Chapitre 34
Ce jour était finalement arrivé. Léna faisait sa valise dans le dortoir désormais vide. Elle avait repoussé ce moment le plus possible. Ses amies avaient bouclés les leur la veille et profitaient des derniers instants passés au Château dans la salle commune avec les autres. Un coup de baguette lui suffit pour mettre toutes ses affaires dans sa malle et dans un petit sac qu'elle gardait avec elle dans le train. Elle y mit un livre et de l'argent pour acheter à manger dans le wagon.
Alors que la jeune fille allait fermer sa valise, son regard tomba sur ses uniformes scolaires. Elle savait que lorsqu'elle rentrerait chez elle, elle les stockerait au fond de son placard et elle les garderait sûrement toute sa vie en souvenir de ses années passées à Poudlard. D'ailleurs, en rentrant chez elle, Léna en profiterait aussi pour faire le tri dans ses vieilles affaires d'enfant. Peut-être allait-elle les donner à l'Orphelinat Wool.
Oui, lorsqu'elle rentrerait chez elle, Léna ferait toutes ces choses. Mais aussi, désormais, elle pourrait profiter de sa famille et son amie Agatha qu'elle n'avait pas pu voir beaucoup. La jeune fille savait que l'absence de son père allait peser lourd sur son cœur. Sa mère et son frère s'étaient sûrement plus ou moins habitués à vivre sans lui. Son père, qui était peut-être mort à l'heure qu'il était, n'était toujours pas revenu à la maison. Cela faisait un peu plus de deux mois que la guerre avait pris fin mais sa mère n'avait jamais reçu de nouvelle. Elle avait contacté le ministère à plusieurs reprises mais ils étaient débordés alors ils l'avaient redirigée vers la mairie de la ville qui n'avait pas pu lui répondre non plus. A cause de la guerre, la population mondiale ainsi que son environnement avaient eu de nombreux dégâts.
Tellement de personnes étaient mortes ou étaient portées disparues. Tellement de familles étaient en deuil. Tellement d'enfants étaient devenus orphelins. Tellement de familles étaient décimées. Tellement de paysages étaient devenus méconnaissables.
Il allait leur falloir des années pour se reconstruire. C'était si triste. Même les sorciers avaient été touchés. Malgré cela, certains disaient que cela leur faisait ni chaud ni froid puisque ce désastre ne les concernait pas. Si triste.
Mela sauta sur le lit et se mit à miauler pour attirer l'attention de sa maîtresse. Celle-ci la caressa.
- « Ne t'inquiète pas, je t'emmène avec moi ».
Le chat se mit à ronronner de plus belle et se colla à la jambe de Léna. Distraitement, cette dernière caressa longuement le pelage de Mela. Ses pensées vagabondaient vers un Préfet-en-Chef énigmatique qui se montrait avec elle tantôt agréable, tantôt … En fait, elle ne savait pas trop. La jeune fille avait des difficultés à cerner le personnage. Son attitude ambivalente avait le don de l'embrouiller. Elle savait qu'il jouait avec elle parfois, peut-être était-ce un jeu de séduction ou une simple blague. Quoi qu'il en était, Léna ne savait jamais sur quel pied danser avec lui. C'était pour cela qu'elle se méfiait de lui et le repoussait à chaque fois. A cela s'ajoutait la demande quelque peu étonnante qu'il lui avait fait quelques jours auparavant. En effet, le jeune homme lui avait demandé de rejoindre son groupe qu'il avait commencé à former avec quelques élèves triés sur le volet. Au départ, il n'avait pas vraiment préciser leur objectif et leurs activités. Léna, ne souhaitant pas rejoindre un groupe de personnes sans rien savoir d'eux, l'avait harcelé de questions avant qu'il crache le morceau. Elle n'avait pas cillé face au jeune homme habilement manipulateur et avait obtenu sa réponse – réponse qui l'avait désarçonnée. Le Préfet-en-Chef et ses amis pratiquaient la magie noire et il souhaitait qu'elle les rejoigne puisqu'il avait vu en elle un grand potentiel. La jeune fille avait cru comprendre que le groupe poursuivait un objectif centré sur ses intérêts à lui et que les « amis » devaient lui obéir au doigt et à l'œil. Cela, il ne l'avait pas clairement dit mais elle l'avait compris en repensant au comportement des Serpentards envers lui. Certains semblaient avoir peur de lui et d'autres manifestaient une admiration et un respect qui ressemblaient que trop à ceux que l'on accordait aux dieux, sans toutefois, être les mêmes sentiments que le Préfet-en-Chef suscitait chez les autres élèves et les professeurs.
Son instinct lui hurlait de refuser l'offre. Et, malgré les compliments et la gentillesse que Tom Jedusor avait usé, elle avait refusé en bloc. Frustré, il n'avait pas pu cacher sa colère face à elle pour la première fois et ils s'étaient quittés un peu en froid. Léna ne l'avait pas revu depuis.
La Serdaigle ne pouvait s'empêcher de penser que le Préfet-en-Chef s'était rapproché d'elle uniquement par intérêt. Les moments passés avec lui, agréables comme désagréables, ne pouvaient pas être balayés aussi vulgairement. Leur complicité, leurs points en commun, les jeux de séduction … Tout était faux ? Léna ne voulait pas y croire. Cependant, elle se sentait utilisée. De plus, sa proposition prouvait qu'il ne la connaissait pas. Jamais, Léna n'utiliserait la magie noire et encore moins pour faire des choses cruelles. En dépit de ce qu'elle voulait bien admettre, la jeune fille sentait un pincement douloureux au niveau du cœur à l'idée que le Préfet-en-Chef l'ait manipulée. Elle l'aimait bien. Cependant, Léna gardait l'espoir qu'elle se trompait.
La Serdaigle se leva et c'est avec l'esprit confus qu'elle rejoignit ses amis avec Mela et son petit sac. Sa valise allait être emmenée comme celle des autres directement dans les soutes à bagages du train. Elle se mêla à la conversation pendant qu'ils descendaient l'escalier qui menait au hall d'entrée. En même temps, Léna, Mela miniaturisée sur son épaule, jetait des regards autour d'elle comme si elle prenait des photos dans son esprit pour garder des souvenirs de Poudlard qu'elle n'oublierait jamais. Arrivée dans le hall, Carla et quelques Serpentards vinrent les saluer et bavardèrent avec eux. Certains professeurs étaient présents pour guider les premiers années et dirent au revoir aux septièmes années. En tête de la foule d'élèves, les amis de Léna marchaient tranquillement jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent pour attendre les calèches qui roulaient toutes seules et qui les mèneraient jusqu'au Poudlard Express. Des rumeurs disaient qu'elles étaient tirées par des créatures monstrueuses. Bien évidemment, Léna ne les avait jamais vu.
Alors qu'elle parlait avec Liz et Chloé, la jeune fille entendit une voix qu'elle connaissait bien derrière elle. Le Préfet-en-Chef était en grande conversation avec des garçons de Serpentard. Il ne fit pas attention à elle. Les calèches arrivèrent et ils ne prirent pas le même charriot ainsi Léna le perdit de vue. Elle ne le revit pas non plus lorsqu'elle s'installa avec ses amies dans un compartiment du Poudlard Express.
Pendant une grande partie du voyage, les filles partageaient des souvenirs de leurs années au Château. Avec nostalgie, elles se racontaient des anecdotes qui les faisaient passer du rire aux larmes. Léna, son chat qui avait repris sa taille sur ses genoux, participait vivement à la conversation mais elle ne pouvait s'empêcher de penser au Préfet-en-Chef. Au bout d'un moment, elle prétexta une envie d'uriner et sortit du compartiment en laissant Mela sur la banquette où elle était assise auparavant. En parcourant le couloir, la jeune fille jetait des regards furtifs dans les cabines mais aucune trace de lui. Arrivée devant la porte des toilettes, elle y entra et attendit son tour. Une fois, ses petites affaires terminées, elle sortit de la cabine et se lava les mains dans un des lavabos. Elle avait pris son temps et il n'y avait plus personne qui patientait. La lumière au-dessus des miroirs éclairait joyeusement la pièce. La Serdaigle se regarda dans le miroir en face d'elle. Ses yeux la fixèrent un moment. Quelqu'un sortit d'une des cabines, ce qui mit fin à la contemplation de Léna qui arrêta l'eau, s'essuya les mains puis quitta la pièce. Elle ne rejoignit pas tout de suite ses amies puisqu'elle voulait jeter un œil au wagon où se tenait sûrement une réunion des préfets d'après ce que Liz avait dit une demi-heure avant. La jeune fille ne savait pas ce qu'elle allait lui dire si elle l'avait en face d'elle mais elle avait envie de le voir une dernière fois alors la Serdaigle se retrouva vite devant la porte en bois. Léna regarda à travers la petite fenêtre et le chercha. Mais elle ne le vit pas parmi les quatre élèves assis autour d'une table ronde au centre de la pièce. Des camarades attendaient derrière pour entrer et la jeune fille se décala pour les laisser passer. Liz se trouvait parmi eux. Le regard étonné qu'elle lui lança lui fit comprendre qu'elle se demandait ce qu'elle faisait ici.
- « J'étais curieuse. Je voulais savoir à quoi ressemblait cette pièce avant la fin du voyage, mentit Léna.
- Ah, répondit Liz qui visiblement ne la croyait pas. Ta curiosité a été rassasiée ?
- Oui ! Je sais maintenant de quoi à l'air la salle de réunion des préfets.
- Le véritable objet de ta visite est-il présent ? » Demanda la petite blonde.
Un silence s'installa. Léna était trop hébété pour répondre.
- « Ne me prends pas pour une idiote, je sais pourquoi tu es ici, reprit Liz. Eh oui. La petite blonde gentille, sérieuse et honnête que je suis a compris ton petit manège ».
Léna encaissa difficilement le ton de reproche.
- « J'aurais aimé que tu m'en parles. Moi aussi, j'ai des sentiments pour lui, poursuivit la jeune fille. Non, ne dis rien. Je sais ce que tu vas me dire, Léna ».
Puis, elle ouvrit la porte et s'engouffra dans la pièce, laissant là son amie qui n'en croyait pas ses oreilles. Léna se rendait compte qu'elle avait bafoué les sentiments de Liz de manière égoïste. Elle n'avait pensé qu'à elle. C'est à ce moment-là que l'objet de leur dispute fit son apparition. Léna le regarda sans rien dire puis se décala sur le côté pour libérer le chemin.
- « Qu'est-ce que tu fais ici ?
- J'ai parlé avec Liz » Répondit la jeune fille qui ne mentait pas vraiment.
Le Préfet-en-Chef la contempla en silence. Plus Léna le regardait, plus elle avait mal – mal à cause de lui et de son comportement ambivalent, mal à cause du ressentiment de Liz et mal à cause des sentiments qu'elle commençait à ressentir envers le jeune homme.
Des larmes perlèrent au coin de ses yeux. Elle cligna des yeux pour les balayer mais son envie de pleurer eut raison d'elle. Léna essuya d'un revers de manches les larmes qui coulaient sur ses joues. Un élève se fraya un chemin à côté d'eux sans faire attention à eux puis il entra dans la pièce derrière la jeune fille. Celle-ci détourna la tête pour se cacher et en profita pour essuyer les derniers larmes qui avaient trempés ses joues. Après le passage de leur camarade, elle esquissa un pas pour s'enfuir mais d'autres élèves, d'autres préfets pour être exact, se tenaient devant elle. Tom Jedusor lui prit le bras et l'éloigna un peu dans un coin isolé. En silence, il la laissa reprendre ses esprits. Léna savait qu'il y avait mieux comme entrée en matière mais elle ne pouvait pas s'empêcher de dire cela :
- « Je n'ai pas changé d'avis, si tu veux savoir. Je ne veux toujours pas rejoindre ton groupe ».
Le Préfet-en-Chef garda le silence. L'expression de son visage ne changea pas non plus. La jeune fille guetta sa réaction. Puis, au bout de quelques secondes qui lui parurent très longues, Tom Jedusor prit la parole.
- « Pourquoi me repousses-tu sans cesse ? Suis-je aussi horrible que cela ? ».
Il la fixait d'une manière indéchiffrable – ou plutôt difficile à comprendre puisqu'il paraissait en proie à plusieurs sentiments que Léna n'arrivait pas à identifier clairement. Colère, frustration, tristesse, … ? Ou peut-être que tout cela était feint.
- « David …
- David n'a rien à voir là-dedans, le coupa-t-elle, agacée que le nom du jeune homme qu'elle oubliait enfin revenait sans cesse dans leur conversation.
- Alors, pourquoi ?
- Tu ne me dégoûtes pas, dit Léna qui réfléchissait à ce qu'elle devait lui dire sans le vexer.
- Mais ? L'encouragea Tom Jedusor qui voyait qu'elle ne disait pas tout.
- Mais je n'arrive pas à te comprendre. Tu es tellement énigmatique, tu changes tout le temps d'attitude. Je ne sais jamais ce que tu penses vraiment. A force, je me dis que je ne te connais pas du tout alors que toi, tu sais pleins de choses sur moi. Comment veux-tu que je te laisse te rapprocher de moi si je te sens si loin ? »
Sa question resta en suspens. Dans le silence, ses derniers mots semblaient encore raisonner tel l'écho qui se répercute contre les parois d'une grotte. Ils se contentèrent de se contempler l'un l'autre, chacun à réfléchir à ce qui pouvait désamorcer la situation. Finalement, ce fut Léna qui brisa le silence.
- « Je sais que tu n'es pas quelqu'un qui se confit facilement. Mais, il m'est difficile de rester auprès de quelqu'un sans savoir à quoi m'attendre de sa part ».
« Pour être tout à fait honnête, je ne suis même pas sûre que tu t'intéresses vraiment à moi mais plutôt à l'intérêt que je représente pour tes objectifs personnels », pensa-t-elle sans oser le dire à voix haute.
- « Ce que tu dis me blesse. Je suis digne de confiance et je ne te veux aucun mal. Je m'intéresse à toi pour toi, parce que tu me plais » Répondit le jeune homme.
Lit-il dans les pensées ?
- « Je ne te laisserais pas t'éloigner de moi. Je garderais toujours contact avec toi, poursuivit-il avant de marquer une nouvelle pause et de reprendre quelques secondes plus tard. Nous parlons toujours de ce que je pense de toi mais, et toi, que ressens-tu pour moi ?
- Nous ne parlons pas toujours de ce que tu penses de moi.
- Léna, veux-tu bien, pour une fois, arrêter de te montrer aussi têtue ? Réponds-moi simplement, s'il te plaît.
- Tu sais très bien ce que je pense de toi. Tu l'as deviné. De toute façon, toutes les filles de l'école ou presque sont tombées sous ton charme. Tu savais qu'à un moment ou à autre ce serait sûrement pareil pour moi. En plus, tu peux avoir n'importe quelle fille. D'ailleurs, que vas-tu faire des filles de ton fan-club ? Vous allez …
Elle ne put continuer son monologue car elle fut interrompu par le Préfet-en-Chef qui avait finalement céder le premier à la tentation. Lorsqu'elle sentit ses lèvres sur les siennes, Léna lui rendit immédiatement son baiser. Celui-ci était différent des autres. En fait, elle n'avait embrassé qu'un garçon – officiellement puisque le Gryffondor ne comptait pas, ce petit voleur. Tom Jedusor était doux et agréable – enfin le baiser était doux et agréable. Elle ne savait plus où elle en était, elle en perdait ses repères. Seul le contact avec son partenaire comptait. La main gauche du Préfet-en-Chef avait glissé le long de son dos et l'avait subrepticement rapproché de lui et l'autres entremêlait ses doigts dans les cheveux détachés de Léna. Quant à celles de la jeunes filles, l'une était posée sur la nuque de Tom Jedusor et l'autre sur sa joue.
Lorsque le baiser prit fin, les deux jeunes gens s'éloignèrent un peu l'un de l'autre tout en gardant le contact visuel. Léna posa son front contre celui du Préfet-en-Chef. Leur souffle se mêlèrent alors qu'ils essayaient de le reprendre. La jeune fille esquissa un sourire puis éclata de rire doucement. Le Préfet-en-Chef sourit à son tour. Ses mains étaient toujours sur Léna comme s'il avait peur qu'elle s'enfuit. La jeune fille posa les siennes sur les joues de Tom Jedusor et les caressa doucement. Ce dernier jeta un œil par-dessus l'épaule de Léna.
- « Il faut que j'y aille ».
Une nouvelle fois, il embrassa langoureusement la jeune fille puis esquissa un pas vers la salle de réunion.
- « Même si tu ne veux pas nous rejoindre et que tu ne veux pas entendre parler de magie noire, j'aimerais que nous gardions contact, dit-il. Simplement pour avoir de tes nouvelles et non pour t'utiliser, précisa-t-il.
- Bien sûr, répondit Léna, encore groggy.
- Je t'enverrais un hibou dans quelques jours, fit Tom Jedusor en se retournant et en se dirigeant vers la salle de réunion mais avant d'actionner la poignée, il se tourna brusquement vers elle. N'importe où tu seras, je saurais te retrouver ».
Puis, le jeune homme ferma la porte en la regardant comme si elle allait disparaître. Une fois, le panneau de bois fermé, Léna resta un petit moment à le regarder en se passant les derniers instants en tête. La chaleur lui monta aux joues et elle repartit vers son compartiment où ses amies bavardaient gaiement.
Mot de l'auteur :
Voilà ! Léna à l'école des sorciers est terminé. Il s'agissait de la première partie de l'histoire et j'espère qu'elle vous a plu. Au départ, je souhaitais l'écrire en une seule et même partie. Toutefois, il s'avère que mon imagination s'est laissé emporter et je me retrouve avec trop de chapitres. Alors j'ai pris la décision de séparer en deux cette fanfiction. Si vous avez le courage et l'envie de connaître la suite des aventures de Léna, vous pouvez lire Léna à la poursuite de son destin. Sinon, merci d'avoir lu jusqu'ici et bonne continuation.
PrettySweetFeather.
