Chapitre 34 : Intrusion

Serena cligna des yeux. Elle était allongée au sol et autour d'elle la panique s'était installée. Les gens couraient dans tous les sens, affolés. Quelque chose de lourd était entouré autour de sa taille. Elle tourna la tête et se retrouva nez à nez avec le visage d'Eruan.

- Qu'est-ce que... ?

Il fit une grimace en se redressant doucement sur un coude, son autre bras toujours enroulé autour de la taille de Serena. Elle fronça les sourcils et lui donna un grand coup de coude dans le ventre, lui arrachant un gémissement de douleur.

- Pousse-toi de là, dit-elle avant de se relever et de l'enjamber pour s'éloigner.

Elle tourna la tête plusieurs fois de côté avant de partir dans la direction qu'avait pris Anri quelques minutes plus tôt, ignorant Eruan qui se massait le ventre.

- Anri-sama ! appela-t-elle.

- Attends Serena, la prévint Eruan.

Mais elle ne l'écoutait pas, alors il se releva et partit à sa poursuite. Il la rattrapa au détour d'un couloir, lui saisissant le bras.

- Serena il faut sortir d'ici.

- Pas avant d'avoir retrouvé Anri-sama !

- C'est trop dangereux !

- Lache-moi ! S'écria-t-elle en se dégageant. Anri-sama ! Où êtes-vous ?

Eruan fronça les sourcils agacé. Il la retourna vers lui et la prit sur son épaule comme un sac avant de repartir.

- Grant ! Laisse-moi descendre !

-...

- Je t'ai dit de me lacher ! S'écria-t-elle en donnant des coups dans son dos et s'agittant pour lui faire lacher prise.

- Reste tranquille.

- Non !

De rage elle saisit les longs cheveux d'Eruan qu'il avait tressé pour l'occasion et tira de toutes ses forces.

- Argh ! Ça va pas ? Arrêtes ça !

- C'est toi qui as choisit de ressembler à une fille ! C'est bien fait pour toi ! Maintenant fais-moi descendre !

- Tu peux bien m'arracher les cheveux, je ne...

Soudain le sol se déroba sous ses pieds et ils firent une chutte de plusieurs mètres. Serena était allongée de tout son long sur Eruan qui avait fait de son mieux pour éviter qu'elle ne se cogne la tête.

- C'est pas vrai... se plaignit-elle.

Elle se releva en ne faisant aucun cas d'Eruan, enfonçant son genoux dans son ventre. Il poussa un grand cri de douleur, se recroquevillant.

- Oh, fais pas ta chochotte !

Elle se dépétra des éboulis et prit en compte leur situation. Ils étaient dans un couloir étroit, faiblement éclairé par des petites lumières au plafond. Elle n'avait jamais visité cette partie du palais.

- On est dans les sous-sol, dit Eruan toujours allongé au sol afin de répondre à sa question muette.

L'ignorant, elle fit quelques pas dans le couloir. Il n'y avait aucune porte, aucun escalier qui leur permettrait de remonter. Seulement un dédale de couloirs qui semblaient se succéder sans fin. Elle poussa un soupir de frustration et dit :

- Hé ! Grant ! C'est par où la sortie ?

- ça t'écorcherait de le demander un peu plus gentillement ?

- Oui ! Maintenant répond.

- J'en sais rien. Tu t'imagines que je passe ma vie à me promener dans les sous-sols du chateau ?

- Pfff ! Tu sers à rien.

Serena reprit son chemin et choisissant un couloir au hasard, elle tourna à droite.

- Hé ! Serena ! Ne pars pas seule, tu vas te perdre.

- On est déjà perdus, crétin !

Eruan se releva doucement en grognant. Puis il la rejoignit avant qu'il ne la perde pour de bon.

oOo

Anri était mort d'angoisse. Quelle était la raison de cette explosion ? Raine avait-elle été blessée ? Il vérifiait toutes la pièces unes à unes espérant l'y trouver avec Noëlle et Flid. Soudain, il apperçut Noëlle assise au sol près d'un mur d'éboulis qui bloquait l'acces au reste du couloir.

- Noëlle !

- Ah ! Anri-sama...

- Tu vas bien ? Où est Raine ?

- Nous avons été séparées par cet éffondrement. Elle devrait être de l'autre côté avec Flid. J'ai appellé mais elle ne répond pas.

- Et toi ?

- Je m'en remettrai, dit-elle en souriant.

- Je dois aller chercher Raine.

- Je sais. Allez-y, dépéchez-vous. Je sortirai d'ici par moi-même. Ma cheville me fait un peu mal, mais je pense pouvoir marcher. Allez vite retrouver Raine-chan. Je m'inquiète beaucoup pour elle.

- D'accord.

Il devait trouver un chemin pour rejoindre Raine au plus vite. L'explosion avait provoqué de nombreux effondrements dans tout le palais et il avait peur qu'elle ne tombe dans une crevasse.

oOo

Raine avançait précautionneusement, butant parfois sur des pierres qui jonchaient le sol. Flid faisait de son mieux pour la guider mais c'était difficile avec tous les éboulements.

- On est dans de beaux draps tous les deux, dit Raine en soupirant. Si tu pouvais parler je suis sûre que tu te plaindrais de ma maladresse.

Le chien aboya et se frotta contre sa jambe en signe d'affection.

- Tu es gentil.

Ils avancèrent ainsi, lentement. Tout était désert. Raine n'entendait absolument rien. Si Flid n'aboyait pas elle aurait pu penser qu'elle était devenue sourde. "Il ne manquerait plus que ça !" En avançant elle réfléchissait à ce que Serena lui avait dit. Alors Anri était le fils de l'Empereur. Pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Dire que tout ce temps elle s'était comportée avec lui comme une amie. Une égale. Elle était mortifiée. "C'est affreux ! Serena a raison, ça fait des jours que je lui manque de respect sans le savoir..." Soudain Flid se mit à aboyer bruyament et elle se stoppa net.

- Qu'est-ce qu'il y a Flid ?

Le chien tirait énergiquement sur sa robe, tentant de la faire reculer.

- Tu veux que je fasse demi-tour ?

Le chien aboya, et la tira de nouveau en arrière.

- D'accord, d'accord.

Si Raine avait pu voir, elle aurait su que Flid venait de la sauver d'une chutte mortelle. Elle s'était arrêtée devant un trou béant dans le sol. La crevasse était si profonde qu'on en voyait pas le fond. Quand elle eut rebroussé chemin sur quelques mètres, le chien tira de nouveau sur sa robe pour la faire tourner à droite, empruntant un autre couloir. Le temps était long. Raine aurait tout donné pour entendre le son d'une voix. Soudain des pas précipités résonnèrent dans le silence. Quelqu'un courait, se rapprochant. Puis elle se sentit brusquement bousculée, tombant à terre avec un cri de surprise.

- Il y en a une autre ici, dit la voix d'un homme. Je crois qu'elle est aveugle... Qu'est-ce qu'on fait ?

- On l'emmène, répondit un deuxième homme. J'aurais préféré trouver la fiancé du prince mais on a pas le choix.

Raine sentit qu'on lui agrippait brusquement le poignet.

- Allez, si vous restez tranquille vous n'aurez rien à craindre.

- Non... non lachez-moi ! S'écria-t-elle.

Ces hommes ne lui inspiraient pas confiance. Etait-ce eux qui avaient provoqué l'explosion ? L'homme la releva brutalement pour l'emmener.

- Non !

Soudain elle entendit Flid aboyer férocement et l'homme la lacha avec un cri de douleur. Raine tenta de se repérer, avançant en se tenant au mur.

- Flid ? Flid ? Appela-t-elle inquiète pour le chien.

Elle l'entendait toujours grogner. Puis il glapit de souffrance. Les larmes se mirent à couler sur les joues de Raine.

- Flid ! Reviens, où es-tu ?

Tout à coup ses mains se refermèrent sur le vide. Elle était arrivée au bout du couloir. Elle sentit un bras la retenir par la taille avant qu'elle ne tombe au sol.

- Non, lachez-moi ! cria-t-elle en se débattant.

- Raine, c'est moi !

- Anri ! S'exclama-t-elle en enfouissant son visage contre son torse.

Le jeune homme la serra contre lui, rassuré de voir qu'elle n'était pas blessée. Il était aussi content au fond de lui de l'avoir entendue prononcer son prénom sans titre onorifique.

- Tu vas bien Raine ? Pourquoi pleures-tu ?

- C'est Flid ! Des hommes ont essayé de m'emmener, il m'a défendue et puis... je ne sais pas ! Je ne voyais rien ! Je ne voyais rien... !

- Calme-toi, je suis là. On va retrouver Flid. Viens.

Il la prit par les épaules et il retournèrent sur les pas de Raine. Il n'y avait aucune trace des hommes. Flid était allongé au sol et aboya en les voyant.

- Flid ? Demanda Raine. Il va bien ?

- Je crois qu'il a une patte cassée.

- Oh non... je suis désolée Flid. Je suis désolée.

Elle se baissa, tatonnant dans le vide pour trouver le chien. Anri guida sa main jusqu'à la tête de Flid qu'elle caressa. Elle posa son front contre son museau.

- Je te demande pardon. Pardon Flid. Tu es blessé à cause de moi.

Le chien lui lécha le visage pour la rassurer. Elle sourit doucement.

- T'es beaucoup trop gentil pour un chien de garde.

Anri s'accroupit près d'eux et caressa la tête de son chien.

- Bravo Flid, je suis fier de toi. Tu as protégé Raine comme je te l'avais demandé.

Il prit délicatement le chien dans ses bras et demanda à Raine de se tenir à sa veste. Il devait les sortir de là avant tout, mais ces hommes qui avaient essayé d'enlever Raine... qui étaient-ils ? Que voulaient-ils ? Quoi que ce soit, il le leur aurait donné sans hésiter s'ils avaient réussit à emmener Raine. Elle était désormais la personne qui comptait le plus pour lui. Il sacrifirait sa vie sans remords pour elle.

oOo

- J'en ai marre ! S'écria Serena. Ça fait une éternité qu'on marche et toujours aucune sortie !

- Tu es fatiguée ?

- Oui ! Fatiguée d'avoir à supporter ta présence ! J'arrive pas à croire que je suis coincée dans un endroit pareil avec toi !

- Je te rappelle que c'est ta faute si on en est là.

- MA faute ?

- Si tu n'étais pas partie à la recherche d'Anri on serait déjà dehors à l'abris.

- Tu n'avais pas à me suivre !

- Ton père m'en aurait voulu s'il t'était arrivé quelque chose. Mon oncle était son meilleur ami.

Serena s'arrêta. Elle connaissait très bien l'oncle d'Eruan. Elle avait passé tous ses étés dans sa mansion et elle avait été très triste d'apprendre sa mort. Eruan l'observa en se demandant pourquoi elle était soudain devenue aussi silencieuse.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? T'as perdu ta langue ? La demoiselle se serait enfin rendu compte que je suis le garçon le plus remarquable de la Terre ?

- Je suis désolée pour ton oncle. Quand j'ai su pour l'incendie...

Sa gorge se serra. Elle avait pleuré pendant des jours la mort des Grant. En parler ravivait sa tristesse.

- Ne pleure pas.

- Qui pleure ? S'exclama-t-elle en reprenant sa marche.

- Oui, oui. Mais ça me rassure de voir que la demoiselle n'est pas aussi cruelle qu'elle veux le faire croire.

- Cru... cruelle ? Je n'ai jamais été cruelle avec personne !

- Pourtant j'en souffre encore...

- Toi c'est pas pareil. Je ne te suporte pas, c'est un fait ! Chaque fois que je te vois j'ai le sang en ébullition.

- Tu sais que cette phrase pourait être mal interprétée hors de son contexte. On pourait croire que tu bous de passion pour moi.

- J'en ai marre ! Hors de ma vue ! Va t'en, je ne veux plus te voir !

- Tu n'as pas peur de te retrouver seule ?

- Je ne suis plus une enfant ! Et je suis cent fois mieux seule qu'avec toi !

- Comme tu voudras.

Ils empruntèrent chacun un couloir différent. Serena marchait à grands pas, voulant mettre le plus de distance entre elle et cet idiot d'Eruan. Puis elle ralentit l'allure. Les sous-sols étaient beaucoup plus impressionants maintenant qu'elle était seule. "Allons Serena ! Ne donne pas raison à cet idiot !". Elle continua son chemin mais soudain, les lumières clignotèrent avant de s'éteindre. Elle se figea au milieu du couloir. "Génial ! Manquait plus que ça. Qu'est-ce que je vais faire maintenant ?". Elle tenta de faire quelques pas de plus puis se figea de nouveau. Elle avait entendu des bruits de pas. Des pas devant elle.

- Eruan ? Demanda-t-elle faiblement.

Cependant elle savait que ça ne pouvait pas être lui. Elle avait laissé Eruan derrière. Les pas stoppèrent. Puis ils reprirent, venant dans sa direction. Sa respiration s'accéléra. "Qu'est-ce qui m'a prit de parler ?". Elle fit un pas en arrière, les pas se rapprochant toujours d'elle. Soudain elle senti quelqu'un l'attraper par derrière et elle hurla.

- Serena ! Chut, c'est moi. C'est Eruan.

- Eruan ! s'écria-t-elle rassurée.

Elle tatonna dans le noir pour s'accorcher à lui. Il passa un bras autour de ses épaules, la serrant contre lui.

- Tu m'as fait peur idiot !

- J'ai entendu. Je crois que je suis devenu sourd.

- Eruan... il y a quelqu'un d'autre dans le couloir.

- Quoi ?

- Quelqu'un d'autre ! Il y a quelqu'un d'autre !

Elle le sentit fouiller dans sa poche et quelques secondes plus tard une faible lueur éclaira les environs. Il tenait son briquet, le bras tendu devant lui pour inspecter les lieux. Personne.

- Tu es sûre que tu n'as pas immaginé des choses à cause du noir ?

- Je te dis qu'il y avait quelqu'un ! Il s'est approché de moi. Il était tout près... J'ai eu tellement peur !

- Tout va bien Serena. On va rester ensemble à partir de maintenant.

- Si je dis oui, tu vas encore dire que ça peu être mal interprété ?

- Non, je suis trop heureux que tu m'ai appelé "Eruan". Je risquerais de casser l'ambiance.

- Quelle ambiance ? Dit-elle en séloignant de lui, se rendant compte qu'il la tenait toujours contre lui.

- ça fait une éternité que tu ne m'as pas appelé comme ça. Bizarrement ça m'a manqué.

- Ne raconte pas n'importe quoi. On était gamins. Je ne me souviens presque plus de ce temps là.

C'était un mensonge bien sûr. Elle avait l'habitude de jouer avec Eruan et les enfants du village près duquel se trouvait la mansion des Grant.

- Alors tu ne te souviens pas non plus de la promesse que tu m'as faite.

Serena rougit fortement. Elle remercia l'obscurité d'avoir permis de cacher ce fait à Eruan.

- Non je ne m'en souviens pas.

Eruan eut un demi-sourire. Il était évident qu'elle mentait.

- ça me fait mal, dit-il ironiquement en posant la main sur son coeur. Moi qui me suis préservé pour toi.

- Préservé ? Laisse-moi rire ! Tu n'es qu'un beau parleur ! Un séducteur et un gougeat !

- Pourtant j'ai 19 ans et je ne suis toujours pas marié malgré la tradition.

- Qui serait assez stupide pour t'épouser ? Et puis avec ta réputation de coureur de jupon, aucun père ne voudra te donner sa fille en mariage.

- C'est bien là l'astuce. En attendant que tu respectes ta promesse, on ne me cours pas derrière pour que je me marie.

- Je n'ai jamais rien promis ! Et arrête de faire semblant de t'intéresser à moi. Tu me donnes la nausée.

Les lumières se ralumèrent soudain et elle en profita pour se retourner et partir devant. Ils marchèrent en silence un bon moment avant de se retrouver devant un important éboulis. Ils devraient l'escalader pour pouvoir traverser. Eruan passa le premier. Quand il fut de l'autre côté il tendit la main à Serena qui le suivait de près pour l'aider à redescendre. Elle était concentrée sur les endroits instables où elle mettait les pieds. Quand elle releva la tête elle s'exclama :

- Eruan !

Aussitôt il se baissa, évitant le bras puissant qui se serait refermé sur son cou. Il fit reculer l'agresseur en lui donnant un coup de pied dans le ventre et il se plaça devant Serena, le bras tendu pour lui dire de rester derrière lui. L'homme n'était pas seul. Derrière lui tout un groupe les observait. Il fut surpris de voir parmis eux des prisonniers, leurs poignets encore entravés par leurs chaînes. Les autres étaient vêtus de capes à capuchon. Certains portaient sur leurs épaules des personnes inconscientes. Parmis elles, Serena reconnu ses deux amies.

- Louise ! Mariel !

Eruan évalua la situation. Il était seul et sans armes. Ça allait être difficile mais il devait protéger Serena. L'homme se jeta de nouveau sur lui. Eruan évita plusieurs attaques avant de riposter, le neutralisant facilement. Mais à présent plusieurs de ses acolytes se jetaient dans la bataille. Il fit de son mieux pour les repousser mais quand l'un d'eux lui mit un coup de poing dans les côtes, Eruan s'effondra à genoux au sol dans un hurlement. Effrayée, Serena jetait des regards dans tous les sens pour trouver un moyen de l'aider. Elle aperçut un tuyaux en fer pris dans l'éboulis. Elle tira dessus de toutes ses forces et une fois qu'elle l'eu sortit des rochers, elle se jeta sur le premier homme à sa portée, lui assénant un grand coup qui l'assomma à moitié. Mais il ne fallu pas longtemps pour qu'elle soit maitrisée.

- Je crois que c'est la fiancée du prince, s'écria l'un des homme qui la maintenait immobile.

- C'est parfait on l'emmène.

- Non ! S'écria Serena en se débattant. Ôtez vos sales pattes ! Eruan !

- Qu'est-ce qu'on fait du garçon ?

- Laissez-le. On en a suffisament.

Ils forcèrent Serena à avancer, la trainant littéralement.

- Eruan ! Eruan !

Le garçon se força à se relever, essayant d'oublier la douleur qui lui vrillait les côtes. Il attrapa l'un des deux hommes qui retenaient Serena et lui balança un énorme coup de poing, lui faisant lacher prise. Le second voulu l'attraper mais Serena lui donna un grand coup de pied dans le tibia, lui permettant de se libérer. Elle rejoignit Eruan qui était à nouveau à genoux au sol, se tenant les côtes.

- Eruan ?

Il la plaça derrière lui d'un mouvement vif.

- Vous ne la toucherez pas ! Cria-t-il aux hommes.

Ceux-ci l'observèrent un instant puis un grand bruit se fit entendre un peu plus loin.

- Je crois qu'on est repéré, dit l'un d'eux. Laissez tomber, on y va.

Ils s'éclipsèrent tous rapidement, les laissant de nouveau seuls.

- Serena... dit difficilement Eruan. Tu vas bien ?

- Oui.

- Tant mieux, dit-il rassuré.

- Et toi ? Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais blessé ?

- Pour pas te faire culpabiliser je suppose.

- Culpabiliser ?

- Je me suis blessé dans notre chutte parce que j'ai voulu éviter que tu te fasses mal. Finalement c'est moi qui me suis tout pris dans les côtes.

- Ah... dans ce cas je suppose que je te dois des excuses ?

- Oui et un remerciement.

Il avait dit cela en tendant le cou vers elle comme pour l'embrasser. Mais elle se recula avant qu'il n'y soit parvenu.

- Que... ! Qu'est-ce que tu fabriques ?

- Ben quoi ? Ça se passe comme ça normalement. Le garçon sauve la fille, elle le remercie, l'embrasse, ils se marient et ont beaucoups d'enfants.

Elle fronça les sourcils énervée et lui donna une petite tape dans les côtes. Il gémit de douleur une nouvelle fois.

- Tu vois, quand je dis que tu es cruelle !

- Arrêtes de débiter des anneries et va t'asseoir ! Dit-elle en désignant le mur.

- Tu me met au coin ?

- Ouais, c'est ça, espèce d'âne ! Ça m'étonnerait que tu puisses marcher pour le moment et je suis fatiguée, alors on va en profiter pour se reposer.

Eruan alla se caler contre le mur, essayant de trouver la position la moins douloureuse possible. Mais chaque respiration le faisait souffrir. Serena s'assit loin de lui contre le mur d'en face.

- Quoi ? Dit-il. Je suis contagieux ?

- Pas question que je m'approche de toi après ce que tu viens d'essayer de faire.

- De nombreuses filles se serait cru au paradis.

- Eh bien pour moi c'est l'enfer !

Il sourit et ferma les yeux, appuyant sa tête contre le mur. Le temps passa et il se mit à observer la jeune fille qui se tenait en face de lui. Elle avait l'air endormie, sa coiffure s'était défaite et sa longue chevelure rousse retombait souplement sur ses épaules. Cette fille était une rareté. Les cheveux roux étaient très peu répandus. Elle les tenait de sa grand-mère. Mais ce qui faisait vraiment sa rareté, c'était ses yeux vairons. L'un était vert, l'autre bleu. Ils avaient souvent été un sujet de moquerie quand elle était jeune. Et lui même ne s'était pas privé de la taquiner là-dessus. Mais en réalité, il les aimait beaucoup. Ses yeux et sa chevelure flamboyante. Il les avait toujours aimés.

Serena se réveilla, clignant des yeux pour les réabituer à la lumière. Quand elle vit qu'il la regardait intensément, elle demanda :

- Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?

- Je me demandais combien je pourais bien te revendre. Tes yeux à eux seuls valent une fortune.

Elle saisit la première pierre qui lui vint sous la main et la lui jeta. Il l'évita facilement en bougeant la tête et elle s'écrasa contre le mur.

- Tu jettes des pierres maintenant ?

- Tu peux pas rester sérieux deux secondes ? Faut toujours que tu sortes une connerie.

Elle croisa les bras, se frictionnant pour échapper au froid des souterrains.

- Tu as froid ?

- Non.

- Tu trembles.

- Et alors ?

- Quand on tremble, c'est qu'on a froid.

- Bon ! Qu'est-ce que ça peux te faire ?

- Viens t'asseoir à côté de moi, ça ira mieux.

- Plutôt creuver de froid !

- Serena.

Elle croisa son regard. Il lui intimait de se dépécher de venir avant que ce soit lui qui aille la rejoindre. Elle soupira d'exaspération et se leva avant de se laisser tomber à côté de lui. Puis presque imperceptiblement, elle cola son bras contre le sien pour récupérer un peu de chaleur. Elle lui lança un regard en coin et dit :

- ôte immédiatement ce petit sourire victorieux de tes lèvres ou tu vas le sentir passer.

- Oui m'dame.

...

- Tu crois qu'on nous cherche ? Demanda-t-elle.

- Evidemment. Tu es la fiancée d'Anri. Si on ne me cherche pas moi, toi en revanche c'est certain.

- J'espère qu'il va bien.

- Il doit être avec Raine maintenant.

- D'où est-ce qu'elle sort ? Elle apparaît comme ça pour me piquer mon fiancé !

- Raine travaillait pour mon oncle. Elle a perdu la vue dans l'incendie. C'est la seule survivante.

- Je vois, alors elle fait sa malheureuse pour accaparer Anri.

- Elle ne sait pas qui est Anri.

- Comment ça ?

- Anri ne voulait pas qu'elle le sache. Parce qu'elle n'aurait plus pu se comporter naturellement envers lui.

- Ah... Eh bien maintenant elle le sait...

- Tu lui as dit ?

- Je ne pensais pas qu'elle l'ignorait, ni qu'Anri voulait garder ça secret !

- Anri va vraiment t'en vouloir pour ça...

- Elle l'aurait appris tôt ou tard !

Alors un grand nombre de bruits de pas se firent entendre. Serena retint sa respiration, se rapprochant instinctivement d'Eruan. Mais il n'y avait nul lieu de s'inquiéter. Enfin un groupe de soldats déboucha dans le couloir.

- Mademoiselle La Valière, dit humblement l'un d'entre eux en s'inclinant. Votre père vous a fait chercher partout. Nous ne pensions pas vous trouver ici.

- Merci d'être venus... dit-elle soulagée en se relevant. Occupez-vous de Grant, s'il vous plaît, il a plusieurs côtes cassées.

"C'est reparti ! Je crois que je ne l'entendrai plus m'appeller Eruan à partir de maintenant. Mais bon... elle n'a pas oublié que je m'étais blessé pour elle. Il y a encore de l'espoir..."

Les soldats les ramenèrent à la surface où Serena tomba dans les bras de son père. Celui-ci remercia Eruan de lui avoir ramené sa fille saine et sauve avant qu'il ne soit emmené voir un médecin. Là il retrouva Noëlle en compagnie d'Anri et de Raine.

- Eruan ! S'exclama son ami. Tu es là, je me suis inquiété en voyant que tu n'étais pas sortit.

- J'étais avec Serena. Je ne pouvais pas la laisser seule. Je n'ai que quelques côtes cassées Noëlle, ne vous en faites pas pour moi.

- Je ne vous ai rien demandé.

- Sérieusement, dit-il en regardant Anri. Qu'est-ce que c'était que tout ça ? On a croisé des intrus dans les sous-sols. Ils ont libéré pas mal de prisonniers et ils ont pris des otages dont deux amies de Serena.

- Hum... ils ont aussi essayé d'enlever Raine.

- Tu as une idée de leur identité ?

- Oh oui. Ils ont placardé des messages un peu partout dans le château. Et les prisonniers évadés sont tous d'anciens habitants du royaume de Raggs.

- Tu veux dire que ce sont...

- Oui. Ce sont des Raggsiens qui ont provoqué l'explosion. Ils disent qu'ils relacheront les otages quand nous auront affranchit tous les esclaves originaires de Raggs. Eruan... ta mère fait partit des otages.

- Ma mère...

- Oui, je suis désolé.

"Mère..." Il déglutit difficilement. Sa mère avait toujours eut une constitution fragile. A la mort de son père, sa santé s'était dégradée et l'oncle d'Eruan avait pris soin d'eux. Elle allait bien mieux depuis, mais il avait peur que la captivité ne l'affaiblisse de nouveau. Elle était la seule famille qu'il lui restait. Et il avait terriblement peur de la perdre.

- ça ira Eruan, le rassura Anri en posant une main sur son épaule. Je te la ramènerai en bonne santé.

- Alors tu vas accepter leurs conditions ?

- Ce n'est pas à moi d'en décider. Tu le sais bien. Et j'ai peur que mon père... Noëlle m'a dit qu'il n'était plus lui-même depuis la mort de ma mère. Il se laisse beaucoup influencer par Ayanami-san. Je soupçonne même que ce soit lui qui l'ai poussé à déclarer la guerre à Raggs. Ayanami ne m'inspire pas confiance... Mais je vais parler à mon père.

- Je te fais confiance Anri.