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TW homophobie dans ce chapitre
Albus se sentait un peu mal à l'aise, en décalage, alors qu'il suivait le groupe d'élèves jusqu'aux tonneaux dans les cachots – les tonneaux menant à la salle commune de Poufsouffle, d'où éclataient déjà les exclamations d'une fête. Il n'avait pas vraiment reparlé à Phebe depuis les vacances de Noël, et tout aussi bien il avait peur que venir ici soit perçu comme un geste de moquerie (même si la fête n'était pas réservée qu'aux Poufsouffles). Mais il savait aussi que c'était peut-être une opportunité pour lui parler qui ne se reproduirait pas.
C'était quelque chose qu'il avait fini par apprendre au fil des années. Enfin, surtout l'année dernière. Retarder une conversation importante ne faisait jamais de bien.
Un des couvercles des tonneaux s'ouvrit. C'était un passage plutôt large et une personne plutôt grosse s'y glisserait sans problème. De là il vit le groupe d'élèves qu'il suivait s'engouffrer dans le passage, et quelques élèves de Poufsouffle se hisser à l'extérieur. Parmi eux, des joueurs de l'équipe de Quidditch – Julia Mayweather, un garçon qui jouait comme batteur, et Phebe, encore essoufflée par le match qui venait d'avoir lieu, ses taches de rousseur devenant des taches claires sur sa peau rougie, ses cheveux blonds emmêlés. Ils discutaient et riaient, même, tous les trois ensemble. Alors que le cachot se vidait, le regard de Phebe croisa le sien. Elle se renfrogna. Elle portait encore l'uniforme, maintenant débraillé, de l'équipe de Poufsouffle, qui lui collait au dos.
Après quelques instants, il la vit s'éloigner des deux autres joueurs et s'approcher de lui. Elle s'arrêta à quelques pas de lui, les bras croisés sur la poitrine.
-Qu'est ce que tu fais là ? demanda aussitôt Phebe.
-Est-ce que... je peux entrer ? se risqua-t-il à demander.
-Ton équipe a perdu, répondit-elle.
-Oui, mais je suis flexible, fit Albus en retour.
Albus ne se souciait pas trop de ce que le reste de sa maison dirait s'il le découvrait ici. À vrai dire, il venait d'apercevoir Amelia Gilbert se dirigeait elle aussi vers les cachots, prise dans une discussion passionnée avec Olen Twaddle, de Poufsouffle, alors ce ne serait sûrement pas un problème.
Phebe garda les sourcils froncés encore un instant, une expression qui ne lui allait pas, et puis sembla se radoucir. Sa remarque parut même la faire sourire.
-Tu m'as menti, reprit-elle après un moment.
-Oui, je sais, répondit rapidement Albus. Je n'aurais pas dû – j'aurais dû te dire la vérité dès le début. Je l'ai compris trop tard... je suis désolé.
Le visage de Phebe se tordit, comme si elle ne savait pas quoi penser.
-J'aurais dû faire les choses différemment, reprit-il. J'aurais dû te dire que je... qu'Anson et moi... ou j'aurais dû en parler avec Anson. Je ne sais pas... je...
-Non, tu ne comprends pas, Albus, dit-elle, sur un ton posé, les yeux rivés vers ses chaussures. Tu m'as menti.
Il resta debout un instant sans comprendre. Et puis Phebe lui tourna le dos.
-Alors ? espéra-t-il malgré tout. Je peux venir ?
-Non, tu restes dans le cachot, répondit Phebe.
-Sérieusement ? s'indigna-t-il. Bon, OK, c'est mérité, mais...
Phebe tapotait déjà sur les couvercles des tonneaux, et le passage se rouvrit. Alors, lentement, Albus redevint silencieux. Il la vit enjamber le rebord du tonneau, mais, au moment où elle allait se laisser tomber, elle se retourna vers lui et lui fit un signe de la main.
-Allez, viens, céda-t-elle.
-Vraiment ?
-Oui, mais si tu me mens encore une fois, à propos de n'importe quoi, je te laisse dehors, le menaça-t-elle avec un petit sourire.
Albus s'approcha du tonneau. Il rampa dans le tunnel et, alors qu'il avança, il entendait avec plus de force les exclamations et les tapements de pied qui animaient la salle commune. Enfin, il sortit du tunnel.
Autour de lui, l'atmosphère semblait s'embraser alors que le soleil brûlait à l'horizon, ses derniers rayons pourpres mourant sur les lourds rideaux jaunes de la salle commune il faisait chaud, malgré l'hiver dans lequel ils étaient plongés, et autour de lui, il voyait des élèves en chemise, leur pull sur les épaules et leur cape jetée sur une chaise ou bien accrochée autour de leur taille des rires bien trop forts et des sourires bien trop marquées – c'était la joie, voire même l'euphorie, et il aurait sûrement eu l'impression de se noyer s'il n'avait pas lui-même était heureux d'être là.
-OLEVIA ! OLEVIA !
Très vite, Phebe s'éclipsa, et il resta seul. Il ne lui en voulait pas, et il se sentait même heureux qu'elle ne soit pas du genre rancunière – c'était même l'inverse de ça. Mais lorsqu'il la vit s'éloigner dans la foule, il se demanda si elle lui avait complètement pardonné. Il avait peur que ce ne soit pas le cas. Albus repensait en souriant à la dernière soirée – et aussi la première – de ce type à laquelle il avait été invité c'était la victoire d'Alvena Greengrass, lors de la seconde tâche du Tournoi des Trois Sorciers, il y a deux ans. Et il s'était senti nettement plus inconfortable, n'osait parler à personne par peur d'être surpris par les professeurs, et était resté avec Rose toute la soirée. Ce soir, il se tenait debout entouré d'inconnus de Poufsouffle, un verre de jus de citrouille à la main, se joignant avec enthousiasme à la cohue générale, sans même se soucier de l'absence de sa cousine ou des avis de ses professeurs.
Il était nettement plus à l'aise qu'il y a deux ans – même s'il restait seul dans un coin de la salle – et il était nettement plus heureux, aussi.
Quoiqu'il en soit, seul et isolé dans la salle commune de Poufsouffle, il rejoignit le seul élève qu'il connaissait : Dominique. Il ne tenta pas de lui parler. En fait, Albus n'avait jamais vraiment été très proche de sa cousine Dominique quand il arriva près d'elle, ils se contentèrent d'échanger un regard, et même un bref sourire.
-PHEBE !
Il l'aperçut alors, descendant les marches du dortoir. Sans grande hésitation, il se mit à siffler tout en battant des mains, joignant les acclamations des élèves l'entourant, dont la plupart (même des troisième année) le dépassait en taille. Elle paraissait gênée par l'attention qu'elle recevait, mais parvint à sourire et, même, à rire. Un des garçons de sa maison, Elwood Tow, la força à lui taper dans la main, et ils rirent en échangeant un bref regard. Elle avait revêtu son pyjama, noué ses cheveux en une tresse, ce qu'Albus comprenait complètement mais qui le faisait un peu rire comparé aux tenus chics et plus habillés des autres membres de son équipe. Il lui tendit le verre de bièraubeurre qu'il avait entre les mains – il n'en boirait pas, de toute façon.
-Alors, tu apprécies la fête ? demanda Phebe avec un sourire, sans s'attarder sur Albus.
-Oui, répondit Dominique en esquissant un sourire. Et toi, tu apprécies les applaudissements ?
-Un peu trop forcés pour moi, mais ça va, on s'y fait, lui dit Phebe en souriant.
-Oh, je vois, laissa-t-elle échapper en riant, pressant amicalement son épaule contre la sienne. Tu es déjà une membre des Harpies de Holyhead.
Albus savait que Dominique ne plaisantait qu'à moitié, et il espérait que Phebe le savait. Elle était vraiment douée, et elle le rappelait à tout le monde dès qu'elle avait une batte entre les mains. Albus espérait que son talent finirait par être reconnue – c'est ce qu'elle méritait.
La gloire. Pas l'attention permanente et étouffante qui allait avec. Son regard allant de Phebe à Albus, Dominique trouva ça plus sage de s'éclipser. La gêne s'installa alors. Les yeux de Phebe se noyaient dans son verre de bièraubeurre, et Albus s'intéressait aux coutures de la tapisserie qui occupait le mur face à lui.
-Ta petite-amie est une championne, dit alors Phebe, comme pour briser le glace en buvant une gorgée de bièraubeurre.
-Ex-petite-amie, rappela Albus en tentant un sourire.
Son air s'aggrava et Phebe se pencha un peu plus vers lui. Il voyait bien qu'elle était fatiguée, qu'elle avait sûrement envie d'être seule, ou ailleurs, ou juste pas avec lui, et Albus ne lui demandait pas de tenir une conversation sérieuse avec lui. Mais il savait qu'elle ferait naturellement l'effort – ça, c'était son côté Poufsouffle.
-On va vraiment faire ça, alors ? demanda-t-elle.
-C'est ce qu'il y a de mieux à faire, répondit Albus, en s'appuyant sur la table dressée derrière lui. Anson ne va pas très bien en ce moment, et je ne veux pas qu'il se sente seul. Je veux... Je veux être là pour lui, tu vois ?
-Je comprends, lui dit Phebe, et un pincement sembla crisper son visage à la mention du nom d'Anson. C'est cool de ta part. En fait – et ne le prend pas mal – j'aurai pensé que tu essaierais de sauver ta peau en premier. Enfin, Albus... tu sais que si on 'rompt' officiellement, les rumeurs comme quoi tu es gay vont être relancer avec encore plus de force qu'auparavant ?
-Je sais, admit-il. Mais je... je pense que je suis prêt. Pour Anson. Je suis prêt à faire ça pour lui.
Alors, doucement, il vit un petit sourire encourageant s'esquisser sur les lèvres de Phebe. Elle but une nouvelle gorgée de bièraubeurre.
-Très bien, souffla-t-elle. Tu as raison. C'est... C'est la bonne chose à faire. Et c'est très courageux de ta part. J'ai déjà commencé à... 'préparer le terrain' avec les autres Poufsouffle, de toute manière. Alors, on ferait ça quand ? Ce soir ?
-Non, pas ce soir, répondit Albus. Ce soir, c'est ta soirée, Phebe.
Et, alors qu'il parlait, il se saisit d'une autre chope de bièraubeurre et se risqua même à en boire une gorgée. Elle avait le même goût horrible qu'il avait connu une année auparavant, mais pour ce soir, ça semblait passer un peu mieux.
-Oh, Albus, tu es là !
Augustus apparut derrière la table, aussi essoufflé qu'un membre de l'équipe, bien que Albus savait qu'Augustus ne pratiquait que des sports d'extérieur : la course, le foot, ou encore le Quidditch. Il le savait même que trop bien, car c'était souvent lui qui devait lui tenir compagnie pendant ces séances et, le plus souvent, attraper des crampes et des points de côté.
-En chaire et en os, répondit Albus en se tournant vers lui, souriant.
-Enfin... plus en os qu'en chaire, intervint Phebe. Tu n'es pas vraiment un épais gabarit.
-Je t'ai déjà dit que je n'y pouvais pas grand chose, lui souffla Albus.
-Oui, enfin, j'en ai parlé avec ta mère, et...
Phebe parlait d'une voix un peu plate et sans grand entrain, et Albus sentit le malaise peser sur lui.
-Avec ma mère ? répéta Albus, sentant la gêne serrer sa gorge. Tu as parlé avec ma mère ? Ne crois pas ce qu'elle te dit, c'est ma mère. Elle trouve tout le temps que je mange pas assez, même si je me ressers trois fois.
Il vit Phebe ouvrir une première fois la bouche, s'apprêtant à répondre, mais l'arrivée soudaine de Freida Steen, dont Albus ne perçut que les épais cheveux noirs et l'uniforme jaune, alors qu'elle arrivait à ses côtés.
-Tu ne vas pas rester dans ton coin toute la soirée, Phebe, lui souffla-t-elle en riant – elle avait l'air d'avoir déjà bu au moins un verre, vu le sourire démesuré sur son visage. Tu sais que Thomas Braxley veut un autographe ?
Phebe ne lui rendit pas son regard, et Albus la vit retenir un sourire avec la plus grande des difficultés, alors que lui-même souriait en la voyant ainsi. Enfin, elle céda et se retourna vers Freida.
-Vraiment ?
Freida hocha fébrilement de la tête, avant de l'entraîner par le bras avec vigueur dans la foule, derrière elle.
-On se voit plus tard, Albus, s'exclama une dernière fois Phebe avant de disparaître.
Il souriait – bien qu'il savait que c'était suspect. Ils étaient sensés avoir rompu, après tout. Et puis Augustus prit place à côté de lui, et ils restèrent debout, adossés contre la table de bois.
-Thomas Braxley ? répéta Augustus. Si j'étais toi, je ferais attention, vieux – ce type est un tombeur. Sourire parfait, cheveux parfaits, visage parfait – et c'est même pas un connard.
-Vraiment ? souffla Albus. C'est lequel ?
Augustus tendit le bras en direction d'un des coins de la salle commune, dans l'angle près de la cheminée, sur le montoir de bois de laquelle de petites figurines de blaireaux dansées. Là, un garçon, plus grand que la moyenne, et surtout, plus grand que lui, était entouré d'un groupe d'élèves il avait au moins un an de plus, des cheveux noirs et une peau constellée de taches de rousseur, lui aussi – c'était peut-être un truc de Poufsouffle. Hugo et Dominique aussi en avaient, et ils étaient à Poufsouffle.
-Il n'a que des O, et il est plus beau que moi, reprit Augustus, avec un air clairement dédaigneux, à présent. J'ai entendu dire que Dominique et lui avaient même passé... passé quelques temps ensemble. Une chance qu'il soit irlandais et qu'on ne comprenne pas la moitié de ce qu'il raconte.
-Je suis sûr que c'est même pas intéressant.
-C'est absolument pas intéressant, admit Augustus.
Il lui tendit un verre de bièraubeurre, et il se força un peu à en boire. Alors que la soirée continuait, que les élèves continuaient de bouger, ils restèrent près de la table qui croulait sous les plats Albus avait assisté à plusieurs soirées, la plupart du temps dans la salle commune de Serpentard – à Gryffondor, en certaines occasions, aussi. Mais aucune d'entre elles n'avaient été aussi garni en nourriture que celle-ci. À vrai dire, le fait que la salle commune de Poufsouffle se trouvait juste à côté des cuisines devait aider.
C'était sûrement pour ça que les bouteilles de bièraubeurre étaient innombrables entre les plats, que les bouteilles de whisky pur-feu étaient, elles aussi, nombreuses, près des verres de jus de citrouille.
-Anson n'est pas là ? demanda Augustus, parlant un peu fort pour couvrir le grondement des voix et de la musique qui montait de plus en plus.
-Non, il n'a pas voulu venir, répondit Albus sur le même ton. Il était fatigué.
-Oh, je vois, dit simplement Augustus. Scorpius aussi était crevé. Je crois qu'il s'est évanoui sur ses draps, en rentrant du match. Il est plutôt fragile.
Albus se surprit à rire. Près de la table, ils étaient un peu à l'écart du cœur de la soirée, leur solitude brisée que par moments par les allées et retours de certains élèves.
-On est en quatrième année, justifia Albus. Tout ceux qui veulent encore avoir de bonnes notes sont crevés.
-Pas forcément, répondit Augustus. Je suis en pleine forme et j'ai eu un Optimal en Métamorphose, l'autre jour.
-Oui, mais ça, c'est parce que tu n'es pas un être humain, Augustus, dit Albus en riant.
Albus s'était toujours bien entendu avec Augustus. Ça s'arrêtait là. Il était sympa, il devait le reconnaître. Ils restèrent face à face un moment, mais Augustus ne laissa pas le silence s'installer il l'entraîna par le bras au bout de la table et se saisit d'une chope en verre.
-Tiens, dit-il en versant le contenu d'une des bouteilles à l'intérieur. Goûte ça. C'est mon cousin qui me l'a fait découvrir. Du whisky pur-feu mélangé à du xérès et deux pincées de menthe. C'est pas mal, franchement.
Il lui plaqua la chope dans les mains avant qu'il n'ait pu parler. Albus regarda un instant la chope, qui lui glaçait les mains, et le liquide fumant à l'intérieur, avant de relever un regard méfiant à Augustus.
-Cul-sec, Albus, l'incita celui-ci en souriant. C'est pas comme si tu devais en prendre cinq shots – ça m'est arrivé, ça, une fois.
-Très bien, souffla-t-il alors. Je te fais confiance, Augustus – j'espère juste que c'est pas un philtre d'amour.
Il l'entendit rire avant de s'exécuter, avec des gestes mal assurés. Après tout, ce n'était pas la première fois qu'il buvait de l'alcool. C'était sûrement la première où il buvait de l'alcool aussi fort, par contre. Augustus avait l'air de si connaître. Il se demandait s'il faisait ça souvent. Le liquide brûlait et il le sentit couler dans sa gorge, mais déjà, il le sentit lui redonner une certaine énergie, et, d'un côté, lui donner confiance. Il n'avait plus vraiment peur de la chope, maintenant.
-J'ai entendu dire que Scorpius sortait avec Rose, reprit alors Albus. Il ne m'en a pas parlé – on n'a plus vraiment le temps d'avoir de vraies conversations. Tu sais quelque chose ? Est-ce que c'est vrai ? Ils sortent vraiment ensemble ?
-C'est vrai, admit Augustus, lentement, en se servant deux verres de whisky pur-feu un pour lui et un pour Albus, qu'il lui donna dès qu'il eut reposé la chope vide. Mais ils sont plutôt discrets pour le moment... enfin... 'discret'. Tout le château était au courant qu'ils sortaient ensemble avant même que ce soit le cas, mais c'est pas la question.
-Je vois, marmonna Albus. Ça fait tout le temps ça... avec nous. Quand Roxanne a commencé à sortir avec ce type de Serdaigle, c'était comme si on l'avait su des semaines avant que ça n'arrive vraiment.
-Hé, va pas trop vite, Albus, souffla Augustus. C'est laquelle, Roxanne ?
Il laissa échapper un rire, tout en continuant de boire le verre de whisky.
-Roxanne, c'est la fille de mon oncle George et de ma tante Angie – tu sais, des Harpies de Holyhead. Gryffondor, cheveux noirs, peau noire.
-Oh, marmonna Augustus. Oui, je vois.
Ils échangèrent un sourire. Albus ne savait pas quelle heure il était, mais il savait qu'il ne devait pas s'éterniser ici.
-Et toi et Dominique ? demanda-t-il alors. Tu... Tu veux encore sortir avec elle ?
Augustus haussa les épaules. Il parut tout de suite moins à l'aise.
-Je pense qu'elle sait. Je pense que tout le monde le sait, maintenant, mais... tu sais, elle n'a sûrement pas l'impression que j'existe... bon, c'est un peu normal, aussi. Je suis ami avec Albus Potter, Rose Weasley, Scorpius Malefoy, la meilleure batteuse de tout Poudlard, et Anson – qui doit sûrement être l'élève qui a reçu le plus de retenus depuis des années.
Albus se surprit à rire doucement. Il n'avait pas tord.
-Personne ne se soucie d'Augustus Purcell, ajouta-t-il alors. Mais c'est pas grave... peut-être qu'un jour, elle m'adressera la parole.
-Elle t'adresse déjà la parole, lui dit Albus. Vous êtes dans la même maison depuis quatre ans, vous étiez assis à côté en botanique l'an dernier !
-Ouais, marmonna Augustus, un air abattu dans la voix. Je devrais sûrement être heureux qu'elle veuille bien être mon amie. Enfin... c'est la vie, hein ? Et toi, avec Anson, ça fait combien de temps ?
Albus manqua de recracher le contenu de son verre. Sa gorge le brûlait. Ses lèvres le brûlaient. C'était soit le whisky – qu'il s'empressa de terminer – soit la surprise. Sûrement les deux. Il reposa le verre en un bruit sec sur la table de bois, et s'en saisit d'un autre sans même y penser plus d'une seconde. La musique était très forte et lui battait aux oreilles, à présent. La première fois qu'il avait bu du whisky – avec James – il n'avait pas trouvé ça si bon. Maintenant, il trouvait qu'il avait eu tord. Le liquide brûlait et rafraîchissait ses veines, renouvelait ses pensées. Enfin, il se retourna vers Augustus, tenta de mettre au clair son esprit endolori par la musique et les rires.
-C'est un peu compliqué. On va dire... un an et cinq mois. Comment tu sais ?
-Anson me l'a dit cet été, répondit-il simplement, avec un haussement d'épaule. Pas grand chose de nouveau. Il m'avait déjà dit qu'il était gay en première année, et je savais qu'il était amoureux de toi depuis la deuxième – ça crevait les yeux.
Albus sentit ses joues prendre une légère teinte rosée, mais il reprenait déjà un autre verre de whisky – car du courage et de la confiance, il en aurait besoin s'il devait avoir une conversation de ce type avec Augustus. Albus se sentait un peu gêné – il ne savait pas qu'il connaissait autant de choses sur lui. Et puis... il avait l'air de mieux connaître Anson qu'Albus, ce qui l'agaçait un petit peu, et lui laissait une impression désagréable dans l'estomac – un pincement. Mais il se sentait flatté, et il dût s'empêcher de rougir, car... Anson était vraiment amoureux de lui depuis la deuxième année ?
-Vraiment ? s'exclama-t-il, sûrement plus fort qu'il ne le crut, et ce fut tout ce qu'il parvint à trier des milliers de pensées qui l'assaillaient. Anson t'a dit tout ça ?
-Hé, c'est un de mes amis les plus proches, se justifia Augustus en riant. Vas-y plus doucement sur l'alcool, Albus, tu n'as pas l'air très bien, si tu veux mon avis.
Il haussa les épaules et finit son verre. Albus n'était pas du genre à parler de son ressenti, ou de ses émotions, ou de... ou de tout ce genre de trucs. Encore moins de ses émotions romantiques, encore moins de ce qu'il ressentait pour Anson. Ce n'était pas quelque chose auquel il était habitué.
Alors oui, si le verre de whisky pur-feu pouvait un peu l'aider à ne pas passer pour un idiot auprès d'Augustus, il allait le boire après tout, il savait vaincre une migraine.
oOo
Sa tête était sur le point d'exploser et Albus avait, en gros, l'impression que chaque partie de son cerveau était passé au rouleau-compresseur. Il eut un gémissement et porta presque instinctivement sa main à son crâne alors que Rose laissait retomber son manuel de métamorphose sur la table de bois.
-Qu'est ce qui se passe ? demanda aussitôt Scorpius, qui l'accompagnait, en se laissant tomber face à Albus, et en voyant les couleurs blêmes de son visage.
-Albus s'est prit une cuite, émergea aussitôt la voix, forte, d'Augustus.
-Quoi ? protesta aussitôt celui-ci. C'est faux.
Pour toute réponse, Augustus se rapprocha de lui et se contenta de taper dans ses mains. Ils étaient dans la Grande Salle, c'était le matin, et il avait bien l'impression qu'il était sur le point de mourir – sans exagération aucune.
-Fais ça encore une fois et ce sera la dernière chose que tu fera avant que je t'étripe, Purcell, dit-il d'une voix atone.
Celui-ci lui répondit par un rire. Et puis Phebe arriva dans la Grande Salle.
La nouvelle de leur rupture s'était répandue comme une traînée de poudre – autant au sens figuré qu'au sens propre, vu les centaines de discussion qui avaient éclaté à ce sujet depuis que Phebe avait commencé à faire comprendre, autour d'elle, qu'ils n'étaient plus ensemble. Et si Albus n'avait pas été aussi préoccupé par la migraine qui assaillait son cerveau, les dizaines de regard qu'il sentait posé sur lui, et les murmures qu'il sentait être dirigé à son encontre, l'aurait sûrement dérangé.
Phebe suivit Freida Steen et Dominique Weasley jusqu'à la table de Poufsouffle, sans même lui accorder un regard – ça valait mieux comme ça. Albus n'avait jamais rompu avec quelqu'un (et il en était heureux, car s'il devait rompre avec quelqu'un, ce serait avec Anson, et rien que d'y penser lui retourner l'estomac), mais il devinait que prendre son petit-déjeuner avec son ex était étrange.
Anson aussi était là. Il était assis à la table de Serpentard, avec quelques élèves de leur maison. Il ne lui parlait pas non plus. Ils avaient convenu qu'ils ne devraient pas trop se voir. Ça lui faisait mal – vraiment mal – mais Albus comprenait. Ça ne devait pas être facile pour lui. Il comprenait enfin ce qui avait motivé Scorpius, en première année, lorsqu'il voulait à ce point parler à James pour tenter d'améliorer les choses.
Albus aussi voulait aller voir Carey, mais ce n'était certainement pas pour une discussion. Il voulait lui jeter des sorts, lorsqu'il le croisait dans les couloirs, et l'unique pensée que ça ne ferait qu'empirer les choses l'en empêcher.
-Vraiment ? s'exclama alors Rose, mi-impressionnée mi-réprobatrice. Tu veux dire... Albus, tu étais à la soirée d'hier sans moi ?
-Tu n'avais qu'à le dire, si tu voulais venir, grommela-t-il.
-Non, ça va, répondit Rose en esquissant un sourire. Juste que... ça m'étonne.
-Moi aussi, intervint alors Scorpius, dont l'inquiétude perçait dans la voix. Tu es sûr que ça va, Albus ? S'il y a quelque chose que je peux faire...
-Non, ça va, assura-t-il.
-Tu devrais te reposer, reprit Scorpius. On est dimanche – si j'étais toi, je dormirais...
-Tu n'es pas moi, Scorpius, coupa Albus, un peu plus sèchement qu'il aurait voulu. Merci, mais... ça ira.
Aussitôt, il s'en voulut l'expression de Scorpius s'affaissa et il demeura silencieux. Il avait blessé Scorpius. Il se demandait comment une personne humaine pouvait blesser volontairement Scorpius, et ça lui fit un peu mal au cœur, mais aussitôt, son mal de tête le reprit avant qu'il n'ait pu se rattraper.
Albus enfonça son visage dans la paume de sa main, et hasarda son regard sur les personnes qui l'entouraient – Scorpius et Rose, assis l'un à côté de l'autre, et Augustus, en train de rire doucement en buvant de brèves gorgées de café. Il devina la main de Rose se glisser dans celle de Scorpius, sous la table, se lover autour d'elle, et pendant un bref instinct, il eut envie de vomir – une véritable envie de vomir. Il n'avait pas parlé de Rose avec Scorpius. Il n'avait pas vraiment eut le temps de parler à Scorpius. Et ça l'énervait. Ça l'énervait et ça le dégoûtait, car... Rose et Scorpius. Non. Impossible. C'était...
Il détourna le regard avant que leur vue ne lui devienne trop insupportable. Il lui semblait entendre les voix de Phebe, Freida et Dominique, un peu plus loin.
-Anson n'est pas là ? demanda alors Scorpius, en jetant un regard par-dessus son épaule, à la table de Serpentard où il était assis.
Et Albus retint avec difficulté un soupir. L'espace d'un instant, il réalisa qu'il était le seul, avec Phebe, à être au courant de ce qui se passait avec Anson. Et l'idée qu'il devrait tout expliquer à Scorpius – et ça allait le mettre mal à l'aise, car c'était un sujet qui l'énervait et le rendait triste, aussi – s'ajoutait à sa fatigue. Albus était exténué. Alors, pour une fois, il s'arrêta, se redressa légèrement et poussa un profond soupir.
-Non, répondit-il simplement. C'est un peu compliqué.
-Pourquoi ?
La voix de Rose la fit se figer. Son regard tomba dans celui de sa cousine, qui manifestait sa curiosité habituelle. Albus resta muet. Il savait qu'il en avait trop dit, et son regard passait de Scorpius, à Rose, à Augustus, à Scorpius c'était la seule qui ne savait pas, il venait de le réaliser.
Et Augustus riait un peu moins, derrière sa tasse, alors que Scorpius n'osait pas prendre la parole. Rose ne détachait pas son regard du sien. Alors, pour la contenter, Albus parvint à formuler ce qui l'inquiétait depuis des semaines, maintenant, et qu'il n'avait même pas oser admettre à lui-même :
-Anson et moi, on va peut-être rompre.
Il vit l'étonnement et la surprise, l'interrogation et même le doute, passer sur le visage de Rose.
-Attends... souffla-t-elle avec lenteur. Attends... Quoi ?
-Carey Bramer nous a vu en train de nous embrasser, et il n'a pas spécialement apprécié, alors... reprit Albus.
Il sentit sa gorge se nouer malgré le détachement de son ton – le détachement qu'il s'efforçait de laisser percevoir dans sa voix malgré les larmes qui menaçaient de se former dans ses yeux. Et les milliers de questions qui brûlaient les lèvres de Rose ne l'aidaient pas. Loin de là.
-Tu sors avec Anson ?
-Depuis l'an dernier, oui mais c'est pas ça qui importe...
-Ça ne surprend que moi ? Et Phebe, elle était...
-Oui, Phebe le sait, interrompit Albus, plus pâle encore alors qu'il sentait la fatigue et la douleur le frappait de nouveau. Scorpius aussi, et Augustus... apparemment.
-Donc, je suis la seule...
-C'est un peu ça, oui.
-Et tu n'as pas pensé que je devais être au courant ?
-Tu n'as pas pensé que je devais savoir pour toi et Scorpius non plus.
Il releva enfin les yeux vers Rose alors que celle-ci redevenait silencieuse. Elle était toujours assise à côté de Scorpius, en une proximité qui le répugnait, et paraissait blessée, à présent. Il avait peut-être dit ça un peu trop sèchement, et à présent, même Augustus n'osait pas bouger ou prendre la parole. Albus parvint à pousser un soupir. Il se sentait horriblement mal à l'aise, assis parmi tout ces élèves, dont la plupart le dévisager, dont l'autre part parlait de lui. Les places étaient désertées autour d'eux. Et il avait parlé à voix plutôt basse. Il ne se souciait pas d'avoir été entendu.
Et puis, d'après Phebe, beaucoup de gens étaient déjà au courant.
-Donc, tu es... reprit Rose.
-Hé, tu sais quoi ? Je ne suis pas d'humeur à ça. Si tu as des questions à poser, parles-en à Scorpius... enfin, si ça ne te dérange pas de...
-Non, c'est bon, Al', lui dit ce dernier. Je peux essayer de lui expliquer ce que j'ai compris – tu dois aller te reposer.
Un maigre sourire apparut sur ses lèvres, qu'Albus lui rendit.
-Merci, souffla-t-il en se levant.
Il délaissa la table et s'avança vers les portes de bois. Derrière lui, il sentait la discussion reprendre entre Scorpius et Rose, encore plus confuse qu'il y a dix minutes.
Et quand il arriva enfin face à l'entrée du Hall, il se retrouva au même niveau qu'Anson, et se risqua même à lui adresser la parole.
-Où est-ce que tu vas ?
-Bibliothèque, répondit Anson en un chuchotement. Avec Amelia et Jeremiah – et toi ?
-Salle commune. Est-ce que je peux... je peux venir ?
Anson s'arrêta et se laissa dépasser par les autres élèves de son groupe. Le Hall était empli d'élèves, qui venaient et sortaient de la Grande Salle en un flux perpétuel, et dont la plupart semblait faire un détour autour d'eux – autour de lui.
-Je ne sais pas, répondit enfin Anson, en soutenant avec difficulté son regard.
-D'accord, répondit Albus. C'est pas grave... je comprends.
Il comprenait vraiment. Mais Anson avait l'air tellement fatigué qu'il n'était pas sûr qu'il ait les idées claires.
-J'ai l'impression qu'ils me regardent, reprit Anson, en balayant le Hall du regard et en s'arrêtant brièvement sur chaque groupe d'élèves.
-Je sais, lui dit Albus. Phebe me disait la même chose, quand on sortait ensemble.
-Donc, c'est vrai... marmonna Anson. Vous... Vous avez rompu ?
-Oui, répondit-il. C'est mieux comme ça.
Il n'avait pas dit à Anson que Phebe était amoureuse de lui c'était peut-être plus le cas, maintenant. Dans tous les cas, il comprenait bien que Phebe n'aimerait pas qu'il soit au courant.
-Tu n'étais pas obligé... tenta de protester Anson.
-Anson, coupa-t-il alors. C'est mieux comme ça, je t'assure et ça ne me dérange pas.
Alors, avec lenteur, il vit les commissures des lèvres d'Anson tressaillir, comme s'il était sur le point de sourire. Mais il se retint de justesse, en voyant les masses d'élèves qui venaient et partaient, encore et toujours, de la Grande Salle. Alors, il se contenta de rester loin de lui.
-J'aimerais pouvoir te serrer dans mes bras, souffla alors Anson, en un murmure.
-Tu pourrais, ne put s'empêcher de répondre Albus. Je ne 'sors' plus avec Phebe, maintenant. Si tu veux, on pourrait...
Sa voix s'éteignit lorsqu'il croisa le regard d'Anson, et l'expression à la fois apeurée et paniquée sur son visage.
-Non, Albus, je... souffla-t-il. Je ne pense pas que... Je ne peux pas... Je... J'ai encore des trucs à régler avant de pouvoir faire ça, d'accord ?
-Je vois, marmonna-t-il en retour. Je comprends. Si c'est à cause de Carey, je peux aller lui parler, si tu...
-Non, coupa Anson. Reste en dehors de ça. C'est peut-être un peu douloureux à dire, mais... tu ne ferais qu'empirer les choses.
Albus resta muet, et immobile.
-Oui, marmonna-t-il. Je vois. Mais je veux juste que tu saches que si j'ai décidé de rompre avec Phebe, c'est pour pouvoir...
-Ça, c'est parce que tu es une pédale, Potter.
Albus sentit ses pensées se glacer alors qu'il se retournait pour apercevoir le visage d'un garçon qu'il ne connaissait pas, une cravate rouge et or autour du cou. Il était plus grand que lui, mais là encore, la plupart des gens l'étaient mais il était grand d'une manière imposante, et au regard en biais qu'il lui accorda, perdu dans son groupe d'amis, Albus dut admettre qu'il prit légèrement peur.
-Pardon ? réussit-il à dire d'une voix pâle.
Il vit le garçon et son groupe s'arrêter, alors qu'ils leur faisaient dos, à présent. Il se retourna vers lui. Il avait des cheveux blonds en bataille et des yeux gris, et il avait l'air – Albus voulait insister sur le avait l'air – riche à la manière dont il portait ses vêtements, à la façon dont il se retourna vers lui et dont il balaya son groupe d'amis du regard. Il avait l'air d'une version plus arrogante de James, ce qui était difficile, étant donné que James était assez arrogant.
Les masses d'élèves se dirigeant vers la Grande Salle avaient fini par ralentir et s'immobiliser dans le Hall car Albus était le genre de personne qu'on remarquait par son nom de famille, et le garçon, qui qu'il soit, était le genre de personne qu'on remarquait par son attitude.
-'Pardon ?' répéta le garçon, plus à ses amis qu'à Albus ou au reste des personnes qui les regardaient, à présent.
Albus entendit un rire comme survoler le Hall. Il serra son poing, tenta d'ignorer les rougeurs qui montaient à son visage.
-Est-ce qu'on se connaît ? souffla alors Albus. Non, car je ne sais même pas ton nom et tu me parles comme si on était amis depuis dix ans.
-Hum... laissa échapper le garçon. Non. Désolé, même si j'en avais la possibilité, je ne voudrais pas être ton ami. Je ne fréquente pas n'importe qui, moi.
Albus sentait son sang bouillir dans ses veines, alors que le Hall tombait dans un silence profond. Il s'efforça de rester silencieux il s'efforça de ne rien dire, car il savait que s'il répondait, rien d'intelligent ne franchirait ses lèvres.
Il resserra encore son poing, et, face à son mutisme, un sourire se dessina sur les lèvres du garçon, qui se retourna, cette fois, aux autres élèves qui se trouvaient dans le Hall.
-Pathétique, cracha-t-il alors. C'est pathétique que l'Élu est un fils comme toi. À sa place, je t'aurais jeté dans une rivière dès que j'en avais l'occasion.
Là encore, il parvint à rester silencieux. Il lui semblait que sa main tremblait, maintenant.
-Qui à Poudlard n'a jamais entendu une seule des rumeurs concernant Albus Potter et sa non moins fameuse pédérastie, reprit le garçon, et il lui semblait clair, maintenant, qu'il continuait de parler plus pour les autres que pour lui. C'est qui, ce garçon, Al' ? Il a l'air aussi stupide que toi – ça doit sûrement être avec lui que tu fais tout ces trucs dégueulasses.
Il sentit Anson tressaillir, derrière lui, et d'un geste instinctif, Albus porta sa main à sa cape et, d'un geste vif, en sortit sa baguette. Il vit la foule d'élèves, qui les entouraient, reculer d'un pas. Et, un bref instant, il lui sembla que le garçon prit peur lui aussi. Mais aussitôt, son sourire revint, amusé et dépité, un peu.
-Tu ne...
-Tu dis un mot de plus et je te promets que je n'hésiterais pas à te stupéfixer, coupa Albus, d'une voix forte.
C'est avec un soupir, qu'il comprenait être voulu dérisoire mais qui trahit la panique, que le garçon lui répondit. Et il sortit sa baguette, à son tour, et là encore, les élèves reculèrent d'un pas. Anson aussi reculait, plus doucement, et sans les quitter des yeux.
Le garçon devait bien être en septième année et Albus ne réalisait que maintenant à quel point c'était stupide.
-J'aimerais vraiment te voir essayer.
Il entendit plus qu'il ne vit les éclairs fendre l'air et la statue tomber en un bruit métallique sur le sol de pierre. Il entendit quelques cris, il vit quelques élèves quitter le Hall en courant, d'autres se protéger la tête, la foule se dissiper. Lentement, Albus abaissa ses bras, dont il se protégeait le visage. Il n'avait rien. C'était sûrement miraculeux, mais il n'avait rien.
La baguette en bois du garçon avait roulé sur le sol et lui-même était à terre. Anson avait disparu, et près des portes de chêne, il vit l'air admiratif de sa cousine. Dominique se tenait debout près de la Grande Salle, les bras croisés aux côtés de Freida Steen. Et puis il vit Phebe se relever.
-La prochaine fois, je ne te frapperais pas avec mon poing, mais avec ma batte, et je t'assure que ce ne sera pas dans le visage, s'exclama-t-elle, penchée vers le garçon.
Il ne lui répondit que par un gémissement. Albus ne pouvait détacher les yeux de Phebe qui, quand elle l'aperçut, fit apparaître un grand sourire sur son visage. Oui, elle avait l'air fière d'elle.
Elle en avait le droit.
-Par Merlin... ne parvint-il qu'à articuler. C'était quoi ça ?
-Ça, Albus, répondit Phebe, en souriant toujours. C'est ce que Lucy Pevensie aurait fait.
Ses yeux s'agrandirent encore plus, alors que Phebe s'était redressée au milieu du Hall. Elle donna un dernier léger coup du pied en direction du garçon, qui ne remua que faiblement.
-Donc, tu ne m'en veux plus ? demanda Albus d'une petite voix.
Le regard de Phebe s'agrandit sous l'étonnement. Elle désigna le garçon, à ses pieds.
-Je viens de tabasser un type pour toi, lança-t-elle. Qu'est-ce que tu veux de plus ?
Albus s'apprêta à répondre, mais fut interrompu.
-Mrs. Cropper, s'exclama une voix, émergeant de l'autre bout du Hall. Qu'est ce qui vient de se passer ?
Albus tourna son regard vers le professeur Dunn, accessoirement directeur de la maison Poufsouffle, qui se tenait face à eux. Il vit Dominique, Freida et Phebe l'imiter, et Phebe se mordre la lèvre.
-D'accord, marmonna celle-ci, comme à elle-même. J'aurai sûrement pu prévoir ça.
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