Chapitre 34 : le tournoi des trois sorciers.
Octobre 1994.
En cette froide après-midi d'automne, Remus Lupin frissonna sous le vent qui s'abattait sur Londres. La météo moldue qui pouvait être fiable de temps à autre prévoyait des semaines pluvieuses et orageuses, mais après tout on était en Angleterre, il aurait du avoir l'habitude depuis le temps.
Jetant un rapide coup d'œil à sa montre, Remus constata qu'il était en retard. Il avait rendez-vous à Poudlard avec Minerva et Severus Rogue à cinq heures, et il était déjà plus de cinq heures dix. Et il fallait encore qu'il rentre chez lui déposer ses affaires avant de se rendre au château par poudre de cheminette. Rogue ne serait pas content, il le savait, mais son patron avait tenu à le garder plus que nécessaire aujourd'hui, une histoire à propos de radios moldus qui captaient les ondes sorcières, probablement à cause d'un sorcier qui s'était cru malin et avait voulu jouer une blague. Remus et Arthur Weasley était sur cette affaire depuis deux semaines déjà, et toujours aucune trace.
Il se hâta de transplaner jusqu'à chez lui où il déposa ses affaires à la hâte, constatant que sa fiancée devait encore se trouver au boulot. En ce moment elle travaillait de plus en plus tard, mais c'était parce qu'elle était encore nouvelle dans son travail, aussi ses supérieurs voulaient qu'elle fasse ses preuves. Cela voulait dire peu de temps passé ensemble, mais Remus s'en accommodait. Après tout ils avaient toute la vie devant eux.
Cinq minutes plus tard, il jeta de la poudre dans la cheminée et cria 'Poudlard'.
Il atterrit dans les appartements privés de son ancien professeur de Métamorphoses où celle-ci, plus un professeur de Potions grincheux l'attendaient.
- Je suis désolé pour le retard, mais j'ai été retenu au travail, s'excusa-t-il.
- La prochaine fois essaie de nous prévenir Lupin, je ne suis pas à ta disposition, contrairement à ce que tu peux croire, répliqua Severus avec un rictus, mais Remus fut assez sage pour ne rien répliquer. Il savait pertinemment qu'il était inutile d'espérer que leurs relations se normalisent du jour au lendemain. Il y avait encore du travail à faire, mais il était prêt à fournir les efforts nécessaires.
- Désolé, répéta-t-il avec un petit sourire en coin. Bon, maintenant que je suis là, on peut commencer. Est-ce que vous avez trouvé quelque chose ?
Quand ils avaient décidé de travailler ensemble sur la piste Horcruxes à la fin du mois d'août, et devant l'immensité de la tâche en question, les trois sorciers avaient décidé tout d'abord de se renseigner en détail sur le sorcier qui les avait crée, étant donné que grâce à Harry ils avaient pu apprendre que Lord Voldemort n'était nul autre que Tom Jedusor, un ancien condisciple de la directrice des Gryffondors.
- Pour ma part, j'ai tenté de consulter les archives du Ministère pour trouver son acte de naissance, commença Remus, et je n'ai absolument rien trouvé. Aucun Tom Jedusor né vers la fin des années 1920, et d'ailleurs aucune trace d'aucun Jedusor. Je suis persuadé que Jedusor est un nom moldu.
- Ce qui voudrait dire que le père du Seigneur des Ténèbres est un moldu, et que ce dernier est un Sang-mêlé ! s'exclama Rogue. Plus hypocrite tu meurs par Salazar !
- Lorsque j'étais à Poudlard, Tom Jedusor était la star de l'école : beau, intelligent, charismatique, presque tout le monde l'aimait, mais je suis sûre et certaine qu'il disait être un Sang-Pur. A l'époque la pureté de sang avait une très grande importance, encore plus qu'aujourd'hui, et tout le monde savait quelle était la famille de qui. Et si Jedusor a pu devenir le prince de Serpentard, c'est uniquement parce qu'il clamait être un Sang-Pur, expliqua Minerva.
- Mais selon Harry Voldemort serait l'héritier direct de Salazar Serpentard ?
- Peut-être qu'il a encore une fois menti ? suggéra Remus.
- Pas si sûr. Après tout il parle Fourchelangue, il pouvait ouvrir la Chambre des Secrets. C'était peut-être le descendant de Salazar du côté de sa mère, répliqua Severus.
- Est-ce qu'on sait s'il existe d'autres descendants de cette famille vivant aujourd'hui ?
- Non, ils se sont éteints, répondit Minerva. Je ne connais pas les détails, mais il me semble que cette famille a disparu au début du siècle.
- Il faudrait qu'on puisse vérifier si effectivement Voldemort était le descendant de Serpentard et s'il a encore de la famille aujourd'hui.
- Excuse-moi Lupin mais pourquoi la vie familiale du Seigneur des Ténèbres est si importante dans la recherche des Horcruxes ? En quoi cela va-t-il nous aider ?
- Parce que, plus on aura d'informations sur lui, sur les gens qu'il a connus, on pourra avoir des indices sur quels objets ont pu être transformés en Horcruxes, ou le lieu où il les a cachés ! Mais et toi, est-ce que tu as trouvé plus d'informations sur les Horcruxes Severus ?
- Eh bien je me suis rendu sur l'Allée des Embrumes pour tenter de trouver des livres sur le sujet. Etant donné que je ne veux pas que tout le monde sache que je suis à la recherche de telles informations, je me montre discret. J'ai trouvé un ouvrage sur le moment, mais il n'indique aucun moyen pour détruire un Horcruxe, il en décrit simplement la conception, et croyez-moi ce n'était guère plaisant à lire, grimaça l'austère directeur des Serpentards. Mais je n'en sais pas plus pour le moment. Et je ne peux pas aller voir les anciens Mangemorts, je me suis rendu compte cet été que peu avaient encore confiance en moi.
Remus se leva de son siège et commença à arpenter le salon de Minerva McGonagall, qui était une pièce à la fois simple et élégante, aux couleurs de Gryffondor. Il avait une idée en tête, c'était visible à la manière dont il se touchait le menton.
- Est-ce que vous savez qu'Harry a d'excellents contacts avec les Zabini ? finit-il par dire. Il a été passé les dernières vacances de Noël chez eux et il m'a raconté que la mère de Blaise, Andréa je crois, était une historienne aguerri qui de plus possédait une immense bibliothèque et une connaissance du monde sorcier inépuisable.
- Andréa Zabini ? répéta Minerva avec une petite moue. Elle n'a pas très bonne réputation. Est-ce que tu les connais bien Severus ?
- Je ne les ai jamais rencontrés, mais bien sur j'ai entendu parler d'eux. C'est vrai qu'Andréa a une sacré réputation, mais à quoi penses-tu Lupin ?
- Je pense qu'elle doit en savoir plus que quiconque sur la famille de Serpentard, répondit le lycanthrope.
- Oui bien sûr, mais de là à lui faire confiance et tout lui révéler, il y a une marge que je ne suis pas prêt à franchir !
- Je ne parle pas de tout lui raconter, mais peut-être qu'Harry au détour d'une lettre pourrait lui demander des informations, pour sa culture personnelle, suggéra Lupin d'un ton innocent, tel celui qu'il utilisait quand il était adolescent pour convaincre un professeur que non, il n'avait absolument pas participé à cette farce.
- J'aime ta façon de penser Lupin, finit par admettre Severus. Très bien, demande à Harry de lui écrire une lettre, tout en restant discret. Est-ce qu'il est au courant que nous faisons ces recherches ?
- Oui, j'ai préféré le lui dire.
- Bonne idée, sinon il y a tout à parier que lui et sa bande auraient fini par décider de rechercher eux-mêmes les Horcruxes, soupira McGonagall.
- En parlant d'Harry et compagnie, intervint l'ancien Mangemort avec un petit sourire narquois sur les lèvres, j'ai eu une petite entrevue récemment avec lui à propos de ce que tu m'as raconté cet été.
- Et alors ?
Flash-back :
C'était un dimanche après-midi, et Harry était dans le bureau de son directeur de maison pour la première leçon d'occlumentie de l'année scolaire.
Après les remontrances auxquelles il avait eu droit au mois de juillet, Harry avait pris au sérieux ses exercices et entraînements et avait respecté au pied de la lettre les consignes de Severus Rogue. Et aujourd'hui celui-ci allait vérifier le niveau de son élève préféré.
Il passa tout l'après-midi à tester Harry, à rentrer dans son esprit et Harry avait pour tâche de le rejeter, le plus vite et le plus subtilement possible. Et Severus Rogue fut satisfait de constater qu'Harry était arrivé à un niveau plus que bon pour un élève de son âge. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à apprendre à ériger des barrières mentales plus solides, à l'instar de son amie, afin de ne plus avoir à faire l'effort d'éjecter la personne qui tentait de rentrer dans son esprit, que ça se fasse plus naturellement, si on pouvait dire.
Au bout de trois heures d'efforts, le professeur de Potions décida d'en rester là.
- Très bon travail Harry, tu as fait des progrès depuis la fin de l'année, déclara-t-il. Si tu continues comme cela, tu seras un occlumens dans moins d'un an.
Le jeune Serpentard esquissa un sourire heureux. Il avait bien senti qu'il faisait des progrès, mais en entendre la confirmation, par un professeur aussi exigeant, cela faisait très plaisir. Il fallait dire que depuis la fin de la troisième année et l'enlèvement de Ryan, Severus Rogue semblait encore plus gentil avec lui, étant même passé au tutoiement, pas devant d'autres élèves bien entendu.
- Avant que tu ne sortes de cette salle de classe, il faudrait qu'on parle de quelque chose, dit Rogue, un petit sourire narquois se dessinant sur ses lèvres.
J'ai appris par ton oncle que toi et plusieurs de tes amis vous vous entraîniez à une branche bien particulière de la magie, commença-t-il d'une voix lente. La petite voix sadique en lui qui adorait torturer de jeunes esprits facilement influençables se délecta de la lueur inquiète qui passa dans les yeux vert émeraude du fils de son Némésis de toujours.
- Professeur…tenta Harry, mais il fut coupé par son directeur de maison.
- Non attends je n'ai pas terminé. Tout d'abord, saches que je ne suis pas choqué ou furieux. C'est presque une tradition pour les disciples de Salazar que de pratiquer la magie noire au sein de Poudlard, et je sais de source sûre que toi et tes amis n'êtes pas les seuls, donc pas de panique, je ne vais pas vous dénoncer au directeur, vous retirer des points ou vous infliger des retenues.
Mais, et je vais être particulièrement inflexible sur ce point, la magie noire n'est pas pour les enfants, c'est dangereux, et ça peut devenir une addiction. Etant donné que vous êtes tous encore très jeunes, je vais insister pour superviser cela. Je veux savoir quels sorts vous apprenez, je veux que vos entraînements restent limités, pas plus de deux heures par semaine. Je veux également que vous me donniez la liste des manuels que vous avez lu jusque là, et je me réserve le droit de vous imposer des règles à tout moment.
- Très bien professeur, répondit un Harry soulagé de s'en tirer aussi facilement.
- Dans ce cas là tout va bien. Tu serais surpris de savoir combien de sorciers ont déjà utilisés de la magie noire, tu sais, commenta Rogue. Aujourd'hui il n'y a que les puristes Gryffondoriens qui rejettent la magie noire et la condamnent. Des gens comme tes parents ou ton parrain. Même Dumbledore dans sa jeunesse a étudié cette branche de la magie.
- Vraiment ? demanda Harry avec incrédulité.
- Oui bien sûr. Je me souviens que nous en avons longuement parlé quand j'ai été engagé comme professeur. Lui-même reconnaît que tout n'y est pas mauvais, que certains rituels, certains sortilèges sont utiles, mais ça reste dangereux, et utilisé par certains sorciers ça en devient néfaste, nuisible.
- Bien sur professeur, je comprends.
- Me voilà rassuré, soupira le lycanthrope, de savoir que tu les supervises. Ils sont encore jeunes et enclins aux dérapages.
- Je pense que tu n'as pas de souci à te faire, répondit Severus. Comme je lui ai demandé Harry m'a indiqué quels sorts il avait appris et les livres qu'il avait lu. Jusque là il a uniquement pratiqué de la magie noire de niveau 1 si on veut. Des sortilèges d'attaque, quelques uns de défense, rien de bien dangereux. Je vais continuer à les superviser et m'assurer qu'ils n'aillent pas trop loin.
L'entrevue se termina peu de temps après. Les trois sorciers se mirent d'accord pour continuer leurs recherches, chacun de leurs côtés et se revoir tous les mois pour des mises au point.
Quand l'incident eut lieu, Luna se trouvait au rez-de-chaussée, au couloir qui menait directement à la salle commune des Serdaigle.
C'était un jeudi soir, elle revenait de la salle sur demande où elle, Lucas et Jenny avaient commencé leurs apprentissages pour devenir Animagus. Pour elle, la phase de méditation se passait plus que bien, elle qui avait tant l'habitude de se couper du monde et se réfugier dans son propre monde. C'était comme si toute son enfance elle s'était préparée à cela.
Il ne restait plus que dix minutes avant le couvre-feu et elle hâta le pas, ne voulant guère rencontrer de préfets ou de professeurs en chemin. Ce genre de rencontres fortuites la mettait systématiquement mal à l'aise. En dehors de son cercle d'amis, elle n'aimait pas adresser la parole à d'autres paroles qui pouvaient se moquer d'elle, comme presque tout le monde le faisait.
Elle était seule dans le couloir quand elle entendit des bruits de pas derrière elle. Des murmures étouffés lui parvinrent et elle se pressa davantage. Elle n'était plus qu'à quelques mètres de sa salle commune.
- Mais c'est Loufoca, s'exclama une voix cruellement joyeuse, que Luna reconnut aussitôt. Ryan et Harry, en plus de partager un physique presque identiques, avaient des timbres de voix très semblables.
Elle ne répondit rien, c'était inutile. D'après les bruits de pas, ils étaient plusieurs.
- Tu traines toute seule dans les couloirs Loufoca, mon frère n'est pas là pour te protéger à ce que je voix, continua-t-il, et les garçons qui l'accompagnaient éclatèrent d'un rire niais. Luna essaya de marcher plus vite mais les garçons la rattrapèrent et se postèrent devant elle, l'empêchant d'aller plus loin.
- Je veux juste retourner à ma salle commune, indiqua-t-elle d'une voix très calme aux trois garçons qui se trouvaient devant elle, Ryan, un roux qui était toujours avec lui, et un autre aux tâches de rousseur et aux cheveux bruns. Je ne veux pas arriver en retard et que les Nargles m'attrapent en chemin.
- Vous voyez, s'écria Ryan d'un ton triomphant. Cette fille est complètement folle, timbrée ! Mon frère a vraiment le chic pour s'entourer de losers complets !
- Ce n'est pas très gentil de dire ça, fit remarquer une Luna imperturbable. Elle leva ses grands yeux bleus vers le plus jeune des Potter et tressaillit quand elle croisa son regard. Elle recula de plusieurs pas, troublée, et déclara.
- Je ne t'aime pas toi, dit-elle avec une grande méfiance dans la voix.
Ryan sortit sa baguette de sa poche et la regarda d'un air mauvais. Ses deux acolytes lui emboitèrent le pas aussitôt.
- Parce que tu crois qu'on t'aime bien nous ? Tout ça parce que mon frère a eu pitié de toi ne veux pas dire que tu as des amis. Vous êtes tous pathétique, suivre Harry comme s'il était une sorte de, une sorte de héros ou je ne sais quoi, dit-il, clairement énervé. Personne ne vous aime dans l'école, pas comme moi, fanfaronna-t-il.
Luna ne répondit pas, elle continua de le dévisager avec du dégout clairement inscrit sur son visage. Et cela ne fit qu'énerver Ryan encore plus, lui qui n'aimait pas ne pas susciter de l'admiration chez les gens.
Luna n'eut le temps de rien voir arriver.
Elle vit les trois garçons devant elle pointer leurs baguettes dans sa direction, et regretta avoir rangé la sienne dans son sac. A l'avenir elle éviterait de se retrouver ainsi démunie.
Trois sortilèges la frappèrent et elle se retrouva dans l'obscurité la plus complète.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
- Qui t'as fait ça Luna ? insista Harry.
Tous se trouvaient à l'infirmerie, au chevet de leur amie où ils s'étaient rués quand ils avaient appris qu'elle s'y trouvait depuis la veille au soir. C'était une préfète qui l'avait trouvé à quelques pas de la salle commune des Serdaigle, inconsciente. Apparemment, on lui avait jeté des sortilèges inoffensifs en soi, mais elle était tombée en arrière, se cognant la tête sur les pieds d'une statue et Mme Pomfresh avait insisté pour la garder toute la journée en observation afin de vérifier qu'elle ne souffrait pas d'un traumatisme à la tête.
- Je ne sais plus, répondit-elle en détournant le regard. Elle avait très mal à la tête et un gout amer dans la bouche du aux nombreuses potions que l'infirmière lui avait enjoint de boire.
Elle se souvenait parfaitement de l'identité de ses assaillants, mais préférait ne rien dire à Harry, qui s'énerverait contre son frère, et cela déclencherait encore une dispute. Inutile de rajouter de l'huile sur le feu.
- Tu ne t'en souviens vraiment pas ? demanda Blaise. Parce que si tu nous dis qui c'est, dans cinq minutes son compte est réglé. Est-ce que c'était des Serpentards plus âgés ? Ou des Serdaigles ?
- Ou peut-être Prescott et sa bande ? suggéra Neville. Louis Prescott était un Gryffondor de sixième année qui aimait à tourmenter les élèves plus jeunes et venant d'autres maisons. Quand le trio d'or était en première année, Prescott avait tenté de s'en prendre au frère du Survivant et l'avait regretté quand celui-ci l'avait envoyé à l'infirmerie avec le visage tout violet et des pustules sur tout le corps. Depuis ce temps il n'avait plus rien osé contre Harry mais était le premier à colporter des rumeurs sur lui.
- Non je ne sais pas, répondit la jeune Serdaigle en se remuant dans son lit. Vous feriez mieux de vous rendre en cours, vous allez être en retard.
- Très bien on y va, dit Harry. Mais je repasserai après mon cours de défense. Luna, essaie de te reposer un peu, et peut-être que ça te reviendra ok ?
Tous se levèrent à contrecœur, sauf Jenny qui resta fermement assisse à côté de son amie.
- Je n'ai pas cours, lui indiqua-t-elle avec un petit sourire. Je vais rester un peu avec toi en attendant mon cours de runes.
La jeune Serpentarde attendit que tous fussent partis avant de reprendre la parole.
- Bon alors qui c'est qui t'a attaqué ? redemanda-t-elle d'une voix douce.
- Ryan et deux de ses amis, finit par répondre Luna. Elle savait qu'elle pouvait faire confiance à Jenny pour ne rien répéter si elle le lui demandait.
- Je comprends mieux pourquoi tu ne voulais rien dire. Mais il mérite quand même une correction, ce sinistre crétin.
- C'est inutile, je ne veux pas qu'Harry se batte avec son frère, juste pour moi, répondit Luna avec un petit haussement d'épaules. En ce moment ils ont tous les deux une sorte de trêve, je n'aimerais pas que cela change juste pour un petit incident.
- Luna ça aurait pu être plus grave, protesta son amie. Tu as eu de la chance de n'avoir qu'une simple bosse, beaucoup de chance ! Ryan ne peut pas s'en sortir comme ça simplement parce qu'il est le Survivant, ou parce qu'il a été enlevé cet été ou je ne sais quelle autre excuse ! Ryan se croit tout permis parce que jamais personne ne s'oppose à lui, parce que tout le monde le laisse faire tout ce qu'il veut, même si ce n'est pas juste. Tu n'es pas la première à qui il s'attaque. Je l'ai souvent vu ces deux dernières années s'attaquer à des élèves plus jeunes ou à des Serpentards, juste parce que ça l'amuse, parce qu'il croit qu'il en a le droit et que de toute façon les préfets et la plupart des professeurs laisseront passer !
- Je ne l'aime pas tu sais, murmura Luna. Je ne l'aime vraiment pas.
- Moi non plus, tu sais aucun d'entre nous ne l'aime !
- Il est mauvais, poursuivit Luna comme si elle n'avait pas entendu Jenny. Je le vois dans ses yeux, il y a quelque chose de très mauvais, de sombre.
Une heure plus tard Jenny se rendit à son cours de Runes et laissa son amie se reposer, même si celle-ci se sentait en pleine forme et aurait préféré sortir de l'infirmerie.
Mme Pomfresh passa encore une fois pour s'assurer que sa patiente allait bien. Elle lui donna une légère collation et lui recommanda de dormir un peu, elle repasserait dans quelques heures pour vérifier que la potion avait eu des effets et que tout allait bien.
Luna avala docilement le sandwich qu'on lui avait donné et but l'amère potion grisâtre avant de se caler sous sa couverture. Elle ferma les yeux et espéra que le sommeil viendrait bientôt la surprendre.
Dés qu'elle s'était réveillée à l'infirmerie hier soir, Mme Pomfresh lui racontant avec hâte ce qui était arrivé, et quand les souvenirs de la soirée l'eurent submergé, elle décida presque immédiatement de ne dire à personne, et surtout pas à Harry que c'était son propre frère qui l'avait attaqué.
Elle avait bien remarqué depuis qu'ils étaient revenus à Poudlard qu'Harry avait coupé définitivement les ponts avec ses parents. Il leur avait lui-même raconté qu'il allait désormais habiter chez son oncle Remus. La lueur déterminée dans ses yeux, son ton résolu et l'absence d'émotion qui avait marqué sa voix avaient été des indices plus que révélateurs pour la perspicace Serdaigle. Harry ne parlait jamais de ses parents, ou alors avec une tristesse indéniable dans la voix. Mais cet été il avait franchi un cap et avait coupé les liens pour de bon. Mais, étrangement, et c'était probablement du aux événements de cet été, cela n'avait pas concerné son frère jumeau. Luna savait qu'il avait tenté de lui parler et de l'aider, et que sa haine passée s'était transformée en une sorte de pitié teintée de tristesse. Harry avait pitié de Ryan pour ce qui lui était arrivé, pour ce qu'il était, mais il ne l'enviait plus.
Et Luna ne voulait pas être celle qui causerait de nouvelles querelles, un regain de tension entre les deux frères. Et ce n'était pas bien grave au final, se rassura-t-elle. La prochaine fois elle serait sur ses gardes.
Mais il y avait quelque chose qui la dérangeait chez Ryan. Au fond de ses yeux noisette elle avait entraperçu quelque chose qui l'avait profondément bouleversé, perturbé même. Une étincelle malveillante, une noirceur dissimulée sous les faux-semblants et une trompeuse fragilité. Quelque chose qui lui faisait froid dans le dos rien que d'y repenser.
Luna s'était rendue compte qu'elle était profondément et intrinsèquement différente des autres sorciers de son âge lorsqu'elle eut six ans. C'est en effet à cet âge là qu'elle constata qu'elle avait la capacité de voir ce qu'on pouvait appeler les 'auras' de certains sorciers autour d'elle. C'était extrêmement compliqué à expliquer, et même sa mère avant qu'elle ne meure n'avait pas été en mesure de comprendre exactement ce que cela signifiait, qu'est ce qu'était ce genre d'aptitude.
En fait, quand Luna voyait certains sorciers, elle voyait également autour d'eux comme une sorte de halo, de poussière qui flottait autour d'eux et qui selon les sorciers variaient de couleurs. Cela ne fonctionnait que pour très peu de sorciers, et encore heureux pour la jeune Serdaigle car sinon elle serait indubitablement submergée et le vivrait mal. Ainsi, parmi ses amis, cela ne fonctionnait que pour Harry, Jenny et Daphné. L'aura d'Harry était argentée, mais striée de noir, car il pratiquait la magie noire. Celle de Jenny était rouge et noire et celle de Daphné était bleue, parce qu'elle possédait un don très rare.
Mais le problème avec ce genre de don était que Luna ignorait avec certitude à quoi correspondaient les couleurs, qu'est ce que ça voulait dire concrètement. Elle n'avait que des sortes d'intuitions qui la plupart du temps se révélaient justes.
Ainsi en première année, l'aura de Jenny était double, et c'est comme cela qu'elle avait fini par deviner que la jeune Serpentarde était possédée. C'était la même intuition qui lui avait soufflé un an auparavant que les deux Serpentards s'entraînaient à la magie noire et à la fin de l'année Peter Pettigrew, dont l'aura était entièrement noire, se trouvait dans ce couloir si prés des cachots de Serpentard.
Au fils des années qui s'écoulaient ce don se révélait de plus en plus précis. Alors que quand elle était petite, Luna se souvenait que de voir ces couleurs, avoir ces intuitions, tout cela la bouleversait et la troublait plus que nécessaire et bien souvent sa mère avait du la réconforter et essuyer ces larmes. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, et surtout pourquoi elle. Et elle ne savait pas comment faire pour maitriser ce pouvoir si particulier.
Quand sa mère était morte quand elle avait neuf ans, d'un accident si stupide, si inutile, Luna avait cessé de pleurer et de s'émouvoir de ce don. A quoi bon ? Sa mère était morte et les choses ne seraient plus jamais les mêmes. En une seule nuit elle avait appris à relativiser ce genre de choses. Et c'était pour cette raison qu'elle pouvait se montrer si détaché de la vie et de ses menus détails. Quelle importance que ce soit elle qui ait hérité de ce genre de pouvoir ? Quelle importance que Ryan et ses amis l'aient attaquée par surprise et l'aient envoyée à l'infirmerie ? Elle était vivante et en bonne santé, tout allait bien, inutile de créer des vagues.
Mais ce qui la tracassait en ce moment à propos du frère d'Harry, c'était le fait qu'auparavant, elle pouvait voir son aura, qui était de couleur rouge, d'un rouge moins vif que celle de Jenny. Mais aujourd'hui, ce n'était plus le cas. Elle ne voyait plus rien, hormis cet éclair de mal dans ses yeux, et cette certitude glaciale, qui l'envahissait à chaque fois qu'elle posait le regard sur lui : Ryan Potter était mauvais, très mauvais, et des mauvaises choses allaient très bientôt arriver.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Quelques jours après l'attaque subie par Luna, Harry eut un cours de défenses contre les forces du mal.
Tout comme Jenny et Lucas, il appréciait beaucoup les cours de ce nouveau professeur qui était d'une part compétent, mais d'autre part, et c'était le plus important, neutre.
Le professeur Maugrey mettait l'accent sur la pratique, et cela avait très vite permis à Harry de se démarquer dans sa classe. Qu'il affronte Neville ou un de ses amis Serpentard, le résultat était toujours le même, et Alastor Maugrey finit par remarquer ce jeune prodige, dont on lui avait déjà parlé auparavant, et pas forcément en bien.
- Très bonne utilisation de ce sortilège, marmonna Maugrey, s'approchant d'Harry. Ce dernier était l'adversaire de Tracey aujourd'hui, et ce jour-ci le cours portait sur le sortilège de changement de direction, reverto, qui permettait à celui qui le lançait de renvoyer le sortilège directement à son assaillant. Ce sort, Harry le maitrisait depuis qu'il avait douze ans, mais il allait passer sous silence cet insignifiant détail.
- Merci professeur, répondit-il. En l'occurrence, il venait de juste de conjuguer ce sort à un autre, le sortilège de renforcement, qui multipliait la puissance du sort lancé selon le potentiel magique de celui qui lançait le sort. En d'autres termes, Tracey allait rester stupéfixée pendant quelques temps encore.
- Finite incantatem, murmura Maugrey en direction de la jeune Serpentarde qui se releva après quelques secondes, se frottant la tête et marmonnant dans sa barbe.
- Potter je te préviens c'est la dernière fois que je me mets avec toi, dit-elle d'un ton faussement menaçant, et Draco et Neville qui se trouvaient juste à côté esquissèrent un sourire narquois. Je n'ai pas envie de me ridiculiser devant tout le monde et en plus me faire mal.
- Vous semblez être très bon dans cette matière Potter, reprit l'ancien Auror. Ne le prenez pas mal mais j'ai regardé les dossiers de tous mes élèves avant que les cours ne commencent, et le votre n'était pas particulièrement brillant. Est-ce que vos talents dans ma matière viennent juste de se réveiller ?
Harry haussa les épaules.
- Pas vraiment, mais durant mes deux premières années les professeurs étaient des incompétents qui ne nous enseignaient rien du tout, et l'année dernière le professeur était mon parrain qui déteste les Serpentards et plus particulièrement moi. Pas étonnant que je n'ai pas brillé jusqu'à maintenant, expliqua-t-il avec un petit sourire très Serpentardesque.
- Votre parrain c'est Sirius Black, hein ? confirma Maugrey avec une lueur étonnée dans les yeux. Je le connais vous savez, j'étais son instructeur à lui et votre père quand ils sont devenus Aurors. De bons éléments, mais un peu trop Gryffondor, à toujours foncer la tête la première sans réfléchir.
Harry haussa de nouveau les épaules mais ne répondit rien. Il ne tenait guère à évoquer l'épineux sujet de sa famille avec un parfait étranger qui était réputé être ami avec Albus Dumbledore.
- Davies mettez-vous avec Londubat et Malfoy, ordonna brusquement le professeur. Potter venez avec moi à mon bureau pour discuter un peu.
Harry lui obéit et suivit son professeur jusqu'à l'avant de la salle où se situait son bureau. Il vit quelques élèves lui jeter des regards étonnés, et des Gryffondors telle la Belette esquisser un sourire mauvais à l'idée que certainement leur professeur allait le réprimander.
- Asseyez-vous Potter, lui indiqua Maugrey et Harry s'exécuta.
- Dîtes-moi, combien de sortilèges de défenses vous connaissez ? demanda abruptement le professeur. Plus que la plupart des élèves ici je présume ?
Harry haussa les épaules.
- Je ne saurais vous donner de chiffre exact. Tous les sorts qu'on a appris au cours de ces dernières années, plus quelque uns en plus que j'ai trouvé ici et là, répondit-il évasivement.
Maugrey le dévisagea un bon moment, son œil magique bleu vif ne cessant de rouler dans son orbite, ce qui mit mal à l'aise le jeune Serpentard. On aurait dit que l'ancien Auror cherchait à lire son âme, et il comprit soudain pourquoi Jenny avait cette impression à chaque fois qu'elle le voyait.
- Je vois, finit par dire l'auror, mais il était évident qu'il n'était pas du tout convaincu par cette réponse. Je dois avouer que ce n'est pas tous les jours que je rencontre un élève de ton acabit capable de lancer deux sorts en même temps, et qui démontre d'un tel potentiel magique. Tu as déjà des projets pour l'avenir ?
- Je ne sais pas trop, pour l'instant je n'y ai pas vraiment réfléchi. J'aime bien le Quidditch, et je suis assez bon, mais je me vois mal devenir joueur professionnel ou travailler là-dedans. J'aime beaucoup défenses contre les forces du mal et métamorphoses, ce sont mes deux matières préférées. Mais je ne sais pas vraiment. J'aime bien les runes également et notre professeur nous a parlé des conjureurs de sortilèges, ça a l'air intéressant.
- Avec tes notes et ton potentiel, tu vas pouvoir faire ce que tu veux de ta vie. A condition que tu prennes le bon tournant. J'ai beaucoup entendu parler de toi petit avant que l'année scolaire ne commence, et ne le prends pas mal mais ce n'était pas vraiment rose ce qu'on disait à ton sujet. Mais je t'ai bien observé depuis le début de l'année, et tu ne corresponds pas à ce profil qu'on m'a dressé, alors je suis prêt à t'accorder le bénéfice du doute.
- Est-ce que je peux vous demander pour quelles raisons ? demanda lentement Harry. Il savait pertinemment qui avait pu parler de lui de la sorte : les Potter, Black et Dumbledore, or ces personnes, et surtout Dumbledore jouissaient d'une telle réputation dans la communauté sorcière que c'était surprenant qu'une personne telle que Maugrey fasse une telle déclaration.
- Je te l'ai dit, je t'ai observé avec attention depuis le début de l'année, toi et ton jumeau, répondit Maugrey avec un petit haussement d'épaules. Et j'ai pu voir que ton frère n'était pas le modèle de vertu décrit par tous. Il aime jouer aux petites brutes avec les élèves plus faibles que lui et s'appuie énormément sur sa célébrité pour obtenir tout ce qu'il désire, et malheureusement ici la plupart des professeurs suivent ce mouvement. Ça me déplait fortement ce genre d'attitude tu ne peux pas imaginer. Ton frère a peut-être sauvé le monde sorcier lorsqu'il n'était encore un enfant, mais un vrai héros ne se définit pas par un seul acte héroïque, mais par son attitude au quotidien, par la façon dont il résout les problèmes, par le courage qu'il montre. Ton frère pense qu'il est Merlin en personne, bougonna Maugrey. Regarde-le en ce moment !
Harry retourna la tête et vit son frère, qui avec Weasley, au lieu d'accomplir les exercices donnés par leur professeur préférait se moquer de Crabbe et Goyle ouvertement. Bien sur, ces deux garçons n'étaient pas des lumières, mais ce n'était pas une raison. On ne se moque pas des gens juste parce qu'on peut le faire. Maugrey avait raison sur ce point. Et dire qu'Harry avait cru que peut-être Ryan avait changé.
- Mais toi, reprit Fol-Œil, tu ne lui ressembles en rien. Tu es poli avec les professeurs, tu es discret mais on peut facilement voir que tu as des amis très proches. Je ne t'ai jamais entendu te vanter de quoi que ce soit, alors que selon le professeur McGonagall tu pourrais facilement. Et d'ailleurs cette dernière ne fait que tarir d'éloges à ton égard. Et je fais confiance à son jugement. Alors comme je te le disais plus tôt, je suis prêt à t'accorder le bénéfice du doute.
- Très bien, acquiesça Harry. Plus d'une personne se seraient offusqué d'un tel discours, mais le jeune Serpentard savait pertinemment que dans les circonstances actuelles, il avait de la chance qu'un de ses professeurs choisisse de réfléchir plutôt que d'écouter tout ce qu'on disait à son égard. Jusque là, hormis McGonagall et Rogue, tous les autres professeurs lui avaient toujours battus froid, sans jamais aller jusqu'à le sous-noter, mais c'était tout de même agaçant au bout de trois ans.
- Etant donné que tu sembles en avance sur le reste de la classe, est-ce que cela t'intéresserait que je te donne des sorts plus compliqués que pour tes camarades à étudier ? lui proposa Maugrey. Bien sur en cours tu suivras le même programme que les autres, mais à côté tu pourrais étudier ce que je te donne, et si tu as le moindre problème tu viens me voir et on regarde ça ensemble.
- Bien sûr que ça m'intéresserait ! s'exclama gaiement Harry. C'est très gentil, merci beaucoup.
Maugrey balaya ses remerciements d'un geste de la main.
- Ca me fait plaisir. C'est rare de rencontrer un élève aussi prometteur, tu sais. Et puisque tu n'es pas encore décidé, réfléchis un peu à la carrière d'auror. J'ai dans l'idée que tu y serais très bien.
Harry remercia une nouvelle fois son professeur, et Maugrey lui ordonna d'aller aider ses amis qui avaient un peu de mal avec ce nouveau sort, pendant que lui allait tirait les oreilles de certains Gryffondors semeurs de troubles.
Quand la sonnerie retentit et que tous les élèves quittèrent la salle de classe, Maugrey retourna à son bureau et y mit un peu d'ordre, tout en repensant à la petite discussion qu'il avait eue avec son élève.
La première impression qu'il avait eue, après une heure de cours avec Harry Potter était la suivante : est-ce que Dumbledore était devenu sénile ? Parce que, à moins qu'il ne cache vraiment très bien son jeu, Harry Potter était loin d'être un futur mage noir en puissance, et Merlin savait qu'Alastor Maugrey avait toujours été un excellent juge de caractère, ce qui lui avait permis de briller dans son travail et de savoir arrêter les vrais criminels, et également de déterminer quels avaient été les sorciers sous Impérium durant la guerre de ceux qui, tels Lucius Malfoy et Mordred Nott, mentaient effrontément.
Et Alastor Maugrey avait été un excellent Auror, le meilleur selon beaucoup. C'était grâce à lui qu'aujourd'hui la moitié des cellules d'Azkaban étaient remplis. Bien sur cela lui avait valu énormément d'ennemis, et il était toujours sur ses gardes, car de nombreuses personnes au dehors étaient prêtes à le tuer, par pure vengeance.
Mais il avait gardé son esprit affuté et ses réflexes. Et plus les jours avaient passé, plus il avait observé les jumeaux Potter, et plus il avait pu constater que la réalité était loin d'être aussi claire qu'on aurait pu le penser. Ryan Potter était loin d'être un petit saint, et en vérité il était le genre de gamin qu'Alastor détestait tout particulièrement et à qui il aurait volontiers donné une bonne paire de baffes. Il était une caricature des défauts de son père, et c'était bien dommage.
Est-ce que c'était la guéguerre Gryffondor-Serpentard qui avait monté la tête du directeur ? Pourtant Albus avait toujours été l'adepte des secondes chances, comme le prouvait le cas de Severus Rogue, en qui Maugrey n'avait aucune confiance. Mangemort un jour, Mangemort toujours avait-il coutume de dire. Rogue avait peut-être espionné pour le compte de l'ordre du phénix, mais nul ne savait réellement quelles étaient ses convictions.
Alastor Maugrey ne comprenait plus. Il connaissait le directeur de Poudlard depuis des décennies, depuis que lui-même était entré à Poudlard à la fin des années 1930. Réparti à Serdaigle, il avait été un bon élève, mais pas excellent, sauf en cours de défenses contre les forces du mal. C'était le professeur Dumbledore, qui n'était pas encore directeur, simplement de la maison Gryffondor, qui avait repéré son potentiel et l'avait conseillé sur cette voie. Plus tard, ils avaient souvent eu l'occasion de se rencontrer, mais ce n'est que lorsque la guerre contre Voldemort avait éclaté que les deux hommes s'étaient beaucoup rapprochés, jusqu'à devenir amis très proches.
Maugrey avait toujours eu une très grande confiance dans le vieux sorcier. Il le respectait et l'admirait pour tout ce qu'il avait accompli. Mais aujourd'hui il était troublé par les agissements de Dumbledore, qui, c'était triste à dire, semblait perdre la main. D'abord le fiasco avec Pettigrew qui réussissait à s'introduire dans son école et kidnapper le Survivant qu'on retrouvait miraculeusement sans aucune explication. Et ensuite Dumbledore qui se trompait de manière si évidente sur les jumeaux Potter.
Il avait toujours eu confiance en Albus Dumbledore, mais cette fois-ci, il allait suivre son instinct et se détourner des avertissements de son ami. Il allait continuer d'observer Harry et Ryan Potter de plus prés et agir selon ce qu'il croyait être juste.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Il se trouvait dans un immense manoir, sombre, délabré, qu'on aurait dit inhabité depuis des années. Il y avait de la poussière partout et des toiles d'araignées.
Mais le manoir n'était plus inhabité. Des allers-retours redonnaient la vie à la vieille demeure. Il y avait de l'animation à nouveau, des éclats de rire qui donnaient la chair de poule et des discussions enflammés qu'il ne pouvait comprendre.
Il était à l'embrasure d'une porte où se trouvaient plusieurs personnes. Pettigrew, un grand homme aux cheveux noirs et au visage émacié. Harry était persuadé d'avoir déjà vu cet homme quelque part, mais il était incapable de s'en souvenir.
Du coin de l'œil Harry vit un grand serpent ramper sur le sol et recula légèrement pour ne pas être repéré.
Il colla son oreille à la porte pour tenter de déchiffrer les propos qui étaient tenus, mais il n'entendait que des murmures, des bribes qui n'avaient aucun sens.
- …en place…tient bon…bientôt le tournoi…vérifier l'enchantement…
Il tenta de se rapprocher mais le bruit de ses chaussures sur le sol en bois sembla alerter les occupants de la pièce et soudain, sa cicatrice lui brûla et il se réveilla en sueur, du sang s'écoulant par petites gouttes de l'éclair qui scintillait sur son front.
De tels cauchemars se faisaient de plus en plus fréquents.
Au début il rêvait simplement d'une vieille bâtisse et d'un serpent. Rien d'alarmant. Mais depuis quelques jours il se voyait à l'intérieur de la maison, il revoyait ce serpent, qui s'il en croyait ce qu'il avait entendu s'appelait Nagini. Il voyait également Pettigrew, cet homme dont il tentait de se souvenir où il l'avait déjà vu, et aussi Lucius Malfoy.
Et une seule fois, il avait revu cette forme presque humaine lovée dans un fauteuil, cette forme qui semblait être Lord Voldemort. Cette forme qui quand il la regardait directement dans les yeux brûlait sa cicatrice comme jamais auparavant et l'emplissait d'un sentiment de crainte.
Il ne savait pas si ces cauchemars étaient réels ou non. Avant qu'il ne revienne à Poudlard, Remus lui avait presque ordonné de lui dire aussitôt s'il en avait de nouveau, mais Harry ne voulait pas l'alarmer pour rien.
Il savait qu'il aurait du en parler à quelqu'un, mais il n'osait pas. Pas encore. Pour l'instant ça n'était arrivé que quelque fois, et peut-être que ça ne voulait rien dire.
Peut-être que ça ne voulait rien dire, se répétait-il tel un mantra rassurant. Il devait attendre encore un peu. Au moindre signe indiquant qu'il y avait du danger, il en parlerait. Mais pas avant.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Une semaine avant Halloween, les étudiants de Durmstrang et de Beauxbâtons arrivèrent.
C'était un vendredi en fin d'après-midi. Exceptionnellement, pour l'occasion, les cours se terminaient une heure plus que tôt que prévu, ce qui pour les Serpentards et Gryffondors voulait dire une heure en moins de Potions.
A l'heure prévue tous les élèves se retrouvèrent dans le parc, à attendre que leurs invités n'arrivent, Merlin seul savait comment.
Il flottait dans l'air un parfum d'excitation, d'empressement. A quoi allaient-ils ressembler ? Durmstrang et Beauxbâtons étaient-ils si différents de Poudlard ? Allaient-ils en apprendre plus sur ces écoles si mystérieuses ?
Il était de coutume pour chaque grande école dans le monde sorcier que de s'entourer d'une aura de mystère et de surtout garder ses secrets bien cachés en son sein. Ainsi, personne ne savait vraiment où se trouvaient les trois écoles. Quelque part en Ecosse pour Poudlard, en France, murmurait-on sans vraiment être sûr pour Beauxbâtons, et quand à Durmstrang, on pensait à l'Allemagne, ou un pays encore plus à l'Est, mais chaque directeur qui passait, chaque élève qui s'y trouvait, passé ou présent, apprenait à garder le secret, à maintenir une tradition d'isolement, de repli sur soi-même. Chaque école, y pensait-on avec une grande fierté, est LA meilleure, la plus prestigieuse, les professeurs y sont les plus émérites et les cours y sont mieux dispensés, ou plus intéressants.
- J'ai failli aller à Durmstrang tu sais, murmura Draco dans l'oreille de Daphné, alors que tous, emmitouflés dans leurs capes sous le vent froid d'octobre attendaient avec une impatience grandissante. Mon père voulait à tout prix m'y envoyer, mais il a changé d'avis quand la nouvelle directrice y a été nommée.
- Moi aussi j'ai failli me retrouver là-bas, répondit la blonde. Mes parents ont tous les deux été là-bas et ils y ont encore beaucoup de relations. Mais j'ai reçu une lettre de Poudlard et ils m'ont demandé ce que je préférerais, vu que pour eux c'était du pareil au même. Et j'ai répondu Poudlard parce que je ne voulais pas partir aussi loin.
Draco hocha la tête en signe d'acquiescement.
- Au fait, ajouta-t-elle, j'ai reçu une lettre de mon père, et ton nom y était mentionné.
- A quel sujet ?
- Mon père voulait savoir si j'étais amie avec toi. Apparemment il aurait reçu la visite de ton père il y a très peu de temps.
- J'ignorais qu'ils se connaissaient.
- Ce n'est pas le cas, pas à ma connaissance. Mon père ne m'a rien dit de plus, tu n'as aucune idée sur ce que pourraient être les intentions de ton père et pourquoi il s'intéresse à ma famille ?
- Je ne sais pas, depuis que je suis rentré cet été il agit de manière étrange. Il n'était pas très présent au manoir, et à chaque fois que je demandais à ma mère où il se trouvait, elle me répondait qu'il était parti pour affaires. Mais je ne sais pas, j'ai l'impression qu'il prépare quelque chose, quelque chose de gros. Quand il m'a ordonné de 'reprendre contact' avec Harry il m'a posé des questions sur toi, Elisabeth, Jenny et Blaise. Et il m'a également ordonné de lui écrire si jamais j'apprenais des informations susceptibles de l'intéresser vous concernant.
- Quel genre de questions t'a-t-il posé ?
- Je ne sais pas, vos points forts à l'école, votre caractère en général, est-ce que je croyais que toi et Blaise ou vos parents partagiez les idéaux des Malfoy ou de Lord Voldemort. Des choses de ce genre.
- On dirait qu'il cherche à se renseigner sur les familles des Ténèbres qui n'étaient pas les alliés de Voldemort lors de l'ancienne guerre. Officiellement les Zabini et les Greengrass faisaient partie de ces familles neutres. Peut-être cherche-t-il à savoir si c'est toujours le cas au bout de treize ans, si ce serait toujours le cas si la guerre reprenait.
- Tu crois que c'est une possibilité ? Que Voldemort revienne au pouvoir ?
- Ce n'est pas à exclure, et ça expliquerait pas mal de choses. En tout cas tout laisse à penser que ton père y croie et s'y prépare. C'est comme s'il cherchait à rassembler des alliés.
Draco allait répondre quelque chose lorsque les étudiants de Beauxbâtons firent leur apparition.
Des cheveux ailés arrivèrent dans le ciel. Des chevaux ailés tirant un carrosse.
- Les élèves de Beauxbâtons, murmura quelqu'un dans un souffle respectueux, et il fallait bien avouer que le spectacle était impressionnant. Les chevaux étaient immenses, et Draco songea qu'Hagrid, le professeur de soins aux créatures magiques allait être enchanté de voir de telles bêtes au château.
Les chevaux atterrirent avec élégance et grâce dans le parc, et du carrosse sortit une femme immense, presqu'aussi grande qu'Hagrid.
- Probablement une demi-géante elle aussi, murmura Elisabeth dans l'oreille d'Harry, et celui-ci hocha vigoureusement la tête.
Pendant que Dumbledore s'entretenait avec la directrice de Beauxbâtons, Mme Maxime semblait-il, ils observèrent les élèves qui sortaient du carrosse. Il n'y avait que des filles à priori, des filles qui devaient avoir dans les 16-17 ans, frissonnant sous leurs minces robes de sorcières bleues et blanches.
Bientôt elles furent hors de vue et il ne resta que les élèves de Durmstrang à attendre.
Ceux-ci arrivèrent une dizaine de minutes plus tard, et à la surprise de tous, levant les yeux vers le ciel les élèves de Poudlard aperçurent par-delà les nuages et le ciel d'un bleu foncé des chevaux ailés galopés par une vingtaine de personnes. Moins grand que les chevaux ailés qui avaient amenés les élèves de Beauxbâtons, et d'une teinte bien plus sombre, ces majestueuses créatures atterrirent en douceur sur le sol écossais.
Le cortège était dirigé par une femme enveloppée d'une cape rouge et noire. Agée d'une quarantaine d'année environ, elle aurait pu être très jolie avec ses cheveux blonds et ses yeux verts si une grande cicatrice ne défigurait pas son visage sur le côté droit, de son œil jusqu'à son menton.
Katarina Van Krause, la directrice de Durmstrang, s'avança vers Albus Dumbledore, et les étudiants derrière elle restèrent immobiles. Parmi eux, Harry reconnut deux têtes qu'il avait déjà vu presqu'un an auparavant.
- Tu ne m'avais pas dit que Victoria et Iphigénia seraient ici pour le tournoi, chuchota-t-il à l'encontre de Blaise.
- Je l'ignorais, répondit ce dernier. Mais l'idée m'avait traversé l'esprit. Quand je les ai vues l'été dernier, elles m'avaient confié que les étudiants qui pourraient prétendre à venir assister au tournoi à Poudlard devraient d'abord être sélectionnés par leur directrice. Apparemment ça a marché pour elle.
Harry acquiesça d'un hochement de tête et redirigea son regard vers les nouveaux venus. Dumbledore souhaitait la bienvenue à la directrice et ses étudiants et celle-ci lui indiquait que le voyage s'était bien passé, même s'il avait été un peu long. Comme les chevaux ailés de Beauxbâtons, ceux de Durmstrang furent confiés aux bons soins d'Hagrid. Puis, tous se dirigèrent d'un pas joyeux vers la Grande Salle où devait avoir lieu le repas et le début officiel du tournoi des trois sorciers.
Alors que les Serpentards s'asseyaient à leur table quelques minutes plus tard, certains d'entre eux eurent le plaisir de constater que la délégation de Durmstrang allait également s'asseoir à leur table, tandis que celle de Beauxbâtons s'installait parmi les Serdaigles.
- Alors vous n'avez même pas daigné me prévenir que vous alliez venir me voir à Poudlard, s'offusqua Blaise alors que Victoria et Iphigénia s'asseyaient entre lui et Harry qu'elles saluèrent avec chaleur. Vous n'avez pas honte ?
- On ne le sait que depuis deux jours, et on a préféré te faire la surprise, répondit Iphigénia en haussant les épaules.
Harry sourit lorsqu'il vit Blaise faire semblant de se chamailler avec ses deux amies. Lorsqu'il les avait rencontré lors du dernier Noël, Blaise lui avait raconté qu'il les connaissait depuis qu'il était enfant, malgré la différence d'âge entre eux trois. Victoria avait 18 ans et avait entamé sa dernière année à Durmstrang tandis que sa sœur avait un an de moins et se trouvait en septième année. Contrairement à Poudlard, les deux autres grandes écoles européennes suivaient un cursus scolaire qui se déroulait en huit années.
- Alors, tu veux devenir la championne de Durmstrang et participer au tournoi ? demanda Harry à Victoria qui était assisse juste à côté de lui.
- Oui, j'aimerais vraiment être sélectionné par la coupe, lui confia la jeune brunette. Mais contrairement à vous notre directrice n'a pas voulu que n'importe qui mette son nom dans la coupe. Elle a d'abord épluché nos dossiers scolaires avant de nous faire passer un entretien, afin de vérifier nos motivations et nos aptitudes. Je crois qu'elle veut vraiment que Durmstrang gagne, afin que notre école puisse enfin briller, et non plus souffrir de cette réputation entachée que nous avons. Et vous, comment est-ce que ça s'est passé ?
- Et bien ici, tous les élèves de plus de dix-sept ans peuvent déposer leurs noms dans la coupe s'ils le désirent. Mais on a quatre concurrents sérieux : Angelina Johnson chez les Gryffondors, c'est une poursuiveuse, très populaire. Ensuite chez les Poufsouffle il y a Cédric Diggory, un attrapeur, également très populaire, préfet et excellent élève. Chez les Serdaigle on a Jasper Swan, qui est préfet, très fort physiquement mais moins au niveau scolaire. Et enfin chez nous, et c'est le champion le plus probable, on a Nathaniel Derwent que tu peux voir là-bas, dit-il en lui indiquant du doigt le préfet en chef qui discutait joyeusement avec Tracey.
- C'est étrange, commenta Victoria, le fait que vous soyez divisés en maisons, comme tu dis. A Durmstrang ça ne se passe pas comme ça. Il n'y aucune répartition. Quand on arrive en première année on est envoyé dans des dortoirs masculins ou féminins par ordre alphabétique. Les cours se déroulent en groupes mixtes, et en deuxième année on peut demander à changer de chambre selon les amis que l'on s'est fait. Mais cette histoire de maisons, on dirait que ça vous divise plutôt qu'autre chose. Surtout quand j'entends Blaise raconter des histoires sur les divisions entre vous et les Gryffondors là-bas.
- Tu as raison, acquiesça Harry d'un hochement de tête vigoureux. Ici en Angleterre, dés le berceau, et selon la famille dans laquelle on se trouve, on nous dit que telle maison est bien ou pas, qu'on doit suivre la trace de ses parents et être réparti dans telle maison, sinon on couvrira de honte nos parents. Moi par exemple toute ma famille était à Gryffondor, et on s'attendait à ce que je répète ce schéma. Et Draco que tu peux voir en face de toi, ajouta-t-il, attirant ainsi l'attention du blondinet qui était plongé dans une grande conversation avec Jenny, si jamais il n'avait pas été envoyé à Serpentard tu peux être sûr qu'il aurait été renié par son père. Tu vois, en Angleterre, on définit qui tu es par la maison à laquelle tu as appartenu, car elles sont censées définir ta personnalité, tes engagements politiques et ce que tu vas devenir plus tard, et c'est bien là le problème de notre école.
- Je me voix au regret de te contredire, ô très cher ami, intervint alors Draco, et cela attira l'attention de pas mal de Serpentards autour d'eux. Pour ma part, le système des maisons me convient tout à fait, et j'aurais détesté me retrouver dans le même dortoir que ton frère ou la belette par exemple. Le fait qu'on soit divisé en maisons, cela nous permet de nous retrouver entre nous, de nous regrouper sur des affinités naturelles.
- Arrêtes de dire des bêtises Dray, l'interrompit Jenny. Ce truc des maisons, c'est ridicule. Comment un simple chapeau peut-il juger, alors que nous ne sommes encore que des enfants, quelle personne nous deviendrons, quelles qualités et défauts nous avons et garderons toute notre vie ? Ce système est arbitraire, tout simplement. En nous envoyant dans telle ou telle maison, c'est comme si on nous obligeait à obéir à telles règles de conduites, à tel stéréotype. Parce qu'on est à Gryffondor, alors on doit être courageux, parce qu'on est à Serpentard on est rusé et fourbe, parce qu'on est à Serdaigle on est intelligent et bûcheur et parce qu'on est à Poufsouffle on est loyal. Ce ne sont que des foutaises !
- Et si tu réagis comme cela, ajouta Harry, c'est parce que tu as été influencé par ces préjugés que nous subissons depuis notre enfance.
- Tu veux dire que ça ne t'aurait pas dérangé d'être envoyé à Gryffondor ? s'étonna Draco, ses sourcils se soulevant sous l'effet de la surprise.
Harry hésita avant de donner sa réponse.
- Dans d'autres circonstances cela ne m'aurait pas dérangé, finit-il par répondre. Mais je sais pertinemment que si j'avais été réparti là-bas, je ne serais jamais devenu ami avec des Serpentards, car les haines sont trop fortes, et c'est bien ça le problème Draco ! Parce que les divisions des maisons nous séparent, on reste à l'écart de personnes qu'en d'autres occasions on pourrait apprécier ! Regarde-nous, si je n'avais pas été ami avec Neville depuis l'enfance, aujourd'hui je suis prêt à parier mon Nimbus que tu ne lui adresserais même pas la parole, uniquement parce que c'est un Gryffondor !
- Ce n'est pas la même chose, bafouilla Draco, pris de court par cet argument.
- Mais bien sûr que si ! Nous nous arrêtons à des stéréotypes, et même moi je le fais, inconsciemment je méprise les Gryffondors et je ne parle jamais à des élèves d'autres maisons qui ne seraient pas mes amis, alors que dans notre salle commune je suis prêt à sympathiser avec n'importe quel élève, parce que c'est un Serpentard. Victoria a raison, et le système de Durmstrang semble bien meilleur. Nous sommes divisés en quatre camps. Si dans une semaine c'est Angelina Johnson qui est désignée championne de Poudlard, est-ce que tu peux me dire en toute franchise que tu la supporteras ? Bien sûr que non, c'est une Gryffondor !
Draco eut le bon goût d'avoir l'air gêné par la petite tirade de son ami. Regardant autour de lui, Harry vit que peu d'étudiants avaient l'air d'accord avec lui ou Jenny. Certains avaient l'air curieux, ou surpris, mais le sentiment général à la table était de la dénégation. Le système des maisons était ancré depuis plus de mille ans dans la communauté sorcière, et il faudrait une révolution pour changer cet état de fait. Mais Harry savait qu'il avait raison. C'était ce système qui avait en partie causé ce schisme dans sa famille. Si ces parents n'avaient pas eu de tels préjugés envers la maison de Salazar Serpentard, il était prêt à parier qu'il vivrait encore avec eux à l'heure actuelle. Bien sur, avec du recul, il préférait cette situation : il fallait mieux connaître la vérité, aussi cruelle et impitoyable soit-elle. Et puis, c'était à Serpentard qu'il s'était fait les meilleurs amis possibles.
Mais des fois, juste des fois il se demandait ce qui serait advenu de lui s'il avait été réparti à Gryffondor avec son frère et Neville. S'il aurait succombé lui aussi à cette atmosphère anti-serpents, s'il aurait laissé les préjugés et l'ignorance l'envahir, il n'aurait certainement pas été la personne qu'il était aujourd'hui. Et c'était mieux comme ça.
Après ce mini-débat, la conversation retourna sur un terrain bien plus neutre, et Harry se mit à écouter les récits des sœurs Hurst sur leur école, qui étaient plus qu'intéressant, étant donné le mystère qui entourait généralement les écoles du monde sorcier. Et après le repas, les étudiants de Durmstrang suivirent les Serpentards dans leurs cachots où ils allaient séjourner pour le reste de l'année scolaire, des chambres y ayant été spécialement aménagées à cet effet.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
31 octobre 1994.
La fête d'Halloween battait son plein.
Tous les élèves sans exception aucune se trouvaient dans la Grande Salle, attendant tous dans une fiévreuse ambiance d'excitation les noms des trois futurs champions. Les élèves de Beauxbâtons se trouvaient à la table des Serdaigles tandis que les élèves de Durmstrang étaient assis à la table des Serpentards.
Victoria et Iphigénia se trouvaient juste en face d'Harry et ses amis. Ce dernier savait que les deux sœurs avaient mis leurs noms dans la coupe, mais que seule Victoria espérait véritablement devenir la championne de son école. Et Harry espérait sincèrement que ce serait elle. La jeune fille était charmante et très intelligente. Et d'après ce qu'il avait entendu dire elle était la meilleure élève. Il ne restait plus qu'à espérer que ceci convainque la coupe de feu de la choisir.
Tous les professeurs et directeurs se trouvaient à la table des professeurs, ainsi que Phillip Asriel et Stephen Cullen, deux employés du Ministère qui présideraient également le tournoi. Le premier avait une mine très austère. Devant approcher l'âge du professeur McGonagall avec qui il discutait en ce moment, il se tenait très droit sur son siège et avait l'air très sérieux. Le deuxième au contraire avait l'air bien plus sympathique. Grand et blond, il semblait encore assez jeune, et il regardait autour de lui avec un regard mélancolique, se remémorant probablement ses propres années à Poudlard. Son regard s'attarda en particulier sur Ryan Potter qui discutait gaiement avec Ron. Toute lueur triste ou maussade avait quitté son visage et l'incident avec Luna prouvait bel et bien que quoi qui l'ait tracassé durant les semaines précédentes avait disparu de son esprit.
Alors que le dîner qui avait été agrémenté d'un spectacle enchanté de la part des fantômes du château touchait à sa fin, le professeur Dumbledore, faisant délicatement tinter sa cuillère sur son verre rempli d'une douce mixture doré attira l'attention de tous les élèves qui fixèrent leurs regards à la fois sur leur directeur et la coupe qui trônait devant la table des Professeurs. Plusieurs élèves de septième année retinrent leurs souffles.
- Il est temps à présent que nos estomacs sont remplis et nos cœurs emplis de joie que de connaître enfin les noms des trois élèves qui représenteront leurs écoles lors de ce mythique tournoi, déclara d'une voix claire et forte Dumbledore, et des applaudissements accueillirent ses propos. Je vais maintenant, poursuivit-il, me diriger vers la coupe, et celle-ci va désigner les trois champions. Une fois que leurs noms auront été prononcés, les champions devront suivre Messieurs Asriel et Cullen dans la pièce d'à côté.
Les deux employés du Ministère se levèrent et se dirigèrent vers une petite porte en bois prés de la table des Serpentard.
Dumbledore quitta la table des professeurs et s'approcha de la coupe. Il leva la main et la coupe s'éclaira d'une lueur bleutée. Des flammes crépitèrent à l'intérieur de la coupe et un petit bout de parchemin apparut dans la main d'Albus Dumbledore.
- Le champion de Beauxbâtons, dit-il en lisant avec un immense sourire le bout de parchemin, est Fleur Delacour.
Des applaudissements se firent entendre dans la Grande Salle et une grande fille blonde de très grande beauté se leva de la table des Serdaigles et se dirigea dans la direction qu'avaient empruntée les deux futurs juges.
Dumbledore réclama gentiment le silence et une nouvelle fois les flammes crépitèrent à l'intérieur de la coupe.
- Le champion de Durmstrang est Victoria Hurst, dit-il, et un tonnerre d'applaudissements résonna dans la salle, venant en grande partie de la table Serpentard.
Victoria se leva, le visage rayonnant et un sourire qui allait jusqu'à ses oreilles. Comme l'autre championne elle disparut très vite de la Grande Salle.
Les applaudissements cessèrent et une atmosphère tendue fit son apparition dans la Salle. Qui serait le champion de Poudlard ? Quelle maison aurait droit à la gloire et l'honneur ? Est-ce que, une fois encore, ce serait Gryffondor qui récolterait les lauriers ?
Harry jeta un coup d'œil à Nathaniel Derwent et lui adressa un sourire d'encouragement. Il espérait vraiment que ce serait lui, le champion de Poudlard. Sa maison avait bien besoin de sortir de l'ombre et de sa mauvaise réputation.
Pour la dernière fois de la soirée les flammes bleues crépitèrent à l'intérieur de la coupe. Avec un immense sourire, Albus Dumbledore saisit le dernier petit bout de parchemin qui allait changer la vie d'une personne.
- Et le champion de Poudlard est…
Son sourire se figea sur ses lèvres et ses yeux bleus arborèrent une lueur angoissée, incrédule. Dumbledore fixa le bout de parchemin qu'il avait dans les mains comme s'il ne pouvait croire à ce qui se trouvait juste sous ses yeux.
Il releva les yeux, et un semblant de sourire réapparut sur ses lèvres, mais c'était faux.
…les jumeaux Potter, finit-il d'une voix forcée.
