Bonjour à tous !

C'est avec plaisir que je vous présente le chapitre 35 ci-dessous. Comme d'habitude, j'espère que celui-ci sera à la hauteur de vos attentes.

Bien qu'il soit court comparé aux derniers, ce qu'il s'y passe est important ^^

Allez, je réponds aux Guest et vous laisse à votre lecture :

Rouge : Merci pour les compliments. Je suis surprise que tu aies vu mon fanart sur GOT, et aimé. Il était un peu foiré à vrai dire XD J'avais beaucoup hésité à le poster. Dans tous les cas, ravie de voir que je ne suis pas la seule qui ait été émue par cet épisode.

Isa : Désolé, je ne joue pas aux jeux vidéos (ce n'est pas l'envie qui m'en manque, mais je n'ai pas le temps), donc pour les poules, la réponse est non XD.


Chapitre 35

Les yeux dans le vague, Madara soupira longuement.

Peu incommodé par les éclats de voix qui résonnaient autour de lui, il prit une gorgée d'alcool avant de s'enfouir le visage dans ses bras.

-Je hais ma vie, gémit-il.

-C'est la quatrième fois que tu dis ça, commenta le Kyuubi d'un ton léger.

L'animal bailla à s'en décrocher la mâchoire, puis tourna plusieurs fois lui-même avant de se rouler en boule dans les cheveux de Madara qui s'étalaient sur toute la table, semblables à une grosse masse de fourrure.

-Dis… Reprit-il en constatant que son jinchuriki ne lui répondait pas. –Tu fais semblant de ne pas m'entendre ou tu es mort ?

Un grognement guttural se fit entendre.

-Oh… Je vois, commenta le renard en hochant la tête d'un air entendu.

Puis, il se tut.

Laissé seul avec ses pensées, Madara inclina la tête de manière à pouvoir balayer du regard l'intégralité de la salle principale de la Taverne du Pochard, bondée en cette heure tardive.

Quasiment les trois quarts des occupants de la pièce s'étaient attroupés devant une table proche de l'entrée. Tous scandaient leur liesse en cœur en lorgnant une Uzumaki Mito bien éméchée, à moitié déshabillée, qui fêtait la libération de Toka qui avait eu lieu deux jours plus tôt.

D'ailleurs, la kunoïchi du clan Senju était parmi les spectateurs, hurlant avec eux le mot « Bois » à plusieurs reprises, alors que sa compagne entamait sa quatrième bouteille d'alcool.

La tête de clan était très contente qu'elles fussent d'aussi bonne humeur, surtout après leurs retrouvailles larmoyantes lorsque la porte de la cellule avait enfin été ouverte.

Cependant, il aurait apprécié qu'elles fissent un peu moins de bruit. Il aurait aimé pouvoir se vautrer dans sa déprime en paix.

Soudain, la partie supérieure d'une jupe rouge plissée entra dans son champ de vision.

-Votre… troisième commande Madara-sama, déclara la voix claire d'une des serveuses du bar.

Lentement, l'Uchiha leva le visage pour croiser le regard d'une jolie brune, et hocha légèrement la tête.

La femme déposa prudemment sa commande, ses yeux, bordés de fard à paupière rouge, ne quittant pas une seconde le Kyuubi.

Une fois sa tâche accomplie, elle resta figée, dévisageant le renard les lèvres pincées. Puis, avec hésitation, elle tendit une main tremblante.

Madara se redressa brusquement, s'apprêtant à crier à la serveuse de reculer, mais se retrouva sans voix lorsque le Kyuubi vint de lui-même enfoncer sa tête dans la paume de la jeune femme, tel un chat en manque d'affection.

Les yeux de la serveuse s'illuminèrent, puis elle repartit d'un pas sautillant, un grand sourire aux lèvres.

Il eut un bref silence. Silence durant lequel le renard en profita pour se gratter une oreille.

-Qu'est-ce que c'était que ça ? Balbutia finalement Madara, toujours sous le choc.

-De quoi ? Grogna le goupil en lui jetant un coup d'œil torve.

-Ca ! Insista la tête de clan. Je croyais que personne à part moi ne pouvait te toucher !

-Pour qui te prends-tu donc ? grogna l'animal. J'autorise qui je veux à me toucher. Surtout si c'est une jolie dame !

-Qu… Quoi ?! Mais c'est une femme humaine ! Tu n'es pas supposé trouver une humaine belle ! Tu es un renard !

-Qu'est-ce que c'est que cette manière de penser… Tu trouves bien que ton maudit piaf est beau, pourtant personne ne te dit rien !

Pour une fois, Madara ne sut pas quoi répliquer. Le Kyuubi lui jeta un regard vainqueur.

-Toutefois… reprit-il un moment plus tard. Je dois t'avouer que bien que si je voue une haine inconditionnelle au genre humain, je déteste un peu moins les femelles de votre race…

L'Uchiha cligna des yeux :

-Comment ça ? S'enquit-il, curieux, en croisant les bras sur la table.

-Eh bien… Commença le renard. Ca remonte à environ 200 ans… Une très généreuse humaine m'a fait une magnifique offrande.

-Une offrande ? Pourquoi donc ?

-Un humain lui faisait des avances, et bien qu'elle ait refusé de les accepter à plusieurs reprises, il insistait au point qu'elle en était venue à risquer sa vie pour me supplier de l'aider. En échange d'un troupeau de quarante moutons, elle m'a demandé de tuer cet homme.

-Quarante moutons ?! Elle était prête à sacrifier son troupeau entier ?!

Le renard roula des yeux.

-Idiot, dit-il. Ce n'était pas ses moutons.

-Pardon ? Alors à qui étaient-ils ?

-Au type qui la poursuivait.

-Quoi ?!

-Bref, poursuivit le renard en ignorant son expression stupéfaite. Dans tous les cas, elle me les offrait en guise de repas si je lui promettais de me débarrasser de son prétendant.

-Et tu les as mangés ? Tous ?

-Bien sûr.

-Et le gars qui harcelait la fille ?

-Il m'a servi de dessert.

-Ah…

Madara demeura muet, méditant sur cette histoire pour le moins intrigante.

Le Kyuubi, lui, semblait plongé dans ses souvenirs, les yeux dans le vague. A un moment, sa langue jaillit même de sa gueule, et il se pourlécha les babines avec délice.

Aucun doute, il avait grandement apprécié le goût du prétendant, songea le ninja en retenant un haut-le-cœur à l'image d'un homme disparaissant dans la gueule bardée de crocs du renard géant.

Ce n'était pas le genre de fin à envier.

-Et… c'est pour ça que tu détestes un peu moins les femmes ?

-Oui.

-Rien que parce qu'une d'elle t'a apporté des moutons ?

-Oui.

-Et si je t'offrais des moutons moi aussi, me détesterais-tu un peu moins ?

-Non.

Au moins, c'était clair, se dit Madara avec avec un brin d'autodérision.

Il allait derechef ouvrir la bouche, avec l'intention d'émettre un commentaire désobligeant, lorsque deux personnes s'affalèrent sur le banc devant lui.

Fumio et Taro grognèrent simultanément.

-Eh, Madara, le salua le chef du clan Inuzuka en agitant une main.

-Comment vas-tu ? Enchaîna Fumio. Tu es drôlement pâle dis donc…

Les hommes avaient les joues de ceux qui ont bu plus que de raison.

-Ca va, répondit machinalement l'Uchiha.

-Pardonne ma franchise, mais tu as sembles au bord de la mort, commenta prudemment Taro.

Madara souffla bruyamment.

-Et alors ? grommela-t-il en se saisissant brusquement de la chope que la serveuse venait de lui amener.

Il la porta à ses lèvres.

-Où est l'Hokage ? Demanda tout à trac Fumio. Il n'est pas avec toi pour fêter vos fiançailles ?

La tête de clan manqua de s'étrangler avec sa boisson.

-Pardon ? Crachota-t-il, alors que le Kyuubi évitait agilement les giclées de liquide.

Le renard, visiblement contrarié, sauta alors à terre et disparut en un éclair dans la foule les entourant.

Aucune attention ne lui fut accordée.

Le Nara haussa un sourcil :

-Il n'est pas avec toi on dirait, s'étonna-t-il.

-Bizarre… Enchaîna Taro. Quel type d'homme laisserait son tout nouveau fiancé aller se saouler seul ?

-L'Hokage apparemment… Renifla Fumio.

Il fit de nouveau face à Madara, et se pencha en avant, un coude sur la table. Son expression était malicieuse :

-Alors, lui murmura-t-il sur le ton de la confidence. C'est pour quand ?

-Pour quand quoi ?! Glapit la tête de clan.

-Le mariage, pardi ! J'ai terriblement hâte, et je suis sûr que Taro aussi.

-Tout à fait, approuva l'homme en question.

La tête de clan demeura muette de stupeur.

-Vous… Commença-t-il avant de se raviser et se taire.

Il était bien trop sidéré par ce qu'il entendait pour piper mot.

Ces deux-là croyaient-ils vraiment qu'il allait se marier ?

-Tu sais, déclara Taro en passant une main entre ses mèches brunes. Nous avons toujours su que l'Hokage et toi étiez faits l'un pour l'autre.

-Je croyais pourtant que vous pensiez que Mito et moi étions ensemble ! S'exclama l'Uchiha en retrouvant soudain l'usage de la parole.

-Ah… Ca… Bégaya Fumio. Eh bien… Pour te dire la vérité, en y repensant à deux fois, nous nous sommes rendu compte que seul un homme serait capable de te gérer dans une relation.

-Que veux-tu dire par-là ?! S'offusqua Madara.

-Ouais, que veux-tu dire ? Intervint Mito en surgissant soudain devant eux.

Tous sursautèrent de concert.

Choqué et le souffle court, la tête de clan jeta un regard par-dessus son épaule, dans la direction où les occupants du bar continuaient à crier, et constata avec surprise qu'une seconde Mito se trouvait toujours sur la table.

-Tu es le clone ou l'originale ? Lui demanda-t-il en lui faisant derechef face.

La femme haussa les épaules :

-Me rappelle plus, ânonna-t-elle d'une voix pâteuse en chancelant. Je suis trop bourrée pour ça…

-Tu es tout le temps bourrée de toute façon…

Le grommellement de Taro ne fut pas entendu. De toute manière, son intervention était inutile : Mito reprenait.

-N'importe quelle femme, du temps qu'elle crie aussi fort que lui, pourrait gérer Madara, dit-elle en poussant Fumio pour se faire une place sur le banc.

-Pas faux, fit remarquer le Nara. Cependant, trouver une femme avec de tels poumons serait une tâche ardue.

-Vous êtes horrible avec lui, pouffa Taro, clairement amusé.

Ensuite, il se tourna vers Madara :

-Ne les écoute pas, lui dit-il avec un grand sourire canaille. De toute manière, peu importe ce que les gens disent, rien ni personne n'est mieux que l'Hokage pour toi. Je suis convaincu que vous aurez un mariage et une vie conjugale à la hauteur de vos attentes. Vous le méritez après-tout.

-Je… je suppose… Souffla Madara, les yeux perdus dans les profondeurs ambrées de son alcool.

Puis, alors que le brouhaha du bar ne devenaient plus qu'un simple bourdonnement à ses oreilles, et que les trois ninjas devant lui portaient un toast à sa future union, l'Uchiha engloutit le contenu de sa chope cul-sec.

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oOo

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-Allons, allons, ne faites ces visages sombres ! L'heure est aux réjouissances !

Tout en disant cela, Mito leur adressa un sourire éblouissant.

Seul Toka, assise en face d'elle, le lui rendit. Les autres, eux, se contentèrent de rester de marbre, ou bien d'esquisser une grimace.

Madara prit une grande inspiration. Celle-ci lui parut résonner incroyablement fort dans son salon au lourd silence.

Tous les regards se rivèrent automatiquement sur lui.

Les yeux froids de Tobirama faillirent même le faire déglutir.

Cependant, il ne se laissa pas contrôler par ce qu'il appelait mentalement des « pulsions de couardises » et leva bien haut le menton, déterminé à montrer au frère d'Hashirama qu'il était loin d'être intimidé.

Tout en ce faisant, il ne put s'empêcher d'analyser la situation délicate dans laquelle il se trouvait.

Déjà, il tenait à préciser que, comme très souvent ces temps-ci, tout était de la faute de Mito.

La femme l'avait obligé, Hashirama et lui, à faire se rencontrer leurs familles respectives dans un face à face qui se révélait terriblement maladroit pour les deux partis. Pour le moment, à peine quelques mots avaient été échangés, et tous se contentaient de se regarder dans le blanc des yeux.

Aussi discrètement que possible, Madara laissa son regard errer sur les personnes présentes, à savoir Hashirama, assis devant lui, puis Tobirama et Toka placés chacun de ses côtés.

La tête de clan, quant-à lui, se retrouvait entre Mito (qui s'était autoproclamée membre de sa famille) Hitomi, Izel, Hikaku, et son oncle, Heizo, dont l'expression trahissait son profond désir d'être ailleurs.

Les animaux, comprenant Nadja, Thorn, le Kyuubi, s'étaient assoupis sur le canapé devant la cheminée, et Gérard se balançait de gauche à droite sur la table basse devant l'âtre.

Les ninjas, quant à eux, étaient rassemblés un peu plus loin, autour d'une table que Mito avait installée à la va vite dans la partie la plus sombre du salon.

Si Madara ne faisait pas erreur, ou regardait sous cette hideuse longue nappe en pilou, il était quasiment sûr de découvrir une table de pique-nique bon marché.

Malheureusement, il ne put assouvir sa curiosité : Heizo venait de se racler la gorge.

-Donc… Commença-t-il avec un malaise évident. Que devons-nous faire exactement ? Sommes-nous même censé faire quelque chose ? Je veux dire… Ce sont quand même deux hommes qui se marient. Devons-nous donc suivre la cérémonie traditionnelle ou bien improviser ?

-Bonne question… Murmura pensivement Izel.

-Moi je propose qu'on improvise et innove ! Intervint soudain Mito.

-Ah oui ?! Gronda Hikaku en lui jetant un regard noir. Pourrais-tu donc m'expliquer comment tu comptes t'y prendre ?

-Bien sûr. Par exemple, au lieu d'apporter un tonneau d'alcool comme la tradition le veut lors des rencontres officielles des familles, je propose d'en apporter dix à la place !

-Oooooh ! Très bonne idée ! Approuva vigoureusement Toka.

-Princesse… déclara alors sèchement Izel en s'adressant à Mito.

-Oui ?

-Vous n'êtes plus autorisée à parler de la soirée.

-Quoi ?! Mais…

-Silence !

La jeune femme se renfrogna, bougonnant quelque chose d'incompréhensible entre ses dents.

Devant elle, Tobirama contracta la mâchoire, alors qu'à sa droite, Hashirama piochait de la nourriture à l'aide de sa baguette dans un des plats de sushis mit à disposition sur la table.

D'ailleurs, il était bien le seul à toucher à la nourriture. Insensible à l'atmosphère inconfortable, il grignotait, perdu dans ses pensées.

-Vous savez… Commença-t-il un instant plus tard. Mito n'a pas tort sur un point… Nous devrions innover concernant notre mariage… Pas besoin de suivre la tradition si nous allons à son encontre, vous ne pensez pas ?

-Dans ce cas, pourquoi même s'embêter à vous marier ?!

C'était Tobirama.

Il ne paraissait pas heureux.

-Pardon ?! S'étrangla son frère, l'air presque épouvanté.

-Comment peux-tu dire ça ! S'offusqua aussitôt Toka. Nous nous sommes battus tellement durement pour que je ne sois pas exécutée, et maintenant tu-

-Justement ! L'interrompit Tobirama avec virulence. Nous nous sommes battus pour que tu ne sois pas exécutée, pas pour que les homosexuels puissent se marier !

-Pourtant, n… ils devraient en avoir le droit ! Rétorqua Hikaku, dont les yeux s'étaient étrécis.

-Tout à fait ! L'appuya Hashirama. De plus que je veux vraiment épouser Madara !

-Oh ! S'il te plaît ! Persiffla Tobirama en secouant la tête. Déjà qu'il m'était difficile d'accepter que tu sois avec lui, mais que ce dégénéré fasse partie de ma famille… Hors de question !

L'homme renifla hautainement, puis considéra Madara comme un déchet oublié dans un coin de rue.

La tête de clan n'eut pas le temps de se sentir offensé. A sa grande surprise, Heizo intervint :

-Qu'est-ce que tu viens de dire à propos de mon petit-neveu, espèce de sale gosse ?! Rugit-il, le regard embrasé par la rage.

Prit de court par cette explosion, le ninja aux cheveux blancs manqua de tomber de sa chaise.

Stupéfait, il dévisagea l'ancien avec stupeur, de même que ses commensaux.

Jamais au grand jamais la tête de clan n'aurait cru que son grand-oncle fût capable de s'emporter. A ses yeux, celui-ci avait toujours été une personne assez calme, légèrement craintive, à la limite de la pleutrerie.

Le voir réagir ainsi le surprenait donc.

Cependant, il ne fut pas le seul à prendre sa défense : Izel fixait Tobirama de son regard acéré, une main dans ses cheveux ornementés d'un pétunia, et dangereusement proche de son épingle pointue.

-Je ne te permets pas de l'insulter, gronda-t-elle.

-De même ! Aboya Hikaku.

-N'insultez pas mon mentor ! Renchérit Hitomi, en prenant la parole pour la première fois depuis le début de la réunion.

Déconcerté par ce désir de prendre sa défense que tous semblaient avoir, Madara ne put qu'observer les shinobis se fixer en chiens de faïence.

Et, alors que la tension semblait à son comble, il se décida finalement à agir.

Ses mains se plaquèrent violemment sur la table.

-Je pense que nous avons tous besoin de nous aérer, murmura-t-il, ses cheveux dissimulant son visage. Pourquoi ne pas faire une pause histoire de nous remettre les idées en place ?

Un silence ouaté accueillit sa déclaration.

-Euh… je suppose que tu as raison, bredouilla alors Hashirama, les mains serrées autour de ses baguettes.

Madara l'entendit à peine. Ignorant volontaire le regard choqué d'Hitomi, et celui désapprobateur des animaux, désormais réveillés, sur le canapé il sortit à l'extérieur.

.

oOo

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Avec désarroi, Madara fixa la rivière d'au-delà de la corniche taillée surplombant le village durant ce qui lui sembla être des heures.

Ses pensées, confuses, n'arrivaient pas à appréhender la situation dans son ensemble. Il était si perdu qu'il avait la désagréable impression que son esprit s'était mué en un dédale le contraignant à tourner en rond à l'intérieur de sa propre tête.

Une solution ? Il ne semblait pas y en avoir une.

Une nouvelle fois, sa volonté se heurtait à celle des autres.

Il ne voulait pas se marier.

Il en avait peur.

Non pas de la cérémonie en elle-même, mais plutôt de tout ce qu'elle représentait.

Tout d'elle allait à l'encontre de sa philosophie de vie.

De l'avis de Madara, rien ne durait.

Pourtant, s'il faisait ce serment sacré d'aimer et de se faire aimer de Hashirama, il avait conscience du fait que nulle vie ne se pouvait parfaite, et détestait l'idée de proférer ce qui risquait de se révéler un mensonge dans l'avenir incertain de leur monde.

Et il ne voulait plus mentir.

De plus que, maintenant qu'il y réfléchissait, personne ne s'était soucié de lui demander son opinion. A peine Mito suggérait-elle qu'Hashirama et lui se marie que tous s'emballaient.

En une fraction de seconde, des éclats de voix fusèrent. Des gens hurlaient leur désaccord, et d'autres tentaient de surpasser la clameur en rugissant le contraire.

Parmi eux, Hashirama, la bouche entrouverte avait cligné des yeux, l'air hagard.

Il ne paraissait pas réaliser ce qu'il se passait. Pire encore : Il ne semblait pas comprendre ce qui avait été dit. Tétanisé, il se contentait de demeurer aussi rigide qu'un vieux chêne.

Cependant, petit à petit, son regard s'éclaira, contaminant son visage.

Et alors que Madara s'attendait à ce qu'il tonne que c'était bien là une idée des plus saugrenues, celui-ci fit exactement l'opposé :

-Quelle merveilleuse proposition ! S'était-il exclamé, laissant Madara pantois.

Personne ne l'avait contredit. Du moins, pas verbalement : Le regard de certains parlaient pour eux.

Mariage… Mariage… Il allait se marier sans même avoir le droit de refuser la demande.

Lui qui avait épargné à bien des gens des mariages contre leur gré, voilà comment il était récompensé pour ses bonnes actions : Par un mariage !

Ah ! La belle ironie !

Frustré, il gémit bruyamment et se prit la tête entre ses mains.

Comment allait-il annoncer son refus à Hashirama sans lui briser le cœur ?

Un craquement retentit derrière lui.

D'un mouvement si vif que ses cheveux lui fouettèrent le visage, il se retourna.

Hashirama se figea, un pied en l'air.

-Désolé… Bredouilla-t-il. Je ne voulais pas te déranger…

-Alors pourquoi être venu dans ce cas ? Soupira Madara en faisant de nouveau face à la rivière.

Des sons de pas venant dans sa direction lui indiquèrent que l'Hokage le rejoignait.

La tête de clan ne le remarqua que maintenant, mais l'homme serrait entre ses mains une paire de baguettes. Les même avec lesquelles, plus tôt, il se régalait de sushis.

Apparemment, il était partit précipitamment à sa poursuite. Tant qu'il en avait oublié de poser ses couverts.

-Mada…

-Hashirama, le coupa brusquement Madara en tordant le cou.

Il fixa l'Hokage droit dans les yeux, sa poitrine se soulevant à chaque inspiration trahissant sa nervosité.

Il s'humecta les lèvres :

-J'ai quelque chose à te dire, lâcha-t-il subitement.

Le regard d'Hashirama s'assombrit :

-Je crois savoir ce que c'est, souffla-t-il d'une voix blanche. –Tu ne veux pas m'épouser, c'est cela ?

La tête de clan, quelque peu surprit par l'esprit de déduction de son compagnon, pinça les lèvres.

-Ce n'est pas contre toi, murmura-t-il. Je n'aime simplement pas l'idée d'un mariage. Je veux que les choses restent telles qu'elles. Telles que j'en suis satisfait.

-Et si je te disais que moi je n'en étais pas satisfait, répliqua Hashirama. –Que j'en voulais plus ? Et que ce plus était notre mariage ?

Madara sursauta :

-Plus ? Haleta-t-il, choqué. N'est-ce pas déjà suffisant à tes yeux que je sois avec toi ?!

Hashirama claqua de la langue, l'air à la fois exaspéré et contrarié.

-Ne formule pas tes phrases ainsi, soupira-t-il sur un ton de reproche. A chaque fois, j'ai l'impression que tu cherches à me faire implicitement comprendre que tu me fais un immense honneur m'acceptant comme ton partenaire… Que je dois te remercier pour cela.

-Quoi ?! Bredouilla Madara, dérouté. -Non ! Bien sûr que non ! Jamais au grand jamais je n'aurais été à tes côtés si je ne le désirais pas !

-Eh bien ! Ta manière de parler me laisse entendre le contraire ! S'exclama Hashirama en agitant ses baguettes sous son nez. –Tu tords les mots d'une telle manière que tes phrases finissent par en devenir incompréhensibles !

-Je ne tords pas mes mots ! C'est toi qui les interprète mal !

Hashirama lui adressa un sourire amer.

-Tu ne te remets décidément jamais en question… N'est-ce pas ? Souffla-t-il.

Et, avant même que Madara puisse se hérisser, le ninja vint se poster face à lui, quitte à mettre les pieds dans la rivière.

Un doigt fut enfoncé dans sa poitrine, lui coupant le souffle.

-Ecoute, reprit gravement Hashirama. Je vais être franc : Je veux que tu m'épouses.

Madara détourna le regard.

-Désolé, commença-t-il. Je ne peux pas…

-Tu ne peux pas… Ou tu ne veux pas ? Il faudrait savoir, Madara.

-Que je veuille ou ne puisse pas importe peu ! Explosa soudainement la tête de clan.

Il repoussa le doigt de l'Hokage :

-Je ne vais pas te promettre des chimères ! Feula-t-il en croisant les bras de manière défensive.

Hashirama cligna des yeux :

-Mais qu'est-ce que tu racontes ? Murmura-t-il.

Il resta un instant, les yeux dans le vide, puis parut enfin saisir ce que Madara essayait de lui faire comprendre.

-Oooh… Fit-il en fronçant les sourcils.

Il soupira :

-Tu n'as pas à t'inquiéter des serments, lui dit-il. Ce ne sont que des formalités.

-Pardon ?! Haleta la tête de clan, les yeux écarquillés, en décroisant les bras.

Pour le coup, il en restait coi.

-Tu… Es-tu en train de me dire que nos vœux n'auraient aucune signification ?! Hurla-t-il finalement, absolument courroucé.

Un grondement sourd lui échappa au même moment où Hashirama levait une main.

-Du calme, du calme, lui intima-t-il d'une voix se voulant apaisante. Ce n'est pas ce que je voulais dire…

-Alors quoi ?! Que voulais-tu dire exactement ?

Etrangement, la perspective que son compagnon ne prenne pas au sérieux leur union potentielle le blessait.

Semblant percevoir sa détresse, le regard d'Hashirama s'adoucit.

-Ce que je voulais dire, reprit l'homme. C'est que ce mariage en lui-même n'est qu'une formalité, qu'une manière de donner l'exemple, de montrer aux gens que deux personnes du même sexe peuvent s'aimer et s'unir sans avoir rien à craindre…

-Nous ne sommes donc que des cobayes à tes yeux ? Murmura Madara en se détournant. C'est encore pire que ce que je pensais, ajouta-t-il amèrement.

Il voulut prendre congé, mais avant même qu'il puisse tourner les talons, Hashirama se jeta sur lui, l'emprisonnant dans une étreinte semblable à un étau.

-Non ! Bien sûr que non, lui souffla-t-il à l'oreille.

Ignorant l'eau qui était venu lui éclabousser les pieds lorsque son ami avait bondi hors de la rivière, Madara laissa ses mains, puis ses ongles, s'enfoncer dans le tissu des vêtements de l'Hokage.

-Alors quoi ? Dit-il d'une voix sourde. -Que sommes-nous dans ce cas ?

-Nous sommes ceux qui seront heureux.

Interdit, Madara fit un pas en arrière, échappant à la prise de son compagnon.

-Heureux ? Répéta-t-il.

-Oui, heureux, répondit Hashirama.

L'Hokage hocha la tête :

-Que nous nous marions ou non, nous seront heureux, déclara-t-il. Le mariage n'est qu'un acte social, et les serments qui viennent avec ne sont que des formalités et démonstrations visant à impressionner le public. A mes yeux, ce n'est qu'un événement trivial, romancé par des millions de gens depuis des temps immémoriaux alors, qu'en réalité, il a rendu beaucoup plus de personnes malheureuses qu'heureuses.

Hashirama prit une grande inspiration :

-Ce que je veux dire… C'est que ce n'est pas en ces serments que nous devrons avoir foi lorsque nous nous marierons, souffla-t-il en posant une main sur la joue d'un Madara tétanisé.

-Alors en qui ? Chuchota la tête de clan, comme hypnotisé par le regard intense de son compagnon.

La réponse eut l'effet d'une décharge électrique :

-En nous.

Madara ouvrit la bouche. Aucun son n'en sortit.

-Montrons aux gens, en particulier à ces anciens de malheurs, à quel point nous pouvons être heureux ensemble, déclara fermement Hashirama.

Le silence, pesant, se fit. Désormais, seul le son de leurs respirations, quasiment pantelantes, pouvaient être entendus à travers les clapotis de la rivière.

-Madara… Commença le ninja en le fixant droit dans les yeux.

-Epouse-moi.

La gorge nouée, l'Uchiha hocha lentement la tête, conscient de faire ici un choix qu'il pourrait par la suite regretter comme jamais.

Cependant, le sourire que lui adressa ensuite Hashirama balaya tous ses doutes en un clin d'œil.

-Par Rikudo ! C'est vrai ?! Tu acceptes ? Vraiment ?!

-Oui, c'est vrai gros béta, soupira Madara, bien qu'intérieurement, il souriait autant que son désormais fiancé.

L'homme, ne sachant visiblement plus ou se mettre, poussa un véritable cri de joie et, sans prévenir, souleva la tête de clan en l'air en riant à gorge déployé.

Les yeux ronds comme des soucoupes, et un bras sur la tête d'Hashirama pour se soutenir, le ninja se laissa faire, bien trop choqué pour amorcer le moindre mouvement.

-Qu'est-ce que tu fiches ? Persifla-t-il, une seconde plus tard, en luttant pour ne pas piquer un fard. –Pourquoi même es-tu aussi heureux ? Je croyais que tu avais dit que le mariage n'était qu'un acte social !

-Acte social ou pas ! Rien que de savoir que nous allons pouvoir nous passer mutuellement la bague au doigt me remplit de joie ! Rétorqua son ami.

Il avait l'air aux anges, et le dévisageait avec une telle dévotion que toute la colère qu'éprouvait Madara fondit comme de la neige au soleil.

La tête de clan aurait aimé être comme Hashirama. Avoir cette spontanéité lorsqu'il s'agissait d'exprimer ses sentiments. Pouvoir embrasser, étreindre, caresser, sans se sentir terriblement maladroit.

Comme maintenant, par exemple, où il hésitait entre entourer ses bras autours du cou de son promis, ou alors lui assener un grand coup sur le crâne tout en lui hurlant de le poser à terre.

Au final, aucune des deux options ne l'emportèrent. Gêné, Madara se tortilla, l'inconfort se lisant sur son visage.

-Tu… Tu peux me poser ? S'enquit-il, finalement. Nous devons avoir l'air ridicule ainsi…

-Oh ! Pardon !

Immédiatement, Hashirama s'exécuta. L'homme lui adressa alors un sourire contrit :

-Désolé, j'oublie parfois que tu n'aimes pas mes excès d'exubérance…

-Ca ira pour cette fois, dit Madara, amusé malgré lui.

Un ange passa.

-Hashirama… reprit soudain la tête de clan. Tout à l'heure tu as parlé de bagues… Mais nous n'avons rien de tel.

-Oh… Eh bien… Balbutia L'Hokage. Laisse-moi un peu de temps. Je te jure que je vais nous en pro…

-C'est bon, l'interrompit-il brusquement. Nous n'avons pas besoin de ça.

Puis, avant même que son fiancé puisse protester, le shinobi plongea ses mains dans ses vêtements, et en tira le collier au cristal bleu.

Avec difficulté, il parvint à l'ôter et le tendit devant lui. Durant un long moment, il le fixa avec émotion, se rappelant de son frère surgissant dans sa chambre un beau matin d'hiver, le bijou en main, et lui hurlant un « joyeux anniversaire » tonitruant.

Les lèvres pincées, il laissa ensuite son regard remonter sur Hashirama qui paraissait retenir sa respiration.

-Il est à toi maintenant, déclara-t-il de but en blanc en s'avançant pour remettre le collier à son nouveau propriétaire.

Le ninja, comme brûlé, recula.

-Non… Madara, non… Tu ne peux pas… Je ne peux pas accepter…

-Bien sûr que tu peux, grogna Madara.

Faisant fi des faibles protestations d'Hashirama, la tête de clan réussi à acculer l'homme contre un arbre, et lui passa la cordelette de lin autour du cou.

-Voilà, dit-il, cela t'appartient désormais. Tant que tu l'auras sur toi, je ne te quitterai pas.

Stupéfait, l'Hokage le fixa, bouche-bée, avant que ses yeux s'emplissent de larmes. Par réflexe, l'Uchiha recula.

-Mais… Mais je n'ai rien à te donner en contrepartie ! Gémit le shinobi.

-Ce n'est pas grave.

-Pour moi, ça l'est !

L'air désespéré, Hashirama jeta alors des coups d'œil frénétiques autour de lui, comme s'il cherchait quelque chose, puis son regard tomba sur les baguettes entre une de ses mains.

Il les le lui tendit aussitôt, les présentant dans ses paumes.

Madara le dévisagea avec stupeur.

-Des… Baguettes ? Ahana-t-il.

-Je n'ai rien de mieux et j'en suis désolé… Murmura Hashirama, la tête baissée. Mais, s'il te plaît, accepte-les.

Il leva légèrement le visage, le fixant avec toute l'appréhension du monde.

Le cœur de la tête de clan se serra :

-Tu l'avais toi-même n'est-ce pas ? Commença-t-il doucement en tendant la main. Nous ne faisons jamais les choses conventionnellement…

Il se saisit des baguettes, sentant leur texture lisse à travers ses gants.

-Bien sûr que j'accepte, souffla-t-il avec un sourire tordu.

S'il était déjà embarrassé, il le fut d'autant plus lorsque son fiancé se jeta une énième fois sur lui, l'engloutissant dans une étreinte à rompre les os.

-Merci, hoqueta-t-il.

Avec hésitation, Madara laissa son visage s'enfoncer dans l'épaule de son fiancé, et ses mains s'agripper à l'arrière de ses vêtements.

La gorge nouée, il déglutit, soudain ému comme il ne l'avait jamais été auparavant. Dans ses bras, Hashirama frissonna, probablement aux prises avec une tempête émotionnelle identique à celle qui habitait la tête de clan.

Quelque chose de chaud s'accumula au coin de ses paupières.

Il ne s'en soucia pas. A la place, il se contenta de rester immobile, là, avec son fiancé enlacé, et au bord des larmes.


Et c'était le chapitre 35.

Avec celui-ci se conclut l'arc du sauvetage de Toka. Maintenant nous en sommes à -2 chapitre avant l'épilogue.

A part cela, je n'ai rien d'autre à vous dire, je vous laisse donc avec les…

Commentaires en Vrac ! :

-Plus tard, lorsqu'Hashirama racontera aux autres comment Madara et lui se sont fiancés, il dira « Il m'a coincé entre lui et un arbre, et m'a passé la corde au cou ».

-Compte tenu de la formulation, autant dire que bien évidement, il y a eu un gros malentendu.

-Déjà, Tobirama a été plus qu'horrifié.

-Si Hikaku ne l'avait pas ceinturé, il se serait jeté sur Madara sans doute aucun.

-Mito et Toka, elles, ont trouvé ça très amusant n'hésitant pas à proclamer, pour plaisanter, qu'elles étaient soulagées de ne pas être les seules à avoir un penchant pour les cordes et autres liens (braves gens, on appelle ça le shibari, l'équivalent du mot bondage en français (la bêta), du moins quand c'est d'ordre sexuel (autrement, en tant que punition, c'est l'hojojutsu...)

-Mito a même proposé à Madara de lui prêter ses menottes, celles même qui pendouillaient à l'accoudoir de son canapé depuis un bon bout de temps.

-Enfin… Elle les lui passerait si elle parvenait à retrouver la clé pour les décrocher.

-Thorn, quant à elle, s'est contentée de renifler avant de déclarer que même si c'était vrai, Hashirama avait dû adorer ça.

-(Cela fait un bon moment qu'elle le croit masochiste… Après tout, selon elle, il faut l'être pour être en couple avec son maître).

-Passons du coq à l'âne :

-Lorsque, dans le bar, le Kyuubi a échappé à la surveillance de Madara (bien plus occupé avec Mito & co) eh bien, il a simplement été se balader dans les rues du village.

-Après-tout, auparavant, il n'a jamais pu faire ça, car il avait la taille du village malheureusement.

-A vrai dire, il voit énormément d'avantages à avoir une taille réduite : Il peut désormais goûter à des tas d'aliments qui étaient bien trop petits auparavant pour qu'il puisse en profiter.

-Il s'est d'ailleurs découvert une passion pour la viande de poule.

-Du coup, lorsqu'il s'est échappé, il est allé voir s'il trouvait un poulailler.

-Manque de bol, arrivé à 400 mètre du bar, il a du s'arrêter à cause du sceau.

-Le pire pour lui était probablement qu'une poule se trouvait à deux pieds de lui, hors de sa portée.

-Pas de chance, encore une fois.

-Autre chose… Oui, Mito est bel et bien la détentrice d'un set de nappes en pilou.

-C'est les choses les moins pratique et hygiénique du monde, mais elle les aime.

-Puis, comme elle l'a dit à Madara lorsqu'il a fait une remarque dessus : C'est du feng-shui.

-So… To sum-up… "Your argument is invalid" en gros.

-Enervé, Madara lui a alors répondu que son Feng-shui, elle pouvait se le mettre où il le pensait.

-Evidement, Mito l'a mal pris.

-Le lendemain, lorsque la tête de clan s'est réveillée, il a découvert que chaque centimètre carré de son salon (y comprit compris Gérard) avait été recouvert de pilou aux motifs écossais.

Voilà, c'est tout aujourd'hui.

Je vous dis à la prochaine !