valait pas la peine, elle n'avait rien à dire. Elle serra sa baguette dans sa main, prête à attaquer. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas lancé de sort offensif… Et même si elle était une piètre combattante, elle pouvait toujours se défendre face à un danger potentiel.

Que pouvait-il bien y avoir au bout de ce couloir ? Une Acromentule en hibernation ? Elle frissonna. Lorsqu'elle était plus jeune, l'un des aînés du Pensionnat lui avait raconté une histoire semblable pour l'effrayer, et elle avait passé des nuits à ne plus dormir tant la peur l'avait submergée. Et ce même si ses camarades étaient là, à dormir autour d'elle. Aucune d'entre elles ne la protégerait.

Elle avait passé l'âge de s'effrayer, et pourtant, vivre l'horreur en grandeur nature avait quelque chose de différent. Elle sentait des frissons le long de son échine, et plus encore que le danger, son absence même était inquiétante.

Brian n'allait pas la protéger du danger. Il semblait du genre à se carapater à la première incartade. Très peu viril de la part d'un homme, songea t-elle, en souriant. Il était plus du genre à utiliser ses mains pour d'autres choses que le combat, même au corps à corps.

Par curiosité, en tournant à l'angle, elle monta les premiers escaliers qu'elle croisa. Son camarade la suivait toujours, le pas mal assuré, incapable de l'arrêter, et surtout peu désireux de se perdre seul dans ce dédale. Les marches bougeaient légèrement, semblait-il. Meryl se souvint qu'au Pensionnat des Enfants de Héros, il y avait toujours eu quelques escaliers mouvants, et il fallait faire attention lorsqu'on les empruntait à ne pas se retrouver au mauvais endroit. Durant ses premières années, elle s'était souvent fait avoir, puis elle avait fini par s'habituer et comprendre le fonctionnement au point de ne plus y réfléchir. Ce n'était pas le cas de Brian qui râla légèrement lorsque son pied se prit dans une marche escamotable, et elle poussa un soupir.

« Arrête de me suivre, tu me gênes.

-Non mais tu me prends pour qui ? C'est toi qui m'as amené ici !

-Je ne l'aurais pas fait si j'avais su que tu allais passer ton temps à geindre.

-Eh bien tu n'as qu'à subir, parce que je ne vais pas te lâcher d'une semelle ! »

Ce gars était tellement pénible… Elle secoua la tête et se retourna, mais il lui saisit le bras pour ne pas qu'elle le semât. Elle grinça des dents et avança, lui accroché à sa main tandis qu'il observait les alentours, vigilant.

« Tu devrais au moins connaître cet endroit, non ? s'enquit-il, mal-à-l'aise.

-Pas le moins du monde, c'est la première fois que je viens ici.

-Tu peux pas utiliser un sort pour illuminer un peu plus les lieux ? Ces lanternes me donnent les chocottes. »

Il se passa un silence, puis un « Lumos » retentit, et le bout de la baguette de Meryl s'alluma comme une torche, d'une lumière blanche et vive. En débouchant sur le palier de l'étage suivant, elle entendit des grognements sur les murs avoisinants, et ceux de Brian qui était totalement déboussolé face à toutes ces choses. Elle dirigea sa baguette vers ce qu'elle savait être des portraits.

« Bon sang, cessez cela ! » éclata l'un des personnages représentés, en se cachant le visage de ses mains, et elle dévia aussitôt son arme pour ne pas faire davantage de bruit.

Brian, lui, était totalement estomaqué.

« Des portraits… qui bougent. C'est la première fois que j'en vois pour de vrai…

-Vraiment ? Dans mon Pensionnat, c'était courant, » commenta t-elle. Et sans en dire davantage, elle continua d'avancer. Brian la suivit en contemplant les murs, fasciné. Au fur et à mesure de leur marche, ils entendaient les portraits chuchoter.

« Il y en avait autant là où tu vivais, avant ?

-Partout où le regard pouvait se promener. Le plus souvent c'étaient des personnages éminents, des références. Comme ce Ministre de la Magie, je ne sais plus comment il s'appelle, qui prônait le sang pur…

-Bon sang, arrête ces bêtises, ça me donne envie de vomir. »

Elle se tut, mais garda le visage inexpressif. Sa baguette éclairait toujours le chemin, et elle avançait sans trop savoir où elle allait. Sans doute étaient-ils au premier étage.

« C'est grand comment, ce machin ? Comment on va pouvoir se sortir de ce pétrin ?

-Quand le Seigneur le jugera bon. »

Elle entendit des frémissements et dirigea de nouveau sa baguette vers les portraits. Certains la regardaient avec des yeux exorbités. D'autres râlèrent face à la luminosité de la baguette, mais elle s'avança vers eux, imperturbable.

« Que se passe t-il ?

-Le Seigneur… Jamais Il n'envoie d'autre personne que cet homme… dit la peinture d'une vieille femme entièrement vêtue de noir. Qui êtes-vous ? Que faîtes-vous ici ? Venez-vous pour la Princesse ?

-Qui ça ? s'étonna la jeune fille.

-La Princesse ! persifla la vieille. Ce démon, cette sale engeance ! La Tourmenteuse ! Toujours, toujours elle est là, et sa présence est une véritable malédiction pour nous tous !

-Comment ça…

-Je ferai remarquer gentiment qu'en général, les princesses, ce sont de jolies jeunes filles qui ne veulent de mal à personne. En tout cas dans les contes, dit Brian, mal assuré.

-Tais-toi ! le tança sa voisine.

-La peste soit de votre ignorance ! cracha la vieille femme. Partez avant de regretter !

-Cette demeure appartient au Seigneur ? essaya Meryl, une dernière fois.

-Ne prononcez même pas une seule allusion Le concernant ! Malheureux que vous êtes, si vous n'avez pas Son autorisation, vous êtes faits ! »

Brian tira le bras de Meryl pour la convaincre de s'éloigner du tableau fou, mais celle-ci n'avait toujours pas les réponses à ses questions. Elle se sentait inquiète, son cœur battait la chamade. Ce manoir appartenait au Seigneur et elle était tombée dans le piège. Et pourtant, il y avait quelque chose ici qui l'attirait irrésistiblement… A côté d'elle, Brian marmonnait entre ses dents, de moins en moins ravi de se trouver dans une telle situation. Tout autour d'eux, ils entendaient des chuchotements, quasiment assourdissants, et tout d'un coup Brian poussa un nouveau cri de stupeur.

« Là… Là, à l'instant !

-Quoi ?

-Un fantôme ! »

Meryl soupira. Ces Moldus étaient si primitifs… Elle avait parfois eu l'occasion d'en croiser au Pensionnat auparavant, mais en général ils se soustrayaient au regard du public trop curieux, et étaient de nature très peu aimable. Elle avait appris à ne jamais trop s'attarder lorsque l'un d'eux traînait par ici.

« Viens, on va l'éviter.

-Je l'ai vu traverser le mur !

-C'est normal, tous les fantômes traversent les murs.

-Il m'a regardé !

-Mais tu vas la fermer, oui ?! » éclata t-elle, lassée de ces jérémiades.

Évidemment, cela n'arrangea pas l'état de Brian, qui était passé du stade de fanfaron à celui d'un petit enfant qui avait besoin qu'on lui tendît la main pour le protéger des monstres de la nuit. Elle comprenait mieux pourquoi les sorciers infantilisaient les Moldus, à présent qu'elle en avait un auprès d'elle.

Ils montèrent une dizaine d'escaliers à la suite, qui chaque fois les faisait monter ou redescendre, sans qu'ils comprissent où ils se rendaient. La main de Brian broyait l'avant-bras de Meryl, et elle avait de plus en plus envie de sortir d'ici, même si elle savait que s'ils retrouvaient les Rebelles, ils allaient devoir expliquer leur disparition mystérieuse.

« Des intrus… Il y a des intrus… Ici…

-Viennent-ils lever la malédiction ? Achevez-la ! Achevez la Princesse !

-Mais qui est cette Princesse ? questionna Brian, faisant écho aux pensées de Meryl, dont les tempes commençaient à se tremper de sueur malgré la fraîche atmosphère.

-Le Seigneur va vous tuer… Qui sait quand Il pourrait venir ? Il nous punirait tous, et la Princesse ne quitterait jamais ce lieu… Triste sort !

-Où est cette princesse ? » chuchota Meryl, le cœur battant.

Les voix se turent, comme si elles l'avaient entendue. Puis des plaintes, des piaillements, des cris de peur :

« Cette enfant est maudite ! Achevez-la !

-La mort seule peut lui accorder la rédemption !

-Mais la mort, c'est Lui…

-Et jamais, jamais Il ne la tuera. Parce qu'elle est la malédiction…

-Pourquoi, la malédiction ? s'enquit Meryl, à qui ces mots causaient une étrange douleur au plus profond de son cœur. Elle avait connu ce rejet.

-La malédiction ! Si nous la tuons, nous serons délivrés…

-Là-haut, tout là-haut… »

Les portraits ne semblaient pas disposés à donner plus d'indications. Meryl n'essaya pas de les consulter plus longtemps. Une énorme appréhension lui tordant désormais le ventre, elle avança, rassurée finalement de ne pas être toute seule dans ce cauchemar, même si ce n'était que pour être mal accompagnée.

« Où faut-il aller, alors, si on veut éviter cette Princesse ? Elle me donne autant les chocottes que tout le reste si j'en crois tous ce que ces tableaux racontent.

-On ne sait même pas où elle peut bien être.

-Si. Dans les étages. L'un des tableaux l'a dit. »

Le ton laconique de Brian la fit légèrement sourire, même s'ils n'étaient pas très avancés.

« Une Princesse… On aura tout vu. Si ça se trouve ça va être comme dans ce conte de fée, là, avec cette fille enfermée dans une tour qu'un prince charmant doit s'embêter à aller chercher pour l'épouser ensuite. Tu as déjà entendu parler d'une Princesse, là où tu vis ? On dirait que Tu-Sais-Qui la connaît.

-Non, jamais, souffla Meryl. Jamais… Moi ni personne n'avons jamais su qu'elle existait. »

Qu'est-ce que cela voulait dire ? Qui était cette Princesse ? Pourquoi le Seigneur la cachait-Il aux yeux du monde ? Et pourquoi les portraits parlaient-ils d'elle en des termes si effrayants ?

Meryl se demandait à quoi elle ressemblait. Une image caricaturale parvenait à son esprit. Elle devait avoir d'immenses pouvoirs… Et était très protégée, puisque apparemment, sa présence n'était pas bienvenue ici. Dans ce cas, pourquoi le pendentif de Natanael l'avait-il emmenée ici ?

Les choses lui échappaient, elle ne parvenait pas à comprendre le but de tout ceci. Ce qu'elle savait, c'est qu'elle n'en tirerait sans nul doute rien de bon.

« Quand même, moi ça m'intrigue. Peut-être qu'elle pourrait nous indiquer la sortie ?

-On ne sait pas si elle est dangereuse ou non. A quoi bon prendre des risques ? Elle pourrait nous dénoncer !

-C'est vrai. On voit tout de suite que tu n'as pas le goût du risque.

-Et toi, pas plus. Tu mourais encore de frousse tout à l'heure !

-Quand on s'y fait, la situation nous paraît tout de suite moins effrayante. »

Ce pédantisme la révulsait. Elle choisit de ne rien répliquer, sachant qu'elle ne ferait qu'empirer la situation. Néanmoins, au bout d'un moment, elle ne put s'empêcher de dire :

« Eh bien, dans ce cas, prends les devants, je couvre tes arrières. »

L'autre eut un petit sourire.

« Faible répartie. Tu as mis un moment à la cogiter on dirait.

-J'ai dit : prends les devants. Je suis sérieuse. »

Il fronça les sourcils face à la suffisance dans le ton de Meryl et secoua la tête.

« On ne va pas être d'accord. Ce n'est pas le moment de nous chamailler. Je sais que tu ne m'apprécies guère mais ne crois pas que je vais t'obéir.

-Cela s'appelle la coopération. La coopération signifie l'obéissance de l'un aux instructions de l'autre.

-Euh, revois un peu ton lexique, le mot approprié serait alors la soumission. »

Meryl n'eut pas l'occasion d'envoyer une autre répartie. Brusquement, elle se retourna, pointant sa baguette en direction de Brian, de sorte qu'elle manquât se planter dans son œil.

« Eh… Eh ! C'est bon, pas la peine de s'emporter !

-Bouge de là. »

Indécis, Brian fronça les sourcils, louchant sur la baguette qui lui touchait presque la poitrine. Meryl regardait par-dessus son épaule, les yeux plissés. Il préféra s'exécuter, pressentant qu'elle avait repéré quelque chose.

« Qui est là ? » clama t-elle.

Elle avait perçu un bruit métallique, comme quelque chose que l'on renverse. Il y eut d'abord le silence. Puis un bruit étrange, comme un ricanement, mais elle avait peut-être mal entendu…

« Montrez-vous ! » cria t-elle.

Un autre ricanement.

« Ça m'étonnerait que votre vœu soit exaucé. »

Elle sursauta et tourna sa baguette dans une autre direction, cherchant d'où pouvait bien venir la voix.

« Qui est là ? Où êtes-vous ? C'est vous qui faites ce bruit ?

-J'en doute, chantonna l'inconnu, d'un ton nasillard. J'ai bien trop de retenue pour me permettre de faire tant de désordre.

- Dites-moi que c'est encore un portrait, marmonna Brian, derrière elle.

-Bien trouvé, jeune homme. Je ne savais pas les Moldus si perspicaces. Les temps ont bien changé, hélas. »

Meryl dirigea sa baguette illuminée vers le mur où était suspendu le tableau d'où provenait la voix. Elle illumina le visage peint à l'huile d'un homme au sourire dantesque et à la barbe fine, qui plissa les yeux sous l'effet de la lumière.

« Ouh, pas si brusquement, allons ! Un peu de prévenance pour mes yeux, mademoiselle !

-Qu'est-ce que vous voulez ?

-Voir ce que de jeunes imprudents comme vous viennent faire ici. Je dois admettre que je suis impressionné, cela fait longtemps que nous n'avons pas reçu la visite d'un étranger. Et surtout, je m'étonne de voir un Moldu en ces lieux. Comment a-t-il pu passer les barrières ?

-Je l'ai forcé, répondit Meryl.

-Et j'aurais pu m'en passer, grimaça l'autre.

-Je m'en doute, je m'en doute… Vous deviez avoir bien mieux à faire ailleurs. »

Il y eut un nouveau silence, durant lequel le portrait scruta les visages à peine éclairés des deux jeunes gens.

« Que vous amène t-il en ces lieux ? Vous ne devriez pas être ici… Vous êtes bien jeunes… Une invitation spéciale ?

-On… va dire ça.

-Quels est votre nom, jeune fille ?

-Vous pensez sérieusement qu'elle va vous le donner ?

-Je ne parle pas à de la vermine, je vous remercie. »

Tandis que Brian s'offusquait, Meryl resta la bouche close, sa baguette tremblant dans sa main.

« La moindre des politesses est de répondre à ma question, jeune fille.

-Et la moindre des politesses est de vous présenter en premier, non ? intima t-elle, bravache.

-Quelle insolence ! Il y a des inconvénients à l'éducation que l'on fournit aujourd'hui. Les jeunes de nos jours ne savent même plus qui je suis, c'est tellement désolant… Pourtant, vous ne m'avez pas l'air si stupide. Ouvrez donc vos livres !

-Pour ce qu'on nous autorise, » bougonna t-elle. Pourquoi perdait-elle du temps à débattre avec un portrait qui ne semblait pas vouloir se présenter ?

« J'ai bien l'impression que vous êtes pressés. J'ose espérer que vous ne vous dirigez pas chez la Princesse, le Seigneur ne serait guère ravi.

-Qui est cette Princesse ?

-Oh, je ne l'ai pas beaucoup rencontrée, mais son caractère est absolument déplorable.

-Aidez-nous à sortir d'ici, alors, si elle est si dangereuse ! »

Le portrait fit mine de ne pas avoir entendu Brian. Toute son attention était portée vers Meryl qui tenait la baguette dans sa main. Il eut comme un imperceptible sourire, qui soudain se transforma en grimace.

« Oh oh… quelque chose se passe de l'autre côté, on dirait. Je serais vous, jeunes gens, je m'en inquièterais.

-Qu'est-ce qui se passera si on est découverts ici ? On mourra ? demanda Meryl, la voix hachée par l'inquiétude.

-Oh, je ne sais pas en ce qui vous concerne, jeune fille, puisque vous m'avez l'air d'une sorcière de souche. Mais si vous aviez su ce qu'ils réservent aux intrus, vous n'auriez pas amené le Moldu ici présent.

-Ce qui veut dire ?

-Que je vais prendre cher. Je crois qu'il faut partir, murmura son voisin.

-Brillante déduction. Ces sous-êtres ont au moins conservé leur instinct de survie. Allons, la partie commence.

-Viens ! » s'exclama Brian, en tirant Meryl si fort par la manche de son manteau qu'elle manqua trébucher en commençant à courir à sa suite.

Le portrait les suivit alors de tableau en tableau, sans cesser de les narguer en leur lançant quelques remarques. Parfois même il donnait quelques indications sur la direction à prendre, lorsqu'il pressentait que l'un des couloirs menait à une voie sans issue. Bientôt, Meryl se retrouva vite essoufflée.

« Y a-t-il des cachettes ici au moins ?

-Oh, à foison, tant d'ailleurs que vous ne sauriez vous y retrouver vous-mêmes ! lui cria t-il.

-Très bien, ce sont de bonnes nouvelles, marmonna t-elle, haletante. Puis soudain, Brian monta un escalier et elle manqua trébucher. Le portrait poussa un léger gémissement.

« Oh, pas cet étage, vous ne devriez pas…

-Ferme-la, la peinture ! » persifla Brian, en courant toujours plus vite.

L'autre poussa un soupir du cadre où il s'était arrêté. Meryl eut juste le temps d'entendre, avant qu'il ne disparût de sa vue, ces quelques mots : « … vont dans la gueule du loup… »

« Brian…

-Tais-toi et avance !

-Brian… Je pense que le portrait…

-Ta baguette, tu l'as ?

-Oui… Ah ! »

La faible lumière qui émanait encore de son arme faiblit avant qu'un élancement ne la prît, et qu'elle ne s'affalât au sol, tremblante. Le jeune homme s'arrêta et s'agenouilla près d'elle.

« Qu'est-ce qu'il se passe, ça va ?

-Non, j'ai trop couru… »

Dans le silence qui suivit, ponctué par la respiration saccadée de Meryl, Brian leva brusquement la tête.

« Tu as entendu ?

-Quoi ?

-Un bruit… de pas. Dans le couloir, là-bas, il résonne. »

Leur sang se glaça. Brian lui tendit le bras.

« Tu te sens capable d'aller au moins jusqu'à la cachette la plus proche ? »

Elle hésita, puis hocha la tête. Alors elle s'empara de sa main et se releva.

« On se dépêche. »

Encore quelques mètres les séparaient de la porte la plus proche. L'endroit était bordé de grandes fenêtres, desquelles on voyait le jardin dans toute sa splendeur. Meryl aurait voulu s'arrêter pour admirer, mais elle savait que le temps était compté, d'autant plus qu'elle entendait à présent le bruit de pas précipités sur le sol de pierre…

Brian ouvrit brusquement une porte et la fit entrer à l'intérieur, avant de la suivre. L'instant d'après, aucun d'eux ne bougeait, le cœur battant.

La pièce était… claire… En contraste total avec le reste du bâtiment. Les murs étaient couverts d'une tapisserie verte, la décoration à la fois impersonnelle et féminine. Une grande fenêtre donnait aussi sur le jardin, fermée. Un fauteuil vide siégeait auprès d'elle.

Mais loin de toutes ces choses, ce qui fascina le plus Meryl, ce fut la paire d'yeux rouges qui se fixa sur elle, et dont elle ne put détacher le regard.


(1) Hommage à Melfique et à sa fic Le monstre et la bête. Voilà ce qui arrive quand on me fourre des idées tordues dans la tête !

(2) Brian était peut-être un peu trop jeune pour regarder un film de ce genre : le Dracula adapté en 1992 par Francis Ford Coppola. Certaines scènes ne sont sans doute pas adaptées à un public jeune. Ses parents ne devaient sûrement pas connaître le film, ce qui a fait qu'à la première scène suspecte ils se sont dit que ce serait mieux finalement de l'envoyer au lit.

Le titre du chapitre a un peu été "repris", je dirais, d'un jeu vidéo désormais antique : Fire Emblem : Rekka no Ken (ou Blazing sword dans la version européenne, je sais plus) sur GBA. L'un des chapitres du jeu comportait ce titre et je l'avais trouvé tellement classe qu'il m'est resté. Alors quand j'ai écrit ce chapitre, j'ai trouvé sympa de le baptiser ainsi, sachant que j'aime les titres fort à propos. Bon, je l'ai tout de même un peu changé. Dans le jeu, le titre était "Fleur des Ténèbres". J'ai nuancé ensuite.


Dans le prochain chapitre :

« Laissez-moi deviner la raison de votre visite… Vous êtes venus me voler quelque chose ? Oui, je le vois bien… Mais vous ne l'avez pas encore trouvé, et vous êtes pressés. Dommage, vous êtes pris sur le fait. Je pourrais appeler les autorités si je le voulais… »

Les corps des intrus se tendirent, et Nott sourit.

« Hélas, ils sont trop occupés pour la plupart d'entre eux. Tous sur la piste de la jeune Greylord, pauvre enfant disparue… Parlant d'elle, vous semblez la connaître, je le vois à l'expression de vos visages. Et vous avez même l'air d'en savoir beaucoup trop à son sujet… »

Il avait plissé le nez vers la fin de sa phrase, ce qui le faisait d'une certaine manière ressembler à un lapin. Neville eut un rictus. A l'école, ses camarades avaient souvent fait la même comparaison.

« Hum, cela ne va pas du tout, le Seigneur ne serait pas très heureux s'Il apprenait que je vous ai laissés partir malgré le piège que je vous ai tendu. Fort heureusement, Il n'est pas au courant. Et Il ne le sera sans doute jamais si vous suivez ce que j'ai à vous dire. »


Vous savez ce que je déteste parmi certaines choses ? La connexion Internet qui rame, les vidéos qui gèlent sur Youtube et les fautes... Et une fois de plus je crains d'en avoir laissées.