The angel you love, the angel you hate - Eilera
Personnages : Hao et Jeanne
Rating : T (pour tripotage et coups bas pas très innocents)
Une petite collection de drabbles et de textes sur Hao et Jeanne. Un peu tous les genres.
J'aime les drabbles. C'est court, ramassé, pointu, efficace, un peu comme les haïkus. J'aime cette limite de mots, parce qu'elle me permet de me mettre au défi et en même temps de condenser le texte. Il faut s'en tenir à cent mots, du coup, on écrit et on recoupe après. C'est une forme qui permet de réduire au maximum, d'éliminer toutes les fioritures inutiles et de ne garder que l'idée principale. Bref. Vous êtes pas là pour m'écouter philosopher.
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Quand Jeanne le fusille du regard, ses yeux prennent une teinte de violence qu'il est le seul à pouvoir faire naître. Ce sont comme des morceaux de lave, des rubis ruisselants de sang, des pampres rosés qui s'allument dans ce regard paré de mille feux : pourpres, violets, carmins, vermillons, ocre. Mais jamais cette colère ne l'atteint.
Quand Hao la regarde, c'est toujours avec douceur. Elle seule a le pouvoir d'éteindre la flamme haineuse de ses yeux, flamboyante, lustrée, ondoyante, éclatante. Mais jamais cette tendresse ne l'atteint.
Ils sont de feu : lui est l'air qui l'attise et elle, l'eau qui l'éteint.
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Jeanne fixe la cheminée éteinte. L'âtre est vide : il ne reste que cendres grises du feu qui y brûlait la veille. Elle revoit les hautes flammes qui la nuit durant ont veillé sur son sommeil. A les contempler, elle s'est endormie : le feu est une danse lancinante dont jamais elle ne se lasse et, quoique honteuse d'admirer ainsi le symbole du Mal, de son ennemi, elle ne l'en dévore pas moins du regard chaque soir.
Jamais elle ne l'avouerait mais parfois, elle croit y voir s'esquisser l'horrible et beau visage de Hao. Beauté fatale, à laquelle elle n'aura jamais droit.
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Jeanne se glisse hors du bateau et se laisse couler silencieusement dans l'océan.
Elle aime la mer : ça lui rappelle le Mont Saint-Michel. A l'époque, elle n'avait pas le droit de se baigner. Surtout le soir, surtout seule, et surtout nue. Maintenant, elle en profite.
Soudain, elle sursaute.
Il y a un garçon sur la plage.
LE garçon.
Horrifiée, Jeanne se tapit derrière la coque pour attendre qu'il parte.
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Hao s'installe avec satisfaction sur le sable. Il est prêt à rester là toute la nuit rien que pour l'embarrasser. Et aussi pour le plaisir des yeux.
Qui craquera le premier ?
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Suite du précédent
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Battant des jambes derrière l'amarre, Jeanne rougit, honteuse. Elle sent son regard glisser sur elle, elle sait qu'il peut rester longtemps, qu'il fait ça pour l'embêter.
Elle serre les poings dans l'eau, elle le déteste.
Mais elle finit par avoir froid.
Et elle cède.
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Lentement, elle émerge, se dresse au-dessus des vagues, nue, ruisselante.
Elle marche sur lui, le défie. Elle n'a rien à perdre. Ils se regardent.
Elle oublie sa pudeur. Sa nudité aussi. Sans peur, elle est aussi assurée que si elle portait son armure. Lui tournant le dos, elle rentre, satisfaite.
Hao la contemple et repart. Déçu.
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La première fois qu'il a entendu parler d'elle, Hao a simplement haussé les sourcils. Bon. Si cette fille est aussi puissante qu'on le dit, elle aura sa place dans son royaume.
Et puis, il s'est vite rendu compte que ça n'arrivera jamais. Rien que par principe, elle refuserait une gourde d'eau dans le désert, si c'était lui qui la lui offrait.
Il s'est aussitôt désintéressé d'elle. Elle est si petite. Une poussière sur son chemin.
Hao continue de penser qu'elle n'en vaut pas la peine. Alors, qu'il continue aussi de penser à elle n'est pas normal. Pas normal du tout.
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- Attention, je vais révéler le nom de la fille dont tu es amoureux.
Hao s'amuse. Horo Horo, lui s'étrangle sous les regards narquois des autres. Personne n'insiste pour connaître ce fameux nom. Dommage... Mais peut-être qu'ils savent déjà, après tout.
Hao ne comprend pas bien ce qu'on trouve à l'Iron Maiden, avec ses bigoteries et ses clous partout. Lui, il la trouve bizarre, malsaine. Certes, elle fascine, mais pour lui, c'est surtout une gamine un peu folle, entourée de fanatiques.
Alors, pourquoi prend-il un tel plaisir à terrifier Horo Horo ? Pourquoi penser que l'Aïnu en pince pour Jeanne l'énerve-t-il tant ?
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Yoh est seul au Fumbari quand soudain, la porte claque.
Il reconnaît alors les voix de Jeanne et de Hao. Depuis quand ces deux-là traînent-ils ensemble ?
- Y a personne, constate Jeanne. Tiens un mot. Ils sont en ballade.
- De retour à seize heures, lit Hao.
Regards qui convergent vers la pendule.
- Deux heures.
Yoh va se manifester, quand soudain Jeanne se jette sur Hao, Hao la plaque contre le mur, tous deux s'embrassent voracement.
Passé le premier choc, Yoh recule et ferme sa porte. Puis sa bouche. Ensuite, il met son casque et monte le volume à fond.
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Hao sait qui elle va rejoindre chaque soir, mais par chance, lui aussi a les cheveux longs. Leurs chambres se ressemblent toutes et celle de Ren n'est pas loin. Il ne pourra pas l'abuser toute une nuit, mais il peut modifier suffisamment son apparence pour prendre la place de l'amant jalousé.
Allongé dans le noir, il attend. La porte s'ouvre, son odeur fraîche. Contre lui elle se glisse et se love, il l'enlace furieusement. Profitons, elle n'a encore rien vu, ça ne durera pas. Ensuite, le prix : une gifle outrée et la honte d'être chassé. Mais pour l'heure, goûtons l'instant.
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Dès que Jeanne se glisse entre les draps, elle sent bien que quelque chose ne va pas. Elle ne reconnaît pas ces bras, ni ce souffle avide. La ressemblance est grande, mais cette bouche qui la cueille, cette senteur boisée, cette peau trop parfaite, rien de cela ne ressemble à Ren. Son cœur bondit lorsqu'elle devine. Hao. Son premier geste est de frapper, mordre, crier. Le second est d'hésiter. Rien ne l'oblige à l'avoir reconnu tout de suite. Personne ne saura. Et elle, elle pourra profiter... Elle attend. Encore.
Elle goûte l'instant, auprès du seul homme qu'elle ne pouvait choisir.
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Jeanne sait qu'il ne bougera pas. Elle sourit, avance, tend la main, s'amuse. Elle effleure sa peau d'un doigt, presque sans le toucher, et rit de le voir enrager. Il ne s'est sans doute jamais senti aussi vivant qu'en ce moment, ligoté à ce poteau, dans cette tente. Savourant son regard brûlant, regard qui n'a cessé de la dévorer depuis qu'elle l'a vu, Jeanne pose un baiser sur sa joue. Elle laisse errer sa bouche sur la sienne, sur son menton, son cou, ses épaules et son ventre.
- Demain, dit-elle, tu seras exécuté.
Et elle le laisse se consumer.
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Je n'ai pas réussi à raccourcir celui-ci suffisamment : c'est encore un drabble bâtard en 150 mots.
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Agenouillée sur son prie-dieu, couronnée de blanc, Jeanne se fond dans le paysage austère de l'église. Hao, derrière elle, contemple un instant le tableau formé par la sainte en prières, l'harmonie de sa chevelure qui cascade, avant de s'approcher lentement.
Elle ne remarque sa présence que lorsqu'il s'agenouille près d'elle.
- Que fais-tu ici ? chuchote-t-elle, son front blanc plissé de contrariété.
- Je prie, raille Hao, ça ne se voit pas ?
- Arrête de me suivre.
- Tu t'imagines des choses, petite fille.
Jeanne fulmine. Blasphémateur, corrupteur, sale type, les insultes se bousculent dans sa tête. Mais elle refuse de se mettre en colère dans une église.
- Après tout, fais ce que tu veux je m'en moque, finit-elle par dire.
Et de retourner à ses grâces.
Hao cesse de rire, se relève et part.
Ça fait des jours qu'il essaye de la tuer. Mais il n'arrive toujours pas à se décider.
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Jeanne masque sa tristesse derrière un sourire d'ange.
Bien sûr, elle assiste au match. Sans Iron Maiden. X-III contre Hoshigumi.
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Son cœur bat : ils savent qu'ils vont mourir et ils sont sublimes. Des martyrs dans l'arène. Jeanne les admire. Elle voudrait tant le leur dire.
Trop tard.
Les flammes les réduisent en cendres.
Ravagée, silencieuse, Jeanne ravale sa peine. Elle savait qu'ils n'avaient aucune chance mais le choc demeure. Sa haine redouble.
En bas, Hao la fixe. Insolent.
Puis ses yeux se détournent et blessent Jeanne à jamais.
Ce qu'elle y a vu, c'est ce qui la tue.
De l'indifférence.
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