36 - La blancheur de l'âme

Je me réveillai en hurlant, paniquée. Où étais-je ? Que m'était-il arrivé ? J'entendis des voix, puis des mains me touchèrent. Encore.

- Eh, tu es en sécurité !, dit une voix familière. Tu m'entends ?

J'attrapai la main qui me tenait le bras et levai les yeux.

- Suigetsu ?, murmurai-je en reconnaissant son visage.

- Bon, au moins tu me reconnais cette fois, dit ce dernier en souriant légèrement.

Je regardai autour de moi. J'étais dans une chambre d'hôpital. Derrière Suigetsu, ma mère attendait, inquiète.

- Maman..., soupirai-je en sentant une vague de chaleur m'envahir.

- Je suis là, ma puce, dit-elle en attrapant ma main.

C'est alors que je remarquai les bandages qui enveloppaient mes bras et mes mains. Je sentis qu'ils recouvraient également une partie de mes jambes. Ma tête me faisait mal. Je n'avais aucune idée de la façon dont ces blessures m'avaient été infligées. Soudain, une image me frappa de plein fouet. Deidara et Hidan.

- Ce sont eux, pas vrai ?, m'écriai-je en me redressant brutalement. Ils m'ont trouvée, ils vont venir me chercher, ils...

- Non, Sakura, personne ne te fera du mal ici, dit Suigetsu avec douceur.

- Tu..., hésita ma mère en échangeant un bref regard avec Suigetsu. Les médecins disent que c'est une crise de panique en réponse à un stress post-traumatique. Ils disent que cela peut survenir plusieurs mois après l'événement traumatisant...

Je gardai le silence. Tout ce dont je me souvenais, c'était d'avoir quitté le repaire d'Orochimaru. Torpille m'avait attrapée par le bras puis... plus rien. Je n'avais aucune idée de ce que j'avais fait après.

- Madame Haruno, est-ce que vous me permettez de rester un peu seul avec Sakura ?, demanda Suigetsu en gardant ses yeux fixés sur moi.

Ma mère sembla hésiter. Elle se mordit la lèvre et je sentis qu'elle aurait préféré rester près de moi. Je hochai doucement la tête pour la rassurer. Elle embrassa le bout de mes doigts, puis quitta la pièce. Après son départ, le silence s'installa. N'y tenant plus, je pris mon courage à deux mains et me lançai :

- C'est si terrible que ça ?

- Disons que j'ai dû t'assommer pour t'amener ici, dit Suigetsu d'un air moqueur.

- Qu'est ce que j'ai fait ?, soupirai-je.

- Ça, dit-il en tirant sur le bandage qui enveloppait mon bras droit.

Mon bras était comme déchiqueté. De longues et profondes griffures le déchirait de part en part. Je ravalai un hoquet de stupeur. Suigetsu replaça délicatement le bandage, visiblement contrarié.

- C'est moi qui ai fait ça ?, couinai-je en sentant mes yeux se remplir de larmes.

Je retournai le bandage de l'autre bras pour découvrir la même chose. Puis je repoussai la couette qui recouvrait mes jambes et constatai qu'elles étaient dans le même état.

- Ce n'est pas possible, chuchotai-je pour moi-même, ce n'est pas possible...

- Tu étais complètement folle, expliqua mon ami en secouant la tête. Une vraie tarée. Tu étais assise par terre, toute seule, tu pleurais et tu hurlais en t'arrachant la peau. Quand je me suis approché, tu ne m'as pas reconnu, tu me disais de m'en aller, tu refusais que je te touche... Alors j'ai ramassé une pierre et je t'ai vite calmée.

D'où le mal de tête. Charmant.

- J'ai cru qu'on t'avait refilé une drogue quelconque, mais les médecins n'ont rien trouvé dans ton organisme, continua-t-il. Tu étais déshydratée, mais rien de bien méchant. T'as juste pété un câble.

Je me sentis en proie à un profond mal être. D'abord parce que Suigetsu m'avait vu dans un état que je n'osais imaginer, ensuite parce que j'avais le vague souvenir d'une forte pression sur mon esprit. Je me souvenais d'une intense chaleur et de...

- Le vent, murmurai-je. C'est le vent...

- Ça te reprend ?, dit Suigetsu en agitant sa main devant mes yeux.

- Non !, m'énervai-je en poussant sa main d'un geste. C'est le vent ! C'est de là que tout est parti !

- Je comprends que dalle, précisa calmement mon ami.

- Je..., commençai-je.

Suigetsu ne savait pas ce qu'il s'était passé au repaire. Il m'avait probablement trouvée sur le bord de la route alors qu'il s'y rendait pour travailler.

- J'ai fait quelque chose d'horrible, dis-je de but en blanc.

- Ça ne doit pas être si horrible que ça, nuança Suigetsu.

- Si, c'est horrible, affirmai-je. J'ai couché avec quelqu'un.

Silence.

- Toi ?, s'exclama mon ami.

- Oui, moi !, fis-je en lui jetant un regard irrité. Tu ne sais pas ce qu'il s'est passé après que tu sois parti. Je n'avais pas le choix !

Devant son air sceptique, je lui racontai comment Orochimaru m'avait présentée au vieux pervers dont je lui avais parlé ce matin-là. Je lui fis part de sa tentative de m'amadouer, qui s'était soldée par un échec. Je lui expliquai qu'Orochimaru m'avait vendue pour servir ses intérêts puis je lui décrivis comment j'avais attenté à la vie du précieux Kumamori.

- Orochimaru m'a jetée en prison après ça, déclarai-je. Je savais qu'il allait me tuer, alors...

- Alors tu as accepté de te marier avec ce gros porc, grogna mon ami. Sérieusement ? A ta place, j'aurais préféré crever...

- Je ne peux pas mourir, dis-je d'un ton déterminé.

- Je sais, soupira-t-il en affichant un petit sourire. Je le sais bien.

- Kumamori a voulu une preuve de mon engagement, articulai-je lentement. Je n'étais pas en position de refuser.

- 'tain..., cracha Suigetsu. T'as le don pour te mettre dans la merde, toi !

- Ce n'est pas ma faute !, m'offusquai-je.

- Non, c'est la faute à ton joli minois, dit mon ami en pinçant ma joue. Et ça, t'y peux rien.

Je me sentis rougir et fit mine de le repousser d'un geste irrité.

- Tu m'étonnes que t'aies craqué, déplora Suigetsu. Je suis pas un expert en psycho, mais après ce que t'as vécu, c'était pas la chose à faire...

Je gardai les yeux fixés sur mes bandages, encore choquée du traitement que j'avais moi-même infligé à mon corps. Suigetsu respecta ma réflexion en adoptant un silence religieux.

- Zaku est au courant, lâchai-je soudain.

- Comment ça ?

- Orochimaru lui a dit.

- Et ?

- Et il va tout faire pour que ça arrive jusqu'aux oreilles de Sasuke.

- Non...

- Si.

Je levai les yeux et ricanai.

- Sachant ce qu'il s'était passé avec Kumamori, ce con a cru que ça lui donnait tous les droits sur moi. Tu le crois si je te dis qu'il m'a offert de garder le secret si je couchais avec lui ?

- Puisqu'on parle de Zaku, je te crois.

Silence à nouveau.

- Tu as accepté ?, demanda Suigetsu d'un ton léger.

- Non.

- Bien.

La conversation se limitait au strict nécessaire, mais elle me faisait un bien fou. Suigetsu me demanda alors plus de détails sur les éléments déclencheurs de ma crise et je lui fis part du peu dont je me souvenais. Du vent sur ma peau. Du soleil, de la chaleur. Puis je lâchai l'information, celle que je gardais au fond de moi depuis deux longs mois, celle qui me rongeait et qui n'était sans doute pas étrangère à ma soudaine folie.

- Deidara et Hidan sont en vie.

Alors, ce fut la surprise. Tandis que je m'attendais à le voir rire, à l'entendre dire que c'était impossible et que décidément je devenais folle, rien de tout cela n'arriva. Suigetsu ouvrit la bouche, puis la referma. Son visage s'assombrit et sa mâchoire se serra. Puis, hop, il détourna les yeux.

- Tu le savais, devinai-je en sentant des sueurs froides m'envahir.

Si Suigetsu le savait, cela signifiait qu'il les avait vu. S'il les avait vu, cela confirmait une chose : ils étaient à Konoha. La panique m'envahit et je sautai hors de mon lit. Sans m'en rendre compte, je commençai énergiquement à me gratter les bras. Suigetsu se leva et plaça ces mains comme pour me faire barrage.

- Non, non, non, balbutiai-je. Ils sont là, pas vrai ? Je t'ai dis qu'ils venaient me chercher. Ils vont venir et ils vont recommencer, ils vont recommencer...

- Calme-toi, Sakura, dit Suigetsu en s'approchant doucement. Ils ne sont pas là, tu les vois quelque part ?

Je hochai en signe de dénégation, mais mon regard les cherchait. Chaque recoin, chaque tiroir constituaient des endroits potentiels d'où je pouvais les voir surgir. Les yeux écarquillés d'horreur, je continuais de me gratter comme si cela pouvait me protéger d'une quelconque façon.

- Laisse-moi !, hurlai-je lorsque Suigetsu arriva à mon niveau.

- Non, je ne te laisserai pas, dit-il avec une infinie douceur. Je vais te protéger d'eux, d'accord ?

Il ouvrit ses bras et n'avança plus. Tremblante, j'observai cet espace de confort et de sécurité qu'il me proposait. Et je finis par m'y précipiter, en larmes. Il m'enveloppa de sa chaleur et caressa mes cheveux en murmurant des paroles rassurantes.

- Ils ne te toucheront pas..., disait-il lorsque deux infirmières, attirées par le bruit de mes pleurs et de mes cris, entrèrent dans la pièce.

Quelque chose piqua mon bras, puis tout disparut dans les ténèbres.

Lorsque je me réveillai, c'était l'aube. Ma mère dormait dans le fauteuil en face de moi. Pas de trace de Suigetsu. Il devait être rentré chez lui, ou peut être qu'Orochimaru l'avait appelé au repaire. Je m'apprêtais à m'étirer, mais je constatai que mes bras étaient attachés à mon lit. Sérieusement ? J'étais officiellement entrée dans le club des folles.
L'instinct maternel est plein de mystères. Inconsciemment alertée de mon réveil, ma mère ouvrit les yeux à son tour. Nos regards se croisèrent et, sans le moindre signe annonciateur, elle fondit en larmes. Elle se leva pour venir me rejoindre et embrassa mon front du bout des lèvres.

- Comment vas-tu ?, demanda-t-elle tout bas.

- Ça va, répondis-je machinalement.

- Les médecins veulent te garder à l'hôpital, me confia-t-elle.

Mauvaise nouvelle.

- Combien de temps ?, demandai-je avec appréhension.

- D'après le psychiatre, un mois pour commencer, répondit-elle en essuyant ses larmes.

J'eus l'impression de recevoir un coup de poing en pleine figure.

- Un mois ?, m'exclamai-je en me sentant en proie à une montée de stress. Ce n'est pas possible, je ne peux pas rester un mois, j'ai des choses à faire, très importantes, je ne peux pas...

Ma mère caressa mon front et mes joues en souriant tristement.

- Cela attendra, dit-elle tendrement. Tu dois d'abord te soigner.

- Non !, m'emportai-je en voyant tous mes espoirs s'envoler. Non, tu entends ! Je ne peux pas passer un mois dans un foutu hôpital ! Je dois sortir, tout de suite ! Il faut que je sorte !

Je me débattis dans l'espoir de faire céder les liens qui me retenaient prisonnière, sans succès. Ma mère recula d'un pas, la main sur la bouche, des larmes plein les yeux. L'image qu'elle me renvoya me fit mal. Je vis combien elle avait peur, je vis combien je lui faisais pitié.

- Tu ne comprends pas !, m'écriai-je avec colère. Tu ne comprends rien, il faut que je sorte !

Encore une fois, une infirmière pénétra dans la pièce, une seringue à la main. Elle rassura ma mère et se dirigea vers moi.

- Non, ne m'endormez pas, je ne peux pas rester ici plus longtemps !, hurlai-je en me débattant toujours plus. Gardez moi deux jours, trois, une semaine si vous voulez ! Mais je ne peux pas rester un mois, je dois...

Le sommeil m'emporta.

Une semaine plus tard, j'avais appris à ne plus chercher à m'enfuir. Tout le monde se montrait un peu paranoïaque, prêt à mettre le moindre accès de colère sur le dos de ce prétendu stress post-traumatique. Dès que je haussais le ton, c'était piqûre et retour au dodo. J'avais donc rapidement compris qu'il valait mieux me taire, et attendre.
Le traitement était composé de médicaments – des neuroleptiques qui transformaient mon cerveau en purée – et d'une séance quotidienne avec un psychiatre. Le pauvre n'était pas aidé avec moi. Je me bornais au silence lorsqu'il était là et, s'il avait le malheur d'engager la conversation sur mon viol, je piquais une crise.
Il m'arrivait souvent de me réveiller en pleine nuit en sueur, hurlant de toutes mes forces, le corps rongé par un vif sentiment d'horreur. Parfois, les crises se manifestaient en journée, mais c'était plus rare. J'étais moi-même secouée par ce qu'il m'arrivait car j'étais incapable de trouver la vanne qui me permettrait de gérer ces poussées d'angoisse. Je les attendais donc avec appréhension ce qui, d'après le psychiatre, n'était pas la bonne attitude.

- Vous ne devez pas vous demander quand elles vont arriver, mais pourquoi, m'avait-il conseillé.

Ce à quoi j'avais répondu par un haussement d'épaules. S'il cela ne tenait qu'à moi, je lui aurais tout raconté. Je savais que cela pouvait m'aider. Malheureusement, c'était impossible.
Une fois seulement, il avait fait référence à ma vie sexuelle. Il m'avait demandé si j'avais un petit ami. Je lui avais répondu que c'était compliqué et il avait voulu savoir si j'étais avec lui le jour où les crises avaient débuté. Je lui assurai que non, ce qui parut le contrarier. Avec délicatesse, il m'expliqua que les examens avaient révélé que j'avais eu des rapports avec un homme ce jour-là. Quelqu'un m'avait-il imposée cette relation ? Cette question avait donné lieu à une explosion de cris sans commune mesure. On m'avait endormie, et le sujet n'était pas revenu sur le tapis.

Ce jour-là, j'observais le monde à travers ma fenêtre, ce qui était à peu près ma seule occupation lorsqu'on ne cherchait pas à m'abrutir avec des médicaments ou à me poser des questions délirantes. Je regardai les oiseaux voler en jalousant leur liberté et leur insouciance. J'écoutais la sirène des ambulances et je songeai à ces gens qui, peut être, venaient de perdre un proche. Cet exercice me permettait de relativiser. Je prenais conscience que certaines personnes étaient plus à plaindre que moi. Dans un sens, cela me faisait du bien.
Soudain, on frappa à ma porte. Je me tournai, étonnée. Seule ma mère me rendait visite, et elle ne frappait jamais. Les médecins non plus, puisqu'en général ils venaient pour m'administrer un calmant. Mais le visage que j'aperçus à l'entrée m'apporta beaucoup plus de réconfort et d'apaisement qu'une dizaine de neuroleptiques.

- Salut, toi, dit Naruto en s'approchant.

Je me transformai instantanément en fontaine. Les larmes jaillirent de mes yeux tandis qu'il prenait place à côté de moi. Je ne dis rien, me contentant de le regarder, comme si je n'y croyais pas. Puis j'attrapai sa main et la serrai, fort.

- Tu es vraiment là..., sanglotai-je tout en riant à demi.

- Oui, je ne suis pas une hallucination, dit-il, goguenard.

Je ris doucement, bercée par la chaleur de sa voix. Cela faisait plus d'un an qu'il m'avait laissée, un an que je me languissais de sa présence. A présent que je l'avais sous les yeux, je ne comprenais pas comment j'avais pu me passer de lui aussi longtemps.

- Tu ne m'en veux plus ?, demandai-je en le regardant dans les yeux.

- J'ai mal agi en t'abandonnant comme ça, répondit-il d'un air gêné. Je n'aurais jamais dû te dire toutes ces choses, tu n'avais pas besoin de ça, je suis désolé. Vraiment.

- Non, tu avais raison, niai-je en hochant la tête. C'est moi qui aurait dû tout te dire dès le départ. Tu avais le droit de savoir. Je...

- Eh, ne parle pas de ça maintenant, ça attendra, dit-il en caressant mes cheveux. On doit d'abord te remettre sur pieds.

- Non, ça ne peut pas attendre !, fis-je avec empressement.

Il se raidit et me regarda avec inquiétude. De toute évidence, les médecins l'avait prévenu. Lui aussi était sur le qui-vive, prêt à interpréter le premier signe d'irritation comme un début de crise.

- Ce n'est rien, le rassurai-je. C'est juste que personne ne veut m'écouter alors je suis un peu sur les nerfs. Écoute, je dois sortir d'ici au plus vite.

- Tu es en sécurité ici, Sakura, inutile de t'enfuir, me dit calmement mon meilleur ami.

- Je le sais bien que je suis en sécurité, soupirai-je en levant les yeux au ciel, lassée. Tout le monde ne cesse de me répéter que je suis en sécurité. C'est bien ça le problème, je ne veux pas être en sécurité. Je dois sortir, c'est indispensable ! Je dois absolument accomplir quelque chose d'ici trois semaines, sinon un vieux dégueulasse viendra me récupérer et m'emmènera avec lui à Kumo ! Vous ne me reverrez plus, ce sera terminé !

Naruto me regardait avec un mélange de tristesse et de colère. Mais ce n'était pas moi qu'il voyait. Ce regard qu'il posait sur moi, il m'était inconnu. Il me regardait comme s'il ne me connaissait pas.

- Tu délires..., dit-il. Je vais appeler un médecin avant que...

- Non !, le coupai-je en serrant sa main. Naruto, tout le monde croit que je suis folle, et peut être le suis-je devenue un petit peu, mais je te dis la vérité ! Il y a tellement de choses que tu ne sais pas... Tellement de choses que je t'ai caché, que j'ai caché à ma mère ! C'est ma faute, si je t'avais tenu au courant, peut être que tu ne me regarderais pas avec ces yeux-là. Peut être que je l'ai mérité.

Je soupirai en lâchant sa main. Naruto baissa les yeux et contempla mes bras. Les médecins avaient retiré les bandages la veille, les blessures s'étaient refermées mais ce n'était toujours pas beau à voir. Je savais que j'en garderais les marques toute ma vie. Naruto passa ses doigts à la surface de ma peau et je frissonnai.

- Ça te fait mal ?, demanda-t-il en levant les yeux vers moi.

- Non, dis-je.

Simplement, personne ne m'avait touchée ainsi depuis... Non, je ne devais pas y penser. Respirer à fond, voilà ce que je devais faire. Simplement respirer. Je n'avais pas de raison d'avoir peur. C'était Naruto, il était comme mon frère, jamais il ne me ferait le moindre mal. Je pris une profonde inspiration et sentit que la peur disparaissait peu à peu.

- Qu'est-ce qui t'a pris de faire ça... ?, murmura Naruto sans que la question me fut adressée directement.

- J'ai craqué, répondis-je néanmoins. Mais je ne peux pas commencer mon histoire par la fin.

- Sakura, je ne veux pas de ton histoire, dit-il en secouant la tête. J'ai confiance en toi mais... Là, tout de suite, je ne sais même pas si c'est vraiment toi.

- Tu as confiance, vraiment ?, l'interrogeai-je. Alors tu dois me laisser une chance de te dire la vérité. Et si tu ne peux pas croire une folle, alors peut être croiras-tu un sain d'esprit.

Il garda le silence mais je lus sur son visage que j'avais éveillé son intérêt. On m'avait confisqué mon téléphone, je ne pouvais donc joindre personne et, surtout, je ne pouvais pas joindre Suigetsu sans qui je ne pourrais jamais sortir de cet hôpital. J'avais passé les derniers jours à espérer qu'il me rende visite, en vain. Il avait peut-être jugé préférable de me laisser tranquille. Pourtant, j'avais désespérément besoin de lui. Il fallait que Naruto aille le chercher. Mais comment l'en convaincre ?

- Il faut que tu ailles voir celui auprès de qui tout à commencé, dis-je calmement. Il pourra confirmer mon histoire, alors tu seras bien obligé d'y croire. S'il te plait ?

- Attends, qui est-ce que je dois aller chercher ?, s'enquit Naruto avec prudence.

- Suigetsu, répondis-je aussitôt.

A en juger par son expression, il ne s'attendait pas à cela.

- Qu'est-ce que vient faire Suigetsu là-dedans ?, s'étonna-t-il d'un ton dubitatif.

- Beaucoup de choses, assurai-je. Naruto, tu n'as pas idée de ce qu'il s'est passé, ni cette année, ni l'année dernière. C'est pour ça que je ne cessais de te répéter que tu ne pouvais pas comprendre. Ce n'était pas contre toi. Va chercher Suigetsu, et tu comprendras.

- Sakura, je ne peux pas débarquer chez les gens comme ça parce que tu me l'as demandé, rétorqua-t-il.

- Tu penses que je mens, conclus-je, vexée. Tu penses vraiment que je suis folle.

Si Naruto lui-même n'accordait plus le moindre crédit à mes paroles, qu'allais-je devenir ? Je pensais que lui, au moins, m'accorderait le bénéfice du doute. Visiblement, je m'étais trompée.

- Je pense que tu déformes la vérité, même si tout cela te semble vrai, à toi, répondit-il avec diplomatie. Les médecins ont dit que...

- Oublie ce que les médecins ont dit !, m'écriai-je avec colère. Je suis ton amie, non ? Tu fait confiance à ces types, que tu ne connais pas, plus qu'à moi ? Sous prétexte que ce sont des médecins ? Tu dois me croire !

Et voilà, j'avais crié trop fort. On entra, seringue en main. Je soupirai.

- Franchement, je n'ai pas besoin de piqûre !, m'énervai-je. On ne peut pas discuter tranquillement dans ce putain d'hôpital ?

L'infirmière demanda à Naruto de se pousser, ce qu'il fit sans me lâcher des yeux.

- Va chercher Suigetsu..., eus-je le temps de murmurer avant de m'endormir.