Chap. 58 : Au-delà de toute haine.
Never mind.

Bien que son adversaire soit visiblement désarçonné, Hermione ne parvenait toujours pas à bouger un membre. Elle se demandait encore qui avait pu intervenir en sa faveur. Car la jeune femme savait n'avoir pas pu intervenir. La douleur dans sa main droite la privait de toute action de sa baguette qui, après avoir pendu mollement entre ses doigts, avait finalement chut dans la poussière. Désarmée, Hermione ne pouvait résister.

Péniblement, elle chercha à repérer l'ami providentiel qui venait de la sauver. Pourtant, aucune présence humaine ou animale n'était notable dans le couloir assombri par les poussières et l'extinction de certaines torches.

Au-dessus d'elle, Jedusor pansait rapidement ses plaies. Mais celles-ci semblaient inextinguibles. Á peine achevait-il de les soigner que les zébrures réapparaissaient aussitôt. Le sorcier hurlait des imprécations désagréables en direction de la jeune femme qu'il rendait responsable de ces mutilations. Pourtant, Hermione ne parvenait toujours pas à bouger et n'avait pas même songé à un sort. Son état nerveux ne lui permettait qu'une réflexion sommaire. Seul son instinct de survie fonctionnait encore.

Après de longues minutes entrecoupées par les coups sourds des sortilèges des combats extérieurs, par les oscillations des murs et des lampes, Jedusor parvint à retrouver son visage naturel. Un rictus inhumain sur la fente qui lui servait de bouche indiqua sans nul doute à la jeune femme que son heure arrivait bien vite. Désespérée, Hermione ne trouva pas la force de hurler. Sa seule consolation fut de savoir qu'Harry les vengerait tous très bientôt, avant la fin de la journée probablement. Le constat avait malgré tout quelques difficultés à transiter de sa raison à son cœur.

Lorsqu'enfin Voldemort dressa sa baguette, dont l'extrémité verdissait nettement, Hermione sut qu'elle ne pouvait se laisser faire ainsi. Tout espoir d'aide extérieure était évanoui, elle ignorait ce qui l'avait sauvé précédemment, mais cette fois encore, elle ne se laisserait pas faire. La jeune femme concentra tout ce qu'elle avait de haine contre cet homme responsable de la mort de tant de ses amis.

- Te souviens-tu de notre première rencontre ? tenta Jedusor. La question n'était que rhétorique et n'attendait pas de réponse.

Ce soir-là, la douce Jane Oliver avait rencontré un funeste destin, ainsi que son majordome Nigel. Ils avaient devisé comme si de rien n'était mais Jedusor était alors désarmé, Hermione avait pu faire preuve de la docilité de sa baguette. Á la réflexion, la jeune femme pensait que ce n'était pas une bonne idée. Faire la preuve de la force de sa baguette devant un monstre ivre de puissance présentait de grands risques. Mais il n'était plus l'heure de douter des faits déjà anciens.

- Comme peut-on oublier une rencontre si agréable ? ricana Hermione avec le peu d'énergie qui lui restait.

- Cette nuit-là, tu possédais la baguette la plus impressionnante que j'ai jamais pu serrer entre mes doigts.

Un éclair de satisfaction cruelle brilla dans les fentes qui lui servaient d'yeux. Hermione se retint de frissonner, pourtant, elle ne se sentait pas bien du tout, et craignait l'échéance prochaine.

- Pour l'instant, tu es malheureusement incapable de t'en resservir. Reprit Jedusor avec un ton d'où ressortait la plus intense satisfaction. De plus, je possède la plus puissante des baguettes qui n'ait jamais existé. Celle dont tu te sers habituellement n'est, en comparaison, qu'un vulgaire morceau de bois. Pas même anglais. Ajouta-t-il avec dédain.

Hermione ne put alors retenir un frisson. Elle se savait immobilisée par l'éclat de roche qui lui avait brisé le poignet. La douleur la tordait de ses piques effroyables. En face d'elle, le plus mauvais des sorciers se préparait à lui donner le coup de grâce. Il lui apparaissait à présent dans la plus totale des horreurs. Comment pouvait-on accorder le moindre sentiment humain à ces lambeaux d'âmes et de chairs ? Comment tant de jeunes gens avaient-ils pu croire en lui ? Elle n'y voyait que l'abjection le plus complet. Devant elle se dressait le plus grand des racistes de l'histoire. Non content d'ignorer les autres créatures magiques, il haïssait tout autant ceux qui n'avaient pas l'heur d'être de son monde, de son pays, de son école même… Quelle puissance pouvait espérer détenir un homme qui se masquait autant de choses étrangères ? Un instant, Hermione reprit espoir. Celui qui l'avait sauvé une première fois pouvait revenir prochainement. Elle le pria tant qu'elle put.

- Ne rêve pas petite sotte. Sourit Jedusor. Nous sommes définitivement seuls et, cette fois, personne ne pourra m'empêcher de finir ce que j'ai commencé.

Le sorcier brandit à nouveau sa baguette d'où scintillaient d'angoissantes lueurs verdâtres. La jeune femme ne sut rien faire d'autre que fermer les yeux en attendant la fin. Hermione s'abandonna à l'ivresse malsaine de son bourreau. Celui-ci s'approcha en brandissant encore le fin morceau de bois.

Les visages souriants et sereins d'Albus Dumbledore, Thomas O'Maley, Fred Weasley, James Dewitt, le jeune Sherman, O'Tusck lui-même, Denis Fein et enfin Albert, passèrent devant les yeux d'Hermione bouffis de larmes amères. La résignation céda une nouvelle fois la place à la vengeance.

Et finalement, pourquoi se laisser dépasser par ce monstre infatué qui se croit plus puissant parce qu'il est issu d'une école particulière, qu'il possède une baguette spéciale ? Non, définitivement, ce n'était pas possible, pas crédible. Hermione ne pouvait se laisser faire ainsi. Cette fois, la jeune femme était assez consciente pour remarquer se qui se passa lorsque sa haine la déborda.

De son corps meurtrit émanait la magie. Elle n'avait pas besoin de sa baguette pour canaliser sa force magique. Hermione en avait tant emmagasiné qu'elle pouvait la laisser agir hors d'elle sans contraintes. La jeune femme n'en était pas certaine, mais elle crut voir Jedusor blêmir. Lui qui se prétendait le sorcier le plus puissant de tous les temps, il ne croyait pas ce qu'il voyait. Hermione percevait le fruit de tant de mois d'entrainement, de tant de souffrances contenues. Rien ne pourrait l'empêcher de détruire son adversaire.

Le rocher qui bloquait le poignet d'Hermione fut littéralement pulvérisé par la puissance déchaînée. Les sorts d'entrave ne purent l'empêcher de se relever. Péniblement certes, mais elle put se mettre debout. Le couloir était à présent parfaitement éclairé de la lumière qu'émanait son corps tout entier. Devant elle, Jedusor commençait à reculer, incrédule et inquiet.

- Tom, tu aurais dû continuer ton chemin vers la mort cette nuit-là. Fit-elle doucement.

- Céder devant ce nourrisson ? éructât-il pour se donner contenance. Tu sous-estime les pouvoirs du plus grand sorcier de tous les temps petite fille.

- Pas cette nuit-là, Tom. Reprit Hermione sur le même ton.

La référence était transparente et Jedusor savait parfaitement de quoi il retournait. Bien qu'il n'ait pas vécu dans ce corps cette confrontation en Albanie, Voldemort marqua le coup. Hermione lui avait volontairement donné ce souvenir lorsqu'il hantait encore le corps d'Harry. De cette expérience il avait conclu que la jeune femme serait son plus délicat adversaire, celui qu'il prendrait le plus de plaisir à vaincre. Mais pour le moment, il était lui, le plus grand sorcier, en fâcheuse posture. Cela ne lui plaisait guère.

Même si elle se sentait le droit de prendre plaisir à voir son adversaire ainsi malmené, Hermione ne parvenait pas à éprouver autre chose que de la pitié à son égard. Elle comprit enfin qu'elle ne pourrait jamais volontairement abréger la vie d'un homme, fut-il monstrueux. La lueur qui émanait d'elle faiblit un moment. Jedusor en conclut un peu vite que la jeune femme perdait de sa concentration et de sa force. Il tenta son va-tout.

- Avada… commença-t-il.

Mais Hermione venait de récupérer sa baguette. Et même de la main gauche, elle parvint à jeter un sort d'expelliarmus si puissant que l'homme fut projeté loin en arrière. Les murs vibrèrent sous le choc et de nouveaux débris envahirent le sol, la poussière se souleva encore pour obscurcir l'atmosphère. Hermione resta debout, le bras droit ballant, tentant de soutenir la douleur. Dès que les deux adversaires seront à nouveau face à face, il lui faudra vaincre définitivement. Tant pis pour la mission de Harry.

La jeune femme entendit son adversaire éructer. Au début, les mots semblaient n'avoir aucune cohérence entre eux. Puis, en tendant l'oreille, Hermione sut discerner le sens des sentences employées. Elle ne put retenir un sourire en entendant le « plus-grand-sorcier-de-tous-les-temps » s'énerver contre sa baguette. Celle-là même qui était censée lui fournir encore plus de pouvoir. Visiblement, c'était là encore une erreur d'appréciation de la part de ce pauvre Tom.

Lorsqu'enfin le nuage de poussière permit de voir de l'autre côté du souterrain, Hermione constata avec surprise que Jedusor avait préféré fuir. Elle était à présent seule dans le sombre couloir, et pour éviter d'être suivit, le sorcier avait fait effondrer le passage derrière lui. La jeune femme n'en fut pas tellement étonnée et considéra que l'affrontement n'était que différé. Elle put ainsi se laisser aller et s'installa au pied d'un mur visiblement plus résistant que les autres. Son poignet droit la faisait souffrir d'une douleur lancinante.

Réunissant tout ce qu'elle gardait d'énergie, Hermione entreprit de soigner son poignet. Après une sommaire auscultation, la jeune femme comprit que les os avaient été pratiquement broyés par la masse de rocher. Hermione grimaça de douleur à cause du frôlement de ses doigts sur ses chairs maltraitées. Elle n'était pas médicomage et ignorait comment soigner efficacement ses plaies. Réduire les cicatrices sur sa peau ne prit que quelques instants, mais restaurer ses os serait plus délicat.

Serrant les dents, Hermione passa sa baguette le long de son poignet en entonnant les soins qu'elle maîtrisait en espérant que l'un ou l'autre parvienne à la soulager. La douleur chronique restait très vive et occultait une partie conséquente de ses moyens de réflexion, de concentration. Au bout d'un moment qu'elle considéra être très long, Hermione sentit des craquements dans son bras accompagnés de brulures intenses. Elle en conclut que ses sortilèges avaient, finalement, une efficacité certaine. Pour s'assurer de la réussite de son action, elle entreprit de bouger un doigt après l'autre. Si ses phalanges semblaient réagir, bouger l'articulation du poignet était totalement impossible. La douleur persistait, atténuée mais constante. Contrite, Hermione décida qu'elle ne pouvait attendre plus longtemps. Les coups sourds sur les murs devenaient plus réguliers. Cela l'inquiétait bien plus que la perte d'une de ses mains.

N'ayant d'autre choix, la jeune femme déchira les manches de son pull pour constituer une écharpe qui retiendrait son bras immobile. Ses capacités d'action seraient limitées, mais elle ne doutait pas un instant qu'elle demeurait assez forte pour aider ses amis. Elle se lança au pas de course dans le couloir. Pourtant, sa progression se révélât plus laborieuse qu'elle ne l'eut estimé. Se séparer de l'un de ses bras, c'est perdre de son équilibre, de ses capacités de réaction. Hermione le découvrit à ses dépends. Mais si elle manquait de s'effondrer sur les murs de droite lorsqu'une explosion ébranlait les souterrains, la jeune femme n'en réduisait pas pour autant son allure.

Ce qui impressionnât le plus Hermione lors de sa course en direction de Sirius était la totale absence de corps dans les souterrains, comme si quelqu'un avait patiemment ramassé morts et blessés pour ne laisser aucune trace des événements en cours. D'une certaine manière, elle préférait ne plus être exposée à ces horreurs. Pourtant, au détour d'un angle du couloir, elle comprit la raison de cette absence. Le combat contre Jedusor était fortuit. Le monstre était venu pour autre chose.

Devant Hermione se tenait une vingtaine d'inferi. Parmi eux, elle reconnu des visages adultes et adolescents. Elle eut un haut-le-cœur mais se retint du bout des lèvres. L'horreur la plus complète se dressait devant elle. Le couloir avait été obstrué et les inferi tentaient de dégager le passage pour attaquer ceux qui se défendaient de l'autre côté. Utiliser les défenseurs vaincus contre leurs amis, c'était bien là la démarche psychopathique de Jedusor.

La jeune femme resta un moment démunie devant tant d'horreur. Avec un bras incapable de répondre à ses exigences, Hermione craignait de ne pas pouvoir lutter longtemps. Elle aurait pu fuir, mais au fond d'elle-même, Hermione savait qu'elle ne pourrait plus dormir de sa vie devant tant de lâcheté. Finalement, elle dressa sa baguette de sa main gauche mal assurée, en direction des inferi. Le petit groupe sembla prendre enfin conscience de sa présence et certains se détachèrent de leur activité principale pour se diriger, doucement, mollement, vers elle. Hermione savait que cette mollesse n'était que feinte, s'il le fallait, ils pourraient la rattraper à la course sans aucune difficulté. L'absence de vie était compensée par l'énergie magique que Jedusor avait placée en eux.

Même si la jeune femme reconnaissait certaines figures, elle savait sans nuls doutes que les âmes des personnes concernées avaient quittés leurs corps depuis longtemps. Énoncer un tel constat ne permettait pas pourtant d'effacer la réalité des visages. Elle laissa trop facilement approcher les monstrueuses créatures et lorsque l'une d'entre elles parvint à mettre sa froide et répugnante main sur son avant-bras gauche, Hermione sentit qu'il n'était pas loin d'être trop tard.

« §§§ »

Derrière un massif mur d'éboulis, Robert de Mathan attendait patiemment que les inferi parviennent à le traverser. Rien ne pouvait arrêter ces monstres. Programmés pour une mission simple, ils ne dévieraient pas et n'avaient rien à perdre étant déjà morts.

Il sentit tout à coup le sol vibrer et se dérober sous ses pieds. L'amoncellement de rochers vibrait et se délitait sous ses yeux. Une effroyable puissance magique devait être à l'œuvre de l'autre côté du mur improvisé. Il avait pourtant lui-même dépensé une énergie certaine à concevoir cet éboulement. Un jeune homme derrière-lui s'inquiéta de voir arriver très prochainement le seigneur des ténèbres. D'une voix cassante, Neville rappela à l'ordre son condisciple et vint se placer auprès du vénérable normand à la face brouillée.

- Cette fois, commandant Bob, c'est le moment. Sourit Neville.

Le jeune homme falot, inconsistant, sous la coupe de sa grand-mère n'était plus qu'un souvenir. Á présent, la volonté et la résolution se lisait sur son visage. Ses parents eurent été fiers de le voir aujourd'hui aussi déterminé.

- Rien n'est jamais perdu gamin. s'amusa Robert.

Ces mots se perdirent dans l'effondrement de la paroi. Une lumière aveuglante se dispersa dans le souterrain obscur, éblouissant tous les défenseurs présents. Malgré leurs paupières fermement tenues closes, ils ressentirent une chaleur intense et pénétrante qui parvenait à éclaircir la nuit dans laquelle ils cherchaient un refuge. Lorsqu'enfin ils purent ouvrir à nouveau leurs yeux, Robert et Neville en restèrent pantois.

Les restes de la muraille de protection s'entassaient alentours. La lumière était encore vive, mais ils purent voir sans ambiguïtés ce qui se déroulait de l'autre côté. Neville aperçut, il en était certain, une jeune femme comme suspendue dans les airs à quelques centimètres du sol. Mais, du fait de l'éblouissement, il ne saurait dire qui elle était.

Á ses côtés, Robert de Mathan semblait bien plus assuré de sa propre acuité visuelle. Il marmonna le prénom d'Hermione, surpris Neville affuta son regard. Après quelques instants de doutes, il confirma l'impression de son voisin. Á présent, il voyait distinctement la jeune femme, son bras droit en écharpe et son bras gauche négligemment dressé. L'extrémité de sa baguette brillait encore d'un éclat argenté. La jeune femme était entourée d'un nombre impressionnant d'inferi et pourtant, elle ne semblait pas inquiète ou même gênée.

D'instinct, Neville esquissa un geste pour aller soutenir son amie. Il lui devait sa nouvelle assurance, son amitié avec Harry et certainement d'autres choses encore. Le jeune homme ne pouvait s'imaginer la laisser sans aide. Pourtant, d'une poigne ferme, Robert de Mathan l'empêcha de se précipiter.

- Mais, commandant Bob ! s'exclama Neville perplexe et agacé par cette inertie.

- Tout est déjà fini gamin. Conclut l'homme sans une grimace, sans ses sourires étranges.

Neville resta un instant interdit devant cette absence de courage qui contrastait tant avec le naturel de Robert de Mathan. Au moment où il se détournait, il comprit le manque de réaction de son voisin. Les inferi n'étaient plus que d'étranges statues de cendres qui ne tenaient plus ensembles que par une étonnante magie. En un instant, ces dizaines de pauvres bougres furent balayés par un courant d'air frais. Un frêle nuage de cendre tenta de trouver une issue et circula entre les jambes des témoins effarés. Seule Hermione semblait à l'aise. Ce qu'elle avait fait lui procurait l'intense satisfaction d'avoir agit pour le plus grand bien de tous. L'allusion lui fit penser à Albus Dumbledore. Elle comprenait enfin en quoi cette référence était positive et non tournée vers la domination des forts par les faibles. Bien au contraire, son interprétation à elle était plutôt de donner sa force aux faibles.

Comme dans un rêve, Hermione aperçut les visages blafards et fatigués de ses compagnons de lutte. Elle les voyait pour la première fois pour ce qu'ils étaient vraiment, et elle n'était pas déçue. Malgré les douleurs, les privations et les combats, ils restaient humains et fragiles. Les dévisageant tranquillement, elle se fixa sur le visage de celui que Neville surnommait « commandant Bob ».

- Al', peux-tu m'indiquer l'issue la plus proche ? tenta-t-elle doucement. Je ne me repère plus dans ces souterrains. Elle s'avança, dépassant le groupe de tête, en direction de l'autre extrémité du boyau. Il est temps que je retourne à Hogwarts.

- Elle ne va pas mieux ma cousine. Releva une voix narquoise dans un coin sombre.

Le jeune Malefoy traînait au pied d'un mur, proprement ligoté. Neville fit taire brutalement l'importun pendant que Bob s'approchait d'Hermione et lui parlait doucement à l'oreille. Les deux jeunes hommes quoi qu'ennemis auraient donné cher pour savoir ce qu'ils se disaient à cet instant. Brusquement, Hermione sembla sortir de sa torpeur.

- Drago, je ne pensais pas que tu arriverais jusqu'ici. Ton maître ne doit pas être très fier de toi.

Le jeune homme blond se renfrogna un peur et frissonna à son tour. Bien sûr qu'il savait que son maître ne lui ferait aucune pitié. Et il se demandait s'il devait craindre de devenir l'un de ses inferi, ou plus simplement disparaître à jamais.

- Par ta faute mes parents seront… commença d'aboyer Drago.

- Par ma faute, ils vivront. Coupa Hermione brutalement. Sa réplique ne souffrait pas de contestation. Bob, a-t-on une sortie ? continua-t-elle sur un ton anodin.

- A moins que tu ne la produises toi-même, je ne pense pas. S'amusa Robert.

Les autres jeunes gens étaient totalement atterrés par le détachement dont faisaient preuve le commandant Bob et Seagull. En quelques phrases Neville expliqua que les mange-morts les avaient isolés dans cette partie reculée des souterrains. Faute de pouvoir réduire totalement les défenseurs, les assaillants avaient jugé plus efficace de les maintenir à l'écart.

- Maintenu à l'écart ? s'étonna Drago d'une voix nasillarde où perçait l'angoisse. Une bien amusante façon de décrire la situation.

- De quoi parle ce petit roquet prétentieux ? interrogeât Hermione. Personne n'osa répondre de suite et Drago profita pour en ajouter. Malgré ses liens, il se sentait plus fort. Il n'allait donc pas gâcher cet avantage.

- Greyback dirige des inferi de chaque côté des éboulements. Lança-t-il cassant. Ainsi, tous ces mugblood seront bientôt balayés par les forces de mon maître.

Hermione se sentit saisie par l'expression employée par Drago. Elle l'avait déjà entendue au cours de ces derniers mois à Hogwarts. La jeune femme tolérait mal qu'on l'emploie en sa présence. En tant que fille de Sirius Black elle ne pouvait être suspectée d'être concernée, et la plupart des sangs-purs ne font guère attention à cette expression peu agréable. C'était sans compter sur Hermione, dès son arrivée, elle avait fait en sorte que plus personne n'ai envie de s'en servir. On avait mis cette attitude sur la commisération de la jeune fille. Tout cela pourtant, c'était avant aujourd'hui. Elle se pencha sur lui et le libéra de ses liens avant de le relever.

- La prochaine fois que tu emploieras ce mot, sache que je n'aurais plus de retenue.

- Tu es vraiment une fille étrange. Sourit Robert de Mathan derrière elle.

- Je sais Bob, je le sais parfaitement. Elle se tourna vers le normand et lui adressa un doux sourire. De ceux qu'adresse une fille à son père.

- Black, je ne comprends pas ton manège. Mais me libérer ne sauvera pas ces mugbloods que tu apprécies tant.

- Tu n'as donc pas compris ? s'étonna Robert fermement.

- Quoi donc ? aboya le jeune homme. L'incompréhension la plus complète se lisait sur son visage. La jeune femme le regarda avec un certain dédain n'imaginant pas qu'on puisse être stupide à ce point.

- Je suis l'une d'entre eux. Se contenta de répondre Hermione.

Doucement, Robert plaça ses deux mains sur les épaules de la jeune femme. Une nouvelle fois, il lui glissa quelques mots à l'oreille. Cette fois, Neville put en entendre quelques bribes.

- Cela ne changera pourtant rien à ce que vous êtes pour nous. Glissa l'homme.

Hermione se tourna vers les autres combattants. Il n'en restait probablement qu'une trentaine. Combien étaient parmi ceux qu'elle à détruit ? Elle ne voulait surtout pas le savoir. Elle prit le temps de les regarder vraiment, individuellement. Sept normands en plus de Robert de Mathan constituaient l'armature du groupe. Neville était accompagné de cinq jeunes gens de l'école qu'Hermione connaissait de vue. Sa présence semblait les inquiéter plus que les soulager. D'une certaine manière, c'était ce qu'elle voulait. Ils s'étaient rassemblés derrière Neville et non pour elle. Le reste du groupe, une vingtaine, provenait de l'extérieur de l'école et Hermione n'en connaissait aucun.

- Je suis Seagull. Murmura-t-elle. L'image de Benedict Dietrich s'imposa et lui souleva le cœur. Elle se trouvait cantonnée à ce rôle d'icône.

- Non, tu es Hermione de Derrycarna. Une jeune femme très courageuse et très douée. Acheva Robert.

- Il est vrai que ces considérations ont beaucoup de valeur pour vous. Sourit la jeune femme. Il n'empêchait. Cette remarque signifiait bien qu'elle était à leurs yeux une personne.

Un rire entendu réunit ces deux anciens. Quelques normands qui avaient entendu le contenu de l'échange se dissimulèrent pour rire à leur tour, le plus discrètement possible. Cependant, il était délicat de se cacher de Robert de Mathan. Celui-ci fit comprendre à ses hommes qu'il était des choses qui ne se faisaient pas, se moquer de lui, par exemple. Malgré les dangers et les bruits sourds des combats les réfugiés furent gagnés par un peu d'allégresse. En chef chevronné, Hermione mit à profit la situation.

En quelques ordres concis elle mit de l'ordre dans le groupe et se dressa devant le mur qui obstruait le passage. Railleur, Drago laissa entendre qu'il serait probablement moins dangereux de s'élancer du côté où ne se trouvait plus d'inferi. Il n'eut pratiquement aucun écho mais reçu un vigoureux coup dans les reins. Un normand qui devait faire pratiquement deux fois sa taille et son poids entendait le faire taire.

- Nous allons prouver à Greyback que nous n'avons pas peur de lui. Remarqua le normand.

- C'est totalement inepte ! s'étrangla Drago. Guidés par une sang-de-bourbe, que pourriez-vous faire devant ces inferi ?

La réponse du normand fut noyée dans les bruits de l'explosion qui dégageait le passage. Dressée devant le mur de débris, la jeune femme tendit sa baguette. Visiblement, les douleurs de son poignet droit n'avaient pas cessées. Robert de Mathan eut un regard inquiet en remarquant les grimaces de la jeune femme. Il ne pouvait savoir qu'elle se reprochait de ne pas parvenir assez vite à détruire le mur et non qu'elle souffrait. Hermione agita un moment son bras valide devant l'imposante muraille. Parfois de petites lueurs laissaient à croire qu'elle atteignait son objectif, pourtant l'éboulement continuait de refuser encore de s'effondrer.

Hermione cessa toutes ses tentatives et se sentit désemparée. Elle ne se sentait plus la force d'un nouvel exploit. De crainte d'alarmer ses compagnons, elle ne jeta pas un regard en arrière bien qu'elle eut trouvé en eux le réconfort et le soutien qui lui faisait défaut. Lorsqu'une bouffée d'angoisse un peu plus pressante que les autres manqua de la faire vaciller, Hermione serra les paupières. Et s'il fallait, comme pour un patronus, faire appel à ses souvenirs heureux ? Elle passa en revue les derniers souvenirs, ceux de cette année passée auprès de ses amis dans un univers radicalement différent du sien. Mais à part un événement récent, elle n'y trouvait pas de réconfort du tout.

Puisant un peu plus profondément dans ses souvenirs, Hermione fit resurgir la mémoire de sa première scolarité, son choix après la mort de Dumbledore. Même à ce moment, le souvenir de Ron, de celui qu'elle avait pour elle seule, lui gâchait tout bonheur. Enfin, la jeune femme accéda aux souvenirs de son escapade dans le temps. Jusqu'aujourd'hui tout ce qu'elle en savait était parcellaire. Á présent, loin de tout danger immédiat, Hermione prit un peu de temps pour elle. Elle ignorait d'ailleurs depuis quand elle n'avait pas pu se laisser aller à un peu d'égoïsme. Son périple en compagnie d'Albert et d'Olaf bien que son issue soit malheureuse lui rappela qu'il fallait douter de tout constamment.

En compagnie de Sean et de Jack, elle avait appris à dépasser ses limites, à faire des choses extraordinaires. Ses deux assauts contre le ministère de la magie lui revinrent en mémoire, les longs combats entre aurors aussi. C'est surtout le souvenir du « Royal Oak » qui plu à la jeune femme. Hermione se sentit, pour la première fois de son périple, fière de ses actions. Pourtant, quelque chose encore la gênait. Cette fois, elle ne put s'empêcher de tourner son visage en direction de Robert de Mathan. Devant les marques de brûlure du normand elle se souvint de l'attaque du dragon. De cette escapade en France, Hermione avait gagné l'humilité qui lui manquait. Mais peut-être en avait-elle fait trop !

Dépassant tous ces sentiments contradictoire, en assumant finalement la part de plaisir qu'il peut y avoir à vaincre, Hermione avait combattu victorieusement Jedusor, twice. En colère contre elle-même, la jeune femme déversa cette énergie sur son sort de brisage. Cette fois de fines rayures de lumière émergèrent des failles de la muraille. De petits morceaux glissèrent sur le sol et progressivement, un grondement sourd ébranla la masse. Enfin, le mur sembla se déliter, se répandant tel un fluide sur le sol.

La lumière des torches de l'autre côté du mur qui s'effondrait apparaissait plus clairement aux yeux d'Hermione et de ses compagnons. Pourtant, déjà, les premiers inferi s'approchaient.

D'un geste ferme de sa main valide, Hermione fit comprendre à ses amis d'attendre. Elle, cependant, s'avançait vers le groupe d'inferi qui émergeait des décombres. Parmi la fureur et le bruit, la voix rocailleuse de Greyback le loup-garou se faisait entendre. Il invitait ses monstres à tuer le plus possible.

Peu à peu, Hermione s'enfonçait dans la masse de ses adversaires. En face d'elle Greyback exultait de plus en plus. Sa proie se jetait littéralement dans ses filets, en toute conscience. Il était tellement satisfait qu'il ne remarqua pas que les inferi cessaient de progresser dès qu'ils croisaient la jeune femme. Brusquement, le groupe monstrueux se détourna des victimes humaines. Les inferi se battirent bientôt entre eux en un duel sans issue. Peu à peu, ceux qu'Hermione avait détournés de Jedusor prirent le dessus. Les premiers mange-morts furent atteint, Greyback lui-même ne sut trop quoi faire lorsqu'ils se dressèrent finalement devant lui.

Sans un geste, sans un mot, Hermione avait renversé la puissance de son maître. Le seigneur des ténèbres n'était donc pas invincible. Ce fut là sa dernière constatation. En retrait, le groupe des défenseurs se mit en mouvement sur les ordres de Neville et de Robert. Le jeune homme n'attendait plus les ordres du commandant Bob, il les devançait. Enfin, Neville prenait son indépendance, à cette évocation, Robert n'en fut que plus satisfait.

- Seagull est vraiment magnifique. Releva Neville.

Drago qui lui emboîtait le pas et Robert un peu plus loin le dévisagèrent avec stupeur. Le premier suivait parce qu'ensorcelé. Et ces affirmations ne lui inspiraient que du dégoût. Le second grimaça. Certes, les succès de la jeune femme étaient flagrants. Obtenir des inferi qu'ils changent d'allégeance était un tour de force extraordinaire. Mais il savait ce que cela coûtait.

- Elle ne pourra pas faire cela indéfiniment. Coupa Robert rudement. Et je dois reconnaître que je suis inquiet.

- C'est cela que vous lui disiez. Remarqua sagace Neville.

Sans répondre, Robert et les normands passèrent à l'assaut à leur tour. Les derniers inferi se consumaient enfin, libérés de la magie par la jeune femme. Les rares mange-morts qui n'avaient pas préféré fuir furent rapidement mis hors d'état de nuire.

Les jeunes gens qu'Hermione avait formés restaient les plus impressionnés de tous. Les normands connaissaient, au moins par les récits de leurs chefs, les capacités étonnantes de la jeune femme. Ses entrainements avec Michel Renard, le gendre de Robert de Mathan, étaient entrés dans la légende autant que les exploits de Seagull. Les sorciers irlandais présents donnaient une image plus fiable à leur héroïne légendaire et les anglais découvraient une guerrière hors de pairs. Á elle seule, elle réduisait de moitié les forces de l'adversaire. Cependant, bien peu savaient à quel point elle s'épuisait à agir ainsi. Elle-même semblait ignorer ses propres limites.

Dès que le calme fut revenu, Hermione prit Robert à part. Elle avait encore le visage dur, son estafilade semblait plus marquée que jamais, et ses yeux avaient encore éclairci.

- Robert, avez-vous vu Sirius Black ? questionna-t-elle d'un ton qu'elle voulait badin mais qui ne dupait personne.

- Il est passé parmi nous un moment. Répondit l'interpelé. C'est d'ailleurs lui qui a pu mettre ce bonhomme hors d'état de nuire. Ajouta-t-il en désigna Malefoy.

Le jeune freluquet paraissait vidé de toute énergie. Poussé par Michel Renard, il avait dû combattre encadré de deux normands bien plus solides que lui. Et, finalement, il avait pris beaucoup de déplaisir à se servir de la magie contre d'autres être humains. C'était à peine s'il pouvait encore lancer des sorts contre les inferi. Son dédain des autres, son égocentrisme trouvaient leurs limites. Il n'haïssait pas les gens au point de les tuer. Il pouvait être bravache et menacer ses adversaires, mais il n'avait pas le cran de concrétiser cette méchanceté. Cela n'avait pas échappé à Michel Renard qui ne le quittait toujours pas d'une semelle.

- Comment s'est comporté mon cousin. Fit remarquer soudain la jeune femme.

- Plus méchant que bête ! répondit, badin, Michel. L'intéressé tenta de reprendre cette remarque désobligeante, mais il se trouva opposé à Neville.

- C'est parce que vous l'encadrez comme il faut. Observa Neville. Sinon ce bouffi de haine nous aurait attaqué depuis longtemps.

- Il est inutile d'être aussi haineux ! coupa Hermione durement.

- Parce que tu ne hais personne ? railla Drago. La pique porta droit au cœur de la jeune femme, des regards inquiets se portèrent sur elle.

Hermione se détourna sans répondre. Elle ne pouvait répondre par un mensonge à cette question. Même si elle n'appréciait guère celui qui la posait, elle ne s'accorderait pas un écart de conduite. Drago se sentit par conséquent renforcé de cette absence de réplique et ricanait déjà. Lui qui n'avait pas eu le cran de combattre se laissait tenter par la haine facile. La jeune femme s'éloigna donc, de plus en plus vite, en courant pratiquement. Bientôt, elle ne verrait plus tous ces compagnons. Elle devait être seule, vite.

- Crois-tu vraiment qu'elle puisse vaincre ton maître si elle était comme lui, comme toi ou moi ? questionna Robert de Mathan.

- C'est idiot comme remarque. Lança Drago narquois. Seule une grande puissance magique peut vaincre, cela n'a rien à voir avec les sentiments.

- Cela à tout à voir, imbécile. Coupa Robert en plaçant violement sa large main sur la frêle joue de Drago.

Le jeune homme porta sa main là où une douleur cuisante lui indiquait la présence fugace de cinq doigts bien plus forts que les siens. Personne ne blâma le commandant Bob ou ne soutint Drago. Après tous ces événements, remettre en cause les fondements des enseignements de Dumbledore ne plaisait à aucun des témoins. Évidemment que les sentiments humains les plus essentiels avaient leur rôle à jouer dans cette tragi-comédie. Pour l'heure, Hermione portait seule le poids de ces efforts.

« §§§ »

Hermione errait à présent dans l'aile ouest de l'école. Certains accès donnant en direction des serres étaient obstrués et elle sentait qu'elle ne pourrait pas réitérer l'exploit précédent. Non qu'elle douta de ses capacités physiques, mais plutôt de sa santé mentale. Les deux affrontements contre les inferi l'avaient conduit à remettre en cause bien trop d'éléments de sa personnalité. Cette sensation était bien trop désagréable pour être reconduite.

Après chacun de ces exploits, elle se trouvait désemparée. Ignorant le nom des visages alentours, doutant d'être au bon endroit ou même de sa propre personne. Au milieu des combats contre Greyback, n'avait-elle pas eu le sentiment d'être Rowina Serdaigle elle-même ? Á ce souvenir, Hermione frissonna à nouveau. Se perdre dans un monde de chimère n'est pas aussi agréable qu'on le dit.

Soudain, Hermione s'aperçut qu'elle ignorait totalement où elle se trouvait. Certes, les couloirs d'Hogwarts ne lui étaient pas inconnus, pourtant, elle ne savait pas vraiment où sa progression la conduisaient. Elle avait couru longtemps pour échapper aux pas pressés de Michel Renard qui avait tenté de l'arrêter.

Doucement, la jeune femme passa la main sur les tentures. Leurs motifs évoquaient de doux souvenirs. Ne s'était-elle pas cachée derrière celle-ci avec Ron et Harry lors de leur deuxième année ? Et ce passage, ne conduit-il pas directement vers les elfes de maison ? Au bout du passage, elle crut voir l'ombre d'Harry, mais ce n'était qu'un souvenir fugace de son passé. Elle se sentait tellement mal à l'aise. Sa vie, elle l'avait laissé derrière elle. Tant qu'elle n'en avait pas le souvenir, Hermione trouvait la force de continuer. Á présent qu'elle était en possession de toute sa mémoire, la déprime la guettait. Elle n'avait de place nulle part et jamais elle ne pourrait revenir en arrière. Maintenant, elle regrettait sincèrement ses choix. Une larme coula le long de sa joue.

- Á quoi cela sert de continuer ? hurla-t-elle dans le couloir silencieux.

- « Je ne voudrais pas refaire le chemin à l'envers, mais je paierais cher pour revivre un seul instant, le temps du bonheur[1] » fit une voix douce un peu trop grave pour le ton de la chanson originelle.

Hermione tourna la tête en tous sens pour trouver l'origine de cette intervention. De ce qu'elle voyait, il n'y avait aucune présence humaine dans le couloir. Pourtant la voix continuait d'ânonner la chanson. La jeune femme connaissait cet air et comprenait les paroles. Cela revenait d'un passé profondément enfouit. Rêvait-elle éveillée à nouveau ?

- Le passé, c'est le passé. finit par annoncer la voix. Ce qu'il y a de bête, c'est qu'on ne peut pas y retourner.

- Merci de cette précision. trancha Hermione cassante. Il n'empêche que moi, je l'ai fait.

- Une fois encore ? s'étonna la voix. La jeune femme ouvrit de grands yeux. Elle commençait à entrevoir où l'inconnu voulait la conduire. Le passé est mort, mais, on n'oublie pas vraiment ses amis. acheva la voix.

- The love you take is equal to the love you make[2]. Marmonna Hermione.

- Si tu le dis ! rit l'inconnu. Moi, tout ce que je sais, c'est que toute ma vie je me souviendrais d'un séjour à Bari.

- Et moi aussi. sourit Hermione qui avait enfin compris qui se cachait derrière cette intervention.

Cette fois, elle avait repéré l'endroit où se cachait le plaisantin. La jeune femme s'avança vers l'angle du couloir où se trouvait une imposante colonne partiellement abattue. Au sommet, en lieu et place d'une statue se tenait assis Jérôme de Coulibeuf de Bloqueville. Malgré les années, il semblait n'avoir pas changé. Toujours un sourire sur les lèvres et une chanson tonitruante qui semblait l'entourer. D'un geste souple, il se lança vers le sol et atterrit un peu lourdement.

- Ouch, c'est à ce moment qu'on prend conscience de vieillir. fit-il en passant ses mains dans son dos.

- Vous n'en rajouteriez pas un peu, Môssieur ? railla Hermione en enlaçant rapidement son ami.

En revoyant un ami venu de si loin de son passé, un ami avec lequel elle avait entretenu des relations si spéciales, Hermione comprit tout le sens de son intervention. Et, paradoxalement, l'abattement qu'elle ressentait quelques minutes plus tôt semblait disparaître. Quoi qu'un peu poussiéreux, tout comme les autres combattants, Jérôme n'avait pas perdu sa joie de vivre. Et si Hermione pensait encore au combat contre le dragon, c'est son issue heureuse qu'elle revivait à présent. Elle comprit la chance qu'elle avait aujourd'hui d'être entourée de tous ses amis, sans exceptions. Ses vrais amis, pas ceux qu'elle abandonnait ce triste mois de mai 1996 lors de l'inhumation de Dumbledore. Ces gens là, ces événements, n'avaient jamais existés. Mais son amitié avec Albert, Sean, Brian, Robert, Jérôme et tant d'autres était réelle. Hermione savait qu'elle voulait profondément retrouver les jours heureux d'avant son retour à la vie "normale", à cette triste année. Pourtant, elle savait aussi que ce n'était qu'un fantasme sans intérêt, irréalisable. Elle ne se battait pas pour Harry mais pour tous les autres, pour elle-même. Et si le jeune homme ne parvenait pas à vaincre Jedusor, elle n'aurait plus aucuns scrupules à contredire la prophétie. Ce n'était après tout que les mots d'une voyante qu'elle ne tenait pas en grande estime.

- Allons trouver Jedusor. lança-t-elle fièrement avec un large sourire. Jérôme releva avec plaisir que son amie semblait retrouver de l'assurance, mais il n'était pas aussi volontaire qu'elle.

- Je crois comprendre ce que tu veux faire. Mais penses bien que nous avons probablement d'autres choses à faire.

- Que veux-tu dire ? tenta la jeune femme.

- Tout à l'heure, tu t'es engagée à aider Harry.

Jérôme la regarda au plus profond de ses yeux clairs. Le jeune homme avait certes vieilli, pourtant, il gardait une étincelle particulière dans le regard. La jeune femme reconnaissait en lui le garçon à peine adulte qui l'avait emporté si loin de l'Angleterre. Lui-même ne doutait pas de retrouver cette enfant. Á l'époque, il la trouvait probablement désirable, aujourd'hui, il la voyait pour ce qu'elle était, rien d'autre qu'une jeune fille ayant grandit trop vite. Tout ce qu'il s'était promis de lui dire au long de ces années d'attente, il ne put le lui dire. Il avait souffert de ne pas pouvoir l'accompagner en Albanie. Son retour ne fut pas élogieux, on lui reprocha sans lui dire, d'avoir abandonné la jeune fille devant le danger. Pendant longtemps, il en avait conçu du ressentiment. Á présent, il se moquait éperdument de ces critiques. Il avait fait au mieux, et il continuerait à avoir une confiance absolue en son amie. Même si elle paraissait si jeune et si fragile.

- Mais en fait, c'est protéger les autres que tu sais faire. Ajouta-t-il finalement avec un large sourire. Hermione resta tétanisée. Il était évident qu'elle ne souhaitait pas se battre, qu'elle ne le faisait que pour éviter aux autres d'avoir à le faire. Sans ambages, elle l'affirma vertement à son interlocuteur. Elle entreprit même d'aller inscrire l'information dans son esprit, directement.

Pour Hermione, la maîtrise de la légilimentie était maintenant totale. L'introduction dans les pensées de Jérôme ne fut ni difficile, ni désagréable. Elle construisit pour eux un espace calme, verdoyant, probablement paisible, du moins à l'image de l'idée qu'Hermione se faisait de la paix.

Le transfert dans les pensées arracha un sourire à Jérôme. Cependant, contrairement à tous ceux qui entraient dans l'esprit d'un autre, il ne chercha pas une explication, il ne tenta pas de la toucher pour s'assurer qu'il s'agissait de la vérité. Il restait détendu et cela alarma un peu la jeune femme.

- Voilà ce à quoi je rêve. Fit-elle douloureusement.

Hermione pivota sur elle-même pour découvrir amplement cet espace qu'elle avait voulu agréable. Partout la Nature régnait en maîtresse absolue, nulles traces humaines ne perturbaient la douceur d'un soir d'été. Mollement, des nuages glissaient dans un ciel rougeoyant. Au loin, d'une forêt s'élevait les cris des animaux et les chants des oiseaux. L'herbe roussie au soleil exhalait une odeur poivrée et sucrée, celle des fleurs estivales et des baies murissantes. Bien qu'elle fut dans un rêve, dans la construction d'un souvenir, Hermione se laissa aller à s'allonger dans ces pailles fouettant son visage et craquant sous son corps. Il ne manquait que le crissement des grillons pour compléter ce tableau idyllique et surfait. Elle avait beau jeu de le savoir, qu'elle voulait y croire tout de même.

Toujours à la même place, Jérôme ne bougeait pas. Il semblait perdu dans ses pensées et n'osait pas perturber le plaisir de la jeune femme.

- Ce n'est pas en restant ici que je parviendrais à obtenir ce rêve. Murmura Hermione pour rompre le pesant silence.

- D'autant que ce rêve n'est qu'une réalité. Fit Jérôme avec un rictus amer.

Il ne se tourna pas pour voir l'effet de sa remarque sur son amie. Il savait sans aucun doute qu'elle tressaillirait, sursauterait et se relèverait pour demander des explications. Comme si ses mouvements avaient été portés sur une partition, Hermione tressauta, sursauta et se releva vivement.

- Jusqu'à présent, tu n'as su que faire le vide autour de toi. Remarqua durement Jérôme.

Hermione sentit qu'il se sentait personnellement blessé de ce constat. Et la jeune femme dût reconnaître qu'il avait parfaitement raison. Á peine s'était-elle rapprochée de Sirius qu'elle avait choisit de partir encore, elle avait répartis ses amis aux quatre coins de l'école sous prétexte de défendre les lieux. Pourtant, ainsi, elle était à nouveau libre et seule. La jeune femme comprit que l'allégorie du champ perdu et isolé, tranquille et paisible, ce n'était que le reflet de sa propre existence, privée de présences rassurantes, d'amis sincères.

- Ma mission est prioritaire, je dois détruire Jedusor et ses alliés. Cracha Hermione qui se sentait agressée avant de regretter le ton qu'elle venait d'employer.

- Et tu n'as pas le sentiment de faire une erreur ? s'étonna doucement Jérôme. Sa voix était redevenue amicale et douce. Tu n'es pas la seule personne capable de réussir[3].

La remarque fit échos à quelque chose de profondément enfouit dans la mémoire de la jeune femme. En quelques instants elle se remémora la conversation qu'elle eut à l'époque. Considérer que l'on est incontournable, irremplaçable, c'est la méthode de Jedusor. C'est exactement tout ce contre quoi elle se battait. Instantanément, Hermione se trouva ignominieuse. Elle n'avait pas voulu cela, elle souhaitait simplement aider les autres le plus possible, le mieux possible.

Tombée à genoux, la jeune femme laissa couler les larmes de dépit sur son visage. Elle avait emmené l'un de ses amis les plus proches dans sa tête pour lui exposer ses raisons, et c'était lui qui lui donnait une leçon. Le pire était qu'il avait raison, d'une irrévocable et indéniable vérité. Elle devenait comme Jedusor, celui qu'elle combattait.

- Sincèrement, je préférais la jeune fille qui traînait à Brécourt. Celle-là savait partager, s'entourer et vivre aimablement. Il eut un sourire pincé, un peu dépité. Il savait être un rien trop désagréable, mais pouvait-il faire autrement ?

- Moi aussi. Coupa sèchement Hermione. Ai-je le choix Jérôme ? Dis-le-moi ?

La jeune femme s'était relevée d'un bond. Se laisser abattre n'était pas dans sa nature profonde, tous le savait. Face à lui, son visage reflétait une profonde détermination.

- Fais-nous confiance ! souffla Jérôme. Comme nous te faisons confiance. Ajouta-t-il.

La remarque tétanisa Hermione. Elle n'avait pas voulu les vexer, jamais elle n'avait douté de leur fidélité. Pourtant, depuis son retour dans cette époque, pratiquement plus rien n'existait à part Sirius et sa « mission ». Elle tenta d'expliquer cette situation à Jérôme mais les mots parvenaient péniblement à passer ses lèvres. Elle sentait confusément que les paroles qu'elle tentait d'articuler n'excuseraient rien. Une profonde tristesse s'empara de la jeune femme et le décor s'assombrit aussitôt. L'été flamboyant laissa sa place à la tristesse d'un automne. Jérôme fit celui qui ne s'en préoccupait pas.

Hermione hésitât un moment devant les possibilités étriquées qui se présentaient. Faire semblant d'être aimable, tenter d'ignorer ses erreurs, cela ne représentait pas des perspectives agréables. Puis elle abandonna toute résistance et se laissa déborder par sa nature. Au diable Sirius, Harry et les autres, pensa la jeune femme.

- Allons retrouver Robert et les nos amis. Trancha-t-elle en rompant le sortilège de légilimantie.

- Je pense qu'ils sont assez grands pour nous retrouver seuls. Ironisa Jérôme.

La jeune femme ne pensait pas qu'il puisse être si près de la réalité. A peine le voile de magie s'estompait-il qu'ils aperçurent Robert, Neville, Drago et les autres défenseurs de l'école. Visiblement, ils attendaient depuis un moment déjà. Les murmures qui circulaient s'interrompirent à l'instant où tous les témoins de la scène surent qu'Hermione et Jérôme étaient totalement revenus dans leur réalité.

- Seagull, ne vous a-t-on jamais précisé que la légilimentie était un art dangereux ? interrogea narquois Robert de Mathan.

Hermione rougit un peu d'être si évidemment prise en défaut. De son côté, Jérôme semblait bien s'amuser. Elle se défendit néanmoins d'avoir été surprise de leur présence. Ce pieux mensonge, personne ne pourrait le détromper. Mais elle fut contente de voir auprès d'elle cet homme qui l'avait protégé et guidé aussi bien qu'un père pendant les mois qu'avaient duré son séjour en France.

Á présent, Hermione se sentait prête à utiliser pleinement l'énergie qu'elle sentait bouillonner en elle depuis son étrange combat avec Jack Longton. Les affrontements contre les inferi faisaient à ses yeux avis d'amuse-bouche. La négociation avec Neville et les anglais fut un peu houleuse, ceux-ci proposaient de se diriger droit sur l'adversaire, Robert de Mathan en guerrier expérimenté proposait d'abord la prudence, encore la prudence, surtout la prudence. Ce qui revenait à rester sur place en attendant d'être certain de savoir ce qui se passait autour. Hermione songea que cette solution, toute rassurante soit-elle, les conduisait à ignorer l'urgence de la situation. C'était aujourd'hui la défaite de Jedusor, il fallait prendre cet élément pour ce qu'il était : un facteur déterminant.

Sans scrupules, Hermione attaqua les positions de son ami et lui expliqua longuement ce qu'elle considérait être l'attitude la plus logique. Selon elle, ils devaient sécuriser couloir par couloir, s'assurer de la survie d'un maximum de personne, repousser ceux qu'il n'était pas possible d'emprisonner et, si le temps restait, aider Harry contre Jedusor.

- Pourquoi demandes-tu notre avis ? s'étonna Michel. Il semblerait que tu ais bien plus de bonnes idées que nous. Ricana-t-il enfin.

- Elle n'est pas Seagull pour rien. Trancha Jérôme. Et encore, vous ne l'avez pas vu combattre un dragon. Sérieux, c'est du sport. Il mima quelques mouvements de combat empruntés au Jujitsu.

La jeune femme rembarra Jérôme en affirmant que sans l'aide de Robert et des autres volontaires, ils n'auraient jamais pu échapper à Fein et son animal de compagnie. Elle tordit un peu la bouche en achevant sa phrase. Parler de ces événements ne lui plaisait pas trop, d'habitude du moins. Raconté devant les principaux protagonistes, cela devenait naturel. Une sorte d'anecdote de corps de garde somme toute. Soulagée de ce poids, elle regarda avec plus de franchise les blessures de Robert. Il vivait malgré tout et il était encore à ses côtés.

- Messieurs, on prend racine ou on tente quelque chose. Coupa soudain Jérôme.

- Pour ce que cela change. Ricana Malefoy. Un bruit sec fit comprendre à Hermione qui tournait le dos à l'inopportun, qu'il venait d'être puni rudement de sa réplique idiote.

- Laissez, il est plus bête que méchant. Estima Hermione qui avait pourtant des doutes quant à cette affirmation.

N'ayant pas réussi à s'entendre, les défenseurs se divisèrent en deux groupes. Certains anglais trouvaient que cette séparation n'était pas de bon augure, Hermione laissa faire. Neville guidait les plus déterminés à avancer et elle avait confiance en lui.

- Principe des éclaireurs et francs-tireurs. Murmura sur un ton anodin Robert dans le creux de l'oreille d'Hermione. Celle-ci ne put s'empêcher de sourire. Ce n'était jamais amusant de travailler avec ceux qui vous ont enseigné leurs tactiques.

La jeune femme s'abstint donc de répondre mais fit le tour des volontaires qui lui restaient. Puisque les anglais étaient partis en majorité, laissant les plus penaux et les blessés, les normands n'avaient plus qu'une dizaine de paires de bras. Ce qui était fort peu compte-tenu de la mission qu'ils s'étaient octroyés. Sécuriser l'ensemble des accès de l'école du secteur prendrait du temps et de l'énergie. Ne pas le faire aurait été le meilleur moyen de laisser l'adversaire gagner sans risque en les contournant.

- Je pars avec Jérôme pour sécuriser la partie est, la plus courte. Lança Hermione déterminée.

- Nous nous occuperons de l'autre partie, rassures-toi petite. Convint Robert.

Sans attendre plus, et sans avoir demandé son avis à Jérôme, Hermione s'élança dans le couloir. Plutôt que d'en découdre, elle voulait achever au plus vite cette action pour pouvoir aider efficacement Harry.


[1] Dave, Du côté de Chez Swan.

[2] The Beatles, The End (Abbey Road)

[3] Citation de notre bon vieux capitaine Olaf Thorsthon. Vérifiez si vous ne me croyez pas. C'est dans la première partie.