Une grosse pensée à tous les Belges et Bruxellois; ainsi qu'une spéciale de ma part pour la mienne de Belge alias Yasmina.
Have a good read everyone


13. Avancer le pied sur la montagne


« Je ne pense pas que l'on devrait s'inquiéter si l'équipe médicale a véritablement donné son accord-

Oui, certes, mais il reste à voir si toutes les méthodes pour remettre Matsuoka-senshû sur pieds ont été légales!

Arrêtez donc ça, nous verrons d'abord s'ils gagnent le relais!

Avec deux champions olympiques, dont le recordman du Free? Même si Matsuoka est blessé, ils ont leurs chances.

Comme vous y allez! »

Sousuke éteint la radio avec rancoeur, lassé d'entendre la même rengaine depuis son réveil. Partout où il allait, c'était pareil : son meilleur ami était soit un drogué, soit un tricheur, soit un inconscient. Bon, ok, le dernier était peut-être vrai, mais cela n'empêchait pas qu'il allait le gagner, ce relais.

Malgré tout, le plus agaçant, évidemment, c'était de voir en plus de ça les rumeurs repartir à cœur joie. Sur Rin et Nanase, sur Rin et n'importe qui; avec son retour devant les projecteurs, il voyait aussi revenir tous les profiteurs, tous ceux qui ne s'intéressaient qu'aux scoops, et qui adoreraient voir la déchéance d'un grand athlète, car cela rapporte.

Et la sexualité de Rin ne regardait personne, il y tenait. Il avait été capable de menacer un homme qui s'approchait bien trop, il était même capable de s'allier de nouveau avec le yakuza qui, il semblait, avait aussi souhaité en faire son quatre-heures; si seulement ils pouvaient juste laisser Rin heureux d'avoir gagné.

En attendant, il avait eu beau venir régulièrement au stade, il était certain que le seul jour où il avait été aussi bondé avait été lors de la finale de Free. Cette fois, le relais attirait énormément l'attention, et les médias y étaient pour quelque chose. A nouveau, il médit sous ses dents en apercevant le nombre de caméras, et d'interviewés.

Au moins, un sourire sut apaiser ses maux, et il se sentit lui aussi sourire comme un idiot quand il aperçut Makoto, qui l'attendait et dont le visage s'éclaira en l'apercevant. Le châtain trottina vers lui, laissant les autres derrière lui, et c'est là que Sousuke remarqua son air un peu embêté.

« Salut...

– Salut, j'imagine que les autres nous gardent des places? »

Il hocha la tête, puis, grimaçant toujours, ajouta :

« Et aussi... disons que Kisumi et Nagisa... savent tout. »

Il fronça les sourcils en entendant ceci, ne s'y attendant pas.

« Tu veux dire...?

– Pour nous deux. »

Sousuke entrouvrit alors un peu la bouche, puis lança un regard derrière Makoto, remarquant en effet les regards railleurs envoyés. Et s'il n'avait pas vraiment de problème avec le fait qu'ils sachent à part d'être certain qu'il ne finirait jamais d'en entendre parler, il se dit qu'il fallait mieux prendre le taureau par les cornes.

« Tu voulais le cacher?

– Hein? Non, pas vraiment, c'est juste que j'imagine que c'est surprenant pour eux, et je n'ai pas vraiment envie qu'ils se fassent des idées...

– Eh bien dans ce cas on va leur donner exactement ce qu'ils veulent. »

Ceci s'accompagna d'un sourire en coin qu'il espérait rassurant, et il glissa sa main dans celle de Makoto, lui indiquant ensuite d'un mouvement de tête de le suivre jusqu'à retrouver leur groupe d'amis. Le châtain écarquilla les yeux, certainement pris par surprise, mais se laissa faire, secouant un peu les épaules avant de se convaincre que Sousuke avait raison, qu'il suffisait d'agir normalement, qu'ils n'étaient pas en faute.

Et cela marcha plutôt bien, car toute tentative de gentiment se moquer d'eux retomba lorsqu'ils virent l'air décontracté qu'ils avaient en s'avançant vers eux, le brun les saluant sans le moindre stress, le plus normal du monde. La seule différence, c'était qu'il n'était pas seul, et qu'est-ce que cela changeait?

Alors, finalement, c'est un sourire affectueux qui grimpa aux lèvres du blond, qui se contenta de s'appuyer sur le côté libre de Sousuke en babillant à propos de l'épreuve qui arrivait. Ils purent ainsi se diriger vers l'entrée du stade, retrouvant dans les gradins Gou ainsi que Momo et sa sœur, qui sursauta en les apercevant.

« A-Ah, euh, Tachibana-san... »

C'est alors que Sousuke remarqua une certaine brune avec elle, et son pas s'arrêta.

« Ikura! Je ne pensais pas que tu serais là! »

Mais s'il eut le mouvement instinctif de lâcher la paume dans la sienne, Makoto ne le laissa pas s'en aller, son sourire sincère bien que sa peau tremble légèrement en apercevant la jeune fille, qui lui sourit aussi largement, l'air ravie.

« Eh bien, j'avais des billets, je ne vais pas perdre de l'argent pour rien. Et puis, je suis amie avec Haruka-san je te rappelle.

– A-Ah, oui, évidemment. »

Un bref blanc tentait de se placer entre eux, mais heureusement Ikura ne tarda pas à faire tomber sa main sur l'épaule de la petite rouquine, reprenant leur conversation.

« En tout cas, je te promets que je t'invite à notre prochaine soirée entre copines, d'accord?

– Eh, mais je veux pas me faire des amies, moi! geignit-elle, ce qui fut suivi d'un rire cristallin.

– Ne t'inquiète pas, je suis sûre qu'il y en aura une qui aime aller faire des choses dans les chambres pendant que les ace tricotent.

– Arrête de te moqueeeer! »

Et sur ces derniers mots, et moue de la jeune fille, Ikura se leva, accorda un dernier sourire puis main sur le bras de Makoto, pour ensuite saluer Sousuke, avant de s'en aller quelques tribunes plus loin retrouver son habituel groupe d'amis. C'est seulement à cet instant qu'il se rendit compte que sa bouche était restée un peu entrouverte, et qu'il la referma bruyamment, suivant ensuite en rougissant un peu Makoto qui avait un air encore plus ravi que d'habitude.

Ils s'assirent ainsi sur la rangée de devant, flanqués à côté de Gou et Rei. Derrière eux se trouvaient Momo, Nitori, Nagisa et Kisumi qui s'étaient vraiment bien trouvés. Bien qu'ils n'aient pas vraiment la sensation d'être entre eux, Sousuke ne put s'empêcher de se pencher vers son petit ami, pour lui souffler :

« Euh, ça... va? »

Et il eut sa réponse en s'apercevant que le châtain restait resplendissant, les joues un peu roses.

« Je n'ai pas vraiment l'impression de le mériter mais... je ne peux pas m'empêcher d'être heureux qu'il n'y ait aucun malaise.

– Je pourrais pas faire le petit ami jaloux alors, j'imagine. »

Un regard menaçant croisa alors le sien, tandis qu'il disait ceci.

« Tu n'as aucune raison d'être jaloux, de toute manière.

– Possessif, alors?

– Je ne t'appartiens pas. » bougonna-t-il.

Et, sans qu'il ne puisse résister, il se pencha, sa voix se baissant.

« On verra ça, Mako-chan... »

Il n'eut pas besoin d'attendre pour apercevoir une nuance de rouge s'étaler sur ses joues, et il répondit en lui écrasant le nez de sa main libre, les mouvements un peu brusques dans sa gêne. Ainsi, plus préoccupé par son visage que par le plaisir de voir Makoto tout chose face à ses paroles, il laissa couler le sujet, réajustant sa prise sur la main dans la sienne.

/

Dans les vestiaires, la tension était à couper au couteau. Les quatre japonais demeuraient concentrés, réajustaient leur veste, décontractaient leur nuque, s'étiraient un dernier coup avant qu'ils ne soient appelés. Le seul à ne pas bouger était Rin, sa main immobile sur sa cuisse, tandis qu'il s'appliquait à respirer lentement, profondément.

La journée qui venait de s'écouler ainsi que la veille avaient été... difficiles, il ne voyait pas d'autre mot. Il avait d'abord fallu être concentré au maximum sur l'individuel, tout en sachant que quoiqu'il se passe il ne pouvait pas encore vraiment fêter, car le lendemain il y avait le relais. Puis, pour venir arranger tout cela, une blessure. Pas grand chose, mais assez pour apporter un nouveau stress dont il se passait bien, des journalistes encore plus nombreux, et on avait eu beau vouloir les faire disparaître de son champ de vision, il savait qu'ils étaient là.

Heureusement, Haru restait avec lui, comme un appui inébranlable, un roc auquel il se cramponnait. Il ne disait pas grand chose, se contentait d'être là, et au fond il ne demandait rien de plus pour le moment. Juste du silence, et de la confiance, plus de peur, plus rien d'autre que la médaille.

Il serra les dents, ressortit de sa poche la photo froissée, croisa le regard de son père, pris au piège par l'objectif ayant surgi de nulle part. Il sentit ses yeux s'humidifier un peu, car tout allait bientôt finir, et qu'il était partagé entre l'envie que cela arrive enfin, ou jamais. Demeurer toute sa vie un champion, celui qu'il s'était battu pour devenir; mais aussi s'éloigner de tout ça, de la pression, du stress.

Juste rester avec Haru, rien d'autre, être à ses côtés et encore faire l'amour, le lui faire, continuer d'être ensemble et de se sentir respirer lorsqu'ils étaient côte à côte. N'avoir besoin de rien d'autre que la certitude de voir le brun toujours quelques pas devant lui si jamais il traînait sur le chemin.

Alors il se tourna vers son ami, croisa ses pupilles bleues, qui restaient teintées de volonté, d'envie de plus, la soif de l'or et de la victoire. Et il tâcha de déglutir, et d'oublier tout à part la course et ses coéquipiers.

Rin fit alors un léger mouvement de tête, et enfin, l'heure arriva. On annonça leur nom, et ils se placèrent en file indienne, prêts à passer la porte du vestiaire. Rin était troisième, au papillon. Dans son dos, il sentit vaguement le poids d'une main, rassurante, qui se retira dès qu'ils se mirent à marcher vers le bassin.

/

Les relayeurs se débarrassèrent de tout équipement qui les avaient accompagnés près du bassin, puis se placèrent. Dans le stade, des chants résonnaient, des supporters se levaient, criaient le nom d'un athlète, un murmure résonnait, de plus en plus épars tandis que l'heure de l'épreuve approchait, que les secondes s'écoulaient. Les caméras tournaient autour des équipes, et depuis les loges des journalistes sportifs, on décrivait une par une chaque équipe. Le Japon était à la fois le plus grand favori ainsi que la plus grande source de doute.

Finalement, le bip résonna, et les nageurs furent en place. Les nageurs de dos se glissèrent dans l'eau, s'agrippèrent aux barres, les caméras intégrées aux plots filmant leur visage concentrés, leurs joues gonflées, ainsi que le haut de leurs avants-bras souvent bien épais. Un nouveau bip résonna, et ils se penchèrent tous en avant. Avant de partir en même temps au coup de feu.

La frénésie s'empara du stade, les nageurs filant à travers l'eau, leurs bras battant la mesure, éclaboussant les alentours avec force, avant qu'ils ne tournent à la fin du 50m pour revenir vers leur partenaire de relais, et enchaîner avec la brasse.

Tandis que les anglais étaient en tête, suivis de près par les australiens et les américains, le Japon était un peu à la traîne. La brasse parut longue pour les spectateurs les plus impliqués dans la course, tant le peloton de tête était serré et que l'on ne cessait de voir un nouveau pays en tête, l'actuel podium changeant sans cesse. Le nageur de brasse anglais était vraiment impressionnant.

Et finalement, lorsque le relais fut passé au papillon, que beaucoup de japonais retinrent leur souffle, ceux-ci étaient tout juste 4e.

Matsuoka Rin fendit l'eau sans hésitation, toujours aussi agressif qu'au premier jour, avec cette nage brutale mais diablement efficace qui lui avait permis d'être présentement le détenteur olympique de la médaille d'or du 100m papillon masculin. Il rattrapait les autres nageurs, leur collait au train, et lorsqu'il tourna, il fut moins efficace que d'habitude, ne se projetant pas aussi loin.

Mais il grappilla de nouveaux centimètres, millimètres, tout pour aller plus loin, plus vite, ne jamais s'arrêter, car on l'attendait. Il fondit sa main sur le mur, ressentit une brève douleur, avant de relever la tête, pour voir filer, comme au ralenti, la silhouette de son ami.

Nanase Haruka, doux et vif dans l'eau, aussi insidieux qu'il n'était bestial, passa devant lui, coupa le trajet des néons lumineux, et pourtant il l'éblouit autant qu'au premier jour. Il se revit des dizaines d'années plus tôt, un gosse rêvant d'un relais, de son père, de la victoire, des cerceaux multicolores. Un enfant qui avait cru à tout en en croisant un autre, et qui n'aurait jamais dû cesser de croire.

Mais aujourd'hui, il le pouvait.

Et quand il s'extirpa de la piscine, il reçut un regard inquiet de ses coéquipiers, mais leur hocha la tête, leur assurant que cela allait, alors que les hurlements retentissaient dans la salle, que le sol semblait vibrer, sa peau aussi. Il déglutit, se mit à crier, à son tour, quand il vit Haruka tourner, puis filer, vers eux, vers la fin de la course, le dernier 50m.

Il eut l'impression de ne plus pouvoir respirer. Il ne sentit plus sa poitrine douloureuse après l'effort, ni son poignet, ni la pression, juste l'impatience, la tension brûlante dans ses veines alors qu'Haru se rapprochait, arrivait. Dans les tribunes, un groupe de jeunes gens venant d'Iwatobi suffoquaient car ils étaient en apnée depuis plusieurs minutes. Les journalistes hurlaient dans leur micro, n'en revenant pas, mais cela se passait, véritablement.

Haruka Nanase frappa le mur en premier, largement en avance sur tous les autres.

Rin recouvrit sa bouche de sa main, car il était le premier à ne pas y avoir cru, tandis que des larmes chaudes recouvraient ses joues.

/

Il n'en aurait pas fallu beaucoup pour que Sousuke se contente d'aller défoncer la porte, avec tous les autres, car ils voulaient plus que tout voir leurs amis à cet instant. Leurs amis double fois champions olympiques.

Mais Makoto avait eu besoin de rester un peu assis, l'air d'avoir été celui qui avait nagé tant il suait et était essoufflé après avoir tant crié, Nagisa aussi, Rei refuserait d'agir ainsi, et Kisumi... n'avait pas des bras très larges. Autant dire que si lui et Gou s'y mettaient à eux seuls, ils n'iraient pas loin.

Alors ils se contentaient d'attendre près de la porte des vestiaire, dans la salle bondée, à espérer capter l'attention du coach pour qu'il les emmène, mais ils n'y croyaient pas vraiment. Il y avait juste trop de monde, et trop d'attention portée sur les nageurs pour qu'ils puissent s'y rendre. Alors ils se contentaient de rester là, avec tout le monde, d'attendre au moins l'arrivée de l'entraîneur qui adresserait un mot aux journalistes, peut-être que les nageurs viendraient ensuite.

Sousuke restait donc assis contre un mur avec Makoto, sa main toujours dans la sienne, bien qu'ils n'aient pas passé l'intégralité de l'épreuve comme cela. En revanche, le châtain l'avait bel et bien entraîné dans un long baiser une fois la tension un peu retombée après la course, alors qu'ils se regardaient, béats, rouges, et bien trop heureux.

Et malgré ce qu'avaient dit les autres, ils restaient collés, s'échangeant de temps en temps deux mots, le reste du temps encore trop submergés par ce qu'il venait de se produire, l'admiration, l'euphorie, le soulagement que tout soit enfin terminé. C'est pour cela que cela l'étonna à moitié lorsqu'il sentit quelque chose tomber sur son épaule, et que c'était une certaine tête châtain. Un sourire poussa sur son visage, compatissant, car Makoto dormait en effet visiblement mal depuis une semaine, et que les nerfs devaient lâcher maintenant que tout était terminé. Ainsi, car il se disait que cela ne servait à rien d'attendre plus longtemps, il le secoua un peu, pour lui murmurer de se lever.

« Les gars, on va vous laisser.

– Vous partez?

– Makoto roupille sur mon épaule, là. »

D'un commun accord, ils décidèrent de rentrer, car ils étaient tous épuisés, et qu'ils passeraient de toute manière la soirée du lendemain avec les gagnants. Sousuke leur dit alors rapidement au revoir, ne manquant pas de flanquer une torgnole à Kisumi lorsqu'il lui glissa des commentaires cochons à l'oreille, et traîna Makoto vers la sortie.

Une foule de journalistes traînaient près de la sortie des athlètes, et, à nouveau, un sentiment peu plaisant s'empara de lui, mais il marcha vite, impatient de monter dans sa voiture et d'aller chez Makoto. Cela ne l'empêcha cependant pas de se figer soudain, quand un visage familier lui arriva. Il serra violemment les poings en revoyant la tronche de cette ordure qu'il avait toujours autant envie de démolir qu'au premier jour, mais le journaliste était avec des collègues, autour d'un café. L'attaquer là serait une monstrueuse erreur. Et puis, il avait Makoto avec lui. Il ravala alors son amertume, sa colère sous-jacente, et accéléra vers le parking.

Dans l'habitacle, son petit ami déjà crevé se rendormit tout de suite, et cela eut l'effet d'un peu calmer sa colère, puis de se détendre sur le chemin du retour, non sans croiser les doigts pour recevoir très rapidement un appel de Rin.

Finalement, il se contenta de lui envoyer un texto une fois arrivé chez Makoto, le prévenant de ne pas l'appeler pour la soirée, mais qu'il avait intérêt à pouvoir le voir en chair et en os le lendemain, car il voulait voir ses médailles. Il ne reçut pas de réponse et se contenta de guider son petit ami vers sa chambre, l'aidant à retirer ses chaussures, le silence confortable entre eux.

L'étudiant s'effondra sur son lit, et, lui, se balança une seconde sur ses pieds, car il se demandait quoi faire maintenant, parce qu'il ne voulait pas partir. Sa décision fut rapidement prise : il fit volte face et se dirigea vers la cuisine, bien décidé à se faire quelque chose à manger, se vider l'esprit.

Et un quelque chose se développa quand il en vint à descendre pour aller acheter de quoi faire un vrai repas, car l'heure du dîner approchait, que le soleil était presque couché à l'horizon. Il finissait ainsi de mettre le riz à cuire quand des pas se firent entendre derrière lui, et qu'il sourit, se retournant.

« Hey, le dormeur... »

Il semblait encore pâteux, les cheveux en pagaille et les joues rouges d'avoir eu trop chaud en dormant avec des vêtements. Il s'était visiblement changé, ayant passé un t-shirt large sur un jogging épais remonté aux genoux car il faisait encore lourd pour cette fin de soirée.

« Mmh. » fit-il simplement, bâillant ensuite avant de se rapprocher, et soupirer : « Ça sent bon.

– Merci, je t'en ai fait aussi.

– Super. »

Il secoua alors un peu la tête, comme pour se réveiller, et se pencha pour aller chercher des couverts. Mais Sousuke l'arrêta, un bref sourire de celui qui a une idée derrière la tête au coin des lèvres, et le prit par les épaules pour le mener vers le canapé, l'y asseoir, pour mieux lui balancer une couverture en pleine tête.

« Bouge pas, trouve un truc sympa à la télé, voire met un DVD, j'arrive.

– On va manger devant la télé?

– Ouais. »

Et une vingtaine de minutes plus tard, il ressortait de la cuisine avec une grosse casserole de bœuf à la sauce thaï aux oignons, accompagné de riz mélangé directement dans le plat. Cela étonna Makoto, n'ayant pas l'habitude de manger autrement qu'à la japonaise donc de mélanger directement le riz avec l'accompagnement, mais prit la cuillère que lui tendit Sousuke, et entreprit de plonger dans le récipient placé sur leurs genoux, alors qu'ils étaient blottis, sous la couverture.

« Il y a de gros morceaux! Il n'y a pas de couteau?

– Va le chercher toi-même. » marmonna le brun, finissant sa bouchée avant de murmurer d'un ton appréciateur, puis d'attraper la télécommande pour monter le son du film.

Mais Makoto ne bougea pas, se vengeant en lui enfonçant son genou dans les côtes, pour ensuite se recoller à lui, sa joue contre son épaule, et les yeux demeurant sur l'écran. Ils mangèrent tranquillement, parlant peu, tous les deux fatigués, somnolant dans la chaleur de l'autre. Finalement, le plat vide fut déposé au pied du canapé, et ils se réajustèrent, Makoto adossé au bras du canapé, Sousuke collé à lui contre le dossier, leurs jambes entremêlées et le bras du châtain autour de ses épaules, celui de l'autre homme autour de sa taille.

Après de longues minutes, il finit par lui souffler :

« Tu passes la nuit? »

Sousuke mit quelques temps à répondre, et il se demanda si c'était trop, s'il allait croire qu'il demandait ça alors qu'il n'était pas d'humeur pour le moment, voulait juste ne pas lui dire au revoir. C'était jusqu'à ce qu'il entende :

« J'ai pas ma brosse à dent. »

Et ainsi, il se mit à rire, tournant ensuite la tête pour fondre son regard dans le sien, et embrasser le haut de ses lèvres, doucement, avant de lui murmurer qu'il allait prendre sa douche. Une heure plus tard, propres, exténués, contents, ils se couchèrent côte à côte dans son lit, Makoto encerclant son torse par derrière, et frôlant régulièrement sa nuque de ses lèvres. Sousuke ne tarda pas à se retourner, fusant sur ses lèvres, pour les faire rouler dans le lit, manquer en tomber, chuchoter quelques mots contre la peau de l'autre.

Ils s'endormirent avec la certitude que le lendemain, ils ne sentiraient plus leur bras, et auraient un peu mal partout, mais que ce serait le meilleur réveil qu'ils aient pu jamais connaître.

/

C'était avec l'impression qu'ils ne s'étaient pas touchés depuis des semaines que Rin et Haru traversèrent la chambre du dernier, les mains glissant là où ils voulaient qu'elles aillent, les lèvres collées, la respiration haletante. Ils trébuchèrent un peu sur le chemin, s'appuyant une seconde à un mur, avant de repartir, tirant au passage sur des vêtements qu'ils semaient sur leur chemin.

Leurs médailles encore autour de leur cou émettaient un petit bruit métallique lorsqu'elles se cognaient, puis venaient se coller à leur clavicule, le métal froid les faisant frissonner. Mais ce fut jusqu'à ce que Haru, d'un geste vif, retire la sienne, et fasse de même avec celle de Rin, bien que le collier lui reste un instant dans l'œil.

« Pourquoi tu l'enlèves? lança-t-il sans attendre pour revenir contre les lèvres du brun.

– On ne va pas les garder. »

Un instant, Rin cessa de l'embrasser, se disant au fond de lui qu'il avait pourtant bien imaginé faire des choses avec la médaille encore autour du cou, que ça l'excitait pas mal, mais au final il ne fit pas de commentaire, son attention reprise lorsqu'une main se faufila sur sa nuque et l'attira pour mieux le faire tomber contre le lit.

Il gémit doucement, amenant instinctivement ses hanches contre celles de l'autre nageur, qui haleta quand il rencontra le mouvement. Au dessus de lui, Haru ferma les yeux, n'ayant plus que son jogging, et sa peau un peu moite après la série d'interview qu'ils venaient de vivre, ceci dans toutes les langues, par des journalistes impressionnés, certains un peu amers, quelques sceptiques restant silencieux. On leur avait dit plusieurs fois qu'ils étaient les premiers japonais de l'histoire à être premier du relais. On leur avait dit qu'ils étaient des héros, des légendes de la natation contemporaine, qu'ils resteraient dans les mémoires des Jeux.

Il n'était pas certain que c'était vrai, car chaque mythe n'en devient un qu'à partir du moment où l'on s'en souvient des centaines d'années plus tard. Ils ne le sauraient jamais, et ne se préoccupaient pour le moment que du présent, de la victoire actuelle, de l'euphorie, de la fierté. Et Rin, encore plus, à cet instant, ne souhaitait que faire l'amour avec Haru, encore et encore, l'aimer et se sentir aimer par le gars qui lui avait permis de réaliser son plus grand rêve, l'objectif de sa vie.

Il sentit sa poitrine se gonfler alors que la réalisation lui retombait dessus, comme cela s'était plusieurs fois produit depuis que le numéro 1 était apparu devant le nom de leur pays, sur ce grand tableau d'affichage. Et, alors que le brun s'occupait de finir de les déshabiller, il ne s'occupa pas du fait que son boxer était seulement à moitié enlevé, à la hauteur de ses genoux, et attrapa l'autre pour l'embrasser, plus, car il ne souhaitait plus que cela.

Une vague crispation le parcourut cependant, une douleur partant de son poignet, et leurs regards à tous les deux se posèrent alors sur son articulation bandée. Il fit une seconde la grimace, la fixant avec rancoeur alors qu'elle venait briser le moment, coupait Haru qui était pourtant bien parti pour ouvrir la bouteille de lubrifiant qui avait fini il ne savait comment dans son tiroir.

« C'est rien. »

Et les sourcils du brun se froncèrent, puis il attrapa son avant-bras, et le recolla au lit, lui assénant ensuite :

« Ne le bouge pas. »

Si Rin n'était pas d'accord, car cela faisait mal, ok, mais il ne comptait pas rester sans bouger, il fut réduit au silence quand, un peu plus doucement, Haruka se pencha vers lui, s'allongeant sur lui, son bassin descendant sur le sien.

Et dans un mouvement rythmé mais pas violent, plus langoureux, ils laissèrent leurs hanches se rencontrer, leur sexe libre glisser l'un contre l'autre, et leur respiration se coordonner, leurs expirations s'entremêler en même temps que leur langue. De son seul bras libre, car le brun tenait encore fermement contre le matelas l'autre, Rin se glissa autour de Haruka, comme pour se fondre contre lui, se rapprocher au maximum, alors qu'il relevait les genoux et que ses mouvements devenaient plus amples.

La chaleur lui monta à la tête, il ne vit plus que les pupilles bleues un peu humides, l'étincelle au fond d'elles alors qu'elles voyaient tout autant au fond des siennes, le léger sourire au coin de ses lèvres, sa silhouette filant au dessus de lui avant de plonger dans le bassin. Ses lèvres entrouvertes laissèrent passer un long gémissement, venu du plus profond de sa gorge, alors que quelques larmes pointaient au coin de ses yeux, car il était plus qu'heureux, bel et bien comblé, et qu'il aimait Nanase Haruka. Il voulait le garder avec lui éternellement, lui dire ces mots, le lui répéter, qu'il puisse l'aimer, le tenir, jusqu'à la fin de ses jours.

« Haru, je t'aime... »

La main sur son avant-bras se resserra, et Rin balança sa tête en arrière, répétant ces mots comme un mantra, les pressant contre ses lèvres alors qu'il sentait son orgasme monter. Vaguement, derrière le bruit sourd qui montait et bouchait ses tympans, il entendit une voix, quelques mots, mais ne comprit pas ce qu'il disait. Il ne fit que répéter les siens, plus fort, avant que, d'un dernier mouvement de bassin, il vienne, sa main coincée s'agrippant aux draps.

Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre ses esprits, ainsi que sa respiration. Pour autant, il n'eut besoin que de quelques secondes pour savoir que l'instant était terminé, car Haru restait au dessus de lui, mais plus loin qu'à son habitude. Son cœur battant, ses oreilles cessèrent de siffler, et il dirigea enfin son visage vers celui du brun, qu'il gardait caché derrière ses mèches. Alors il soupira longuement, remua un peu sa main pour être libéré, et souffla :

« Je t'aime, Haru. »

Deux pupilles bleues fusèrent dans les siennes, et sans grande surprise, étaient coléreuses. La paume quitta la peau de son avant-bras, et Rin se redressa sur ses coudes, faisant quand même attention à son poignet. Puis il dirigea son regard vers le bas. Il sourit en coin en voyant que, sur son ventre, il n'y avait pas que son sperme.

Haru, lui, s'était éloigné, et était assis sur le bord du lit, ne laissant voir que son profil. Ses commissures étaient dirigées vers le bas, et Rin ne put s'empêcher de murmurer, comme si c'était évident :

« Tu le sais très bien, fais pas cette tête.

– On était d'accords, gronda-t-il. Je ne veux pas entendre ça. »

Et bien que son cœur batte encore la chamade, un peu tremblant, Rin se mit en tailleur, puis se pencha, sifflant :

« On était d'accord sur un plan cul, ouais. Sauf que je vais t'annoncer un truc, Haru : ce qu'on a fait, depuis le début, ça a vraiment rien d'un plan cul. »

Cela fit réagir le brun, qui tourna sa tête vers lui, les sourcils froncés, et absolument plus de bonne humeur, car ils étaient entre eux et qu'ils avaient retiré leurs médailles, n'avaient plus d'entraînement, plus de journalistes, n'étaient plus que Rin et Haru.

« J'étais d'accord pour faire comme si de rien était, se justifia-t-il immédiatement, perdant aussi lentement patience. J'aurais jamais rien dit, ni imaginé quoique ce soit, si c'était resté normal.

– Parce que c'est ma faute? pesta Haruka.

– Ouais, ça l'est.

Tu es amoureux, et je ne t'ai rien demandé. »

Il serra la mâchoire, et, fulminant, se rapprocha encore, tout plaisir post orgasme s'étant pour de bon évanoui dans la colère.

« Et c'est toi qui vient me prendre dans tes bras, qui m'embrasse sans chercher plus loin, qui t'incrustes dans ma douche. C'est toi qui envoie des signes contradictoires, c'est le même problème qu'avant, Haru, je suis prêt à accepter que tu ne sois pas amoureux, mais en faisant ça jamais j'aurais pu abandonner!

– Je n'ai jamais eu d'intentions pareilles-

– Ben moi je crois bien que tu te voiles la face! »

Cette fois-ci, c'est la confusion extrême qui recouvrit le visage du brun, qui répéta :

« Je me voile...? »

Et Rin serra les dents, car il avait plus que peur de dire ceci, que la réaction d'Haruka pourrait être très mauvaise, mais qu'il était persuadé d'avoir raison. Il ne pouvait de toute manière plus reculer, ne le souhaitait pas non plus.

« T'as des sentiments pour moi mais tu ne t'en rends pas compte. »

Immédiatement, celui-ci secoua la tête, levant les yeux au ciel, et Rin ne perdit pas son temps pour insister :

« Je le sais, bordel, Haru, et tu ne sais juste pas que c'est ça-

– Tu es ridicule, Rin.

– Je le serais le jour où tu pourras me dire, en face, qu'il existe un gars, ou une fille, dehors, que tu considères de la même façon que moi, avec qui t'accepterais de coucher, avec qui tu voudrais bien dormir, embrasser, même faire des câlins! »

Les yeux limite écarquillés, le rouge envahit les joues du brun, qui, la mâchoire toujours fermée, répliqua :

« Rin, je ne suis pas amoureux de toi, et tu dois arrêter avec ces histoires idiotes-

– Pendant une semaine, on aura fait que se comporter comme un couple, bordel! lâcha-t-il finalement, à bout. Sans arrêt, et c'était même pas moi qui était à l'origine de tout ça! Si on sortait ensemble, y aurait absolument rien de différent que ce qu'on vient de faire!

– Sors de ma chambre! »

Les mots, dits avec violence, tandis que Haruka se levait, et pointait du doigt la porte, ne mirent pas beaucoup de temps à convaincre Rin qui se leva à son tour en se rhabillant, grommelant en se dirigeant ensuite vers la porte.

« Ouais, parfait, moi aussi ça m'énerve quand mon petit copain veut même pas avouer qu'il est amoureux de moi.

– Je ne sors pas avec toi, Rin!

– J'y peux rien si t'es trop con pour pas le voir! rugit-il en se retournant, fusant ensuite vers le brun, menaçant.

– Laisse-moi tranquille! »

Et il n'eut pas besoin de se le faire dire deux fois, il sortit de la chambre en claquant la porte. Quelques minutes plus tard, il ressurgissait, le visage crispé de colère, alla reprendre sa médaille, puis ressortit tout aussi furibond. En refermant sa douche, il se persuada qu'il ne ferait désormais plus qu'attendre, et Haruka viendrait tout seul, que ce serait en lui manquant qu'il comprendrait finalement.

Cela ne l'empêcha pas de lâcher un larme de colère, de cogner son poing contre la vitre en se rendant compte que, peut-être, il venait pour de bon de sceller le sort de son amitié avec Haruka Nanase.

A suivre...


On va dire que ça leur pendait au nez...
Une petite réapparition de Ikura, deux nouvelles médailles, et une prise de bec... rien de bien nouveau j'imagine.

Comme souvent ces dernières semaines, prenez soin de vous. N'oubliez pas que c'est normal d'avoir peur, n'oubliez pas que vous valez plus que ces connards armés, n'oubliez pas de vivre.

A la semaine prochaine!


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