Chapitre 36
Les filles gloussaient sur leur passage et Shaka soupira. Il n'avait rien fait, si ? Enfin, il n'avait pas l'impression qu'il était la cible des regards énamourés des passantes. Ça ne le dérangeait pas tant que ça, remarque, et il passait presque inaperçu, mais il était étonné. Il n'aurait jamais cru que Aiolia déclenchait autant de passion chez les femmes. Il devait admettre, il était forcé d'admettre que le grec était très beau, avec sa peau dorée, ses yeux bleus et ses cheveux châtains blond et surtout sa silhouette impeccable, mais quand même ! C'était à ce point là ?
Heureusement pour lui, il n'était pas particulièrement possessif, et les regards des filles sur son compagnon ne lui faisaient ni chaud ni froid. Il n'était même pas énervé.
-Ah… ricana Aiolia bêtement. J'aime pas ça…
Il devait parler des filles. Shaka haussa les épaules d'un air neutre pour bien montrer l'intérêt qu'il portait à la chose.
Aiolia l'attrapa par la taille et l'embrassa dans le cou. Il adorait faire ça, d'autant que l'indien était particulièrement sensible à cet endroit là. Shaka se trémoussa.
-Aiolia… Arrête ça s'il te plaît.
Le grec se mit à rire et le prit franchement dans ses bras devant les cris indignés des filles. Shaka se débattit faiblement pour montrer son désaccord et il en profita pour l'embrasser. L'indien grogna son nom d'un air mécontent entre leurs lèvres. Avant de finalement le pousser plus violemment. Hébété, Aiolia le lâcha.
-Bon, t'as fini ? Grinça Shaka. On peut continuer à marcher ou bien ?
Aiolia, toujours surpris, acquiesça en silence et voulut lui prendre la main pour qu'ils puissent repartir, mais le blond dégagea sa main d'un air agacé avant de continuer sa route. Il le rattrapa avant de le traîner dans une ruelle vide.
-Mais qu'est-ce qu'il te prend bon sang ? Demanda t-il. C'est à cause des fi...
-Mais je m'en tape moi, de ces filles ! Explosa Shaka. Ce qui m'énerve, c'est que tu es toujours, toujours, en train de me coller ! Tu me prends dans tes bras, tu m'embrasses… toutes les deux minutes ! Je…
Il s'en voulait de lui balancer ça comme ça. Il avait réfléchi à une manière de faire plus douce, et il avait même répété un discours dans sa tête, mais plus un seul mot ne lui revenait. Il n'était pas tactile, c'était comme ça, et même si il appréciait le fait que Aiolia comble sa lacune de temps en temps, il faisait une overdose là. Il était du genre à aimer son indépendance, et le grec était en général à moins de deux centimètres de lui toute la journée. Alors il fallait qu'il lui dise.
Le grec semblait atterré. Shaka voulut ouvrir la bouche pour s'excuser de son manque de manière, mais Aiolia le devança.
-Pas la peine d'en rajouter, dit-il à voix basse en s'engouffrant dans la rue pour rentrer.
-Aiolia…
Aiolia leva les deux mains devant lui pour lui faire signe d'arrêter de parler, et disparut en courant. Shaka donna un grand coup de poing sur le mur et jura. Pourquoi il n'était pas comme toutes ces filles, hein ? Plus de la moitié d'entre elles rêverait de l'avoir dans leur lit, et lui, il…
-Je suis trop con…
…
Le soir même, ils se retrouvèrent dans leur chambre, mais l'ambiance n'était pas à la fête. Comble de malheur, ils avaient collé leurs lits pour pouvoir dormir ensemble. Shaka avait réfléchi une bonne partie de l'après-midi à comment se racheter auprès de Aiolia, mais le grec refusait de lui adresser la parole ou de le regarder. C'était encore pire, dans un sens, que le fait qu'il le touchait en permanence.
Il ferma son livre et regarda la silhouette de son petit ami, couché à côté de lui et tourné dans l'autre direction, de sorte qu'il ne puisse pas voir son visage. Il allait falloir que quelqu'un parle, et ce serait lui, puisque Aiolia était encore plus buté que lui. La situation n'allait pas s'éterniser sur un truc aussi stupide.
-Aiolia…
Pas de réponse, mais la silhouette frémit, et il sut qu'il ne dormait pas.
-Je… je suis désolé pour cet après-midi. J'aurais pas du te crier dessus comme ça.
Aiolia se tourna violemment vers lui.
-Tu sais quoi ? C'est pas ça qui m'a fait mal, c'est le fait que ça te dégoûte tant que ça que je te touche ! Pourquoi on est ensemble si tu n'aimes pas ça ?!
-Mais j'ai jamais dit que ça me dégoûtait ! Répliqua Shaka, bien conscient que la situation s'envenimait. Je voulais pas le formuler comme ça, mais je veux juste avoir un peu de liberté de temps en temps ! Il n'y a que quand je vais au travail que je suis seul ! Tu ne me dégoûte pas du tout Aiolia, je suis juste moins accro aux calins et autres marques de tendresses que toi !
-Mais c'est ça être en couple ! Protesta le grec. Regardes les autres ! Ils sont tous comme ça !
-On est pas obligé d'être comme eux !
Aiolia se tourna de nouveau vers le mur et rabattit la couverture sur lui.
-On est pas obligé de rester en couple non plus… marmonna t-il.
Shaka resta choqué par la dernière phrase qu'il venait d'entendre. Il avait du mal à croire que Aiolia avait dit ça.
…
Il avait le cœur lourd en marchant dans la rue. Même la méditation ne l'avait pas aidé à faire taire ses peurs et il n'aurait jamais cru que sa relation comptait autant à ses yeux. Il ne voulait pas que ça finisse comme ça. Alors ça ressemblait à ça, être un adolescent normal ? Dieu merci, il aurait préféré se mettre à l'abri d'un truc comme ça. Il aurait du se mettre à l'abri. Personne ne lui avait dit à quel point c'était douloureux de tomber amoureux.
Il n'avait aucune envie d'aller travailler. Passer deux heures à ruminer ses problèmes de couples n'étaient pas dans l'ordre de ses priorités, mais il n'avait pas le choix si il voulait garder ce travail.
Il bouscula quelqu'un et s'excusa mollement sans faire plus attention. Malheureusement, il avait du tomber sur des idiots, puisqu'on l'attrapa par l'épaule pour le retourner de force.
-Hé, tu m'as fait mal crétin ! Grogna un jeune homme en montrant son épaule.
Comme dans les films de Aiolia, songea Shaka. Si je ne m'excuse pas, ils vont me tabasser à mort.
-Désolé, j'aurais du faire attention, dit-il. J'espère que ce n'est pas trop grave, ton épaule.
Il maudit l'ironie qui avait pointé à la fin de sa phrase. Il n'avait pas pu s'en empêcher et espérait juste que les brutes ne s'en soient pas rendu compte.
-Mais t'es un mec en plus ! J'ai cru que t'étais une meuf, avec tes cheveux longs ! Ironisa l'abruti qui l'avait apostrophé.
Shaka ne répondit même pas à la provocation et amorça un mouvement pour partir.
-T'es pas d'ici pas vrai ? T'as un accent bizarre.
-Vous le trouvez pas mignon ? Lança un des gars de la bande. Moi j'le trouve pas mal !
-T'as raison ! Il est bien dans mon genre !
Un signal d'alarme s'alluma dans son esprit. Il fallait qu'il déguerpisse sur le champ !
-Alors mon mignon, ça te dit de jouer avec… merde, il se barre !
Shaka s'élança à la vitesse d'une fusée. Il s'estimait assez rapide la plupart du temps, et il était plutôt fin, ce qui était efficace pour éviter les obstacles et les passants qui lui barraient la route. Le bruit derrière lui lui indiqua qu'il était poursuivi et qu'en plus de ça, les brutes se rapprochaient. Pourquoi ça tombait sur lui ?! Et surtout maintenant ?! Il n'avait pas assez de soucis ?
Il regarda par dessus son épaule et constata avec horreur qu'ils étaient bien plus proches qu'il ne le croyait. Il bifurqua à l'angle d'une rue et perdit de la vitesse une seconde. Une seconde fatidique durant laquelle on lui attrapa les cheveux pour le tirer en arrière, avant de le plaquer contre un mur. Il toussa, surpris par le contact brutal avec la pierre.
-C'est pas gentil de filer sans nous… murmura le chef de la bande en le serrant par le cou.
-Ton épaule à l'air d'aller… ironisa Shaka en se débattant.
Des ricanements s'élevèrent. Le chef le lâcha, fit semblant de partir et se retourna brusquement pour le frapper. Shaka eut un sourire et lui fit une clé de bras.
-Connard ! Hurla le garçon.
-Je sais me battre tu sais… Je n'aime pas ça, c'est tout.
Il poussa sa victime qui s'effondra sur le sol en gémissant. Il était plutôt satisfait d'avoir réussi à impressionner la bande. Un objet lui percuta l'arrière de la tête et il vit flou quelques secondes. Il avait très mal.
-Que..?
Un liquide chaud lui coula sur la tempe et il comprit que c'était du sang. Un jeune homme s'approcha de lui avant de tirer d'un coup sec sur son tee-shirt, le déchirant sur le coup. Non, tout mais pas ça…
-On va bien s'occuper de toi ! Ricana l'homme en soulevant son menton pour le forcer à le regarder.
Shaka se débattit aussi violemment qu'il le pouvait avec sa blessure à la tête, mais ne put l'empêcher de plaquer ses lèvres sur les siennes. Et son esprit se mit à hurler.
AIOLIA !
…
Dohko explosa presque la porte de la chambre.
-Aiolia ! Il faut que tu vienne, tout de suite !
Le grec se redressa vivement, alerté par l'expression paniquée du chinois.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda t-il.
-C'est à cause de Shaka…
Aiolia se rassit, calmé. Il n'avait aucune envie d'avoir à faire avec le blond pour l'instant. Leur querelle était encore trop fraîche pour ça. Le chinois le regarda d'un air ahuri avant de hurler.
-TU TE BOUGE LE CUL AIOLIA !
Aiolia bondit, surpris par le cri de Dohko. Cri et Dohko dans la même phrase ? Dohko ne criait pas, il ne criait jamais. Sauf si c'était grave.
-Merde ! S'exclama t-il en suivant le chinois qui courrait devant lui.
Le petit groupe s'était réuni devant l'entrée et Aiolia poussa sommairement toutes les personnes sur son chemin. Il tomba enfin sur celui qu'il cherchait. Milo avait enlevé son tee-shirt pour le lui passer et dissimuler en partie les dégats.
-Il va bien Aiolia, dit-il en voyant le grec arriver. Ils n'ont pas eu le temps de…
Il ne termina pas sa phrase. Aiolia se précipita sur l'indien qu'il serra dans ses bras de toutes ses forces. Il attrapa son visage à deux mains et essuya les larmes qui avaient coulé.
-Mon dieu, Shaka…. Ça va aller, tout va bien aller. Je suis là… Je t'aime, je t'aime… Je suis désolé d'être aussi con…
Il l'embrassa sur le front le bout du nez, les deux joues, et quand il voulut l'embrasser sur la bouche, l'indien se détourna, toujours muet comme une carpe.
-Je sais que tu me détestes Shaka… mais s'il te plaît…
Dohko se racla la gorge pour attirer son attention.
-C'est pas à cause de toi Aiolia. C'est ces gars qui…
-Qui ? Insista Aiolia.
Il voulut enlever le tee-shirt de Shaka, mais celui-ci se débattit de toutes ses forces, et il parvint à distinguer ce qu'il cherchait sur son cou. Il rugit en découvrant le suçon frais et Shaka frémit.
-Je… je vais les…
Aiolia voyait rouge. Des gars avaient… ils avaient osé toucher à Shaka ?!
-Aiolia, calme toi, tenta Ayoros en tapotant son épaule.
-LA FERME ! Hurla Aiolia. JE VAIS LES TUER !
Il attrapa de nouveau le visage de Shaka et le força à le regarder.
-Ecoute moi… grinça t-il, la voix vibrante de colère. Je-t'aime. Ce que ces gars ont fait ne changera jamais ça. Jamais tu m'entends ?
Il plaqua ses lèvres contre celles, livides, de l'indien. Il l'embrasserait autant qu'il faudrait pour que son petit ami ne se souvienne plus du baiser de l'enfoiré qui avait osé le toucher. Shaka résista les premières secondes avant de nouer ses bras autour de sa nuque pour participer au baiser acharné.
-Je vais les buter, conclut-il en se détachant de lui. Dohko, tu viens !
Dohko sursauta et s'exécuta en se disant que sa présence serait plus qu'utile au cas où la fureur de Aiolia ne ferait pas tout le boulot. Il appela Aldébaran du regard qui le rejoignit à son tour. Une armoire à glace ne serait pas de trop, ne serait-ce que pour impressionner les adversaires.
Marine les attendait de l'autre côté de la porte.
-C'est pas le moment ! Rugit Aiolia en la voyant.
-Il va bien ? Se contenta t-elle de demander. Shaka, il va bien ?
Surpris, le grec s'arrêta.
-Comment t'es au courant ?
-C'est elle qui a vu les gars s'en prendre à lui, intervint Dohko. Elle a appelé à l'aide et quand elle nous a vu rappliqué, elle nous a amené à l'endroit avant qu'ils n'aillent trop loin.
Aiolia prit une grande respiration pour se calmer, sans y parvenir. Chaque fibre de son corps hurlait à la vengeance.
-On verra ça plus tard ! Dit-il à l'adresse de la japonaise.
Et il continua son chemin en courant, suivit par ses deux acolytes.
…
Saga referma la porte de la salle de bain dans laquelle Shaka prenait sa douche. Le pauvre en avait bien besoin, et il faudrait le soigner quand il serait ressorti. Ce qui, il n'en doutait pas une seconde, prendrait un certain temps.
-Alors ? S'enquit Ayoros. Comment il…
-Comme quelqu'un qui s'est sorti d'un viol collectif de justesse, répondit Saga. Mal en point.
Ayoros frémit à l'entente du mot « viol ». Personne ne l'avait prononcé en présence de Aiolia, ce qui n'était pas plus mal au final. Mais l'indien savait pertinemment ce qui avait failli arriver. Les suçons qui ornaient son torse ne permettaient aucun doute quand aux intentions de la petite bande.
Ils sortirent pour dissoudre la foule qui les attendait dans le couloir. Shaka avait besoin de solitude et de Aiolia quand celui-ci serait rentré.
-Ton frère avait l'air d'un psychopathe, avoua Mu à Ayoros. Je ne l'aurais jamais cru comme ça.
-C'est là que la possessivité devient un défaut, sourit Ayoros. Aiolia ne supporte pas qu'on s'en prenne aux personnes proches de lui. Il est très protecteur, même envers moi. Mais là, c'est de Shaka qu'il s'agit, ça multiplie sa colère au moins par dix.
-Je peux comprendre Shaka, renchérit Aphrodite. Dans ma carrière, ça m'est arrivé une fois ou deux qu'un fan tente de m'arracher mes vêtements. C'est terrible comme sensation, il doit se sentir sale.
-A ce propos, ajouta Camus à l'adresse du suédois. Toi, interdiction de sortir seul et encore moins le soir. Mu, pareil. Nous autres, ceux que je n'ai pas cité, on est plus costauds physiquement, ils s'en prendront pas à nous.
Aiolia revint sur ses entrefaites, l'air ravi, de minuscules gouttes de sang constellant son visage.
