Chapitre 36 :

Regulus traversa la cour au pas de course, tête basse. Vêtu de l'uniforme de Pills, il passerait sans doute inaperçu, dans l'agitation ambiante. Du moins, tant qu'il resterait à distance des gardiens. Il y avait toujours le risque que quelqu'un le reconnaisse.

Heureusement, il ne croisa personne. Il n'y avait pas plus de monde devant le bâtiment des gardiens, qui semblait déserté. Peut-être s'était-il inquiété pour rien, après tout. Cole avait peut-être échoué dans sa tentative.

La porte de la grille menant au bâtiment était soigneusement fermée. L'état d'urgence n'avait pas fait oublier aux gardiens les mesures de sécurité les plus élémentaires. Il longea le grillage, jusqu'à l'endroit où il l'avait découpé et rampa dessous. Le carreau de la fenêtre n'avait heureusement pas été réparée. Il passa la main à l'intérieur, l'ouvrit, et se glissa dans le vestiaire, vide.

La porte n'était pas verrouillée, et il remonta le couloir lentement, jusqu'à l'infirmerie. Il ne savait pas vraiment quelle ligne de conduite adopter. Tout ce qu'il voulait, c'était s'assurer qu'Isabelle allait bien, que Cole n'était pas parvenu jusqu'à elle.

Ses espoirs s'envolèrent lorsqu'il aperçut le corps affalé sur le sol, devant la porte conduisant au cimetière.

Il accéléra le pas et se jeta littéralement sur le sol lorsqu'il reconnut la victime : Zacharius. Il tourna le vieil homme sur le dos, et tâta son poignet à la recherche de son poul. Soulagé, il constata que celui-ci battait encore, mais très faiblement.

Zacharius baignait dans une mare de sang. Il avait été poignardé à plusieurs reprises. Regulus ouvrit son uniforme pour examiner ses plaies. Deux, au moins, étaient particulièrement profondes. Mortelles, Regulus le savait. Il grimaça. Il n'y avait pas grand chose qu'il puisse faire. S'il avait eu une baguette comme celle d'Isabelle, peut-être aurait-il pu endiguer l'hémorragie, mais ce n'était pas le cas.

Subitement, il repensa à la jeune femme et son cœur se serra un peu plus.

Alors qu'il allait se résigner à abandonner le malheureux vieil homme à son sort pour reprendre ses recherches, celui-ci ouvrit les yeux, cligna plusieurs fois des paupières et ouvrit la bouche.

« Zacharius… dit Regulus, se penchant sur lui. C'était Cole ? »

Le vieil homme hocha vaguement de la tête.

« La petite… murmura-t-il, dans un souffle. Il tient la petite…
- Savez-vous où ils sont ? » demanda Regulus.

Le vieil homme ne répondit pas. Ce n'était pas le premier mourant que Regulus voyait. Mais il se sentait bizarrement touché par ce qui était arrivé à Zacharius. Et subitement, l'idée qu'il ne puisse rien faire pour le soigner lui fut intolérable. Il avait les connaissances requises pour le soigner, et il en avait la volonté. Si seulement il avait une baguette !

Si seulement Isabelle pouvait intervenir et le sauver comme elle l'avait sauvé lui !

Il fallait qu'il retrouve la jeune femme.

« Je reviens ! murmura-t-il à l'oreille de Zacharius. Accrochez-vous, je vais chercher des secours ! »

L'infirmerie était un peu plus loin. Autant commencer par là.

Il approcha silencieusement et se pencha sur le battant pour écouter. Il entendit des bruits de voix à l'intérieur. Tout doucement, il ouvrit la porte et l'entrebâilla juste assez pour jeter un coup d'œil à l'intérieur.

Cole était là, avec deux autres hommes. Il tenait Isabelle assise sur ses genoux, la lame d'un couteau appuyé sur sa gorge. Il était nerveux, mais pas autant que ses compagnons. Ceux-ci effectuaient une fouille méthodique des lieux, brisant sans vergogne les fioles de potions médicinales qui ne leur étaient d'aucune utilité.

Regulus sentit la colère monter en lui. La peur intense qu'il voyait dans les yeux de la jeune femme lui était insupportable. Il dut mobiliser tout son bon sens pour ne pas ouvrir la porte en grand et se jeter sur Cole pour le rouer de coups. Il savait que Cole blesserait Isabelle avant même qu'il puisse l'atteindre.

Non, il devait trouver une autre solution.

Il rebroussa chemin. Zacharius était mourant, et Isabelle, prisonnière de Cole. Regulus savait qu'il devait hiérarchiser ses priorités. Mais c'était difficile. Zacharius ne tiendrait pas longtemps. Mais il ne le soignerait pas sans Isabelle. Et délivrer Isabelle lui prendrait peut-être trop de temps.

Il devait avant tout trouver de quoi stabiliser l'état de Zacharius, pour lui donner une chance de tenir jusqu'à ce qu'il puisse permettre à Isabelle d'intervenir.

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Mondingus avait regardé Finnigan traverser la cour, à travers la fenêtre de la cuisine. Ce qu'il faisait lui semblait incroyablement dangereux. Quel sort les gardiens lui réserveraient-ils, s'ils le surprenaient à se promener dehors ? Mondingus préférait ne pas y songer. Il avait d'ailleurs ses propres soucis.

Qu'allait-il faire, maintenant que Finnigan l'avait laissé seul ?

Finnigan lui avait demandé de prendre soin de Pills. D'accord. Mais que ferait-il, si une bande de détenus enragés déboulait brusquement dans son couloir et décidait de s'en prendre au gardien ?

Et si Gary revenait avec du renfort, comment allait-il expliquer pourquoi Pills était inconscient ? Que dirait-il, sur l'absence de Finnigan ?

Le plus sûr serait sans doute de fermer le placard et d'y rester caché avec le gardien. Au moins jusqu'au retour de son ami. Ensuite, peut-être pourraient-ils revenir ensemble en arrière, dans leur cellule. Mais que feraient-ils de Pills, dans ce cas ?

Mondingus laissa échapper un juron. La situation n'était pas brillante.

Il quitta son poste d'observation à la fenêtre pour revenir dans la réserve, puis le placard.

Alors qu'il était à plat ventre dans la brèche, il eut subitement un coup au cœur.

Darius avait repris connaissance. Il avait la baguette de Pills à la main et lorgnait sur celui-ci avec une parfaite malveillance. Mondingus se rappela d'un seul coup qu'il avait devant lui un meurtrier aux pulsions incontrôlables. Il s'arrêta net. Il n'avait aucune arme à portée de main. Mais il y avait des couteaux, dans la cuisine. Mondingus n'était pas un assassin, mais s'il fallait se défendre…

Alors qu'il commençait à reculer, la poigne de fer de Darius s'abattit sur lui, et il se sentit brusquement tiré en avant. Il eut beau ruer comme un beau diable, il ne faisait pas le poids, devant la force brute du géant. En quelques secondes, il se trouva jeté à ses pieds, aux côtés de Pills, toujours inconscient.

« Pas malin, le dingo ! gronda Darius, dévoilant ses dents de manière féroce. Il essaye de me doubler, hein ? Où est ton pote ? »

Mondingus ne répondit pas et ramena ses jambes sous lui, prêt à bondir.

« Tu vas le payer ! décréta Darius. Comme ce connard de gardien ! Lui d'abord, toi après ! Et ton copain dès qu'il repointera le bout de son nez !
- Darius… tenta Mondingus. Je n'ai rien fait contre toi…
- Ah ouais ?! cracha Darius. Et la bosse sur mon crâne, c'est quoi ?!
- Tu allais faire une bêtise, j'essaye juste de t'en empêcher… Si tu touches à Pills, tu finiras en Haute Sécurité !
- Je dirais que c'était toi !
- Ils ne te croiront pas ! Ils savent bien que je n'ai jamais tué personne ! »

Darius l'ignora. Essayer d'argumenter ne servait à rien, Mondingus devait bien le constater. Darius n'avait aucune suite dans les idées, il n'écoutait que ses désirs, même les plus violents.

Impuissant, Mondingus vit Darius saisir Pills par le cou, le soulever de terre, et commencer à serrer… serrer…

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La morgue.

Si Regulus avait une petite chance de trouver du matériel médical, c'était à la morgue.

Il n'avait pas fouillé les lieux à fond, la veille, mais il savait qu'il y avait une étagère pleine de fioles. Peut-être trouverait-il une potion coagulante, qui ralentirait l'hémorragie de ce pauvre Zacharius.

Ensuite, il devrait trouver un moyen de libérer Isabelle. Peut-être en essayant d'abord d'éloigner Cole d'elle… ? Il savait que la porte qui jouxtait celle de l'infirmerie était celle du bureau personnel de la jeune femme. Et il savait également que ce bureau avait un accès sur l'infirmerie. Peut-être pourrait-il passer par là ? A condition que le bureau lui-même ne soit pas fermé à clé…

« D'accord, tu passeras par le bureau d'Isabelle. Mais pour quoi faire ?! » se demanda-t-il, découragé.

Il ne se faisait pas d'illusion. Il viendrait peut-être à bout d'un des trois hommes, mais il n'aurait jamais la force de les battre tous les trois. Surtout s'ils s'unissaient contre lui.

« Ne t'éparpille pas ! se morigéna-t-il. Un problème à la fois ! »

Il ouvrit la porte de l'escalier descendant à la morgue et dévala les marches quatre à quatre, surpris de trouver les lieux éclairés.

Quelqu'un s'était donc rendu là avant que la fuite des prisonniers soit signalée ?

Lorsqu'il arriva dans la large pièce carrelée, il comprit aussitôt pourquoi. Un corps était étendu sur la table, couvert d'un drap.

Un instant, Regulus resta là, planté devant le cadavre. Une pensée lui était venue, mais il n'avait pas le temps de l'examiner, pas encore. Il devait d'abord trouver quelque-chose pour Zacharius.

Il ouvrit la vitrine qu'il avait repérée la veille et chercha parmi les bouteilles, peinant à lire les noms écrits dessus d'une encre délavée.

Il finit par trouver ce qu'il cherchait. Une bouteille contenant un liquide jaunâtre. On l'utilisait pour colmater les plaies béantes des corps, avant l'embaumement. Regulus ignorait quel effet cela aurait sur Zacharius, cette potion n'était pas sensée être utilisée sur des tissus vivants, mais le pauvre homme était si mal en point que c'était sans doute toujours mieux que rien.

La fiole à la main, il remonta l'escalier aussi vite qu'il le put, traversa le couloir et s'agenouilla près du vieil homme.

Celui-ci respirait plus difficilement encore, et il y avait tant de sang autour de lui… Regulus versa la potion sur ses blessures, comprimant la peau de sa main libre pour ressouder la peau. Mais il était bien conscient qu'avec la quantité de sang que Zacharius avait perdu, ses chances de le sauver maintenant étaient quasi nulles.

Le vieil homme ouvrit une nouvelle fois les yeux, et voyant le visage de Regulus penché sur lui, chercha à lui sourire.

« Ne bougez pas, Zacharius… lui murmura Regulus. Je vais faire en sorte de vous amener Isabelle, elle se chargera de vous soigner…
- T'inquiète pas… répondit Zacharius d'une voix à peine audible. Ça va… »

Regulus posa la bouteille près de lui et comprima la plus large des blessures à deux mains. Il était presque parvenu à la refermer. Mais pour les dégâts internes…

« Pattenrond… soupira Zacharius.
- Quoi ? demanda Regulus, surpris.
- Prends Pattenrond… Il sait où… »

Le reste fut prononcé d'une voix si ténue que Regulus ne l'entendit pas. Il se pencha davantage, son oreille touchant presque les lèvres du moribond. Zacharius prononça un dernier mot, presque un souffle, et perdit connaissance.

Perplexe, Regulus se redressa. Il n'avait pas le temps de réfléchir à tout cela. Il avait fait son possible pour le vieil homme. Il devait songer à Isabelle, maintenant.

Il repartit vers la morgue.

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Alors que Darius accentuait la pression sur le cou de Pills, celui-ci sortit brusquement de son inconscience, visiblement sonné, et carrément paniqué. Son visage virait indubitablement au bleu, et il ouvrait la bouche désespérément, à la recherche d'un peu d'air.

Le spectacle glaçait Mondingus d'effroi.

Et il lui parut invraisemblable qu'il puisse laisser un homme mourir sous ses yeux sans tenter quoi que ce soit pour lui venir en aide.

Il se lança de tout son poids contre les jambes de Darius dans l'espoir de lui faire perdre l'équilibre. Mais celui-ci chancela à peine. Tout ce que Mondingus avait gagné, c'était d'attiser la colère du géant contre lui. Sans lâcher Pills, il lui balança un rude coup de pied en pleine poitrine, qui lui coupa le souffle.

Pills était à bout de force. Mondingus vit sa tête basculer et ses yeux se révulser, alors que Darius continuait à maintenir la pression sur son cou.

« Lâche-le ! hurla Mondingus, revenant à la charge.
- Ouais, tu as raison, le microbe, je vais le lâcher ! Et m'occuper de toi ! »

Darius laissa retomber Pills comme une vulgaire poupée de chiffon et tendit sa main énorme vers Mondingus. Celui-ci s'esquiva, ouvrit la porte du placard d'une poussée, se rua vers l'extérieur… Et s'arrêta net.

Un Détraqueur glissait dans sa direction, à moins d'un mètre de lui.

Mondingus ouvrit la bouche pour hurler, sans parvenir à émettre le moindre son. Le froid qui l'environnait devenait de plus en plus piquant, et déjà, d'affreuses pensées remontaient dans son esprit. Il se rejeta en arrière, dans un geste instinctif de survie, trébucha sur les pieds de Darius qui lui collait au train et s'affala sur le sol du placard.

Le Détraqueur était à la porte, maintenant. Et Mondingus le vit se pencher vers Darius qui se mit à hurler de terreur, de désespoir.

Mondingus recula le plus possible et se rencogna au fond du placard, les mains plaquées sur les oreilles et fermant les yeux de toutes ses forces. Il ne voulait pas voir. Il ne voulait pas être témoin de cette horreur.

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« Sors de là, Cole ! cria la voix de Doherty, amplifiée magiquement. Sors avant qu'on se fâche vraiment ! »

Regulus leva les yeux au ciel. Doherty pensait-il vraiment convaincre un homme de la trempe de Cole avec un argument aussi pauvre ? Qu'est-ce que le chef des gardiens espérait faire ? Lancer un assaut sur le bâtiment ? Envoyer les Détraqueurs ?

Aucune de ces solutions ne plaisait à Regulus. Isabelle y était bien trop exposée à son goût. Dans un moment de panique, ou par pur défi, s'il sentait qu'il avait perdu la partie, Cole pouvait très bien user de son couteau sur la jeune femme.

Regulus était persuadé qu'il était la meilleure chance d'Isabelle. Que Doherty continue à attirer sur lui l'attention des trois détenus, cela l'arrangeait plutôt.

Avec un soupir, Regulus tira sur le drap qui recouvrait le corps.

Il ne s'était certainement pas attendu à cela.

Le cadavre était celui de Floyd.

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Le corps de Darius glissa sur le sol avec un bruit sourd. Mondingus sursauta malgré lui et ouvrit les yeux. Le Détraqueur se désintéressait de sa proie, maintenant, et tournait sa capuche sombre vers lui.

Il était le prochain.

« Non, non, non… gémit Mondingus intérieurement. Pas ça ! »

Il regarda autour de lui, à la recherche d'une solution. La brèche menant à la réserve était sur sa gauche. Avait-il le temps de l'atteindre avant que le Détraqueur soit sur lui ?

Ses yeux tombèrent sur Pills. Et sur sa baguette, abandonnée sur le sol près de lui.

Avec une baguette, on repoussait les Détraqueurs…

Il tendit la main, saisit le morceau de bois qui frémit bizarrement entre ses doigts et le brandit devant lui, rempart dérisoire contre un sort pire que la mort.

D'une voix vibrante de peur, il prononça la formule, se concentrant de toutes ses forces pour évoquer un souvenir heureux.

La baguette ne réagit pas comme il l'avait espéré, elle ne fit que cracher un jet de lumière bleue absolument inefficace.

« Oh non, non ! pensa-t-il, submergé par la panique. Elle est bridée, elle ne m'obéira pas ! »

Mais elle obéirait à Pills.

Il tendit la main pour saisir le gardien par le bras et le secoua de toutes ses forces, alors que ses souvenirs les plus éprouvants remontaient à sa mémoire, l'écrasant sous le désespoir et l'angoisse.

« Pills ! » gémit-il, alors que les doigts froids de la créature effleuraient son visage.

Le gardien battit des paupières et lutta pour reprendre conscience. Mondingus le vit à peine. Il se sentait partir, et l'idée de finir comme Darius ne faisait qu'ajouter à la terreur suscitée par le contact de la créature.

Tout espoir l'abandonnait. C'était fini, il allait perdre son âme.

Un coin de son esprit, pourtant, refusait l'inéluctable. Et lorsque le placard s'illumina d'une brillante lumière argentée, il sourit.

Il était sauvé.

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Isabelle était persuadée que son cœur allait la lâcher avant même que Cole ou ses amis ne tentent la moindre chose contre elle. Il battait avec tant de force qu'il ne pouvait que se briser, c'était inévitable.

Pour la énième fois, elle essaya de ne pas se focaliser sur la sensation horrible du couteau appuyé sur son cou, et d'essayer plutôt de voir la situation telle qu'elle était. Cole, Waters et Demetrius avaient-ils la moindre chance d'obtenir ce qu'ils souhaitaient ? Réussiraient-ils à convaincre Doherty de leur ouvrir la cheminée, puis les Aurors de les laisser passer ?

Si tel était le cas, les prisonniers ne la relâcheraient certainement pas avant un long moment. Avant de se sentir parfaitement en sécurité.

Ses chances de s'en sortir indemne étaient bien minces, même en se forçant à l'optimisme.

« Il se fiche de nous ! disait Waters, en référence à Doherty.
- Il veut nous intimider ! Il rira moins quand on lui enverra une oreille de la fille ! » décréta Cole.

La lame du couteau remonta subitement vers son oreille, et elle poussa un cri malgré elle.

« Tout doux, ma belle, susurra Cole, onctueux. Nous essayerons de ne pas t'abîmer ! Ce serait tellement dommage ! »

Demetrius ricana, mais sans réelle conviction, et prit une chaise pour s'asseoir.

« On va attendre combien de temps ici ? demanda Waters.
- Le temps qu'il faudra. Le temps que Jorkins revienne à Azkaban, peut-être. Lui, nous ouvrira son bureau.
- Il faudrait peut-être surveiller sa porte, alors… suggéra Demetrius.
- Exact… » acquiesça Cole, après un instant de réflexion.

Il força Isabelle à se lever et se redressa à son tour, tenant fermement le poignet de la jeune femme.

Un grincement les fit sursauter. Stupéfaits, les trois détenus et Isabelle virent la porte de l'infirmerie tourner sur ses gonds.

« Ils sont gonflés ! s'exclama Cole, stupéfait. Reculez, bande de salauds ! Reculez ou je la bute ! »

Ce n'était pas un gardien. C'était un prisonnier.

Mais c'était impossible.

Si Isabelle pensait avoir eu peur, elle s'était trompée. Ce qu'elle voyait la terrorisait littéralement, lui coupant les jambes, la laissant complètement glacée, sans souffle.

C'était impossible.

Floyd était mort la veille.

« Que… ?! fit Cole, réalisant subitement que quelque chose clochait. C'est Floyd… ?
- Floyd est mort… » murmura Isabelle d'une voix étranglée.

Demetrius et Waters reculèrent précipitamment, et Cole brandit son couteau vers l'homme qui était maintenant entré dans l'infirmerie.

Et d'un seul coup, tout se précipita. « Floyd » se rua vers les prisonniers, retroussant ses lèvres blêmes, les bras tendus vers eux pour les attraper. Avec un cri d'horreur, Cole l'attaqua avec son couteau, mais la créature dévia le coup d'un geste du bras. La lame glissa sur la peau pâle, l'entailla, sans que ne soit versée la moindre goutte de sang. Cole recula d'un pas, stupéfait, alors que « Floyd » se jetait sur Waters, enfonçant profondément ses doigts dans ses chairs. L'homme hurla et se débattit de toutes ses forces pour se libérer de l'étreinte du cadavre.

Isabelle retrouva brusquement l'usage de ses jambes. Maintenant que Cole l'avait lâchée, elle devait fuir. Tout de suite. Elle avait déjà examiné des victimes d'inferius. Sans baguette, les trois hommes étaient condamnés. Elle recula vers la porte de son bureau. Avec de la chance, elle pourrait sortir par là. L'attention de Cole était toute tournée vers le cadavre de Floyd, il ne regardait pas dans sa direction.

Elle fit tourner la poignée, entrebâilla la porte, jeta un dernier regard dans l'infirmerie… et se sentit brusquement happée par une main ferme.

Elle hurla, tira de toutes ses forces pour se libérer, s'imaginant déjà démembrée vivante…

Une main se plaqua sur sa bouche et un bras se referma autour d'elle, solide. Elle leva alors les yeux vers la personne qui se tenait derrière elle et sentit ses jambes la trahir.

« Chut… murmura Finnigan. Il faut partir. Vite. »

Le jeune homme la tira à l'abri dans le bureau et referma la porte d'un coup de pied.

Jamais Isabelle ne s'était sentie plus soulagée qu'à cet instant. Elle se laissa aller contre la poitrine du jeune homme, tremblante, et des larmes d'épuisement roulèrent sur ses joues. Finnigan la serra contre lui, avant d'essuyer ses yeux du bout des doigts, avec douceur.

« C'était… tellement horrible… souffla Isabelle.
- Vous allez sortir de là tout de suite. Et Zacharius… J'ai essayé de le soigner, mais il est mourant… »

De nouvelles larmes montèrent aux yeux de la jeune femme à l'évocation du vieil homme. Il avait voulu lui venir en aide, il l'avait chèrement payé.

Des hurlements déchirèrent le silence et elle tressaillit. La main de Finnigan trouva la sienne et il l'entraîna hors du bureau.

Ils coururent le long du couloir, en silence. Isabelle aurait voulu lui demander comment et pourquoi il était là, s'il entrait dans ses propres projets de s'enfuir par le bureau de Jorkins… elle ravala ses questions en apercevant le corps de Zacharius sur le sol.

Sans un mot, Fox saisit le vieil homme sous les bras et le traîna vers la porte principale du bâtiment.

« Doherty est dehors, dit-il à Isabelle. Dites-lui qu'il faut des soins d'urgence à Zacharius… »

Isabelle acquiesça. « Et vous ? demanda-t-elle. Qu'allez-vous faire ?
- Retourner dans ma cellule. J'aimerais autant que les gardiens ne soient pas au courant que j'étais là… »

Isabelle hocha la tête, détaillant le jeune homme, et son uniforme de gardien. Il avait l'air absent, profondément plongé dans ses pensées, et s'adressait à elle avec un détachement étrange. Elle tressaillit. Elle aurait aimé plus de chaleur de sa part, surtout qu'il l'avait sauvée…

« Merci… » murmura-t-elle.

Finnigan ne répondit pas. Il fit demi-tour et s'éloigna en courant. Lorsqu'il fut hors de vue, elle se décida à ouvrir la porte principale pour appeler les secours.