Chapitre 35:

Elsa serrait le pelage de Briak dans sa main. Les loups courraient à vive allure, traversant les pleines enneigées, soufflant d'épais nuages de buées. Trop vite, les plus hautes tours du châteaux d'Arendelle se présentèrent à l'horizon. La reine sentit Briak grogner. Elle ordonna à la meute de s'arrêter, et descendit du loup. Briak reprit sa forme humaine.

- Qu'est ce qu'on fait?

Demanda-t-il.

- On attend le signal de Mak.

Répondit la blonde, sans quitter Arendelle du regard.

La louve s'arrêta essoufflée. Elle posa un regard expert sur Arendelle. Hans devait être dans la plus haute des tours, c'était une certitude. Il la croyait morte, mais il s'attendait sans doute à ce qu'Elsa revienne. La fameuse armée du sud n'était plus là, et devait jouir des plaisirs du château. Il était tard, seuls quelques gardes faisaient leur ronde habituelle aux alentours des portes. Ils pouvaient espérer un effet de surprise en entrant discrètement. Mak regretta un instant de ne pas avoir Briak à ses cotés. Avec lui, la mission aurait été un jeu d'enfant. Avec son père, c'était plus compliqué.

- Où est le Ficede?

Demanda Mordok, les bras croisés, l'esprit à vif.

Mak pointa la tour du doigt sans répondre. Sans réfléchir, Mordok avança d'un pas. Sa fille le retint.

- Attends. Tu ne compte tout de même pas foncer dans le tas?

- Et pourquoi pas? Il ne tiendra pas cinq minutes face à moi.

Je te ressemble beaucoup trop...Pensa la louve, exaspérée.

- Peut-être, mais nous avons un plan. Ils sont deux fois plus nombreux que nous.

- Je suis mille fois plus fort qu'eux.

Ce n'est pas la modestie qui t'étouffe…

- Je sais mais…

Mordok ne laissa pas à Mak le temps de finir sa phrase, que déjà, il s'élançait seul, à l'assaut du château.

Mak grogna bruyamment devant la stupidité de son père, et s'empressa d'empoigner un arc afin de lancer un flèche enflammée dans les airs.

La lumière attira le regard d'Elsa. Elle fronça les sourcils. Ce n'est pas normal…

- Ils ont déjà infiltré le château?

Demanda Briak sans comprendre.

- Je ne sais pas. Ça me paraît étrange que Hans n'est pas mieux couvert ses arrières.

- On va aller voir. Votre carrosse est avancé, votre Altesse.

Déclara l'homme, en se changeant à nouveau en loup. Sans plus attendre, Elsa enfourcha l'animal, et ordonnant à la meute de fondre sur Arendelle, en espérant corps et âme pour qu'il ne soit rien arrivé à Mak.

- Sir! Toute un armée se dirige droit sur nous!

Cria un homme, en entrant en trombe dans le bureau de Hans.

Le prince sourit sans se lever de sa chaise, et affirma, pensif:

- Elsa a finalement décidé de revenir…

- Non Sir, pas de trace de la reine.

Répondit le garde, sans savoir si il en avait le droit.

- Alors qui sont ces hommes?

Demanda Hans, en daignant lui jeter un regard.

- Ce ne sont pas des hommes, Sir. C'est une armée de loup. Ils sont plus d'une centaine. Ils attaquent par le sud. L'un d'eux est blanc, et paraît plus dangereux que les autres. J'imagine qu'il est leur chef.

Les yeux de Hans s'écarquillèrent. Comment est-ce possible? Cette maudite louve aurait donc survécue? Mais il l'avait battue à mort. Jamais personne de normalement constitué n'en se serait sortit vivant. Peut-être attaquait-ils pour venger sa mort. Mais n'était-elle pas une paria? Et ce légendaire loup blanc, il existait donc réellement?

Souvent, étant petit, il avait rêvé de lui, pour finir par hurler de peur. Ce soir, il avait rendez-vous avec son pire cauchemar.

Une haine incommensurable s'immisça en lui. Il serra les poings, et ordonna:

- Abattez le loup blanc. Et réduisez les autres en esclavages. Je les veux vivants. Et si vous voyez une gamine aux cheveux courts, elle est a moi.

- Qu'est ce qu'on fait pour les villageois, Sir? Il faut faire évacuer la ville.

Hans tapa du poings violemment sur le bureau, faisant sursauter le garde.

- Je me fou des villageois! Nous n'avons pas le temps pour ça. Ils ne doivent pas entrer dans le château.

Un bruit sourd se fit entendre au rez-de-chaussée. Hans frissonna. Le garde grimaça:

- Ils sont entrés.

Un garde s'écrasa douloureusement sur le carrelage du hall d'entrée du château, sous les rugissements de Mordok.

Mak arriva à bout de souffle, suivit de près par la meute, qui se chargeait de mettre à mal déjà nombre de Ficede à l'extérieur.

- Génial. Maintenant tout le monde sait que nous sommes ici. Hans a déjà du appeler son armée. On est prit au piège!

Cria la louve, au bord de la crise de nerfs. Mordok ne prêta aucune attention aux dires de sa fille, et hurla:

- Fils de feu!

Un frisson parcouru toute la colonne vertébrale du jeune prince. Un éclair passa dans ses yeux. Un sourire étira ses lèvres. Il saisit une épée, et se leva.

Le coeur d'Elsa s'arrêta ainsi que toute la meute, quand elle entendit le cri du loup blanc. Ils avaient enfin réussit à pénétrer le village, et devant eux, s'affrontaient deux clans.

Dans le ciel noir, des boules de feu éclataient, des vents violents soufflaient, des tempêtes de sable se propageaient. Les Ficede se défendaient, les loups mordaient en rugissant bruyamment. La reine se dit que cette vision ressemblait à s'y méprendre au chaos le plus total. Du regard, elle chercha Mak mais ne trouva personne. Elle fut surprise et déchirée de voir des villageois et des familles courir un peu partout, cherchant à sauver leur peau comme ils le pouvaient. Une morbide guerre civile...Pensa-t-elle.

- Votre Majesté!

La blonde tourna la tête, cherchant à savoir d'où provenait la voix. Elle posa son regard sur un homme qu'elle reconnut instantanément.

- Kai?

Elle descendit de Briak, et courut vers lui, qui se cachait dans une ruelle. Son souffle était court, une entaille coupait son arcade, et une expression d'incompréhension totale passait sur son visage.

- Vous êtes vivante! Où est la princesse? Qu'est ce qu'il se passe? Qui sont ces bêtes?

Elsa posa une main sur l'épaule de l'homme, et expliqua:

- Anna va bien. Les loups sont avec moi. Pourquoi pensiez-vous que j'étais morte?

- C'est ce que le Prince Hans nous a dit. Il nous rapporté que la princesse Anna était partit à votre recherche suite à votre couronnement, et que ses hommes vous avez retrouvées mortes de froid toutes les deux dans la montagne du Nord.

Il a pensé à tout...Pensa la reine en soupirant.

- Hans est un traitre. Tout va bien Kai, je suis là pour l'arrêter. N'ayez pas peur des loups, ils ne vous feront rien. Faites-moi confiance, je vous en pris.

Kai parut réfléchir un instant, cherchant dans les yeux d'Elsa ce qu'il y trouvait quand elle n'était qu'une enfant.

- Je vous fais confiance.

Elsa esquissa un sourire en retrouvant cet ami.

- Les gardes sont tous des Ficede. Où est l'armée d'Arendelle?

- Si vraiment Hans est celui que vous pensez, ils doivent être enfermés dans le cachot.

Déterminée, Elsa déclara:

- Il est temps de les libérer.

- Mais comment? Les hommes de Hans empêchent tout accès au château, ils sont une cinquantaine rien que devant la porte. Et il faut évacuer les villageois.

Elsa sourit, ce qui étonna Kai davantage.

- Vous allez évacuer tout le monde. Je m'occupe du château.

- Votre Majesté, avec tout le respect que je vous dois, je ne vous laisserai pas vous tuer dans cette guerre. Regardez vous-même. Ils sont trop nombreux, et ils ne laisseront rien passer.

- Oui, c'est pour cela que nous n'allons pas les attaquer par devant.

Kai fronça les sourcils sans comprendre. Si elle ne les attaquait pas par devant, qu'est ce que comptait faire sa reine? Il la vit simplement fermer les yeux.

Hans se posta en haut des escaliers, et posa un premier regard sur le loup blanc. Il était aussi affreux que dans ses cauchemars les plus sombres. Il jura qu'il serait mort ce soir. Puis ses yeux dévièrent sur Mak. C'était impossible! Ce monstre était donc increvable. Prit de rage, il envoya une flèche d'argent, que Mordok reçu dans l'épaule sous le regard tétanisé de Mak. Mais le vieux loup ne broncha même pas, et retira d'un coup sec la flèche de son bras.

- C'est tout ce que tu sais faire? Tu as cherché à nous éradiquer. Approche salopard!

Rugit-il en se changeant en bête.

Papa est en colère...Pensa la louve en faisant de même.

Les deux loups, père et fille, rugirent en voyant Hans descendre lentement l'escalier, totalement sur ses gardes, emplit de courage et de haine.

Soudain, une voix pénétra le coeur de Mak, ses yeux jaunes s'écarquillèrent.

Mon amour, tu m'entends?

Elsa! Tout va bien?

Oui, rassure-toi. J'ai besoin que tu perces la défense du château. Tu peux faire ça?

Mak se retourna, et vit qu'à l'extérieur du château, une ligne d'environs cinquante Ficedes empêchait tout passage. La louve rugit.

- Qu'est ce que vous faites, Altesse?

Demanda le pauvre Kai, qui ne savait plus où il en était, et qui ne se sentait pas très rassuré près d'un homme immense au regard noir.

- Tu l'as appelée? Elle est à l'intérieur?

Demanda Briak, en croisant les bras. Kai écarquilla les yeux. Il était en guerre, et ce type paraissait tout à fait serein.

- Oui, elle ne devrait plus tarder. J'imagine qu'elle va encore se donner en spectacle.

Répondit Elsa, en plaignant déjà la pauvre poignée d'hommes devant les portes.

Dans un vacarme, Kai put voir une splendide bête noire sortir du château, pour se jeter, mauvaise, sur les gardes par surprise, détruisant la défense avec une aisance désarmante.

Un éclat de rire s'échappa de la gorge de Briak devant la scène.

- Elle est toujours aussi dingue!

La défense ne fut bientôt que de l'histoire ancienne. Les portes étaient dégagées.

Un sourire éclatant s'afficha sur le visage d'Elsa.

Ça, c'est mon loup. Crâneuse.

La voie est libre. Mon père a besoin de moi. Entre, mais sois prudente.

Toi, sois prudente.

Pensa la louve, avant d'émettre un dernier rugissement à l'attention de sa reine, pour enfin retourner à l'intérieur du château.

Elsa sourit, intima à Kai de s'occuper des villageois, et s'élança d'un pas confiant vers le château, l'armée et Briak, toujours derrière elle. Le pauvre Kai secoua la tête en essayant de comprendre ce qu'il venait de voir.