Un éclair de lumière rouge, une grimace, un pivot, un autre jet écarlate déviant de sa trajectoire en percutant une barrière invisible à travers lequel jaillit un dernier faisceau qui atteignit sa cible. Se massant la joue effleurée par le premier sortilège, Harry s'approcha du corps inanimé du Poufsouffle de sixième année. C'était la troisième ou la quatrième attaque qu'il essuyait depuis que les professeurs avaient fini d'écouter les candidats pour le poste de rédacteur-en-chef du journal de l'école mais, cette fois-ci, Harry ne supportait plus la bêtise de ses camarades, et surtout celle des Serpentard.

Les agressions avaient commencé rapidement, à peine vingt minutes après la fin de « l'examen ». Largement – et plus ou moins involontairement – encouragées par les certitudes d'Ellen McTwist et du Serpentard de quinze ans qu'il avait retrouvés dans la salle des professeurs, convaincus qu'il était le prochain rédacteur-en-chef, les assauts qui avaient été perpétrés contre lui tout au long de l'après-midi dénotaient un sentiment d'impuissance de ses camarades de Serpentard. Sans doute s'agissait-il d'une quelconque intimidation, mais elle souffrait d'un cruel manque de crédibilité et d'élaboration…

Néanmoins, l'agacement de Harry l'emporta sur sa patience. Faisant léviter le jeune homme, il l'enferma dans un placard à balais et verrouilla la porte. Si le Poufsouffle ne risquait pas de se réveiller tant que le sortilège n'aurait pas été levé, Harry était conscient que certains de ses camarades s'inquiéteraient de sa disparition et partiraient à sa recherche. Quand j'en saurai plus sur toi, tu sortiras, promit Harry en s'éloignant pour rejoindre les filles et la table de Gryffondor, dans la Grande Salle.

Quand il entra dans la Grande Salle, il n'accorda aucune attention aux Serpentard, feignant d'être descendu de la tour Gryffondor sans encombre. Par chance, la marque de brûlure légère qui avait marqué sa joue était sur l'autre profil, celui qu'il n'exposait à personne tandis qu'il retrouvait Lily, Marilyn et Elena. Les yeux de la petite brune bondissaient de son assiette désespérément vide à Dumbledore, aussi affamés que curieux d'entendre le choix du jury de professeurs quant à la nomination du nouveau rédacteur-en-chef.

− On dirait qu'il y en a au moins un qui t'a posé des problèmes, commenta Elena d'un ton moqueur.

− J'ai manqué de vigilance, reconnut Harry avec calme.

− En tout cas, c'est la preuve que Webster n'a pas encore gagné, dit Lily. Même si la rumeur selon laquelle Ellen n'aurait postulé que pour donner un coup de pouce à Webster, elle demeure impartiale. Et d'après ce qu'elle dit à tout le monde, tu as autant de chances que Webster de gagner.

Harry hocha légèrement la tête, mais le verdict final ne l'intéressait pas outre-mesure. Toutes ses pensées avaient déjà focalisé leur attention sur le rendez-vous dans la forêt interdite, car une question lui trottait dans la tête alors que l'heure approchait : comment y accéder ? Par le passé, il avait toujours bénéficié de la cape d'invisibilité que son père lui avait léguée, mais aujourd'hui ? Certes, il connaissait quelques sortilèges de Camouflage, mais ils ne pourraient jamais passer inaperçu, à moins d'éteindre toutes les torches qu'il rencontrerait – ce qui alerterait très probablement la vigilance des préfets circulant dans le château.

− Qui t'a fait ça, au fait ? demanda Marilyn en désignant la marque rouge sur sa joue.

− Un sixième année de Poufsouffle.

Marilyn et Lily se retournèrent aussitôt sur la table des Poufsouffle pour localiser les élèves de sixième année. La seule chaise vide de la classe était située à la gauche de Gareth Pullman, qui lançait des petits regards en coin à la fameuse Emily Schopper. Même après une semaine de cours, Harry n'avait pas encore pris la peine de retenir les noms de chacun de ses camarades, mais il fallait admettre qu'il était difficile de manquer Emily. A première vue, il s'agissait d'une copie de Marilyn : petite, très belle, les cheveux longs. A la différence de la Gryffondor, Emily était blonde et n'exprimait aucune innocence, aucune malice particulière. Elle souriait poliment, aimablement, ou riait franchement, mais ses traits trahissaient un tempérament réservé, méfiant, peut-être brusque.

− Doug Carrick, dit Marilyn.

− Hein ?

− Doug Carrick ! répéta Marilyn. C'est le seul sixième année qu'il manque… Tu en as fait quoi ?

− Je l'ai constitué prisonnier jusqu'à ce que je trouve le moyen de l'utiliser comme messager, répondit Harry.

Lily lui lança un regard mi-réprobateur, mi-méfiant.

− Vous savez quoi sur lui ? demanda Harry comme s'il n'avait rien remarqué.

− C'est un abruti, dit Marilyn comme si ces trois mots résumaient Doug Carrick.

Elle ne put poursuivre, cependant, car Dumbledore choisit ce moment pour se manifester. Se levant de son trône, il adressa un sourire aux élèves soudainement silencieux.

− Comme vous le savez, déclara-t-il, cette année a été particulièrement riche en candidats pour la rédaction de La Gazette de Poudlard et au moins deux des programmes proposés ont retenu toute l'attention du jury, composé du directeur de chacune des maisons. Hélas, nous avons dû en choisir un et, à l'unanimité, il est de très loin le moins ordinaire et le plus intelligent de tous ceux que j'ai pu lire depuis que je suis revenu à Poudlard en tant qu'adulte. Aussi, nous confions la rédaction de La Gazette du sorcier à Mr Harry Grant !

Les quelques applaudissements chaleureux qui accueillirent la nouvelle furent davantage destinés à la rupture de la « malédiction » pesant sur Gryffondor, qui n'avait plus obtenu la rédaction du journal de l'école depuis vingt-cinq ans, que pour la nomination de Harry. Néanmoins, les sourires réjouis de Marilyn, de Lily et, plus discret et sobre, d'Elena lui suffirent pour apprécier pleinement cette victoire. Il nota toutefois qu'Ellen McTwist était une des rares Poufsouffle à applaudir, visiblement persuadée que son programme était prometteur.

− A présent, mangeons ! lança Dumbledore.

Marilyn tendait déjà la main vers un plat d'or que les mets n'étaient pas encore apparus. Garnissant joyeusement son assiette comme s'il s'agissait de son dernier repas sur Terre, elle ne laissa d'opportunité à personne, jetant un regard menaçant à un cinquième année tout proche qui essayait de se servir de la salade avant elle. Intimidé pour une raison encore inconnue de Harry, le garçon renonça au saladier.

− Alors, comment comptes-tu t'y prendre pour obtenir des informations dans une école visiblement dirigée par le beau et grand Aaron Webster d'un côté, et les redoutables Serpentard de l'autre ? demanda Elena avec un certain intérêt.

− Je m'arrangerai, affirma Harry d'un ton vague.

− Nous, on peut t'aider, s'enquit Marilyn.

− J'y réfléchirai, promit Harry, mais pour l'heure, il faut d'abord que je me concentre sur les sujets, la répartition des tâches éventuelles que chaque personne désireuse de m'aider pourrait accomplir, etc.

− Moi, je veux les potins ! annonça aussitôt Marilyn.

Harry, Lily et Elena eurent un sourire nullement surpris, mais les pensées du jeune homme s'égaraient déjà de sa récente nomination. Même s'il était conscient que la communauté poudlardienne l'attendrait au tournant après la parution de sa première édition, il concentrait toutes ses réflexions sur le rendez-vous dans la forêt interdite. Il ne savait pas encore ce qui l'attendait, mais il se préparait à tout. Il avait songé à s'éclipser du château après le repas mais, bien malgré lui, il s'imaginait mal passer deux heures dans la forêt interdite – ou même dans le parc.

Il remonterait donc dans la salle commune des Gryffondor, puis réfléchirait. Il lui faudrait se faufiler à travers les étages sans se faire remarquer par les préfets, les professeurs et les fantômes, puis il sortirait du château en priant pour que Hagrid ne regarde pas par la fenêtre de sa cabane au même moment, et il n'aurait plus qu'à rejoindre la lisière de la forêt interdite. Et après ? Bien entendu, raconté comme ça, le plan était simple, mais Harry estimait à une heure le parcours complet, d'autant qu'il lui faudrait trouver un coin d'où observer la lisière jusqu'à ce qu'un « suspect » apparaisse.

Revenu du repas, il profita de l'heure suivante à avancer dans ses devoirs. Les conseils de Brighton étaient utiles à souhaits : en relisant les cours dans les manuels, Harry parvenait à extraire certaines informations qu'il pouvait alors remodeler pour les adapter à sa compréhension, optimisant sa capacité à comprendre comment fonctionnait tel sortilège. Si les potions ne présentaient plus de réels problèmes pour lui, la métamorphose lui causait quelque désagrément, mais les astuces de Brighton les minimisaient considérablement.

− Bon, annonça-t-il à mi-voix. Je vais quand même libérer l'autre imbécile !

En temps normal, Lily aurait essayé de le convaincre de ne surtout pas sortir à cette heure-ci, mais elle oublia ses habituels soucis de « points de la maison » pour l'occasion. Bien malgré lui, Harry était conscient qu'il lui fallait véritablement relâcher Carrick maintenant qu'il avait prétendu partir le faire, mais il comptait bien entendu sur la chance insolente qui l'accompagnait régulièrement pour parvenir à ses fins : à savoir, transmettre un message par le biais du Poufsouffle.

Sortant de la tour Gryffondor sous les regards curieux et intrigués de nombreux étudiants, Harry suivit le couloir, tourna à gauche et emprunta un dédale pour rejoindre le quartier des Serdaigle. S'il avait compris une chose sans qu'on ne le lui explique, c'était que les amis de certaines personnes bénéficiaient d'un traitement de faveurs : en l'occurrence, les sixième année de Serdaigle, qui pouvaient se promener librement dans le coin sans risque d'être réprimandé par leur préfet.

− Hé ! Qu'est-ce que tu viens faire par ici, Grant ? interrogea froidement un sixième année.

− A ta place, je changerai de ton, dit Harry avec un sourire goguenard.

− Qu'est-ce que tu veux ? interrogea un Serdaigle plus calme.

− Négocier avec votre préfet, répondit Harry.

− Négocier quoi ?

Le troisième jeune homme avait une voix familière, celle qu'il avait entendue débattre avec le préfet dans la salle où Harry avait compris qui était le véritable agresseur du préfet.

− Des informations contre le nom de son agresseur.

L'agressivité relative avec laquelle il avait été accueillie se dissipa sensiblement, même si le premier garçon était profondément sceptique quant à la sincérité des propos du Gryffondor.

− Des informations sur quoi ? demanda le confident du préfet, méfiant.

− Doug Carrick.

L'agressivité s'évanouit totalement, remplacée par une certaine surprise.

− Il est à Poufsouffle, pas chez nous, dit le garçon agressif.

− Merci de cette précision, mais je sais reconnaître les couleurs des maisons, répliqua Harry d'un ton badin.

− Et qu'est-ce que tu veux savoir sur Carrick ? demanda le confident.

− Qui sont ses ennemis, répondit Harry.

− Il ne manque pas d'ennemis, cet abruti, intervint le deuxième garçon. Personne n'ignore qu'il est le petit chien-chien de Fowler, comme pas mal d'autres mecs d'ailleurs.

− Il se trouve que j'ai accidentellement stupéfixé Carrick avant de l'enfermer dans un placard à balais du sixième étage, à proximité du portrait de la bergère, annonça Harry. Comme c'était la troisième ou quatrième fois qu'une personne était accidentellement stupéfixée par ma baguette, je me suis dit qu'il s'agissait d'un signe, qu'un esprit cherchait à m'envoyer un message, et j'en suis venu à la conclusion que quelqu'un cherchait à se venger.

− On connaît quelques personnes à Serdaigle qui seraient ravies de le faire, admit le confident.

− Formidable, déclara Harry. Espérons simplement que vous n'aurez pas l'idée de faire confiance à Marina et ses amies.

Il lança un regard entendu au confident du préfet, qui parut comprendre le message mais ne sembla guère surpris par la révélation. Tournant les talons, Harry s'éloigna sans accorder la moindre attention aux protestations de très agressif Serdaigle qui, outre son hostilité impressionnante, paraissait également d'une bêtise excessive. Lorsqu'il tourna l'angle, il crut entendre le confident du préfet transmettre l'identité de l'agresseur et de son complice à ses amis.

Ce n'était désormais plus son problème, toutefois. Traversant le château d'étage en étage pour emprunter chaque passage secret qui lui permettrait d'esquiver un maximum les obstacles, il perdit un temps considérable quand le rire caquetant de Peeves, l'esprit frappeur, accompagna la manucure qu'il offrait à chacune des armures d'un très long couloir du premier étage. L'attente fut tellement longue que Harry finit par s'asseoir derrière la tapisserie le protégeant des regards, mais à aucun moment il ne céda à la tentation d'opter pour un autre chemin. Comme écrit dans la réponse de Brighton, cette soirée serait l'occasion « de mettre en application ce qu'il avait appris ». Dont la patience.

Lorsqu'enfin, Peeves en eut terminé, Harry descendit le dernier étage, traversa à grands pas silencieux le hall du château puis se glissa dans l'interstice le plus étroit possible des immenses portes. Au fond du parc, la cabane de Hagrid, presque imperceptible, ne diffusait aucune lumière comme si le garde-chasse s'était déjà couché. Pour ne pas se faire bêtement repérer depuis une fenêtre, Harry longea le mur lorsqu'il s'arrêta brusquement en portant à sa poche une main crispée, qu'il parvint néanmoins à détendre.

Quelque chose – enfin, quelqu'un – venait de surgir de la pelouse pour lui barrer le chemin. Le temps qu'il porte sa main à sa poche, il avait reconnu le vieil homme presque invisible qu'il avait libéré du sous-sol du manoir des Burrow.

− Vous ? s'étonna Harry.

− Nous, approuva le vieillard d'un air jovial. Enfin, moi, mais nous aussi puisque les autres ne sont pas loin.

− Alors, les lettres…

− Etaient de nous, acheva le vieillard. Nous n'avons pas osé les signer de peur qu'elles ne soient interceptées par le Culte de l'Ombre. Une raison pour laquelle nous vous en avons envoyé autant, d'ailleurs, pour être certain que vous en recevriez au moins une. Mais nous pourrons discuter plus librement sous terre.

− Hein ?

Ventbossu tendit une main translucide pour la poser sur l'épaule de Harry, qui sentit instantanément ses pieds se fondre dans la terre. A mesure que le vieil homme disparaissait dans la pelouse, lui-même était englouti. De toute évidence, la capacité à traverser les solides pouvait être transmise par Ventbossu au moindre contact physique.

Bientôt, les brins d'herbe se retrouvèrent à hauteur des yeux de Harry, puis l'obscurité les enveloppa pendant une longue minute avant que le vieil homme ne le pousse légèrement vers la droite. Après quelques secondes – Harry n'aurait su dire s'ils flottaient ou marchaient – une lumière tremblotante apparut en éclairant les parois d'un long tunnel aux plafonds bas. Autour d'un feu de camp, Crazy Wolf, la femme-chat, l'homme-reptile et la sorcière qui lévitait constamment attendaient dans le calme.

− Ah ! s'exclama Crazy Wolf d'un ton joyeux, sa voix se répercutant en échos.

− Mais… balbutia Harry, déconcerté. Que faîtes-vous ici ?

− Quand je vous disais qu'il était un peu idiot, dit la femme-chat.

Ventbossu rompit le contact, permettant à Harry de retrouver la terre ferme pour rejoindre le feu de camp.

− Tu ne pensais quand même pas que le Culte allait nous laisser tranquilles, reprit la femme-chat. Après le départ du manoir des Burrow, nous avons tous pris une route différente pour découvrir le monde d'aujourd'hui, essayer d'obtenir des informations sur nos proches, nos amis – tous ceux que nous connaissions. Mais, comme nous nous y attendions, le Culte avait déjà envoyé quelques-uns de ses agents pour espionner les personnes que nous avions connues par le passé.

− Même sans rencontrer nos proches, le Culte a réussi à nous repérer et à nous traquer, dit la femme-volante. Nos familles étant surveillées et nous-mêmes n'ayant jamais envisagé de renouer le contact, nous étions condamnés à errer dans la nature jusqu'à ce que nous trouvions une cachette. A force de fuir, je suis retombée sur Crazy Wolf, lui-même traqué, et nous avons décidé de retrouver les autres pour organiser une certaine résistance.

− Par chance, Adana est revenue au pays, dit Crazy Wolf. Elle a trouvé un refuge où nous serions en sécurité, en attendant qu'elle retrouve et ramène Tatjana, Ventbossu et Snake. Quand nous avons été réunis, il a été question de former une coalition pour contrecarrer le Culte et, bien sûr, te soutenir dans ton combat. Nous avons donc été chargés de missions différentes, comme identifier des agents du Culte, récolter des informations sur certaines des opérations menées en Grande-Bretagne, découvrir les cibles de leurs agissements, etc.

Harry haussa légèrement les sourcils. Secrètement, il n'aurait jamais imaginé revoir les cinq prisonniers après les avoir libérés du manoir des Burrow, mais il s'attendait encore moins à ce qu'Adana réapparaisse. Visiblement, la domahr qu'Adana espérait retrouver aux Pays-Bas était déjà morte.

− Et qu'avez-vous découvert ? demanda-t-il, très intéressé.

− Pas grand-chose, admit Snake, l'homme-reptile. Etant donné que nous ne sommes qu'une poignée et que nous ne passons pas inaperçus, nous sommes contraints d'agir la nuit, irrégulièrement et souvent très vite. Nous avons pu découvrir que Pearce – Altimor Pearce – avait obtenu les pleins-pouvoirs après le déshonneur de Burrow. Des lettres jusqu'aux actions de terrain, Pearce a tout modifié pour transformer la cellule britannique en une véritable forteresse.

− Nous savons néanmoins que le ministère est aux mains du Culte, dit Tatjana, la femme-chat. Pearce a bien joué sa manœuvre, car il n'a autorisé que très peu de transferts interservices bénéfiques au Culte, mais tous sont situés à des endroits stratégiques. En accordant chaque mutation, il s'est attiré la sympathie des employés qui voulaient changer de département depuis longtemps. Il a aujourd'hui un accès quasi-illimité à toutes les informations étant traitées par les départements de la Justice magique et de la coopération magique internationale. Toutefois, Adana affirme que l'objectif principal de Pearce est de placer un agent du Culte au sein du département des mystères.

Harry plissa le front, intrigué. Avec tous les trésors que possédait le Culte de l'Ombre, quel mystère pourrait bien intéresser Pearce dans ce département ? Lui-même y ayant déjà fait un tour, il avait certes constaté des beautés et des étrangetés extraordinaires, mais rien qui n'aurait pu entrer dans la collection du Culte…

− Dans quel but ?

− On ne sait pas, répondit Ventbossu. Adana l'ignore aussi, mais elle travaille d'arrache-pied pour en obtenir une preuve. Maintenant que le ministère bénéficie de protections contre nous, elle est la seule qui puisse encore épier Pearce. Pendant ce temps, nous nous chargeons des agents les plus accessibles. Wendy survole régulièrement les cachettes du Culte que nous avons repérées, Crazy Wolf s'occupe d'identifier un maximum d'agents, Tatjana est notre spécialiste de la « récolte d'informations », Snake surveille de près l'usine de M&S et moi, je m'introduis à l'occasion à l'intérieur des établissements détenus par le Culte pour y chercher un indice sur leurs projets.

Harry hocha lentement la tête. Malgré le manque d'effectifs, Adana paraissait organiser son petit ordre avec brio, mais il était conscient qu'il faudrait bien plus d'alliés pour parvenir à déstabiliser le Culte de l'Ombre.

− Il nous faut plus de monde, marmonna-t-il.

− On le sait bien, répliqua Tatjana, mais il faudrait des mois et des mois pour trouver d'autres expériences ratées comme nous. Le manoir de Burrow était le seul établissement de la sorte en Grande-Bretagne…

− Pas forcément des personnes comme vous, l'interrompit Harry. Comme l'a dit Snake, on aurait du mal à ne pas vous remarquer. Si nous nous rapprochons de personnes fiables, employées au ministère, nous pourrions obtenir des informations qu'il vous serait impossible d'atteindre. Ainsi, vous pourriez vous concentrer sur les « nids » du Culte et accéder à des secrets qui ne passent jamais par le ministère…

− Admettons, dit Snake, et comment espères-tu recruter des personnes ?

− Oh, j'ai déjà quelques personnes en tête, avoua Harry. Le Culte est en pleine crise depuis l'attaque de Massalia car certains de ses agents se sont révoltés contre le Grand Seigneur. Ces rebelles nous aideront avec plaisir, mais il est préférable de demander à Brighton Stims d'officier comme « intermédiaire ».

− T'es sûr qu'ils sont fiables, au moins ? demanda Crazy Wolf, anxieux.

− Brighton Stims est une personne en qui je fais toute confiance, assura Harry. Il vous apprendra ce que j'ai déjà appris et notre petite organisation ne pourra que mieux s'en porter. Il connaît très bien le Culte de l'Ombre et il a lui-même des espions un peu partout. Si les rebelles et vous réussissez à travailler ensemble, nous gagnerons plus de choses que de nouveaux agents.

L'espace d'un instant, il songea à Dumbledore et l'Ordre du Phénix. Fallait-il encourager le directeur à créer son organisation secrète avant l'heure ? Si Brighton possédait des espions au sein du Culte, Dumbledore en avait tout autant – voire plus – au sein même du ministère de la Magie, qui était le champ de bataille actuel du Culte.

− Il y a autre chose, reprit alors Wendy, la femme-volante.

− Quoi ? demanda Harry, curieux.

− Nous pensons que le Culte a introduit un espion à Poudlard, répondit-elle. Il est prévu que Ventbossu aille chez les deux nouveaux étudiants dans les semaines à venir, mais Adana hésite encore quant à cette mission.

Et Harry la comprenait parfaitement. Si le Culte soupçonnait l'organisation d'Adana de savoir qu'un espion était à Poudlard, la Fraternité préparerait sûrement un accueil à Ventbossu, qui s'imposait automatiquement comme le plus qualifié pour s'introduire ni-vu, ni-connu, chez les Keenan ou les Fauré.

− Ne tentez rien tant que vous n'aurez pas rencontré Brighton, déclara Harry. Pour ma part, j'essaierai de trouver cet espion.