Cher Journal,

Je ne t'ai rien écrit dans les derniers jours car je n'allais pas bien. Dans le genre émotivement. J'ai fait ma petite routine, ou à peu près, mais tu dois comprendre combien les derniers jours ont été difficiles. Ce matin, je vais mieux. Cela doit être car Léo et moi avons déplacé le mobilier pour que cela soit Feng shui. Je ressens l'énergie positive déjà. Non, journal, je n'ai aucune idée moi-même si je suis ironique ou non.

Je t'avais raconté que nous sommes revenus dans la nuit de samedi à dimanche et qu'à notre retour, Léonardo était à l'infirmerie. Mikey et moi ont a été persona grata durant toute la journée de dimanche. On a vu Donnie débrancher la machine de café de la cuisine pour aller la brancher dans le labo, afin de perdre moins de temps à faire des allers-retours et par la même occasion, s'assurer de ne pas avoir à calmer la giga crise d'anxiété du benjamin. Il mange ses émotions encore plus que Raphael. Okay, je l'ai aidé un peu à finir ces trois boites de biscuits aux brisures de chocolats, mais tout de même. Il a alterné toute la journée entre pleurer, se goinfrer, me raconter ses souvenirs, ses craintes, puis se ranimer et raconter tout ce qu'il ferait quand Léo sera mieux. Il a même tenté de blaguer qu'il perdait la notion du temps sans sa routine du fer et que ça serait le premier dimanche sans jeu de société à son souvenir.

Moi, journal, j'avais la gorge nouée. Pas tant seulement à cause du discours incohérents de Mikey, mais j'étais totalement désemparée par moi-même. Je me suis aperçue que Léo n'était pas seulement un frère ou un Dieu du sexe. Mais quelque chose de vraiment plus. Quelque chose dont j'avais vachement besoin. Je me sentais perdue, vide. C'était affreux.

Je n'ai pas vu Raph avant 19h30. S'il n'était pas une tortue mutante, je l'aurai bien vu avec une barbe de deux jours, les cheveux en broussailles et cernés. Il a ouvert une bière, l'a bu en entier d'une gorgée, puis, il s'en est ouvert une autre, les yeux fixés sur quelque chose de plus intéressant que Mikey et moi.

-Il va s'en tirer. Mikey, j'ai besoin que tu me remplaces au boulot. Fais pas de conneries et personne ne verra la différence. April sera avec toi. Elle va te surveiller.

Là, j'étais vraiment mécontente. Premièrement, je ne devais pas travailler le dimanche. J'avais accepté du jeudi au samedi seulement et je n'avais surtout pas la tête à travailler ce soir-là. De plus, je ne voulais être tenue nullement responsable des inévitables impairs que Mikey allait commettre. Déjà, l'empêcher de mettre sa cravate aux motifs de Mikey Mouse ne serait pas de tarte. Pour lui, elle est le comble du chic! L'année passée, pour mes 17 ans, il l'avait portée. Mais je n'avais pas le luxe du choix, à la tête de Raph. Il peut être vachement terrifiant. Mikey devait être de mon avis car il se l'aie bouclé aussi.

Il a vidé sa seconde bière et il est retourné dans le labo.

Bref, je me suis pointée à 21h30 avec un Michelangelo euphorique. Après tout, Léo allait s'en tirer et il allait sortir! Dans un bar! Voir des filles! Et boire de la bière.

Là, je suis intervenue :

-Euh, Mikey. Tu vas remplacer Raph à son boulot. Tu n'es pas là pour t'enfiler des margheritas et draguer! Dois-je te rappeler que tu as proclamé que j'avais tué ton côté hétéro? Et de plus, tu n'as pas un petit copain qui est le supposé amour de ta vie?

-Tu ne comprends pas April. Je vais pourvoir observer sur le terrain. Je n'ai jamais connu de filles, exceptés toi. Je vais faire comme un « tropologue » ou quelque chose comme ça, tu sais le genre de personne, comme Donnie, qui porte des lunettes et qui passe leur vie à observer des trucs? Tu crois que je devrais retourner au repaire et mettre des lunettes? J'aurai l'air cool et intelligent comme D.

-Non, Mikey. Tu es là pour remplacer Raph, Pas Don. Et il est trop tard. Nous sommes arrivés.

Comment te raconter la soirée? Mikey n'avait pas mis sa cravate (bien qu'il ait essayé) mais il avait apporté un truc dans un sac qui était une surprise.

Lorsqu'après que je l'ai présenté à Jimmy la Carpe et C.C., il a enfin ouvert son paquet mystérieux.

Je te le donne en mille, cher Journal :

Il avait apporté une machine à Karaoké.

Je me suis tapée le front, La Carpe n'a rien dit(évidemment) et C.C a souri. Il a même une dent en or, ce n'est pas possible!

J'ai tiré Mikey a l'arrière et je lui ai expliqué le plus diplomatiquement du monde que ce n'était pas l'endroit :

-T'es complètement siphonné! Tu crois que la clientèle ici est du genre à se trémousser sur scène un micro à la main? Et puis, t'es pas DJ, juste le portier. Tu fous les pochards et les bagarreurs a la rue. Point barre.

-Voyons April. Truc-Machin a dit que tout le monde avait besoin de ses 15 minutes de gloire, je vais leur donner. Les gens veulent du nouveau! C'est morbide ici! Faut mettre de l'ambiance.

Dès que les premiers clients sont entrés, Mikey s'est transformé : il s'est mis en mode « animateur de foule ». J'avais tellement honte que sans même m'en apercevoir, j'ai vidé cul sec le shooter que je m'étais versé sans regarder. Capitaine m'avait informé que ma présence serait non-rémunérée, mais que j'avais bar ouvert. Autant en profiter.

J'en ai profité.

Ma mémoire est assez confuse. Je me souviens qu'au départ, je buvais pour noyer mon chagrin et mon angoisse concernant l'état de Léo, ainsi que mon embarras devant les pitreries de Mikey. Il avait vraiment l'air de prendre son pied. Sans attirer autant de cougars en chaleur que Raph, il avait son lot d'admiratrices. Si un jour Léo vient ici, il faudrait mettre des rubans de sécurité certainement. J'étais donc seule à boire et à me morfondre sur mon amour qui gisait dans l'infirmerie. Je n'avais pas le cœur à la fête. Mikey avait beau se donner, je bougerais pas de mon tabouret pour aller m'égosiller ridiculement.

Reste qu'à un moment, je me suis trouvée complètement bourrée à chanter « What the fox says » devant un public enthousiaste (en tout cas, selon ma vision de fille cocktail). Puis, je me suis jeté dans la foule, m'imaginant être recueillie comme une rock star et passée de main en mains. Mikey m'a rattrapé avant que je m'ouvre le front sur le plancher. Beaucoup de clients ont quitté durant mon numéro. Sans doute à cause de l'heure. Nous approchions de la fermeture.

Capitaine a dit que désormais, les dimanches seraient des soirées karaoké. Alors que Mikey sautait de joie, j'ai bredouillée que Raph serait peut-être furieux de perdre ainsi une journée de salaire.

-Non, il se plaint souvent que son petit ami est jaloux et trouve qu'ils ne passent pas assez de temps ensemble. Maintenant qu'il est à blessé, je présume que Raphael sera satisfait de pouvoir passer plus de temps avec lui, pour l'aider à se remettre.

Je crois que c'est ce qu'il a dit. Je ne suis pas certaine. Je tentais de contrôler mes hauts-le cœur. Quand j'ai voulu m'objecter que ce n'était pas le petit ami de Raph qui était blessé, (de toute façon, depuis quand Raph a un petit ami? Depuis quand il est ouvertement gay? Leur sexualité est trop bizarre dans cette famille) mais son frère, j'ai compris mon erreur d'avoir ouvert la bouche.

J'ai vomi sur le plancher du bar. Je n'ai pas eu conscience du reste. Je ne sais pas comment Mikey m'a ramené.

Lundi, j'ai eu la gueule de bois toute la journée. Je ne suis sortie de ma chambre que pour dégobiller. J'ai croisé Mikey mais il a compris à ma figure que je n'avais pas envie de causer.

Mardi matin, j'avais encore mal à la tête, mais j'allais mieux. Je m'en voulais d'avoir négligé de prendre des nouvelles de Léo. Je fus estomaquée de le voir debout, une tasse à la main, dans la cuisine. Je délirais de joie :

-Léo !

-April, tu me déçois. Je croyais avoir exposé clairement mon interdiction de boire de l'alcool dans cette demeure.

J'aurai pu répondre que je n'avais pas bu dans le repaire. Mais j'étais énamourée par ce que j'avais sous les yeux.

Sur le bras, il exhibait un magnifique tatouage exotique de lion japonais. Ou thaïlandais. Ou chinois. Disons asiatique. Quand il a déplacé son bras, j'ai vu que le côté qui fait se rejoindre le plastron et sa carapace étaient aussi couvert d'écriture en idéogrammes. Aucune idée de la langue. Je connais rien à l'Orient, sauf les arts martiaux et la bouffe.

J'avoue à ma grande honte ne pas avoir demandé comment il se sentait. Je l'ai plutôt questionné sur ces tatouages.

-Donnie a proposé cette solution pour camoufler mes cicatrices.

Je n'ai pas demandé de cicatrice de quoi. Sans doute un sabre.

-Mais tu as été blessé samedi! Comment as-tu pu guérir aussi facilement au point de pouvoir te faire tatouer!

-Mutagène. Quand toi et Mikey êtes sortis, j'étais tiré d'affaire. La lame n'a pas touché aucun organe vital comme Donnie le craignait. Il m'a tatoué hier matin. Puis, Raph et Mikey.

Je me fichais des autres. Fascinée, j'ai touché du bout des doigts les traits d'encre. Je lui ai demandé qu'est-ce que cela signifiait.

Il m'a dit que c'était des citations de Bouddha et de Sun Tzu. Il me les a traduites. Je me rappelle de « "Un grand dirigeant commande par l'exemple et non par la force." Et aussi de "La vigilance est le chemin du royaume immortel. La négligence celui qui conduit à la mort." Le lion lui est vu dans la religion bouddhiste comme un protecteur et un gardien. Il représente le fils de Bouddha et il a soumis les humains en respectant des préceptes comme la compassion et la sagesse et pleins d'autres trucs que Léo a. Faut que je retienne ces 6 préceptes, bon sang!

Je me suis dit que pour qu'il se soit imprimé cela dans le corps, cela devait être vachement important pour lui. Je te jure Journal, je l'ai laissé me prêcher Bouddha pendant un bon dix minutes sans lever les yeux au ciel. Il est un évangélisateur captivant, sans même essayer. Si le pasteur avait autant de magnétisme que Léo, je serai plus souvent le dimanche à la messe. De sa bouche, le bouddhiste avait l'air de la religion la plus cool au monde. Bah, ce n'est pas comme s'il y avait de la compétition. Toutes les autres sont barbantes. J'ai déjà fait semblant d'aimer le hockey pour Casey. J'ai déjà fait semblant de m'intéresser au Foot pour un autre garçon. Ça fonctionne à tous les coups. Les hommes adorent qu'on partage leur passion. Et j'avais pris conscience ce week-end, pendant sa convalescence, comment j'étais folle raide dingue amoureuse de Léo Hamato. Alors, j'ai pris une décision, en songeant à toutes les heures que je pourrais ainsi passer en sa compagnie :

-Léo, je voudrais me convertir au Bouddhisme.

Je n'avais aucune idée dans quoi je m'embarquais. Aujourd'hui, par contre, je…

MERDE! Je n'arrive pas à y croire! Je suis tellement furax que…en bref : MIKEY, RAPH ET DON, ces faux-frères, m'ont créé un profil sur un site de rencontres. Mikey, ce sale traite, a répondu pour moi à 5 garçons car « il connait bien la façon de penser des filles », le con, et là, il vient de m'annoncer la bouche en cœur, et visiblement fier de lui, que j'ai rendez-vous ce soir avec un d'eux! Faut absolument que j'aille vérifier les conneries qu'ils ont écrit sur mon compte! Je te reviens!