Lily suivit Scorpius sans même tenter de se soustraire à sa prise, les baguettes des autres Malefoy toujours fermement braquées sur elle. La petite porte donnait sur un long couloir obscur au bout duquel se trouvait un escalier étroit qui obligea Scorpius à la lâcher un instant. Elle s'engagea encore sagement dans la volée de marches, très abrupte et attendit que son escorte ouvrît la lourde porte qui leur fit face une fois parvenus en bas.

Une forte odeur de moisi mêlée à un vague parfum de fleurs se dégageait de la pièce, complètement noire. Scorpius fit un mouvement de baguette vers l'intérieur pour allumer une lanterne posée sur une table, logée dans le coin gauche de ce qui semblait être une cave, au plafond très bas et aux murs de pierre suintant d'humidité. Sur la droite, un matelas avait été jeté à même le sol et une couverture pliée dessus. À côté de la lumière, sur la table, se trouvaient une cruche d'eau et un verre, ainsi qu'un vase, rempli de camélias blancs.

Sans attendre d'être poussée à l'intérieur par Scorpius, Lily entra dans la cave mais ne trouva pas la force de commenter l'aspect de « ses quartiers ». Elle considéra la chaise qui se trouvait près de la table un instant avant de choisir de s'asseoir sur le bord du matelas, en tailleur, les coudes plantés dans ses genoux, le menton posé sur ses poings joints. Puis elle se mit à fixer le dessus de la table, ne sachant pas ce qui retenait le plus son attention de la lumière, de l'eau ou des fleurs.

Elle vit sans le voir, Scorpius entrer à son tour et hésiter à refermer la porte derrière lui pour finir par la laisser entrebâillée. Il s'avança jusqu'à la table et s'appuya contre le rebord, face à Lily, obstruant alors son point de mire pensif. Un long moment s'étira durant lequel il fut possible d'entendre les voix des Malefoy, au-dessus d'eux dans le salon, même si aucune parole ne pouvait clairement être comprise.

- Ça ne devait pas se passer comme ça, finit par déclarer Scorpius, dans un murmure.

Les yeux noisette mirent un long moment à faire le point pour venir à la rencontre des gris. Scorpius avait un visage livide, ou tout du moins, un masque livide. Comment savoir désormais si ce qu'elle pouvait voir de lui était vrai ?

- C'est vrai, fit-il en réponse à sa question muette. Je suis déso...

- Ah non, par pitié, pas ça ! le coupa-t-elle méchamment.

- J'étais obligé de le faire.

- Tu veux parler de mon enlèvement ou du fait de sortir avec moi ?

- Les deux, répondit-il à demi-mots sans céder à l'envie manifeste de baisser à nouveau le regard.

- Ha ! s'exclama Lily avec mépris. Ravie de constater qu'il te reste encore un brin de franchise !

L'un et l'autre se turent, Lily ne se sentant plus l'envie de déverser sa colère en cet instant pour le moins critique. Une pure perte de temps et d'énergie. Et puis c'était vers elle-même qu'une grande partie de sa haine se dirigeait. Comment avait-elle pu être aussi aveugle, alors que tout le monde autour d'elle avait cherché à la mettre en garde ?

- Tu ne pouvais rien y faire, continua doucement Scorpius. Je me suis servi de mon pouvoir de séduction vampirique sur toi. Au début, en tout cas...

Lily l'encouragea malgré elle à développer ses dernières paroles d'un pitoyable froncement de sourcils.

- Le « plan » initial consistait uniquement à ce que je me rapproche de l'un des enfants Potter, pour savoir où se trouvait la baguette d'Aubépine. Malheureusement, je n'ai jamais pu nouer aucune espèce d'amitié avec l'un ou l'autre de tes frères. Lorsque tu es arrivée à Poudlard et que tu as été envoyée chez Serpentard, tu n'imagines pas quelle aubaine cela a constitué pour nous. Nous avons (il se reprit), j'ai tout mis en œuvre pour devenir ton ami. Les choses ont pris un peu de temps, parce que j'ai vite compris, par quelques questions et allusions bien placées, que tu n'avais aucune information sur la baguette d'Aubépine. Ça aurait pu, ça aurait dû, s'arrêter là.

- Tout ce temps, pour une aussi petite information ?

- La baguette a de l'importance pour nous, alors que le temps, pas du tout. Le temps est l'une des grandes forces des vampires.

- Et lorsque j'ai enfin su où se trouvait la baguette, en la découvrant dans le souvenir de mon père, tu as alors enclenché la vitesse supérieure ?

- Oui... Mais je ne me servais plus de mon pouvoir, à ce moment-là... Je veux dire... Je ne me forçais plus vraiment à te séduire. J'en avais aussi envie...

- Pourquoi est-ce que je te croirais ?

- Parce que même après avoir récupéré la baguette, nous avons continué à nous voir. J'aurais pu tout aussi bien choisir de mettre fin à notre relation à ce moment-là. (Il s'arrêta encore avant de reprendre, âpre). J'aurais peut-être dû le faire...

- Tu as beau jeu de dire ça maintenant ! Qu'est-ce que tu veux que je te réponde ? Que je comprends, que je ne t'en veux pas ? Que tu t'es laissé conduire par les desseins de ta famille et que tu n'y es pour rien ? Sûrement pas !

- Je n'ai jamais prétendu que je n'y étais pour rien. J'étais conscient de ce que je faisais et j'adhérais au plan dans son entièreté. Je continue d'ailleurs à y adhérer.

Lily eut un autre reniflement dédaigneux et enfouit son visage dans ses mains en se massant le front, complètement harassée. Le silence s'abattit de nouveau, à peine perturbé par les voix diffuses des Malefoy conversant à l'étage.

- Qu'est-ce qui va se passer, maintenant ?

- Même si certains d'entre nous peuvent entrapercevoir l'avenir, répondit Scorpius, l'air navré, ce n'est pas encore mon cas. Il aurait été préférable que Rogue ne s'en soit pas sorti, lorsque le Seigneur des Ténèbres a cru le tuer...

- En réalité, vous ne tenez pas à vous allier aux Rogue, n'est-ce pas ?

- Ils ont toujours refusé d'admettre que notre vision des choses était la meilleure, renifla Scorpius, les traits froncés. Les Rogue ne cherchent qu'à fuir, ils excellent dans la lâcheté, ils s'évertuent à vouloir tirer notre race vers le bas alors que nous nous appliquons à lui faire retrouver la place qui était la sienne avant. Ils s'accrochent à des légendes que plus personne ne croit depuis des siècles mais il n'y a rien à gagner à redevenir humain ! Nous valons mieux ! Les humains ne sont que...

Il s'arrêta net en découvrant l'effroi de Lily sur son visage, sinon dans ses pensées.

- Alors c'est bien ça, fit-elle froidement, vous n'avez pas l'intention de réitérer votre proposition d'alliance.

Scorpius s'abstint à nouveau de répondre. Lily prit un autre temps de réflexion pour envisager la tournure des évènements, essayant d'évaluer la réussite de chacun des deux camps s'ils venaient réellement à se faire face. Les Malefoy, peut-être moins forts que les Rogue, seraient tout de même en surnombre. Deux contre cinq. Et si la baguette d'Aubépine était restituée d'entrée de jeu, contre la vie sauve de Lily, les seconds avaient encore moins de chance de réchapper aux premiers... Et si son père venait à se mêler de la partie - chose qui d'après elle n'allait pas manquer d'arriver - est-ce que ce serait alors suffisant pour que la balance s'équilibre ? De minute en minute, le poids dans son ventre se faisait terriblement plus lourd.

- Le rôle de ton père se limite à nous servir de messager, intervint Scorpius comme s'il avait voulu la réconforter. Il n'y a aucune raison pour qu'il vienne ici aussi.

- Aucune raison ? s'exclama Lily. Mais je suis sa fille !

- Tiens, tu te réclames de lui, maintenant ? fit-il remarquer avec une pointe de sarcasme avant de se reprendre encore. Il vaut mieux souhaiter pour lui qu'il ne s'en mêle pas...

- Mais si l'option venait à se présenter, répliqua-t-elle, incisive, j'imagine que tes parents se feraient un plaisir de lui régler son compte, à lui aussi ! Est-ce que tu avais pensé à tout ça, quand tu as accepté le « plan » ?

- Il ne s'agissait pas d'accepter ou non, parut vouloir se dédouaner Scorpius. Nous sommes une famille, un clan, nous nous devons d'aller dans le sens qui sera le plus profitable pour nous, tous autant que nous sommes. Nous sommes liés.

- Par le sang ?

- Oui, et ce dès notre naissance.

- Est-ce que tu es en train d'insinuer que vous n'avez pas de libre-arbitre ?

Le visage de Scorpius se modifia encore, lui donnant l'air d'hésiter à satisfaire la curiosité de Lily.

- C'est difficile à expliquer, finit-il par dire en se détournant d'elle pour s'éloigner vers un recoin plus obscur de la cave. Pour simplifier les choses, je pense qu'on pourrait comparer le lien qui nous unit, mon grand-père, mon père et moi, à du clonage, sauf qu'au lieu de se résumer à une duplication de notre patrimoine physique, le procédé englobe également notre esprit, ou du moins une part de notre esprit véhiculé par notre sang vampirique.

Scorpius se retourna brièvement vers Lily, peut-être pour s'assurer qu'elle le suivait dans ses explications étranges, et continua à marcher lentement dans la pénombre :

- C'est mon arrière grand père, Abraxas Malefoy, qui a mis au point cette « technique », avec l'aide d'un ami à lui. Nous continuons à procéder selon son enseignement, mais nous peinons à reprendre ses travaux pour les améliorer depuis qu'il est mort, véritablement mort, sans nous avoir jamais révélé l'origine de ses recherches.

- Qui l'a tué ?

- Le Seigneur des Ténèbres.

- Voldemort ? Mais vous vous êtes pourtant alliés à lui ?

- Oui, c'est une longue histoire, là encore, mais il était normal, voire nécessaire, que les Malefoy se rangent derrière le Seigneur des Ténèbres, attendant leur heure. Ce fut au-delà de leurs espérances de le voir être anéanti.

- Tout comme ce dut être au-delà de leurs espérances de voir Severus Rogue disparaître...

Ils se turent encore longuement, puis soudain, alors qu'il se trouvait au beau milieu de la pièce à regarder dans le vide, Scorpius tressaillit. Au même moment, des mouvements d'agitations - pas précipités et intonations de voix plus fortes - se firent entendre à l'étage.

- Qu'est-ce qui se passe ? fit Lily en se mettant debout, dominant son nouvel accès de fébrilité. Est-ce qu'ils sont là ?

- Pas encore, répondit Scorpius, lui-même visiblement très tendu. Mais quelqu'un approche du manoir. (Il fixa ensuite Lily avant de déclarer d'une voix sans timbre). Je dois allez rejoindre ma famille.

- Non, attends ! s'exclama-t-elle pour gagner du temps et mettre de l'ordre dans le formidable enchevêtrement d'idées qui avait pris forme dans sa tête.

Près de la porte, Scorpius s'immobilisa, moitié surpris, moitié inquiet.

- Attends, pria-t-elle encore en s'approchant de lui. Est-ce que tu tiens toujours à moi ?

- Oh, Lily, soupira-t-il en levant les yeux au ciel. Là n'est pas la question ! Même si ma réponse était « oui », je ne pourrais pas te libérer, je comprends que tu me le demandes mais...

- Non, le coupa-t-elle en s'efforçant toujours de se concentrer. Je le sais très bien. Je ne vais pas te demander de me libérer mais juste de considérer la situation.

- Quoi ?

Au-dessus d'eux, le silence était revenu dans le salon, pire encore que les pas et les voix affolées. Un calme angoissant. Lily, tout près de Scorpius à présent, prit une profonde inspiration et commença, à voix très basse :

- Et si Severus Rogue ne venait pas ?

- C'est certainement lui qui est en train d'approcher.

- À moins que ce ne soit Ellis, seul, objecta Lily, ou encore mon père. Peut-être que Rogue décidera tout compte fait de ne pas venir ? Peut-être que vous ne récupérerez pas la baguette ? Je connais mon père, il tentera quelque chose malgré tout, même si Rogue ne se montre pas. Que feront les tiens, à ce moment-là ?

Scorpius refusa de considérer la question d'un mouvement de tête revêche.

- Comment allez-vous vous y prendre, pour me tuer ? continua-t-elle pourtant avec un peu plus d'audace. Est-ce que vous avez prévu de faire ça de façon sorcière ou de façon vampire ? Et qui va s'en charger, d'ailleurs ? Est-ce que vous allez tirez ça au sort ?

- Arrête ça ! Il n'est pas question que tu meures !

- Mais c'est une issue possible ! Il vaut mieux toutes les évaluer lorsqu'on échafaude un plan, non ?

Le grognement qu'émit Scorpius ne l'arrêta pourtant pas :

- Et si Rogue venait, mais qu'il n'était pas du tout disposé à vous rendre la baguette ? S'il trouvait là l'occasion de vous défier ?

Scorpius ferma les yeux et leva les mains devant Lily pour lui réclamer d'arrêter.

- D'accord, obtempéra-t-elle, toujours décidée à aller jusqu'au bout de sa démonstration. Mettons qu'il vienne. Mettons que tout se passe exactement selon votre plan. Rogue vous rend la baguette, vous me libérez, mais vous l'attaquez et vous gagnez. Que vaudra ma vie, même épargnée, après ça, une fois que vous aurez enfin atteint votre but ? Tu n'es pas assez naïf pour imaginer que ta famille, tôt ou tard, va à nouveau se retrouver face à la mienne ? Quelque chose me dit qu'en quittant ce manoir avec ce que nous savons maintenant de votre petit secret, nos vies ne bénéficieront pas d'un très long sursis...

- Je ferai en sorte que tu sois épargnée.

- Trop aimable ! Mais même dans ce cas, je ne vois pas pourquoi la majorité Malefoy se rangerait à ton seul avis !

Scorpius ne parut rien trouver à répliquer et Lily embraya aussitôt, d'un ton excessivement grave :

- Dans toutes les configurations où ta famille sort victorieuse, moi j'y passe.

- Alors, déclara presque sournoisement Scorpius, il vaut mieux pour toi que ma famille n'en réchappe pas...

- Non, murmura-t-elle, parce qu'alors, c'est toi qui risquerais d'y passer.

Face à elle, les yeux gris se voilèrent soudain d'un trouble profond. Lily fit le seul pas qui la séparait encore de Scorpius, s'étira lentement sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur ses lèvres froides. Elle entretint ensuite le silence un moment avant d'abattre sa dernière carte :

- Il y a encore une autre possibilité. Il y a un moyen de changer la donne, un moyen pour qu'aucun de nous deux ne meure.

Une étincelle s'anima dans l'acier liquide, faite d'effroi et d'espoir.

- Donne-moi le Sang, susurra-t-elle, toujours à quelques centimètres de la bouche de Scorpius.

- Je... eut-il du mal à répondre. Je ne suis pas censé le faire...

- Regarde-moi dans les yeux et ose me dire que tu n'y as jamais songé lorsque nous étions ensemble.

- Mais... Je ne l'ai jamais fait... Notre façon de procéder veut que nous ne donnions le Baiser qu'à une seule personne, notre compagne.

- Et est-ce si difficile à envisager que cette compagne, ce soit moi ?

Un « non » inaudible s'échappa de ses lèvres avant qu'elles ne s'approchent à leur tour de celles de Lily. Mais Scorpius céda à un nouveau sursaut et recula d'un pas. À l'étage, l'effervescence était également revenue.

- Cette fois, ils sont là.

- Alors fais-le, réclama Lily en se blottissant contre lui. Fais-le avant qu'il ne soit trop tard.

- Il faut d'abord que je boive ton sang, presque tout ton sang, jusqu'à ce que tu sois à l'article de la mort. À la suite de quoi je te ferai boire à mes veines...

- Je sais. Fais-le.

Dans ses bras, Lily ne pouvait plus voir le visage de Scorpius, mais ressentit encore son hésitation lorsqu'il dégagea délicatement ses cheveux de son cou. Elle trembla. Les doigts froids s'attardèrent un instant sur sa peau, effleurant sa nuque pour incliner doucement sa tête de côté. La bouche prit ensuite le relais et vint déposer de légers baisers près de ses lèvres, de son menton et de sa gorge. Enfin sa gorge.

La morsure ne fut douloureuse qu'une infime fraction de seconde avant de s'effacer aussitôt en une caresse, puis un son bas et humide lui parvint, en même temps que le rythme puissant des battements de son cœur enflait à ses oreilles. La tête se mit alors à lui tourner, lui faisant prendre conscience de son corps, dans les moindres extrémités et lui donnant à la fois l'impression d'échapper à la pesanteur. Bientôt les murs de la cave semblèrent se dissoudre pour laisser place à des images floues, des impressions. Lily essaya un moment de se concentrer sur ses visions, crut apercevoir un duvet de plumes blanches, des mains fines, un serpent, les barreaux d'une prison, un feu intense, des pétales ou des flocons de neige, puis s'abandonna aux seules sensations qu'elles suscitaient en elle...

Soudain tout s'arrêta net. Les évocations, l'étourdissement, l'étreinte. Le visage de Scorpius s'écarta d'elle, complètement transformé, plus magnifique encore qu'il ne lui était jamais apparu, mais aussi bien plus redoutable. Sa bouche entrouverte, encore toute humectée de sang, formait un pantomime parfait du bouleversement. Ses yeux, arrondis par l'effroi, avaient perdu leur tonalité liquide et semblaient d'une dureté de verre.

- Scorpius !?

Il sembla revenir à lui, la fixa pour de bon, d'un air à peine moins médusé et la guida en arrière, dans le coin de la cave. Ses lèvres remontèrent en un rictus écœuré lorsqu'il la lâcha, tout près du matelas où elle s'écroula littéralement.

- Tu m'as menti, assena-t-il d'une voix rauque. Ça n'était pas pour moi que tu voulais le Sang !

- Scorpius... ne réussit qu'à gémir Lily.

Son corps, comme si les effets d'un puissant anesthésiant prenaient subitement fin, était parcouru de douleurs lancinantes. Elle se redressa sur un coude, tant bien que mal.

- Le sang ne ment pas, continua Scorpius, impérieux. Le sang ne ment jamais. J'ai vu en toi tes désirs profonds. C'est pour lui, que tu veux devenir immortelle ! C'est avec lui que tu as envie de passer l'éternité !

- Non, implora-t-elle, s'il te plait, écoute.

Mais elle ne put continuer. Son souffle commençait déjà à lui manquer et la douleur à se propager partout. Une tiédeur émanait aussi de son cou. Elle porta ses mains à l'endroit de la morsure de Scorpius et comprit que la blessure n'était pas refermée et que son sang coulait encore, lentement mais sûrement.

Prise de panique, elle tenta de juguler l'écoulement avec ses mains, en vain, avant de relever la tête vers Scorpius.

- Fais quelque chose ! Ne me laisse pas comme ça !

- Oh, si, je vais te laisser ! Mais je ne manquerai pas de transmettre ton bon souvenir à ton cher Prince !

Son regard était celui d'un vrai dément, à présent. Il éclata d'un rire sonore, affreusement identique à celui de son grand-père, puis s'interrompit presque aussitôt en entendant des voix, très fortes cette fois-ci, retentir à l'étage. Il leva encore les yeux vers le plafond, comme complètement surexcité par la perspective des évènements qui se jouaient au-dessus de lui, et quitta la cave sur-le-champ, sans un regard pour Lily, prenant soin, comme si cela avait été nécessaire, de verrouiller la porte derrière lui.

Lily essaya encore d'évaluer la situation, mais se rendit compte que ses facultés de raisonnement l'abandonnaient aussi sûrement que son sang et ses forces. Elle tenta de calmer autant qu'il lui fut possible sa respiration, pour essayer de percevoir à son tour ce qui se passait dans le salon des Malefoy.

Des pas, essentiellement des pas, de long en large, sans aucune espèce de précipitation et des voix, de nouvelles voix, à la résonance toute familière. Ellis...

Elle essaya d'appeler à l'aide, mais le souffle lui manquait trop cette fois pour arriver à former un son assez fort pour être perçu un étage au-dessus. À la douleur, s'ajoutait maintenant l'engourdissement, gagnant peu à peu tous ses membres et l'empêchant de rester relevée comme de laisser ses mains autour de son cou. Le haut de sa robe était à présent trempé de sang et collait, visqueux, à sa peau. Elle s'affala sur le matelas, parcourue de tremblements.

Les yeux rivés au plafond, entre deux râles douloureux, elle crut soudain discerner quelques bribes de paroles, plus fortes à présent, signe que la situation s'envenimait :

- Ne t'avise pas de faire ça, Severus !

- Vous m'y contraignez !

Severus Rogue était là aussi. Sa voix aux inflexions plus graves que celles d'Ellis, était bien reconnaissable. Envahie par un élan d'espoir, Lily s'imagina alors assez forte pour basculer du matelas et se traîner vers la table pour la renverser, faire du bruit pour être localisée. Mais plus aucune partie de son corps ne semblait vouloir lui répondre.

Comme quelques minutes plus tôt, il lui sembla que la pièce s'effaçait à nouveau autour d'elle.

Puis loin, très loin, des coups retentirent, des explosions, et encore des voix, des cris. Lily se sentit tomber, ou plus exactement soulevée. Comment savoir précisément ? Son corps bougeait, en tout cas, non pas mu par sa force disparue mais par quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui la soutenait à bras-le-corps.

D'autres bruits sourds, d'autres cris. Le froid, la nuit. Et... une sensation, un fragment de sensation. Le vent. Juste le souffle du vent sur son visage. Puis un murmure, tout proche cette fois.

Ellis...

Elle n'entendait pas vraiment ses paroles, mais les comprenait, les ressentait.

- Ça va aller.

Puisant dans ses dernières ressources, elle parvint alors à murmurer, assez fort pour être entendue par l'oreille d'un vampire :

- Mon... père ?

Il lui sembla que la réponse sonnait à nouveau dans sa tête, vibrante :

- N'essaye pas de parler.

- Harry ? insista-t-elle

- Ne t'inquiète pas. Je t'emmène là où on pourra te soigner.

- Non... Plus le temps...

- Chut. Fais-moi confiance.

Mais dans un effort désespéré, Lily souffla encore :

- Ne fais pas... la même erreur... que Rogue... Donne... moi... le Sang.

Puis elle enfouit son visage dans le cou d'Ellis, sous ses longs cheveux, enveloppée dans sa cape, flottant très haut, très vite, blottie étroitement contre lui, et crut ressentir une dernière fois son étreinte avant de sombrer dans l'obscurité la plus totale.

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« Il est très difficile, mes enfants, de vous dire de punir par le feu, par l'exsanguination, par la décapitation, par la torture, par la paralysie, par le soleil.

Vous êtes mes enfants : seuls vous parmi le reste de la création êtes mes compagnons, à jamais.

Vous êtes liés tels des pères à leurs enfants et des enfants à leurs pères.

Aussi, je débusquerai les mauvaises graines, j'éliminerai les pires d'entre vous, j'élaguerai mon sombre arbre, à la manière de mon Père, Adam, ainsi qu'il me l'a appris. »

Lois et punitions de Caïn, La Chronique des Ombres (extrait du Livre de Nod )