Disclaimer : L'Univers et les personnages de Harry Potter appartiennent à JK Rowlings
Rating : M – Slash/yaoi – HPDM
Merci pour vos reviews et les followers.
Dédicace spéciale à ma Béta, Rose Malefoy, que j'ai fait devenir folle avec ces génériques de notre enfance ! Gros bisous, petite sœur !
Chapitre 34 : Le Chicaneur
Après un passage éclair dans la Grande Salle pour déjeuner, les adolescents s'installèrent dans une salle des sous-sols, à proximité du bureau du Professeur Rogue. Ils voulaient mettre au point une stratégie pour les prochains jours.
- Il faudra se méfier de Dumbledore. Dire qu'il n'a pas apprécié le rapprochement de Draco et Harry serait un doux euphémisme, mais quand il remarquera que nous sommes désormais amis …, déclara Blaise.
- Mmm, répondit Hermione. Serpentard et Gryffondor qui s'entendent ? Impossible ! Mais que pourrait-il faire ?
- C'est un legillimens, souligna Théo.
- Mais, il ne peut quand même pas …
- Oh si ma douce Hermione, dit Blaise en lui prenant la main. Et comme la plupart des élèves n'ont aucun bouclier, ça lui est même très facile.
La jeune fille rougit mais ne se dégagea pas. Au contraire, elle se rapprocha insensiblement du grand métis.
- Et il l'a déjà fait avec moi, en présence des autres profs, précisa Harry, provoquant des réactions indignées de tous les autres.
- On n'aura pas le temps d'apprendre l'occlumencie, c'est bien trop compliqué, se lamenta la Gryffondor.
- En fait, presque tous les Serpentard ont des notions. Tous les quatre, nous pouvons lever des boucliers pour protéger nos pensées, même s'ils ne sont pas assez solides pour contrer Dumby. Harry est parfaitement protégé par les siens et a un système de défense exceptionnel. C'est pour toi que je m'inquiète, termina Blaise en glissant son bras sur les épaules de la Gryffondor qui piqua un fard au regard entendu de Harry.
- Il y aurait peut-être un moyen assez simple, reprit ce dernier, pelotonné dans les bras de son ange.
- Lequel ? demanda Draco intrigué.
- Je me rappelle que Caerulis s'est un jour énervé. J'étais distrait et en fouillant ma tête, il est tombé sur une chanson que je fredonnais en boucle. Toute la journée, chaque fois qu'il essayait de voir mes pensées, il se heurtait à cette chanson.
- C'est une bonne idée, intervint Pansy, mais c'est le genre de rengaine qui ne revient pas à l'esprit quand on en a besoin, au contraire. En général, ça te casse les pieds pendant des heures, mais quand tu veux y repenser ensuite, plus rien ne revient.
Harry et Hermione restèrent pensifs un instant avant de relever la tête et d'échanger un grand sourire convaincu.
- Oh oui, avec ça, ça marchera sûrement ! s'exclamèrent-ils en cœur avant d'éclater de rire.
- Euh Harry ? Tu m'expliques là parce que c'est un peu flippant, hésita Draco.
- Vous faites de la télépathie ou quoi ? s'enquit Blaise.
Reprenant son souffle, Harry répondit :
- Non, c'est juste que nous avons pensé à la même chose. Quelque chose de moldu !
- Oui, continua Hermione. Il y a un truc infaillible pour te faire tourner chèvre quand tu es enfant, …
- Les dessins animés ! terminèrent-ils ensemble.
- Les dessins quoi ? demanda Pansy.
- Ce sont des histoires avec des images en mouvement qui passent à la télévision pour amuser les enfants. C'est généralement le grand sujet de conversation dans les écoles. Et à notre époque, on ne parlait que de ça. Dans les cours de récréation, on entendait sans cesse les génériques de nos dessins animés préférés.
- Et le plus marrant dans l'histoire, c'est que ces chansons te restent dans la tête sans effort. Même les adultes sont parfois surpris à chantonner.
Ils passèrent donc l'après-midi à discuter des dessins animés les plus connus. Les Sorciers purs souches étaient morts de rire en entendant parler des Schtroumpfs ou des Barbapapa. Ils restaient sceptiques face aux histoires de robot comme Goldorak. Alors qu'ils baignaient dans la magie, l'exploration de l'espace leur semblaient incroyables. Pansy s'attendrissait avec Hermione qui lui contait les histoires de Candy et de Bibi Phoque. Les garçons s'amusaient à recréer - ou plutôt à imaginer puisque Harry n'avait jamais fait qu'entendre les récits du fond de son placard - les aventures du Capitaine Flam, d'Albator ou d'Ulysse 31.
Blaise, hilare, avait rebaptisé Théo Nono et le poursuivait dans la salle en lui demandant des « p'tits clous ». C'est en les observant que Hermione eut l'idée de glisser des commentaires sans queue ni tête dans leurs conversations, un peu comme le faisait Luna. Draco et Blaise acquiescèrent aussitôt. Ils avaient l'après-midi devant eux pour mettre au point leur tactique avant le repas du soir. Quoi de mieux que de brouiller les conversations en utilisant des références que le vieil Albus ne pourrait pas comprendre.
* HPDM *
C'est une joyeuse bande hilare qui débarqua dans la Grande Salle à l'heure du souper, sous le regard amusé de McGonagall et ironique de Rogue. Dumbledore scruta les élèves avec une désapprobation évidente, mais personne ne lui prêta attention.
- Alors, Harry, interrompit-il, où as-tu donc passé ta journée ?
- A la bibliothèque ce matin, dans une salle des cachots cet après-midi, Monsieur.
- Et pourquoi n'as-tu pas suivi ton cours avec le professeur Rogue ?
- Parce que j'avais une affaire urgente à régler ! intervint Séverus. Et que j'estime que je n'ai pas à passer mes vacances à donner des cours de soutien aux élèves.
- Oh… mais … balbutia le Citron Rabougri.
- Mais Séverus, s'enquit innocemment Minerva, pour quel cours Mr Potter aurait-il donc encore besoin de soutien ? D'après ses notes, il a fait d'énormes progrès, même en potions.
- En effet ! C'est bien pour cela que je n'estime plus nécessaire de perdre mon temps, rétorqua Rogue.
- Bien sûr ! D'ailleurs, il faut aussi que les élèves disposent de temps libre, que ce soit pour leurs devoirs ou pour se détendre un peu. Je trouve d'ailleurs très agréable de constater que vous avez réussi à trouver un certain terrain d'entente, déclara-t-elle en se tournant vers les élèves.
Harry et Draco échangèrent un regard brûlant sous les rires des quatre autres. Blaise, quant à lui, rapprocha sa chaise de celle d'Hermione qui lui sourit timidement.
Dumbledore pinça vivement les lèvres, les arguments de McGonagall l'empêchant d'insister sous peine de dévoiler la véritable nature des cours qu'il imposait au Survivant. Si certains professeurs étaient au courant puisqu'il avait sollicité leur intervention, ce n'était pas le cas de tous, et certainement pas des élèves – enfin le croyait-il. Il soutint un instant le regard de Harry, mais ne commit pas l'erreur de retenter une intrusion dans sa mémoire. Il dériva lentement sur les différents convives et s'arrêta sur la jeune Gryffondor qui discutait tout bas avec Zabini.
Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent légèrement en sentant un frôlement dans son esprit. Aussitôt, elle se saisit de la main de Blaise et se concentra sur une ritournelle connue de tous les moldus : « Lala la schtroumpf lala - Viens schtroumpfer en cœur - Lala la schtroumpf lala - Ça t'portera bonheur !»
Blaise fit alors sursauter tout le monde en criant à pleine voix :
- BARBIBULLE A L'ATTAQUE ! hurla-t'il avant de recommencer à manger, comme si de rien n'était.
Déstabilisés, les professeurs le fixèrent, les yeux ronds tandis que le Directeur secouait vivement la tête. Hermione se pencha alors et déposa un baiser sur la joue du Serpentard.
Les conversations légères reprirent, Serpentard et Gryffondor discutant d'un devoir de Métamorphose à rendre à la rentrée. De temps en temps, McGonagall toussotait ou hochait la tête, s'amusant à corriger silencieusement les informations qu'elle entendait. Çà et là, des phrases étranges fusaient dans la conversation, tandis que l'un ou l'autre des élèves semblait se raidir subitement avant de se détendre ensuite.
- Tu crois qu'il trouvera les Minipouss ? interrogea Pansy, sans s'adresser à quelqu'un en particulier et personne ne prit d'ailleurs la peine de lui répondre.
Un peu plus tard, Blaise déclara à Harry qu'il faudrait voir à contacter les Cosmocats. Ce fut Théo qui lui rétorqua que Scooby Doo s'en occupait avec Heidi.
A l'apparition du dessert, Théo se raidit une fois de plus avant de se saisir du plat de fruits et de le tendre à Draco en lui demandant :
- Tu veux un p'tit clou ?
- Non merci, c'est pas moi Nono le petit robot, répondit le blond avec le plus grand sérieux.
Et les six adolescents de reprendre le refrain en chœur, sous les rires amusés des adultes. McGonagall et Rogue avisèrent alors l'air dépité du directeur. Il ne fallait être devin pour comprendre que ce dernier usait de legillimencie et qu'il avait été mis en échec par les élèves.
Les six comparses quittèrent enfin la Grande Salle dans une cacophonie incroyable. Chacun chantait une chanson, le tout formant un amalgame des plus incongrus.
- Albator, Albator - De bâbord à tribord - Tu veilles sur la galaxie, scandait Blaise.
- Au pays de Candy - Comme dans tous les pays - On s'amuse on pleure on rit, minaudait Pansy.
- Il traverse tout l'univers - Aussi vite que la lumière - Qui est-il ? D'où vient-il ? demandait Draco
- Lala la schtroumpf lala - Viens schtroumpfer en cœur - Lala la schtroumpf lala - Ça t'portera bonheur, récitait Hermione en sautillant.
- Moi j'suis branché ? - Et toi ? T'es branché toi ? - C'est moi Nono, le petit robot, déclamait Théo.
- Capitaine Flam tu n'es pas - De notre galaxie - Mais du fond de la nuit, chantait un Harry hilare.
Après un coup d'œil perplexe, les professeurs éclatèrent de rire à leur tour. Ils n'avaient jamais passé une soirée aussi improbable.
Alors qu'ils quittaient la Salle à leur tour, Séverus et Minerva observèrent la silhouette du directeur s'éloigner d'un pas rageur.
- Vous avez compris quelque chose à ce qui s'est passé ce soir ?
- Il semblerait que les gamins aient découvert un moyen efficace de se protéger de la legillimencie, sans devoir apprendre l'occlumencie.
- C'est-à-dire ?
- Apparemment, ils chantent des ritournelles en boucle. Cela focalise leur esprit et déstabilise visiblement l'intrus.
- Et ces commentaires sans queue ni tête ? C'était du plus haut comique mais franchement je n'y ai rien compris.
- Je crois que c'est comme cela qu'ils se sont informé les uns et les autres. Le hurlement de Zabini a eu lieu quand le directeur s'est infiltré dans la tête de Miss Granger.
- Par Merlin, Séverus, jusqu'où ira-t-il ? demanda la femme abattue.
- Je l'ignore, mais il est sûr que Harry est maintenant déterminé à agir. Je crois que beaucoup de choses vont être révélées dans peu de temps. Nous ne pouvons rien faire, si ce n'est l'aider dans la mesure de nos moyens.
- Cet enfant ne fait jamais rien comme les autres. Albus a eu tort de le manipuler de la sorte. Le retour de flammes va être terrible.
* HPDM *
Pendant ce temps, le futur cramé de la Tronche fulminait dans son bureau. Il avait passé la journée à tenter de calmer les Weasley et à comprendre pourquoi le sort n'avait pas fonctionné. Heureusement, il avait pu intervenir avant que la gamine ne révèle sa propre implication.
La culpabilité évidente de Ginny, en présence de ses parents qui plus est, portait un méchant coup à sa stratégie. Arthur n'avait pas voulu lui faire part de sa décision, mais de toute façon cela importait peu. Il avait utilisé le rêve de la jeune fille de devenir la future Madame Harry Potter afin de récolter la gloire de son nom. La jeune sorcière ne rêvait que d'être reconnue par tout un chacun, souhaitait faire oublier au monde la condition modeste de sa famille.
Quand il était revenu au Château, il avait appris que le gamin se prélassait au lieu de suivre ses cours et il venait de se faire circonvenir par Minerva qui entérinait la décision de Séverus de ne plus lui enseigner en dehors des horaires académiques. Même s'il était le directeur de l'école, c'était normalement au Directeur de Maison de prendre les décisions concernant les élèves. Ses propres employés semblaient ne plus tenir compte de ses avis.
La relation entre Harry et le fils Malefoy n'était pas une révélation pour lui. Il se fichait pas mal que le Survivant se fasse ramoner. Ce qui le faisait enrager, c'est que plus le temps passait, plus celui-ci faisait montre d'indépendance et s'éloignait de lui.
Il ne lui restait dorénavant que le frère Weasley pour tenter de manipuler Harry, mais Ron se laissait bien trop guider par ses sentiments. Déjà en quatrième, sa jalousie maladive de la notoriété du Survivant l'en avait éloigné. Dumbledore avait habilement joué sur son envie afin de le convaincre de l'aider. Il lui avait recommandé de rester dans son ombre, de profiter de sa gloire afin de pouvoir le faire tomber d'autant plus vite de son piédestal. Malheureusement, ce crétin n'avait pu réfréner son emportement. Ses éclats de colère, son agressivité n'avaient réussi qu'à conforter la popularité de Harry auprès de ses camarades.
Se renfonçant dans son fauteuil, la bouche pleine de bonbons au citron, Dumbledore tentait de redessiner ses objectifs :
1 – Reprendre le contrôle sur Harry et l'isoler, surtout de son petit-ami. Les témoignages des médicomages spécialisés de Saint-Mangouste lui permettraient de réclamer la tutelle d'un enfant déstabilisé.
2 – Identifier l'Elfe qui s'était interposé entre lui et Tom. Il lui faudrait enquêter sur les liens d'EagleKnight, même si celui-ci avait prétendu ne pas connaître l'individu.
3 – Faire abandonner les enquêtes de Gringotts et du département de l'Enfance Magique : en obtenant la tutelle, ces dernières n'auraient plus lieu d'être.
4 – Remettre Séverus à sa place, en lui remémorant que lui seul garantissait son innocence auprès du Ministère.
5 – Trouver un moyen de recadrer Minerva dans ses fonctions.
Rassuré, le poulet desséché décida de prendre le reste du week-end avant de se lancer dans ses grandes manœuvres. Dès lundi, il se rendrait au Ministère rencontrer Fudge, Bones et bien d'autres.
* HPDM *
Le lundi matin, Harry rejoignit les appartements de Séverus. Draco l'y attendait déjà.
Ils avaient passé un excellent dimanche, se partageant entre la rédaction de leurs devoirs - que Rogue et McGonagall avaient discrètement corrigés – et les discussions, rires, fous-rires et câlins. Dumbledore avait été aux abonnés absents toute la journée, ce qui convenait à tout le monde.
Hermione et Blaise s'étaient ouvertement rapprochés. Harry sourit en se rappelant les avoir surpris alors qu'ils échangeaient ce qui était manifestement leur premier baiser. Il avait vivement tiré Draco en arrière et l'avait empêché de faire une remarque sarcastique en l'embrassant. La tactique avait si bien fonctionné que c'est le sifflement de Blaise lui-même qui les fit rougir.
Aujourd'hui, il avait rendez-vous avec Xénophilus Lovegood. Harry avait décidé de lui faire une sorte de biographie in extenso. Tant qu'à se faire manipuler depuis l'âge de quinze mois, autant retourner les noises de son gallion au manipulateur. Séverus et Draco l'accompagnaient et ils devaient retrouver les Malefoy ainsi que le Gobelin Grynok sur place.
Minerva lui avait remis une copie du règlement de l'école, en surlignant les passages concernant les autorisations de sortie. Elle avait précisé que cela pourrait être utile en termes de justification. Il avait fallu un court instant à Harry pour comprendre où elle voulait en venir.
Poudlard leur avait proposé de couvrir leur absence auprès du directeur, mais il s'avéra que ce dernier avait quitté l'école à l'aube. Le vieux fou avait tendance à parler à haute voix quand il se croyait tout seul. Il avait opportunément oublié la conscience magique qui habitait ces murs vénérables.
Draco avait menacé – une fois de plus – lorsqu'il avait appris que le Citron voulait déclarer Harry inapte et surtout l'éloigner de lui. Harry quant à lui n'avait pu s'empêcher de rire.
- Tel est pris qui croyait prendre, dit-il. L'enquête de Grynok est déjà bouclée et il risque d'avoir une très mauvaise surprise d'ici peu, continua-t-il mystérieux. Quant aux Dursley, l'affaire est déjà pliée également. Pour ce qui est du reste, patiente un peu, mon dragon. Le Chicaneur va lancer une tonne de briques dans sa mare.
* HPDM *
Et en effet, avec la parution du journal tant décrié en ce mardi 24 décembre 1996, veille de Noël, le Monde Sorcier subit un choc. Alors que le bi-mensuel à vocation scientifique n'intéressait qu'une toute petite frange de la population, les exemplaires s'écoulèrent tellement vite que son éditeur dut réimprimer en urgence, et cela quatre fois dans la journée.
Harry avait demandé comme une faveur de faire parvenir un exemplaire à certaines personnes. Ainsi, le Magenmagot au complet avait eu la surprise de recevoir un hibou tôt le matin. Quelques personnes choisies du Ministère eurent également cet honneur, tel Cornélius Fudge, Maugrey Fol'œil et Kingsley Schakelbott. Et bien sûr, l'horrible Rita Skeeter se retrouva sur la liste des privilégiés, de même que son patron.
Par contre, Albus Dumbledore fut soigneusement oublié et c'est parfaitement confiant dans le déroulement de ses démarches qu'il se mit en route ce matin-là. La journée du lundi ne lui avait pas permis d'avancer autant qu'il l'aurait voulu. Il avait donc décidé de remettre le couvert en ce mardi, espérant pouvoir enfin rencontrer quelques interlocuteurs bienveillants.
A peine arrivé dans l'Atrium du Ministère, il s'élança en sifflotant gaiement (La la la schtroumph la la …). Il adressa un grand sourire rayonnant au premier sorcier qu'il rencontra et resta un instant perplexe face au regard noir qui le transperça. Sa confusion augmenta alors que toutes les personnes qu'il croisait adoptèrent le même comportement.
Il entra cependant gaiement dans le bureau de sa collègue Amélia Bones qui le reçut d'un regard parfaitement réfrigérant.
- Mais enfin, Amélia, ma chère, pourriez-vous m'expliquer ce qui se passe ? Depuis ce matin, je n'arrête pas d'être fusillé du regard…
Sans un mot, la sorcière lui jeta au visage l'exemplaire du Chicaneur.
Sous le choc de la Une, Dumbledore sentit ses genoux trembler et s'assit lourdement, le visage blanc.
« Harry Potter nous raconte son histoire !
Comme l'année dernière, le Survivant nous fait l'honneur de nous accorder sa confiance afin de relater la vérité auprès de la population sorcière. Une fois de plus, le monde sorcier met à mal la réputation du Garçon qui a survécu, l'accusant quasiment d'être responsable de l'attaque qu'a connu Pré-au-Lard vendredi dernier. Il nous a donc contactés, disant qu'il était temps de faire enfin la lumière sur ce qu'est réellement sa vie et sur les nombreuses manipulations qui l'ont échelonné.
Comme vous le savez tous, mes parents sont morts le 31 octobre 1981, lorsque Voldemort a tenté de me tuer. Cette histoire, je ne l'ai pourtant apprise qu'à mes onze ans, lorsque j'ai repris contact avec le Monde Sorcier dont j'ignorais l'existence. C'est Rubeus Hagrid qui a été mon guide pour cette première découverte. C'est lui qui m'a expliqué que mes parents avaient été tués par un mage noir. C'est lui qui m'a accompagné chez Gringotts et sur le Chemin de Traverse. Et c'est encore lui qui m'a offert mon premier cadeau d'anniversaire. J'avais été confié à la garde de la sœur Moldue de ma mère par Dumbledore lui-même. Cette personne et son mari, ainsi que mon cousin, détestent encore plus la magie que le Lord Noir ne déteste les Moldus. C'est pour cette raison que j'ai passé ma petite enfance au fond d'un placard à balai en guise de chambre. J'ai servi d'elfe de maison, d'esclave corvéable à merci pendant toutes ses années. J'ai été affamé, on me laissait des jours enfermé sans rien à manger. J'ai été traité de monstre, d'anormal. Et j'ai été battu. Violement. Aujourd'hui encore, lorsque je suis forcé de rentrer chez eux pour les vacances, le même schéma se rejoue, année après année. C'est pour cette raison que j'ai disparu cet été, le jour de mon anniversaire. Mon oncle m'avait tellement frappé que j'ai décidé de partir, de fuguer. Heureusement pour moi, un vieil ermite ayant des capacités de guérisseur m'a recueilli. Il m'a fallu un mois pour retrouver une santé convenable. Grâce à lui, j'ai pu retrouver une taille et un poids normaux pour un adolescent de mon âge.
Et c'est pendant cet été que j'ai appris plusieurs vérités sur ma vie. Lors de mon passage à Gringotts durant le mois d'août, le Gobelin Grynok, qui était l'administrateur de ma famille, m'a abordé, heureux, disait-il d'enfin pouvoir me rencontrer pour régler les affaires en suspens. Mais je vais le laisser vous expliquer cela. Sachez seulement que je suis entré en possession de mon titre, hérité de mon père, mais également de celui de mon parrain, Sirius Black. C'est également grâce à lui que j'ai été émancipé.
J'ai préféré ne pas faire connaître cette information. Me cacher derrière un tuteur anonyme permettait de préserver ma sécurité, tant physique que financière. Je sais très bien quel attrait mon nom provoque déjà. Je ne voulais absolument pas y ajouter un titre et une fortune plus que conséquente, ceci dit sans aucune vantardise de ma part.
Alors que je croyais pouvoir retrouver le calme et la sécurité dans l'enceinte de Poudlard, je me suis rapidement retrouvé confronté au Directeur Dumbledore. A peine débarqué du Poudlard Express, je me suis retrouvé sommé d'expliquer ma fugue de chez mes « parents ». En guise de punition, le directeur m'a imposé des cours supplémentaires, en soirée ou tôt le matin, afin, disait-il, d'éviter la débâcle que j'avais provoqué au Ministère en juin dernier. Débâcle, précisait-il, qui avait mené à la mort de mon parrain, par ma faute. Il m'a également interdit la pratique du Quidditch, disant que cela ne ferait que me détourner de ma mission qui était d'abattre Voldemort. Culpabilisé, J'ai obéi et j'ai suivi les cours demandés.
Peu de temps après, alors que j'étais hospitalisé suite à un empoisonnement, il m'a fait signer un document afin d'apprendre l'identité de mon nouveau tuteur. C'est cette lettre qui a déclenché l'enquête menée actuellement par Gringotts. La sanction n'a pas attendu longtemps. Alors que la première sortie à Pré-au-Lard était prévue, le Directeur m'a rappelé devant témoins que la mort de Sirius Black rendait mon autorisation de sortie caduque. Si je voulais en profiter, il suffisait que je nomme mon tuteur. J'ai une nouvelle fois nié le connaître. Quelques jours plus tard, les plages horaires de mes « cours privés » ont été étendues, me retirant presque tout temps libre.
Concernant l'attaque de Pré-au-Lard, outre le fait que je ne souhaitais pas m'y rendre et que j'en avais été interdit par le directeur lui-même, je ne comprends pas comment et pourquoi on me traite désormais de lâche.
Mes camarades de classe ont apporté des témoignages, me direz-vous ? Je sais pourtant de source sûre que l'otage qui a été torturé par Voldemort lui-même était Draco Malefoy, mon petit-ami. Le même Draco Malefoy qui a pris la forme animagus d'un Velociraptor sous le coup de la rage pour protéger les élèves qui étaient molestés par les Mangemorts.
Oui, Draco est le fils de Lucius Malefoy, reconnu pour être un Mangemort. Mais combien d'entre vous aurait été capable de jouer aussi longtemps la comédie pour protéger leur famille. Lucius n'a pas volontairement plié devant Voldemort. Il y a été contraint par son propre père que vous reconnaissez tous pour avoir perdu la tête. Aujourd'hui, il s'est libéré de ses chaînes, mais sa famille n'est pas pour autant à l'abri.
Même si j'avais appris qu'une attaque se déroulait, je n'aurai matériellement pas eu le temps de me rendre sur place. J'étais dans l'enceinte de l'école, à la bibliothèque et je n'ai appris ce qui passé qu'au retour des élèves. Je ne suis qu'un adolescent de qui, vous tous adultes et sorciers accomplis, exigez qu'il les sauve. Vous attendez de moi que je combatte un homme que Dumbledore, pourtant reconnu comme le sorcier le plus puissant de ce temps, n'arrive pas à arrêter, et ce depuis près de vingt ans.
Dumbledore se cache derrière une prophétie pour justifier que je sois le seul à me mesurer à Voldemort, prétendant que moi seul dispose d'un pouvoir que « le Seigneur des Ténèbres ignore ». Cette prophétie est un mensonge, une construction de toutes pièces pour manipuler Voldemort, le mener là où Dumbledore a besoin de lui pour pouvoir mener à terme son plan pour le plus grand bien. C'est à cause de lui que mes parents ont été assassinés. Il les a sacrifiés. Comme combien d'autres ?
J'ai entendu cette prophétie rapportée par Sybille Trelawney et j'ai entendu la vraie prophétie, celle qui a été émise il y a des siècles. Même si je sais pertinemment que Dumbledore le niera, à vous de faire votre propre opinion. Voici celle qui était conservé au Département des Mystères et dans les souvenirs du Directeur :
Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche …
Il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois …
Et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal, mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore …
Et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun ne peut vivre tant que l'autre survit …
Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois
Et voilà la véritable prophétie :
L'Obscurité se répandra
La Lumière brillera
L'Elu se révèlera
Issu du Feu
Marqué par la Terre
Protégé de l'Eau
Héritier de l'Air
Contre les Ténèbres se dressera
D'un pouvoir inconnu vaincra
L'Equilibre restaurera
Ou l'Univers détruira
Si quelqu'un y comprend quelque chose, qu'il en fasse ce qu'il voudra.
A tous mes soi-disant amis qui me taxent de lâcheté, je les invite à prendre ma place. Venez vivre la vie du Survivant, traqué par un psychopathe depuis qu'il a quinze mois, maltraité et battu par des moldus sans pouvoir se défendre, manipulé par un vieux sorcier qui se cache sous le masque de la lumière pour obtenir les pleins pouvoirs, porté aux nues un jour pour être jeté plus bas que terre le lendemain. Vous qui m'enviez tant, venez donc prendre ma place. »
Déjà effondré de voir toutes ses manipulations exposées, Albus Dumbledore blêmit plus encore en apercevant l'article émanant de Gringotts.
« Déclaration de l'administrateur Grynok, de la Banque Gringotts.
Je suis Grynok, fils de Trokor, administrateur de comptes au sein de la banque gobeline Gringotts. J'étais en charge des comptes de la Famille Potter avant le décès de Lord et Lady Potter et je le suis resté au bénéfice de Harry Potter. J'administrais également les affaires de la Famille Black. Au décès de Lord Sirius Orion Black, j'ai tenté de contacter Monsieur Harry Potter afin de pouvoir assurer le suivi de la succession au mieux. Mes demandes sont toujours restées lettres mortes, jusqu'à ce que Monsieur Potter ne vienne en personne dans notre établissement. Il n'avait jamais été mis au courant de nos démarches, les courriers étant interceptés par celui qui s'était déclaré son tuteur magique, Monsieur Dumbledore.
Le testament de Lord Black faisait de Monsieur Potter son héritier universel. Il avait également signé les documents nécessaires afin d'assurer l'émancipation totale de Monsieur Potter. Je rappelle que Lord Black n'a jamais été déchu de ses droits, malgré son emprisonnement à Azkaban. Aucun procès n'est jamais venu entériner cette décision. De ce fait, l'ensemble de ses démarches était totalement légal.
L'acceptation de son héritage par Lord Potter-Black a permis un inventaire exhaustif de son patrimoine mobilier et immobilier, ainsi que financier. A cette occasion, il a été découvert que des retraits très importants d'argent avaient été effectués durant ces quinze dernières années. Ainsi donc, Monsieur Dumbledore a prélevé une somme supérieure à cent cinquante mille gallions, sans que Lord Potter-Black n'en ai jamais reçu une noise. Il y a quelques semaines encore, il s'était présenté à nous pour faire un retrait de trois cent mille gallions. Ce qui lui a été refusé au vu du nouveau statut de Lord Potter-Black.
Une enquête approfondie a été lancée lorsque nous avons appris que Monsieur Dumbledore était en possession du sceau de la Famille Potter et en abusait. Depuis, nous avons remarqué que de nombreux bijoux de valeur, ainsi que des artefacts anciens avaient disparu des coffres de la famille mais aussi des différents domaines. Des livres rares ont quittés les rayonnages de la Bibliothèque du Manoir Potter.
Lors de nos recherches, nous avons également pris connaissance d'un testament inconnu signé par Lily Evans Potter. Rédigé quelques semaines avant son décès, elle relatait la situation dangereuse dans laquelle sa famille se trouvait et indiquait les mesures à prendre dans le cas de sa disparition et de celle de son mari. Elle y faisait clairement mention que, en aucun cas, son enfant Harry Potter ne devait être confié à sa sœur, qui détestait la magie et ferait de la vie de son fils un enfer. Si Sirius ne pouvait remplir ses obligations de parrain, la tutelle de Harry devait être confiée à Andromeda Black Tonks.
Ce testament a été récupéré via une procédure magique de « rappel de document ». Il était en la possession d'Albus Dumbledore. Il a donc confié un enfant magique à des Moldus en toute connaissance de cause. Ces informations ont été remises au Département de l'Enfance Magique pour plus amples informations.
Avec l'aval de Lord Potter-Black, une plainte officielle a été déposée ainsi qu'une demande de dédommagement moral et une assignation pour la récupération de tous les objets volés, y compris l'argent abusivement retiré. »
Sur les pages suivantes, le rédacteur du Chicaneur avait lui aussi rapporté un compte-rendu de la Bataille de Pré-au-Lard, agrémenté de témoignages tout aussi anonymes.
« Alors que les étudiants de Poudlard profitaient d'une sortie inattendue au village sorcier, Vous-Savez-Qui a envahi les rues paisibles, accompagné de ses fidèles. Très vite, des bâtiments furent détruits, des personnes furent blessées ou tuées. Tandis que nombre d'élèves étaient mis à l'abri dans le bar de Madame Rosmerta par certains des enseignants, d'autres se lancèrent dans la bataille, pour protéger les habitants du village et les étudiants qui avaient été pris en otage.
Les professeurs Vector et Chourave nous ont enjoints de nous cacher derrière le bar, afin que nous soyons bien protégés, rapporte une jeune fille. La plupart des élèves étaient des troisième ou quatrième année, mais il y avait aussi quelques cinquième et sixième qui semblaient presque plus terrorisés que nous.
Alors que le Professeur Dumbledore avait neutralisé quelques mangemorts au début de l'affrontement, il sembla ensuite resté passif, attentif aux alentours, semblant en réalité chercher quelqu'un.
Il n'a même pas bougé quand cette pauvre fille a été tuée par Vous-Savez-Qui, déclare un témoin bouleversé.
Alors que Bellatrix Lestrange traînait son propre neveu, Draco Malefoy, devant Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-Nom, Albus Dumbledore se contenta de palabrer avec l'ennemi du monde sorcier. C'est à ce moment qu'un nouvel intervenant se dressa entre les deux protagonistes, les renvoyant tous deux à une dispute de « bac à sable », comme le disent les moldus. Neutralisant Vous-savez-qui, l'Elfe libéra le jeune Malefoy qui se transforma sous le coup de la rage. Sous forme de reptile, il délivra ses camarades maintenus prisonniers par les mangemorts, tandis que soumis à une attaque dans le dos, l'Elfe perdait le contrôle de son sortilège et que le Mage Noir s'enfuyait, non sans tuer un jeune Serdaigle.
C'est grâce à Draco que je n'ai pas été plus blessée. S'il n'avait pas arraché le bras de cet homme, je ne sais pas ce qu'il m'aurait fait subir. Il se servait de moi comme d'un bouclier, explique la jeune otage, mi-admirative, mi-apeurée.
Pris à parti par le Directeur de Poudlard, le jeune Elfe en profita pour apporter un éclairage des plus intéressants sur la responsabilité que le Président du Magenmagot et à travers lui le Monde Sorcier, faisait peser sur les épaules du Survivant, qui n'est somme toute encore, rappelons-le, qu'un adolescent.
Je n'y avais jamais réfléchi, mon brave, mais il avait pas tort l'Elfe. Comment un gamin encore à l'école pourrait défaire un mage noir aussi terrible. Même Dumbledore n'a pas réussi à le faire plier, témoigne un commerçant.
Au vu du nombre de nouveaux éléments qui ont été portés à notre connaissance, j'estime que nous sommes en droit de poser des questions :
Pourquoi Voldemort n'a-t-il pas été arrêté dans les années septante ?
Pourquoi les Potter, les Londubat et combien d'autres n'ont-ils pas été mieux protégés ?
Pourquoi nos enfants n'ont-ils pas été mieux protégés lors de cette sortie ?
Comment expliquer que deux de ces enfants sont morts sous les yeux du Directeur qui semble n'avoir rien fait pour empêcher ce sort funeste ?
Pourquoi notre société a-t-elle laissé un monstre prendre autant de puissance sans réagir ?
Pourquoi laissons-nous notre destin entre les mains d'un adolescent qui a déjà tant subi ?
Pourquoi Dumbledore, le sorcier le plus puissant de notre temps, se cache-t'il derrière cet adolescent, brandissant devant tous une prophétie en guise d'argument ?
Il est temps que nous prenions nos responsabilités et que nous choisissions un camp dans ce conflit. »
Plus loin encore, Dumbledore put retrouver des extraits complets du règlement de Poudlard, régissant les sorties de l'enceinte de l'école ainsi que la nécessité incontournable d'une autorisation signée des parents ou tuteurs de l'élève.
Un autre article retraçait la transformation de Draco Malefoy.
« J'étais complètement déboussolé. Je subissais encore les effets du Doloris, mais quand l'Elfe m'a libéré, j'ai ressenti une bouffée de rage pure à la vue de mes camarades servant de bouclier aux Mangemorts.
Je n'avais qu'une seule idée, les bouffer, littéralement. Je ne me suis pas rendu compte que je me transformais, je n'avais même aucune idée de ce que j'étais. Je savais juste que j'avais des dents et j'ai voulu m'en servir.
Je dois remercier l'Elfe qui m'a aidé. Je ne sais pas qui il est, ni comment il a fait, mais il a réussi à me rassurer pour que je reprenne forme humaine.
Bien sûr, dès que je suis rentré à Poudlard et que les choses se sont un peu calmées, je suis allé voir mon professeur de Métamorphoses, le Professeur McGonagall pour comprendre ce qui s'était passé. C'était a priori une transformation animagus instinctive. Elle m'a aidé à remplir tous les documents nécessaires pour que je sois en règle avec le Ministère.
Je suis donc un animagus Velociraptor déclaré. »
Sous le regard furieux d'Amélia, Albus quitta le bureau. Sur le chemin de l'atrium, il croisa nombre de personnes qui toutes le toisèrent avec dédain. Au détour du couloir, il tomba sur Fudge qui fanfaronna :
- Eh bien Albus, vous perdez le contrôle ?
Avec un grognement, le Citron emplumé poussa le Premier Ministre sur le côté et reprit sa route.
