Posté le : 6 Septembre 2011. Whole Lotta Love. Le bordel dans les synapses… Ha ouh ho !

Reposté exceptionnellement le : 10 Septembre 2011 - cause : bug pour la plupart des utilisateurs. Je tenais aussi à dire qu'en ce moment j'avais énormément de choses à régler, donc la suite arrivera à son rythme. J'ignore encore quand, mais ça viendra.


VALERIE + LUNA = ?

Note : Il m'est arrivé un tas de trucs du haut de Tibet spirituel. Mmh, ouais j'abrège les détails mais il y a eu du bon et du mauvais. Le bon m'a tiré du mauvais et le mauvais m'a empêché de faire du bon. Finalement, as usual, la musique m'a sauvée. Parce que elle c'est pas une pétasse qui t'abandonne pour du chipotage. Elle est là et tient la route. Tu peux l'emmener dans ton sac à main, tu peux l'écouter dans ta chaîne-hifi, sur ton notebook à la con. Ouais, une superbe amie. La meilleure - après Angélique. Ensuite, la fac de merde avec son organisation digne d'un attroupement de macaques en chaleur. Pis ne pas trouver la chanson idéale pour le chapitre de Baba (ça m'a bien gonfler soit disant en passant). Ne pas avoir de nouvelles de l'homme qu'on aime. Bref, faire une croix sur le passé et avancer, toujours. Dans ces cas-là, quand vous êtes tout en bas, qu'est-ce que vous vous dites ? Pour ma part, j'applique ma religion : On a déjà trop à faire pour se soucier des désagréments. The Show must go on.

JE FAIS DE LA BOUILLIE POUR MES PETITS COCHONS !

Post-It : Je vous remercie tous pour vos reviews dites anonymes. Chaussette (tu m'as trop remonté le moral, si seulement tu savais… Merci à toi.), Rosefane (Je sais que la relation Blaise et Harry est un peu ambigüe mais que veux-tu), SamaireLaBiche (Ma Bichette Corse, faut qu'on se revoit prochainement. Y'a pas moyen. En plus je me suis achetée le même collant bleu que toi ! Dis, tu crois que Paris nous attend ? J'entends son cœur pulser ! Moi, présidente ? Mon mouvement serait le Front de Libération des Sexes dans les Futals (ouais, le FLSF). On aurait des jours de baise obligatoires comme dans 1984 et on devra crier mon prénom lors de la jouissance (en bonne dictatrice). Faut qu'on parte à la chasse aux Blaise. Je crois qu'avec cette fic, j'ai révélé l'inconscient collectif fantasmant ouvertement sur les grands noirs musclés * bave *. Que cela soit les gays endurcis (et j'ai pas dit « durcis ») ou la ménagère coincée derrière son évier ou des lemoneuses addicts comme nous, on a tous beaucoup de respect pour les abdominaux des Blaise… * aboie comme un bichon *), La9Chica9Loca9 (Wow, compliqué ton pseudo, tss. Merci de ton p'tit commentaire, hihi. J'ai rougis, huhu), Dachi (Ah ouais ? T'en as rien à botter de la vie de Blaise Zabini ? Mais moi je l'adore donc je fais ce que je veux dans ma fic ! * tire la langue * si t'aime pas, prend ton mal en patience… Non, ne t'en fais pas ma loutre, je n'oublies pas que j'écris un Drarry - manquait plus que ça. J'espère que ça continuera de te plaire, hein), Miruru (Ouais, c'est une référence implicite à une chance, good job. A très vite en tout cas)

~ Dédicace: Un chapitre pour ma merveilleuse meilleure amie, Lula's Lullaby, ma Angélique.

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Baba O'Riley

Single 36 : « Lullaby »


''Lullaby''- One Republic. 2009. Piste de 4 min 37. Lent. Magistral. Murmurant. Bluesy. Scratch. La claque. Contemporain. Les yeux rivés vers le passé. La crainte de l'avenir incertain. Et ce présent beau avec ses couleurs si troubles… Une si belle berceuse.

Days feel hard earned,

Night grows longer,

Summer says it's goodbye,

And darkness covers,

We find shelter

Our own place to hide

« Quand on regarde des photos, nous sommes constamment partagé entre euphorie, tristesse, mélancolie et remord. Pourtant, parmi les phrases innombrables que nous aurions pu dire, une seule franchie la barrière de nos lèvres : ''Qu'est-ce que je suis moche là-dessus !'' », F.M. (sans prétention aucune)

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Il est quatre heures et sept minutes du matin et Draco Malefoy ne trouve toujours pas le sommeil.

Il est allongé, un bras coincé sous la nuque, auprès de Harry. Ce dernier respire paisiblement, étendu sur le côté. Des mèches brunes tombent sur ses yeux et même si à présent il a tout d'un ange endormi, le lendemain matin, il aurait une mine affreuse.

Draco se tourne de son côté et l'observe longuement. Un goût amer est coincé au creux de sa gorge. Il a fait un mauvais rêve dans lequel on lui annonçait qu'Harry était mort.

Il n'arrive plus à dormir. Ça le hante. Draco est le mieux placé pour savoir que la vie se joue sur un fil.

Il a les yeux humides en repensant à son cauchemar. Une angoisse sans nom l'avait pris. Il s'était étouffé, à moitié endormi. Il suffoquait et s'était retrouvé coincé dans ce monde à la fois illusoire et si proche de la réalité.

Sans conteste, Draco a eut très peur. Très peur de se réveiller auprès d'un cadavre. Harry n'a pas le droit de le laisser tomber… Mais ce n'était qu'un rêve, alors pourquoi s'en inquiéter ? Tout le monde fait des rêves. Draco ignore la raison profonde qui le pousse à penser à des choses aussi morbides.

Après tout, ils sortaient du mariage de Ron et Hermione, s'étaient tous les deux bien amusés, avaient beaucoup mangé et dansé. Que demander de plus ? Juste cette saloperie d'appréhension qui dit que tout peut foutre le camp.

Le bonheur enseigné comme dans notre société semble être quelque chose d'inatteignable. Dans certaines, c'est un moment d'extase, la plénitude, l'ataraxie.

Mais en réalité, le bonheur, on le construit soi-même à force de courage, de persévérance et de bonnes intentions. Il ne vient pas tout seul et ne touche pas les gens au hasard, à l'aveuglette. Non, le bonheur tombe sur celui qui le provoque. Draco s'était assis dessus de nombreuses années et ne se sentait pas prêt à y renoncer…

Le malheur avait décidé de s'installer dans son existence après ses années lycée. Vous savez, ce moment où on vous annonce tout sourire que vous êtes désormais adulte et que vous devez vous assumer en conséquence. Eh bien, Draco l'avait très mal vécu. Trop, même.

Il s'était senti très seul et désemparé. Blaise était dans une NBC. Théodore étudiait il-ne-savait-plus-trop-quoi. Et lui, Draco, était dans cette école mondialement réputée. Oh, il ne l'avait jamais voulu. Mais ses amis l'enviaient. Tout le monde pensait qu'il avait triché pour en arriver là. Mais non, c'était juste le karma. Et à quoi bon réussir dans la vie si on avait nulle personne pour partager ses succès ?

Draco avait tenté de conserver sa bonne humeur. L'université, ce n'était pas les plus belles années de sa vie. Il en était terriblement conscient.

Une mutation s'effectuait en lui. Draco sentait ses entrailles grouiller. Un mal le rongeait. Il ne savait pas encore pourquoi ni comment, mais parfois, il ne se reconnaissait plus. Il était moins fort. Ce changement l'affaiblissait. Il se traînait tous les matins hors de son lit, il se disait qu'il aimait ses études, que c'était passionnant.

Mais il ne se sentait pas vivant. Il ne disait rien à personne. De toute manière, comment l'expliquer ? Comment mettre des mots justes sur son ressenti ?

L'université c'était être seul au milieu de centaines de personnes. Brasser de l'air et se croire érudit. Se branler sur son verbiage et son plumage. Etudier plein de notions plus floues les unes que les autres et les ressortir dans des dissertations. Ne pas savoir quoi partager avec son voisin. Le malaise. La nausée. L'envie de partir mais continuer quand même.

Parce que si Draco ne s'était pas levé tous les matins, il aurait dépéri dans son lit. En fait, il n'avait plus d'amis. Quitter Londres, le pensionnat, Blaise et Théodore l'avait isolé. Il leur en voulait de suivre leur petit bonhomme de chemin sans le contacter.

Même au jour d'aujourd'hui, il leur en voulait encore : les amis ne devraient jamais se séparer. Mais la réalité des choses font que ce n'est pas toujours ainsi… Draco avait été pris d'angoisse à l'idée que ses amis se retrouvent constamment et lui était là, à part, à se ronger le sang pour un examen.

Il avait vécu cette métamorphose seul et s'en était tiré comme un chef. Ça lui avait pris du temps. Il avait encore une démarche hésitante. Mais il pouvait être sûr d'être devenu quelqu'un d'hors-norme, quelqu'un qu'on ne croisait pas à tous les coins de rue. Il était fier de lui. Était-ce de l'orgueil ? Bien sûr que oui ! Qui ne bomberait pas le torse à sa place ?

Trouver son identité est le combat le plus ardu que l'être humain ne fera jamais. Il aura beau vouloir atterrir sur la lune, explorer les profondeurs de la Terre et sombrer dans la mer, le plus beau trésor sommeillait en lui. Et l'atteindre signifiait qu'on était le plus grand chercheur d'or de toute cette foutue planète. À dix-huit ans et demi, Draco Malefoy s'était trouvé dans la douleur, la solitude et le froid de l'hiver.

Le déclic s'était fait en rentrant d'un cours s'éternisant la nuit.

Draco n'avait pas senti le vent glacial s'infiltrer sous son pull. Il avait laissé son manteau pendre sur son épaule. Il grillait une cigarette sur le quai de la gare, en attendant son train. Il levait le nez vers le ciel et regardait les étoiles. Draco s'amusait à leur trouver des noms et des histoires. Il avait toujours été nul en astronomie. Quelque chose lui enserrait la gorge. Le goût d'avoir déjà trop vécu. Il sortit de son sac en bandoulière un livre de poésie et commença à lire un poème ou deux.

Le temps passa avec la même cadence - trop rapide et trop lente à la fois.

Draco était là, au milieu, à lire et à se dire ce qu'il mangerait en rentrant chez lui. Il pensa sombrement au commentaire de texte qu'il devrait effectuer. Il savait d'avance que personne ne l'appellerait sur son téléphone portable mais qu'il regardera tout de même - comme un beau névrosé - si son écran affichait « Vous avez reçu un nouveau message ».

Il regarderait un peu les infos, pour se dire qu'il y a pire que la solitude en ce bas monde. Il se lasserait d'entendre des horreurs et ira prendre sa douche. Il lira quelques pages et écoutera de la musique, comme tous ces putains de soir.

L'envie de faire quelque chose de concret l'avait étreint. Il en avait marre des études. Déjà, oui. Parfois, ça semblait vide de sens. Il avait l'impression de réaliser seulement ce qu'on attendait de lui. Et alors ? Alors merde ! Il n'avait que dix-huit ans.

Il avait été seul toute sa chienne de vie. Il n'était pas un gosse ordinaire. En plus de ça, on l'avait violé. Il avait besoin de voir un psy. Il s'était fait plaqué par le mec qu'il aimait. Il n'avait pas un seul pote. Il ne savait pas sourire. Et maintenant, on lui demandait de poser gentiment ses fesses sur une chaise et d'apprendre la leçon ?

La vie ne donne qu'une seule leçon : « Tu ne sais pas quand tu vas crever, alors crève-toi à la tâche »

Draco ne savait pas ce qui avait réellement un sens ou pas. Il avait tout pour être heureux, non ? Il était plutôt belle gueule. On lui avait fait des avances à l'université. Il était excessivement intelligent pour son âge. Il était dans une université merveilleuse. Alors quoi ?

Eh bien voilà, Théodore lui manquait. Blaise aussi - même si ça lui coûtait de le dire.

Il était donc là, sur le quai de sa gare, à fumer sa dernière clope de la journée. Il la jeta dans les rails. Puis, avec curiosité, il se demanda ce que cela ferait s'il jetait son bouquin juste à côté. Il le fit. Le bruit mat du recueil de poésie accompagna celui d'un moteur, au loin.

Draco s'était approché, hypnotisé par l'aspect des rails : les traits, les boulons, les creux, le quadrillage, le gravier au fond, les papiers divers, les canettes mortes, son livre et sa clope…

Tout ça l'attirait. Et il s'avançait. Petit à petit. Il ne voyait que ça. De toute manière, qui y'avait-il d'autre à voir autour de lui ? Au loin, les phares du train l'illumina. Un pas de plus et il ne serait jamais rentrer chez lui. Un pas de plus et il n'aurait jamais connu le bonheur. Un pas de plus et il serait mort…

En fait, Draco, en voyant le train s'arrêter tout doucement, réalisa que depuis bien longtemps il était mort. Il ouvrit les portes et entra à l'intérieur du wagon. Il s'assit, son visage reflétant sa stupeur à la lueur des halos blafards. Il était mort. C'était donc ça ce fameux changement…

Il était en train de mourir sans même s'en apercevoir. Il serra les poings. Et personne ne s'était douté de rien. Il aurait pu mourir là, à dix-huit ans, sous le nez de tout le monde, dans cette gare crasseuse, sans que quiconque ne voit rien du tout.

Le monde s'était depuis très longtemps détourné du malheur. Il l'incarnait dans toute sa splendeur. Ses yeux gris avaient perdu au fil des mois de sa vitalité, de ce petit quelque chose qui le rendait si spécial.

On le lui avait toujours répété : il était un cas à part. Dans le bon comme dans le mauvais sens du terme.

Il était hors-norme et avait voulu être ainsi. Mais à force de chercher le nouveau lui, il avait perdu en cours de route ce qui le constituait. A vouloir trop vive, il avait failli mourir. Draco était passé par l'effarement, le dégoût envers lui-même et les autres, puis l'envie de grandir plus vite que la musique.

Coma de Guns N'Roses avait résonné dans ses oreilles ce soir-là. La nuit de feu. Celle où on réalisait tout.

Draco avait tripoté son collier, se battant avec la furieuse pulsion de se stranguler. C'était assez paradoxal : il voulait vivre et mourir en même temps, ou peut-être voulait-il mourir parce qu'il savait ce que vivre impliquait ?

Enfin bref, le résultat était là : Draco était rentré chez lui, la peur au ventre de faire une nouvelle connerie. Il avait appelé Théodore, des sanglots au bout des lèvres. Il lui avait demandé juste un peu de son temps. Il était prêt à tout lui dire, à lui expliquer pourquoi il était comme ça.

Mais Théodore lui avait gentiment montré qu'il avait changé et beaucoup déçu dernièrement. Théodore ne l'aimait plus. L'avait-il seulement aimé un jour ? Théodore lui avait clairement dit qu'ils ne pourraient plus être amis après ce qui lui avait fait. À l'époque encore, Théo pensait que Draco lui avait volé sa place à l'université.

« Je ne suis pas un mauvais gars », avait-il tenté de se défendre, « C'est juste que personne ne me comprend ». Théodore perdait patience, du haut de ses dix-huit ans. Les sautes d'humeur de Draco, sa mélancolie à tout va, ses crises à vau-l'eau, il en avait marre. Et ce n'était pas le seul. Mais Draco avait juste besoin de se faire soigner, quitte à se faire enfermer.

« Je reviens à Londres pour les vacances. On pourra se voir ? », avait demandé Draco en souriant derrière le combiné. Théodore avait dit non. Excuse bidon. Draco avait eut très mal. Il aurait dû formuler sa requête autrement et dire : « Théodore, j'ai vraiment mal. J'ai besoin de ton aide. Je vais craquer ».

Mais il avait tout gardé au fond de lui. Le naturel était revenu au galop. Il avait raccroché après ce refus. Il avait besoin de réfléchir, seul. Avec un cynisme mordant, Draco avait pensé qu'il aurait pu crever dans sa chambre étudiante dans l'indifférence générale. Personne ne s'intéressait à lui. Ils auraient été embarrassé le jour de son enterrement pour dire quelque mot sur quelqu'un qui refusait de se livrer.

On ne comprenait pas pourquoi Draco tenait tant à garder ses secrets sur ses genoux. On devait s'imaginer que c'était dû à un cruel manque de confiance envers autrui.

Mais si Théodore avait pu savoir à quel point il l'aimait, à quel point il était prêt à tout pour lui… Si c'était des mots que Théodore avait voulu entendre, c'était déjà trop tard. Draco en était strictement incapable.

Draco ne savait que se séquestrer, demeurer dans l'expectative et vivre pour lui. Durant les vacances, il fit un second appel à l'aide. Il demanda à Blaise et Théodore de le rejoindre quelque part, peu importe, dans Londres.

Il était arrivé avec du retard, craignant déjà ce qu'il s'y passerait. Blaise avait un peu grandi. Les joues de Théodore étaient légèrement rougies par ce mois de Février. Ni l'un ni l'autre ne demanda la raison profonde de cette visite. Ils connaissaient suffisamment Draco pour savoir qu'il ne faisait jamais rien sans raison.

Blaise était sur la défensive. Il parlait beaucoup dans ces cas-là. Ça agaçait Draco parce qu'il voulait parler de lui. Rien que lui, quelques minutes, quelques instants, avec ses amis. Était-ce du nombrilisme ? Peut-être bien.

Mais quand on a passé des mois seul au milieu de gens, on a tout un tas de truc à raconter. Théodore rit nerveusement aux blagues que lançait Blaise. Il croyait bien faire. Mais Draco se braqua. Il devint méchant, comme toutes les fois où il ne maîtrisait pas son monde. Caprice ? Sûrement.

C'est l'histoire d'un gars un peu paumé qui va avoir dix-neuf ans, sans personne pour l'aider à traverser le cap. Il se dit à son âge que ça sera impossible pour qui que ce soit de l'aimer un jour. Il ne sait pas ce qu'il se passera après, mais il en a strictement rien à biter. Lui, c'est le présent qui l'intéresse. Il serra les mâchoires en voyant Théodore regarder Blaise si… si quoi ? Draco n'en savait rien. Mais ça le dégoûtait.

Il n'avait pas fait autant de chemin pour passer inaperçu. Alors il joua au mec sûr de lui. Il exigea un café auprès du serveur passant non loin, il écarta les jambes et se gratta les couilles. Il fit le désintéressé en pianotant sur son téléphone portable des messages imaginaires. Il parla d'amis qu'il ne s'était jamais fait.

Blaise et Théodore l'écoutaient. Les yeux de Blaise lui criaient « Salaud. Egoïste. Manipulateur » Draco regardait ailleurs, en général. Il plaçait tous ses espoirs en Théodore. Il pensait que cela suffirait, après toutes les choses qu'il avait faites pour eux.

Ils s'étaient séparés en fin de soirée et rien de spécial ne s'était produit. Tous les trois avaient attendu le déclic mais Draco restait Draco. Beaucoup de grands gestes mais peu de vraies paroles. Il avait pleuré en écoutant Don't Panic de Coldplay un soir, dans la rue.

Parce qu'il avait mis un mot sur son mal : moi. Ce moi haïssable. Draco s'était rendu compte qu'à partir de maintenant, il ne pourrait plus faire marche arrière, qu'il était condamné à rester tel quel. Il avait une personnalité détestable.

Et la panique s'emparait de lui : Il avait déjà perdu trop de personnes. Était-il prêt à sacrifier encore du monde pour rester l'individu qu'il était réellement ? Sa nature d'homme allait lui faire perdre les piliers de son existence.

C'était si simple pour les personnes comme Blaise de se faire des amis. C'était si aisé pour Théodore de lui dire de sortir de ce carcan. Mais lui, Draco, ne pouvait pas. Il était enchaîné à lui-même. L'angoisse. La peur. La trouille de ne jamais trouver chaussure à son pied.

Puis sentir que son monde s'écroule autour de soi quand on s'aperçoit finalement que tout n'a été que vaines illusions.

Le temps s'était joué d'eux et avait parachevé leur séparation, à ce triumvirat. Draco sentait ses parents s'éloigner, aussi. Il ne parlait plus à personne et entamait de douloureux monologues, dans sa tête, pour ne pas paraître plus fou qu'il ne l'est déjà.

À cette époque, donc, Draco s'était rendu compte que tout pouvait se casser la gueule, que le bonheur ne tenait qu'à un fil et que dans les moments de doute, il ne pouvait compter que sur lui-même.

Quelque chose s'était brisé au fond de son âme lorsque Blaise et Théodore ne lui donnèrent plus de nouvelles pour se consacrer à leur start-up. Il s'était senti trahi, abandonné, incompris - aussi.

Draco ne savait pas encore ce que l'avenir lui réservait, ce qu'il verrait dans un an ou dix ans. Il ne savait pas si le présent se finirait sur cette amitié foireuse et foirée. Il ne savait pas si la belle époque était le passé. Mais il avait écrit sa rage à défaut de le leur dire en face ou de l'expliquer à un psy.

Alors, au jour d'aujourd'hui, ça fait mal à Draco d'imaginer - ne serait-ce qu'un instant - le décès d'Harry. Il ne peut pas s'y faire, même en rêve. Parce qu'Harry lui avait apporté la sérénité qu'il avait toujours cherché. Il n'angoissait plus à ses côtés. Il ne se levait pas en se demandant de quoi sa journée serait faite. Il ne ressentait plus le Spleen et toutes ces autres choses. Il vivait au jour le jour, le sourire aux lèvres.

Parfois, il arrivait à Draco de regarder en arrière et d'avoir encore très mal.

« Je m'en fous des autres, si seulement vous saviez… Je dois me préoccuper de mon sort parce que nulle ne le fait pour moi et ce n'est pas prêt d'arriver », s'était répété Draco de nombreuses années. Maintenant, son credo est plutôt : « C'est Harry, puis moi, le reste on verra ». C'était mieux ainsi. Il avait une raison de vivre. Il pouvait être l'homme le plus heureux du monde même si ça avait prit des années.

Ne pas avoir de profondeur aux yeux du monde, sembler vide de l'intérieur, avoir des yeux méchants, avoir des sursauts d'égoïsme ou être dans cet état en permanent, Draco s'en foutait royalement - du moins qu'il y avait quelqu'un sur cette foutue planète pour l'aimer encore, juste un peu.

Ce qu'il n'avait pas aimé chez Théodore l'année de leur dix-neuf ans, c'était cette prétendue sagesse qui dégoulinait dans chacun de ses mots, comme s'il détenait la science infuse : « Tu m'as blessé. Tu ne penses qu'à toi. Y'en a que pour toi. Tu es quelqu'un de superficiel qui ne s'attache qu'aux choses matérielles. Tu dis être un artiste avec la magie mais tu n'y connais rien de ces choses-là… Tu fais ça juste pour te sentir aimer quelques instants. Tu es pitoyable. »

Et alors ? Y'a pas de mal à être pitoyable une fois dans l'année, non ? Eh bien non. Théodore se sentait terriblement propre sur lui. Grand bien lui fasse. Que Dieu le bénisse et tout le tralala.

Mais parfois, Théo devait s'admettre que c'était un ami médiocre, au ras des pâquerettes qui ne comprenait que ce qu'il voulait bien comprendre. Etriqué. Limité…

La même rengaine avec Blaise. Toujours les mêmes reproches. Des petites choses. Des détails superflus : « Ce qui n'a pas d'importance pour toi peut en avoir pour les autres. », avait-il dit. Monsieur montait sur ses grands chevaux l'air de dire : « Ecoute, mon garçon, tu es con. Tu n'y peux rien. On a fait ce qu'on pouvait pour te supporter mais là, ce n'est plus possible. »

Draco détestait quand on lui faisait la leçon ou quand on se croyait meilleur que lui sous prétexte qu'on avait le cœur en bandoulière. Il avait roulé des yeux, incrédule. Il ne lui manquait plus que la barbe du sage. À partir de là, Draco avait commencé à se droguer, pour doper ses performances et passer sa vie sur avance rapide. Il ne le disait à personne. C'était son petit plaisir coupable.

Draco pensait sincèrement que ses soi-disant amis ne le méritaient pas, mais ne cherchaient pas à le comprendre.

Et lui, à côté, ne savait pas comment s'exprimer. Fautes partagées, sans aucun doute. Draco était prêt à l'admettre - à contrecœur, certes, mais l'admettre tout de même. Mais les gens comme Théodore ou même Blaise pensaient avoir raison jusqu'au bout des ongles. Ça c'était insupportable. Les reproches dans un sens, mais jamais des deux.

Draco devint l'homme à abattre. Théodore s'était rangé du côté de Blaise parce qu'il l'aimait, aussi. Sa clairvoyance occultée par ses sentiments déjà trop fort. Et Blaise adore écraser les autres : c'est dans sa nature.

Quelle solution face à ça quand on se retrouve seul, à dix-neuf ans ? Faire de la magie ? Draco n'y croyait plus dans ces cas-là. Sortir ? Sa solitude était aussitôt accentuée en voyant les autres constamment accompagnés. Écrire ? Oui, écrire son ressenti. Écrire à la gueule du monde son trop-plein de sentiments. Et ne plus lire ces mots. Jamais. Les laisser de côté jusqu'à ce qu'arrive une nouvelle ère…

Il est quatre heures et cinquante-trois minutes du matin.

Draco sort du lit tiède. Son regard s'attarde une nouvelle fois sur Harry. Son torse se soulève en une respiration régulière. Draco se prend la tête entre les mains. Une peur sans nom l'envahie et ne semble vouloir le quitter :

Et si, tel Blaise et Théodore il y a des années de ça, Harry se rend compte qu'il ne pouvait pas vivre avec quelqu'un comme Draco ? Et s'il le quittait à son tour ? Ça lui ferait trop mal. Il ne pourra jamais s'en sortir… En plus de ça, Draco était prêt à mettre sa main au feu qu'Harry était la seule personne capable de l'aimer pour ce qu'il était.

S'il s'en allait, sa vie foutait aussi le camp. Point final.

Harry se doutait-il qu'il était capital dans son existence ? Savait-il déjà qu'il l'aimait si fort ?

Draco l'observe quelques minutes supplémentaires. La main d'Harry semble se tendre pour attraper quelque chose. Il murmure un mot ou deux dans son sommeil. Ses paupières papillonnent quelques instants. C'est l'homme de sa vie. Ça fait peur de le réaliser, tout à coup. Ça le fait sourire aussi.

Parce que tout semble plus beau à présent qu'il est là. Pour rien au monde, Draco voudrait retourner à l'année de ses dix-neuf ans. Il est si mieux là, avec lui. Il se dit que la vie est belle à ses côtés.

Son Harry le fait rire. Mourir de rire, même ! Il ne voit pas le temps passer. Il marche en lui tenant la main. Il se sent plus fort. C'est avec lui qu'il a réellement appris qui il était. Draco comprend tout, maintenant. C'est tellement plus clair parce qu'il l'aime.

Draco quitte la chambre à coucher dans le plus grand silence. Il descend les escaliers et allume la machine à café. Il déguste un cappuccino en contemplant la fresque murale de son salon. Le monde est magique.

Mon mec est un putain d'artiste, pense Draco en savourant ces quelques mots.

Il pose sa tasse de café et se dirige vers le cellier où se trouve de la peinture noire et des pinceaux. Sur un mur proche de la fresque, Draco improvise un petit texte qu'il écrit à même le blanc du mur - une impulsion soudaine :

L'effondrement de Sodome, Gomorrhe et Babylone [*]

« La mort lui allait si bien. Il la portait sur lui comme un manteau qui n'avait d'autre dessein que celui d'être sur ses épaules. Ses traits étaient tranquilles, beaux et ceci, pour l'éternité. Il était jeune et ressemblait à une poupée de cire, là, allongé dans son sublime manteau pour le restant de ses jours. Il ne devait pas avoir plus de vingt ans. Il était dans la fleur de l'âge et pourtant, l'automne l'avait fauché et l'hiver l'avait congelé - se chargeant alors de le conserver.

Ses yeux autrefois rieurs étaient figés en une expression d'agréable surprise. Sa bouche était cousue en un sourire innocent. Les bras comme un pharaon, il semblait dormir paisiblement : son âme l'habitait. La mort lui allait si bien qu'on aurait cru qu'il était en vie. Bercé par ses illusions, ses rêves et son amour débordant pour l'univers, il s'était laissé aller jusqu'à d'innommables galaxies. Le Paradis, que ça s'appelait, son idéal bien-pensant. Le petit était doué, voire trop pour son propre bien et sa santé. Il devait à peine avoir vingt ans, mais sur son visage, c'était un vieux loup. Il connaissait la vie, les couleurs, les odeurs…

Mais lui, son rêve, c'était de peindre la mort. Il peignait. Il était artiste à vingt ans. Il était artiste sans le savoir. L'autopsie le révèle grâce aux taches de peinture qui constellaient ses mains quand on a emballé son corps à la fois flasque et raide dans un immense sac. On l'a su à ce regard possédé qui ne partait toujours pas, même les paupières closes. On l'a su pour toutes les toiles qu'il a laissé derrière. Il avait vécu inconnu et était mort connu. Mais ça, il ne l'avait jamais voulu. Ce qu'il voulait, lui, c'était peindre la mort - son chef d'œuvre. Et la belle mort était peinte sur ses traits lorsqu'on vint le trouver.

Dans sa main, un brouillon, un papier froissé, une lettre d'adieu. Il ne parlait pas de sa famille, ses amis, ses amours ou sa muse. Il n'évoqua rien de tout cela. Pas de trace de peinture sur cette lettre d'adieu. Elle sentait son odeur à lui. Juste lui.

Laissez-moi m'envoler.

Il ne s'était pas suicidé parce qu'il avait tout perdu, mais parce qu'il avait tout à y gagner. »

Draco est désormais agenouillé, au pied du mur, le pinceau dégoulinant de noir sur le bas de son pyjama. Il sourit, contemplant son chef d'œuvre à lui - juste quelques mots en plus sur cette foutue planète.

Draco se rend sur la terrasse flottante et jette le contenu restant du pot de peinture dans le lavoir. Il éclabousse les résidus d'eau froide et contemple la Tamise, lisse comme un miroir sous le ciel sombre d'été. Pas un bruit. Pas un chat. Une atmosphère étrange. Si calme par rapport aux rires, aux musiques, aux clameurs du mariage d'Hermione et Ron.

Draco se demande si, quelque part, de l'autre côté de la Manche - par exemple -, un type ou une gonzesse regardait le ciel à la même seconde que lui et se demandait de quoi sa vie serait encore faite. Si cette personne est comme lui, au fond. Draco n'a foutu les pieds en France que quelques fois. Pas de réel souvenir marquant. Mais juste une assez bonne connaissance de la langue de Molière pour pouvoir l'écrire, la chanter, lui rendre ses lettres de noblesse. D'une voix encore un peu endormie et rocailleuse, Draco entame la seule chanson française qu'il connaît par cœur [~] :

J'ai demandé à la lune,

Et le soleil ne laissait pas,

Je lui ai montré mes brûlures,

Et la lune s'est moquée de moi.

Et comme le ciel n'avait pas fier allure,

Et que je ne guérissais pas,

Je me suis dit : « Quelle infortune »

Et la lune s'est moquée de moi.

J'ai demandé à la lune,

Si tu voulais encore de moi,

Elle m'a dit : « J'ai pas l'habitude,

De m'occuper des gars comme ça »

Et toi et moi, on était tellement sûrs,

Et on se disait quelques fois,

Que c'était juste une aventure,

Et que ça ne durerait pas.

Je n'ai pas grand-chose à te dire,

J'ai pas grand-chose pour te faire rire,

Car j'imagine toujours le pire,

Et le meilleur me fait souffrir.

Y'a pas à dire, pense Draco. Juste ça, la lune, des cigarettes et je suis refais.

Et même si les étoiles sont devant ses yeux, dansent sur ses prunelles le souvenir encore vivace de la rancœur, du déchirement, de la rage envers Théodore et Blaise. Quelque chose qui ne s'en allait pas.

Pour expier son trop-plein de sentiments, Draco se rend dans son bureau après être passé à la cuisine se servir un verre de vin rouge. Il fouille un tiroir et y trouve ce qu'il cherchait : un texte écrit à dix-neuf ans. Une chose qui ne leur avait jamais dites parce qu'il savait que nulle ne le comprendrait de la manière dont il le souhaitait.

Mais Draco le garde là, intact, pour se remémorer des choses qu'il ne veut pas oublier. Il lit :

« Les ennuis ont débuté lorsque t'as voulu crever l'abcès.

L'abcès au bord des lèvres. Le truc immonde que tout le monde voit dans la rue, tes amis savent que tu l'as et te saluent par pure et simple hypocrisie. Tu les répugnes déjà mais ils attendent que tu te vois tout seul dans un miroir pour en rire avec toi. Un rire dénué d'humour. Un rire vindicatif. Tu leur demandes de l'aide. Ils appuient sur le bouton sans te ménager, et voilà, la machine est lancée.

C'est ton pugilat, mais ça, tu ne le sais pas. Toi, tu veux juste faire table rase du passé et avancer sur des bases neuves.

Eux, ils veulent te montrer à quel point tu as fauté jusqu'alors et que tu risques de continuer si tu ne les écoutes pas. Dialogue de sourd à la con. Nique avant qu'on te nique. Toi, tu t'es ouvert de ta chrysalide de merde juste pour voir un peu plus loin que ton monde. Ton monde est devenu eux. Puis ils t'ont quitté, donc tu compulses avec. Tu joues le flambeur, celui qui n'a pas peur. Tu fais ta tour de Babel - rien ne semble t'atteindre.

Tu restes là, sur le banc des accusés avec un petit sourire en coin, histoire de dire « Brassez de l'air, bande de couillons ». Mais au fond, t'as les pétoches du verdict. Tu sais qu'il sera sans appel. Parce qu'en face de toi se tient un jury extraordinaire : tes amis. Ils te connaissent si bien, que tu sais être coupable avant même d'ouvrir la bouche.

Du coin de l'œil, tu vois le premier juré glisser des clous dans la main du troisième. Voilà, c'est fait. A la sortie, il n'y aura que la croix qui t'attendra. Tu écoutes, distrait, tous tes chefs d'inculpation.

Toi, tu veux juste sortir de ce cauchemar et aller pisser. Tu lèves le bras en plein plaidoyer. « J'reviens, je vais pisser ». On prend ça pour de l'insolence à l'état pur. On tape du poing. Toi, tu t'en fous. Tu veux juste un peu te ménager. Y'a pas mort d'homme, non ? Jusqu'à la fin, tu restes toi-même. Et tu souris doucement, parce que l'idée te plaît. Tu t'es trouvé : c'est donc l'essentiel.

Le juge te regarde sévèrement : Apparemment, y'a rien de comique là-dedans. T'essaies de te tenir le plus correctement possible, pour faire style. Tu bombes le torse, alors qu'au fond, t'as juste envie de baisser la tête. Tu sais ce que t'es ? Un gamin encore paumé. Tu ne sais pas ce qu'est l'éducation. Personne ne t'en a donné. Tu apprends sur le tas à gérer les relations amicales et amoureuses. Tu es en continuel conflit avec autrui parce qu'il n'est pas suffisamment hors-norme.

Toi, tu aimes les trucs qui vont vite, qui font peur, qui sortent de l'ordinaire. Tu n'aimes pas les gens sages et propres sur eux. Tu as l'impression qu'ils mentent perpétuellement. Surtout à eux-mêmes.

Ils sont gentils. Et dans ta bouche, gentil est le pire des défauts du monde… Parfois, tu ouvres la bouche pour prendre la parole. Mais on te fait taire : ce n'est pas encore ton tour. Tu as envie de dire pardon, pour essayer d'être poli. Mais tu n'as pas à t'excuser de vouloir te défendre face au triumvirat face à toi. Tu l'as déjà fait. Et ta présence ici prouve ta bonne foi. Tu te dis que tu t'es mis seul en position de faiblesse et que cet effort mériterait d'être récompensé.

Tu te retournes et souris à ta seule et unique fan dans toute cette triste histoire. Elle semble prier pour toi et implore le pardon à ta place. Tu l'aimes tant. Tu voudrais que tout soit si simple. Mais non, tu es condamné. Tu en prends conscience minute après seconde, inspiration après expiration.

Tu écoutes le juge énumérer tes chefs d'inculpations un à un : Nombrilisme aigue, Sans profondeur, Vide, Superficiel, Hautain, Branleur, Irrespectueux, Arrogant. La locomotive est en route. Tu entends les sifflements de la mécanique. Tu sues dans ton costume de Perfide. Tu ne sais pas ce qu'il va se passer. Tu ne sais même pas comment te défendre face à cette bourrasque d'accusations. Par humilité, tu voudrais plaider coupable. Mais avec virulence, tu dis le contraire : « Innocent ! Je suis innocent ! »

Ils ne te croient pas. Tu le vois dans leurs yeux. De toute manière, quoi que tu dises, quoi que tu fasses, en entrant dans ce tribunal, tu étais déjà un homme mort. Tes prétentions t'ont flinguées. Tes illusions t'ont baisées.

Maintenant, tu peux toujours aller sucer des bites en Enfer. Ils en auraient toujours rien à cirer. Tu n'es personne pour eux. Juste un nouveau mec traversant la Cour de Justice. Eux, les Sages, ils se croient si nobles, si bons. Alors pourquoi osent-ils faire des mises à mort ? Aiment-ils cela ? Tu n'oses pas demander la clémence. Tu n'en as pas besoin.

Tu as foi en ta bonne étoile. Elle a toujours été là pour t'aider à t'en sortir. Pourquoi pas maintenant ? Hein, petite étoile, qu'attends-tu pour agir ? Silence. Juste le silence. Personne pour t'aider. Ta merde, c'est toi qui t'y ait foutu dedans. Tu réalises, subitement, que tu ne peux compter sur personne - à quelques exceptions près. Tu ne veux plus faire les mêmes erreurs ; toi, tu veux juste avancer.

Et tu souris d'avance en pensant à la suite. Une suite ailleurs, pas dans ce monde. Tu as envie de leur crier des versets de livres sacrés. Tu as envie de brûler des pages saintes pour les révolter encore plus, tant qu'à faire. Tu veux crier. Tu as envie de leur dire de se regarder d'abord avant de parler. Tu leur craches à la figure, à cette petite bourgeoisie qui pète plus haut que son cul.

Tu es innocent ! Tu le sais. Tu ne veux pas mourir. Tu as encore tant à vivre. Tu dois encore peindre le ciel bleu. Savent-ils que tu peins et que tu aimes ça ? Non, ça ils l'ignorent. Ils ignorent pratiquement tout de toi.

Toi, tu es en haut, dans l'Olympe. Tu te prends pour Dieu et flingue qui bon te semble au passage. Ça te fait rire comme un enfant. Tu te distrais comme tu peux. Tu te sens seul en haut de ton nuage de prétention. Tu as envie de redescendre pour voir ce qu'il se passe en-dessous.

Ils ont l'air si infimes là, à tes pieds. C'est leur place, n'est-ce pas ? À tes pieds. Nulle part ailleurs. Tu adores leur faire bouffer la poussière. Ça te conforte dans ton rôle de narcissique inaccessible. Ils te l'ont attribué à la naissance. Tu fais de ton mieux pour tenir les promesses d'une pièce de théâtre réussie. Tu attends encore l'élément perturbateur qui mettra fin à cette issue fataliste et prévisible.

Tu ris, pour t'empêcher de ne pas pleurer. Tu sais, mec, ils n'en valent pas la peine. Ils vont juste te condamner. Mourir, c'est plus rapide et plus facile que de vivre. Tu te consoles comme tu peux. Tes certitudes s'envolent quand ton avocat prend la parole. Tu as envie qu'on croit en ses mots. Mais personne ne l'écoute. On lui fait même fermer sa gueule. Tu as envie de leur hurler de l'écouter jusqu'au bout.

Merde, tu n'es pas encore condamné ! Comme tout système pénal, il faut un bouc-émissaire. T'as une belle gueule ; ça fera l'affaire. Dépité, tu te rassois. Ce ne sont que des chacals avides de chair fraîche. Tu préfèrerais te faire sodomiser par le pire des tyrans plutôt que de te voir infliger ça une seule seconde de plus. Tu n'aimes pas ce sentiment désagréable de ne pas être à ta place.

On te demande alors de quel côté tu es. Tu réponds que tu es uniquement de ton côté, à toi. Est-ce que cela fait de toi un égocentrique ? Non, tu te protèges juste comme tu peux, avec les moyens du bord.

Personne n'a jamais été très protecteur avec toi de toute ta chienne de vie. Alors tu as érigé des murailles à force d'années et de maturité. Elles sont si hautes à présent qu'on a dû te demander de sortir de ta tour pour assister à ce procès. Enfin, tu étais volontaire. Tu es entré dans le jeu. Maintenant, il faut assumer les conséquences lorsqu'on est perdant. On te dit que tu n'as aucune excuse, que tu n'es pas untel, que tu dois te remettre en question.

Tu voudrais, vraiment. Mais tu ne vois pas où est le mal. Où est-il d'ailleurs ? Tu regardes autour de toi. Tu ne vois rien. Juste toi. Alors c'est donc ça…

Tu comprends tout doucement. Le mal de toute cette histoire, c'est toi. La phrase fait tilt dans ta petite caboche. Tu ne sais pas si tu dois finalement plaider coupable. Tu sens que tu le devrais, pour ton propre bien. Ta dignité te l'interdit. T'es un homme ou t'en es pas un. On t'exécute littéralement sur place. On salit ton nom. On te fixe des ultimatums. On te demande de dire la vérité et d'admettre tes torts.

Un petit espoir - bancal - surgit du néant : « Les vipères sont jalouses de ce que nous avons ». Tu vires schizo parce que la solitude sévit.

Tu sais qu'on adore ce que tu reflètes. Tu es beau, d'accord, mais pas le plus beau du monde non plus. Tu ne l'admettras jamais à voix haute, mais tu le sais. Tu sais que tu es assez intelligent. Tu sais t'adapter aussi. Tu sais aussi comment te défendre. Tu as tout pour plaire, alors pourquoi les jurés ne sont-ils pas séduits ? Ça te bouffe. Ça te bouffe ton envie de vivre, de sortir, de sourire. Ça te bouffe le cœur et ton talent. Ça te bouffe tes espoirs en l'avenir. Et tu rages.

Tu as envie de leur faire bouffer leur langue. Ils mentent. Tu n'es pas une si mauvaise personne que ça. Ils ne peuvent que mentir, n'est-ce pas ? Puis le doute : Serais-tu donc plus utile mort plutôt que vivant ? Tu fronces des sourcils. Tu as envie de prouver à toute cette chiasse de jurés, que tu vaux autant qu'eux.

Un rapport d'égalité dans la justice ? De quoi parlent-ils ? Ils s'imaginent quoi ? Pourquoi ça devrait être toi et pas un autre ? Ils ont déporté toutes leur frustration sur toi. Ils t'accusent et t'utilisent comme substitut pour toutes les épreuves marquantes dans leur vie : un mentor qui s'en va, un géniteur insouciant, des amis invisibles, une faible estime de soi, des sourires menteurs, une quête de soi, un cas de conscience, la volonté de réussir et t'en vouloir terriblement. Parce que toi, toi tu t'en fous de tout ça…

Tu n'as pas beaucoup d'attache sur cette foutue planète. Si tu la quittes, elle sera toujours aussi belle, aussi bleue, aussi vivante. Pourquoi s'en faire ?

Ils te détestent parce qu'ils voudraient être toi une seconde. Ils voudraient avoir autant de chance, autant d'aplomb, autant de verve, autant de potentiel. Ils savent qu'ils pourront toujours se crever à la tâche, sans succès.

Toi c'est toi.

Eux… un rire te secoue.

Ouais, tu vaux définitivement mieux, hein ? Tu sais c'est quoi la plus grosse différence ? Si tu meurs à la suite de ce procès, tu ne regretteras rien si ce n'est d'avoir signé ta dernière œuvre.

Eux, ils penseront à toutes les choses qu'ils auraient dû faire et toutes les autres en cours. Ils ne respectent pas leur vie pour lui faire subir toutes ces choses qui n'ont pas de sens, ces vanités. Tu sais que ta famille accepteras ton départ. Tu sais que l'homme de ta vie ne t'attends plus. Tu sais que tu n'as presque plus d'amis sur qui compter.

De toute façon, ils sont tous là, sur ce banc, à jouir de ce pouvoir immense. Et toi tu es la bête de foire. Le truc qu'on doit absolument disséquer pour mieux comprendre. Même toi tu ignores comment ça tourne à l'intérieur de ta tête. Pas très rond en tout cas. Tu les maudis, tous autant qu'ils sont. Tu ne peux accepter la mort.

Tu trouves un moyen de t'enfuir avec panache. On ne te clouera ni les poignets, ni le bec ce soir. Tu restes toi. Inchangé. Un peu taré mais on t'aime quand même. Si le procès se serait déroulé autrement, tu aurais accepté tes fautes. Tu as l'intime conviction que tu n'aurais pas dû être le seul sur le banc de accusés. Sinon, ça serait trop facile. La justice ce n'est pas le bien contre le mal.

Tout le monde l'a un peu cherché. Et ils t'ont trouvé. Toi, l'insaisissable.

Tu t'aimes et c'est tant mieux pour toi, puisqu'à partir de maintenant, il y aura très peu de personnes pour le faire à ta place. »

Voilà comment on écrit son dégoût à dix-neuf ans. On transperce le papier. On crie en silence. On renverse tout. On se déchire. On croit que le restant du parcours à entreprendre sera impossible. Mais on est encore profondément ancré dans sa connerie. Tout est surmontable - surtout lorsqu'on a dix-neuf ans et la vie devant soi.

Peu importe les déceptions, peu importe la colère, peu importe les personnes quittant notre route, on reste là, sur nos deux jambes à marcher. Peu importe ce qui peut bien se passer derrière nous, c'est déjà passé. Peu importe la critique et les on dit. On n'a pas encore tout à fait vécu pour savoir ce qu'est la réelle douleur. Tout ça, c'est du pipi de chat comparé à ce qui nous attend.

Il en voulait surtout à Blaise et Théodore de ne l'avoir jamais remercié de les avoir fait se rencontrer. Avec le recul, Draco s'était dit : « Des amis, j'en aurais d'autres. Des mieux, si ça se trouve. » Et ce fut le cas : Il y eut Luna, sa Luna. La Luna de tout le monde - à y penser de plus près… Bill aussi, Woodrow incontestablement, sans oublier Mel.

Et plus magnifique encore, Draco avait trouvé l'amour. Si un Dieu se cachait derrière la lune à cet instant, Draco le remerciait d'un sourire.

Tout à coup, deux bras chauds se glissent autour de son cou. Draco dépose sa main sur la peau d'Harry. Il a des frissons. Ça se sent à sa chair de poule.

- Il y a une odeur de peinture dans toute la maison, souffle Harry au creux de son oreille. Et quand j'ai voulu me blottir contre toi, il n'y avait personne. Ça m'a fait tout bizarre. En fait, ça me fait tout drôle dès que je dors sans toi.

Draco serre doucement son poignet, les yeux dans le vague. Le regard de son amant s'attarde sur le contenu du tiroir. Des photographies y gisent, pêle-mêle. Harry en prend quelques-unes et les regarde attentivement :

Draco à six ans, torse nu sur une plage ensoleillée, riant près de sa mère. Draco à trois ans à un mariage. Draco à huit ans à un concerto. Draco à onze ans lors de sa rentrée au collège… Harry n'avait jamais vu ces clichés.

Dans ces moments-là, il avait l'impression de redécouvrir l'homme qu'il aimait - un homme plus accessible, plus humain. Doucement, Draco récupère ses photos et les dépose toutes - sauf une - dans le tiroir.

Il garde dans ses mains celle de ses huit ans. Il la secoue devant ses yeux et Harry se rend compte qu'il sèche des larmes. Harry s'agenouille devant lui et serre délicatement sa main encore libre. Draco fixe le plafond de ses yeux trop gris et souris.

- Sur cette photo, j'ai découvert la musique. J'adorais le piano, tu sais. J'ai demandé à mes parents de m'inscrire à un cours. Mais j'étais déstabilisé à cause… à cause du monde des adultes, de ce qu'il m'était arrivé. Sur cette photo, tu vois, je n'étais plus tout à fait innocent. Je garde cette photo parce que je me dis que bien des fois, la musique m'a sauvée. Je ne suis pas un grand musicien. Je ne sais même pas réaliser un seul accord. Mais je sais reconnaître le rythme, les effets de style. Je connais des chansons par cœur. Je sais les titres, la vie des artistes, leur influence. Gamin, je n'aimais que le classique, tu sais : Bach, Mozart, Vivaldi et Beethoven. Ça colle bien avec mon étiquette d'aristo coincé.

- Toujours le mot pour plaisanter, n'est-ce pas ? murmure Harry en s'asseyant finalement sur ses genoux. Je sais que pour toi ce n'est pas simple d'en parler mais je veux que tu me parles de tes abus sexuels en utilisant un seul adjectif et une anecdote. Et, dans un souci de parfaite équité, je ferai de même pour mon adolescence. C'est d'accord ?

Draco ne répond rien. Il froisse le papier glacé de la photographie dans son poing et chuchote :

- Adjectif : Honte. Anecdote : Quand il m'a caressé les cheveux alors que mes parents étaient là, j'ai cru vomir toutes mes trippes sur le tapis persan du salon. Et toi ?

- Adjectif : Dégoût. Anecdote : Quand au lycée on a eu une séance d'éducation sexuelle et que le professeur m'a demandé si j'utilisais des capotes pour les fellations. Harry la pute, comme d'habitude.

- Tu n'es pas une pute, rassure Draco en pressant doucement sa cuisse. Tu es quelqu'un avec… beaucoup de cœur, d'humble et à l'écoute des autres. Tu trouves les mots justes pour nous remettre sur le droit chemin. OK, parfois, on a juste envie de te taper la tête contre un mur… mais tu es terriblement attendrissant. Tu me fais fondre à chaque fois que tu poses tes yeux sur moi. Je me sens meilleur à tes côtés. En plus de tout ça, je peux revivre l'enfance que je n'ai pas eu. Et une pute ne peut pas faire tout ça. Crois-moi, je m'y connais.

Harry arbore un sourire en le serrant dans ses bras. Ses mèches blondes glissent dans sa main. Sa bouche cherchent ses lèvres dans l'obscurité de la pièce un court instant avant de s'en emparer. Draco répond à son baiser.

Leurs souffles se mélangent, scellant les secrets qu'ils se sont dits. Les mains de Draco passent sous le tee-shirt de son amant, puis il le déshabille entièrement.

Les prunelles émeraudes reflètent le désir à l'état brut. Le Kara de ses iris resplendit, gommant toute trace de vert. Le plaisir s'étale dans ses yeux.

Harry s'installe un peu plus confortablement sur ses genoux et grignote les lèvres de son compagnon. Ses doigts effleurent le contour de ses lèvres.

- Promets-moi de ne jamais m'en vouloir pour ce que je suis au fond de moi, murmure douloureusement Draco. Promets-moi… Promets-moi de ne pas me laisser tomber comme les autres. Promets-moi.

- Je t'ai promis tout ça depuis un bail.

Leurs bouches s'embrassent. Leurs cœurs s'embrasent. Leurs corps s'embarrassent.

Draco se lève, tenant toujours fermement Harry contre lui. Et même s'il connaît déjà par cœur sa maison et le corps de son compagnon, ça ne l'empêche pas pour autant de se cogner à de nombreux murs.

Harry sourit contre sa bouche et resserre son emprise autour de son cou. Après un tourbillon de caresses et de gestes maladroits, ils finissent par échouer sur le sofa.

- Attends une minute, murmure Harry. Tu te souviens du jour, y'a cinq ans, quand je réalisais la fresque, de ce que tu m'as dit ?

- Non.

- Je m'en doutais. Tu m'avais parlé de magie, de mémoire du corps, d'inconscient collectif, de phénomène de postimage… Du fait qu'on pouvait manipuler l'esprit en associant deux choses incompatibles. [1] Puis tu m'avais dit que dès que je sentirai du citron, par exemple, je penserai à ça… à faire l'amour avec toi. Eh bien, c'est bête, mais depuis des années quand tu me touches j'ai cette saloperie d'odeur dans les narines, rit-il alors que Draco embrasse sa clavicule. Je te sens sourire contre ma peau, idiot. Alors ne te cache pas !

Draco s'écarte un bref instant, arborant un parfait sourire en coin. Il passe sa main dans ses cheveux, les rejetant en arrière et se redresse, à la califourchon sur Harry.

- Tu veux savoir à ce que je pense quand on fait l'amour ?

Harry hoche de la tête, se tortillant d'impatience.

- A la fois où on a baisé ensemble dans ton lit au Baba, pour la première fois. Et ça m'énerve parce que je ne m'en souviens pas. Ça me hante, tu sais. Vraiment. [2]

Le rouge aux joues, Harry bafouille :

- Je… Enfin, ce soir-là, tu étais vraiment stone… (Il se tait un instant) Tu étais venu dans ma chambre, histoire de m'embêter un peu. Tu disais vraiment n'importe quoi. J'étais en colère aussi, pour t'être servi de moi. Tu te souviens… l'histoire avec Blaise, tout ça. Enfin bon, toujours est-il que ce soir-là, la drogue a délié des langues. Tu t'es mis à me parler de tes viols. C'était cette fois-là. Tu comprends ? On n'a pas couché ensemble. J'avais tout manigancé en espérant que tu oublierais… On en avait reparlé une autre fois, mais je n'ai pas osé te dire toute la vérité de peur que tu réagisses mal et que…

- Tu as bien fait, coupe Draco. J'aurais vraiment mal réagit à l'époque. À présent, je me sens un peu con.

Il éclate de rire. Et Dieu seul sait que Draco est magnifique lorsqu'il rit.

- Et dire que notre histoire était si mal partie, poursuit-il en traçant pleins et déliés sur le torse de son amant. Comme quoi, l'amour c'est un peu comme le Tiercé. T'as beau parier sur le meilleur canasson, eh bien t'en auras toujours un autre pour provoquer la surprise générale. Nous, on a touché le gros lot en franchissant la ligne d'arrivée. Personne… Oui, personne n'aurait cru que ça irait loin. Et pourtant, on leur a rabattu le caquais à toutes ces mauvaises langues.

- Tu es la pire des mauvaises langues que je connaisse, s'empresse d'ajouter Harry en enlevant le tee-shirt de Draco. Mais tu vois, malgré ça, je sais que tu as… une capacité extraordinaire pour aimer les autres. Peut-être pas comme moi, Luna, ou Mel. Mais tu aimes à ta façon, au détour de quelques gestes, quelques mots. Et ça me suffit pour être heureux.

- Donc nous sommes deux heureux sur ce canapé.

Il l'embrasse à nouveau, avec fièvre, cette fois.

Entièrement nus, Draco se frotte lascivement contre son sexe et couvre de baisers le torse d'Harry. Il s'amuse à lui faire un suçon et joue avec ses boutons de chair. Sa langue se réfugie parfois dans son nombril et retrace les contours de ses légers abdominaux. Ses mains se baladent sur ses hanches puis s'attardent sur son sexe.

Harry a les yeux mi-clos et halète son plaisir, une main resserrée autour du poignet de Draco. Son bassin se soulève de temps à autre.

Finalement, Draco s'empale sur sa verge tendue et impose son propre rythme - lent et intense. Ses mains sont posées sur le torse d'Harry, histoire de le maintenir en place. Peu à peu, Draco accélère la cadence et se laisse transporter dans un monde magique. Ses yeux gris sont voilés par ce trop-plein d'émotions fugaces qui le parcourent.

Les veines des bras d'Harry sont saillantes. Il se mord les lèvres mais des cris et râles s'en échappent tout de même.

Harry palpe les fesses de son amant et semble se délecter de la texture. Il fait en sorte de s'enfoncer plus profondément dans ses chairs et soupire d'extase. Draco se cambre de délice et le chevauche de toute sa splendeur. Harry sourit en le voyant là, si beau.

Draco l'embrasse encore une fois et les cris de sa jouissance s'abandonnent dans sa bouche, leurs langues liées. Ils restent là, dans les bras l'un de l'autre, à respirer. Les doigts de Draco s'égarent sur sa nuque.

- Demain, on fait la même chose au Baba O'Riley, souffle-t-il avec un sourire.


Ce soir-là, les fenêtres du Baba O'Riley diffusent des couleurs rougeâtres depuis l'extérieur de l'impasse. La porte d'entrée est grande ouverte et une cale en bois la maintient en place.

Les rideaux sont tous tirés laissant apercevoir les silhouettes de plusieurs dizaines de personnes. Ces dernières ont un verre à la main et parlent joyeusement, le brouhaha des discussions noyant les notes du titre Raggamuffin de Selah Sue.

Un malabar vient d'entrer avec une énorme caisse remplie de vinyles concernant l'anthologie de Lionel Richie, Carlos Santana et les Eagles. Il dépose la livraison près du comptoir et se rend de suite vers la cuisine où l'on sert un délicieux punch.

Luna remplit les verres de généreuses louches, avec un sourire resplendissant. Harry l'aide à assurer les diverses tournées et tape constamment la main de Draco qui tente - depuis plusieurs minutes déjà - d'y verser quelques goulées de Whisky. Harry le repousse doucement et l'embrasse pour le faire patienter. Les mains de son compagnon s'égarent un instant sur son postérieur et ses hanches.

- J'ai du mal à me concentrer si tu me tripotes sans arrêt, souffle Harry en imitant un certain agacement, un sourire en coin. Regarde, j'en mets partout !

- Oh, quel dommage… minaude Draco en lui mordillant le cou.

Luna pouffe doucement en servant le grand gobelet violet que lui tend Lee.

Nothing to Prove de Micky Green remplace la voix suave de Selah Sue. Des lanternes rouges filent d'une pièce à une autre et propagent un halo de chaleur considérable. On ouvre des fenêtres afin d'attirer une brise fictive.

Draco desserre le nœud de sa cravate et l'utilise pour attirer l'attention d'Harry.

- Je finis cette tournée et je suis tout à toi, raisonne-t-il.

- Attention, il risque de te prendre au mot, lance une voix familière.

Harry lève ses yeux verts et croise ceux de Théodore, la mine joviale, un bras autour de la taille de Bill. Ils sont beaux tous les deux. Les cheveux de Bill ont poussé rapidement, comme si c'était lié à sa bonne humeur subite. Il a retrouvé son blouson élimé, son jean délavé, ses tee-shirts prônant l'anarchie et la plupart de ses piercings.

- Je me suis fait repercer l'arcade sourcilière, lance Bill en montrant son petit pic en argent.

- Et moi j'ai fait le truc le plus dingue de toute ma vie, ajoute Théo enthousiaste comme jamais. Je me suis fait tatouer un triangle à la base du cou ! J'en reviens pas que je l'ai fait. Bill sait que j'ai une peur atroce des aiguilles. Maintenant, on peut dire que je suis cool.

Harry est médusé et contemple le tatouage de Théodore avec une moue admirative.

- Ce n'est qu'une forme géométrique, râle Draco, déçu de se faire voler la vedette. Y'a plus impressionnant… Et je trouve ça minable de se faire tatouer sur un coup de tête.

- Jaloux, beugle Théodore en lui tapant l'épaule. C'est bon, on va te le rendre ton Harry-Chou.

- Mouais, y'a plutôt intérêt.

Pour apaiser Draco, Harry se cale sous son bras en roulant des yeux. Bill camoufle son envie de rire face à leurs enfantillages.

Tout à coup, Luna saute dans les bras de Bill et Théo, heureuse de les voir enfin réunis. Théodore modère ses propos en disant qui leur en faudrait encore beaucoup pour que tout soit comme avant. L'ardoise n'est pas complètement effacée.

- Mel a aimé notre cadeau ? demande subitement Théodore en se tournant vers le living-room.

- Je crois, oui.

Un vieux piano trône au centre de la pièce voisine.

Toute la décoration a été refaite et repensée avec les soins de Luna, Harry, Draco, Lee et Ron. Ils ont travaillé d'arrache-pied durant des jours pour rendre à l'endroit toute sa majesté.

Lucius a donné un des anciens lustres du Manoir Malefoy pour surplomber la pièce. Les étagères étaient couvertes d'encore plus de livres qu'auparavant - chaque invité venant avec plusieurs ouvrages pour cette fameuse « Book Party ». Draco s'est même séparé de la plupart de ses bandes-dessinées étant petit, une pointe d'émotion dans la voix.

Sur un des murs du living-room, Harry a réalisé un magnifique graffiti aux couleurs psychédéliques avec les figures emblématiques du rock and roll : Kurt Cobain, Jimi Hendrix, Axl Rose, Steve Tyler, Janis Joplin, John Lennon, Freddy Mercury, Bob Dylan, Bon Jovi et Eric Clapton.

L'estrade a été à nouveau lustrée et des tapis chinés dans des pays orientaux différents s'entrecroisent jusqu'à leurs pieds. Les imitations de vinyles au plafond ont été replacé de manière concentrique, tournant autour du lustre.

Une console patinée avait été placée contre le mur adjacent à la cuisine remplie de tasses portant les prénoms de chaque membre permanent du Baba O'Riley, et des tasses vierges pour tous les nouveaux arrivants. Katelyn avait mis la main sur une trentaine de thé du monde qu'elle exposait dans une vitrine. Elle les avait eu grâce à sa forte amitié qui la liait avec l'épicier du coin.

Une lampe en forme de champignon donnant l'heure dès qu'on tapote dessus est placée sur la console, illuminant la liste des choses à faire, déjà bien remplie.

Ron a offert une nouvelle mascotte pour le Baba O'Riley - maintenant que One Gramme est mort -, un petit hibou du nom de Coquecigrue. Son perchoir se situe dans l'entrée et il hulule de joie dès qu'un nouvel arrivant en franchit la porte.

Le placard sous l'escalier sert désormais de réserve de mangas pour les plus jeunes arrivants : des centaines de volumes étaient savamment alignés par les soins de Luna. Elle avait pour idée d'y mettre tous les jours un haïku, un proverbe ou une citation japonaise écrite en langue originale.

Il y avait aussi trois coussins confortables et des petits spots pour pouvoir lire tranquillement et deux boîtes remplies de friandises nippones.

La rampe d'escalier est repeinte en vert anis et des portraits à la Andy Warhol bordent le mur d'anciens ministres de la culture britannique. En-dessous, des encadrés écrivent une courte biographie et les lois passées sous leur mandat.

Dans le living-room, un grand canapé rond mauve accueillent le fessier de nombre de curieux, verre à la main. Les rideaux dépareillés rendent la pièce encore plus colorée qu'elle ne l'est déjà.

Des bougies oranges sont allumées au centre de la table basse en wengé. Le juke-box a été réalimenté en nouveau trente-trois tours par les soins de Nymphadora. Deux bâtons d'encens fument sur une étagère et quelques filaments vaporeux s'égarent dans les narines d'un grand homme à la silhouette élancée.

Il porte un costume distingué et Albus Dumbledore parle à son oreille avec un sourire aimable. Harry attire l'attention de Draco en le secouant légèrement. Au milieu de tout ça, Mel Lupin semble resplendir de joie. Remus monte sur l'estrade et prend le micro.

Le silence se fait.

- Je voulais tous vous remercier d'être venus pour cette réouverture du Baba O'Riley. Ça compte énormément pour nous, de nous dire que l'endroit n'est pas mort et ne mourra probablement jamais. Ça a été un combat de chaque jour ces cinq dernières années. On a été submergé par un tas de nouvelles et notre envie de redonner vie à ce lieu n'a pourtant pas désemplit… Je voulais remercier Papa d'avoir fondé le Baba O'Riley. Sans toi, on ne serait pas devenu tel quel. On ne serait pas devenu si… si ouvert sur le monde. Il faut aussi remercier les investigateurs de ce changement : des applaudissements pour Luna, Harry, Lee et Ron.

- Je compte pour du beurre ?

- Et Draco, désolé, reprend Remus. Sans vous, on n'aurait pas pu rouvrir. Donc merci. Pour fêter ça dignement, nous allons ouvrir le tonneau de bière…

- Attendez ! s'écrie l'homme en costume. J'ai un petit quelque chose à dire.

Il monte sur l'estrade et tout le monde l'écoute.

- Vous ne me connaissez pas mais j'ai longtemps entendu parler du Baba O'Riley. Je suis adjoint du maire de Londres, pour la culture. Cela va faire plusieurs années que je voulais remettre à Mel Lupin une médaille pour service rendue à la société londonienne et promulgation de la culture britannique pour les plus jeunes citoyens. Le Baba O'Riley appartient donc maintenant au patrimoine culturel et immatériel de notre ville - pour sa philosophie de vie, son ouverture sur le monde et les autres et surtout, son humilité face à l'enseignement transmis. Venez ici, Monsieur Lupin, ne faites pas votre vierge effarouchée, plaisante l'homme politique. Venez que je vous agrafe votre médaille sur le veston.

Lee tapote vigoureusement l'épaule du propriétaire du Baba O'Riley. Ému au possible, Mel retient un sanglot et serre fort dans ses bras le représentant de la mairie de Londres. On fait une photo ou deux et les deux hommes se serrent la main.

Katelyn sort de la foule et tend à Mel une boîte rectangulaire assez lourde. Tonks fait la bise à son beau-père lorsqu'il découvre une plaque commémorative pour Lila. C'en fut trop : Mel ouvre les vannes. Lucius lui essuie les yeux avec sa cravate en soie noire.

- Papa, t'en fait trop je crois… ne peut s'empêcher de dire Draco. Et ton standing alors ?

- Mon standing t'emmerde royalement, fils, rétorque Lucius en essayant de consoler son ami.

Sirius et Remus apportent le grand tonneau de bière dans le living-room et font sauter le bouchon. De nombreuses pintes s'élèvent et Luna fait tourner les verres avec une rapidité déconcertante. Bill en attrape une en plus pour Lee qui s'en délecte dans un fauteuil style baroque aux coussins bleu-canard.

Katelyn rit aux éclats dans les bras de son homme et sautille sur place, au rythme de Marchin'On de One Republic. Tout à coup, de nombreuses personnes se mettent à danser en riant. Mel tournoie sur place, crânant dans son veston à carreaux flambant neuf. Luna se dandine en savourant sa bière et se sent heureuse comme jamais.

Des pizzas sortent du four de la cuisine par paire. Théodore se charge du service.

Un peu plus tard dans la soirée, Blaise et Aleksei arrivent, se disputant doucement - comme à leur habitude. Afin de se frayer un chemin dans la foule compacte, Blaise porte son cher et tendre et lui dégote une place sur un sofa moelleux.

Harry s'approche d'Aleksei et leur tend à chacun une part de pizza et une pinte de bière, qu'il tient en équilibre sur un plateau à pois multicolores.

- Alors, vous avez enfin pu vous libérer ? lance-t-il joyeusement.

- Oui, on a déposé Khady chez les parents d'Aleksei. Il refusait de s'endormir alors on a dû faire tout le répertoire. Etrangement, il adore m'entendre chanter faux.

Blaise passe un bras autour des épaules de son compagnon et fait un clin d'œil outrancier à Draco passant dans les parages. Aleksei fronce des sourcils.

- Qu'est-ce que vous trafiquez tous les deux ? demande-t-il avec un air soupçonneux.

- Rien. Absolument rien, réconforte Blaise. Oh, tiens ! L'adjoint du maire, je ne savais pas qu'il serait déjà là.

Il s'éclipse, laissant Harry avec Aleksei.

- J'ai entendu dire que tu te lançais dans les handisports.

- Oui, j'ai envie que mon fils soit fier de moi, qu'il ne se dise pas que je me suis laissé abattre par la fatalité de la vie. J'ai encore un rêve à réaliser.

- Je suis sûr que Khady est déjà très fier de toi. Il t'aime plus que tout, tu sais.

- J'ai pleuré devant lui, l'autre jour. Je m'en suis voulu à mort, reporte Aleksei en fixant tristement sa pizza. J'étais mort de trouille à l'idée de retourner dans un stade. Je n'avais pas le droit de craquer devant lui. Blaise, oui. Mais pas Khady… Je m'étais promis de ne pas pleurer comme une merde devant mes enfants.

- Je suis sûr que même l'homme le plus fort du monde craque un jour. Puis, il comprend que c'est important pour toi.

Subitement, Draco s'assoit entre eux.

- T'as pas fini de jouer à l'assistante sociale, mon amour ? plaisante-t-il avec une ironie mordante. Et si tu allais donc te dégourdir les jambes sur le dancefloor et m'apporter un verre de Whisky. J'ai à causer avec la Pétasse Blonde qui te sert de Desperate Housewives.

À contrecœur, Harry s'éloigne.

Ailleurs et autrement, il lui aurait fait ravaler sa fierté à ce sale prétentieux. Mais depuis le dernier accrochage entre Aleksei et Draco, ils n'ont toujours pas discuté et il vaut mieux mettre les choses à plat avant qu'elles n'empirent.

Une fois Harry parti discuter avec son meilleur ami sur le perron, Draco dit :

- Je pense qu'on doit être honnête l'un envers l'autre - entre blonds, du moins.

- Je t'en ficherai de la blondeur, grommelle Aleksei en finissant d'un trait son verre d'alcool.

Silence. Draco observe Remus danser avec sa fiancée un air de Traviata.

- Je…

Il cherche ses mots.

- Je m'excuse d'avoir coupé les cheveux de Khady. Je ne savais pas qu'il y avait un rite de passage russe, ou quelque chose du genre. Je voulais bien faire.

- Même sans l'histoire du rite, Draco, tu dois nous demander notre permission pour prendre une décision concernant notre enfant… Quand tu auras le tien, tu feras ce que bon te semble. Mais en attendant, je préfèrerai que tu arrêtes de faire n'importe quoi avec un si jeune enfant et de lui dire n'importe quoi. À trois ans, c'est très crédule - encore plus quand on a un Candide en guise de fiston. Tu as énormément d'influence sur Khady. Il t'aime… beaucoup. Alors si dans vingt ans tu dois devenir mon gendre, je veux que les choses soient claires.

Draco se redresse, prêt à entendre la suite.

- De un, je veux que tu arrêtes de dire n'importe quoi à mon fils. De deux, je veux que tu arrêtes de m'appeler la Pétasse Blonde. De trois…

- Laisse-moi deviner : tu veux que je me teigne en brun. Mais ça reste entre nous : je ne suis pas blond naturellement.

- Cela n'a rien à voir. Le petit trois c'était de ne pas abandonner mon homme. Blaise apprécie ta compagnie et ton amitié. Il a besoin d'un ami pour rester les deux pieds sur terre. Il tient à toi, Malefoy. Même si c'est dur pour moi de l'admettre qu'il tienne à autre chose qu'à ma sublime personne, je dois lâcher la bride et le laisser vivre ses propres aventures, admet-il en regardant Blaise danser en riant avec Luna. C'est quelqu'un d'exceptionnel. Pour son anniversaire, je lui ai réservé un week-end à Las Vegas à la Very Bad Trip.

- Harry ne pourra jamais me faire ça. Parce que déjà une il ne bosse pas dans la publicité. De deux, pour lui un beau cadeau c'est lui en nuisette rose, string dentelle et en pantoufles assorties.

Aleksei éclate de rire, se frottant les yeux pour se débarrasser de l'image mentale. Ils finissent par trinquer - après que Harry ait ramené un verre de Whisky à Draco.

- A nous, les blondes ! scande Aleksei.

- Blondie Power.

Tout à coup, Aleksei cherche des yeux Blaise mais ne le voit pas. Quelques minutes après, l'agent immobilier revient avec une caisse de champagne qu'il fait mousser sur les convives tandis qu'un air de techno envahit le Baba O'Riley.

Au bout d'une minute trente, Harry ne cesse de répéter : « Johnny, la gente està muy loca » [3], comme si un message subliminal agit directement sur ses synapses. Harry se dandine au rythme de la musique, imitant les danseuses dans les clips. Mel fait semblant de ne pas regarder, scandalisé.

Une heure et demie plus tard, Mel décide d'initier un concours de bras-de-fer. Valerie arrive à ce moment précis, décidée à obtenir une ou deux signatures retardataires de la part de son patron - dont un chèque dont elle est bénéficiaire.

- Je signe, si vous me battez au bras-de-fer, ma chère Val, lance Draco en s'asseyant à la table au centre du living-room.

La jeune femme pousse un profond soupir de lassitude et fait face à son patron. Harry masse les épaules à son cher et tendre pour jouer le jeu et lui souffle des encouragements.

- J'en aurais pas besoin avec cette femmelette.

- Arrêtez de parler et un peu d'action, maugrée Valerie en remontant les manches son tee-shirt.

Le duel commence et finalement, Draco se retrouve assez rapidement au tapis. Piteux, il signe le chèque et les divers contrats sans même y poser un œil et va avaler le goût amer de sa défaite dans la cuisine.

Harry saute sur l'occasion pour défier la chargée de finance et - contre toute attente - la bat. Valerie s'incline, et laisse sa place. Théodore la prend. Il affronte Harry en utilisant toutes ses forces mais perd également. Bill souhaite donc venger son cher et tendre. Au bout de dix secondes, Bill écrase magistralement Harry - quoi qu'un peu déçu. Mel affronte Bill et gagne à plate couture en grognant nombre de jurons dans sa barbe frémissante. Aristocratiquement, Lucius souhaite relever l'honneur des Malefoy et tente sa chance au bras-de-fer. Il fout Mel hors du tapis avec une délectation sans nom.

Blaise se prête au jeu, euphorique. Sa réputation d'homme le plus fort n'est plus à refaire : Lucius ravale sa fierté.

- Laissez-moi faire, rétorque Aleksei en s'asseyant en face de son compagnon. Chéri, tu vas pleurer ton humiliation.

- Je n'attends que ça…

Avec un regard rempli de défi, ils se toisent alors que leurs muscles roulent sous leurs chemises. On ne sait pas très bien qui est le plus fort. Finalement, le verdict tombe : Blaise explose Aleksei qui se masse la main douloureusement.

- Bon, je crois que je peux avoir mon trophée ! s'exclame le fameux vainqueur.

- Moi je veux essayer, dit Luna.

Sous l'hilarité générale, elle s'assoit, ajuste les pans de sa robe et Blaise l'observe en arquant un sourcil. Il tend sa main, le coude sur la table et Luna l'empoigne. Cette dernière a un regard si déterminé que ça en est déstabilisant.

Finalement, la force penche dans sa balance et une lueur de panique s'affiche dans le regard de Blaise. Sa main est à trois centimètres au-dessus de la table. Luna l'achève dans l'euphorie générale.

- Ce sont les Nargoles qui m'ont aidé, banalise la jeune fille. Tu devrais essayer.

Éberlué, Blaise la regarde partir.

- Elle a une force d'ouvrier !

- Il faut se méfier des gens maigres, élude Mel en caressant sa barbe d'un air docte.

Aleksei arbore un petit sourire et embrasse Blaise comme lot de consolation.

- Après ça, ça sera dur de te respecter, rit-il en caressant le bout de son nez. Battu par Luna, quoi. C'est affreux.

Tout le restant de la soirée, Blaise et Draco boudent le monde en grignotant des chips, ne portant même pas grand intérêt au concours de La Bouche à Pipe - emporté haut la main par Théodore qui réussi à engloutir un concombre à moitié.

- C'est joli à voir, grommelle Draco, goguenard, en voyant Théodore brandir son concombre humidifié de salive. Ça c'est ce qu'on appeler du patrimoine culturel et immatériel… Et puis c'est un secret pour personne que Théo a une bouche à pipe.

- Tu l'as dit mon vieux, appuie Blaise en rejetant sa tête en arrière. Un garage à pipe même. Tu crois qu'il peut s'en prendre deux à la fois ?

- J'en sais rien… Si je demande, Harry va se braquer et va entrer dans un délire dépressif type « Je ne suis pas assez bien pour toi ».

- Je t'ai entendu, persifle Harry en rapportant de la vaisselle dans la cuisine.

- Autant pour moi, plaide Draco complètement dans le cirage.

Déboule dans le living-room comme un boulet de canon, Tonks. Elle sert dans ses bras Blaise puis Draco, les larmes aux yeux.

- Toi, tu es partie faire un tour dans le grenier, diagnostique Draco.

- Je… Oh, merci ! J'en reviens pas que vous ayez fait ça pour Remus et moi ! Je ne sais plus où donner de la tête.

- De quoi s'agit-il ? demande Aleksei.

- Ils ont rénové tout le grenier en un appartement pour nous et… et le bébé qui va arriver, annonce Remus.

- Le bébé ? balbutie Mel. Quel bébé ? De… de quoi vous ? Tous les deux vous avez… (Silence) Un bébé !

- Je croyais qu'il n'y avait que les femmes pour tomber enceinte ? charrie Draco.

- Très drôle, Lithium. Très spirituel, gronde Tonks en lui envoyant un coussin duveteux à la figure.

Des félicitations pleuvent dans le living-room et Luna sert Tonks fort dans ses bras. Harry est ému aux larmes et dans son dos, Draco fait semblant de jouer au violon. Cependant, Aleksei fronce des sourcils.

- Vous connaissez Draco depuis des années, je le conçois… Mais pourquoi par les tétons de mon grand-père - paix à son âme, Blaise vous aurait-il aidé ?

- Bonne question, appuie Bill en s'approchant du petit groupe.

- On n'a plus le droit de faire des bonnes actions ? Je travail dans l'immobilier : la pierre ça me connaît.

- Je veux la vraie raison, gronde Aleksei en croisant des bras sur sa poitrine.

Blaise fuit et se répète mentalement « Ne pas établir de contact visuel. Ne pas établir de contact visuel. Ne pas établir de contact visuel… » Finalement, il craque :

- Je voulais impressionner l'adjoint du maire.

- C'est moche, Blaise. Vraiment moche, déclare Aleksei.

- Je suis d'accord avec la Pétasse Bl-… Aleksei, se rattrape de justesse Draco.

- C'est de l'altruisme intéressé, plaide Blaise. Y'a le mot altruisme dedans ! C'est déjà un pas de plus vers le Paradis, non ?

Harry roule des yeux et se laisse tomber sur les genoux de Draco.

- Vous êtes vraiment de mauvais gars, tous les deux.

Finalement, Mel prend la décision d'apaiser la discussion grâce à une danse et invite sa bru à danser, après avoir mis un vinyle de Lionel Richie dans le mégaphone. Hello s'insinue dans le living-room se vidant au fil des heures. Remus fait de même avec sa belle-mère. Harry regarde Draco avec insistance histoire de dire « C'est quand que tu m'invites à danser ? » Draco se contente de battre la mesure sur son genou, laissant les secondes filer. Blaise serre Aleksei dans ses bras et le laisse lui marcher sur les pieds, en chantant à tue-tête. Timidement, Luna invite Valerie à danser. Elles s'enlacent en souriant.

Au bout d'un moment, Harry tire Draco hors du sofa.

- Je ne vais pas laisser Blaise nous narguer une seconde de plus, dit-il en serrant contre lui Draco.

Aleksei leur fait un clin d'œil et embrasse langoureusement Blaise.

- J'ai mieux qu'un simple baiser… chuchote Draco en le tirant discrètement vers l'escalier en colimaçon.

Ils s'éloignent de la piste de danse et montent à l'étage. Draco lui tient toujours la main et l'emmène vers le baisodrome rénové du Baba O'Riley. La porte se referme et un gémissement s'élève doucement…

A suivre


[~] J'ai demandé à la lune, d'Indochine. Une chanson qui me fait incontestablement penser à Draco, dans ces moments-là. Et elle ne prend pas une ride avec les années.

[*] L'effondrement de Sodome, Gomorrhe et Babylone : Extrait du roman fictif de ROCKRITIC, chapitre 8.

[1] « Tu m'avais parlé de magie, de mémoire du corps, d'inconscient collectif, de phénomène de postimage… Du fait qu'on pouvait manipuler l'esprit en associant deux choses incompatibles… » : cf. scène sous la douche à la fin du chapitre 25 « Cigarettes and Coffee ». Ce sont des procédés utilisés par les prestidigitateurs, illusionnistes et les magiciens.

[2] « A la fois où on a baisé ensemble dans ton lit au Baba, pour la première fois. Et ça m'énerve parce que je ne m'en souviens pas. Ça me hante, tu sais. Vraiment. » : cf. scène dans le lit de Harry, au Baba O'Riley, à la moitié du chapitre 8 « Rocket Man ». Harry dissimule le fait qu'ils n'ont pas couché ensemble pour ne pas parler de la confession de Draco à propos de ses viols.

[3] « Johnny, la gente està muy loca » : Paroles de Loca People - Sak Noel.

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Pfiou, bientôt mille reviews. Mazette ! En tout cas, j'espère que vous avez aimé ce chapitre parce que je me suis donné un mal fou (enfin, non pas un mal fou… quand je me donne un mal fou ça a pas cette gueule là…) disons que j'ai essayé d'aligner des paragraphes correctement. Je vous embrasse sur les deux joues (jpréfère préciser l'endroit avant qu'on se fasse des idées, bande de p'tit cochonous) et… et bon courage pour cette nouvelle année, OK ? Ne vous laissez pas faire par les Mary-Sue en cours de gym ou les Kévin en cours de statistiques, tout ça quoi ! Oh, et j'me corrige toujours moi-même donc soyez indulgents.

D.

Post-Scriptum : Depuis que j'ai tilté que ma petite sœur était née une année d'abondance et de baby-boom, je l'appelle Prospère. Mes parents n'aiment pas trop. Elle non plus. Moi, je surkiffe. « Prospère ! PRO-SPERE ! »

- Record de longueur du chapitre, battu. Le zizi de Blaise ne cessera d'étonner.