- Tu dois être content non ?

Instinctivement, je fronce les sourcils sans même relever la tête. Me jouer un tour comme ça et essayer de sympathiser par la suite, jusqu'où irait Granger ?

- De quoi Granger ?

Cette fois, c'est elle qui fronce ses sourcils et me regarde méfiante. Plus fort que moi, son nom de famille venait frapper trop fort contre mes lèvres pour que je ne le laisse à l'intérieur.

- Je vois… Monsieur est ronchon…

- Et c'est son droit.

En plein dans le mille, je reprends la fouille de ces fichus papiers en rêvant de l'instant où je serai tranquille chez moi.

- Non mais sérieusement, tu dois être content non ?

J'avais oublié qu'il lui en fallait un peu plus pour qu'elle daigne se taire. Alors je relève mon visage et réitère une nouvelle fois :

- Je n'ai pas envie d'user de l'occlumancie, alors si réellement tu comptes à ce que je réponde à ta question, tu ferais bien de te faire plus explicite.

- Tu vois très bien de quoi je veux parler.

Plus fort que moi, je lève les yeux au ciel. Pourquoi les femmes sont-elles si entêtées à trouver dix milles chemins pour dire des choses pourtant bien simples.

- Content de devoir revenir ici pour un soi disant délai que doit donner l'employer à son employeur ? Assurément, non.

- Je parle du fait qu'Eavan ait rejoint ta maison.

- Ah… oui en effet. Disons plutôt que je suis rassuré.

- C'est ta nouvelle façon d'être ça ? Rabat-joie comme pas deux… Je pensais que tu allais me dire qu'elle ne pouvait aller ailleurs de toutes manières. Oh attends un moment… Tu n'étais donc pas sûr… Est-ce que la mère d'Eavan est… Par la barbe de Merlin ! Un Malefoy avec une non-serpentard…

- D'ailleurs comment es-tu au courant pour Eavan ?

- Harry me… et ta fille est amie avec la mienne je te rappelle !

- Harry ? Deux semaines que ma fille est à Poudlard et St Potter essaye déjà de s'en faire une alliée. Et bien, bon courage à lui…

Cette fois, c'est à son tour de lever les yeux au ciel. Peu importe, j'ai réussi à détourner le sujet de conversation. Même si pour cela, j'ai du apprendre que ma fille papotait de temps en temps avec ce… A y penser, le sang ne fait qu'un tour dans mes veines. Mais après tout… que pourrait-il découvrir ? Eavan elle-même ne sait rien… Personne ne sait rien.

- Et bien, tu en fais une de tête !

- Je viens juste de remarquer qu'il est seize heures et que je suis donc officiellement…

- … en vacances.

- On va dire ça comme ça.

- Bon et bien… Merci de…

- Ouai c'est ça.

Je sers la main qu'elle me tend par jeu et prend la direction de la sortie dans un :

- Ne traîne pas trop. Les rues ne sont pas sûres en ce moment.

Pourquoi lui ai-je dis ça ? Je ne sais pas… Peut-être… peut-être parce que j'ai le vague souvenir de missives reçues il n'y a pas si longtemps. Peut-être parce que je sais qu'elle est considérée comme l'une des cibles les plus importantes… Peut-être… peut-être que je n'arrive pas à tenir la promesse que je m'étais faite : celle d'oublier cette histoire d'attaque et de jouer la personne parfaitement neutre. Peut-être… peut-être que les baisers et étreintes que nous avons échangé ces dix dernières années, je les prenais plus au sérieux que je ne voulais me l'avouer.

Sans avoir réussi à aller plus loin que cette maudite porte, je refais demi-tour et me pointe devant mon ex patronne.

- Dis donc, t'as journée est finie non ?

- Je pense que oui…

- Alors, tu aurais bien le temps de venir prendre… disons… un pot d'adieu.

- Tiens donc, et pourquoi ferais-je cet effort là.

Je vois dans son sourire narquois qu'elle cherche à me piéger. Et elle réussit. Ma fierté me pousserait à la planter là dans un « tant pis » mais ma conscience sait pertinemment que la laisser là serait la mettre en danger. Sans réfléchir davantage, je m'approche assez près de son visage pour que mon souffle atteigne son cou lorsque je lui murmure :

- Parce que tu en as secrètement envie…

Incapable d'anticiper sa réaction, j'attrape sa cape au passage et lui fais signe de me suivre. Pendant un court instant, je crois qu'elle va rester là, à me regarder sauf que, Granger a toujours eu cette faculté de me surprendre. La voilà qui passe devant moi…

La suite… la suite est un mélange d'empressement, de peur et de désir. Je suis persuadé de n'avoir jamais mis si peu de temps pour rejoindre ma maison. Persuadé de n'avoir jamais embrassé quelqu'un avec autant d'emportement.

Oui moi Drago Malefoy n'ait pu m'empêcher d'embrasser Hermione Granger. Une fois… deux fois… trois fois… à ne plus pouvoir compter le nombre de fois où ses lèvres frôlèrent… heurtèrent les miennes.

Cette idée aurait dû me rebuter seulement voilà, cette sensation de faire une bonne action, m'enlève la mauvaise conscience qu'apporte l'acte de mélanger ma salive à celle d'une sang de bourbe. Je l'embrasse, je la désire sans avoir de mauvaises pensées.

Pour la première fois, je découvre Hermione, la miss-je-sais-tout, la plus exténuante des sorcières sous un autre jour. Elle, à l'air si froid, si puritaine semble cacher des trésors de vertus.

Certes, j'avais dû me battre pour lui arracher les premiers baisers, parfois la brusquer mais il n'en fut plus rien en fin de soirée. Comme délivrée d'un poids, elle ne se doutait pas qu'au-dehors la guerre se formait, sans moi.