Avant que vous ne vous jetiez sur le chapitre, je tiens à vous faire part de quelque chose qui m'a énervé. Je ne dirais pas que je vais "pousser un coup de gueule", mais je pense qu'il y a des choses à mettre en point.

Ceci est une fiction. Une FICTION.
Rien de ce que vous ne lisez n'est réel, alors non, Scorpius n'est pas mort parce qu'il n'existe pas.
Ceci est une fiction et JE suis l'auteur.
Je fais donc ce que je veux de mes personnages (gracieusement empruntés à la merveilleuse JKR).
Je n'ai pas tué Scorpius pour m'amuser, ou parce que je trouvais ça drôle, mais pour montrer à quel point un monde peut s'écrouler quand on perd une personne qui nous est cher.
Le meurtre d'un enfant est la chose la plus abominable qui soit, à mes yeux, mais ce sont des choses qui existent. Des choses réelles qui arrivent tous les jours. Et ce n'est pas parce que ça ne vous plait pas, qu'il ne faut pas en parler ou en faire un sujet tabou.

Et c'est un point important de mon histoire, de ce que j'avais envie de vous raconter.
Alors, pour en venir à ce dont je voulais parler dès le départ, je suis particulièrement surprise de voir que certaines personnes (dont j'ai supprimé les reviews) prennent cette histoire à cœur au point de me menacer d'arrêter de poster des reviews (et je ne parle pas de celles qui ont menacé de me retrouver et de me presser comme une orange, ahaha, parce que celles-ci m'ont bien fait rire).

Je ne suis pas de celles qui courent après les reviews, que les choses soient claires.
Bien sûr, j'apprécie toujours d'en recevoir, et certaines me touchent plus que de raison. Mais me menacer de ne plus me laisser de reviews ou de demander à boycotter mes histoires ne me fera pas revenir sur la fin que j'ai prévue depuis le début de cette histoire, bien au contraire.

Voilà.
Pour celles qui ont pris le parti d'en rire et de me menacer gentiment, je vous en remercie.

Pour les autres, tant pis, et sans rancune.

Sur ce, chères lectrices d'amour, bonne lecture !

Et sauves soient vos âmes perdues :).

Ps : Il suffisait de savoir lire entre les lignes pour dénouer le mystère. Félicitations à celles d'entre vous qui ont partiellement deviné, car personne ne l'avait résolu entièrement !

Réponses aux reviews anonymes :

Eeryin : Si j'étais toi, je ne serais pas si sûre de moi :). Merci beaucoup pour la review :).

Charlene : Merci :).

Maeva : Tu n'as pas besoin de venir tous les jours, je précise toujours le jour de publication du prochain chapitre :).

London123 : Je ne peux pas te dire si ça finit bien. Ce que je peux te dire, c'est que je t'aime aussi, super revieweuse :D.

Mia Granger-Malefoy : Les réponses sont en bas !

Pauline : J'espère que ton voyage s'est bien passé. Merci pour la review ! :).

Nandouillettemalfoy : Oui, il faut également penser à Mimon, tu as raison :). Merci pour la review !

C. Margera : Blaise ou Théo ? La réponse est en-dessous :).

Looklook : Non, Chloé n'est pas l'ancienne infirmière de l'école, c'est la professeur de Beauxbâtons qui accompagnent les élèves avec Madame Maxime :). Les apparences sont parfois trompeuses. Tu vas comprendre pourquoi en lisant ;).

Lylee-Hannah : Et un plaisir pour moi de lire tes reviews, merci :).


Chapitre 34

Si vis pacem, para bellum

« Celui qui s'applique à la vengeance garde fraîches ses blessures. »

Daphné Greengrass était de ces femmes qui pensent avoir beaucoup donné, et pestent de n'avoir rien reçu en retour.

Elle avait été une bonne personne dès le début de sa vie. Enfant, on la disait adorable et vive d'esprit. Adolescente, on la voyait fidèle et séduisante. Et puis, elle était belle. Tout le monde s'était toujours entendu sur ce point.

Elle avait un charme certain, qui faisait tourner les regards sur elle dans la rue et qui parvenait même à faire rougir les plus timides.

Elle n'en avait jamais réellement joué, à part pour obtenir le seul homme qu'elle voulait. Elle avait mis longtemps, avant de recevoir les faveurs de Drago Malefoy, mais elle avait fini par l'avoir, entier, amoureux. Rien qu'à elle.

Jamais de sa vie elle n'avait été si heureuse que pendant les quelques mois qu'elle avait passés dans ses bras. Il était tout ce qu'elle cherchait, tout ce qu'elle voulait.

Et puis, elle était ambitieuse et têtue. Tout le monde s'était toujours entendu sur ce point.

Et il l'avait quittée. Comme ça, sans lui laisser d'autre chance. Pour une autre. Pour sa sœur.

Elle l'avait haï, puis aimé à nouveau, et haï encore.

Elle avait été perdue, abandonnée. Et il n'était pas revenu pour autant. Il l'avait laissée sombrer. Il avait fait un enfant à celle qui l'avait trahie. Il l'avait oublié.

Comment avait-il osé l'oublier, elle qui l'avait tant soutenu, elle qui s'était donnée à lui de toutes les façons ? De son corps à son âme, elle avait tout donné pour lui, et il avait simplement arrêté de penser à elle.

Alors elle était revenue. Souvent. Elle lui avait dit, encore et encore, qu'elle l'aimait toujours et, parfois, elle était parvenue à lui soutirer un baiser ou deux, mais jamais plus.

Et elle le haïssait davantage. Il trompait Astoria avec des dizaines de femmes, mais il lui refusait, à elle, ce qu'elle s'évertuait à vouloir lui offrir ? Pourquoi lui dire non à elle ? Pourquoi lui refuser ce qu'il acceptait sans problème d'autres femmes ?

Et elle l'aimait à nouveau. Peut-être était-ce parce qu'il la respectait, elle. Peut-être avait-il encore de l'affection pour leurs souvenirs. Peut-être leur amour n'était-il pas complètement perdu. Elle lui avait exposé ses théories, il lui avait dit non encore.

Et elle le haïssait de plus belle. Il n'avait pas pu oublier. On n'oubliait pas un amour comme le leur, le genre d'amour à rendre fous, qui transcende la raison et ne nous fait plus penser à rien, sinon à l'être aimé.

Elle avait perdu la raison. Et elle avait bu, tant et si bien qu'elle avait fini par en perdre cette beauté pour laquelle tous l'avaient toujours complimentée.

On ne lui disait plus « Daphné, vous êtes magnifique ! » mais on chuchotait sur son passage, des choses qu'elle imaginait atroces.

Elle épiait toutes les personnes qu'elle croisait, persuadée que si elle écoutait assez bien, elle pourrait entendre le mal que l'on disait d'elle. Depuis sa crise au mariage de Drago et de sa sœur, on la dévisageait. Et si elle ne pouvait les entendre, elle imaginait parfaitement ce qu'on disait d'elle. Elle, l'impeccable Sang Pur devenue Elle, l'irrévérencieuse.

« La pauvre fille Greengrass, depuis que sa sœur s'est mariée, elle est devenue folle ! Il paraît qu'elle est amoureuse du fils Malefoy qui est, justement, le mari de sa sœur ! Pauvre petite. C'est désolant. »

Désolant. Elle leur aurait craché à la gueule, à ces vieilles mégères, le soir où elle avait surpris cette conversation, lors de l'une des réceptions données par les Zabini.

Que lui restait-il, sinon une réputation piétinée, un cœur brisé et une famille ruinée ?

Et elle le haïssait tellement qu'elle buvait, encore et encore. Et on l'avait enfermée. Ses parents avaient ordonné qu'on l'enferme. Et pendant une année entière, elle avait du prendre des potions chaque jour, parler de ses problèmes chaque jour à des incompétents essayant de comprendre ce qui n'allait pas chez elle.

Mais elle savait parfaitement ce qui n'allait pas chez elle. L'homme qu'elle aimait l'avait oublié et elle était incapable de lui pardonner cela.

Alors, quand tous la pensaient sur la voie de la guérison, enfermée dans une aile de Sainte-Mangouste, elle avait créé dans son esprit tous les rouages de sa future vengeance.

Et elle l'aimait tant, qu'elle avait fini par le haïr. Aussi, elle le détruirait. Elle le détruirait comme il l'avait détruite. Mais pas tout de suite, pas si tôt.

Il commençait à peine à connaître les joies de la paternité. Elle ne le voyait plus jamais, lors des réceptions mondaines données par leurs parents ou des amis de leurs parents, sans son affreux bambin dans les bras, ou accroché à sa jambe.

Elle pouvait voir dans ses yeux à quel point il chérissait cet enfant.

Les rouages dans son cerveau s'étaient activés rapidement : Premièrement, lui enlever l'enfant.

Et les années avaient passé. Elle avait vu Scorpius grandir, de loin, et sa sœur se renfermer sur elle-même. Et elle avait trouvé du soutien, là où elle n'aurait jamais cru en trouver.

Lors de son séjour à l'hôpital, peu de gens étaient venus la voir. Pansy était venue, quelques fois, mais elle avait bien senti qu'elle l'avait fait par obligation. Ses parents, bien sûr, étaient venus souvent, mais elle n'en pouvait plus de les entendre lui répéter que Drago l'avait rendue folle. Drago était venu, une fois, mais il n'avait pas parlé. Il l'avait simplement regardée en silence, scrutée comme il avait toujours la mauvaise habitude de le faire, et il était parti sans un regard en arrière.

Théodore était venu également, mais si rarement qu'elle n'aurait su dire combien de fois.

Ce n'était pas le cas de Blaise. Blaise était venu cinq jours par semaine pendant une année. Il avait été à ses côtés tous les jours, il l'avait écoutée déverser sa haine pour Drago tous les jours tant et si bien qu'il en était venu à se demander ce qu'il trouvait en lui qui en faisait un si bon ami. Elle s'était longuement demandé pourquoi il avait passé tant de temps à son chevet, puis la réponse lui avait paru évidente.

Blaise l'aimait. Il l'avait toujours aimée. Il n'aimait qu'elle et il n'aimerait jamais qu'elle.

Et les rouages de son cerveau avaient peaufiné peu à peu le plan qui mènerait l'homme qui l'avait trahie à sa perte : Deuxièmement, utiliser son meilleur ami contre lui.

Aveuglé par l'amour qu'elle prétendait lui porter en retour, Blaise avait obéi sagement au moindre de ses ordres.

Le temps avait passé encore et elle avait été lassée de toute cette comédie. Faire croire à Blaise qu'elle l'aimait l'épuisait, mais elle avait pourtant continué cette mascarade. Elle aurait besoin de lui, le moment voulu.

Elle avait ruminé sa vengeance longtemps, si longtemps qu'elle n'avait finalement pas agi. Elle avait regardé Scorpius continuer à grandir, Drago s'évertuer à cacher ses trop nombreuses maîtresses et Astoria dépérir.

Puis, était venu l'élément qui avait tout déclenché.

Un soir qu'elle était tranquillement installée sur son canapé avec Blaise, elle avait reçu un hibou et elle l'aurait reconnu entre mille, c'était celui de Drago.

Son cœur avait fait un bond dans sa poitrine, plein à nouveau d'un espoir qu'elle savait absurde. Elle s'était presque jetée sur l'animal pour lire la missive, et avait, en effet, déchanté.

Ce n'était pas Drago, qui lui écrivait, mais sa sœur, sa sœur qui lui demandait de venir immédiatement au Manoir, parce qu'elle devait lui parler d'une chose très importante.

Alors elle y avait été, priant Blaise de l'attendre chez lui.

Quand elle était arrivée, le Manoir était plongé dans un silence morne et inquiétant, bien semblable à celui qu'elle avait connu à l'époque de Voldemort. Astoria était dans le salon, simplement vêtue d'une courte nuisette, et elle tenait dans ses mains une épaisse liasse de papiers.

Daphné avait remarqué immédiatement les larmes dans ses yeux, mais la rancœur l'avait rendue aigre, si bien qu'elle fît mine de n'avoir rien vu. Elle s'était assise en silence à côté de sa sœur, qui avait reniflé bruyamment avant de lever les yeux.

Sans un mot, elle lui avait tendu les papiers qu'elle tenait entre ses mains. L'aînée s'en était saisi et ses yeux étaient tombés dessus. Mais seul un mot l'avait interpellée réellement : DIVORCE.

- Drago veut divorcer, avait murmuré Astoria, la voix chargée de sanglots. Ça fait déjà plusieurs mois, mais je ne l'avais pas pris au sérieux jusqu'à ce soir. Il va partir travailler à Poudlard, et il prend Scorpius avec lui.

Daphné n'avait pas répondu. Elle ne comprenait pas pourquoi sa sœur lui disait ça, à elle. Leurs relations n'avaient jamais été bonnes, mais elles l'étaient d'autant moins depuis ce qu'elle considérait comme une trahison.

- Qu'est-ce que ça peut me faire ? avait-elle donc craché, acerbe.

- Tu avais raison, avait soufflé sa petite sœur. Je n'aurais jamais du essayer de m'immiscer entre vous. J'aurais du savoir qu'il ne m'aimerait jamais. Je suis tellement désolée, Daphné. Tu es ma sœur, et je n'ai pensé qu'à moi. J'ai fait passer mon bonheur avant le tien, pour au final me retrouver aussi malheureuse que toi. Si tu savais à quel point je suis désolée.

Daphné ne répondit pas tout de suite. Elle avait senti cette colère sourde monter en elle, sentiment incontrôlable. Elle avait été impuissante face à la vigueur de sa rancœur et ses idéaux de vengeance l'avaient rejointe en un instant.

Et les rouages s'étaient activés à nouveau : Troisièmement, se débarrasser du moindre obstacle.

Astoria s'était perdue dans ses sanglots, si bien qu'elle n'avait pas vu sa sœur lever sa baguette vers elle. Ses larmes cessèrent brutalement de couler quand elle sentit la corde qui enserrait sa mâchoire.

Elle lança un regard paniqué à Daphné, avant de réaliser que le sortilège venait d'elle.

Aussitôt, elle cessa de se battre et elle laissa sa respiration se couper, ses poumons manquer d'air, ses yeux papillonner, son esprit vaciller.

- Tu m'as volé mon destin, avait craché son aînée. Tu m'as volé ma vie. Tout ça pour ça ?

Et elle sombra.

Debout face à elle, Daphné s'était senti soulagée. Elle n'avait ressenti aucune culpabilité. Elle s'était simplement débarrassée d'un fardeau comme on se débarrasse d'un insecte.

A présent, elle se sentait forte, puissante.

Elle n'était plus passive, elle ne regarderait plus les années passer sans rien faire. Elle allait agir, et sa vengeance serait terrible.

Forte de cette nouvelle conviction, elle avait monté les marches du manoir, prête à en découdre une bonne fois pour toutes.

Ce fut vers la chambre de Scorpius qu'elle se dirigea d'abord. Le petit garçon dormait paisiblement dans son lit, qui prenait la forme d'un wagon du Poudlard Express. Pendant un instant, elle avait été attendrie. Puis, elle s'était rappelée à quel point elle haïssait cet enfant, parce qu'il était le fruit d'une liaison qui aurait du être la sienne.

Ce petit garçon aurait du être le sien. Si la vie en avait décidé autrement, peut-être aurait-il eu les yeux bleus plutôt que gris, peut-être aurait-il moins ressemblé à Drago et un peu plus à elle.

Elle s'était assise au bord du lit, scrutant le moindre trait de ce visage enfantin, cherchant à comprendre en lui ce qu'elle n'avait jamais pu comprendre en son père. Mais il ne portait pas plus de réponse que celui qu'elle aimait désespérément.

Alors, sans un bruit, elle avait levé la baguette vers lui, prête à murmurer le sortilège qui lui serait fatal, mais elle avait hésité, une seconde à peine, et poussé un juron, fermant les yeux pour se concentrer.

Quand elle les avait rouverts, Scorpius la regardait en haussant un sourcil, somnolant toujours.

- Bonjour, tante Daphné, avait-il murmuré en se frottant les yeux.

- Salut.

- C'est l'heure de se lever ?

- Non.

- Alors pourquoi vous êtes dans ma chambre ? avait demandé Scorpius en haussant un sourcil, une expression qu'elle savait si semblable à celle de son père.

- Je réfléchissais.

- A quoi ?

- Au destin.

- Père dit toujours que le destin nous rattrape toujours, avait déclaré le petit blond malgré un évident défaut de prononciation. Il dit que si je fais des mauvaises choses, il m'arrivera des mauvaises choses plus tard.

- Ton père a raison, avait répondu Daphné, d'une voix morne et faible.

- Est-ce que vous avez fait des mauvaises choses, tante Daphné ?

La jeune femme n'avait pas répondu, perdue dans ses pensées. Drago avait-il seulement conscience du mal qu'il lui avait fait ? S'en voulait-il ? Y pensait-il, parfois ?

- Est-ce que ton père te parle de moi ? s'était-elle entendue murmurer.

Scorpius avait gratté son front, comme pour réfléchir, puis avait levé à nouveau ses yeux gris vers elle, et elle s'était sentie nauséeuse un instant.

- Non.

Et elle l'avait haï à nouveau. Si fort, si profondément qu'elle avait du serrer les poings pour ne rien montrer devant le petit garçon. Non, c'était trop simple de les tuer ainsi, dans leur sommeil.

Il allait souffrir, il allait tellement souffrir qu'elle pourrait voir les morceaux de son âme se déchirer. Elle voulait le voir pleurer, elle voulait qu'il implore son pardon.

- Oubliettes, avait-elle murmuré.

Et Scorpius s'était rallongé, le regard perdu dans le vide.

Elle avait quitté la chambre sans un bruit et s'était dirigé vers celle de Drago. Il dormait paisiblement. Tous les traits de son visage étaient détendus et il respirait régulièrement. Il lui aurait été si simple de le tuer maintenant. Personne n'aurait jamais su que c'était elle.

Mais elle voulait qu'il souffre au moins autant qu'elle avait souffert.

Elle lui avait caressé doucement les cheveux, ses doigts glissant entre les mèches. C'était une sensation qu'elle avait oublié.

- Si tu as fait des mauvaises choses, avait-elle susurré, il t'arrivera des mauvaises choses plus tard, Drago. C'est le destin. Alea Jacta Est.

Et elle était sortie de la chambre. Mais elle n'avait pas quitté le Manoir. Elle avait retrouvé le corps sans vie de sa sœur, avait sorti sa baguette et l'avait planté dans la peau lisse de son dos. Aussitôt, un filet d'encre en était sorti et les mots étaient venus s'y graver. Puis, elle avait maquillé le meurtre en suicide, et avait disparu.

Le lendemain, quand elle avait croisé Drago, alors qu'il discutait avec Potter, elle lui avait lancé le regard le plus noir de toute sa vie, mais il n'y avait pas prêté attention.

Le soir venu, Blaise lui était tombé dessus. Il était le seul à savoir qu'elle s'était rendue au Manoir Malefoy, la veille. Il avait hurlé pendant des heures et elle avait songé à le tuer pour être sûre qu'il ne parle pas, mais finalement, comme toujours, elle avait su le manipuler pour qu'il obéisse. Il l'aimait tant que lui faire faire ce qu'elle voulait était presque trop facile.

Et les jours avaient passé, encore. Elle avait l'impression que le temps se jouait d'elle sans arrêt. Elle avait passé des mois à chercher comment l'atteindre, maintenant qu'il se trouvait à Poudlard.

Elle avait commencé par des lettres, mais il n'avait pas eu l'air touché. Il n'avait pas cherché à comprendre et elle savait par Blaise qu'il sortait tout de même tous les samedis soirs avec ses amis, à Pré-au-Lard.

D'ailleurs, elle avait du assister, impuissante, à son rapprochement avec Potter et ses amis. Car elle y avait assisté, trouvant toujours un coin discret où on ne la verrait pas, se faisant invisible derrière une fenêtre ou camouflée par un sort.

Et elle avait vu, bien avant tous les autres, la façon dont il s'était rapproché d'Hermione Granger. Elle ne pouvait accepter une telle chose. Jamais elle ne pourrait accepter une telle chose, pas avec la Sang-de-Bourbe qui avait si longtemps été leur ennemie commune.

Pour lui faire mal, elle lui avait envoyé un article de journal, où on l'accusait d'être l'assassin d'Astoria, qu'elle avait paraphrasé d'une phrase assassine : « J'espère que tu es fier de toi ». Mais il n'en avait pas plus paru affecté, et il avait continué de se rapprocher de l'importune, sans qu'elle ne puisse rien y faire.

Et puis, il y avait Pansy et Ron, aussi. Ceux qui étaient autrefois leurs ennemis étaient devenus plus que des amis. Avaient-ils oublié la haine qu'ils étaient censés se vouer ? Elle, non. Elle se souvenait encore de ce jour où Drago s'était battu avec Potter dans les toilettes. Elle avait haï Potter comme elle n'avait jamais haï personne. Et voilà qu'à présent, ils riaient ensemble joyeusement tous les samedis soirs autour d'une Bièraubeurre.

Non, elle ne pouvait pas l'accepter.

Un soir où elle était parvenue à s'infiltrer dans Poudlard, camouflée par un sort, elle les avait vus. Tous les deux. Ils étaient en haut de la Tour d'Astronomie et ils discutaient tranquillement. Mais elle avait parfaitement perçu le flirt qui se cachait derrière leurs mots. Et puis, la Sang-de-Bourbe s'était penchée vers lui pour l'embrasser et elle n'avait pas pu s'empêcher d'intervenir, poussant l'un des gamins qui se cachait également dans le coin.

Elle avait pu l'empêcher ce soir-là.

Pas les suivants. Elle avait rapidement appris ce qui s'était passé entre eux, le soir du mariage d'un des autres abrutis de Gryffondor. Elle en était devenue folle, elle avait eu envie d'assassiner toute personne devant elle. Mais il n'y avait que Blaise, qui ne savait plus où se mettre face à sa colère et qui souffrait en silence de voir qu'elle réagissait de la sorte pour un homme qui n'était pas lui.

Sa colère ne s'était pas estompée durant l'été et Blaise n'avait rien pu y faire.

Et puis, elle avait appris que le Tournoi des Trois Sorciers aurait lieu à Poudlard et tout lui avait semblé plus clair. Elle le tenait, le plan parfait.

Il n'avait pas été difficile d'attirer Chloé Paradis à Pré-au-Lard. Elle n'avait eu qu'à lui envoyer un hibou en prétendant être Drago, et le tour avait été joué.

Chloé avait rejoint Astoria et Daphné avait eu assez de cheveux pour tenir des mois, grâce au Polynectar.

Une semaine après la rentrée, elle vivait à Poudlard, proche de lui comme jamais elle ne l'avait été ces dernières années. Tout allait bien. Elle avait même pu profiter de lui à nouveau, quelques fois. Il lui avait fait l'amour, à elle, rien qu'à elle, même s'il pensait qu'elle était une autre.

Mais sa curiosité l'avait dépassée. Elle avait voulu savoir s'il l'avait oubliée, et il s'était renfermé à cet instant précis.

Et comme un parasite, Granger était revenue et il ne lui avait plus adressé un mot.

Alors, la suite de son plan avait été plus difficile à mettre en œuvre. Il lui avait fallu utiliser Blaise, lui qui avait toujours si peu de perdre la face et d'avouer toute l'histoire à Drago. Mais elle l'avait convaincue, usant de tous ses charmes, et il avait obéi. Comme toujours.

Comme elle l'avait prévu, dès qu'il eût déclaré ses faux sentiments au parasite qui écornait tous ses plans, Drago l'avait laissée. Et le soir même, elle en avait même profité pour glisser une potion dans son verre, mais Drago avait accouru pour la sauver, et Daphné s'était enfuie, plus furieuse que jamais.

Une fois encore, son plan avait fonctionné, mais uniquement temporairement. Pendant une courte période, elle avait pu à nouveau jouer le rôle de la Chloé candide, mais son aversion pour Scorpius et tout ce qu'il représentait lui avait été fatale et il lui avait hurlé dessus pendant de longues minutes, lui rappelant sans le savoir leur dernière dispute, le jour où il s'était marié.

Ces deux-là semblaient attirés l'un par l'autre comme des aimants. Quoiqu'elle fasse, quoique Blaise fasse, ils se retrouvaient toujours.

Pourtant, pendant deux mois, ils ne s'étaient plus vus qu'à peine et si peu touchés qu'elle avait senti l'espoir renaître à nouveau. Et elle n'avait rien eu à faire cette fois, personne à manipuler. Mais tout s'était vite effondré, encore.

Drago était venu un soir chez Blaise, avec son fils, la veille de l'anniversaire du petit. Elle, cachée derrière la porte du salon, avait écouté leur conversation du début à la fin.

Aussi, elle avait du subir en silence la longue litanie du blond, qui s'était évertué à dire à Blaise qu'il avait réalisé ses sentiments pour l'infâme Sang-de-Bourbe.

Et Blaise n'avait rien pu faire, rien pu dire, car Drago, cette fois, était déterminé à laisser leur amitié de côté. Pour elle.

Quand il était parti, à nouveau, sa rage avait été telle que le métis avait du s'enfuir pour retrouver son salon saccagé, au petit matin.

Elle avait donné ses ordres et, comme toujours, il avait obéi. Elle voulait que Drago souffre, qu'il soit aussi perdu qu'elle. Scorpius avait été une cible facile et idéale. Et Blaise avait obéi. La chevalière ensorcelée n'avait pas été évidente à trouver mais, comme prévu, Scorpius l'avait tant aimé qu'il ne l'avait plus quittée. Il avait été alors si simple de le blesser et de voir Drago demeurer impuissant.

Mais un nouveau problème s'était posé : Théodore. Comment cet abruti avait-il pu être assez intelligent pour comprendre que c'était lui, qui avait ensorcelé Scorpius ?

Par miracle, il n'avait rien dit de ses soupçons à Drago, car il savait qu'il l'aurait envoyé balader. Et il n'avait aucune preuve.

Mais il en avait cherché, des preuves et il en avait trouvé quand il les avait surpris, elle et Blaise, cachés dans une ruelle lors de leurs soirées à Pré-au-Lard. Et la Granger avait à nouveau débarqué, ruinant comme toujours ses espoirs de régler le problème.

Elle était parvenue à effacer une partie de la mémoire de Théodore, mais il demeurait suspicieux et il ne faudrait plus longtemps avant qu'il ne comprenne.

Il fallait qu'elle agisse. Et vite.

.

Les joues toujours ruisselantes, Drago observa avec horreur les cheveux blonds devenir bruns, les yeux bleus prendre une teinte plus foncée et, rapidement, Chloé ne fut plus qu'un vague souvenir.

Devant lui, agrippant Hermione par les cheveux, sa baguette pointée sur sa nuque tendue, se tenait Daphné, cette femme qu'il avait tant aimée.

Il avait l'impression que tout ceci n'était qu'un rêve absurde, qu'il allait se réveiller, Hermione et Scorpius à ses côtés. Mais c'était bien réel, il le savait.

Le corps qui reposait toujours entre ses bras lui pesait bien trop lourd pour que ce ne soit pas réel.

- Daphné ? souffla-t-il, abattu mais surpris.

- N'aie pas l'air si étonné, Drago, gronda-t-elle d'une voix impérieuse. Qui voulais-tu que ce soit, sinon moi ? Personne ne te déteste autant que moi !

- Mais…

- Mais quoi ? Tu pensais que c'était mon père, n'est-ce pas ? Mais cet idiot n'aurait jamais eu le cran d'agir. Moi, si ! D'ailleurs, je peux remercier Blaise. Sans lui, je n'y serais jamais arrivée !

- Blaise ? Mais de quoi tu parles ? Daphné, enfin…

Mais il ne finit pas sa phrase. Dans la pénombre, le métis s'était avancé, dardant sur lui un regard affligé, un regard qui voulait dire « Pardon, mais je n'ai pas eu le choix ». Il menaçait Harry de sa baguette, mais il était évident qu'il y mettait moins de hargne que Daphné avec Hermione.

- Ça fait mal, n'est-ce pas ? cracha-t-elle, acerbe. D'être abandonné par la personne en qui on a le plus confiance ? Tu souffres, mon pauvre Drago ? Mais tu n'as que ce que tu mérites !

Drago ne répondit pas, regardant, éberlué, la femme devant lui. Que restait-il de celle qu'il avait aimée ? L'avait-il détruite au point qu'elle devienne cette furie qui semblait s'amuser de la situation ?

Mais son fils était mort ! Il n'avait jamais mérité ça ! Il n'avait jamais rien fait pour ça !

- Tue-moi, murmura-t-il.

- Quoi ? s'étonna Daphné, perdant un instant de sa grandeur.

- Tue-moi, répéta Drago. Si je suis là, c'est parce que tu veux me tuer, n'est-ce pas ? Alors tue-moi. Mon fils est mort, je n'ai aucune raison de me battre.

- Drago, ce n'est pas… voulut crier Hermione.

Mais à peine avait-elle ouvert la bouche que Daphné lui avait jeté un Doloris. Impuissant, Drago déposa soigneusement au sol le corps de Scorpius, avant de se précipiter vers elle, alors qu'elle hurlait de douleur.

- Pas. Ce. Que. Tu. Crois, articula-t-elle, entre deux cris de souffrance.

- Quoi ? s'étonna-t-il.

- Tais-toi, sale garce ! gronda Daphné, lançant un sort pour qu'il s'éloigne d'elle.

Il heurta violemment le mur, et celui-ci lui sembla moins dur qu'il ne l'aurait pensé. Il avait échoué à côté de la cheminée et le feu ne semblait pas diffuser la moindre chaleur.

Aussitôt, il comprit.

Fronçant les sourcils, il se leva et lança un regard noir en direction de son ancienne amante.

- Ce n'est pas vrai, déclara Drago d'une voix glaciale. Tout cela n'est qu'une illusion.

Et comme par magie, le décor sembla prendre vie autour de lui, et très vite, la cheminée, le tapis, le canapé et le corps inerte de son fils disparurent pour ne laisser place qu'au capharnaüm habituel de la Salle sur Demande. Un nuage de fumée noire vola au-dessus de leur tête et la créature flotta un instant sous leurs yeux, avant de disparaître à travers la salle. C'était l'une des créatures qui devaient servir à la prochaine épreuve du tournoi.

Seuls demeurèrent Daphné, Blaise, Harry et Hermione.

- Où est-il ? gronda Drago. Où est mon fils ?

Il scrutait de tous les côtés, maintenant que l'illusion de son cadavre avait disparu, mais il ne voyait nulle part la chevelure blonde si semblable à la sienne.

Furieuse que son illusion ait duré si peu de temps, Daphné avait abandonné Hermione pour s'approcher de lui d'un pas vif.

- Endoloris ! hurla-t-elle, mais le sort sembla ricocher sur lui.

Elle fut désarçonnée, trop surprise pour réagir et il en profita pour se jeter sur elle, dans une colère noire. Plaquée contre le sol, elle tenta de se débattre mais il la maintenait fermement, ses doigts se refermant autour de sa gorge fine.

- Est-ce que c'est comme ça que tu as tué Astoria ? murmura-t-il d'une voix froide. Ou as-tu utilisé ta baguette, lâche comme tu es ?

Elle ne répondit pas, car le souffle commençait à lui manquer. Blaise avait tenté d'intervenir pour la sauver, mais son moment d'inattention lui avait fallu un coup de poing par Harry, qui avait pu récupérer sa baguette et le menaçait à présent, tout en allant s'occuper d'Hermione, qui se réveillait doucement.

- Où est mon fils ? cracha Drago alors que les couleurs quittaient peu à peu son visage.

- Va en Enfer, gronda Daphné, les larmes coulant sur ses joues pâles.

- Tu m'accompagnes ? susurra-t-il d'une voix menaçante, serrant de plus belle ses doigts autour de sa gorge. Où est mon fils ?

- Drago, lâche-la ! s'écria Blaise qui, paniqué, observait la scène depuis l'endroit où Harry l'obligeait à rester.

- Où est mon fils ? hurla-t-il.

- Il est à l'autre bout de la salle, répondit le métis d'une voix tremblante. Près de l'endroit où se trouvait l'Armoire à Disparaître. Je t'en supplie, laisse-la ! Tu es en train de la tuer !

Drago releva les yeux vers Blaise, puis les baissa à nouveau vers le visage d'une blancheur cadavérique de Daphné et, doucement, il relâcha la pression. Elle se mit à tousser, prenant de grandes bouffées d'air pour remplir ses poumons.

Hermione était partie en courant à travers la Salle sur Demande, criant à intervalles réguliers le prénom de Scorpius.

- Harry, passe-moi ma baguette.

D'un mouvement méfiant, pointant toujours Blaise de la sienne, le survivant vint lui tendre la baguette qu'il avait récupérée également et Drago se redressa, attrapant Daphné par le bras pour l'obliger à faire de même.

- J'aurais du te tuer quand j'en avais l'occasion, cracha-t-elle.

- Trop bête que tu ne sois qu'une lâche, rétorqua-t-il.

- Tu mérites tout cela ! hurla-t-elle, ses yeux lançant des éclairs. Et Astoria le méritait aussi !

- Non ! cria Drago à son tour. Astoria ne méritait pas ça ! Elle était une bien meilleure personne que toi !

- C'est faux ! Elle ne t'aimait même pas, elle voulait juste ton nom ! Moi, je t'aimais ! Et tu m'as abandonnée ! Tu as oublié tout ce que l'on avait vécu en un claquement de doigt !

- Non, c'est toi qui as piétiné notre relation quand tu as accepté d'épouser Théodore, pour l'honneur de ta foutue famille ! Et c'est encore toi qui as préféré sombrer plutôt que d'essayer de tourner la page ! Et c'est encore toi qui es assez stupide pour croire que je ne m'en suis jamais voulu ! Bien sûr que je m'en suis voulu, sombre idiote ! J'ai regretté pendant des mois et des années la façon dont je t'avais fait souffrir et de n'avoir pas su mettre ma fierté de côté ! Je t'ai aimé bien longtemps après notre séparation ! Bien sûr que je m'en suis voulu et non, je n'ai jamais oublié que je t'ai aimée un jour !

- Alors pourquoi n'es-tu jamais revenu ? hurla Daphné, les larmes dévalant ses joues creusées par les années de chagrin.

- Parce que je ne t'aimais plus ! répondit Drago sur le même ton. J'aimais un souvenir. J'aimais celle qui tu avais été, pas la misérable chose que tu es devenue ! Pas la traînée qui venait me faire des avances dès qu'Astoria avait le dos tourné ! Pas celle que j'ai en face de moi à cet instant !

Elle lui asséna une gifle monumentale de sa main libre et il fut obligé de lâcher la prise qu'il avait sur son bras à cause de la violence du choc. Elle en profita pour lui arracher sa baguette des mains et, en un éclair, elle l'avait pointée sur lui.

- Sectumsempra, prononça-t-elle.

- Avada Kedavra ! tonna une voix, bien plus forte que la sienne.

Et Drago assista, impuissant et éberlué, à ce spectacle macabre. En une seconde, la vie, la rage, le chagrin accumulé, le poids des années, quittèrent ces yeux bleus dans lesquels il s'était si souvent perdu, autrefois et Daphné s'effondra, sa baguette échouant sur le sol dans un bruit sourd.

Il entendit vaguement Blaise hurler, il eut une vision floue de longs cheveux blonds et du visage voilé d'inquiétude de son père qui se penchait vers lui, il sentit obscurément la main chaude d'Hermione se glisser dans la sienne.

Par contre, il distingua parfaitement les paroles de son fils. Son fils, vivant et entier, qui s'était jeté sur lui.

- Papa, tu te réveilles ? Tu avais promis qu'on irait à Honeydukes !


Voilà, comme vous avez pu le constater, je ne suis pas un monstre sans cœur.

J'espère que ce chapitre vous a plu !

Je ne pourrais pas publier l'épilogue avant lundi, et je m'en excuse d'avance, mais il sera là lundi à la première heure !

Si vous n'avez pas tout compris à ce chapitre (ce qui est possible, parce que je dois admettre que j'ai l'esprit assez tordu), je serais ravie de répondre à vos questions, sauf, bien sûr, celles dont vous aurez la réponse dans l'épilogue.

Un immense merci à vous tous & toutes qui lisaient cette fiction et y prenaient du plaisir (ou pas, on ne peut pas plaire à tout le monde !).

Je vous embrasse fort mes petits bouts,
L.

Ps : Une review et vous pourrez venir me faire vos excuses pour m'avoir menacé dans le chapitre précédent alors que je suis finalement super gentille !