Hellooooo :D

Me voilà en vacances pour une semaine, j'espère que j'aurais plus le temps d'écrire que ces derniers temps (haha) même si j'ai encore deux bonnes leçons d'avance. J'espère aussi que le chapitre d'aujourd'hui vous plaira vu que j'ai encore fait un mix livre-film à ma sauce...

Bref, bonne lecture ^^


Leçon 25 : évitez certaines régions si vous êtes arachnophobe.

Le lendemain, la puissance néfaste de la Forêt Noire me prit immédiatement à la gorge au réveil. Il fallut toute l'énergie de mes meilleurs amis pour réussir à me lever puis avancer à la suite de notre petite troupe aux allures de zombies - je ne reparlais d'ailleurs pas avec Kili de notre petite crise de nerfs mutuelle la veille au soir. On n'était pas encore dans the Waking Dead mais la Compagnie abondait dans ce sens… Seul Bilbo semblait encore animé d'une fraîche étincelle de vie (promis, j'arrêterais bientôt de me moquer mentalement de lui car il m'impressionnait) et, bien sûr, Thorïn. Le Grand Oeil ne dort jamais ? Croyez-moi, j'en connaissais un qui pouvait concurrencer grâce à son nombre impressionnant d'heure sup' à ruminer sa vengeance !

Moi-même, pourtant prévenue et magicienne, je n'étais pas épargnée. Ma bouche devenait de plus en plus pâteuse au point qu'articuler quoi que ce soit de cohérent se révélait impossible. Pas que parler aurait apporté un semblant d'intelligence à notre groupe : tombés au fin fond de (la mine de) la connerie, les nains continuaient à creuser avec énergie !

- Oh regardez, une bague à tabac… de nain.

- Il y a des nains dans cette forêt, compléta Nori.

- Des nains des Montagnes Bleues, en plus ! C'est la même bague à tabac que la mienne, murmura Bofur avec des yeux perdus.

- Parce que c'est la vôtre, répliqua Bilbo sur un ton acide. Vous ne comprenez pas ? on tourne en rond !

Pas que dans la forêt, malheureusement, parce que ça (ne) tournait aussi (pas) en rond dans ma tête…

Je clignais des yeux : l'instant d'avant, nous suivions le sentier ; la seconde d'après, un combat entre Dwalïn et Gloïn nous forçait à nous arrêter. Tout se passait très - trop - vite pour mon cerveau fonctionnant au ralenti. Je finis par serrer de façon compulsive mon pendentif en pierre de lune, atrocement gelé sur ma peau moite, pour diffuser de la magie dans mon corps engourdi. Ce fut comme une douche écossaise : je passais du chaud au très froid en quelques secondes, en retenant un glapissement. En temps normal, j'aurais immédiatement attiré l'attention des autres. Sauf que là, je m'en rendais compte avec un train de retard, une sorte de baston générale menaçait d'éclater à cause de Kili.

Je prenais mon meilleur ami par le col, excédée, pour l'emmener à l'écart de la Compagnie et posais mon front contre le sien. Une vague de magie pure traversa son esprit sur mon impulsion ; en un clin d'œil, son regard vide reprit une étincelle de vie - et d'intelligence, Varda merci.

- Val' ? souffla-t-il, confusément. Qu'est-ce que-

- Je suggère que nous fassions une halte, le coupais-je en me tournant vers Thorïn. Histoire de mettre les choses à plat entre nous parce que ça devient infernal.

Ses yeux bleu ciel me dévisagèrent avec surprise, comme si c'était la première fois qu'il me voyait, et je m'approchais de lui pour poser avec douceur le bout des doigts contre sa tempe.

- Nous avons besoin de nous arrêter si on ne veut pas que ça se termine en bain de sang. Thorïn ?

Un filet de magie continuait de diffuser celle, sinistre, de la Forêt Noire quand il me saisit le poignet avec une lenteur qui me surprit. Le système informatique avait du mal à faire un redémarrage ? je connaissais ça...

- Faites ce que vous avez à faire, Valmae, rapidement. Nous devons reprendre la route, murmura l'héritier de Durïn.

Il dût soudain se rendre compte qu'il me fixait et qu'il me tenait toujours la main puisqu'il se recula d'un coup, comme si notre contact l'avait brûlé - quelle drôle d'idée. Notre leader, tout aussi hagard que le reste du groupe, avait donc toujours assez de jugeote (ou peut-être plus assez ?) pour ne pas contredire ma proposition. Tellement hagard qu'il m'avait appelé tout simplement par mon prénom… Je m'obligeais à avoir les idées claires en secouant la tête, ignorant la partie de mon cerveau qui tentait d'analyser le regard étrange de notre leader, son ton bien moins directif que d'ordinaire, et sa soudaine prise de recul. Forêt Noire, pour l'amour d'Aulë ! Pas de temps pour les spéculations non-constructives !

Je passais rapidement de nain en nain pour leur infliger une impulsion magique sur les tempes. Ils y réagirent plus ou moins bien : certains reprenaient leurs esprits comme s'ils sortaient d'un mauvais rêve, d'autres arrêtaient de vouloir se taper dessus pour juste grogner. J'échangeais un regard exaspéré avec Bilbo. Pour une raison qui me paraissait évidente (mon préciiiiieux quand tu nous tiens…), il était déjà trop sous l'influence de l'Anneau pour que celle de la Forêt puisse - relativement - s'y superposer. Je tirais sur l'écharpe prêtée par Ori avec une grimace, de nouveau en sueur.

- Val' ? ça va ?

J'éludais la question de Fili d'un sourire fatigué.

- Ne t'inquiètes pas pour moi. Plus vite on trouvera la sortie de ce labyrinthe, mieux ce sera, murmurais-je dans un souffle.

Pour seule réponse, il me prit d'autorité le poignet et nous reprîmes ensuite la route à la suite de son oncle. Kili glissa ses doigts entre les miens lorsque la Compagnie s'arrêta quelques minutes plus tard au bord du même ravin qui nous avait arrêté la veille, puis m'embrassa sur la tempe en fermant les yeux - parallèle à son brusque retour à lui-même quelques minutes avant.

- Merci pour tout à l'heure. Dwalïn m'aurait méchamment désossé si tu n'étais pas intervenue pour me remettre les idées en place.

- De un, je ne pense pas qu'on puisse "gentiment" désosser quelqu'un (il ricana face à mon ton sarcastique) ; et de deux, je doute que mon mini-sortilège soit permanent, malheureusement. Si vous restez à proximité (Fili comprit soudain qu'il était inclus dans l'équation et tourna la tête vers moi), je pourrais vous éviter des problèmes mais ça ne vaut pas pour le reste de la Compagnie. On va devoir être prudents…

L'épéiste hocha la tête avant de retourner en tête de file sans doute pour faire un rapport à leur oncle. Je ne doutais pas qu'il reviendrait vite vérifier si sa tête brûlée de petit frère n'avait pas - encore - l'idée brillante d'insulter un guerrier plus bourrin que lui… Derrière nous, Bombur poussa un soupir à fendre l'âme.

- J'ai faim, marmonnait-il sans cesse depuis que nous étions levés.

- On sait, répliquait aussitôt son frère.

- J'ai envie de me rendormir pour rêver d'un banquet.

- Tais-toi donc ! fit Gloïn d'un ton tranchant. On a tous faim, pas la peine d'en rajouter !

- Mais j'ai faiiiim !

J'avais l'impression d'entendre un gamin... Bien qu'il ait malheureusement raison : tout le monde souffrait du manque de nourriture. Même moi qui mangeais moins que les autres nains grimaçais souvent de la faim qui me tenaillait le ventre... Je piochais machinalement dans un paquet de fruits séchés que me tendais Bifur tout en maudissant intérieurement notre leader. Si nous étions restés un peu plus longtemps à Fondcombe, on aurait pu embarquer des lembas (enfin, moi, vu que je doutais que mes compatriotes avalent quelque chose qui ne contenait pas de viande) !

Nous ne nous arrêtâmes pas pour manger le midi - manger quoi ? - mais nous fûmes obligés de faire une halte en fin d'après-midi. Non seulement parce qu'on en avait plein les jambes mais aussi parce que Bilbo, enfin sorti de sa torpeur, avait eu l'idée lumineuse d'aller voir la position du soleil pour nous indiquer la direction approximative à prendre.

Comme d'habitude, la plupart des nains avait râlé - comme quoi il était cambrioleur et pas stratège -, surtout que la Forêt Noire ne les rendait certainement pas plus aimables. Et, comme d'habitude, Thorïn avait regardé un instant ledit cambrioleur pour vérifier qu'il était sûr de lui avant de lâcher d'une voix polaire qu'on allait lui donner un coup de main pour monter au sommet d'un arbre. Directif ? naaaaan.

J'avais fini par remarquer un truc : Thorïn avait le chic pour nous foutre dans des situations pas possibles ; Bilbo trouvait un plan aux airs de mission suicide ; la Compagnie grognait son désaccord ; Thorïn grognait plus fort ; tout le monde obéissait et nous nous en sortions finalement vivants.

Bilbo avait une logique détonnante ; Thorïn avait l'autorité.

Et savoir que tout cela allait voler en éclat pour un caillou brillant me donnait mal au crâne - et au coeur.

- Je suis fourbu, soupira Bofur après que j'eus allumé un petit feu.

- A qui le dis-tu... J'ai juste envie de dormir, bâillais-je malgré moi.

- Allez, viens là, fit l'archer avec un petit rire en m'attirant contre lui.

Son frère soupira, tisonnant le feu, et je fronçais les sourcils.

- Fili, tu es sûr que ça va ? murmurais-je après avoir posé ma main sur son bras.

- Ce n'est rien, éluda-t-il.

- Fili...

Je me dégageais de l'étreinte de son cadet pour aller passer un bras autour de l'épaule de l'épéiste, qui sursauta à mon contact.

- Tu m'as dit, chuchotais-je gentiment, que vous étiez là pour moi. Sache que ça vaut aussi pour toi : je suis là, ne l'oublie pas.

Il pinça des lèvres, visiblement hésitant, puis prit une inspiration.

- Valmae, écoute...

Le jeune nain se stoppa net et sortit ses deux épées dans un geste fluide - quoi, j'avais dit quelque chose de maaaaal ?! En regardant le reste de la Compagnie, je remarquais qu'ils avaient tous dégainés leurs armes pour ensuite observer les alentours avec nervosité. Oh. Je croyais savoir ce qui allait suivre et ça ne me plaisait pas du tout. Je levais mes mains en activant ma magie, le coeur battant, attendant ce qui allait suivre avec appréhension.

Je ne fus pas déçue.

Un horrible cri animal déchira la forêt. Une seconde plus tard, nous étions encerclés par des araignées descendues des arbres et dont les mandibules cliquetaient de façon sinistre. Je me pétrifiais un instant sur place. Oh, noooon… Et Bilbo qui ne revenait pas de son expédition Tarzan ! Je sentis confusément qu'on me poussait à l'arrière de la formation, derrière un tronc d'arbre, pendant que la Compagnie se mettait en arc de cercle. Ori couina d'horreur à côté de moi mais eut au moins le réflexe de sortir son arme. Une arme ? Ah oui, c'est vrai : j'avais un coutelas. Il était peut-être temps que je le dégaine ; et c'est ce que je fis avant de me rendre compte que j'avais les bras en coton.

Non, je n'étais pas arachnophobe. Oui, je détestais tous les trucs potentiellement agressifs plus grands que moi.

- Les rumeurs disaient vraies ! s'écria Bofur d'un ton plus aigu que d'habitude. Des araignées géantes !

Bofur, docteur ès tact et monstrueux monstres : noté. Je croisais le regard d'Ori, tout aussi effrayé que moi. Le combat commença, aussi bref que violent ; alors qu'il essayait de charger son lance-pierres, les mains trop tremblantes pour y arriver vraiment, quelque chose glissa derrière moi. Je me retournais brusquement, coutelas en main… et manquais de décapiter Bilbo. Foutu Hobbit !

- Putain de- (j'inspirais un grand coup, jurais en khuzdul quelque chose qui aurait laissé Kili comme deux ronds de flanc, et écartais ma lame de sa gorge) Fuyez, articulais-je comme je pus lorsque les dards suintant d'anesthésiant chuintèrent dans les airs.

- Quoi ? demanda-t-il comme si je venais de le demander en mariage - avec un air de poisson hors de son bocal.

- FUYEZ !

Il ne se fit pas prier pour enfiler son anneau et je le perdis de vue bien que la présence de l'Unique soit très forte pour moi : même invisible, j'étais capable de le repérer avec facilité pour une raison inconnue mais qui ne me plaisait qu'à moitié. Je tentais d'aveugler un des monstres, couinais d'horreur lorsqu'Ori puis Oïn se firent transpercer par des dards juste devant moi. Puis, je sentis comme quelque chose de froid du côté de mon estomac. Je clignais des yeux avant de les baisser vers mon ventre, d'où ressortait la pointe mortelle.

- VALMAE !

J'ignore qui cria, ou même si ce fut une illusion de mon cerveau embrouillé. Une douleur sourde m'envahit, la bave coulant d'entre mes lèvres, et je m'effondrais.

Je ne sais également combien de temps je restais inconsciente mais une chose était certaine : mon réveil fut abominable. Brinquebalée dans tous les sens, la bouche plus pâteuse qu'après ma pire cuite (et pourtant, j'en avais fait quelques unes plutôt mémorables avec deux idiots que je ne citerais pas…), ce qui me ramena à la réalité fut un hurlement d'arachne. Je haletais à travers les fibres de la toile qui m'emprisonnait, le souffle court. Bon sang, ce que j'avais mal ! Une énorme douleur me perçait l'abdomen et le pire ce que j'étais incapable de bouger.

Il y eut un nouveau cri monstrueux puis, quelques secondes plus tard, on commença à entailler la toile qui m'emprisonnait. J'aurais clairement paniqué si, avec le peu de lucidité qui me restait (je n'étais pas un rouleau de printemps spécial araignée géante, merde !), je ne m'étais pas rendue compte d'une chose. Ce n'était pas une cisaille d'arachne qui était à quelques centimètres de moi mais bien une lame - d'ailleurs, son porteur avait intérêt à faire gaffe car je le poursuivrais en justice s'il me coupait le nez. Je me redressais en inspirant de toutes mes forces, les yeux trop piquants et douloureux pour que je les ouvre, aidée par une main qui me tenait le dos.

- Valmae, vite !

- Bilbo ? soufflais-je en reconnaissant la voix du Hobbit.

En entendant des bruits de cliquetis arriver vers nous, je me tendis instantanément et me glissais derrière un tronc d'arbre en retenant ma respiration. Ma mâchoire se crispa quand la blessure infligée par le dard rencontra la mousse glacée de l'écorce. Je gémissais en portant la main à mon flanc puis me tus lorsqu'une main se plaqua sur ma bouche.

- Je vous en prie, taisez-vous, souffla notre cambrioleur. Elles ne nous voient pas mais elles peuvent nous entendre.

- …

Superbe réponse, n'est-ce pas ? Je soufflais lorsqu'il me laissa de nouveau respirer et le regardais avec compassion. Couvert de toile d'araignée, échevelé et avec quelques éraflures, il semblait indemne quoiqu'affamé. Son deuxième petit déjeuner devait lui manquer, le pauvre. Et son goûter. Et son souper. Et tous ses - innombrables - repas, en fait. Il n'avait pas fière allure notre Hobbit national ! Svelte, presque musclé et puant : un vrai guerrier dans toute sa splendeur. Où était passé ce cher Bilbo, joufflu, à cheval sur ses manières et ses vêtements ? sans doute évaporé avec le reste de la Compagnie et mon amabilité. Nous étions tous les deux affalés contre le bas d'un arbre (ne me demandez pas quelle espèce, je serais incapable de les reconnaître tant ils étaient tous tordus, déformés et noircis), non loin du garde-manger général (à savoir, celui des arachnes).

- Il faut qu'on les sorte de là.

- Oui... je sais, répondis-je d'une voix rauque avant de me mettre à tousser - et de m'étouffer à moitié en essayant de ne pas faire de bruit.

- J'ai un plan, continua Bilbo.

Il plongea son regard dans le mien, tout aussi effrayé que moi ; je sus alors que la journée allait être longue, éprouvante et horrible. Voilà que nous devions nous reconvertir en chasseurs de nuisibles, spécialité araignée : un secteur qui recrute en Terre du Milieu ! Par le chant d'Iluvatar, que c'était pathétique...

- Vous êtes encore sous le contrecoup de leur poison, non ? demanda le Hobbit avec inquiétude. Et votre abdomen ?

- Je vais bien, fis-je après avoir tâté mes vêtements. J'ai cru que j'avais été transpercée mais au final, ça va...

- Bon. Je vais faire diversion, décida Bilbo. Et vous, allez aider les nains.

- Mais-

- C'est mieux comme ça, vous ne pouvez pas m'aider dans un état pareil.

… sympa...

- Soyez prudente, souffla-t-il avant de se relever.

- C'est ma réplique, ricanais-je en sifflant de douleur. Vraiment, Bilbo, c'est vous qui serez le plus en danger.

Pas seulement à cause de ces fichus nuisibles bourrés d'hormones de croissance, mais aussi avec l'Anneau Unique à son doigt. Si je survivais à la Bataille des Cinq Armées... ou mieux, si je survivais à cette journée déjà (objectif difficile à atteindre pour le moment), je le prendrais entre quatre-yeux pour l'avertir et parler à Gandalf (la prochaine fois que l'assisté passerait nous faire un petit coucou entre deux quêtes suicidaires). Je me redressais à mon tour difficilement et laissais le Hobbit partir mettre le bordel à grand coup de cris.

- Hé ! Les nuisibles géants !

Définitivement, on se ressemblait beaucoup trop.

- Par ici, essayez de m'attraper si vous en êtes capables !

Elles devaient être un peu idiotes malgré leurs grandes tailles car elles le suivirent en claquant leurs mandibules sitôt qu'il leur eût balancé quelques séries d'insultes moisies (du genre : "vous êtes tellement moches que vous êtes obligées de manger vos compagnons car ils s'enfuiraient s'ils voyaient vos têtes de trop près !"). Je me mordais la lèvre pour ne pas rigoler, entre un rire nerveux et un rire jaune (des insultes d'école primaire, quoi...) qui se bloquèrent tous deux dans ma gorge quand Bilbo passa près de moi en courant. O-oh...

- Sale petit vermisseau ! Reviens ici ! siffla une arachne juste derrière lui.

- Ne t'énerve pas, ma soeur, nous allons le dévorer sans plus tarder...

- Au clair de la nuit, maman Ungoliant, nous allons cuire un petit ennemi ~ mon mari est mort, je n'ai rien à manger ~ Celui-là sera un excellent goûter ! ~

… est-ce que c'était bien une version revisitée de "Au clair de la lune" que je venais d'entendre ? Nom d'un elfe, Radagast n'était pas le seul à abuser des champignons ! Et ça leur avait détruit quelques neurones, ces pauvres bêtes... sans mauvais jeu de mot, elles avaient vraisemblablement une araignée au plafond : ironie du sort. Quand elles furent assez éloignées, je me faufilais en illuminant mes mains et mes pieds d'une faible lueur pour voir où j'avançais. J'arrivais rapidement dans le garde-manger des arachnes, un endroit un peu en hauteur d'accès carrément casse-gueule, et repérais une grande toile où étaient enroulées les proies encore en vie. La Compagnie était très repérable à cause des bouts de barbe qui ressortaient ça et là malgré les efforts des monstres pour les envelopper le plus possible dans leur piège. Je frissonnais et m'apprêtais à aller les délivrer lorsqu'un cliquetis retentit derrière moi.

- Oooh, mais que vois-je ? La brebis galeuse s'était éloignée du troupeau ? chuchota une voix à l'accent chuintant.

Bon, c'était officiel : j'étais maudite. Je fis aussitôt volte face, ne vit rien qui pouvait attirer mon attention puis, me rappelant tous ces foutus films où le méchant se glissait toujours par derrière, je m'écartais brusquement sur le côté. Cela me sauva la vie car, la seconde d'après, un dard se plantait dans le sol à l'endroit où je m'étais trouvée. Je brandis mes mains illuminées par de la magie. Mon coeur battait à tout rompre, j'avais encore mal à l'abdomen et, pour couronner le tout, l'araignée en face de moi n'était pas la plus petite du tas. Au contraire.

- Je vais pouvoir me faire un petit quatre heures avant que les autres ne reviennent...

- D-d-dans tes rêves ! balbutiais-je tandis que mon estomac se retournait.

Pourquoi moiiiii ?! Dans un bref éclair de lucidité, je l'aveuglais après avoir fermé brièvement les paupières. Elle se mit à hurler de douleur - avec ses huits yeux, je la comprenais - et me péta les tympans par la même occasion. Je fis un détour en courant pour me précipiter vers la toile, puis découpais franchement dans le piège pour tenter de sortir le premier nain. Il tomba par terre dans un bruit sourd et commença à se débattre dans la toile qui l'entourait encore tandis que j'esquivais de nouveau un dard acéré.

- Sale vermisseau ! Je vais te tuuuuu- AAAAAH, MES YEUX !

Vous l'aurez compris : je venais de l'aveugler de nouveau et, cette fois, j'avais l'intention de l'achever. Ses pinces voletaient en tout sens, s'accrochant parfois à mes vêtements et déchirant ma chair, mais je serrais les dents tant que je pus et finis par réussir à planter mon coutelas dans sa tête. L'arachne retomba au sol dans un bruit sourd qui me fit froid dans le dos puis ce fut le silence. Je ne me laissais même pas le temps de souffler malgré ma respiration erratique, portée par l'adrénaline (ou un début de panique ? les deux allaient trop souvent de paire pour moi), et finissais d'ouvrir la toile déchirée. Avec un juron bien senti, la tête rousse de Gloïn émergea. La respiration hachée, je serrais les poings jusqu'à rendre leurs articulations blanches, avec des étoiles flottant devant mes yeux.

- Hé, gamine, ça va ? grommela alors le nain en mode momie près de moi.

Oh, aurait-il donc un minimum de compassion pour ma petite personne ? je me relevais en étouffant un grognement de douleur, égratignée de partout.

- On va dire, éludais-je. Allons nous occuper des autres.

Un à un, les nains furent libérés avec force cris et grognements ; néanmoins ils se turent bien vite lorsque je leur annonçais d'une voix cassée que Bilbo faisait peut-être diversion mais que ce serait plus prudent de se la boucler. J'allais m'affaler contre un arbre, les paupières closes : avec la retombée d'adrénaline, je ne me sentais guère d'attaque à cavaler dans cette fucking Forêt Noire avec toutes ces bitches d'araignées à nos trousses…

- Alors il est en danger ! s'exclama Bofur.

- Vous inquiétez pas pour lui, il se débrouille comme un grand... et puis, c'est un cambrioleur qui se faufile sans être vu, n'est-ce pas ? répliquais-je avec un petit rire.

- Valmae ! est-ce que ça va ?

Je rouvris les yeux sur Kili qui accourait devant moi, visiblement inquiet et n'en ayant rien à faire de ses propres blessures - béguines, d'après un rapide coup d'oeil. Définitivement adorable !

- Je suis juste fatiguée, ne t'inquiètes pas, soufflais-je en essayant de me redresser.

J'avais visiblement sous-estimé mes capacités physiques puisque je glissais, les jambes tremblantes, et m'éraflais la main dans la foulée. Je me serais sans doute effondrée par terre sans aucune classe si Thorïn - surgi de nulle part - ne m'avait pas soutenu tant bien que mal. Je le regardais avec des yeux ronds, le souffle haché. Uh, what ?

- Allez, accrochez-vous, fit-il rapidement.

Il me lâcha de façon presque aussi soudaine qu'il m'avait rattrapée, une fois qu'il se fut assuré que je n'allais pas tourner de l'œil, puis reprit la tête de notre groupe. Kili lui jeta un regard assez surpris tout en me prenant le bras et haussa les épaules quand je lui servais une expression clamant : "tu m'expliques ce qu'il vient de se passer là ?"

- Il faut absolument s'éloigner de cet endroit, décida Thorïn d'un ton tranchant.

Nous nous remîmes donc en route malgré notre fatigue et je crus que les ennuis étaient terminés, en bonne optimiste - ou plutôt : je ne voulais même pas songer que notre journée puisse être pire. Pourtant, ce fut le cas.

Car ce fut ma première confrontation avec un bataillon d'elfes.


Interlude : se rendre utile est un bon moyen d'être apprécié.

Hello ma belle ~

Comment as-tu passé le cap des deux ans dans les Montagnes Bleues ? Fili, Kili et ce cher Thorïn t'ont bien aidé dans ces moments difficiles ? tu n'en as pas trop profité, j'espère ? ~ Je suppose que tu as assuré depuis ta dernière lettre dans ton boulot de chanteuse. A se demander ce que les Valar avaient fumé ce jour-là... tu aurais été bien mieux en elfe... M'enfin. Au moins, en naine, tu as la chance de fréquenter des princes un peu plus charmants que le mien. Tu te rends compte qu'il m'a snobé pour cette peste de Tauriel pas plus tard que ce matin ?!

Argh. J'ai mis le nom de miss Mary-Sue dans ma lettre. Je vais me pendre.

A part ça, j'ai eu un petit coup de blues à mon anniversaire mais rien de grave : je me suis rattrapée la semaine d'après et ça n'a pas plu à Thranduil - comme d'hab. Je crois que toutes les armes peintes en rose fuschia, le sel et le sucre inversés et l'eau des canalisations alcoolisée ont déclenché le mini-pétage de plomb qui en a suivi. J'ai bien cru qu'il allait m'étriper mais heureusement Radagast est intervenu. J'ai déjà dit à quel point j'aimais ce type ? il est un peu "stone" les trois quarts du temps, mais il est sympa. Pas comme les elfes (à part Glorfindel, parce que c'est Glorfindel et qu'il est parfait, et Haldir - quand il est de bonne humeur).

...

J'ai l'impression d'être devenue à moitié asociale à cause des coincés qui m'entourent. Chanceuuuse, t'es tombée sur des mecs canons et joyeux ! (même s'ils ont l'air d'être des aimants à emmerde, sans vouloir te vexer) La situation s'est inversée par rapport à avant, non ? J'étais la plus ouverte de nous deux, celle qui se liait le plus facilement avec les gens et qui s'ouvrait aux autres. Toi, tu étais la fille timide, qu'on pensait limite méprisante quand on te connaissait pas et qui préférait un bon bouquin à la compagnie des idiots. Maintenant, tu es entourée d'amis, tu traînes en permanence avec deux bishôs - un peu poilus mais on s'en fiche -, tu baves la moitié de la journée sur leur oncle, tu chantes à tue-tête avec plaisir, tu vis dans un endroit magnifique...

A côté, j'ai quoi ? un hérisson atrocement adorable comme meilleur ami, Radagast qui me distrait de temps à autre et qui est plus sympa que tout le reste de la forêt réunie (cette fuckin' forêt avec ses fuckin' araignées géantes chanteuses de comptines !), les nuisettes de Tauriel comme mouchoirs, Haldir qui vient parfois mais ne reste jamais longtemps, Glorfindel avec son innocence à croquer, Legolas qui ne pige rien à des sous-entendus gros comme des maisons, et Thranduil. Ce type vend du rêve en matière de connerie, c'est hallucinant.

Je ne sais pas si je me serais plus amusée avec toi ou avec tout ça, en fin de compte, tellement c'est énorme. Mais j'aurais quand même préféré que tu sois là...

Je t'embrasse, ma mignonne petite naine ~

Nessa.

Ma chère Nessa,

Déjà, "petit" et "nain", c'est un pléonasme - bien que ça ne me plaise guère d'être associée à tout ça. Sinon, oui, je vais bien. Et comme tu l'as souligné, c'est grâce au trio que tu as mentionné (d'ailleurs, si tu pouvais arrêter ces sous-entendus à la noix sur les héritiers de Durïn, ça devient gênant... ce sont des amis, tu saisis ? des AMIS !).

Ne me parle pas de Tauriel, elle me donne des boutons d'avance. Même s'il n'empêche que tu as raison : je crois que j'ai eu plus de chance que toi - et je me suis tenue plus tranquille... Tu aurais dû planquer un peu plus ton côté yaoiste, faire comme moi et choisir le profil bas. Ce serait beaucoup mieux passé avec Thranduil : il n'y a qu'à voir comment réagit Thorïn. Il m'ignore totalement les trois quarts du temps. Et le reste ? Bah, il me fixe sans rien dire ou m'interpelle en m'appelant le "Rossignol" pour que je recommence à chanter.

Sérieusement, tu es entourée de bishônens qui se bécotent à longueur de journée, tu passes ton temps à faire chier Thranduil, tu stalkes Legolas pour vérifier qu'il ne fait rien de cochon avec Bard ; et tu trouves que c'est moi qui n'ait que des beaux mecs ? revois tes standards, Nessa ; les poils, c'est tout sauf sexy.

(les Valar doivent m'en vouloir à mort pour… "faire tirailler mon esprit de fangirl entre les belles gueules de la lignée de Durïn et leur pilosité naine atroce" pour parler dans ton langage)

Avec toute mon amitié,

Valmae.

PS : et ARRÊTE de m'envoyer des fanfics yaoi (en foutu langage commun, pas en français en plus) sur Thranduil et Elrond en pièces jointes ! Tu imagines si quelqu'un tombe dessus, je lui dis quoi moi ? "C'est pour ma culture générale" ?!


J'espère que ce chapitre vous aura plu ^^ les elfes apparaissent au prochain, promis !

Review ? :3

A la prochaine !