CHAPITRE 11 – LE SORTILEGE DE FUSION

Un bruit de voix… et du mouvement autour d'elle. Elle sentait quelque chose sur son visage. Des tapes sur ses joues. Et une voix qui appelait :

« Alix ! Alix ! » puis, sur un autre ton « Tu as trouvé des couvertures ? »

La chaleur sur son corps, des mains puissantes qui frictionnaient ses épaules et le haut de ses bras, qui lui secouaient la tête de droite à gauche… Oui, elle sentait tout cela… et elle aurait bien voulu mais… elle n'arrivait pas… c'était trop loin… Elle entendit une voix rocailleuse qui disait :

« Rien pour guérir les blessures ! Elle a de quoi empoisonner tout Londres ! Mais rien pour se soigner ! »

Quelque chose qui serrait son bras. Une sensation désagréable de lourdeur dans sa main. Et la voix chaude appelait à nouveau :

« Reviens Alix, reviens… C'est Sirius ! REVIENS ! »

Elle rassembla ce qui lui restait d'énergie et essaya de soulever ses paupières.

« Ca y est ! Ca y est ! » s'exclama Sirius, qui devait guetter la moindre des ses réactions.

Enfin, le visage de son oncle lui apparut, flou d'abord, puis de plus en plus net. L'anxiété creusait son visage.

« Tu m'entends ? »

Elle fit signe que oui.

« Bon… ben j'vais chercher c'qui faut chez nous !

- Oui, fais attention ! Et pas un mot à quiconque !

- Parole. »

Et pour qu'elle ne s'inquiète pas il expliqua :

« C'est un ami… Il est arrivé au bon moment ! Je m'apprêtais à quitter ma cachette pour venir de rejoindre… mais je suis tombé sur lui et … il a quelques talents pour entrer dans les maisons par effraction… Il m'a trafiqué ta cheminée… »

Mais de toute façon, elle était beaucoup trop faible pour s'étonner ou pour avoir peur de quoi que ce soit. Sirius, assis au bord du lit, caressait ses cheveux en la regardant d'un air grave.

« On va attendre son retour. Il va amener une potion revigorante… tu as perdu du sang ! Tu t'es sacrément entaillé le bras… Enfin – il regarda le verre cassé qu'il avait ramassé par terre et reposé sur le chevet – je pense que tu t'es fait ça toute seule. »

Elle fit signe que oui. Elle ne sentait plus son corps… Elle avait du mal à garder les yeux ouverts.

Il fit apparaître une bassine d'eau et un linge et il commença à nettoyer son visage et son cou avec douceur.

« Il va amener aussi de la crème cicatrisante. J'ai essayé un sortilège, mais c'est profond et je crois qu'il vaut mieux soigner autrement… »

Elle sentait maintenant l'envie de dormir… elle avait envie de retourner dans ce cocon… fermer les paupières… Partir…

« Ne dors pas, Alix ! Ecoute-moi ! Ecoute-moi, je t'en prie ! Alix ! Tu sais que je te trouve merveilleuse ? Je suis fier de toi, tu sais ? Et on ne peut pas dire que je sois fier de grand monde dans notre famille. Tu m'entends ? Ne dors pas, écoute-moi – il la secoua – écoute-moi ! Tu es belle, tu es intelligente ! J'aurais adoré avoir une fille comme toi ! Tu m'entends ? Ecoute-moi… Quand tout ceci sera fini… Alix ! Ecoute ! Quand tout ceci sera fini… je t'emmènerai en voyage… rien que toi et moi ! Nous irons où habitait mon oncle Alfie… Je crois que tu aimeras ! Il y a une colline avec un lac ! On peut s'y promener… On pourra faire aussi des super courses de balais ! Je suis sûr que tu voles comme une reine ! Ecoute-moi ! Ouvre les yeux ! Ouvre les yeux ! Ecoute, tu sais ce que m'a dit Remus la première fois qu'il m'a parlé de toi ? Il m'a dit : j'ai rencontré la fille de Regulus. Et moi, je lui ai dit : Ah oui ? Et alors ? Il m'a répondu : c'est dommage que tu ne la connaisses pas. Elle est … Et il n'a pas fini sa phrase… Alors je lui ai dit : Je ne suis pas sûr que la fille de Regulus m'intéresse beaucoup ! Ma vraie famille c'est celle que j'ai choisie… La famille qui me restait, c'était Harry et seulement lui ! Et il m'a dit : Elle est… très différente de toutes les personnes que j'ai pu rencontrer. J'ai dit tout le monde est différent de tout le monde. Il a encore dit : elle est… mais il finissait pas ses phrases. Alors il m'a énervé ! J'ai répondu : elle est quoi ? Et il a répondu « très intéressante »… et tu sais ce que je crois moi ? Tu m'entends, regarde-moi ! Voilà ! Fais-moi un signe de tête… Tu sais ce que je crois moi ? Non ? Je crois qu'il voulait tout dire sauf « intéressante » ! Je crois qu'il voulait dire « exceptionnelle », « merveilleuse », « magnifique »… Je crois qu'il n'avait pas de mots pour dire ce qu'il voulait dire…. Alix, ma chérie – il essuya tendrement une larme qui venait de rouler le long de la joue de la jeune fille. – Et il avait raison, Alix… Il avait raison… Non, reste avec moi… Ne ferme pas les yeux… »

Il y eut un bruit.

« Ah ! Merci Mondingus ! »

Il la prit sous les épaules, coinçant sa tête contre son bras et appuya le goulot d'une bouteille contre ses lèvres et un liquide emplit la bouche et la gorge de la jeune fille. Elle avala.

« Bois, murmura-t-il. Au moins cinq gorgées. »

Elle but. Il tendit la bouteille à son ami et la maintint ainsi assise contre lui. Elle sentit une vague de chaleur qui envahissait son corps… et puis, comme une énergie qui rayonnait et qui se répandait doucement dans ses veines… dans ses muscles… Elle se sentit respirer à nouveau… Et la vie enfin… la vie qui revenait.

Sirius la recoucha, embrassa son front.

« Tu m'as fait une de ces peurs ! »

Il lui sourit.

« Je vais soigner ton bras… Et après, on va parler… - se tournant – Tu peux y aller… je t'appellerai s'il y a quelque chose… reste près de la cheminée.

- D'accord. »

Il défit le garrot qu'il avait noué autour de son bras. Elle le regarda se pencher attentivement et serra les dents quand il commença à étaler la pommade. Puis il prit sa baguette et murmura une formule en la pointant sur la blessure.

« Voilà ! dit-il en tournant les yeux vers elle. D'ici quelques jours, on ne devrait plus rien voir du tout. »

Il la considéra gravement :

« Maintenant, il faut que tu m'expliques. »

Elle soupira. La faiblesse mortelle était partie mais elle se sentait si fatiguée. Elle commença cependant :

« Lucius a rencontré quelqu'un… il n'a pas dit son nom… Je le saurais peut-être dans les jours qui viennent. Un type louche. Grand et gros, brun. Il vit dans une grotte, une caverne au fond d'un bois… Il y a des types qui montent la garde… Je n'en ai vu qu'un mais il y en avait d'autres. Il devait y avoir une rivière et un campement de gitans pas loin.

- Ca fait pas mal de renseignements… On va chercher de notre côté.

- Ce type est un chef de bande, voire un parrain peut-être… je ne sais pas… sa mission c'est d'infiltrer les groupements, d'espionner un peu partout, et manipuler l'opinion le moment venu.

- Oui, je vois… Voldemort reprend ses bonnes vieilles méthodes… Créer de l'insécurité, faire circuler les rumeurs… Ce n'est pas vraiment une surprise mais… Je me demande comment il compte apparaître comme un sauveur cette fois-ci ? Le temps a joué pour nous, en découvrant ses secrets… et les nostalgiques ne sont pas si nombreux tout de même… Et que s'est-il passé ? Tu as dis que vous aviez tué un enfant ?

- Un jeune gitan… Il devait avoir quatorze ou quinze ans au plus… Il était venu pour voler quelque chose et – le regard du gamin, son corps qui tombe - … Lucius l'a tué.

- Mais tu y étais donc… Tu as dit « nous », Alix… Tu m'as menti... ? Tu es une mangemort, n'est-ce pas ?

- Non. C'est moi qui l'ai tué avec Lucius… Mais je ne suis pas des leurs… C'est un sortilège…

- Quel sortilège… ? Il faut me le dire maintenant !

- J'ai pratiqué un Sortilège de Fusion sur Lucius. »

Elle avait avoué presque à mi-voix. La stupéfaction rendit Sirius momentanément muet… enfin il demanda :

« Tu as quoi ?

- C'est la seule solution que j'ai trouvé pour pouvoir l'espionner… et l'espionner au mieux ! Au plus près ! Personne ne peut vous donner des renseignements aussi précis que les miens ! Reconnais-le ! Toi-même, tu as dit que je faisais du bon travail !

- Tu as quoi ? » répéta-t-il, ignorant ses explications.

Il s'était levé et la regardait de toute sa hauteur, d'un air incrédule… mais où la colère commençait à pointer.

« Un Sortilège de Fusion ? Mais tu es complètement folle ! Qu'est-ce qui t'a pris ? Tu sais qu'il y a des manières beaucoup plus rapide d'en finir ?

- Je ne voulais pas en finir… je voulais vous aider ! Et je n'avais pas d'autres moyens ! Je me bats avec les armes qu'on m'a données, Sirius… Les vôtres, moi, je ne les connais pas… Celles que je connais, ce sont celles que Lucius m'a montrées. »

Il se frotta le visage avec ses deux mains et la considéra à nouveau, anxieux et furieux à la fois :

« Et chaque fois que tu entres dans son esprits, tu utilises la Force… qui prend donc de la vigueur. »

Elle fit « oui » de la tête.

« Et quand, comme aujourd'hui, Lucius utilise la Force et que tu es là… il utilise la tienne en même temps… Ce qui la renforce encore un peu plus ?

- D'une manière générale, la simple présence de Voldemort … la rend plus puissante… et quand on l'utilise devant moi… Et là, ce soir… Etre dans Lucius… J'ai cru que c'était fini… Que je n'aurais plus jamais le dessus.

- Tu dois avoir un Mens Praestes en béton !

- Oui… C'est… C'est Remus. »

Elle avait rougi en disant cela. Il fronça les sourcils et se rasseyant près d'elle, il se pencha, l'attira contre lui. Elle chuchota :

« C'est peut-être pour ça que je vais mieux quand tu me parles… et surtout quand tu me parles de lui. Je sens que je reprends des forces alors.

- Tu te rends compte que ce que tu as fait est quasiment irréversible ?

- Oui.

- Si Lucius meurt…

- … je meurs, oui, je sais. Quand il sera temps… je me tiendrai éloignée de lui… et, avec un peu de chance…

- Tu sais que très peu de personnes survivent à une séparation des corps après un Sortilège de Fusion ? Et plus tu attendras, plus ce sera difficile. C'est maintenant qu'il faut arrêter, Alix ! Tu as encore tes chances, maintenant.

- Si peu de chances, Sirius… si peu… que ça ne vaut pas le coup d'arrêter à cause de ça : autant aller au bout ! Quitte à mourir autant mourir pour quelque chose… après avoir fait quelque chose de significatif !

- Mais la Force prend le dessus, Alix !»

Il l'avait éloigné de lui, tout en la tenant par les épaules, et plongeait son regard dans le sien.

« J'ai cru que j'avais perdu le contrôle de la Force, tout à l'heure mais non, tu vois bien… je suis plus forte que ça !

- Mais tu es complètement folle ! Arrête maintenant ! Nous t'aiderons… Dumbledore peut sûrement t'aider ! Tu es dans une impasse ! Tu ne vois pas que tu es dans une impasse ? Tu ne résisteras pas indéfiniment contre la Force. Tu as drôlement flanché tout à l'heure ! Tu as déjà oublié ?

- J'irai au bout de ce que j'ai décidé de faire !

- A terme, tu deviendras comme eux… ou tu deviendras folle ! Tu es inconsciente ou quoi ?

Azkaban ou Sainte Mangouste, oui je sais… Je te l'ai dit durant un de nos premiers contacts ! Je le sais, je l'ai décidé… Et c'est ce que je vais faire ! Et si tu n'es plus capable d'être mon contact, trouve m'en un autre !

- Plus capable d'être ton contact ? – la colère remontait – Pas capable de regarder une gamine de vingt ans gâcher sa vie ou même se suicider… ? – Il s'était levé et écartait les bras – Tu veux que je te dise ce que c'est, une vie foutue ? Eh bien regarde-moi : j'en suis le meilleur exemple ! Nom de Merlin, Alix ! Tu as la vie devant toi ! Tu as tout pour toi ! Et tu veux tout balancer ? Et tu me dis ça à moi ? Mais moi, j'en crève de ne pas avoir eu 25 ans, 30 ans, 35 ans ! J'en crève de ne pas avoir vécu, de ne pas avoir réalisé mes projets, de ne pas avoir connu le grand amour…ni aucune des joies les plus banales de la vie la plus banale !

- Ne t'inquiète pas : moi, je n'aurais pas de regret ! Je n'aurai jamais ton âge ! Je serai morte avant… ou alors, je ne serai pas consciente ! »

Il secoua la tête, impuissant à exprimer ce qu'il voulait dire… Il souffla, se détourna, fit quelques pas, revint près du lit. Elle était assise et passait ses mains sur ses yeux.

« Mais pourquoi ? Pourquoi ? »

Elle leva vers lui un regard incertain. Elle était si fatiguée.

« Parce que j'aurais fait tout ce que j'aurais pu… Parce que si Voldemort arrive à son but… J'aurai la responsabilité de tous les morts, de toutes les souffrances qu'il amènera avec lui ! J'ai déjà trois morts sur la conscience !

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? »

Avait-elle perdu la raison ? Il commençait visiblement à se le demander.

« Je savais… Sirius… J'ai su dès le début qu'il était revenu… et je n'ai rien dit. Je n'ai même pas voulu le voir… Et peut-être… Je venais juste de recevoir la Force… Peut-être que sur ce coup-là, je peux m'accorder le bénéfice du doute… Peut-être que je ne pouvais réellement pas réagir… Mais, après, en Septembre… Quand on a réveillé mon Mens Praestes… Je suis restée avec Lucius ! J'aurais dû agir… j'aurais dû bouger… mais je n'ai rien fait !

- Mais enfin, qu'est-ce que tu aurais pu faire ?

- Alerter… Je ne sais pas… lui tendre un piège… J'aurais pu faire quelque chose… Forcément !

- Mais tu n'as pas su quoi faire !

- Non… et je n'ai pas voulu ! Parce que je ne voulais pas faire quoi que ce soit contre Lucius ! Je ne voulais pas le trahir… et j'ai laissé faire !

- Parce que tu l'aimais, Alix !

- Et parce que j'avais peur…

- Mais évidemment que tu avais peur ! Tu crois que Lucius t'aurait laissé faire ? Tu crois que Voldemort t'aurait laissé faire ? Ton champ d'action était forcément réduit ! Alix… Tu n'es pas responsable ! Et de quels morts parles-tu ?

- Un employé du Ministère est déjà mort… et Tiberius March… et ce gamin hier soir…

- Tiberius March… Ce type était aussi fou que Malfoy !

- Non… C'était un homme libre, Sirius. Quand il a compris que Lucius le manipulait, il a voulu alerter notre milieu du retour de Voldemort… Il avait appris que les mangemorts allaient s'évader et… Lucius l'a tué. J'étais là…

- Tu n'es pas responsable des actes des autres.

- J'ai été lâche. Depuis le début ! »

Il soupira et reprit calmement :

« Alix… pourquoi dis-tu que tu as été lâche ?

- Je n'avais aucune excuse : je savais qui il était.

- Oui… bien sûr, tu le savais mais… Il y a des choses qui ne prennent réalité que quand on les voit…

- Je ne suis pas sûre d'avoir été amoureuse de lui, avoua-t-elle. Je crois que je me suis inventé cet amour pour y abriter ma lâcheté. J'ai cessé de l'aimer d'une minute à l'autre… Même si c'est vrai que j'ai fait appel à la Force pour le combattre… Ca ne me parait pas normal.

- Nos sentiments sont parfois si inextricablement emmêlés… Même les plus nobles… Moi, j'ai la mort de mes meilleurs amis et d'une dizaine de moldus innocents sur la conscience… et tu sais pourquoi ?

- Ce n'est pas toi qui as trahi !

- Non, bien sûr. Mais pourquoi est-ce que je n'ai pas demandé à Remus de me remplacer auprès de James et Lily… J'ai fait confiance à Peter… Pourquoi ?

- Tu le préférais ?

- Non… Ce n'était pas par amitié… pas seulement… pas purement… mais par orgueil. Par orgueil ! J'étais son héros ! C'était tellement agréable. Il me renvoyait une image tellement flatteuse de moi-même ! Le grand Sirius Black ! Au moment de choisir… Remus avait une histoire avec une fille de serpentard… mais c'était une chic fille ! Elle n'était pas soupçonnable de quoi que ce soit… pas plus qu'une autre en tout cas ! Je me suis focalisé là-dessus ! C'était mon excuse à moi ! Non pas Remus… Mais Peter lui… Je me vois encore, un rien paternaliste : « Je te fais confiance, Peter »… Le roi Sirius adoubant un chevalier ! »

Il s'assit sur le lit. Il caressa la joue de sa nièce doucement :

« Je sais ce que tu ressens, Alix. Mais tu vois, les regrets sont toujours stériles. Toi, tu as encore la possibilité de redresser la barre. Tu n'es coupable de rien. Sinon d'avoir été amoureuse et de n'avoir pas su quoi faire au moment où il aurait fallu. Et ce n'est pas que tu n'as pas aimé. C'est que tu t'es aperçue que l'homme que tu aimais n'existait pas… En tuant ton ami devant toi, il a tué sa propre image dans ton cœur. Et puis, si réellement, tu ne l'as pas aimé tant que cela… dis-toi que parfois, on a tellement besoin de croire en l'amour… qu'on finit un peu par se l'inventer… Sinon … il n'y aurait que des histoires d'amour éternel. »

Elle avait la gorge serrée. Il vit les larmes monter dans ses yeux et l'attira contre lui.

« Comment tu sais tout ça, toi qui n'a pas vécu ? renifla-t-elle.

- Tonton Sirius sait plein de choses sur la vie ! sourit-il tristement, en la berçant. Crois-moi, il faut renoncer maintenant…

- Je ne peux pas… Je ne veux pas… Vous n'aurez jamais un informateur comme moi… Reconnais-le…

- C'est vrai. Mais je peux t'assurer qu'aucun membre de l'Ordre n'accepterait ton sacrifice. Et surtout pas Remus… tu le sais bien.

- Ni Severus, je sais.

- Berk ! Severus !

- C'est mon ami.

- Tu as de drôles d'amis !

- C'est grâce à lui que je suis là. C'est lui qui a alerté ma famille… qui m'a fait subir le processus du Mens Praestes. Sans lui…

- Oui je sais. Dumbledore t'a envoyé Remus au Ministère et tu l'as …éconduit… Du coup, Rogue a dit qu'il allait contacter ta famille. Mais je ne savais pas que tu avais reçu la Force… Je n'y avais pas pensé… Pourtant cela coulait de source… Lui, devait le savoir.

- Oui, sûrement. »

Elle n'avait plus envie de parler soudain… une vague de tristesse la submergeait. Elle dit, un peu brusquement :

« Je suis fatiguée… Nous reparlerons de tout ça demain.

- Oui… Tu as raison… Excuse-moi… Je suis un rustre ! Tu es si pâle encore… Je vais rester avec toi.»

Elle se détacha de lui et leva vers lui un regard incrédule. Il lui sourit :

« Jusqu'à ce que tu t'endormes… »

Il la poussa doucement pour la recoucher, attira un fauteuil près du lit d'un coup de baguette magique.

« Mais je n'ai pas peur, Sirius !

- Mais moi, oui… Lucius ne viendra pas ?

- Il ne vient jamais ici.

- Alors je reste un peu… Tu vas bien ?

- Oui.

- Alors endors-toi doucement. Tonton Sirius veille. »

Il rit devant sa grimace de dégoût.

Elle ferma les yeux mais malgré la fatigue, le sommeil tardait à venir. La révélation du Sirius tournait dans sa tête, ajoutant une note de mélancolie au marasme de son esprit. Elle qui avait imaginé Severus, inquiet, se portant au devant de sa famille, discrètement pour l'alerter… « Attention, Alix va mal, Alix est en danger… »

Eh bien non… Dumbledore voulait la récupérer… Il avait envoyé Remus qui avait échoué… Il avait envoyé Severus qui avait réussi.

La vie n'était-elle finalement qu'une immense mascarade où tout le monde manipulait tout le monde ? Y avait-il, quelque part, quelque chose de pur ? Se pouvait-il que l'on puisse considérer les autres de manière désintéressée ? N'était-on jamais qu'un instrument dont chacun se servait quand il en avait besoin ? Il lui semblait qu'elle était très lasse de ce monde, qu'elle n'en voulait plus… Pourtant, pensait-elle amèrement, elle s'était crue bien armée pour y faire face… et considérer les autres comme des marionnettes ne lui avait pas fait peur… Cependant, elle aurait souhaité que dans tout cela, dans toute cette pourriture, il ait subsisté quelque part des ilôts d'innocence. Et où trouver l'innocence sinon dans le cœur de ceux qui l'aimaient… ? Comme il était décevant de n'être qu'un pion pour eux… un pion parmi d'autres… Surtout pour Remus…

Lucius avait raison, au moins sur deux points : toute relation devait être basée sur la méfiance… et on n'était jamais libre… Quelle que soit la résille… on n'était jamais qu'une petite maille tenue de toute part.

Et la mort était peut-être la seule vraie liberté.